DIVERSES PARTIES
On ne saurait disconvenir que dans l'état actuel de nos connaissances, toute systématisation complète du centre encéphale-médullaire serait prématurée, puisqu'elle devrait nécessairement combler les lacunes, encore si nombreuses, de l'observation au moyen de suppositions suggérées par une interprétation plus ou moins heureuse de faits physiologiques ou pathologiques, ou ne reposant sur aucune base positive. Dans ces conditions, la seule manière de servir véritablement les intérêts de la science nous paraît être de présenter, dans un résumé succinct, les résultats les plus généraux et les plus certains auxquels ont conduit les recherches des observateurs.
Il est inutile de revenir sur ce que nous avons dit relativement à la texture de la moelle épinière.
L'entre-croisement des faisceaux pyramidaux du bulbe, leur passage à travers laprotubérance, où ils entrent probablement en rapport avec les noyaux gris de cerenQement, leur continuatioa dans les pédoncules cérébraux, dont ils for-
Trajet des faisceaux
pyramidaux.
NÉVROLOGIE.
Trajet des faisceaux innoniinéii.
Iladialions émanées des
couches ' optiques.
Tous les faisceaux blancs du corps slrié émanent des couches optiques.
Importance de l'étude de la conti • nuité des fibres dans le cerveau.
Absence d'entrecroisement médian dans le corps calleux.
ment l'étage inférieur, leur pénélruliou dans la couclic optique et dans le corps slrié, sont des faits hors de toute contestalion.
D'autre part, les faisceaux innominés unis aux faisceaux sous-olivaires, nés de la formation réticulée du bulbe, se prolongent, au-dessus de la protubérance cérébrale, dans les pédoncules cérébraux, dont ils forment l'étage supérieur, pour se continuer, sans ligne de démarcation aucune, avec la couche optique. Ces faisceaux innominés s'enfre-croisent-ils ? On voit au-dessus de la protubérance, au niveau des tubercules quadrijumcaux, ces faisceaux, jusque-là distincts, bien qu'accolés, s'unir intimement ; ils m'ont paru s'entre croiser, mais la chose n'est pas aussi évidente que pour les pyramides antérieures, et je n'oser lis l'affirmer.
De tous les points de la surface de la couche optique, à l'exception de sa face interne, qui est libre et répond au ventricule moyen, et de sa face supérieure, qui répond au ventricule latéral, parlent, comme d'un centre, et s'irradient d:ins tous les sens, à la manière de rayons, des faisceaux de fibres, dont les antérieurs se portent directement en avant, les moyens en dehors, les postérieurs en arriCre ; l'ensemble de ces radiations divergentes constitue le grand soleil ou Véventnil de Vieussens, la couronne rayonnante de Reil. Mais ces radiations ne sont pas nécessairement le prolongement des fibres des pédoncules cérébraux, puisque, d'après Kœlliker, un très-grand nombre de ces fibres se terminent dans les cellvJes du corps strié et de la couche optique.
Au moment oii ils émergent du sein de la couche optique, les rayons divergents sont en quelque sorte bridés par des fibres blanches curvilignes, dont la réunion constitue la bandelette demi-circulaire.
Les faisceaux blancs de la partie interne des corps striés, à l'exception de ceux qui continuent les pyramides antérieures, émanent des couches optiques. Quelques-uns de ces faisceaux m'ont paru se terminer dans les corps striés, sous la forme de filets extrêmement déliés; le plus grand nombre s'étend des corps striés aux hémisphères. Le corps strié n'est donc autre chose qu'une masse grise à laquelle aboutissent, d'une part, les radiations blanches venues de la circonférence des couches optiques et les radiations blanches venues des pyramides antérieures, d'autre part, les radiations blanches provenant de la substance grise des circonvolutions. On peut donc admettre, avec Reil, Gall et Tiedemann, que les fibres qui sortent des corps striés sont beaucoup plus multipliées que celles qui y entrent.
