DÉ LA VOIX
-diffèrent. C’est une loi générale des organes de la vie animale de pouvoir se perfectionner par l’exercice , d’être susceptibles d’une véritable éducation.
Cette dépendance dans laquelle les fonctions du larynx sont de la vie animale est marquée non-seulement dans l’état de santé , mais encore dans celui de maladie. Les paralysies , les convulsions , les spasmes des muscles de cette cavité présentent absolument le même mode que dans les muscles locomoteurs , et n’ont aucune analogie avec les affections des muscles de la vie organique. Je crois donc avoir fondé essentiellement ma division physiologique et anatomique sur la nature , en séparant du poumon les organes vocaux , que les physiologistes et les anatomistes réunissoient toujours jusqu’ici à cause de leur voisinage.
J e suivrai la marche suivante dans l'exposition des organes de la voix : i°. je présenterai quelques considérations générales sur le larynx ; 2°. je décrirai , chacun en particulier , les divers organes qui le composent ; 5°. je considérerai leur ensemble dans la conformation générale de celte cavité ; 4°- j’exposerai son mécanisme ; 5°. je suivrai son développement dans les divers a "es.
ARTICLE PREMIER
Considérations générales sur le Larynx.
Le larynx est une cavité à pièces mobiles , d’une forme difficile à déterminer , et qui occupe la région antérieure et supérieure du cou. Situé sur la ligne médiane , symétrique par conséquent et régulier comme tout ce qui sert à la vie animale, il termine en haut la trachée-artère , avecla partie inférieure de laquelle il contraste évidemment : en effet, celte partie, que forment les bronches , destinée seulement à la vie organique, offre une irrégularité manifeste de l’un et l’autre côtés. Chaque moitié du larynx ressemble à l’autre ; une bronche diffère au contraire beaucoup de celle du côté opposé. J’ai fait remarquer ailleurs que la symétrie du larynx est nécessaire à l’harmome de ses fonctions , et qu’une voix fausse seroit 1 ine*vitable résultat d’une discordance d’organisation dans
DU LARYNX ET DE SES DEPENDANCES- 56g
j s deux côtés , ou d’une inégalité de forces dans les muscles qui meuvent latéralement ses cartilages. 11 est inférieur à l’os hyoïde auquel il se fixe , superficiel et presque entièrement interne en devant , appuyé en arrière sur la colonne vertébrale dont le sépare seulement le pharynx.
Destiné, d’un côté, à donner continuellement passage à l’air dans la respiration qui, jusqu’à un certain point, est involontaire, et ne devant, d’un autre côté, servir à la production de la voix que sous l’influence de la volonté , ainsi que je l’ai observé plus haut , le larynx nous offre une structure accommodée à ces deux phénomènes fort diffé refus. Plusieurs cartilages réunis forment sa cavité, et empêchent par leur élasticité qu’elle soit jamais fermée ; ce qui assure à l’air un passage libre. De plus, à ces cartilages mobiles les uns sur les autres s’attachent des muscles particuliers dont la contraction volontaire peut augmenter ou diminuer la largeur de cette cavité , conditions nécessaires pour que la voix soit produite. Un de ces cartilages, fort, différent des autres pour la structure, peut oblitérer momentanément la eavité en s’abaissant sur son ouverture. Enfin, une membrane muqueuse , prolongement de celle qui a tapissé la bouche , recouvre intérieurement toutes ces parties, et va se continuer dans l’organe pulmonaire , en suivant toutes les ramifications bronchiques.
Dijjérences du larynx relativement aux individus ,
au sexe} etc.
La grandeur du larynx n’est pas, en général , variable suivant la stature : tel individu très-petit en
porte souvent un égal à celui d’un individu de taille très-élevée ; remarque qui s’accorde très-bien avec la différence de la voix , dont la force ou la faiblesse n’est point en raison de la stature.
