DE LA VOIX
En effet, ces deux moyens de communication dont l’homme jouit sont presque également exercés, et produisent, chacun dans son genre, des effets presque égaux. Si l’un est l’instrument organisé de tous les arts et de tout ce qui arrive à l’âme par les yeux dans les rapports sociaux, l’autre est l’agent de tout ce qui, dans ces rapports , est exclusivement le domaine de l’intelligence, et de ce cpie l’âme ne perçoit que par les oreilles. Or, comparez la somme immense des idées qui circulent parmi les hommes , et qu’ils se transmettent, à la somme des choses matérielles cpii sont en usage dans leur commerce réciproque : vous verrez que l’une égale bien l’autre. Cependant, lorsque la somiine des agens locomoteurs forme, sans exagérer, plus de la moitié du volume total du corps, à peine les agens vocaux occupent-ils une petite place dans une petite partie de ce meme corps. J’ai toujours été frappé de l’énorme disproportion qu’il y a entre les agens vocaux de nos communications extérieures et les effets importans qu’ils produisent dans la société : la description des organes locomoteurs a formé presque les deux premiers volumes de cet ouvrage; celle des organes de la voix n’occupera que quelques feuilles de ce second.
Destiné à exprimer nos besoins, la voix devait être sous l’empire immédiat du cerveau. Aussi la structure du larynx a-t-elle beaucoup d’analogie avec celle de l’appareil locomoteur. C’est une char|ientè cartilagineuse que foui mouvoir en divers sens des muscles de la vie animale, muscles auxquels l’habitude sociale a donné une précision de mouvemens
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étrangère à l’état naturel, comme elle en a donné une aux muscles des doigts dans certains arts, à ceux des membres inférieurs dans d’autres. Sous ce rapport, la voix est à la parole, relativement aux muscles du larynx, ce que les rnouvemens grossiers des doigts du Sauvage sont aux rnouvemens précis et réguliers de l’homme qui les a exercés à un travail délicat. Relativement aux muscles des membres supérieurs, le principe est le meme; les résultats seuls diffèrent C’est une loi générale des organes de la vie animale de pouvoir se perfectionner par l’exercice, d’être susceptible d’une véritable éducation.
Cette dépendance dans laquelle les fonctions du larynx sont de la vie animale est marquée non-seulement dans l’état de santé, mais encore dans celui de maladie : les paralysies, les convulsions, les spasmes des muscles de cette cavité présentent absolument le même mode que dans les muscles locomoteurs , et n’ont aucune analogie avec les affections des muscles de la vie organicjue. Je crois donc avoir fondé essentiellement ma division physiologique et anatomique sur la nature, en séparant du poumon les organes vocaux, que les physiologistes et les anatomistes réunissaient toujours jusqu’ici à cause de leur voisinage.
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ET
Je suivrai la marche suivante dans l’exposition des organes de la voix : i® je présenterai cpielques considérations générales sur le larynx; je décrirai, chacun en particulier , les divers organes qui le composent; 3® je considérerai leur ensemble dans la conformation générale de cette cavité; 4^ j’exposerai son mécanisme; 5® je suivrai son développement dans les divers âges.
ARTICLE PREMIER