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DES MEMBRANES ET DES GRANULATIONS CEREBRALES

Les membranes du cerveau sont au nombre de trois, la dure-mère, la pie-mère et l’arachnoïde.

§ 1er. Membrane Dure-mère .

La dure-mère , première enveloppe membraneuse du cerveau > destinée en partie à le soutenir, et en partie à en isoler les diverses portions, appartient en meme temps à cet organe et à la cavité osseuse dans laquelle il est contenu. Etendue sur toute la surface

interne de cette cavité, elle peut être considérée comme le périoste interne des os qui la forment. Cependant la facilité avec laquelle elle se détache de ces os, pour demeurer tout entière et sans rupture sur le cerveau, son épaisseur, sa structure particulière, son isolement surtout , qui est presque complet dans le canal vertébral, tout indique une démarcation réelle entre le périoste et la dure-mère, quoiqu’il y ait de l’analogie entre eux.

La dure-mère présente deux surfaces, Tune crânienne, l’autre cérébrale. Toutes deux méritent un examen attentif.

a. Surface crânienne .

Cette surface, appliquée partout sur les os, a, lorsqu’on l’enlève, un aspect inégal qui la distingue de lasurface cérébrale, laquelle est tapissée par l’arachnoïde, qui lui donne un poli remarquable. Sa disposition est différente, suivant qu’on l’envisage sur les os eux-mêmes, sur les sutures, et aux endroits des ouvertures crâniennes.

Dans toute la voûte du crâne, la dure-mère correspond à des os très-larges, parsemés de peu d’éminences. Son adhérence est très-faible tant qu’elle ne rencontre point de suture ; aussi se détache-telle facilement du coronal, des deux pariétaux, de la partie supérieure de l’occipital, et de la portion écailleuse des temporaux. Sur les sutures, dont les intervalles donnent passage à une multitude de petits prolongemens fibreux partant de cette surface pour aller au péricrâne , et établit entre ces deux

membranes une continuité très-marquée, on éprouve plus ou moins de difficulté , suivant les sujets , à la détruire. Ces prolongemens fibreux sont surtout nombreux sur la suture sagittale, qui occupe la ligne médiane; les sutures temporales et la lambdoïde en présentent un moins grand nombre. La duremère séparée du crâne est plus inégale en ces endroits qu’en ceux qui correspondent aux os. Il n’y a qu’un seul trou dans la voûte du crâne ; c’est le sagittal : la dure-mère y envoie un petit canal qui renferme une petite veine, et qui va se continuer avec le péricrâne.

A la base du crâne, la surface crânienne de la dure-mère présente une disposition bien plus compliquée, vu la multitude de trous qui s’y observent. Pour la bien concevoir, il faut l’examiner successivement dans les trois parties, antérieure, moyenne et postérieure , que le crâne nous présente ici, et que l’on peut désigner sous les noms de régions coronale, sphénoïdale et occipitale.

i°. Dans la région coronale, la dure-mère, considérée sur la ligne médiane, s’enfonce dans le trou borgne, et y adhère assez fortement, ainsi qu’au sommet de l’apophyse crista-galli quelle embrasse. En passant sur les gouttières ethmoïdales , elle forme, au niveau de chaque trou de la lame criblée, un petit canal qui contient le rameau correspondant des nerfs olfactifs. Ce canal n’a lieu que dans le trou et et un peu au-delà; il se continue , après avoir transmis son nerf, avec la couche fibreuse ou externe de la pituitaire. Sur les côtés de cette lame criblée, de petits canaux fibreux s’enfoncent dans les trous

orbitaires internes, vont se continuer avec le périoste de l’orbite, et logent les artères et nerfs ethmoïdaux. Sur les côtés et au niveau des bosses orbitaires, la dure-mère adhère fort peu aux os, meme dans l’endroit où le coronal s’articule avec les apophyses d’Ingrassias.

Dans la région sphénoïdale, la dure-mère tapisse, sur la ligne médiane, la gouttière commune des nerfs optiques, et y adhère très-fortement. Parvenue au trou optique, elle se réfléchit de son contour, et forme au nerf un canal qui l’accompagne dans l’orbite. Ce canal est épais jusqu’à l’endroit qui correspond à l’attache postérieure des muscles droits. Là, il se divise en deux lames, dont l’une, extérieure, assez mince, se continue avec le périoste de l’orbite; l’autre, plus profonde, immédiatement appliquée sur le nerf, l’accompagne jusqu’à la sclérotique, sur laquelle elle se continue. Celle-ci, plus dense que l’autre, a aussi une couleur plus blanche, et pourrait, au premier aspect, être confondue avec l’enveloppe propre ou le névrilème du nerf optique; mais il est facile de la diviser et de l’isoler entièrement de ce nerf, auquel elle n’est presque point adhérente. La dure-mère , en quittant le trou optique, embrasse, immédiatement derrière le nerf, et par une ouverture circulaire, l’artère carotide au moment où elle sort du sinus caverneux, et semble se continuer avec les parois de cette même artère. Entre elle et le nerf optique, elle forme un petit canal particulier pour l’artère ophthalmique, qui se trouve entièrement séparée du nerf dans son trajet à travers le trou optique. Ce canal est creusé

dans la partie inférieure de celui qui appartient à ce nerf, et se trouve formé par l’écartement de ses lames.

La dure-mère passe ensuite dans la fosse pituitaire, la tapisse entièrement, et se trouve recouverte par la glande du meme nom , qui , revêtue elle-même par l’arachnoïde, est interposée par conséquent entre ces deux membranes cérébrales, et les sépare l’une de l’autre en cet endroit, tandis qu’elles sont juxta-posées presque partout ailleurs. De la fosse pituitaire, la dure-mère se continue sur les côtés du corps du sphénoïde, et s’y divise, pour former les sinus caverneux , en deux lames , dont l’une , interne, mince, tapisse immédiatement la gouttière caverneuse et lui sert de périoste, tandis que l’externe, libre de toute adhérence, forme la paroi externe du sinus.

Sur les côtés de la région sphénoïdale, la duremère se réfléchit d’abord, en descendant des bosses orbitaires, sur le bord libre des apophyses d’Ingrassias, pour se porter dans les fosses temporales internes. Elle descend perpendiculairement derrière ces apophyses , et bouche entièrement la fente sphénoïdale, qui se trouve au-dessous; mais elle envoie en cet endroit un prolongement large, dense et épais, surtout du côté interne, prolongement qui se porte dans l’orbite et se continue avec le périoste de cette cavité, lequel paraît être ainsi véritablement une expansion de la dure-mère. Ce prolongement, qu’on voit très-bien en cassant la voûte orbitaire de manière à laisser le périoste intact, est percé de différentes ouvertures pour les vaisseaux

DU CERVE.UJ ET DE SES DÉPENDANCES, lï

et nerfs qui vont dans Forbite. Dans la plus grande partie des fosses temporales internes, la dure-mère n’a rien de remarquable; elle adhère assez faiblement à la portion osseuse, formée ici par les surfaces cérébrales du sphénoïde et du temporal. En se rapprochant sur les côtés du corps du premier de ces os, elle vient former, comme je Fai dit, la lame extérieure du sinus caverneux.

En cet endroit, elle est remarquable par les conduits qu’elle forme aux nerfs moteurs communs des yeux, aux pathétiques et aux trijumeaux. i°. Le conduit du moteur commun commence un peu au devant de l’apophyse clinoïde postérieure. Fibreux dans tout son contour, au commencement de son trajet, il est d’abord revêtu par une lame arachnoïdienne, qui se réfléchit ensuite sur le nerf en formant un cul-de-sac. Au-delà de cette réflexion, ce canal fibreux cesse d’exister : il n’y a plus qu’en dehors la lame de la dure-mère qui forme la paroi externe du sinus caverneux. En dedans, le nerf n’est séparé du sinus que par une lame mince et comme celluleuse. Mais au-delà du sinus, et près de son entrée dans Forbite, le nerf se trouve de nouveau dans une gaine fibreuse entière, formée dans la portion de dure-mère qui se continue par la fente sphénoïdale avec le périoste orbitaire. 20. Le conduit du nerf pathétique, un peu supérieur au précédent, est beaucoup plus éîroit, mais disposé de même. Toute sa partie qui correspond à l’arachnoïde est fibreuse. Au-delà de la réflexion de celle-ci, on ne trouve plus qu’une seule lame de la dure-mère appliquée en dehors sur le nerf, qui, en dedans,

est séparé par une lame celluleuse de la cavité du sinus : mais il perce de nouveau la dure-mère au niveau de la fente sphénoïdale, pour pénétrer dans l’orbite; et se trouve là contenu dans un canal fibreux entier, qui est un peu oblique de dehors en dedans. 3°. Un peu plus en arrière, et au niveau du Bord supérieur du rocher, la dure-mère forme le conduit des nerfs trijumeaux, conduit qui résulte de deux lames, dont une, supérieure, est fixée d’un côté à l’apophyse clinoïde postérieure, et continue de l’autre côté à la portion qui revêt le bord supérieur du rocher : l’autre lame tapisse d’abord un peu le devant du rocher, puis est interposée au nerf et au sinus caverneux, enfin s’amincit et disparaît presque entièrement, en sorte que lenerf trijumeau ne paraît plus séparé du sinus et du nerf moteur externe que par une lame celluleuse. Quant à la triple division de ce nerf, l’ophthalmique adhère intimement à la paroi externe du sinus, puis se trouve, en traversant la fente sphénoïdale, logé dans un canal fibreux creusé dans le prolongement de la duremère qui occupe cette fente. Les divisions maxillaires supérieure et inférieure, en sortant par leurs trous respectifs, sont aussi accompagnées par un canal fibreux de la dure-mère, lequel canal naît à l’endroit de la réunion des deux lames qui ont formé le sinus caverneux.

Derrière le trou maxillaire inférieur, la dure-mère envoie, par le trou sphéno-épineux, un prolongement cylindrique qui embrasse l’artère du même nom et se continue avec le périoste extérieur.

D’après ce que nous avons dit sur la disposition

m CERVEAU ET Ï>Ê SEâ DEPENDANCES. lS

de la dure-mère au niveau du sinus caverneux, il est facile de concevoir la manière générale dont elle s y comporte. Elle y est partagée en deux lames, ainsi que je l’ai dit : l’une libre, non adhérente à Fos , et que nous voyons en ouvrant le crâne ; l’autre qui sert de périoste à la gouttière caverneuse. Entre ces deux lames reste un large intervalle occupé en dedans et en bas par le sinus caverneux proprement dit, où se trouvent la carotide et le nerf moteur interne de l’œil; en haut et en dehors, parle nerf trijumeau, le moteur commun et le pathétique, que des cloisons celluleuses séparent entre eux et du sinus. À cet intervalle aboutissent , en arrière et en haut, les canaux de transmission de ces nerfs , qui, au devant de lui, trouvent d’autres conduits tous fibreux, creusés dans le prolongement qui occupe la fente sphénoïdale, et qui les conduisent dans l’orbite. En bas, cet intervalle correspond aux conduits fib reux des deux branches maxillaires et de l’artère méningée.

La dure-mère se continue enfin sur la face supérieure du rocher. Elle y recouvre la branche supérieure du nerf vidien, et peut facilement en être détachée. Parvenue sur le bord supérieur du rocher, elle y adhère assez fortement, et se continue ainsi sur la. région occipitale :

Cette région nous offre en devant, sur la ligne médiane, la gouttière basilaire, avec laquelle la duremère contracte une adhérence assez forte. Plus bas, elle se continue dans le canal vertébral, où nous la considérerons bientôt. J’ai observé que ses adhérences autour du trou occipital sont bien plus intimes

l4 APPAREIL DES SENS INTERNES.

que dans les environs. Derrière ce trou, elle adhère assez faiblement à la crête occipitale interne jusqu’à la protubérance du même nom, où elle se continue avec celle qui tapisse la voûte.

Sur les côtés de cette région, elle offre en haut un canal pour le passage du nerf moteur externe de l’œil. Ce canal, qui est bien plutôt un trou fibreux, cesse aussitôt que le nerf est entré dans le sinus caverneux. L’arachnoïde s’y enfonce jusqu’à ce sinus, qu’elle bouche, en se réfléchissant sur le nerf et en formant un cul-de-sac. Plus loin , et sur la face postérieure du rocher, la dure-mère s’enfonce dans le conduit acoustique, et le tapisse jusqu’à son fond, où elle est percée de plusieurs trous pour le passage des nerfs auditifs. On ne peut la suivre dans ces trous, qui sont d’une extrême ténuité. Cependant elle paraît évidemment s’engager dans celui qui commence l’aqueduc de Fallope, s’amincir dans cet aqueduc, et le revêtir en entier, pour se continuer avec le périoste des environs du trou stylo-mastoïdien. Au-dessous du conduit auditif, la dure-mère forme deux prolongemens au niveau du trou déchiré postérieur. L’un d’eux correspond au nerf vague, au glosso-pharyngien et au spinal; l’autre à la veine jugulaire : tous deux se continuent au dehors avec le périoste. Celui des nerfs est en devant, celui de la veine en arrière. Ce dernier n’est composé que par un feuillet de la dure-mère, par celui qui forme la paroi inférieure du sinus latéral, l’autre feuillet le bouchant du côté du crâne, en passant sur lui. Le premier résulte de la totalité de la dure-mère. Une cloison, fibreuse du côté du

DU CERVEAU ET DE SES DÉPENDANCES. î5

crâne, puis osseuse en bas, les sépare. La duremère envoie aussi len dedans, au-devant du bord du trou occipital, un canal fibreux. qui va se continuer avec le périoste extérieur par le trou condyloïdien, et qui transmet le nerf hypoglosse.

b. Surface cérébrale .