Un objet essentiel de recherches seroit de comparer les différentes espèces de voix avec l’organisation différente du lîtynx. Certainement la taille, la bassetaille , la haute-contre , etc. , présentent quelque chose dans la structure laryngée qui correspond aux timbres particuliers et si différens de leurs sons. Je n’ai pas pu m’occuper de ces recherches , et je doute rju’on puisse le faire en grand par l’impossibilité de connoître le plus souvent quel a été le genre de voix des sujets dont les cadavres sont soumis à nos dissections. Mais ce qu’il m’a été facile de vérifier , c’est le rapport qui existe entre les organes vocaux des deux sexes et la structure de leur larynx.
Les différences de la voix de l’homme et de la femme ont été observées de tout temps. 11 étoit facile d’en conclure une différence réelle dans l’organe qui la produit. Les auteurs y ont fait cependant peu d’attention , et ont négligé l’examen comparatif du larynx dans les deux sexes.
Une grande disproportion de volume distingue , au premier coup-d’œil , le larynx dans l’un et l’autre sexes. Celui de l’homme est très-étendu et très-large. Celui de la femme, plus rétréci, n’a guère que les deux tiers du volume de celui-ci; souvent même il n’en présente que la moitié. Celte disproportion est indépendante de la stature : une grande femme et un petit homme la présentent comme deux individus de taille é<rale , ou comme un homme de haute stature et
et DE SES DÉPENDANCES. 571
une petite femme. On la retrouve clans toutes les parties du larynx , et même dans les organes qui l’avoisinent , comme la trachée-artère , l’os hyoïde et ses dépendances. Elle est constante , et s’observe toujours lorsqu’on rapproche les uns des autres plusieurs larynx des deux sexes , comme j’ai toujours eu soin de le faire.
Quant à la forme générale du larynx, elle est à-peuprès la même , ou au moins se rapproche beaucoup plus que le volume. Cependant en plusieurs endroits on observe encore une distinction dans les deux sexes, i15. En devant , les deux lames du thyroïde sont beaucoup plus obliq ues et moins écartées proportionnellement chez l’hom me que chez la femme. De là , il résulte qu’elles forment chez le premier , en se réunissant antérieurement , une saillie beaucoup plus considérable au-dessous des tégumens, et un angle beaucoup plus aigu ; tandis que chez la seconde cet angle est extrêmement obtus. On a observé de tout temps cette différence de saillie. L’échancrure qui la termine en haut est superficielle , peu prolongée df, arrondie chez la femme ,• elle se prolonge beaucoup inférieurement chez l’homme, et se termine par un angle fort aigu ; disposition qui tient à la même cause , c’est-à-dire , à la différence de saillie antérieure. Le cartilage cricoïde n’offre en devant aùcune différence de forme chez l’homme et chez la femme. 20. En arrière, on ne distingue guère que par le volume le larynx des deux sexes ; cependant comme les deux portions du thyroïde sont plus écartées l’une de l’autre chez la femme , il en résûlte ici plus de largeur relative dans les espaces triangulaires qui sé-
parent ce cartilage d’avec la cavité propre du larynx. 3°. En haut , le larynx est surmonté chez l’homme par un os hyoïde beaucoup plus large et plus épais que chez la femme. L’épiglotte est aussi plus large , plus saillante supérieurement et plus épaisse. Sa forme est absolument la même. La glotte est également de même forme, et ne se distingue que par ses dimensions. Comme les cartilages aryténoïdes sont plus longs chez l’homme et par conséquent plus élevés , les ventricules du larynx se trouvent plus profondément situés et plus éloignés de l’ouverture extérieure. 4°. En bas, la largeur' plus grande, chez l’homme, de la circonférence du cricoïde , est la seule différence que le larynx présente. On peut remarquer que la trachée-artère correspond à l’état de l’organe vocal , et que sa largeur chez le femme est beaucoup moindre.
