DE LA MOELLE VERTÉBRALE ET DE SES DÉPENDANCES
Ce prolongement de l’organe encéphalique, qui est destiné à continuer celui-ci jusqu’à la partie inférieure du tronc, occupe le canal vertébral, que nous avons décrit précédemment (tom. i. pag. 162 ).
Avant de commencer la description de la moelle vertébrale , il faut exposer les enveloppes membraneuses qui la contiennent. Ces enveloppes sont des appendices de celles de la masse encéphalique, qui, comme je l’ai dit, s’engagent dans le canal vertébral par le trou de meme nom.
§ Ier. Des Membranes de la Moelle vertébrale .
a. Dure-Mère .
Le canal vertébral est d’abord tapissé intérieurement par une portion de la dure-mère, qui se prolonge jusqu’à sa partie inférieure. Cette portion forme un canal membraneux adapté au canal osseux, mais différent de lui par sa forme. Il est arrondi, tandis que le canal osseux est triangulaire, au moins dans deux régions , en sorte que celui-ci est sensiblement plus large , surtout au niveau des angles; mais cette disproportion se remarque aussi indépendamment de la non-coïncidence des formes, en sorte que le canal fibreux est en partie libre dans la cavité qu’il occupe. Son rapport avec la moelle présente la même disproportion. Il est beaucoup ; plus large quelle n’est volumineuse, en sorte que,
L quand le canal vertébral est ouvert, ce prolonge- • iment médullaire parait comme flottant au-dedans |ide sa gaine fibreuse , qu’il est facile de distendre «beaucoup en poussant de l’air dans son intérieur ;
: expérience qui donne une largeur sensible au sac j que représen te l’arachnoïde déployée et sur la moelle et sur cette gaine fibreuse. Il ne parait pas que ce sà<^~
i3a appareil des sens internes.
contienne pour cela beaucoup plus de fluide que dans le cerveau; il en résulte seulement que, dans les hydropisies, il peut s’y accumuler une cpiantité assez marquée de sérosité, sans que ce fluide ait alors sur les fonctions de la moelle une influence aussi grande que celui qui s’épanche accidentellement dans le crâne en a sur le cerveau , vu que la compression qu’il exerce est moindre, ayant plus de place pour être contenu.
La surface extérieure du conduit fibreux dont nous parlons correspond au canal vertébral , mais ne lui adhère point ainsi que la dure-mère adhère à tous les os du crâne, en sorte qu’on ne peut aucunement l’assimiler au périoste comme dans cette cavité : aussi trouve-t-on une membrane fine tapissant le devant des lames vertébrales, et le ligament vertébral postérieur revêtant la partie postérieure du corps des vertèbres , qui le séparent des os. Un tissu cellulaire rougeâtre , lâche , filamenteux, est placé entre le conduit osseux et le conduit fibreux, excepté cependant en devant où l’union avec le ligament vertébral antérieur est assez marquée. Ce tissu ne contient point de graisse dans la plus grande partie du canal: c’est seulement en bas , au niveau du sacrum, que ce fluide s’y accumule; on y en rencontre même habituellement. Le tissu cellulaire estaussi beaucoup plus abondant là qu ailleur s.
Sur les côtés, cette surface extérieure est remarquable parles petits conduits quela dure-mère fournit à chaque nerf, au moment où il sort par le trou "Vertébral correspondant. Ces conduits varient en
direction , en longueur et en volume, comme les nerfs auxquels ils appartiennent. Presque horizontaux clans la région cervicale, ils y ont fort peu de longueur: tandis que dans la dorsale , puis dans la lombaire, ils accpiièrent une direction successivement plus oblique et enfin presque perpendiculaire? et une longueur toujours plus marquée. Ils ont entre eux les mêmes rapports de volume : très-étroits dans la région cervicale, où ils répondent à des nerfs d’un petit volume, ils acquièrent dans les régions suivantes une largeur considérable pour recevoir des nerfs très-volumineux. Tous sont sensiblement renflés au niveau du trou qui les transmet, à cause du ganglion que leur nerf offre en cet endroit. Parvenus au dehors du canal vertébral, ces conduits se perdent aussitôt dans le tissu cellulaire, et ne se continuent pas avec le périoste, comme nous avons vu cpie le faisaient les conduits fibreux sortant du crâne. Cette continuité des organes fibreux avec le tissu cellulaire est assez commune : les aponévroses brachiale, crurale, etc., et la gaine de beaucoup de tendons en offrent des exemples.
