‹ Traité d'anatomie descriptive de Xavier BichatChapitre 37 sur 56 · CONSIDÉRATIONS SUR LES APPAREILS · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LES APPAREILS

taient de beaucoup pour le nombre, et il nous suffit d’observer ici la raison sensible de cette différence. Les appareils de la vie extérieure sont en effet ceux qui concourent essentiellement à constituer l’homme, puisqu’ils sont immédiatement soumis à l’intellmence, destinés soit à exécuter ses orcires, soit à servir à son expression. Ceux de la vie intérieure sont, au contraire, uniquement destinés à la conservation organique, soit en préparant et employant les substances venues du dehors pour servir à la réparation , soit en rejetant au dehors les substances qui pendant quelque temps ont servi àla composition des organes. Or, les actions infiniment variées dont rintelligence est le principe exigeaient un grand nombre de moyens; tandis que le travail réparateur, moins compliqué et plus uniforme , demandait des moyens moins multipliés.

§ IL Caractères généraux des Appareils de la vie

organique.

Parmi les caractères anatomiques des appareils de la seconde vie, nous devons en distinguer quatre principaux, véritables négations de ceuxque les appareils de la vie extérieure nous ont offerts.

IC1 Caractère. Le défaut de symétrie est l’attribut le plus saillant que la vie organique présente à l’œil de 1 anatomiste. Ici plus de ligne médiane, plus de division exacte en deux moitiés. Chaque organe s’étend plus ou moins loin dune région dans une uuti e , et tantôt occupe toute la largeur de la cavité qui le renferme, tantôt ne remplit dans cette cavité

qu’une fort petite place sans qu’aucun organe semblable à lui se trouve du côté opposé.

Ceci souffre cependant plusieurs exceptions; et si jamais on ne voit les appareils de la vie organique soumis à une symétrie rigoureuse, souvent on y trouve une symétrie incomplète. Déjà nous avons observé que le système nerveux des ganglions se divisait en deux moitiés distinctes dans la plus grande partie de son étendue; et les poumons, quoique inégaux, les reins, quoique sujets à ‘varier un peu dans leur position respective, nous offriront des exemples d’organes pairs susceptibles de se suppléer mutuellement. Le défaut de symétrie, envisagé d’une manière purement anatomique, ne pourrait donc seul établir une différence tranchante entre les appareils des deux vies.

Un caractère plus constant et plus positif, c’est le défaut d’harmonie dans les phénomènes de la vie organique. Je réunis ce caractère au précédent, parce que Bichat le regarde comme sa conséquence naturelle. Cependant il est très* vrai que, dans aucun cas, les organes de la seconde vie ne sont soumis à la loi de l’harmonie, tandis que souvent nous trouvons chez eux en partie la symétrie de structure. Ainsi , quoique deux reins doivent sécréter également l’urine, ou voit tous les jours que l’énergie sécrétoire de l’un prédomine sur celle de l’autre, sans que la fonction soit troublée et qu’aucun dérangement essentiel dans l’économie résulte de cette inégalité. Une glande salivaire peut fournir beaucoup plus de fluide que celle qui lui correspond, sans que la première élaboration des alimens en souffre, etc. C’est

4 12 considérations sur DES appareils donc à ce caractère qu’il faut s’attacher, puisqu’il se trouve partout dans la vie organique, plutôt qu’à l’irrégularité de formes, puisqu’elle n’y est pas constante.

Observons, au reste, que l’irrégularité de formes tient en grande partie à la nature des fonctions, qui sont toutes successives, enchaînées, et ne peuvent point s’exercer isolément comme celles de la vie extérieure. L’action de l’estomac suppose celle de l’œsophage; l’action du duodénum suppose celle de l’estomac, etc. Toutes se suivent et ont lieu les unes après les autres : ce qui demande des organes continus plutôt que des organes réguliers.

IIe Caractère. Les appareils de la vie organique sont, en général, soustraits à l’influence immédiate du cerveau, et n’ont point avec lui de rapports prochains. Les nerfs qu’ils reçoivent leur viennent des ganglions, et par conséquent ne peuvent établir aucune communication entre ces appareils et l’organe central des impressions extérieures. Ce caractère anatomique est remarquable, puisqu’il se lie naturellement avec ce que la physiologie nous enseigne sur la différence des propriétés qui président aux phénomènes des deux vies. Cependant on se tromperait si l’on tirait de ce fait des inductions trop étendues : l’observation nous démentirait bientôt; car l’estomac reçoit les dernières divisions du nerf vague, les nerfs sacrés fournissent beaucoup de rameaux au rectum et à la vessie. Aussi les fonctions de ces organes dépendent de l’influence cérébrale et en partie de la volonté. On doit meme remarquer,

DE L.V VIE ORG A iVfQUÈ.

comme je l’ai dit dans un autre ouvrage (i), que si l’estomac est soumis immédiatement à l’influence cérébrale, dès lors tout l’appareil digestif y est soumis d’une manière médiate, puisque l’estomac est à la tète de cet appareil, et qu’aucun phénomène digestif ne peut avoir lieu si la première élaboration essentielle des alimens a été impossible.