Il résulte des faits précédens que la forme du larynx , quoique un peu différente dans les deux sexes , lie paroît pas , non plus que la texture , qui est la même, être la cause essentielle de la différence du timbre vocal , différence qui paroît tenir beaucoup plus à la disproportion frappante de grandeur qui existe dans cette cavité. "Nous verrons que chez l’enfant, le caractère particulier de la voix lie paroît pas tenir à une autre cause.
article second.
Des différentes parties du Larynx considérées en particulier.
On peut distinguer dans le larynx , i°. les cartilages qui forment essentiellement sa cavité et la rendent solide -, 2°. les liens ligamenteux qui les unissent ; 5°. les muscles qui sont les agens actifs de la voix par les mouvemens qu’ils impriment aux cartilages ; 4°* les corps glanduleux situés au voisinage de cette cavité ; 5°. la membrane qui la tapisse intérieurement. Les quatre premiers genres de coinposans doivent être examinés en détail ; la membrane , composant commun , sera décrite avec le larynx pris en totalité.
§ Ier. Cartilages du Larynx .
Us sont au nombre de cinq. Le premier, large et assez épais , recouvre en devant le larynx , sert à le protéger , mais ne concourt à le former que par i attache qu il donne a quelques-uns de ses muscles : c’est le thyroïde. Le second, nommé cricoïde, vraiment annulaire , forme la partie solide de la cavité. Deux , nommes aryténoïdes , situés en arrière , beaucoup plus petits que les autres , donnent h la glotte la mobilité qui en fait le siège de la voix. Enfin, l’épiglotte, qui est un véritable fibro-cartilage , n’a pour usage que de fermer momentanément le larynx.
Cuit, thyroïde . Il occupe la partie antérieure et
latérale du larynx , plus étendu transversalement que de haut en bas, plus large supérieurement qu’inférieurement. Il résulte de deux portions latérales et obliques unies en devant , où leur point de réunion forme un angle aigu plus ou moins saillant qui répond à la ligne médiane et devient apparent au-dessous des tégumens. Bifurquée en haut, celte saillie anguleuse est simple et arrondie en bas. Chacune des portions qui lui sont latérales offre en devant une surface presque plane , légèrement concave , recouverte principalement par le thyro-hyoïdien. Une ligne oblique et assez saillante borne en dehors cette surface plane , et donne attache à ce muscle , au sterriOthyroïdien et au constricteur inférieur. Derrière elle est une petite surface recouverte par ces deux derniers.
En arrière , le thyroïde offre sur la ligne médiane r.n angle rentrant, répondant à l’angle saillant antérieur, çt sur lequel se fixe le ligament de la glotte elles muscles thyro-aryténoïdiens. Sur les côtés, deux surfaces planes dirigées en arrière et en dedans correspondent en haut à ces muscles , dont un tissu cellulaire graisseux les sépare ; en bas, aux crico-aryténoïdiens latéraux, et à quelques fibres des crico-thyroïdiens qui s’y fixent.
Quatre bords terminent les deux surfaces du thyroïde. Le supérieur plus considérable, donnant partout attache à la membrane thyro-hyoïdienne , offre au milieu l’échancrure qui surmonte l’angle de réunion des deux pièces , s’arrondit sur les côtés , devient presque horizontal en dehors , présente une faillie légère correspondante à la ligne oblique ex-
ET DE SES DÉPENDANCES. S-jS
terne , et au-delà se termine par une appendice dont nous parlerons.
Le bord inférieur moins long , concave sur la ligne médiane, offre d’abord sur les côtés deux saillies convexes, correspondantes à la fin de la ligne oblique externe, puis deux enfoncemens. Il donne attache à la membrane crico-thyroïdienne , et aux crico-thyroïdiens.