La surface interne de la dure-mère vertébrale , continue partout à l’arachnoïde, lui doit l’aspect lisse quelle présente. On y voit, sur les parties latérales, entre les orifices des conduits des nerfs \ l’attache des diverses appendices du ligament dentelé. La dure-mère paraît s’ouvrir pour recevoir ces appendices, qui, avant de s’identifier avec elle, pénètrent chacune dans le petit trou quelle leur offre.
En haut, le conduit fibreux vertébral se cou il-
l34 APPAREIL DES SENS INTERNES.
nue avec la dure-mère crânienne parle trou occipital , au-dessous duquél on voit celte membrane s’ouvrir pour le passage de Tarière vertébrale.
En bas, ce conduit général se perd en formant une multitude de conduits fibreux particuliers pour les nerfs sacrés.
Dans toute la région vertébrale, la dure-mère présente la meme structure qu’au crâne; cependant les fibres y sont moins distinctes et plus régulièrement disposées que dans cette cavité. L’épaisseur du plan qu’elles forment est aussi moindre. Cette épaisseur diminue insensiblement et par gradation à l’extrémité des canaux destinés aux nerfs. Des vaisseaux assez nombreux parcourent cette membrane.
b. Pie-Mère ou Membrane propre de la moelle
épinière.
Les trois partiesde l’organe cérébral que renferme la cavité du crâne n’ont point , à proprement parler.» de membrane qui forme corps avec elles : caria piemère qui les recouvre immédiatement n’est, comme nous l’avons dit, qu’un réseau vasculaire qui ne mérite pas le nom de membrane. Au contraire, la moelle épinière présente , outre la dure-mère et l’arachnoïde auxquelles elle répond, une membrane particulière qui l’enveloppe. Est-ce la pie-mère dont la nature a changé? sa densité ne permet guère de le penser, quoiqu’on soit d’abord tenté de le présumer en voyant le réseau vasculaire qui l’enveloppe et qui entre dans sa composition. Tout ce que les auteurs ont écrit sur ce point, comme sur les membranes ce-
rébrales, laissait un grand vide en anatomie. J’emploie, pour démontrer l’existence de cette membrane? deux moyens différées : on la fend longitudinalement* et avec le scalpel on enlève en raclant toute la substance médullaire qui se présente ; on obtient ainsi la membrane toute seule, et elle paraît alors demitransparente, mais cependant assez dense. Un autre moyen auquel j’ai recours est celui ci : après avoir coupé la moelle près de son entrée dans le canal vertébral, on peut la comprimer entre les doigts au-dessous de l’endroit coupé; on fait sortir par cette expression toute la substance médullaire, et on obtient un canal membraneux que l’on peut distendre par insufflation, et meme injecter.
Considérée dans sa surface extérieure, cette membrane propre correspond à l’arachnoïde : elle ne lui adhère point; car si l’on introduit entre elles un tube, 'et qu’on y pousse de l’air, on fait saillir sur-lechamp avec facilité la lame séreuse. En devant et en arrière, cette membrane propre répond aux artères spinales antérieure et postérieure qui répandent sur elle leurs rameaux. Sur les côtés et au niveau des nerfs, elle se continue immédiatement avec le névrilème qui leur appartient, et donne aussi attache au ligament dentelé.
La surface interne de la membrane propre répondr et adhère partout à la moelle, d’une manière si intime qu’elle paraît former avec elle un corps continu. On peut cependant, comme nous l’avons dit, enlever celle-ci; mais alors la membrane perd beaucoup de sa densité, quoique cette densité semble d’abord en être indépendante.