Cette surface correspond partout à l’arachnoïde, qui lui adhère intimement, excepté en quelques endroits, comme sur la fosse pituitaire, où ces deux membranes sont séparées, et où la glande occupe leur intervalle. C’est à l’arachnoïde que la dure-mère doit l’aspect lisse qu’elle offre sur cette surface. Divers replis sont formés par elle : les deux plus grands sont la faux du cerveau et la tente du cervelet.

Faux cérébrale. Elle mesure, par son étendue, le diamètre longitudinal du crâne. Sa forme est assez bien indiquée par son nom. Large en arrière, elle se rétrécit successivement en devant, se trouve sur la ligne médiane, et sépare les deux hémisphères cérébraux. Son bord supérieur, convexe, répond en devant à la crête coronale, et dans tout le reste de son étendue à la suture sagittale. Son bord inférieur, concave, est libre, et répond au corps calleux sans le toucher. De ses extrémités, lune antérieure, étroite, est fixée à l’apophyse crista-gaili qu’elle embrasse; l’autre, postérieure, très-large, se continue avec la tente du cervelet. La faux est toujours dans un état de tension évidente; ce qui a fait penser, avec beaucoup déraison, aux anatomistes, qu’elle avait pour usage de soutenir alternativement l’un et

1 6 APPAREît DES SENS INTERNES.

l’autre hémisphère cérébral, de manière à empêcher qu’ils ne se compriment mutuellement quand on incline la tête de côté. Ce repli est formé de la manière suivante : au niveau de la suture sagittale , la dure-mère se divise en trois lames distinctes; l’une, qui tapisse la suture elle-même , communique à l’extérieur par ses prolongemens; deux autres se séparent de la surface interne de celle-ci, se dirigent obliquement en bas, et viennent se réunir en une seule, après avoir laissé entre elles l’écartement triangulaire du sinus longitudinal supérieur. Cette lame unique par laquelle la faux est formée dans sa plus grande étendue, se divise de nouveau près du bord concave , pour former le sinus longitudinal inférieur. Elle se divise également à l’extrémité postérieure, pour former l’écartement triangulaire du sinus droit. En traitant des sinus, j’expliquerai plus particulièrement ces dispositions.

Tente du cervelet. Elle borne supérieurement les fosses postérieures de la base du crâne, et les sépare en grande partie du reste de cette cavité. Continue en haut avec la faux du cerveau , en bas avec celle du cervelet, et dans sa grande circonférence avec les os temporal et occipital, elle est dans un état de tension continuelle, qui la rend propre à soutenir les lobes postérieurs du cerveau dans la station ordinaire, et à empêcher la compression du cervelet. L’inclinaison oblique en dehors que ses deux moitiés présentent favorise encore cette fonction. Plus large en arrière qu’en devant, la tente du cervelet a une forme déterminée par la disposition des os du crâne. En haut, elle répond aux lobes cé-

rébraux; en bas, à ceux du cervelet par deux surfaces qui, recouvertes par l’arachnoïde, ont cet aspect îisse et poli que l’on trouve partout au dedans de la dure-mère.

La circonférence externe de ce repli répond, dans sa moitié postérieure, aux rebords de la gouttière latérale: là, deux lames distinctes, l’une supérieure, l’autre inférieure, s’écartent d’abord et laissent entre elles, pour le sinus latéral, un intervalle que complète en arrière une autre lame qui tapisse immédiatement la gouttière. Les deux premières lames se réunissent bientôt 5 d’où résulte une seule qui va former la tente. Dans la moitié antérieure, cette circonférence présente aussi deux lames, dont l’intervalle complété par une troisième qui tapisse le bord supérieur du rocher, forme le sinus pétreux supérieur, et qui se réunissant concourent avec les deux lames précédentes à former l’origine du repli qui nous occupe.

La circonférence interne, beaucoup plus petite que la précédente ,. a une forme presque ovale; elle est libre, et circonscrit en arrière et sur les côtés une

ouverture qulfait communiquer les fosses occipitales inférieures avec le reste de la cavité crânienne. Cette ouverture, que l’on peut appeler X ouverture de la tente du cervelet, n’est point parallèle au grand trou occipital. Le crâne étant tapissé de la dure-mère et dans 1 attitude ordinaire de la tète, la circonférence de celui-ci est plus large et plus élevée en devant qu’en arrière. C’est la disposition delà gouttière basilaire qui lui donne cette direction , laquelle est 1 inverse de celle de l’ouverture qui nous occupe.

un

Celle-ci est complétée, en devant où le repli de la tente manque, par la laine sphénoïdale. Elle est entièrement occupée par la protubérance annulaire, qui sert dans cet endroit à unir le cerveau au cervelet. Arrondie en arrière, et tronquée en devant, comme je viens de le dire, la circonférence membraneuse'! de cette ouverture se termine par deux extrémités allongées, dont chacune est comme bifurquée, pour venir se fixer aux deux apophyses cîinoïdes correspondantes. Cette bifurcation est telle que ses deux branches, qui se croisent en X, sont l’une supérieure, l’autre inférieure. La première, la plus marquée, forme un repli arrondi qui passe sur le côté de la fosse pituitaire, en augmente la profondeur, et va se fixer à l’apophyse clinoïde antérieure: elle est évidemment la terminaison de la petite circonférence de la tente du cervelet. La seconde, au contraire, plus petite et subjacente, semble venir aussi en partie de l’extrémité de la grande cir- • conférence vers la pointe du rocher ; elle se porte obliquement en dedans, et va s’attacher à l’apophyse clinoïde postérieure, en complétant supérieurement le trou qui transmet le rjjgrf trijumeau. On peut donc considérer ces deux replis comme réunissant les deux circonférences de la tente , les terminant, mais ne faisant point de faux ou replis distincts, comme les anatomistes l’avaient inexactement envisagé, en les désignant sousle nom de replis sphénoïdaux .

La tente du cervelet résulte de deux lames adossées de la dure-mère. L’une, qui lui est fournie supérieurement par celle qui, comme je l ai dit, forme

la paroi supérieure du commencement du sinus latéral et de tout le sinus pétreux supérieur, va se continuer de chaque coté avec l’extrémité bifurquée de la faux. C'est à cette continuité avec la faux, qui est toujours tendue, que la tente doit elle -meme l’état de tension où elle se trouve : la première étant coupée, la seconde s’affaisse. L’autre lame est fournie par la portion de dure-mère qui tapisse les fosses occipitales inférieures , et cpii se réfléchit de bas en haut au niveau des gouttières latérales et du bord supérieur du rocher. Ces deux lames, isolées dans la grande circonférence pour les sinus latéraux et pétreux, isolées encore sur la ligne médiane, au niveau du sinusdroit, se confondent en une seule dans tout le reste de l’étendue du repii de la tente.

Faux du cervelet . C’est un petit repli triangulaire, assez large en haut, peu marqué en bas, situé au-dessous de la tente, et au-devant de la crête occipitale interne, à laquelle il tient par son bord postérieur. Le bord antérieur, libre, répond à l’intervalle des deux lobes clu cervelet. La base se continue avec la tente. Le sommet se bifurque, pour se terminer insensiblement sur les côtés du trou occipital, par deux petits replis secondaires qui se prolongent plus ou moins loin.

Deux lames de la dure-mère, réfléchies de chaque côté des fosses occipitales inférieures, laissent d’abord entre elles un petit intervalle que complète une autre lame qui est postérieure; puis, réunies bientôt en une seule lame, elles forment la faux du cervelet, repli remarquable par sa densité et par sa résistance.

c. Organisation de la Dure-Mère.

La dure-mère est-elle formée de deux lames dans toute son étendue? plusieurs auteurs font soutenu, fondés sur les écartemens sensibles que cette membrane présente en divers endroits pour recevoir les veines cérébrales. Ces écartemens, que l’on a nommés sinus y sont ordinairement décrits à l’occasion de cette membrane, parce qu’on a cru que le sang coulait à nu sur leur paroi; mais comme ils ne sont que des réceptacles où se trouvent contenues les veines , dépouillées il est vrai de leur tissu extérieur, nous en parlerons à l’occasion du système veineux cérébral, qui mérite, je crois, de fixer d’une manière particulière l’attention des anatomistes, vu qu’il n’a été encore qu’incomplétement décrit. Il est certain que deux lames, et même plus souvent trois, très-distinctes les unes des autres, concourent à former ces écartemens de la dure-mère; mais au-delà, il est impossible de trouver à cette membrane deux lames fibreuses naturellement distinctes. On peut bien diviser en plusieurs couches la membrane unique qui se présente; mais cette division est entièrement artificielle. La seule arachnoïde, ajoutée en dedans à la dure-mère, lui forme une seconde lame d’une nature fort différente, et assez intimement réunie à elle , comme nous allons bientôt le voir.

Aucun organe ne présente plus manifestement que la dure-mère la structure fibreuse. Ses fibres sont surtout marquées et multipliées dans les replis. La

DU CEllVDAU ET DE SES DÉPENDANCES. 2 I

faux du cerveau et la tente du cervelet en présentent de fort distinctes. Leur direction n’a rien de régulier; elles s’entrecroisent en tous sens. On les voit disposées, en plusieurs endroits, par plans blanchâtres, irréguliers, et formant quelquefois une certaine

saillie sur la membrane.

Rien ne paraît musculeux dans ces plans. Les anatomistes qui leur ont supposé cette structure se sont fondés sur les mouvemens d’élévation et d’abaissement qu’on observe dans le cerveau mis à découvert. Mais ces mouvemens, uniquement dus à la circulation artérielle, subsistent lors meme que la dure-mère a été enlevée, parce qu’ils tiennent au soulèvement de l’organe cérébral en totalité, et non à la contraction prétendue d’une membrane purement fibreuse.

La dure-mère résiste avec beaucoup de force aux corps qui tendent à la rompre : de là la facilité de brisera coups de marteau les os du crâne en la laissant absolument intacte. Je me sers ordinairement de ce moyen pour ouvrir le crâne, au lieu de la scie dont l’emploi est trop long. On croirait que par là tout est désorganisé dans le cerveau. Eh bien, cet organe reste parfaitement intact; aucune trace de lésion dans ses diverses parties , lorsqu’on a eu la précaution essentielle de donner des coups légers, et de ne point appuyer assez pour enfoncer les os. On fait d’abord une incision circulaire qui sépare la voûte de la base; puis, avec la pointe obtuse, et non avec la tête trop large du marteau, on casse circu-

lairement les os :

tout reste intact

la voûte s’enlève avec facilité, et au-dessous. Dans les ouvertures

cadavériques même où il faut le plus de précautions, dans les apoplexies, par exemple, je me sers de ce moyeu. Le cerveau se déchirerait par la secousse s’il était libre dans un intervalle; mais embrassé de tous les cotés par la dure-mère, il est retenu en position, dans ses diverses parties* par cette membrane. Ce moyen est plus avantageux dans les adultes que dans les enfans, où les os sont trop souples. Pour disséquer les nerfs de la tête, il vaut souvent mieux que le ciseau : par exemple, pour mettre à découvert les parties contenues dans l’orbite, les nerfs maxillaires inférieurs, etc., les os étant brisés au-dessus, le périoste reste intact dessous; on enlève les esquilles, et tout se trouve conservé sous cette membrane incisée ensuite par la dissection.

Aucun nerf ne parait se distribuer à la duremère (i). Elle reçoit beaucoup de vaisseaux sanguins, branches des artères méningées. Mais ici, comme dans tous les organes fibreux, le système capillaire est très- peu marqué, malgré cette multitude de vaisseaux qui tous appartiennent à la circulation générale. Remarquez, au contraire, que, dans le système muqueux, dans le dermoïde, etc. , où tous les filets vasculaires appartiennent à la circulation capillaire, il y a peu de troncs sensibles dans l’épaisseur de leur tissu. Dans la dure-mère, il n’y a que les capillaires nécessaires à la nutrition.

L’extensibilité de tissu est prouvée dans la dure-

(i) Si ce n’est quelques filets qui viennent du système des ganglions, et qui accompagnent ces artères. ( Note ajoutée.)

mère par l’hydrocéphale. On ne connaît aucun fait qui établisse sa contractilité de tissu. Sans doute elle possède cette propriété comme les autres parties du système fibreux.

Quant aux propriétés vitales, elles n'ont rien de remarquable, si ce n’est la sensibilité animale que plusieurs anatomistes lui ont attribuée, et que d'autres lui ont refusée, en s’appuyant tous sur des faits et sur l’expérience, il paraît que la diversité des moyens excitans employés sur cette membrane a été la seule cause de cette différence de résultats. Sensible à certaines excitations, elle est insensible à d’autres, comme à la section , et même à la cautérisation , etc. Point de contractilité animale , ni de contractilité organique sensible; sensibilité organique et contractilité insensible seulement au degré nécessaire à la nutrition.