Les bords, postérieurs, dirigés obliquement, appuyés sur l’épine , un peu concaves en haut et convexes en bas ,, donnent attache à quelques fibres des stylo et palalo-pharyngiens. En haut, une appendice arrondie, plus ou moins longue, obliquement dirigée en arrière, surmonte chacun de ces bords , et? tient par un ligament à l’extrémité de l’hyoïde. En bas , une appendice également arrondie , un peu triangulaire, beaucoup plus courte , dirigée un peu en avant , termine aussi chaque bord , et s’articule par son sommet avec le cricoïde.
Cartilage cricoïde. Il occupe la partie inférieure et postérieure du larynx , dont il forme spécialement la cavité par sa disposition annulaire. Etroit en devant, où le thyroïde le supplée en partie , il s’élargit beaucoup en arrière, où il forme seul la portion solide du larynx. Sa surface externe offre en devant et au milieu une convexité qui est sous-cutanée. Plus en dehors , elle s’élargit et donne attache aux crico-thy— roïdiens. Plus loin , elle est recouverte par le thyroïde,, et présente une petite surface arrondie, destinée à son articulation avec ce cartilage. En arrière , elle s’élargit considérablement , devient à-peu— près quadrilatère et présente sur la ligne médiane une saillie perpen-
^7^ du r, An y nx
dieulairc qui se trouve à nu sous la membrane du pharynx , et sur les côtés deux dépressions marquées auxquelles se fixent; les crico-aryténoïdiens postérieurs. La surface interne, concave, étroite en devant , large en arrière , est tapissée par la membrane du larynx.
La circonférence supérieure présente en devant ■une échancrure large et arrondie , à laquelle s’attache la membrane crico-lhyroïdienne ; en dehors , l’insertion des crico-aryténoïdiens latéraux ; en arrière , où elle devient plus élevée et saillante, elle offre deux surfaces articulaires obliques , étroites , convexes , articulées avec les aryténoïdes , et entre lesquelles elle est contiguë à l’arylénoïdien. La circonférence inférieure , moins inégale , convexe en devant, puis un peu concave , ensuite de nouveau convexe au niveau de la facette articulée avec le thyroïde, enfin, un peu éeb ancrée en arrière à la terminaison de la ligne saillante postérieure , est unie au premier anneau de la trachée-artère , par une membrane semblable à celle qui joint les autres anneaux , et en arrière donne attache à la membrane trachéale postérieure.
Cartilages aryténoïdes. Ils sont beaucoup plus petits que les précédens , au nombre de deux , placés à la partie postérieure du larynx , sur le cricoïde qu ils débordent un peu en dedans. Ils concourent principalement par leur mobilité à augmenter ou à diminuer l’étendue de la glotte , et par là meme à la production de la voix. Leur forme est pyramidale et triangulaire.. Chacun offre une face postérieure , con- Cfive , où se fixe faryténoïdien ; une face antérieure , concave aussi , surtout en bas , et correspondant
à une portion de la glande aryténoïde ; une face interne revêtue de Ja membrane laryngée , de forme plane, perpendiculaire, disposée de manière à toucher pourtant celle du cartilage opposé , lorsque tous deux sont rapprochés l’un de l’autre. Ces surfaces sont réunies par trois bords, l’un interne , l’autre externe , le troisième antérieur ; celui-ci offre souvent quelques inégalités sensibles. La hase des aryténoïdes offre , en arrière, une surface articulaire, concave , ovalaire , revêtue d’une synoviale, dirigée en bas et en dehors , correspondant à une surface analogue du cricoïde ; en devant , une éminence assez considérable , triangulaire , dont Ja saillie interne commence à former la glotte en arrière , qui quelquefois forme un petit cartilage isolé et distinct, et qui toujours donne attache au ligament aryténo-lhyroïdien. Le sommet des aryténoïdes , très-mince , incliné en dedans , est ordinairement surmonté d’un petit noyau cartilagineux , distinct , placé dans la membrane laryngée , et uni au cartilage par un prolongement du périchondre.
