DES SENSATIONS
Dans la première classe se rangent l’œil et l’oreille, agens de sensations purement intellectuelles et qui ne s’allient qu’indirectement aux idées de la matière. L’un et l’autre de ces organes ont entre eux et le corps qui agit sur eux un agent intermédiaire : aussi s’exercent -ils à des distances trèsgrandes. L’homme est par eux l’habitant d’un espace très-étendu , tandis que par les autres sens il n’est que l’habitant du lieu où il se trouve. Ces deux sens appartiennent essentiellement et exclusivement à la vie morale.
L’odorat et le goût, qui se trouvent dans la seconde classe , dépendent bien aussi de cette vie 5 mais ils semblent être aussi dans le domaine de l’organique. Ils commencent les fonctions digestives, en même temps qu’ils nous donnent des sensations. Ils sont, parmi les organes sensitifs, le lien de l’une et de l’autre vie; comme, parmi les organes locomoteurs, j’ai démontré que les muscles pectoraux et abdominaux mettent la vie organique dans la dépendance de l’animale.
Le toucher forme à lui seul une classe. En effet, il offre un caractère particulier, celui de s’exercer toujours consécutivement aux autres, d’aller chercher les sensations, qui viennent, au contraire, chercher les autres. Nous touchons les objets, parce que nous les avons vus, sentis, entendus, goûtés, etc. Par là les notions préliminairement acquises sont confirmées. Ce sens est purement volontaire; il ne s’exerce (ju’en vertu d’une espèce de réflexion : aussi sa perfection est toujours en raison du degi-é de l’intelligence. Sous son rapport, fiiommc est supérieur à
43ô CONSID. SUR LES APPAREILS DES SENSATIONS.
tous les animaux. Il n’existe point une structure particulière, un mécanisme propre dans l’organe qui l’exécute : il ne faut dans cet organe que la sensibilité animale, plus une forme mécanique propre à embrasser en divers points les corps extérieurs. T^es surfaces muqueuses pourraient servir au toucher si elles revêtaient les doigts , ainsi que tout autre organe sensible et membraneux. Au contraire, une surface muqueuse tapissant le fond de l’œil ne pourrait recevoir l’impression des rayons lumineux.