La dure-mère ne sert pas seulement d’enveloppe au cerveau, mais aussi de périoste intérieur aux os du crâne. Cependant elle abandonne facilement ceux-ci, comme déjà nous l’avons observé : de là la facilité qu’on a de briser les os et d’en détacher toutes les parcelles de manière à avoir la dure-mère parfaitement isolée. Dans les plaies de tète, souvent ces détachemens ont lieu.

§ IL De la Pie-Mère.

Je place la description de la pie-mère avant celle de l'arachnoïde, parce qu’il me paraît que la première étant connue, on concevra mieux la manière dont la seconde se comporte,

La pie-mère appartient non-seulement à la surface extérieure du cerveau, comme la dure-mère, non-seulement à cette surface et aux grandes cavités cérébrales, comme l’arachnoïde, mais encore aux plus petits enfoncemens qu’on observe sur le cerveau. Ainsi, tandis que l’arachnoïde passe immédiatement d’une circonvolution sur l’autre, la pie-mère s’introduit dans les anfractuosités correspondantes. C’est d’après cette considération que l’on doit déterminer ses rapports avec l’arachnoïde. Elle lui est contiguë et intimement adhérente par sa surface externe, au niveau de toutes les saillies cérébrales extérieures; tandis quelle en est distincte et entièrement isolée au niveau des enfoncemens, où l’on peut voir séparément ces deux membranes, et particulièrement à la base du cerveau. Les espaces compris entre le cerveau et la protubérance cérébrale, entre celle-ci et la moelle spinale, etc., nous offrent cet isolement bien marqué. On le trouve, au cerveau, dans la scissure de Sylvius ; au cervelet, entre ces deux lobes, etc. On soulève l’arachnoïde avec facilité dans ces divers endroits , et on voit audessous la pie-mère seule et totalement distincte.

La surface intérieure de cette dernière répond partout à la substance cérébrale, et ne lui adhère que par les vaisseaux très-ténus quelle y transmet. Ces vaisseaux de communication, sur lesquels nous reviendrons, se rompent; facilement, en sorte que l’on peut enlever cette membrane sans intéresser

en aucune manière le cerveau lui-même.

La pie-mère doit être considérée à l’extérieur du

cerveau et dans les cavités profondes qu’il contient.

a. De la Pie-Mère extérieure.

A l’extérieur, on peut considérer cette membrane dans la partie supérieure ou convexe du cerveau, et dans sa partie inférieure ou à sa base.

En haut, la pie-mère tapisse de chaque côté la surface convexe des hémisphères cérébraux. Les inégalités, plus prononcées ici qu’ailleurs , permettent de la soulever avec l’arachnoïde, et de la voir isolément dans les anfractuosités. Réfléchie dans le sillon qui reçoit la faux, elle vient recouvrir la surface interne de ces hémisphères , et s’y comporte de meme pour se prolonger ensuite sur la face supérieure du corps calleux, sur lequel elle est immédiatement appliquée, et où elle est peu apparente. Au-devant de ce corps, elle se réfléchit sur sa surface inférieure. En arrière, elle se continue, après une réflexion semblable, dans les ventricules latéraux par un repli sur lequel nous reviendrons tout à l’heure. De là, elle se porte sur la surface supérieure du cervelet, qu’elle revêt en s’enfonçant dans les anfractuosités concentriques et profondes qu’on y observe, et quelle tapisse exactement pour y distribuer des

vaisseaux.

En bas, la pie-mère offre une disposition un peu plus compliquée. i°. Sur les côtés, elle tapisse en devant les lobes antérieurs du cerveau, en s’y comportant comme dans la région supérieure. Plus en arrière, elle s’enfonce dans la scissure de Sylvius où die est très-manifeste, parce quelle reste isolée, l’arachnoïde passant d’un lobe à l’autre en forme de

pont; puis elle tapisse les lobes moyens et postérieurs, et n’y présente rien de remarquable. 20. Sur la ligne médiane, elle s’enfonce antérieurement entre les deux hémisphères , qu’elle revêt jusqu’à la surface inférieure du corps calleux : elle y est entièrement séparée de l’araclmoïde, qui, en arrière, passe immédiatement d’un hémisphère sur l’autre, et ne s’enfonce point dans leur intervalle. Du corps calleux, elle se réfléchit sur la réunion des nerfs optiques, tapisse la substance grisâtre qui ferme inférieurement le ventricule moyen , passe sur la protubérance cérébrale qu’elle revêt inférieurement, s’enfonce dans l’espace qui sépare cette éminence d’avec la moelle épinière, recouvre la moelle, sur laquelle nous l’examinerons dans la suite (1). Du contour de celle-ci, elle se réfléchit sur la partie inférieure du cervelet, qu’elle tapisse, comme nous l’avons dit plus haut pour la supérieure. Elle s’enfonce entre les deux lobes, et se trouve par là distincte de l’arachnoïde d’une manière fort sensible.

Telle est la pie-mère considérée uniquement à l’extérieur du cerveau; car les anfractuosités de cet organe, quoique profondes, appartiennent à sa surface externe, puisque la substance corticale s’y retrouve toujours, et y présente la même épaisseur. Mais elle s’introduit en même temps, soit dans la

(1) Quelques anatomistes considèrent comme une membrane particulière la portion de la pie-mère qui se^continue sur la moelle vertébrale, et Bicbat lui-mème penche vers cette opinion, aussi en a-t-il renvoyé fa description à Farlicle de la Moelle vertébrale . ( Note ajoutée . )

substance même du cerveau, soit dans ses cavités.

Le tissu cellulaire qui 3a compose pénètre dans sa substance-par plusieurs endroits, en accompagnant les vaisseaux; mais il se perd bientôt, et il n’en reste plus de trace après un court trajet. Quant à l’introduction de la pie-mère dans les cavités cérébrales , elle mérite d’être remarquée, soit pour la manière dont elle se fait, soit pour la disposition que cette membrane présente dans ces cavités. Les auteurs ne l’ont point envisagée sous ce second rapport, qui me parait très-essentiel,

b. De la Pie-Mère intérieure .

La pie-mère intérieure n est point isolée de la précédente : elle se continue avec elle d’une manière très-manifeste, en sorte qu’on ne peut les isoler dans la description, comme ont fait les auteurs. Cette continuité a lieu de la manière suivante : i° audessous du corps calleux et de la voûte à trois piliers, se trouve une large fente transversale, qui de l’extérieur communique dans le ventricule moyen, et par laquelle la pie-mère qui revêt la partie supérieure du cervelet et de la protubérance cérébrale va s’unir à celle qui forme la toile choroïdienne, ou plutôt donner naissance à cette toile. 20. Cette fente moyenne se continue de chaque côté avec une autre qui, placée entre la couche optique et le corps frangé, se contourne en formant une courbe à concavité antérieure, qui de l’extérieur communique dans les ventricules latéraux, et par laquelle un prolongement, de la pie-mère de Sa base du cer-

veau vient communiquer avec les plexus choroïdes. Je reviendrai, en parlant du cerveau, sur ces trois fentes, l’une moyenne, et deux latérales, qui n’en font réellement qu’une, et par laquelle l’intérieur du cerveau communiquerait librement avec l’extérieur, sans la pie-mère qui la remplit, et sans l’arachnoïde cpii se réfléchit sur elle.

La pie-mère intérieure forme d’abord la toile choroïdienne, puis les plexus choroïdes.

Toile choroïdienne . Ce prolongement membraneux, ainsi nommé par Yicq-d’Azyr, naît principalement de la pie-mère qui pénètre par l’ouverture moyenne placée sous le corps calleux, et ensuite sous la partie postérieure de la voûte à trois piliers. Elle tapisse exactement la surface inférieure de cette voûte. Sa forme est celle d’un triangle tronqué , dont la base très-large est en arrière. Elle correspond, du reste, à la forme de la voûte. i°. Sa surface supérieure adhère à celle-ci, comme je l’ai dit, et toutà-fait en arrière au corps calleux. Les moyens d’union sont une foule de vaisseaux passant dans la substance médullaire. 20. La surface inférieure est libre en devant dans le ventricule moyen. Plus en arrière, elle présente l’ouverture du trou arachnoïdien, dont je parlerai, qui surmonte la glande pinéaie, et que borde une série de petites granulations plus ou moins sensibles. Plus en arrière encore, cette surface est appliquée sur la commissure postérieure et sur les tubercules quadrijumeaux. Les parties latérales de cette surface recouvrent immédiatement la partie supérieure des couches optiques. 3°. En devant, la toile choroïdienne se termine à

l’endroit de l’origine de la voûte à trois piliers : là, elle se continue de chaque coté avec l’extrémité des plexus choroïdes , parles deux ouvertures arrondies qu’on y voit, et qui du ventricule moyen communiquent dans les latéraux. 4°- En arrière, où cetle toile est très-large, elle naît, comme-je l’ai dit, de la pie-mère extérieure. C’est dans le prolongement qui forme cette continuité que se trouve le canal par lequel l’arachnoïde s’engage dans l’intérieur du cerveau (i) ; c’est aussi par ce prolongement qu’est embrassée la glande pinéale, sur les côtés de laquelle la toile choroïdienne se continue avec les replis de la pie-mère venant de la base du cerveau. Elle tapisse en cet endroit la partie postérieure des couches optiques. 5°. Les bords latéraux de cette toile s’engagent entre les bords de la voûte à trois piliers et le milieudescouches optiques, et passant dans la fente qui, de chaque côté, sépare ces deux parties, ils vont donner naissance aux plexus choroïdes.

Plexus choroïdes . Ils se voient dans les ventricules latéraux, et régnent tout le long des bords de la voûte à trois piliers et des corps frangés qui circonscrivent ces bords en arrière. Nés en devant des ouvertures de communication du ventricule moyen avec les latéraux, ouvertures qui sont situées derrière l’origine de la voûte à trois piliers, et par lesquelles ils se continuent avec l’extrémité de la toile choroïdienne, ils se portent de là obliquement en arrière et en dehors, tout le long des bords de la

(i) Nous dirons plus loin ce qu’il faut penser de ce canal irachnoïdien. ' s

( Note ajoutée. )

voûte, en continuant à communiquer sous ces bords avec la toile choroïdienne, par la fente qui reste entre eux et les couches optiques. Vers l’endroit où les ventricules se contournent en devant, ils se contournent aussi, suivent le trajet des cor ps frangés, et ne se -terminent qu’à l’extrémité de ces cavités. Dans cette partie postérieure, ils communiquent directement avec la pie-mère extérieure qui s’enfonce dans le cerveau, entre le corps frangé et la couche optique : on dirait qu’ils naissent là de cette membrane. Très -épais dans cette partie postérieure, ces replis vont toujours en s’amincissant, à mesure qu’on les examine plus antérieurement. Ils ne sont autre chose que la pie-mère repliée sur ellemême, et non étendue, comme ailleurs, sous forme membraneuse. 11 y a cependant ici quelques variétés de structure, comme je le dirai.

c. Structure de la Pie-Mère .

Nous avons supposé, en décrivant la pie-mère, qu’elle pouvait être comparée aux autres membranes du cerveau sous le rapport de la structure. Mais elle ne mérite réellement point le nom de membrane, sous lequel on la désigne ordinairement. Lorsqu’on la soulevé et qu’on l’examine avec soin dans les endroits où elle est isolée de l’arachnoïde, on n’y voit qu’une multitude de vaisseaux sanguins entrelacés et réunis par un tissu cellulaire lâche, transparent, qui n’a aucune consistance, de manière qu’il n’en resuite nulle part un organe continu de la nature des membranes. Ce tissu cellulaire est susceptible de

DU CERVEAU ET DE SES DÉPENDANCES. 3l

s’infiltrer de sérosité, ce qu’on observe quelquefois dans les fièvres ataxiques; et alors on aperçoit au travers de l’arachnoïde une tuméfaction sensible, produite par de la sérosité infiltrée sous elle. C’est ce tissu cellulaire, et non les vaisseaux, qui unit la pie-mère à l'arachnoïde dans les endroits où leur adhérence mutuelle a lieu, adhérence analogue, sous ce point de vue, à celle de la plèvre avec le poumon, du péritoine avec les viscères gastriques, etc. L’union de la pie-mère avec le cerveau n’a lieu, au contraire, que parle moyen des ram uscules vasculaires très-ténus qui s’introduisent immédiatement dans la substance cérébrale. En détachant cette membrane, on peut distinguer l’extrémité rompue de ces minuscules sur la surface de la substance corticale : d’ailleurs les injections fines prouvent l'existence de ces derniers.