Cette membrane est formée par un tissu solide, assez épais, fort résistant, et cpii paraît composé de fib res distinctes, surtout lorsqu’on le considère sur les parties latérales. Cette densité est d’autant plus grande qu’on examine la membrane plus inférieurement; c est ce qui a donné à l’extrémité de la moelle une résistance bien supérieure àcelle*deson origine : car le tissu meme de ce prolongement n’est pas plus solide en bas qu’en haut. Peu de vaisseaux appartiennent à ce tissu lui-même; mais un grand nombre le traversent pour aller dans le corps meme de la moelle, après s’être infiniment subdiviséssur sa surface. Ce sont ces vaisseaux, joints au prolongement de la membrane elle-même, qui la rendent si adhérente à la moelle. La couleur de cette membrane est d’un blanc un peu jaunâtre : c’est elle qui fait paraître telle la moelle lorsqu’on examine celleci à travers ses parois ; car en la fendant on voit que la substance médullaire est bien plus blanche qu’elle ne le paraît à l’extérieur.
Soumise à Faction de l’eau froide, la membrane de la moelle acquiert, au bout de quelques jours, comme le névrilème des nerfs, im peu plus de dureté qu’elle n’en avait. Un plus long séjour la ramollit,
, jù'feQgénéral de toute macération. Elle se racornit beaucoup par Faction de l’eau bouillante : alors la moelle qu’elle contient, n’étant pas susceptible d’un racornissement semblable, s’échappe en grande partie par ses extrémités. Quand on fait plusieurs ouvertures à cette membrane à l’instant où le racornissement s’opère, le même phénomène se manifeste wà travers ces ouvertures. Le contact de Fair amène
DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. l3 7
fort lentement sa putréfaction relie reste long-temps intacte, la moelle étant putréfiée. Quand on la fait dessécher, elle prend une couleur jaunâtre. Elle se racornit beaucoup par le calorique nu. Les acides y produisent d’abord le même effet, puis la fluidifient. \
Son usage est de soutenir la moelle et de la coin* primer un peu. En effet, une petite ouverture qu’on y fait produit sur-le-champ une hernie médullaire sensible. Elle est à cette substance ce que le névrilème est aux nerfs : je la crois même identique à celui -ci par sa nature.
Cette membrane ne commence point brusquement à l’origine de la moelle. Quand on examine attentivement la surface externe de la protubérance cérébrale, on voit que la pie-mère y a acquis une consistance qu’elle ne présente point ailleurs. En passant sur les éminences pyramidales et olivaires , cette consistance augmente : là commence réellemen tune membrane qui n’a de commun avec la pie mère que sa continuité.
c. Ligament dentelé.
Le ligament dentelé, cpii occupe les côtés de la rnoeîle , a été considéré par les modernes comme unprolongement de la pie-mère. Mais une observation plus exacte m’oblige de revenir au sentiment des anciens, qui le regardaient comme un corps particulier. En effet, rien ne prouve d’abord que la piemère existe sur la- moelle, puisque la membrane
dense qui appartient à ce corps paraît différer *
sen bellement de ce lacis vasculaire qu’on observe sur le cerveau. Mais de plus cette membrane propre, quelle qu’elle soit, ne se continue point avec le ligament dentelé, qui partout en est entièrement distinct (i). Ce ligament règne tout le long du corps de la moelle jusqu’à ses deux extrémités, sous la forme d’un cordon étroit, aplati et blanchâtre; il occupe l’espace triangulaire qui résulte de l’écartement des deux filets par lesquels chaque nerf prend naissance, et sépare ainsi ces deux filets. En dedans, il adhère à la membrane propre de la moelle par un. tissu cellulaire assez dense, et qui ferait croire d’abord qu’il y a continuité de substance; mais on peut sans peine détacher ce rebord en disséquant ce tissu, et alors la membrane ne parait point intéressée dans sa substance; preuve qu’elle ne se continue point avec lui. D’ailleurs, tirez avec une pince ce ligament en dehors, et écartez-le ainsi de la moelle : le tissu cellulaire qui lui sert de
moyen d’union paraîtra alors très-apparent et trèsdistinct.