Avec un peu d'attention, on reconnaît dans la couche optique des filets blancs extrêmement déliés, que leur ténuité et la cohérence du tissu qui les environne ne permettent pas d'isoler. Si la dénomination de ganglion est applicable à quelque partie du cerveau, elle convient parfaitement aux couches optiques; car un ganglion nerveux n'est autre chose qu'un noyau de substance grise dans lequel se disséminent, se terminent ou naissent des fibres nerveuses.
Un des points fondamentaux, dans la texture du cerveau, consiste à déterminer le trajet ultérieur des radiations des couches optiques et des corps striés, et les rapports de ces radiations avec les circonvolutions cérébrales et le corps calleux.
Or, il n'y a pas d'entre-croisement sur la ligne médiane du corps calleux, du moins l'anatomie ne peut le démontrer par aucun de ses procédés : la moitié droite des faisceaux transverses se continue sans ligne de démarcation avec la moitié gauche. Il semble, au premier abord, qu'il y ait entre-croisement entre
IDÉE GÉNÉRALE DE l'eNCÉPHALE.
le corps calleux et les radiations blanches qui émanent des couclies optiques et des corps striés; mais l'observation établit de la manière la plus positivé qu'il y a continuité entre ces radiations et le corps calleux. D'autre part, la continuité du corps calleux avec les libres des hémisphères n'est pas moins évidente : on voit les fibres moyennes des hémisphères se porter transversalement en dedans, pour constituer la portion moyenne du corps calleux; les fibres antérieures se porter d'avant en arrière, pour former la portion antérieure de ce corps; les fibres postérieures se porter d'arrière, en avant, pour en former la portion postérieure ; les fibres inférieures se recourber et se renverser de bas en haut, pour se continuer également avec lui.
Tiedeniann, se fondant principalement sur l'anatomie du fœtus, établit que le corps calleux est formé par la réunion des fibres des pédoncules cérébraux, après que ces fibres se sont épanouies pour former les hémisphères. 11 dit avoir suivi les fibres des pédoncules jusque sur la ligne médiane du corps calleux, où celles d'un côté s'unissent et se confondent avec celles de l'autre côté ; mais, d'une part, la disposition indiquée par Tiedemann est plutôt une vue de l'esprit que le résultat de l'observation directe du cerveau du fœtus ; d'une autre part, l'étude attentive du cerveau de l'adulte montre les fibres du corps calleux se terminant dans les circonvolutions, sans présenter aucune espèce de réflexion.
Ici doivent être mentionnées les belles préparations de Foville (1) sur le corps calleux, préparations qui ont pour objet de déterminer les rapports du corps calleux avec les radiations émanées du corps strié et avec celles des hémisphères. Si, sur un cerveau placé sur sa base et complètement dépouillé de ses membranes, on écarte avec précaution les deux hémisphères dans leur milieu ; si l'on introduit légèrement l'extrémité de l'index dans le sillon qui sépare le corps calleux de la circonvolution qui le contourne, et si l'on presse légèrement le fond de cet intervalle, en promenant doucement d'avant en arrière et d'arrière en avant la pulpe de ce doigt, on parvient bientôt à décoller l'hémisphère du corps calleux, et si l'on poursuit avec soin cette séparation, on voit que le corps calleux se prolonge horizontalement de chaque côté, pour se recourber brusquement en bas, s'infléchir en dedans et se continuer avec les radiations émanées des corps striés. Le même procédé servira à séparer des hémisphères le corps calleux, en avant et en arrière; de telle sorte que le corps calleux, isolé de toutes parts des hémisphères, contenaint, dans l'espèce de voûte ou couvercle qu'il représente, les ventricules latéraux et le ventricule moyen, et par conséquent les couches optiques et les corps striés, constitue, d'après Foville, une espèce de noyau autour duquel viennent s'appliquer et se mouler les deux hémisphères cérébraux.
Une coupe verticale faite transversalement sur un cerveau ainsi préparé, coupe qui doit tomber au niveau de la suture fronto-pariétale, au-devant de la base du nerf olfactif, démontre que les fibres du corps calleux émanent du plan supérieur des radiations blanches du corps strié, et que le plan inférieur de ces radiations va se porter dans l'épaisseur de l'hémisphère, pour gagner la substance grise des circonvolutions.