Il résulte de là que l’on doit/se former l’idée suivante du système vasculaire cérébral. C’est à la base du cerveau, entre lui elles os du crâne, que se trouvent les troncs artériels principaux destinés pour cet organe, c’est-à-dire l’artère basilaire et les carotides. Les branches, comme les cérébrales antérieures, les moyennes, etc., sont logées dans les grands sillons cérébraux, comme dans la scissure de S^lvius, l’écartement des lobes antérieurs, etc. Nés de ces branches, les rameaux se portent dans les anfractuosités, dans les sillons secondaires qui divisent l’extérieur de forma ne cérébral. Enfin les ra-

muscades subdivisés à 1 infini forment sur la surface extérieure du cerveau un lacis vasculaire extrêmement multiplié, dont les aréoles sont remplies par

un tissu cellulaire fin, délicat et jamais graisseux. De cette union du tissu cellulaire avec le lacis vasculaire, résulte une couche de forme membraneuse : c’est la pie-mère. Celle-ci a donc pour but principal de diviser à l’infini les vaisseaux cérébraux, afin qu’ils ne pénètrent que par des capillaires déliés dans le tissu cérébral lui-même. Remarquez, en effet, que c’est là une différence entre les vaisseaux cérébraux et ceux des autres viscères : car dans ceux-ci les troncs vasculaires entrent immédiatement dans le viscère lui-même , et se divisent ensuite dans son intérieur. Le foie, le poumon, la rate, le rein, etc., sont un exemple de cette disposition, qui ne pourrait s’accommoder avec le tissu mou et^lélicat du cerveau.

Les branches artérielles qui pénètrent dans l’intérieur du cerveau s’engagent dans les cavités de cet organe par les fentes dont nous avons parlé. Ces branches ne font point exception à la disposition précédente. Elle§ se ramifient d’abord dans le plexus choroïde et dans la toile choroïdienne , avant de pénétrer la substance cérébrale elle-même: en sorte que les ramuscules vasculaires de la pie-mère intérieure entrent dans cette substance de dedans en dehors comme ceux de la pie-mère extérieure pénètrent de dehors en dedans. Les veines ont à peu près la disposition des artères.

D’après cela, la structure delà pie- mère intérieure est à peu près la même que celle de la piemère extérieure. Cependant il y a quelque différence dans les plexus choroïdes. On y rencontre quelques granulations cérébrales. Souvent des vésicules s’y manifestent. Ces vésicules ne sont point des

hydatides, mais des kystes séreux inhérens à ces plexus, comme les kystes du cordon spermatique le sont à ce cordon.

§ III. De V Arachnoïde.

La triple enveloppe du cerveau n’a pas toujours été distinctement décrite. L’arachnoïde et la piemère ne furent long-temps , dans les descriptions, qu’une membrane unique, mince assemblage de deux feuillets distincts. Cette opinion, qui est encore celle de quelques anatomistes modernes, est entier rement contraire à la nature : les considérations suivantes en sont la preuve. i°. La pie-mère pénètre les anfractuosités ; l’arachnoïde passe, sans s’arrêter, d’une éminence à l’autre, et souvent on la voit ou séparée de la pie-mère par de grands intervalles, ou simplement appliquée sur elle sans nulle communication. 2°. L’une, rougeâtre, toute tissue de vaisseaux, n’est destinée qu’à offrir aux troncs qui s’y portent unelarge surface où ils puissent se diviser à l’infini avant de pénétrer dans la substance molle du cerveau ; c’est un lacis de vaisseaux sanguins plutôt qu’une membrane véritable : l’autre , blanchâtre , mince, demi -transparente, dépourvue de ce genre de vaisseaux, ne paraît qu’un composé desexhalans qui lui apportent , et des absorbans qui lui enlèvent l’humeur dont elle est sans cesse lubrifiée. 3°. La première n’est remarquable , à la suite des inflammations, que par sa rougeur, effet du sang qui y aborde; la seconde s’épaissit, devient opaque et d’un blanc plus foncé, se recouvre fréquemment de cette us r. 3

exsudation visqueuse, caractéristique des membranes séreuses en suppuration. 4°. Celle-ci , après avoir accompagné les vaisseaux et les nerfs jusqu’aux troncs qui les transmettent hors du crâne, se réfléchit visiblement sur la dure-mère, qui en emprunte, comme je le dirai, le poli qui distingue sa face interne : celle-là se perd bientôt sur les nerfs, et jamais on n’y voit une semblable réflexion. 5°. En enlevant l’arachnoïde, on détache aussi la pie-mère qui adhère au niveau des circonvolutions ; et c’est là sans doute ce cpii en a imposé. Mais ce fait ne prouve pas plus l’identité des deux membranes, qu’il n’établit celle de la plèvre, du péricarde, du péritoine, etc., avec le tissu cellulaire qui leur est subjacent, et qui accompagne toujours ces membranes lorsqu’on les arrache de dessus leurs organes respectifs. Ces rapides considérations suffisent, je crois, pour établir entre ces deux membranes une ligne réelle de démarcation, et admettre par conséquent l’existence isolée de l’arachnoïde. Mais c’est peu d’avoir constaté son existence, il faut encore déterminer sa nature, suivre son trajet et ses rapports, assigner ses fonctions. Or, sur tous ces points, l’anatomie connue ne nous offre qu’un vide à remplir.

Tous les organes importais, tous ceux qui sont agités d’un mouvement habituel, se trouvent enveloppés d’une membrane séreuse qui leur sert de limites, les isole des parties voisines, favorise leur expansion et leur resserrement alternatifs, par l'humeur qui en lubrifie sans cesse la surface lisse et polie. Cette loi de conformât on est universelle : le poumon qu’embrasse la plèvre, le coeur que revêt le

péricarde, l’estomac, les intestins, le foie, larate, etc., sur lesquels se déploie largement le péritoine, le testicule que recouvre la tunique vaginale, nous en o firent des exemples. Toutes ces membranes ont, comme je Fai démontré, les memes caractères de conformation, de structure, de fonctions, et même d’affections morbifiques. Cette uniformité dans la disposition extérieure de tous les organes importans, m avait fait soupçonner depuis long-temps que le cerveau ne devait point faire exception à la règle générale, et qu’une enveloppe analogue en tout aux membranes séreuses des grandes cavités devait, en le recouvrant, remplir à son égard les memes fonctions que ces membranes à l’égard de leurs organes

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respectifs. Je crois que ce soupçon deviendra une réalité, si j’établis d’une manière évidente que, i° la nature intime, 20 la disposition extérieure , le trajet et les rapports, 3° les fonctions et les affections de l’arachnoïde sont exactement les mêmes que celles des membranes séreuses.

a. Organisation de F Arachnoïde.

La nature intime de la plupart de nos parties échappe presque constamment aux grossiers instrumens de nos recherches; en sorte que , pour déterminer avec précision quel rang un organe inconnu noccupe parmi les ressorts nombreux de notre machine, il faut le comparer à ceux dont la nature bien constatée ne laisse aucun doute dans l’esprit du physiologiste, afin d’établir sur l’analogie ce que l inspection et la dissection ne peuvent nous four-

nir. Celle méthode de suppléer par le raisonnement au défaut des sens, dans nos recherches sur l’organisation, est surtout applicable à l’arachnoïde , que son extrême ténuité dérobe à presque tous nos moyens mécaniques. Or, en procédant par cette voie, je prouverai , je crois , d’une manière évidente, que par sa nature intime l’arachnoïde appartient à la classe des membranes séreuses, si j’établis que sa texture sensible, ses propriétés vitales, ses fonctions connues et ses affections morbifiques sont les memes que les leurs : car, semblable à elles par les résultats de l’organisation, comment pourrait-elle être différente par l’organisation elle-même?

J’ai prouvé ailleurs que toutes les membranes séreures sont remarquables par une surface lisse , polie, reluisante, humide de sérosité, contiguë et jamais continue aux organes voisins; par le petit nombre de leurs vaisseaux sanguins et la multitude de leurs exhalans et de leurs absorbans; par la base essentielle de leur texture, qui est cellulaire; par leur transparence lorsqu’on les a détachées. Or, examinez l’arachnoïde : vous y retrouverez exactement tous ces caractères, si vous fixez successivement votre attention sur sa surface correspondante à la duremère, sur les endroits où son système vasculaire peut le plus facilement être aperçu, comme à la base du crâne, où, isolée par l’une et l’autre faces, et par là transparente, elle ne peut nous présenter comme lui étant propres les vaisseaux sanguins de la pie-mère ; sur des lambeaux de cette membrane exposés pendant quelques jours à la macération ; sur les endroits où vous l’aurez décollée, par une légère insufflation,

de la pie -mère qu’elle recouvre. La ténuité de l’arachnoïde s’opposerait-elle au rapprochement établi entre sa texture et celle des membranes séreuses? Mais qui ne sait que l’épiploon présente encore moins d’épaisseur?

Si de la texture nous passons aux propriétés , même analogie observée. Sensibilité organique manifeste dans fétat ordinaire, susceptible, dans les affections inflammatoires, de se transformer en sensibilité animale; contractilité organique insensible peu apparente d’abord, mais cependant caractérisée par une foule de phénomènes; contractilité organique sensible et animale nulles; extensibilité et contractilité de tissu réelles, mais peu étendues : voilà les propriétés des membranes séreuses. Telles sont aussi celles que m’ont démontrées, dansl’arachnoïde, diverses expériences suides animaux vivans. La pression d’un corps, l’action déchirante ou coupante du scalpel, l’application de divers caustiques, ne paraissent exciter dans l’animal aucune sensation douloureuse. Mais cette membrane s’enflamme-t-elle à la suite de son exposition à l’air un peu long-temps continuée, le contact d’un corps auparavant indifférent devient pénible et même cruel. Ici, comme dans une foule d’autres parties, la sensibilité inhérente à l’organe s’y trouve distribuée dans une trop faible proportion pour que cet organe devienne, dans l’état naturel, un agent de sensations vives , soit douloureuses, soit agréables. Il faut que, par l’inflammation, la nature ait doublé, triplé même cette proportion, afin que cet effet soit produit. L’absorption qui s’opère dans l’arachnoïde prouve sa contractilité organique insensible. Son retour sur

elle-même à la suite de l’évacuation de certaines con-

mi

gestions aqueuses, sanguines, etc., le volume prodigieusement augmenté de certaines têtes hydrocéphales, sans rupture de cette membrane, établissent son extensibilité et sa contractilité de tissu.

Si, pour suivre l’analogie de l’arachnoïde avec les surfaces séreuses, nous prenons les fonctions de cette membrane, nous voyons qu’elles sont, i° de séparer le cerveau d’avec les premières enveloppes qui le renferment, et auxquelles, par son moyen , il n’est que contigu; de former ainsi à ce viscère une limite membraneuse, qui, rompant pour ainsi dire toute communication organique entreluiet les parties voisines, isole sa vie propre et les fonctions importantes qu’il remplit, de la vie propre et des fonctions moins essentielles de tout ce qui l’entoure; a0 d’exhaler sans cesse un fluide albumineux, dont on trouve sa surface constamment humide, qui se dissipe sous forme de vapeur sensible dans les animaux sur ]esquels on met cet organe à découvert , surtout dans un temps froid, et qui, destiné à lubrifier ce viscère, favorise ses mouvemens, et prévient les adhérences qui en seraient le résultat. Cet usage de l’arachnoïde est mis hors de doute par la considération suivante : sa surface, mise à nu dans un animal vivant, exhale visiblement une humidité. En effet, étant essuyée exactement dans une partie quelconque de son étendue , cette humidité y est reproduite au bout de peu d’instans. D’ailleurs pendant une assez longue exposition à l’air, et avant qu’elle ne s’enflamme, cette membrane reste humide: or, elle se sécherait bientôt si ce que ce fluide lui

Dü CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. 3Q

enlève par la vaporisation ne lui était rendu par l'exhalation. A cette exhalation de l’arachnoïde cor» respond nécessairement une absorption, qui s’exerce non-seulement sur l’humeur lymphatique, mais encore sur les fluides étrangers. J’ai ouvert le crâne d’un chien par le trépan, après avoir déchiré et enlevé les épais faisceaux charnus qui le recouvrent sur les cotés. L’ouverture a été bouchée, comme dans les expériences de Lorry, par un morceau de liège que traversait un tuyau de plume, au moyen duquel j’ai injecté dans la cavité du crâne un fluide légèrement coloré et à la température de l’animal. L’appareil a été fermé ensuite. L’animal ne s’est point assoupi, a eu d’abord quelques légers mouvemens convulsifs, est ensuite tombé dans rabattement et dans une espèce d’impuissance de mouvemens, quoique la paralysie n’ait pas été complète. Je l’ai tuéau bout de huit heures, et je n’ai retrouvé du fluide introduit qu’une très-petite quantité qui était ramassée vers la base du crâne. La meme expérience, tentée après la mort, ne m’a donné qu’un faible résultat, quoique l’animal eut été maintenu, par un bain chaud, à sa température ordinaire. Dans les plaies de tète, il se fait fréquemment des épanchemens sur l’arachnoïde, comme le prouvent l’opération du trépan et l’ouverture des cadavres. Or, sur un très-grand

nombre de malades que Desault a eus à traiter, jamais il n’a pratiqué cette opération , et cependant la. plupart ont très-bien guéri : donc, chez ceux de ces malades qui avaient des épanchemens ( et il est impossible que sur le nombre plusieurs n’en aient eu), ces épanchemens ont été absorbés, puisque le sang

4° appareil des sens internes,

qui s’extravase, et que les lymphatiques i>e reprennent pas , finit toujours par occasioner des accidens, 1 inflammation , les depots, etc., etc. Oui ne sait d aillent s que, dans 1 operation ineme du trépan, lorsque le sang se trouve sous la dure-mère, il ne s’évacue jamais qu’en très-petite quantité, malgré la précaution d’inciser cette membrane, parce qu’il il est point alors ramasse en foyer, mais disséminé sur toute 1 arachnoïde? Or, la portion restante, lorsque le malade guérit, doit nécessairement être absorbée. Je crois que, d’après les faits et les considérations précédentes, il est difficile de ne pas envisager 1 arachnoïde comme l’organe de l’exhalation et de l’absorption cérébrales.