En dehors , le ligament dentelé présente une suite
^ . ■(-t l(hes auteurs ne sont pas encore d’accord sur la nature intime du ligament dentelé ou denticulê. MM. Hipp. et J. Cloquet pensent, comme Bichat, qu’il est Lien distinct de la piemère ou membrane propre de la moelle. Meckel le considère comme un prolongement intérieur de la dure-mère; C-haussier comme une production de l’arachnoïde. M. Ollivier pense au contraire, avec MM. Cuvier et Bellingeri , qu’il provient de la pie-mère, ainsi qu’il est facile de le reconnaître , dit-il, surtout lorsqu’on examine le canal vertébral du cheval.
de petits prolongemens qui lui ont mérité son nom, et qui vont se fixer à la dure-mère. Ces prolongemens forment de petits cordons arrondis, étroits, extrêmement denses et résistans malgré leur ténuité; à l’endroit de leur origine, le ligament s’élargit pour les former . en sorte qu’ils ont une base comme triangulaire. Leur disposition est telle, que chacun correspond à un des intervalles que laissent entre eux deux nerfs vertébraux, et le partage plus ou moins également. Ces prolongemens, très-courts en haut, où ils méritent à peine le nom de cordons, acquièrent un peu plus de longueur à mesure qu’on avance inférieurement. Entre eux, le ligament dentelé forme des rebords concaves.
Très-mince dans l’endroit où il adhère à la membrane médullaire, le ligament dentelé devient beaucoup pins épais en dehors, soit aux prolongemens, soit dans leurs intervalles.
La résistance et la densité qu’il présente ne permettent nullement, comme l’ont fait quelques auteurs, de le confondre avec l’arachnoïde, qui le recouvre ainsi que ses prolongemens. D’ailleurs, celleci étant, comme je l’ai dit, soulevée par l’insufflation, on le voit au-dessous, séparé d’elle par l’air qui la distend , et n’ayant aucune connexion. ^
On n’a aucune autre notion sur la structure du ligament dentelé. Anoartientûi au tissu fibreux? On voit dans son tissu des figues parallèles qui semblent indiquer des fibres. Mais de quelle nature sont-elles? Je me suis assuré qu’elles sont susceptibles d’un grand racornissement. La résistance de ce ligament paraît lui donner pour usage d’assujettir la moelier
dans la gaine fibreuse de la dure-mère, gaine qui, étant libre et par conséquent mobile par sa surface externe, est retenue et comme fixée aux os par les prolongemens qu’elle envoie dans les trous vertébraux pour les nerfs.
d. Arachnoïde .
J’ai dit qu’arrivée au trou occipital, l’arachnoïde s’y enfonce et descend sur la moelle vertébrale : voici comment elle se comporte dans son trajet sur ce prolongement médullaire.
Libre du côté de la membrane propre de la moelle vertébrale, elle ne lui tient que par un petit nombre de filets cellulaires faciles à rompre, et cpii le plus souvent existent à peine. Pour vous en convaincre, enlevez au canal sa portion osseuse antérieurement et postérieurement; mettez ainsi à découvert la moelle encore entourée de sa triple enveloppe; incisez longitudinalement et avec précaution en avant et en arrière la dure-mère, qui sera ensuite repliée sur les côtés; soufflez en haut de l’air entre la membrane propre et l’arachnoïde : celle-ci se soulèvera en totalité, abandonnera cette mem- —fea^ie propre tout le long de la moelle, et vous aurez ainsi un tube distendu par l’air , interrompu seulement aux endroits où il fournit des prolongemens aux nerfs. Cette expérience ferait croire, au premier coup d’œil, que le canal de l’arachnoïde est infiniment plus large que la moelle qu’il renferme n’est grosse; mais pour peu qu’on y fasse attention , on voit bientôt que cette amplitude que l’insuffla-
DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. ïl[ î
tion lui donne vient du développement des prolongerons qui accompagnent chaque nerf, et qui forment autant de plis dans l’état ordinaire. Le défaut d’adhérence de l’arachnoïde vertébrale, du côté de la moelle, la distingue essentiellement de l’arachnoïde crânienne, qui, comme nous l’avons nu, est intimement unie, au niveau des circonvolutions, avec la pie-mère dans la plus grande partie de la surface cérébrale. Dans l’expérience que je viens de rapporter, c’est sous l’arachnoïde qu’on souffle de l’air; quand on laisse intacte la dure-mère, et qu’on en fait parvenir sous cette membrane, c’est dans sa cavité même qu’il est contenu.
