DEVELOPPEMENT DU CERVEAU
§ Ier. Etat du Cerveau et de ses dépendances dans
le premier âge.
J’ai fait remarquer, dans Y Anatomie générale , combien le système nerveux cérébral est développé dans le premier âge, et combien surtout le cerveau est précoce sous ce rapport. Je vais entrer ici dans les détails descriptifs de ce phénomène important de la nutrition, en suivant l’ordre adopté dans la description du cerveau et de ses dépendances.
a. Développement des Membranes cérébrales.
i°. Dure-mère. La dure-mère se trouve, dans les premiers mois, confondue avec le péricrâne et avec la membrane moyenne où doivent bientôt se développer les germes osseux. Une vésicule, purement membraneuse, forme alors les parois* du crâne, tandis que déjà à sa base il y a des portions cartila-
rieurement. D’autant plus distinctes que l’individu est moins âgé , elles diffèrent peu Tune de l’autre chez le vieillard , la teinte grisâtre du centre de la moelle diminuant insensiblement vers la circonférence. ( Note ajoutée . )
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gineuses très-étendues. Je liai point disséqué des têtes à cette époque; mais lorsque déjà l’ossification a envahi des piortions étendues de la voûte, il reste encore de grands intervalles complètement membraneux, et où Ton peut voir la disposition primitive. Il est facile par là de se convaincre que, quoique adhérente à la membrane qui doit s’ossifier, la duremère n’est point identifiée avec elle, et qu’elle peut s’en séparer : cependant l’union est beaucoup plus intime que quand l’os est formé ; cela est même extrêmement remarquable. Dès que l’ossification s’est emparée d’un point quelconque, l’adhérence y devient beaucoup moindre.
A la naissance , les fontanelles qui restent présentent encore , par rapport à la dure-mère, des traces de l’état existant complètement dans le crâne pendant les premiers mois. Cette membrane y est plus adhérente qu’ailleurs. Même disposition dans les sutures, au niveau desquelles il y a un double moyen d’union, savoir, le reste de la membrane qui est encore intermédiaire aux bords osseux, et les prolonge mens vasculaires et fibreux qui vont au péricrâne. Dans l’adulte, le premier moyen disparaît: aussi l’adhérence est-elle bien moindre au niveau des sutures que chez le fœtus.
À la base du crâne, partout où il y a des portions cartilagineuses, comme aux apophyses clinoïdes, sur l’apophyse crista-galli , etc., l’adhérence de la duremère est beaucoup plus grande chez le fœtus que là où les os se sont déjà développés. Sur toutes les sutures on fait la même observation. Outre cela, il y a des points que l’ossification n’a pas encore en-
valus, et que remplissent alors des prolongemens de la dure-mère : telle est la profonde excavation située au-dessous du canal vertical supérieur; tel est aussi l’orifice , plus considérablement évasé que par la suite ? de l’aqueduc du vestibule, etc.... Toutes ces circonstances unissent tellement alors la duremère à la base du crâne, qu’il est presque impossible de les séparer.
Dans l’intérieur du canal vertébral , cette membrane est libre comme par la suite, complètement isolée des vertèbres, et étrangère par conséquent à leur développement. *
Quant à la structure de cette membrane, mince et transparente dans les premiers temps, elle n’offre aucune trace sensible de fibres. Son organisation semble homogène dans le crâne à celle de la couche supérieure, dans laquelle les points osseux doivent se développer. C’est vers l’époque de la naissance qu’on commence à apercevoir quelque disposition fibreuse, d’abord dans la faux cérébrale, puis dans la tente du cervelet, enfin à la surface de la totalité de la membrane. Les fibres se prononcent davantage au niveau des endroits ossifiés , qu’âu-dessoiis de ceux encore membraneux , comme les fontanelles.
'La résistance de cette membrane est déjà trèsconsidérable alors; on la rompt avec difficulté. J’ai eu occasion de l’irriter souvent sur de très-jeunes animaux, dans diverses expériences qui avaient un autre but : elle ne m’a point paru plus sensible que par la suite.
Les vaisseaux qui passent par les sutures pour pénétrer la dure-mère sént alors beaucoup plus nom-
breux que dans les âges suivans : de là, plus de sang épanché lorsqu’on enlève la calotte du crâne. A la surface interne des pariétaux , des temporaux , du coronal , de l’occipital , etc. , partout , en un mot , où la membrane est appliquée sur une surface osseuse, ces vaisseaux qu’on déchire fournissent aussi un suintement plus marqué , mais jamais très-sensible.