Cependant une difficulté reste encore à résoudre: la dure-mère, suivant l’opinion commune, correspond, comme l’arachnoïde, à la cavité cérébrale où se répandent ces humidités : elle peut donc, comme celle-ci, les fournir et les reprendre. Je montrerai bientôt que cette maniéré q envisager la dure-mère n est point conforme a sa disposition anatomique , et que sa surface interne, lisse et polie, n’est qu’un repli de l’arachnoïde. Mais faisons abstraction de ce fait qui lèverait toute difficulté, et raisonnons d’après l’opinion commune. i°. La dure-mère est certainement de la nature du périoste, de la sclérotique, etc..., de 1 enveloppe du corps caverneux , de la membrane albuginée, etc. : or, aucune de ces membranes ne remplit une fonction semblable à celle qu’on attribuerait ici à la dure mère. a*. La dure-mère a partout la même structure, et cependant ce n est que par sa portion correspondante à

DU CERVEAU ET DE SES DÉPENDANCES. l\l

la cavité cérébrale quelle paraît être un organe exhalant. Pourquoi ne sépare-t-elle pas également de la sérosité dans l’orbite où elle se prolonge, dans la fosse pituitaire où elle passe sous la glande de même nom, après avoir abandonné l’arachnoïde qui en tapisse la face supérieure? Pourquoi, dans le canal vertébral , sa face externe, isolée des organes voisins comme l’interne , n’est-elle pas comme elle sans cesse humide d’une rosée lymphatique? Comment concilier cette uniformité d’organisation avec cette différence de fonctions ? 3°. Tous les fluides séreux de l’économie animale, qui lubrifient les cavités, sont fournis par une membrane unique, et non par le concours de plusieurs organes : comment celuici, semblable en tout aux autres par sa nature, aurait-il un mode différent d’exhalation ? 4°. Comment conçoit-on qu’un fluide essentiellement homogène soit séparé du sang par deux organes si essentiellement différens sous le rapport de leur structure que le sont la dure-mère et l’arachnoïde ? Trouve-t-on un seul exemple, dans l’économie vivante, de deux organes de classe différente concourant à produire le même fluide? 5°. La sérosité s’exhale dans les ventricules sans le concours de la dure-mère et seulement par l’arachnoïde qui s’y introduit comme je le prouverai. Toutes ces considérations m’ont déterminé depuis long-temps à considérer la dure-mère comme étrangère à l’exhalation et à l’absorption de la sérosité du cerveau, et à en regarder l’arachnoïde comme le siécre exclusif.

Rapprochons maintenant les fonctions des membranes séreuses de celles bien constatées de l’arach-

noïde, et nous les verrons, x°isoler aussi leurs organes respectifs; 20 exhaler sans cesse; 3° absorber autour d’eux une humeur séreuse de même nature que celle de l’arachnoïde, et sous ce rapport entrer essentiellement comme elle dans l’ensemble du système lymphatique. Donc il y a analogie parfaite de fonctions entre elle et l’arachnoïde.

De cette analogie des fonctions je passe à celle des affections morbifiques. Les membranes séreuses sont remarquables, parce quelles seules, avec le tissu cellulaire, sont le siège des hydropisies proprement dites, ou des hydropisies lymphatiques; parce qu’à la suite de leur inflammation, leurs faces diverses contractent souvent ensemble des adhérences; parce que souvent alors elles s’épaississent , perdent leur transparence, deviennent blanchâtres ; parce que dans ces cas une exsudation visqueuse, adhérente à leur surface, difficile à enlever, forme leur suppuration. Or, un rapide coup d’œil jeté sur l’arachnoïde nous y montrera les mêmes caractères morbifiques. Le sac qu’elle forme, et surtout sa portion prolongée dans les ventricules, devient le siège fréquent des collections lymphatiques qui constituent l’hydrocéphale. A la suite des inflammations du cerveau, Ivauw-Boerhaave, Dehaèn , Boémer, etc., ont fréquemment vu la face externe de l’arachnoïde et la face correspondante de la duremère adhérer ensemble, soit immédiatement, soit au moyen d’une espèce de membrane artificielle formée ici comme dans le péricarde, la plèvre, etc. Je possède des exemples de cette dernière disposition; je les montre dans mes cours d’anatomie pa-

thologique. Lorsque, clans le trépan , la dure-mère a été divisée, la portion d’arachnoïde cpii correspond à l'ouverture s’enflamme ‘fet adhère ensuite à la cicatrice. J’ai essayé, dans un animal , de déterminer, par une injection de vin sous te crâne, l’adhérence de cette membrane, comme on produit artificiellement celle de la tunique vaginale dans l’hydrocèle? mais ranimai n’a pu survivre que vingt-huit heures à l’expérience , et l’adhérence n’était point encore contractée J’ai eu occasion d’observer quelquefois, sur des sujets morts de plaies de tète, l’opacité de l’arachnoïde et son épaississement. Elle se condense alors, comme la plèvre, par des couches ajoutées d’une matière lymphatique. Ce meme phénomène , que l’ouverture des cadavres offre chaque jour, .s’observe aussi à la face interne de la dure-mère, ce qui tient à la portion d’arachnoïde qui la tapisse, puisqu’il n’est jamais sensible à sa face externe. Quant à l’exsudation visqueuse que laisse échapper l’arachnoïde enflammée, elle est prouvée par un très-grand nombre de faits. Ce mode de suppuration est si commun

dans les plaies de tète à l’Hôtel-Dieu, qu’il formait un des grands argumens par lesquels Desault combattait le trépan, toujours alors inutile, puisque cette couche épaisse, visqueuse, adhérente à la surface externe du cerveau, ne saurait échapper par l’ouverture ; -à peine peut-on l’enlever exactement avec le manche du scalpe! sur le cadavre dont le cerveau a été mis à découvert.

Les nombreux rapprochemefg que je viens cl’étabii r entre l’arachnoïde et les membranes séreuses en général me paraissent suffisans pour répondre au

problème que nous nous sommes proposé ci-dessus. En effet, puisque, d’une part, la nature intime d’un organe quelconque est déterminée quand on a démontré sa texture, ses propriétés vitales, ses fonctions, et le caractère qu’imprime son organisation à ses affections morbifiques; puisque, d’une autre part, il est évidemment prouvé que , sous ces quatre rapports essentiels, l’arachnoïde est analogue aux membranes séreuses, je crois que sans crainte d’erreur nous pouvons établir , comme une conséquence de ce qui vient d’être dit, cette proposition générale : L’ arachnoïde , par sa nature , appartient à la classe des membranes séreuses .

b. Trajet de V Arachnoïde extérieure .

J’ai démontré que toute surface séreuse représente un sac sans ouverture, replie et sur les organes auxquels elle appartient, et sur les parois de la cavité où se trouvent ces organes , fournissant à leurs vaisseaux une gaine qui les accompagne, et ne s’ouvrant jamais pour les laisser pénétrer; en sorte que rien n’est contenu dans la cavité qu’elle forme, et que s’il était possible de l’enlever distinctement par la dissection, cette cavité resterait dans son intégrité.

Or, si on compare à cette conformation celle de l’arachnoïde, et qu’on suive son trajet, il est facile de démontrer, le scalpel à la main, que, de même que ces membranes , elle se replie et sur le cerveau quelle embrasse $$ns le contenir, et sur la face externe de la dure-mère qu’elle tapisse, et sur les nerfs et les vaisseaux qui partent du cerveau ou qui

s’y rendent , de manière qu’aucun de ces organes n’est contenu dans sa cavité, que remplit seule l’humeur qui la lubrifie. Pour suivre le trajet de cette membrane, considérons-îa sur le cerveau, sur la moelle épinière , sur la dure-mère, et dans les ventricules ; car quoique, partout continue, ellene puisse s’isoler, cependant sa disposition deviendra plus sensible en ne l’examinant à la fois que sur un petit nombre de parties.

Considérée sur la convexité du cerveau, l’arachnoïde y est très-sensible, surtout par l’insufflation. j°. Elle revêt l’un et l’autre hémisphères, fournit à chaque veine allant au sinus longitudinal supérieur une gaine qui se continue ensuite sur la dure-mère, embrasse à peu près de la même manière les granulations cérébrales de cette partie , qui se trouvent ainsi hors de sa cavité. Cette disposition fait que ses adhérences avec la dure-mère sont très- nombreuses au-dessous du sinus longitudinal supérieur, où se trouvent surtout ces replis : on n’en remarque presque aucun sur la convexité des hémisphères. 2°. Elle descend de l’un et de l’autre cotés sur la face de ces hémisphères correspondant au sillon qui les sépare, tapisse le corps calleux dont l’écartent les artères de même nom, et fournit aux veines du sinus longitudinal inférieur des enveloppes qui se réfléchissent ensuite sur la faux.

De la convexité du cerveau , l’arachnoïde se porte en arrière et en devant. Voici son trajet dans le premier sens. i°. Sa portion correspondante aux hémisphères se prolonge sur leurs lobes postérieurs, qu’elle revêt en fournissant quelques gaines à des

veines qui se portent dans les sinus latéraux , passe sur la rainure qui les sépare du cervelet , où elle est très-distincte et isolée par ses deux faces, se déploie sur la partie supérieure de ce viscère, y fournit d’autres gaines aux veines du sinus droit, descend sur sa circonférence, y accompagne plusieurs gaines qui vont aux sinus latéraux et auxquelles elle fournit des enveloppes , puis vient recouvrir sa face inférieure, où une large portion de son étendue se trouve isolée vis-à-vis la rainure qui sépare ses deux lobes, a0. Quant à la portion de l’arachnoïde correspondante au corps calleux, elle se prolonge aussi en arrière sur le cervelet; mais elle concourt auparavant à former autour des veines de Galien une ouverture dont je parlerai bientôt.

D’après ce qui vient d’ëtre dit, on conçoit le trajet de cette membrane sur le cervelet, les lobes postérieurs et la convexité du cerveau. Mais comment se comporte-t-elle sur la base de ce viscère? le voici: i° de la partie supérieure des hémisphères, elle s’avance sur les lobes antérieurs, et les entoure exactement. Quant à l’intervalle qui les sépare, elle s’enfonce en haut dans tout cet intervalle, et le laisse très-apparent. En bas, elle ne s’enfonce que dans sa partie antérieure; dans la postérieure, elle passe immédiatement d’un lobe à l’autre, en sorte que, pour voir leur intervalle, il faut inciser le repli qu’elle forme entre eux. Plus en arrière, elle recouvre les nerfs olfactifs, auxquels elle forme une petite gaîne à leur extrémité. Une autre très-sensible, de forme conique, est fournie aux nerfs optiques; celle-ci se prolonge dans leur enveloppe fibreuse,

et ne se réfléchit»sur elle que dans l’orbite. 20. Elle embrasse, par sa portion qui descend du corps calleux, la tige pituitaire en manière d’un entonnoir dont l’extrémité s’épanouit sur la glande du meme nom , et se trouve séparée par elle de la dure-mère qui s’enfonce dans la fosse et en forme le périoste. 3°. Elle entoure d’un canal transparent la carotide à son entrée dans le crâne, se porte sous la protubérance cérébrale, forme entre elle et l’union des nerfs optiques un repli séparé cle la substance cérébrale par un espace très-profond; elle est aussi entièrement isolée sous cette protubérance, ainsi qu’au niveau de ses prolongemens antérieurs et des rainures qui les bornent latéralement, rainures au fond desquelles est l’ouverture qui communique dans l’extrémité des ventricules, et que remplit la piemère. Aux environs de la protubérance, farachnoïde fournit des "aines aux nerfs moteurs communs des yeux, pathétiques, trijumeaux, moteurs externes, auditifs et faciaux. 4°. On la voit se diriger sur les parties latérales du cervelet, sur le commencement de la moelle épinière, sur les prolongemens postérieurs de la protubérance cérébrale. Elle est entièrement libre au niveau des sillons plus ou moins profonds qui se rencontrent entre ses diverses parties, passe sur eux sans s’y enfoncer, et reste à cause de cela très-apparente. Elle accompagne dans ces espaces les nerfs vague, spinal, hypoglosse, sousoccipital; recouvre l’artère vertébrale, et se continue ensuite dans le canal vertébral où nous l’examinerons.

Ces nombreux replis de farachnoïde à la base du

crâne se voient facilement, lorsqu’après avoir mis sans secousse le cerveau à découvert, on le soulève avec précaution en avant et sur les côtés. Les diverses gaines paraissent alors plus larges du côté du cerveau , plus étroites vers la dure-mère , sur laquelle toutes se réfléchissent à l’endroit où elle est percée, ou un peu au-delà, pour laisser passer seul le nerf ou le vaisseau, qui, isolé d’elle, va à sa destination. Toutes sont lâches ? sans adhérence avec l’organe qu’elles entourent, se rompent très-facilement, surtout celles des olfactifs et des pathétiques; ce qui, sans doute, a empêché jusqu’ici qu’on ne les ait décrites avec exactitude. Ces gaines se trouvent presque toujours dépourvues de la pie-mère , qui disparaît insensiblement très-près du cerveau et du cervelet, et qui n’accompagne point les nerfs d’une manière sensible.