Sur les côtés, l’arachnoïde fournit, au niveau de chaque nerf qui s’échappe par le trou vertébral correspondant, une enveloppe conique qui l’accompagne jusqu’au canal fibreux que lui fournit la duremère, et qui, au lieu de s’y introduire, se réfléchit sur la surface interne de cette membrane. Cette réflexion est rendue très-sensible en coupant à son origine le canal fibreux, lequel devient alors un trou bouché par l’arachnoïde, qui y est rendue sensible par sa transparence.
En avant et en arrière, l’arachnoïde envoie aussi à la dure-mère du canal des gaines membraneuses qui s’épanouissent sur sa surface interne et con-. tiennent les vaisseaux de la moelle, lesquels se trouvent, ainsi que les nerfs vertébraux, hors de la cavité que lubrifie la sérosité.
Inférieurement, l’arachnoïde se termine par une foule de replis, accompagnant jusqu’à leur sortie les nombreux faisceaux qui terminent la moelle épi-
nière, revenant ensuite sur la dure-mère , et formant ainsi en bas un cul-de-sac qui empêche la sérosité de s’infiltrer dans le tissu cellulaire, et sans lequel on ne pourrait concevoir les hydropisies de l’extrémité du canal vertébral.
§ IL De la Moelle vertébrale .
La moelle , organe allongé , cylindrique , mais d’une forme assez irrégulière , occupe le canal résistant que lui offre sa membrane propre. Elle s’étend de la protubérance cérébrale jusque vers la première vertèbre des lombes. Son volume est différent dans les diverses régions de ce canal. Fort renflée à son origine , elle se rétrécit beaucoup ensuite , puis offre un nouveau renflement considérable au milieu de la région cervicale. Rétrécie encore vers la fin de cette région , elle acquiert plus de volume à la partie supérieure du dos , diminue encore au-dessous, et reprend près de sa terminaison un volume assez considérable, en formant une extrémité ovale et renflée, dont la pointe inférieure s’allonge en s’amincissant, et se trouve cachée au milieu des nerfs nombreux qu’elle fournit pour les régions lombaire et sacrée.
Torigine de la moelle est remarquable, outre son volume, i° par quatre éminences qu’on y voit antérieurement et qui sont symétriquement disposées. Deux sont en dedans, séparées Lune de l’autre par une rainure moyenne beaucoup plus profonde en haut où elle se termine à la protubé- -£ance , qu’en bas où elle se continue avec celle de la
partie antérieure de la moelle. Dans cette rainure s’enfonce la pie-mère qui la remplit. Ces éminences ont été nommées éminences pyramidales (ij. Deux autres externes, plus arrondies dans leur longueur, ont reçu le nom cl 'olivâtres. Entre les unes et les autres on voit de chaque coté une rainure où naissent les filets des nerfs hypoglosses. 20. En arrière, cette origine de la moelle répond au ventricule du cervelet, quelle concourt à former , en faisant suite à la protubérance, sans être séparée de celle-ci par une rainure transversale , comme en devant où la saillie plus grande de cette dernière établit une ligne de démarcation très-tranchée. Le ventricule du cervelet se termine là, comme je l’ai dit, par un culde-sac qui se continue avec la rainure postérieure de la moelle. 3° Sur les côtés, l’extrémité supérieure de la moelle se continue avec la partie inférieure des prolongemens postérieurs de la protubérance , par deux appendices qui se trouvent derrière les éminences olivaires, appendices qui sont un peu plus grosses, et qui montent à ces prolongemens (2).
En fendant en même temps longitudinalement et la protubérance et l’origine de la moelle, pour bien ’ voir la disposition intérieure de cette origine, on
(1) On les appelle aussi pyramides antérieures ; et Ton donne 1 le nom de pyramides postérieures à deux petits renflemens
demi-ovoïdes, placés en dedans et en bas des corps restiformes 1 vers l’angle du quatrième ventricule, et souvent aussi aux corps : restiformes eux-mêmes.