A .Arachnoïde. Telle est, à cette époque, l’extrême ténuité de l’arachnoïde , qu’il est presque impossible de la suivre. La comparaison d’une bulle de savon peut exprimer son état dans les endroits où elle est libre par ses deux faces. A la surface interne de la dure-mère, elle est plus dense ; on la sépare même avec plus de facilité que dans les âges suivans. Chez plusieurs sujets on en enlève , avec un peu de précaution , des lambeaux assez considérables : quelquefois , comme chez l’adulte, quelques fibres y restent alors attachées ,, mais on l’en distingue facilement.
C’est surtout chez les hydrocéphales, où l’épanchement est consécutif à une inflammation chronique de cette membrane,' qu’on la distingue avec une extrême facilité, et sur le cerveau, et sur la dure-mère. J’ai déjà vu plusieurs cas avec cette disposition ; mais je n’en connais point où cette inflammation chronique se soit propagée jusque sur la membrane des ventricules.
L’arachnoïde est sensiblement plus humectée de sérosité à cet âge que dans le suivant. Sur plusieurs fœtus, on en trouve un peu d’accumulée au bas des ventricules latéraux du cerveau; tandis que, chez l’adulte, elle n’est jamais, dans l’état ordinaire ? que
i5z appareil des sens internes.
sous forme de rosée : cette accumulation n’est pas cependant constante.
3°. Pie-mère. A voir, d’une part, le volume proportionnellement très-considérable des troncs cérébraux, artériels et veineux; d’une autre part, le nombre des capillaires qui pénètrent la substance cérébrale, et qu’on divise en l’incisant, nombre bien plus grand que par la suite, on croirait que la pie-mère , intermédiaire aux uns et aux autres , doit être beaucoup plus développée à proportion que les deux membranes précédentes. Cependant elle ne les surpasse point sous ce rapport ; elle m’a paru même souvent moins rouge que chez l’adulte, dans des sujets dont les sinus étaient remplis d’une quantité considérable de sang très-noir , fluide et visqueux , comme il l’est toujours dans les veines du fœtus. D’autres fois la rougeur est assez sensible , car il y a des variétés sous ce rapport ; ce qui me fait croire que le genre de mort peut contribuer à l’état sous lequel se présente cette membrane.
Ses proioiigemens intérieurs, la toile choroïdienne, les plexus choroïdes, sont proportionnés à elle: peu gorgés de sang dans certains cas, ils le sont plus dans d’autres.
Les granulations ne sont point sensibles; elles ne le deviennent que dans les âges suivans.
J’ai dit que la membrane propre de la moelle vertébrale, quoique décrite avec la pie-mère par les auteurs, en est cependant très-distincte par sa résistance, sa densité et sa nature intime. Cette différence n’est pas moins frappante chez le fœtus: tandis que les lames cellulaires de la pie-mère sont chez lui
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à peine sensibles, tant est grande leur ténuité , et quelles se rompent avec une extrême facilité , l’enveloppe de la moelle est déjà très-résistante. Elle don ne même à ce prolongement médullaire une consistance apparente très-marquée : il se soutient de lui-même tant qu’il en est revêtu , tandis qu’il s’affaisse et présente une extrême mollesse dès cpie cette enveloppe est incisée. Cette densité de la membrane propre de la moelle va toujours en croissant de haut en bas. Elle laisse, sous l’occipital, toute sa mollesse au prolongement médullaire, et le rend très-ferme à son extrémité renflée.
Le ligament dentelé est développé proportionnellement à cette membrane.
b. Développement des diverses parties de la Masse
encéphalique.
Le volume proportionnellement plus grand de cette masse chez le fœtus porte spécialement sur la partie supérieure du cerveau, et sur toute cette substance corticale et médullaire qui entoure les ventricules , et qui extérieurement correspond à la voûte du crâne. Les ventricules eux-mêmes , et les éminences qu’ils renferment sont bien aussi proportionnellement plus prononcés que par lasuite, mais moins • que cette convexité cérébrale. Il en est de meme de la protubérance et du cervelet ; en sorte que le rapport de grandeur entre eux et le cerveau n’est pas exactement le meme que par la suite : ils paraissent plus petits à proportion. Ces rapports de développement coïncident avec ceux qu’on observe dans
la cavité osseuse du crâne. En effet, la base de cette cavité est bien moins grande chez le fœtus , comparativement aux âges suivans , que la voûte , disposition qui peut tenir à ce que celle-ci n’est qu’à moitié ossifiée , tandis que l’autre est beaucoup plus avancée.