Tous ces cartilages ont une structure commune. Leur tissu extrêmement solide et épais , leur couleur grisâtre , et non pas éclatante comme celle des cartilages articulaires , les rapprochent beaucoup de 1 état osseux, lis y tendent même très-sensiblement par les progrès de l’âge : il est constant de les trouver entièrement osseux chez le vieillard , surtout les thyroïde et cricoïde. Avant cette époque même , on rencontre presque toujours dans leur intérieur des points rougeâtres , noyaux d’une ossification commençante et souvent déjà très— étendue. Alors aussi une substance aréolaire , analogue à la spongieuse ,
s y forme, et contient un petit système médullaire dont j ai souvent exprimé une quantité sensible d’huile analogue à celle de l’extrémité des os longs , de la totalité des plats et des courts. J’ai observé dans 1 Anatomie générale que cette disposition leur donne beaucoup de tendance à la carie.
Fibro -cartilage épiglottique. Il n’a point les mêmes usages que les précédens. Situé à la partie supérieure du larynx , intermédiaire à lui et à la langue, il est à direction variable ; perpendiculaire dans l’état ordinaire , il empêche les alimens de s’introduire dans les voies respiratoires au moment de la déglutition , où il devient en 'partie horizontal. Sa forme arrondie , àplatie , large et un peu recourbée en haut du côté de la langue , rétrécie en pointe en bas , l’a fait comparer à une feuille de pourpier. On le divise en face linguale , face laryngée , et circonférence. i°. La face linguale concave de haut en bas , convexe transversalement , est recouverte , dans sa partie supérieure , par la membrane muqueuse de la bouche , qui, en abandonnant la langue, forme trois replis qui se portent sur ce cartilage. Le moyen, très-marqué, se prolonge sur celte face linguale. Les latéraux, plus lâches, viennent se perdre à la circonférence. Le premier , tendu quand l’épiglotte est abaissée , doit bien concourir un peu à la relever lorsque le mouvement de la langue l’entraîne en avant; mais lorsqu’on coupe ce repli , on voit que l’épiglotte , par sa disposition propre , tend à reprendre sa direction perpendiculaire , indépendamment de tout organe accessoire : les deux autres replis sont nuis dans les mouvemens de ce cartilage. Dans sa partie inferieure.
ET B E SES DÉPENDANCES. 5yQ
l’épiglotte est séparée de la membrane thyro-hyoïdienne par le tissu de nature particulière qu’on nomme glande épigloltique. 2°. La face laryngée est convexe de haut en bas , transversalement concave , tapissée dans toute son étendue par la membrane du larynx. 3°. La circonférence , libre supérieurement , est fixée inférieurement par le repli de la membrane muqueuse qui va de là se rendre aux aryténoïdes. En bas , où ses deux côtés forment un angle aigu à leur réunion , elle tient à l’angle rentrant du thyroïde, de la manière que nous indiquerons.
Ce fibro-cartilage, plus épais en bas qu’en haut, sur la ligne médiane que sur les côtés , appartient essentiellement à la classe des membraneux dont j’ai indiqué les caractères d’organisation dans X Anatomie générale. Ses deux surfaces , la laryngée spécialement , offrent un grand nombre de petits trous semblables à des piqûres d’épingle , et où se logent des glandes ; ils sont formés par la membrane muqueuse ; on les voit très-bien en enlevant celle-ci ; plusieurs communiquent d’une surface à l’autre.
§ IL Articulations du Larynx.
Les cartilages du larynx sont unis, soit entr’eux , soit avec les parties qui les avoisinent, par des liens fibreux et membraneux. Nous n’examinerons ici que les ligamens du premier mode articulaire ; les autres appartiennent à la description du larynx considéré en général.