(2) C’est à ces appendices qu’on a donné le nom de corps
1 restiformes. ( Notes ajoutées .)
aperçoit quelle forme un renflement considérable, dont l’organisation paraît analogue à celle de la protubérance, et où les éminences qui se marquent à l’extérieur ne se distinguent point par leur structure. Ce renflement se prolonge beaucoup plus loin qu’il ne le paraît au dehors : la substance qui le forme remonte dans l’intérieur de la protubérance, et semble , comme je l’ai dit, aller se continuer avec les prolongemens antérieurs de celle-ci. La section sur la ligne médiane, indiquée plus haut, rend très-apparente cette disposition (1).
(1) Nous devons aux anatomistes et aux physiologistes modernes, à Charles Bell , Tiedemann, Shaw , Pvolando , Magendie , Desmoulins, Laurencet, etc., une connaissance beaucoup plus complète de l’organisation de la moelle épinière, et de ses connexions avec les nerfs et avec les diverses parties des organes encéphaliques. Il est aujourd’hui démontré que le prolongement rachidien est formé de deux cordons latéraux réunis sur la ligne médiane, que chaque cordon latéral est luimême formé de deux faisceaux, l’un antérieur ou abdominal, l’autre postérieur ou spinal ; que les nerfs qui communiquent avec le cordon antérieur, qui en tirent leur origine , comme l’on dit communément, portent aux parties dans lesquelles ils vont se distribuer le principe du mouvement; qu’au contraire les nerfs qui naissent du faisceau postérieur, étrangers à la motilité, président seulement à Insensibilité de ces parties ; que les nerfs qui ont une double racine , comme les nerfs spinaux , qui communiquent, par conséquent, d’une part avec le faisceau antérieur de la moelle , et d’une autre part avec le postérieur, sont tout à la fois sensitifs et moteurs. Enfin , suivant Ch. Bell , une bandelette particulière, placée sur les limites des uns et des autres , entre les sillons d’où sortent les racines antérieure et postérieure, se ter-
Dans tout le reste de son étendue, la moelle vertébrale, considérée en devant et en arrière, ne nous offre rien que nous n’ayons observé en parlant de sa
minant supérieurement au bulbe rachidien, et se continuant inférieurement dans toute l’étendue de la moelle, donne naissance par une seule racine , sur les parties latérales de l’extrémité supérieure de la moelle , à une série particulière de nerfs exclusivement destinés à l’exécution des phénomènes respiratoires,
( t°me ev, hi note de la page 4- )
Selon M. Laurencet, au contraire, cettebandelettelatérale delà moelle , qu’il nomm ejaisceau de V infundibulum , ne commence à être apparente en dehors du prolongement rachidien qu’entre les corps olivaire et restiforme ; mais elle se prolonge inférieurement entre les cordons antérieur et postérieur de la moelle, et se continue supérieurement sur le plancher du quatrième ventricule.
Enfin , selon d’autres anatomistes , la bandelette de Bell n’est qu’une dépendance du faisceau olivaire, qu’une subdivision du cordon antérieur de la moelle ; elle disparait au niveau de la partie inférieure des éminences pyramidales, et se continue supérieurement, ainsi que l’a dit M. Laurencet. Les deux faisceaux antérieurs de la moelle se diviseraient donc pour former les éminences pyramidales ou pyramides antérieures, les corps olivaires et la lame médullaire de Bell, les deux postérieurs formant les corps restiformes ; et la moelle allongée se trouverait ainsi formée de quatre plans de fibres, dont trois ne seraient qu’une triple division des faisceaux antérieurs , et le quatrième la continuation du faisceau postérieur.
Selon M. Laurencet, qui admet l’existence d’un faisceau latéral de la moelle se continuant supérieurement, et qui regarde l’encéphale comme une membrane nerveuse résultant de l’expansion des faisceaux de la moelle, le faisceau pyramidal antérieur et le faisceau olivaire, formés par la division du cordon antérieur de la moelle , constituent ( après avoir traversé la protubérance) la partie antérieure du pédoncule cérébral, la partie inférieure de la couche optique , et l’intérieur ou les can—
ul
l46 APPAREIL DES SENS INTERNES.