Quoi qu’il en soit , ce grand développement de la partie supérieure et convexe du cerveau ne suppose pas, dans le fœtus et l’enfant, un développement proportionnel et correspondant des fonctions cérébrales. En effet , cette partie supérieure est bien moins liée que l’inférieure, que le cervelet et la protubérance à ces fonctions: aussi observez que la plupart des crétins ont la tête très-saillante en haut et très-aplatie transversalement , comme le remarque Eodéré. M. Pinel a aussi observé que, dans plusieurs idiots, le diamètre perpendiculaire prédominait sensiblement sur les autres, sur le transversal surtout; ce qui annonce un excès de développement dans la partie supérieure du cerveau, dans cette portion corticale et médullaire moins liée que le reste de l’organe à ses fonctions, qu’on a vues un grand nombre de fois se continuer avec des plaies, des suppurations, des meurtrissures, des déchirures, etc. , intéressant cette portion supérieure, tandis que ces mêmes fonctions cessent dès que la partie inférieure est altérée.
lous ces faits doivent etre visiblement rapprochés du mode de développement du cerveau. Cependant il est à présumer que , chez l’enfant, le volume de cet organe, partout plus prononcé que par la suite, quoiqu’il y ait des différences dans ses diverses par-
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ties , influe sur la sensibilité plus marquée et sur la motilité plus vive qui sont l’apanage de cet âge.
Le tissu cérébral diffère beaucoup chez le fœtus de ce qu’il sera par la suite. Sa mollesse est extrême dans les premiers mois , où il appartient plutôt à la classe des fluides qu’à celle des solides , sous le rapport de la consistance; mais quand on considère son intérieur , le grand nombre de vaisseaux qu’il reçoit j annonce l’organisation la plus prononcée. Je crois qu’il est peu de parties où cette disposition vasculaire soit plus marquée. Quand on coupe le cerveau par tranches, chaque coup de scalpel intéresse une multitude de ces vaisseaux , dont le sang s’écoule fréquemment, tandis qu’ils n’offrent que des stries rougeâtres chez l’adulte , stries bien moins nombreuses.
Non-seulement, comme je l’ai dit dans X Anatomie générale , les deux substances corticale et médullaire sont peu distinctes , à cause de la couleur grisâtre ou plutôt rougeâtre de la seconde, couleur due au grand nombre de vaisseaux sanguins qui la parcourent ; mais j’ai observé , sur plusieurs sujets, que la première est sensiblement plus blanche quelle. Une section faite aux lobes cérébraux montre quelquefois sensiblement une bordure blanchâtre correspondant aux circonvolutions et anfrac- * tuosités divisées, bordure qui doit être un jour grisâtre ; d’autres fois la différence est peu sensible entre ces deux substances.
Ce phénomène est remarquable chez le fœtus, non-seulement dans la partie supérieure du cerveau, mais encore partout où les 'deux substances se
trouvent entremêlées. J’ai examiné exactement les corps striés, les couches optiques, les cornes d’Ammon, les éminences digitales : point de différence très-sensible dans leur apparence extérieure. Là où la substance médullaire existe seule, comme dans le corps calleux, la voûte à trois piliers, etc. , elle est rougeâtre comme partout ailleurs , mais jamais blanche comme par la suite.
La distinction entre ces deux substances est un peu plus marqu'ée dans le cervelet, où l’arbre de vie commence à paraître, quoique encore très- confusément. La disposition marbrée de la protubérance, qui était nulle encore au septième ou huitième mois, commence à se marquer un peu à l’époque de la naissance. Je n’ai point trouvé à cette époque , et meme un peu au-delà, la substance noirâtre qui se trouve dans les proîongemens antérieurs de cette protubérance; ce n’est que lorsque ces prolongeraens ont déjà une certaine consistance quelle commence à se former.
Chez les fœtus que j’ai eu occasion d’examiner à l’époque de la naissance, et même un peu avant, j’ai trouvé la substance grisâtre qui occupe le milieu de la moelle vertébrale déjà très -sensible et très -distincte , surtout vers le renflement inférieur de ce • prolongement ( i).