Articulations crico-thyroïdiennes . Le thyroïde s’unit au cricoïde en devant et sur les côtés. Dans le pre-
nner sens, une membrane, nommée crico - thyroïdienne , part de la portion du bord supérieur du cricoide comprise entre les deux aryténoïdes , et va d abord se fixer au milieu du bord inférieur du thyroïde , puis abandonne ce cartilage et se perd insensiblement de chaque côté , en s’unissant à la membrane muqueuse qu’elle fortifie. Large de haut en bas dans son milieu , cette membrane se rétrécit en dehors où elle est moins distincte. Elle est fibreuse , surtout dans le premier sens, où elle offre l’aspect ligamenteux qu’elle perd dans le second. Recouverte de côté par les erico-thyroïdiens , elle est souscutanée sur la ligne médiane , et répond en arrière à la membrane laryngée. Elle permet des mouveinens très-sensibles du thyroïde sur le cricoïde.
Sur les côtés, on trouve deux petites surfaces articulaires appartenant aux prolongemens inférieurs du thyroïde et aux parties latérales du cricoïde , revêtues d’une synoviale lâché et lubrifiée assez abondamment. Ces deux surfaces, susceptibles de glisser facilement l’une sur l’autre, sont assujetties , dans leur rapport mutuel , par des fibres ligamenteuses fort distinctes. i°. Un faisceau antérieur naît en devant du prolongement thyroïdien, se dirige obliquement en bas et en avant , et vient se fixer sur le cricoïde. 2°. Un autre postérieur vient en arrière du même prolongement , est un peu plus élargi , remonte , en divergeant , sur les côtés de la partie postérieure du cricoïde , et se fixe au-dessous des aryténoïdes. 5°. Quelques autres fibres irrégulières assujettissent, indépendamment de ces deux faisceaux distuicts , l’articulation qui nous occupe.
ET DE SES DÉPENDANCES. 58l
Articulations cvico-arytenoicliewies. Les aryténoïdes sont articules avec le cricoïde au moyen de deux surfaces obliquement dirigées en dehors et en bas , qu’une synoviale très-humeciée et extrêmement lâche revêt , et que quelques libres ligamenteuses affermissent dans leur contour. Les plus remarquables de ces fibres se trouvent en dedans et en arrière , endroit où elles forment un faisceau assez distinct , ot ordinairement triangulaire. En dehors , elles vsont peu apparentes , et paroissent souvent même ne pas exister.
Articulations thyro -aryténoïdiennes . Entre chacun des aryténoïdes et le thyroïde , on trouve un ligament beaucoup pins fort que les précédens , intéressant surtout par rapport aux usages qu’on lui a attribués , et qu’on peut nommer aryténo-thyroïdien . Il naît de la saillie antérieure de la base de l’aryténoïde , se dirige en avant et en dedans , est formé de fibres parallèles qui , parvenues à l’angle rentrant du ihyroïde , s’y fixent en se confondant avec celles du. ligament opposé. Recouvert en dehors par le miiscle thyro-arylénoïdien , auquel il est uniet qu’il sépare du crico-aryténoïdien latéral , ce ligament répond , dans tout le reste de son étendue, à la membrane muqueuse, et se trouve logé^ dans l’inférieur des deux replis nommés cordes vocales. Le repli supérieur ne contient point de fibres dans sa duplicature.
Articulation arytènoidienne. La membrane du larynx et l’aryténoïdien sont les seuls moyens d’union des aryténoïdes entr’eux. Quelquefois cependant : j’ai observé un faisceau fibreux transversalement placé au-devant du muscle , et pouvant empêcher le trop
582 DÜ LARYN*
grand écartement cle ces cartilages ; mais le plus souvent ce faisceau manque.
Articulation thyro-épiglottique. L’angle aigu et allongé qui termine en bas l’épiglotte donne naissance à un faisceau fibreux et étroit , long d’un demi-pouce , qui, embrassé en devant par ce qu’on nomme la glande épiglottique, va se fixer à l’angle rentrant du thyroïde, au-dessus de la réunion des deux ligamens aryténothyroïdiens.