membrane, si ce n’est une rainure longitudinale qui correspond à la ligne médiane , et qui, sensible sur ses deux surfaces , paraît la diviser en deux moitiés
nelures dès corps striés. Là ces fibres s’étalent en membranes, dont les diverses inflexions composent la totalité des lobes cérébraux ; et l’extrémité opposée de ces membranes se retrouve dans les lames de la voûte à trois piliers et du septum lucidum . Ces lames sont elles-mêmes composées de la manière suivante : le faisceau latéral moyen ou faisceau de l’infundibulum , qui occupe les parties latérales postérieures du bulbe rachidien , se continue supérieurement sur le plancher du quatrième ventricule et à la partie interne du pédoncule cérébral, constitue le tubercule mamillaire , duquel s’élève trois fascicules médullaires qui traversent l’intérieur ou s’étalent à la surface de la couche optique et se rendent au pilier antérieur de la voûte. D’un autre côté , les faisceaux postérieurs ou restiformes , après s’être élargis pour former le cervelet , se continuent par les processus cerebelli ad testes, qui sont eux-mêmes formés par des fibres blanches des corps genouillés et des tubercules quadrijumeaux ; ceux-ci communiquent avec le pilier antérieur de la voûte , par une lame médullaire blanche qui recouvre la couche optique , ainsi que par un filet blanc qui contourne le bord supérieur de cette éminence, et par un tractus médullaire situé au-dessous de la bandelette cornée. Ainsi composés, les piliers antérieurs de la voûte s’épanouissent dans le septum lucidum et dans la voûte elle -même , pour former la membrane cpii fait suite à celle des hémisphères , c’est-à-dire à la membrane résultant de l’élargissement des faisceaux antérieurs. Quant au corps calleux et à la protubérance, ce sont , suivant M. Laurence t , des croisemens de fibres semblables à celui des pyramides antérieures.— De cette disposition des fibres médullaires du centre nerveux encéphalo -rachidien , il résulterait que la membrane nerveuse', formée par l’épanouissement des cordons antérieurs de la moelle , se recourbe en arrière en formant des replis nombreux , et se concentre de nouveau en faisceau dans les cordons moyen et postérieur de la moelle , re-n
latérales , distinctes surtout en devant. Cette rainure disparaît peu à peu inférieurement. Sur les côtés, la moelle donne naissance aux nerfs vertébraux , cpii tous ont une double origine , et forment deux filets qui se réunissent en un seul avant de sortir du canal. Ces nerfs, dont la disposition sera examinée plus en détail par la suite , augmentent considérablement de volumeen bas, en prenant une direction très-oblique et presque perpendiculaire. Eux seuls existent dans le canal, au-dessous des premières vertèbres lombaires : le corps de la moelle finissant dans cet endroit , le faisceau qu'ils forment par leur réunion remplace celle-ci.
La moelle vertébrale est essentiellement formée d'une pulpe blanchâtre, moins éclatante en couleur que celle du cerveau, et beaucoup plus fluide. On y trouve aussi de la substance grisâtre, entremêlée, et de même consistance. Cette dernière m’a paru plus abondante à la partie inférieure que supérieurement (i). Est-elle de même nature que la corticale
présentant ainsi une anse nerveuse dont les fibres se croisent avec celles du côté opposé , au corps caileux , à la protubérance cérébrale et au niveau des éminences pyramidales. Mais en examinant sans prévention le procédé par lequel M. Laurencet se flattait de démontrer la continuité de la membrane nerveuse qui consti-, tue selon lui l’encéphale et de V étaler sans la lacérer , il paraît difficile d’adopter ses opinions, qui cependant méritent d’être soumises à des observations ultérieures. ( Note ajoutée . )
(1) La moelle épinière est composée de substance blanche et de substance grise comme l’encéphale ; mais dans le cerveau et le cervelet, la substance grise forme une couche externe et enveloppe pour ainsi dire la substance blanche; au lieu que dans la moelle épinière , c’est la substance blanche qui est placée exté-»
l48 APPAREIL DES SENS INTERNES.
du cerveau ? je l’ignore. L’une et l’autre sont pénétrées d’un grand nombre de vaisseaux sanguins qui, comme ceux du cerveau, n’y arrivent que par des ramifications capillaires, et y distribuent beaucoup de sang.
ARTICLE SEPTIÈME