Nous venons de voir l’arachnoïde enveloppant, sans les contenir, le cerveau , scs nerfs et ses vaisseaux, se continuant ensuite en arrière et en devant sur la moelle épinière. Arrivée là , elle forme une espèce d’entonnoir par lequel est embrassé ce prolongement médullaire, et qui descend jusque sur les faisceaux nombreux qui le terminent. Nous verrons à l’article où nous en traiterons la manière dont elle se comporte sur lui. Je passe à la manière dont elle revêt la dure-mère.

D’après ce que nous venons de dire, il est évident que la totalité de la niasse cérébrale est embrassée par l’arachnoïde, comme le cœur, le poumon, le foie, la rate, etc., le sont par leurs membranes séreuses respectives, avec cette différence qu’ici les

replis sont plus nombreux par rapport au nombre beaucoup plus grand de nerfs et de vaisseaux. Il me reste , pour compléter l’analogie , à démontrer que, de meme que chaque membrane séreuse, après avoir tapissé son organe, se réfléchit ensuite sur les parois de la cavité où il est contenu; de même l’arachnoïde, après avoir reconvertie cerveau et ses proiongemens , revient sur la dure-mère, dont elle revêt toute la face interne.

Nous avons vu les gaines nombreuses qui accompagnent les nerfs et les vaisseaux jusqu’à leur sortie ou leur entrée par les trous du crâne et du canal vertébral, se réfléchir ensuite, et se porter sur la dure-mère : là, elles s’unissent toutes, et forment une membrane générale recouvrant et la dure-mère et ses prolongemens, tels que la faux cérébrale, la tente et la faux du cervelet, qui se trouvent ainsi hors de la cavité du crâne, et non humectées de sérosité, composant avec la portion qui revêt le cerveau"' le sac sans ouverture que j’ai dit être représenté par l'arachnoïde, laquelle présente ainsi une portion cérébrale et une portion crânienne, comme la plèvre a sa portion costale et sa portion pulmonaire. Cette manière d’envisager l’arachnoïde paraîtra sans doute paradoxale, d’après l’opinion commune des anatomistes, et d'après les difficultés qu’on éprouve ordinairement à isoler par la dissection ce feuillet interne de la dure-mère. Mais je crois que les réflexions suivantes lèveront sur ce point toute espèce de doutes.

i°. Si l’on dissèque dans une étendue quelconque la dure-mère de dehors ci\ dedans , en enlevant suc-

ni.

5o APPAREIL DES SENS INTERNES.

cessivement ses diverses couches , on remarque que toutes sont distinctement fibreuses, excepté la dernière, qui est celluleuse, sans aucune fibre, transparente, et telle, en un mot, qu’on voit l’arachnoïde dans les endroits où elle est libre par ses deux faces. Cette dissection est beaucoup plus facile qu’il ne le semble d’abord. On peut aussi, en fendant dans une certaine étendue , et le plus superficiellement possible, la face interne de la dure-mère avec la pointe du scalpel , enlever , au moyen de cette insision , des lambeaux très-considérables d’arachnoïde. Ces lambeaux sont minces et transparens. Quelques fibres leur restent quelquefois attachées; mais on distingue très-bien ce qui est fibreux d’avec ce qui est séreux , lisse et uni. a°. Dans le fœtus et l’enfant, l’arachnoïde est plus distincte de la duremère que dans l’adulte; elle y tient souvent d’une manière lâche. A cet âge, en commençant à la disséquer d’abord sur le cerveau, puis le long d’une des gaines dont j’ai parlé , ensuite à l’endroit de la réflexion de cette gaine , enfin sur la dure-mère où se fait cette réflexion, on voit très-manifestement sa continuité sur tous ces points , et elle peut être suivie très-loin sur le dernier. L’adhérence augmente avec l’âge, mais la nature reste distincte : ainsi le feuillet séreux du péricarde , très-lâchement uni , dans le premier âge, au centre phrénique du diaphragme, lui devient-il par la suite étroitement lié : ainsi le même feuillet séreux et le feuillet fibreux du péricarde , quoique très-fortement adbérens sur les côtés, sont-ils essentiellement différens l’un de l’autre. J’ai trouvé des sujets où l’adhérence de l’une

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. 5l

et l’autre membranes est plus marquée, et presque semblable à celle de l’adulte. 3°. Il est des endroits où l’arachnoïde est très-distincte de la dure-mère : ainsi, comme je l’ai dit, après avoir fourni une gaine à la tige pituitaire, elle s’épanouit sur le corps où se termine cette tige; tandis que la dure-mère passant dessous, tapisse la cavité de meme nom. Ces deux membranes se réunissent ensuite. 4°* Le poli de la surface interne de la dure-mère dépend évidemment de la présence de l’arachnoïde. En effet, si on examine un des conduits fibreux que fournit la duremère du canal vertébral à chacun des nerfs qui en partent, d’un côté on voit l’arachnoïde se réfléchir au lieu d’y pénétrer; d’un autre côté, si on ouvre ce conduit, on observe qu’il ne présente plus l’aspect poli et luisant qu’avait la dure-mère dans ce canal. La dure-mère ne doit donc point à elle-même ce caractère , mais à l’arachnoïde qui la tapisse. Quelquefois celle-ci pénètre en partie dans ces conduits, et se réfléchit au milieu : alors ils sont en partie lisses et en partie rugueux et celluleux au dedans; d’ailleurs, on sait que la dure-mère ne présente point cet aspect lisse et poli dans le canal vertébral , à sa face externe, quoique cette face soit libre et sans adhérences. Enfin , le poli qu’on remarque sur certains organes n’est jamais produit que par des membranes séreuses : ainsi le cœur, le poumon, le foie , etc. , doivent leur surface luisante et polie au péricarde , à la plèvre , au péritoine ; la surface interne des coulisses tendineuses à leur capsule synoviale, les articulations à la leur; en sorte que ce caractère extérieur des organes indique toujours

APPAREït DES SENS INTERNES.

une membrane séreuse qui les enveloppe, soit crâne manière serrée, comme les capsules des tendons, la portion de tunique vaginale correspondant à Faibuginée, etc.; soit d’une manière lâche, comme le péritoine, la plèvre, etc. La dure-mère ferait-elle donc seule une exception à cette loi générale de l’économie animale? 5°. A la suite des inflammations , où la dure-mère présente un épaississement remarquable, effet d’une espèce de membrane accidentellement produite là comme à la plèvre, etc., on remarque ce phénomène à sa face interne, et non à l’externe : or, l’inflammation a été la même partout; donc ce changement ne lui est point propre , mais à l’arachnoïde qui la tapisse. J’ai deux pièces où de fausses membranes accompagnaient l’hydrocéphale, et tapissaient l’arachnoïde devenue le siège d’une inflammation chronique. Or, dans l’une et l’autre, la couche qui enduit la surface interne de la duremère est la même que celle qui revêt l’arachnoïde cérébrale. De plus , l’inflammation chronique donnait à l’arachnoïde crânienne le même aspect qu’à cette dernière , tandis que le tissu même de la duremère était exempt de cette affection. 6°. La surface interne de la dure-mère est le siège évident de l’exhalation de la sérosité cérébrale, puisque, si on la met à découvert dans un animai vivant , et qu’on essuie cette sérosité dans une étendue quelconque , elle est bientôt reproduite. Or, je crois avoir prouvé évidemment plus haut qu’il répugne à la structure de la dure-mère d’être l’organe de cette exhalation : donc c’est l’arachnoïde réfléchie à la surface interne de cette membrane qui est cet organe. 70. Les ossb

fications cle cette surface interne y prouvent encore l’existence cle l’arachnoïde. En effet, ces ossifications se font entre elles et l’arachnoïde à peu près comme celles des artères ont lieu entre la membrane interne et la membrane fibreuse; en sorte que, soulevée par les plaques osseuses, l’arachnoïde est trèssensible à leur circonférence. J’ai dans ma collection de pièces d’anatomie pathologique trois dure-mères où les ossifications , très-sensibles , rendent trèsapparente la disposition que j’indique.

Tout tend, d’après ce que je viens de dire, à persuader que la dure-mère est recouverte en dedans par un feuillet séreux venant de l’arachnoïde. L’adhérence seule peut ici jeter des doutes : ils sont faciles à lever, si on considère que la conjonctive adhère aussi à la cornée, la tunique vaginale à l’aibuginée, la synoviale des tendons à ceux-ci, le péricarde au feuillet fibreux qui coupe le centre phrénique, etc. , et que cependant on ne révoque pas en doute l’existence de ces membranes. Je crois donc pouvoir établir comme un fait anatomique bien constaté, que l’arachnoïde, semblable en tout aux membranes séreuses, a sa portion cérébrale et sa portion crânienne partout contiguës entre elles, séparées par la sérosité, et continues seulement par les gaines cpii contiennent les vaisseaux et les nerfs, aux endroits où ces nerfs et ces vaisseaux sortent du cerveau ou y pénètrent.

Au reste, quand je dis, en décrivant le trajet de l’arachnoïde , que du cerveau elle se porte sur les nerfs , de là sur la dure-mère, etc. , cette expression n’est destinée qu’à s’accommoder à notre manière

ordinaire de concevoir. Sans doute elle se forme en même temps sur tous les organes, et se développe sur tous dans les mêmes proportions. Si cette manière de ^présenter la disposition de l’arachnoïde répugne, surtout par rapport à la dure-mère, changeons nos expressions ; disons qu’elle embrasse seulement le cerveau, fournit aux nerfs et aux vaisseaux des gaines qui se réfléchissent sur la dure-mère , comme l’inspection le prouve évidemment , et se perdent ensuite sur cette membrane , dont la face interne, essentiellement différente, par son organisation, du reste de sa substance, est entièrement semblable sous ce rapport à l’arachnoïde. C’est là le point essentiel , que cette identité d’organisation entre la face interne de la dure-mère et l’arachnoïde, identité qui résulte évidemment des faits exposés ci-dessus. Quant à la manière de présenter la chose, elle est indifférente.

c. Trajet cle V Arachnoïde intérieure.

Ce trajet, non indiqué parles auteurs, mérite une attention particulière. En effet, tous les anatomistes ont dit que la pie-mère seule pénètre dans les cavités cérébrales pour les tapisser, après y avoir donné naissance au plexus choroïde. Je soupçonnais depuis long-temps que cette assertion est fausse, d’après les considérations suivantes : i° la membrane qui revêt les ventricules et leurs diverses éminences, présente le même caractère, la même texture apparente que l’arachnoïde , quoique plus mince encore que celle-ci; elle en a l’aspect lisse et poli; elle recouvre

les vaisseaux sanguins, sans en contenir sensiblement dans son tissu, qui se trouve, excepté aux plexus choroïdes, essentiellement différent de celui de la pie-mère; *2° une rosée lymphatique s’en exhale sans cesse, et y est sans cesse absorbée; 3° il y survient de fréquentes hydropisies ; 4° à la suite des inflammations, on y a trouvé des exsudations puriformes, semblables à celles de l’arachnoïde et des autres membranes séreuses, caractère qui n’appartient point à la pie-mère. Ces premières considérations me portaient à supposer les ventricules tapissés, comme l’extérieur du cerveau, d’une sorte de membrane en forme de sac sans ouverture , semblable à toutes les autres membranes séreuses, et que sa ténuité dérobait à nos dissections. Une autre réflexion me confirmait dans cette idée : souvent les hydropisies des ventricules existent isolément, l’eau du sac extérieur de l’arachnoïde n’étant point augmentée. Or, s’il n’y avait pas dans les ventricules une membrane différente de la pie-mère, l’eau qui s’y trouve épanchée refluerait bientôt au dehors, en s’infiltrant par les prolongemens de cette dernière membrane, qui de la base du crâne remonte dans les ventricules par les ouvertures de communication indiquées plus haut; car, comme je l’ai dit, la piemère n’est que du tissu cellulaire dont les cellules communiquant toutes, et étant parcourues par beaucoup de vaisseaux, laissent facilement passer la sérosité de l’une à l'autre. Il faut donc que les fentes

de communication du dehors au dedans du crâne

soient bouchées du côté des ventricules par une membrane différente de la pie-mère qui s’insinue

ces tentes. J’examinai en conséquence l’endroit où les prolongemens extérieurs de cette membi vme viennent se confondre avec les plexus choroïdes et avec la toile c-horoïdienne; et je vis en effet une lame très-mince passant sur eux , les empêchant ainsi d’être contenus dans les cavités cérébrales , et se perdant ensuite sur les éminences voisines, telles que les couches optiques, les corps cannelés , les cornes d’Ammon , etc. Je ne doutai plus dès lors , 1° que ce qu’on avait pris dans les ventricules pour un prolongement de la pie-mère ne fût une véritable membrane séreuse extrêmement ferme, tapissant leurs parois, et se reploj'ant ensuite autour des plexus choroïdes situés véritablement hors de la poche; 20 qu’il n’y eût aussi au dedans comme au dehors un organe exhalant la sérosité, lui servant momentanément de réservoir, et la transmettant ensuite de nouveau dans le torrent circulatoire; 3° que si la dissection ne pouvait pas nous conduire ici pas à pas, l’analogie y suppléait au moins d’une manière évidente. Mais une question restait à résoudre : cette membrane interne a-t-elle une existence isolée, ou est-elle une continuation de l’arachnoïde dont elle partage la nature? L’inspection décida cette c] u est ion :

J’ai dit qu’après avoir tapissé le corps calleux, l’arachnoïde descend sur le cervelet; mais en s’y prolongeant, on la voit s’enfoncer dans le ventricule moyen , par une ouverture ovalaire située entre ces deux parties. Cette ouverture embrasse d’abord de tous cotés les veines de Galien et leurs nombreux prolongemens, qui, en recevant chacun une enve

loppe, ne s’y trouvent point contenus, quoiqu’ils la traversent en tous sens. Elle se prolonge ensuite sous ces veines entre la glande pinéale et les tubercules quadrijumeaux, et se termine ensuite dans le ventricule moyen du cerveau , en formant un canal distinct. Ce canal, ainsique les veines de Galien, traversent le prolongement de la pie-mère qui s’enfonce sous le corps calleux pour aller donner naissance à la toile choroïdienne.