Le poumon reçoit aussi des nerfs cérébraux, mais on ne voit pas qu’il en résulte aucun rapport immédiat entre lui et le cerveau pour les phénomènes. Il est vrai que l’appareil respiratoire comprend nécessairement, outre le poumon , l’ensemble des muscles intercostaux et le diaphragme , dont le cerveau dirige les mouvemens. Ainsi nous observons que les appareils digestif et respiratoire, parles rapports médiats ou immédiats qu’ils conservent avec le cerveau , s’éloignent un peu des autres appareils plus immédiatement nutritifs, qui n’ont plus aucun rapport semblable, ou dans lesquels ce rapport, s’il en existe encore quelques traces, parait être sans conséquence.

IIIe Caractère. La fréquence extrême des maladies organiques distingue évidemment les appareils de la vie intérieure. Je n’insisterai point sur ce caractère, qui a été indiqué par Bichat au sujet de la première vie. Assurément il n’y a nulle comparaison à faire entre le nombre des maladies organiques du cerveau, des nerfs, des muscles, et celles du poumon, du cœur, du foie, etc. Les premières sont citées comme des événemens rares: les secondes sont si habituel-

(i) De la Division la plus naturelle des Phénomènes physiologiques considérés chez V homme, i vol. in— 8°-

/j f 4 CONSIDERATIONS SUR LES APPAREILS

les, qu’il n’est peut-être pas deux sujets chez lesquels on n’en trouve quelqu’une.

On peut même aller plus loin, et affirmer, sans crainte d’erreur, que toujours les maladies organiques appartiennent, au moins primitivement, aux appareils de la vie intérieure; car, i° ces appareils entrent comme cornposans essentiels dans la structure de tous les organes, de quelque vie qu’ils dépendent : ainsi on trouve dans le cerveau et dans les muscles les appareils circulatoire, absorbant, exhalant, nutritif. 20. Toujours c’est un trouble dans les fonctions de la vie intérieure qui donne naissance aux maladies nommées organiques , même lorsqu’elles surviennent dans le cerveau , les muscles ou les organes des sens; et les fonctions auxquelles ces organes sont employés ne sont jamais altérées alors que d’une manière consécutive : remarque qui nous conduirait aux plus hautes considérations physiologiques, si c’était ici le lieu de s’en occuper.

IVe Caractère . Enfin les différences relatives à Famé

ne sont pas tout-à-fait les mêmes dans les appareils definie et de l’autre vies comparativement observés.

Chez le fœtus, on a vu que plusieurs organes de la vie extérieure ou ne sont point encore développés, ou ne le sont qu’imparfaitement. Ceci est surtout remarquable dans les appareils de la locorno- * tion. Ainsi les os sont encore cartilagineux en tout ou en partie, et leur forme, leur direction les rendent incapables de se prêter aux diverses attitudes du corps. Ainsi, parmi les muscles, les uns n’existent pas, et une substance muqueuse en occupe la place; les autres sont grêles, peu résistaus, et ne peuvent

DE LA. VÎE ORGANÏQUE. 4^

encore exécuter les mouvemens auxquels ils sont destinés.

Dans la vie intérieure, au contraire, on ne trouve chez le fœtus aucun organe incomplet. Tous paraissent suffisamment développés pour exécuter déjà certaines fonctions avec une parfaite exactitude; et si quelques-uns, comme ceux de la digestion et de la respiration, ne sont point encore en exercice, ceux-là mêmes , entièrement formés d’avance, semblent n’attendre que le moment d'agir.

Mais si les appareils de la vie organique sont déjà complets et achevés chez le fœtus , leur disposition et leurs rapports naturels de phénomènes ne sont pas à beaucoup près les mêmes que dans l’âge adulte. Ainsi le cœur, qui est en pleine activité, ne présente pas le même ordre successif dans ses contractions, et le trou de Botal ouvert, le canal artériel dilaté, l’artère pulmonaire rétrécie , établissent un mode de circulation qui changera à la naissance. Aussi le foie, très-développé , paraît chez le fœtus être étranger à la sécrétion de la bile et ne servir qu’à la préparation du sang, etc., etc. Ces différences sont essentielles et fondamentales ; elles méritent un examen tout particulier , et ne peuvent être bien saisies si on ne les présente tout à la fois sous un seul point de vue. Aussi Bichat avait-il résolu de les unir à la fin de l’ouvrage sous le titre d’ Histoire du Fœtus : nous suivons ses intentions, et cet article, traité par M. Roux , renfermera toutes les considérations qui autrement auraient dû se trouver disséminées dans la description des appareils digestif , respiratoire, Circulatoire , etc,

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