(i) Vers le commencement du deuxième mois de la conception, la moelle épinière, dont la place était auparavant occupée par un fluide limpide , est formée de deux filets blancs , adossés par leur partie interne et formant une gouttière longitudinale. Ces deux cordon», qui ne sont primitivement composés que de substance
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J’ai indiqué, dans X Anatomie générale , quelques détails sur l’action des réactifs auxquels on soumet le cerveau du fœtus , action un peu différente dans ses résultats de celle qu’on observe chez l’adulte.
§ II. État du Cerveau dans les âges suivons .
A mesure que l’on avance en âge, le cerveau prend peu à peu des caractères bien différens de ceux qu’il a chez le fœtus et l’enfant.
La dure-mère cesse d’avoir des connexions aussi intimes par sa surface externe , à cause de l’ossification successive de toutes les parties de la cavité crânienne; ce n’est plus que sur les sutures qu’elle adhère beaucoup : aussi plus celles-ci s’effacent par les progrès de l’ossification , plus il est facile d’enlever sans résistance la calotte du crâne. Chez le vieillard, on n’éprouve aucune difficulté; elle se détache au moindre effort d’un levier placé entre les
blanche , et qui sont renflés â leur bord externe , se prolongent dans toute l’étendue du canal rachidien , et se continuent supérieurement avec la moelle allongée, dont la largeur est double. Insensiblement ils se rapprochent en arrière; et de leur adossement postérieur, qui s’opère de bas en haut, et qui a lieu à sept semaines suivant M. Serre , mais seulement à trois mois selon Tiedemann, résulte un canal central dans lequel s’enfonce un repli de la piemère, canal qui s’oblitère peu «à peu de bas en haut , à mesure que les vaisseaux de cette membrane sécrètent lasubstance grise. Ce canal , qui communique supérieurement avecle quatrième ventricule par le calamus scriptorius , existe quelquef ois encore à l’époque de la naissance, et peut persister jusqu’à six mois ou un an.
( Note ajoutée. )
bords de la section circulaire faite par la scie ou par la pointe du marteau, tandis que ce soulèvement est impossible chez le fœtus.
Cette membrane s’ossifie assez souvent , mais son ossification n’est point, comme dans les artères, un effet naturel de l’âge ; elle arrive aussi souvent chez l’adulte que chez le vieillard. J’ai indiqué , àl article de l’arachnoïde, comment elle se forme et le siège qu’elle occupe.
L’arachnoïde et la pie-mère vont toujours en se prononçant davantage. Cette dernière offre chez le vieillard une rougeur cpii contraste et avec le peu de sang qu’on trouve dans les sinus, à moins cpie le genre de mort n’y en ait accumulé, et avec le petit nombre de stries vasculaires de la substance médullaire. J’ai indiqué un contraste inverse chez le fœtus.
Les granulations cérébrales ont aussi un développement et surtout une densité qui suivent la raison directe de l’â^e.
A mesure que l’accroissement se fait , la substance cérébrale prend de plus en plus de la consistance ; cependant elle conserve jusqu’à la quinzième ou seizième année une mollesse qui fait que , jusqu’à cet âge , le cerveau est très-peu propre aux dissections nécessaires à l’étude de cet organe.
Chez le vieillard , la consistance cérébrale est portée au, plus haut degré. Lorsqu’on l’examine à cet âge , comparativement à ce quelle est chez le fœtus, on voit que la différence est très -grande; alors aussi les vaisseaux sont sensiblement diminués dans cette substance : il y pénètre une quantité de
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sang proportionnellement moindre , de plus de moitié , que cliez le fœtus. Diminution de vaisseaux et augmentation de consistance , c’est donc un double caractère essentiel à cet âge dans le cerveau , qui est, à cause de cela, très-favorable aux dissections.
Les deux substances corticale et médullaire sont alors caractérisées le plus possible. Les nuances de la première sont marquées au plus haut point dans la couche optique, les corps striés, les cornes d’Ammon , et dans cette portion de la partie inférieure
du ventricule moyen qui donne origine à la tige
pituitaire, etc., portion dont l’aspect extérieur et même l’organisation ne sont point exactement les mêmes qu’ailleurs. Ces nuances étaient absolument impossibles à saisir chez le fœtus , où à peine distingue-t-on l’apparence générale de la substance corticale de celle de la médullaire , comme je l’ai dit. Pendant l’accroissement , et chez l’adulte , elles se sont successivement plus prononcées. La substance corticale est surtout plus grise et comme terne.
Je ne m’étendrai pas plus long -temps sur le développement du cerveau ; je renvoie aux considérations cpae j’ai présentées sur ce point dans le Système nerveux de la vie animale.