Pour trouver ce conduit, il faut scierie crâne avec

beaucoup de précaution , enlever très-légèrement la faux, de peur que les secousses qu’on lui imprime ne se communiquent à la tente du cervelet, aux veines de Galien , et surtout à la portion d’arachnoïde qui vient du corps calleux , ne déchirent cette portion et en meme temps ne détruisent l’ouverture, ce qui arrive dans le plus grand nombre des cas où l’on n’a point ces attentions. Le cerveau étant à découvert, on soulève doucement chaque hémisphère en arrière, en l’écartant un peu en dehors : les veines de Galien paraissent alors sortant du canal qui les embrasse, et dont l’orifice ovalaire est très apparent. Quelquefois cependant les bords de cet orifice embrassent tellement les veines, qu’on ne peut le distinguer que par une petite fente située d’un côté ou de l’autre , et qu’on croirait , au premier coup d’oeil, qu’il y a continuité. Glissez alors un stylet le long de ces vaisseaux d’arrière en avant; quand il aura pénétré un peu, faites-le tourner tout autour; il dégagera les adhérences, et l’ouverture deviendra très-sensible.

Pour s’assurer que cette ouverture mène dans le

ventricule moyen du cerveau , il faut y introduire un stylet crénelé, l’engager sous les veines de Galien , le pousser doucement : il pénètre sans peine dans le ventricule. On enlève ensuite le corps calleux et la voûte à trois piliers, de manière à laisser en place la toile choroïdienne; on incise sur le stylet, et on voit que la membrane , lisse et polie dans tout son trajet, n’a point été déchirée pour le laisser pénétrer. Quelquefois on éprouve de la résistance, on ne peut même le faire parvenir : cela tient à ce que les veines qui viennent se dégorger dans celles de Galien , s’entrecroisant en tous sens dans le canal ,1e rendent pour ainsi dire aréolaire et arrêtent l’instrument : il faut alors le retirer, et pour démontrer la communication, verser du mercure dans le trou extérieur; par la position inclinée de la tête, il parvient tout de suite dans le ventricule moyen. En soufflant aussi de l’air, il parvient dans ce ventricule, et de là dans les latéraux, par les ouvertures situées derrière l’origine de la voûte à trois piliers. Si on enlève celleci, et qu’on mette par là à nu la toile choroïdienne? elle se soulève chaque fois qu’on pousse de l’air.

L’orifice interne de ce conduit de communication se trouve à la partie inférieure de la toile choroïdienne. Pour le voir, il faut renverser celle-ci en arrière on avec la voûte à trois piliers qu’elle tapisse, ou après l’en avoir isolée. La glande pinéalequi tient à cette toile se renverse aussi : alors, au-dessus et au-devant de cette glande, on voit une rangée de granulations cérébrales représentant un triangle dont la pointe est en avant. C’est a la base de ce triangle qu’est l’orifice interne du conduit de l’arach-

DU CERVEAU ET DE SES DÉPENDANCES. 5g

noïde; un stylet qu’on y introduit se porte en dehors en passant sur la partie supérieure de la glande que le conduit surmonte. Quelquefois , comme dans le passage d’un stylet de l’orifice externe à celui-ci , les veines de Galien qu’on rencontre empêchent la pénétration; mais en se déviant un peu, en tâtonnant, on parvient toujours sans rupture (i).

Il parait donc, d’après ce qui vient d’être dit , i° que la membrane des ventricules, analogue par son apparence et sa nature à l’arachnoïde, en est un prolongement, et que le moyen de communication entre elles est le canal dont j’ai parlé; 2° que ce prolongement, plus mince encore que l’arachnoïde déjà si ténue , se déploie d’abord sur le ventricule moyen, descend en arrière par l’aqueduc de Sylvius, dans celui du cervelet qu’il revêt , et où il bouche les ouvertures par lesquelles pénètre la pie-mère,

(i) Béclard avait cl’abord admis l’opinion de Bichat : il pensait, comme cet illustre anatomiste, qu’un véritable canal pratiqué dans le prolongement de la pie-mère qui va former la toile choroïdienne donnait passage à l’arachnoïde. Parun examen ultérieur, il reconnut qu’il n’y avait pas réellement de canal , mais seulement un cul-de-sac conique, retourné quelquefois sur lui-même et saillant en arrière dans certains cas d’hydrocéphale , où la sérosité , épanchée dans les ventricules , les remplit et les distend. Aussi professait-il dans ses dernières leçons, que la pie-mère est soudée avec elle-même dans tous les points où elle pénètre dans l’intérieur de l’encéphale , de sorte qu’elle ne laisse point entre ses feuillets d’intervalle dans lequel l’arachnoïde puisse ainsi s’enfoncer. Quoi qu’il en soit , l’existence ou la non-existence de ce canal est encore incertaine. ( Note ajoutée. )

se porte en devant à travers les deux trous de communication des ventricules latéraux, trous qu’on ne voit bien qu’en commençant la dissection du cerveau par sa base, tapisse ces ventricules et leurs éminences, se réfléchit sur le plexus choroïde, bouche, tout le long de la concavité des corps frangés, la communication qu’il y a entre ces cavités et l’extérieur, communication par laquelle s’introduit la pie-mère pour se continuer avec le plexus choroïde, lequel est principalement produit par la toile choroïdienne.

D’après ce qui vient d’ètre dit, il est évident que la membrane séreuse tapissant les ventricules est à l’arachnoïde ce qu’est au péritoine celle de la cavité des épiploons , et que la plus parfaite analogie existe entre l’ouverture que j’ai décrite et l’ouverture située sous la vésicule du fiel, et qui mène à cette cavité.Cependant telle est l’extrême ténuité de l’arachnoïde intérieure, surtout à l’endroit où elle revêt la substance cérébrale, qu’il est impossible de la soulever. Son existence dans le canal jusqu’à son orifice interne sous la toile choroïdienne est trèssensible, ainsi qu’au niveau des fentes de communication*, mais ailleurs, j’admets plutôt par la nature de l’exhalation des ventricules, que par une dissection rigoureuse, l’arachnoïde intérieure.

On conçoit facilement par là un phénomène que l’ouverture des cadavres offre quelquefois : on trouve les ventricules très-distendus, leur cavité doublée, triplée même, et cependant ils sont presque vides de sérosité, tandis qu’il y en a beaucoup à la base du crâne : l’eau n’a pu s’échapper par aucun endroit

DÜ CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES» 6l

que par l’ouverture dont j’ai parlé ,1e cadavre s’étant trouvé couché sur le dos la tête renversée. J’observe ace sujet qu’un signe certain de la dilatation des ventricules, qui ne paraît pas toujours aisée à distinguer sur un cerveau non incisé, c’est la diminution des anfractuosités repoussées alors en dehors, et le moins de saillie des circonvolutions, en sorte que la surface cérébrale est presque unie dans tous ses points. Ce signe ne m’a jamais trompé.

Je crois que , d’après tout ce qui a été dit dans cet article, il serait difficile de révoquer en doute l’analogie que présente l’arachnoïde avec les membranes séreuses par sa conformation. Comme elles, on la voit , se déployant et sur l’organe auquel elle appartient et sur la cavité qui le renferme, former un sac sans ouverture où s’amasse la sérosité, embrassant les nerfs et les vaisseaux, et leur formant des gaines qui les empêchent d’être contenus dans ce sac; enfin s’enfonçant dans les ventricules, et y formant un grand appendice analogue à celui qu’envoie le péritoine sous l’estomac et le colon, au-devant du pancréas et du duodénum, etc.

d. Remarques sur V Arachnoïde.

Les faits multipliés rapportés plus haut nous permettent de présenter ici quelques vues générales , qui ne seront pour ainsi dire que les conclusions de cesvfaits. Elles ont rapport aux maladies et aux fonctions de l’arachnoïde. Il parait que, dans l’inflammation du cerveau et de ses membranes, l’arachnoïde joue un rôle essentiel. C’est elle, et non la

Mà

dure-mère, qui doit faire rapporter cette inflammation à celle des membranes séreuses ou diaphanes. Si la dure-mère participe à ces affections, c’est à cause du feuillet interne qui la tapisse. Une expérience rend ceci très-manifeste : mettez sur un animal la dure-mère à découvert dans une étendue assez, considérable de sa surface externe; incisez -la de manière à exposer aussi à l’air sa surface interne : celle-ci sera enflammée beaucoup plus vite que fauf tre, car elle deviendra rouge bien plus vite, et surtout plus promptement sensible à l’impression des irritans extérieurs , qui est nulle pour l’animal dans les premiers instans de l’opération. Sans doute que dans les inflammations du cerveau, la dure-mère ne tarde pas à s’enflammer aussi; mais le siège primitif du mal paraît être dans l’arachnoïde. D’ailleurs, j’ai fait observer que ce n’est guère qu’à la surface interne de la dure-mère qui est tapissée par elle, ainsi qu’à la surface du cerveau, qu’on observe l’exsudation purulente et les membranes contre nature qui sont le résultat de ces inflammations. Au reste, il paraît, par l’observation des maladies, que l’inflammation des membranes fibreuses telles que la duremère est beaucoup plus lente dans ses progrès que celle des membranes séreuses: l’inflammation du périoste, comparée à celle de la plèvre, en est une preuve.

Quoique les hydropisies de l’arachnoïde présentent des phénomènes analogues à ceux des autres membranes séreuses , et qu’on puisse alors la regarder comme un grand réservoir accidentellement plein de sérosité, intermédiaire aux exhalans qui

DU CERVEAU ET DE SES DÉPENDANCES. 63 continuent leurs fonctions, et aux absorbansqui ont cessé les leurs, cependant il se rencontre quelques différences assez notables. i°. Dans Fhydropisie générale, où tout le système lymphatique est frappé d’atonie, où tout le tissu cellulaire s’infiltre, toutes les cavités se remplissent, celle-ci échappe presque constamment à la loi générale. 20. L’hydropisie de l’arachnoïde est plus particulière à l’enfant, au fœtus ; celle du péritoine , de la plèvre, de la tunique vaginale,du péricarde, etc., est plus souvent observée chez l’adulte. Cela tiendrait-il, pour l’arachnoïde , à la concentration des forces sur la tète dans le premier âge, époque à laquelle la nature, obligée de perfectionner simultanément tous les organes de la vie animale qui s’y trouvent, semble négliger les autres parties pour doubler le travail de la nutrition dans ses organes? On sait qu’en général, les premiers instans de l’existence sont, plus que tous les autres, sujets aux maladies de la tète. 3°. Une circonstance influe sans doute aussi sur la différence des hydropisies de l’arachnoïde; c’est qu’il y a beaucoup moins de vaisseaux absorbans, de ceux au moins qui sont sensibles dans nos préparations, à la tête que partout ailleurs, comme l’ont prouvé les recherches des anatomistes modernes, italiens, anglais etaliemands.

Je remarque cependant que toutes les collections séreuses du crâne n’appartiennent pasâ l’arachnoïde. Souvent, comme je l’ai dit, on trouve la pie-mère infiltrée dans les ouvertures cadavériques, et faisant une saillie qui soulève l’arachnoïde, à travers la-

quelle on voit l’infiltration , mais qui reste parfaite*

ment intacte.

§ IV. Des Granulations cérébrales .

On trouve en divers endroits des membranes cerébrales de petites granulations plus ou moins sensibles, et auxquelles Pacchioni, qui a fixé sur elles une attention spéciale, a donné le nom de glandes quoique nous ignorions complétementleur usage(i). Ordinairement décrites avec le sinus longitudinal supérieur ou avec la surface externe du cerveau, ces petites granulations doivent être considérées d’une manière générale et isolée, parce quelles se rencontrent dans plusieurs parties qui n’ont entre elles aucune analogie de structure. On peut les rapporter à deux chefs principaux, aux sinus et à la pie-mère.

a. Cxranulations des Sinus.