^ D'après ces préparations, Foville se croit fondé à conclure que le corps calleux n'a rien de commun avec les hémisphères proprement dits; mais si elles établissent
(I) Voyez les planches 15 et n de sou allas, m.
Conliuuilé du corps calleux et des radia -
tions émanées des couches optiques et des corps striés.
Continuité du corps calleux et des fibres des hémisptières.
Doctrine do Tiedemann à ce sujet.
Continuité du corps calleux avec les radiations des couches optiques et des corps striés.
Préparation
de Fo- ■ville qui la démontre.
ÉtUdë de la coupe Terticale faite transversalement.
Il n'est pas
exact de dire que le
corps calleux n'a rien de commun avec les hémisphères.
NÉVROLOGIE.
Continuité du corps calleux, d'une pai t,
avec les radiations o!nau(ies des liéinisplièrc5 ; d'une autre part,
avec les couches optiques et les corps striés.
Cette double continuité ne
peut s'expliquer que par un entrecroisement.
Mode suivant lequel
se fait l'uutre-croisement.
Entre croisement i ux bords du corps calleux .
Cet entrecroisement explique l'cflet croisé des maladies du cerveau.
La voûte est
une commissure antéro-postérieurc.
d'une manière inconleslablc la continuité du corps calleux avec un certain nombre de radiations émanées des corps striés et des couches optiques, d'autres préparations, et en particulier l'étude des coupes verticales faites transversalement, me paraissent établir d'une manière tout aussi positive la continuité du corps calleux avec les radiations des hémisphères (1).
Ce point d'anatomie, qui m'a toujours paru le nœud gordien de la texture du cerveau, a été l'objet de mes éludes particulières. J'ai reconnu de la manière la plus positive cette double continuité du corps calleux, d'une part, avec les radiations des corps striés et des couches optiques^, et, d'autre part, avec les radiations émanées des hémisphères. Or, comment se rendre compte du fait de celle double continuité, autrement que par un entrecroisement? Voici comment je conçois celte disposition. Les fibres radiées émanées du côté externe du corps strié et de la couche optique du côté droit se recourbent immédiatement en dedans, se portent de droite à gauche pour constituer le corps calleux et traversent la ligne médiane ; parvenues au bord gauche du corps calleux, au niveau du côté externe du corps strié et de la couche optique gauches, ces fibres, au lieu de se recourber pour se continuer avec les radiations émanées du corps strié et delà ^ couche optique gauches, comme le dit Foville, s'épanouissent et vont se terminer dans les circonvolutions de l'hémisphère gauche. D'un autre côté, les radiations blanches émanées du corps strié et de la couche optique gauches se recourbent immédiatement en dedans, rencontrent au lieu de cette courbure, c'est-à-dire au niveau du bord gauche du corps calleux, les radiations émanées de la couche optique et du corps strié droits, s'entre-croisent avec elles, et, après l'entre-croisement, s'associent avec ces radiations, qui leur sont parallèles, pour constituer toute l'épaisseur du corps calleux; traversent avec elles la ligne médiane "et, parvenues au bord gauche du corps calleux, les abandonnent pour aller s'épanouir dans l'hémisphère droit et se terminer dans les circonvolutions de cet hémisphère.
Le corps calleux est donc constitué par les radiations blanches émanées des deux hémisphères. 11 y a donc entre-croisement de ces radiations dans l'épaisseur du corps calleux. Cet entre-croisement n'a pas lieu sur la ligne médiane, mais bien de chaque côté de la ligne médiane, sur les limites externes du ventricule latéral, au côté externe des corps striés et des couches optiques, et s'il a échappé à l'investigation des anatomistes, c'est parce qu'il n'y a pas disposition anguleuse, mais bien parallélisme entre les fibres qui se croisent.
Cet entre-croisement, qui résulte du double fait de la continuité du corps calleux, d'une part, avec les radiations émanées des couches optiques et des corps striés, d'autre part, avec les radiations des hémisphères et par conséquent des circonvolutions, cet entre-croisement, dis-je, explique parfaitement l'effet croisé des maladies du cerveau, effet qui n'est que partiellement expliqué par l'entre-croisement des pyramides ; car il porte sur tous les faisceaux de la moelle qui, se prolongeant dans le cerveau, ont échappé à l'entre-croisement du collet du bulbe.
LvLVOÛte à trois piliers serait-elle une commissure antéro-postérieure? Comme circonstance favorable à cette manière de voir, je rappellerai que j'ai vu la
(I) Dugès {Phys. comp., t. I, p. 390) dit que cfiez l'écureuil et chez le lapin, le corps cnlleux est formé de deux couches bien évidentes : l'une, qui remonte vers les circonvolutions, l'autre, qui descend dans les couches optiques.
IDÉE GÉNÉRALE DE l'enCÉPHALE.
moitié droite de cette voûte atrophiée dans un cas de destruction des circonvolutions cérébrales postérieures du mûme côté.
La commissure antérieure, que Willis regardait comme la commissure des corps striés, que Heil considère comme destinée à réunir les .circonvolutions antérieures du lobe moyen et quelques circonvolutions situées au fond de la scissure de Sylvius, naîtrait, d'après Gall, de la substance grise des circonvolutions. Elle fait suite, d'après Tiedemann, aux pédoncules cérébraux, qui, après avoir traversé le corps strié, s'étalent dans les hémisphères, fournissent plusieurs radiations qui s'inclinent d'arrière en avant et de dehors en dedans, se rapprochent les unes des autres sous la forme d'un cordon et s'unissent à celles du côté opposé. La commissure antérieure serait donc, dans cette manière de voir, un moyen d'union enire les radiations des pédoncules cérébraux et celles dés lobes moyens des hémisphères cérébraux. Déjà Cliaussier avait fait provenir des pédoncules cérébraux les fibres de la commissure. Tout ce qu'il y a de positif au sujet de cette commissure, c'est que le cordon qui la constitue traveisc la partie antérieure des corps striés et s'épanouit dans les circonvolutions antérieures et inférieures de la corne sphénoïdale du lobe postérieur, derrière la scissure de Sylvius.
La corne d'Ammon est le résultat de la réflexion de la partie inférieure do l'hémisphère; les lames blanches qui la recouvrent, le corps frangé qui la borde et la voûte à trois piliers ne constituent qu'un seul et môme système de commissures antéro-poslérieures.
Chaque circonvolution se décompose en un nombre considérable de lamelles, disposées à la manière d'un éventail dont la circonférence répondrait au bord libre de la circonvolution, et dont le centre répondrait au bord adhérent; les lamelles sont séparées les unes des autres par des filaments vasculaires. Le nombre de ces lamelles m'a paru variable chez les différents sujets ; elles paraissent d'ailleurs tout à fait indépendantes les unes des antres.
Ces lamelles se continuent manifestement avec les radiations émanées du corps calleux et, par conséquent, des corps striés et des couches optiques.
Il suit de tout ce qui précède, qu'il existe dans l'anatomie du cerveau de nombreuses lacunes, qui ne nous permettent pas encore de systématiser complètement la texture de cet organe, et parmi ces lacunes, une des plus regrettables, sans doute, est celle qui est relative à la manière dont les faisceaux postérieurs et les faisceaux antéro-latéraux de la moelle se continuent avec les hémisphères cérébraux, au mode de répartition de ces faisceaux dans le cerveau et dans le cervelet, et au mode de communication de ces deux derniers organes entre eux (1).
(1) Nous avons négligé, dans les considérations qui précèdent, de faire mention des recherches originales et consciencieuses de M. Luys sur la texture du système nerveux, parce qu une partie des résultats auxquels l'auteur est arrivé et dont il a cru pouvoir (loduire une théorie complète des organes centraux, ne nous paraissent pas reposer =ur une Lase suffisummeiit assurée.
Opinions diverses relativement à la commissure antérieure
La corne d'Ammon et ■ le corps frangé considérés comme commissure antéi'o postérieure.
La structure
des circouTolufions est laroelleusc.
l'orme des lamelles.
Nombre des lamelles.
Lacunes qui existent
dans la détermination des
connexions
du cerveau.
NÉVROLOGIE.