Le sinus longitudinal supérieur est celui qui en contient le plus. Elles sont spécialement à sa partie moyenne et postérieure; on les y voit, en le fendant supérieurement, amassées par paquets plus ou moins considérables. Elles occupent, en général, le contour des orifices par lesquels les veines viennent s’aboucher dans ce sinus, où elles font une saillie

(i)AVenzelet Meckel considèrent ces granulations comme des produits morbides dus à la fréquence des congestions de sang vers l’enc épli ale . ( No te ajoutée.)

plus ou moins marquée. Elles se trouvent le plus souvent cachées en partie par des brides différemment disposées, et qu’il faut couper pour bien les mettre à découvert. Lorsqu’on examine un paquet de ces granulations, on voit quelles se tiennent toutes, et qu’on ne peut point les séparer sans rupture. Plusieurs existent isolément. Un feuillet très-mince de la membrane interne des veines les recouvre, et les empêchede baigner dans le sang.

Vers l’ouverture du sinus longitudinal supérieur dans les deux latéraux, ces granulations sont trèspeu marquées. Ces sinus latéraux en contiennent plusieurs dans leur portion postérieure , qui correspond à l’occipital, et c’est toujours à l’embouchure des veines qu’on les observe. Leur portion antérieure, qui descend derrière le rocher pour se jeter dans îa jugulaire, en est dépourvue, j’en ai observé quelquefois dans le sinus droit, à l’embouchure de la veine de Galien ; d’autres fois , et meme le plus souvent, on n’y en rencontre point. Tous les autres.sinus en manquent absolument, ou du moins leur existence est très-difficile à constater.

Les granulations des sinus sont blanchâtres, quelquefois jaunâtres, plus grosses, mais moins denses et moins résistantes que celles de la pie-mère. Celles du sinus longitudinal supérieur sont les plus marquées. Elles reçoivent des vaisseaux, mais point de nerfs. Leur texture est complètement ignorée, ainsi que l’usage auquel elles sont destinées. Il est trèsrare qu’on les trouve affectées dans les ouvertures cadavériques. 11 y a cependant des exemples où on les a rencontrées ossifiées : j’en ai vu un. Dans un m. 5

autre cas, j’ai trouvé leur volume sensiblement augmenté, et leur organisation intérieure changée: elles soulevaient sensiblement la dure-mère.

b. Granulations de la Pie-mère .

Elles ne diffèrent des précédentes que par leur situation et leur volume. Elles ont, du reste, une nature semblable et meme, comme je vais le dire, elles se continuent avec elles.

Dans la pie mère extérieure, c’est spécialement au-dessous des sinus qui en contiennent dans leur cavité, qu’on en rencontre : ainsi, tout le long du longitudinal supérieur on en voit autour des veines qui pénètrent dans ce sinus; elles sont, comme ces veines, enveloppées d’un prolongement de l’arachnoïde, qui de la surface convexe du cerveau se porte sur la dure-mère où il s’épanouit, en sorte qu’elles ne se trouvent point dans la cavité arachnoïdienne, dont la sérosité ne peut les humecter. Entourées des replis vasculaires qui composent la pie-mère, elles sont cependant complètement étrangères à cette membrane. Leur volume est d’autant plus sensible, qu’on les examine plus près des endroits où les veines cérébrales percent la dure-mère pour entrer dans le sinus longitudinal. A ces endroits, elles ne cessent pas d’exister; on les voit s’engager dans les écartemens de la dure-mère qui reçoivent ces veines pour les transmettre dans le sinus; elles oecusent ces écartemens, qui parcourent un trajet oblique plus ou moins long, y entourent les veines cérébrales, se continuent avec les granulations du

sinus lui-même, et rendent, par la saillie quelles font , la dure-mère très-inégale sur les côtés de ce sinus. Il résulte de cette disposition que ces granulations se voient dans trois endroits au niveau du sinus longitudinal, savoir : i° dans sa cavité ellemême, 2° dans les écartemens de la dure-mère qui transmettent les veines cérébrales à cette cavité , 3° dans la pie-mère voisine, autour de ces veines cérébrales. Dans ces trois positions, les granulations se tiennent toutes, et font pour ainsi dire une traînée depuis le sinus jusque sur la pie-mère. Quand il existe des granulations dans les sinus latéraux et dans les autres, elles suivent un peu le trajet des veines dans les écartemens correspondais de la duremère, mais elles ne se propagent point jusqu’à la pie-mère.

A la base du cerveau, on ne trouve point de ces sortes de granulations dans la pie-mère: les troncs artériels qui occupent spécialement cette base n’en sont point environnés comme les troncs veineux qui se voient à sa convexité.

Les granulations de la pie-mère extérieure sont plus petites, mais plus denses que celles des sinus • elles sont aussi plus blanches.

La pie-mère intérieure a aussi ses granulations. i0. On en trouve un nombre plus ou moins considérable dans les plexus choroïdes. Elles doivent être bien distinguées des vésicules séreuses qui se forment quelquefois accidentellement dans ces plexus. Elles sont rougeâtres ou grisâtres, et non pas blanchâtres comme celles de la pie-mère extérieure.

Elles paraissent aussi moins consistantes; il est douteux que leur nature soit la même.

a°. Dans la toile choroïdienne , on ne trouve de granulations qu’à sa surface inférieure, au-dessus et au-devant de la glande pinéale. Elles forment deux rangées latérales qui partent de la partie antérieure et supérieure de cette glande , se portent en convergeant l’une vers l’autre, se réunissent bientôt, et bornent ainsi un espace triangulaire, à la base duquel s’ouvre le trou de l’arachnoïde qui de l’extérieur communique à l’intérieur du cerveau. En entrant par cet orifice, cette membrane tapisse d’abord l’espace triangulaire dont je parlais, ce qui le rend lisse. Quelquefois ces deux rangées de granulations ne se réunissent point en devant ; elles cessent avant de se rencontrer. Un peu plus blanches que cellesdes plexus choroïdes, ces granulations paraissent avoir la même nature.

3°. On trouve, dans la partie inférieure, et sur les côtés du ventricule du cervelet, de petits replis de la pie-mère où se rencontrent aussi beaucoup de granulations analogues à celles des plexus choroïdes. Je reviendrai sur ces replis.

ARTICLE DEUXIÈME

DE LA MASSE ENCEPHALIQUE CONSIDEREE EN CÉnÉRAL.

La masse encéphalique remplit toute la cavité du crâne et celle de l’épine. Symétrique et régulière comme ces cavités , elle est composée de parties impaires sur la ligne médiane 7 et de parties paires qui

se ressemblent exactement, sur les côtés de cette ligne. Sa conformation extérieure offre cette uniformité constante qui appartient à tous les organes de la vie animale. Il est rare qu’on y trouve ces variétés de volume, de figure, d’organisation même, qu’il est si ordinaire de rencontrer dans les organes intérieurs, comme dans le foie, la rate, etc. Elle n’éprouve que quelques légères différences suivant ses diamètres, différences que j’indiquerai bientôt. Son volume , plus considérable proportionnellement chez l’enfant que dans les autres âges, offre une différence assez sensible dans les deux sexes, différence qui coïncide avec celle qui a lieu sous le rapport du poids, et qui est constamment à l’avantage de l’homme. Il parait différer beaucoup suivant les tempéramens, quoiqu’en effet ces différences soient le plus souvent légères. Ainsi, chez les sujets où le système musculaire est très-prononcé, le cerveau et le crâne paraissent fort petits comparativement aux membres et au tronc, tandis que l’un et l’autre semblent avoir un volume très-grand chez les sujets nerveux , où le système musculaire des membres est très-rétréci ; mais cette apparence est jusqu’à un certain point illusoire. En effet, le volume absolu du cerveau varie peu; cet organe ne parait différer que par proportion; tandis que les autres auxquels on le compare éprouvent spécialemen t ces variations de volume et d’épaisseur. Meme considération par rapport à la stature : la masse encéphalique, comme la tète en général, en sont presque indépendantes; et c’est cette uniformité de volume qui les fait paraître fort petites dans un sujet de haute taille ? fort

grandes et disproportionnées même au reste du corps dans un nain. Y a-t-il un rapport entre la quantité de masse encéphalique et Fintelligence?

La substance contenue dans la cavité osseuse du crâne la remplit exactement; aucun intervalle ne reste entre elle et les parois de cette cavité. Au contraire, la cavité vertébrale est bien plus grande que le prolongement qu’elle renferme : aussi il peut s’amasser dans le canal vertébral une plus ou moins grande quantité de sérosité et de graisse sans lésion des fonctions nerveuses; tandis que le moindre épanchement dans le crâne suffit, s’il survient subitement, pour troubler les fonctions du cerveau. Tel épanchement qui , dans une fièvre ataxique , comprime le cerveau et en trouble entièrement les fonctions, serait nul sous ce rapport, si les parois crâniennes étaient molles et faciles à céder, comme celles du bas-ventre.

La forme de la masse encéphalique, considérée dans le crâne , est difficile à déterminer : elle se rapproche de l’ovalaire; elle est large en arrière et rétrécie antérieurement. En haut, cette masse est convexe; en bas, elle offre des inégalités très-marquées par la réunion des trois parties qui la composent. Cette forme varie en proportion des variétés que celle du crâne éprouve, suivant ses diamètres, transverse, perpendiculaire et longitudinal. J’ai indiqué ailleurs ces variétés. Dans tous ces cas, la partie inférieure est la moins altérée, parce que la base du crâne est la moins susceptible de varier. J’ai remarqué que la. base cérébrale reste presque la même , soit que la convexité s’élève en pain de sucre ,soit

qu e les hém i sphèr es au gm en t en 1 1 on gi tudi n al em en t, soit qu’ils prennent plus d’étendue tranversale. La protubérance cérébrale , ainsi que ses prolongemens , restent toujours les memes, quand les formes du cerveau et du cervelet varient; ce dernier est plus constant que le premier, et celui-ci plus variable à sa convexité qu’à sa base. La forme du cerveau peut encore être changée accidentellement par des maladies, comme par l’hydrocéphale, qui développe et distend la substance cérébrale ; par les exostoses de la surface crânienne, etc.

Plusieurs anatomistes se sont occupés de déterminer la pesanteur de la masse encéphalique: leurs calculs ont été fort différens, ce qui peut tenir à l’état de cette masse plus ou moins gorgée de sang au moment de la mort. Sans doute , il doit y avoir de la différence, sous ce rapport, entre le cerveau d’un apoplectique et celui d’un homme mort d’hémorrhagie. Cependant il est plus facile d’estimer la pesanteur de la masse encéphalique que celle de plusieurs autres organes. En effet, le système vasculaire n’y est susceptible que d’un engorgement médiocre , fort différent, sous ce point de vue, de ce qu’il est dans le poumon, dans la rate, etc., qui ne sont point circonscrits immédiatement par une enveloppe osseuse, et qui, susceptibles de recevoir des quantités infiniment variables < e sang à l’instant de la moi't , ne se ressemblent presque jamais sur deux malades. Ici la plus grande partie des vaisseaux se trouvent à la superficie cérébrale, ce qui donne la facilité de les vider. Enfin la forme de la masse encéphalique et son volume étant constans, sa pesanteur

y 2 APPAREIL DES SENS INTERNES.

doit aussi donner des résultats plus certains qu ailleurs. Pour les avoir le plus exactement possible, il faut dépouiller l’organe de ses enveloppes. Les calculs ont été faits sans cette précaution : il faut les renouveler sous ce rapport. Voyez du reste Sœm mer i n g à ce sujet. En général, la gravité de la substance cérébrale est à celle de beau comme io,3io : 10,000.

La masse encéphalique est remarquable entre tous les solides par son extrême mollesse; de là la nécessité de l’abri solide qui l’environne, et l’utilité des replis de la dure-mère qui en soutiennent les. diverses parties , lesquelles, sans cela , pourraient s’affaisser réciproquement en pesant les unes sur les autres. La densité cérébrale varie suivant Fâ^e. Trèsmou chez l’enfant, le cerveau est compacte chez le vieillard : aussi faut-il le choisir à cet âge pour bien le disséquer. Quelquefois les fièvres ataxiques augmentent cette densité, qui est, en général, fort différente suivant les individus , dans ceux même qui ont péri de la même maladie. J’ai fait cette observation pour les affections aigues et chroniques, où j’ai trouvé le cerveau singulièrement variable sous le rapport de la consistance, sans entrevoir aucune connexion entre ces variétés et la maladie antécédente. Je croirais assez quelles dépendent de l’instant de la mort. Les diverses parties de la masse encéphalique ont aussi une densité inégale. Elle est moindre dans le cerveau que dans le cervelet et dans la moelle, plus grande dans la protubérance cérébrale que dans toute autre partie. Ces diverses portions n’offrent pas non plus la même couleur. En général , le gns et le blanc sont les deux princi-

pales : Tune appartient à la substance corticale; l’autre à la médullaire.

La masse encéphalique se distingue eu quatre parties différentes pour la forme comme pour le volume : le cerveau proprement dit, le cervelet, la protubérance cérébrale et la moelle vertébrale. Nous allons décrire isolément chacune de ces parties.

ARTICLE TROISIÈME

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