Articulation aryténo-épiglottique . Aucun corps fibreux n’unit l’épiglotte aux aryténoïdes. Seulement deux prolongemens muqueux très-considérables , formant principalement les parties latérales de l’ouverture supérieure du larynx, vont de la première aux seconds , et peuvent associer leurs mouvemens réciproques.
§ III. Muscles du Larynx.
Le larynx est mu par deux sortes de muscles. Les uns sont communs à lui et à d’autres parties ; les autres lui sont propres. Les premiers sont les sternothyroïdien , thyro-hyoïdien , constricteur inférieur, et de plus ceux qui s’attachent à l’os hyoïde , muscles dont les mouvemens se communiquent spécialement au larynx. Les seconds sont les crico-lhyroïdien, cricoaryténoïdien postérieur, crico-arylénoïdien latéral , tliyro - aryténoïdien et aryténoïdien : ces derniers seuls vont ici nous occuper.
Muscle crico-lkyroïdien. Mince , quadrilatère , situé en devant du larynx , souvent partagé en deux par une ligne graisseuse. Il s’insère sur les côtés et au - devant du cricoïde , se porte de là
obliquement en haut et en dehors jusqu’au bord inférieur du thyroïde, auquel se terminent les fibres internes , ainsi qu’un peu à ,sa face postérieure ; tandis que les externes, plus longues, s’attachent audevant de son prolongement inférieur. Il reste entre ces deux muscles un intervalle où se voit la membrane crico-thyroïdienne. Chacun correspond en devant au sterno-thyroïdien , et au constricteur inférieur , en arrière à la membrane ci-dessus , et au crico-aryténoïdien latéral.
Muscle crico - aryténoïdien postérieur. Mince , aplati, triangulaire, situé derrière le larynx. Il se fixe sur la surface qui est latérale à la ligne saillante postérieure du cricoïde. De là , ses fibres se portent , les supérieures , plus courtes , presque transversalement, les suivantes, plus longues, dans une direction déplus en plus oblique en haut et en dehors, jusqu’en arrière de la base de l’aryténoïde , où elles se terminent, par de courtes fibres aponévrotiques , entre le crico -aryténoïdien latéral et l’aryténoïdien. Il correspond en devant au cartilage cricoïde , et en arrière à la membrane pharyngienne.
Muscle crico-aryténoïdien latéral. Mince , aplati , allongé, quadrilatère, placé sur les côtés du larynx. Il s’implante sur les côtés du bord supérieur du c'ricoïde , se porte de là obliquement en arrière et en haut , et vient , par de courtes fibres aponévrotiques , se fixer en dehors et en devant de la base de l’aryténoïde. Il est libre en bas, uni et comme confondu en haut avec le thyro - aryténoïdien , séparé en dehors du thyroïde par du tissu cellulaire, revêtu en dedans par la membrane laryngée.
D ü LARYNX
Muscle thyvo-arjtênoïdien. Mince , aplati , de forme irrégulière , situé derrière le thyroïde. 11 s’insère près l’angle rentrant de ce cartilage, en bas de sa face postérieure, se porte de là en arrière et en dehors en se rétrécissant un peu , et vient s’insérer audevant de l’aryténoïde , au-dessus du précédent avec lequel il est intimement uni. il correspond en dehors au thyroïde , en dedans à la membrane laryngée.
Muscle arj'ténoidien. Petit faisceau charnu , mince et aplati, occupant en arrière l’intervalle des deux aryténoïdes , composé de fibres obliques dont les unes vont de la base du droit se rendre, en s’entre-croisant , au sommet du gauche , les autres suivent une marche inverse , et de fibres transversales qui s’implantent à la partie moyenne de tous deux. C’est ce qui avoit fait admettre deux aryténoïdiens obliques et un transverse. Quelques-unes des fibres obliques passent au-delà des aryténoïdes , et vont se perdre dans le repli de la membrane laryngée , qui forme l’entrée du larynx. L’aryténoïdien se trouve entre la membrane pharyngienne et la laryngée.
§ IV. Des Glandes du Larynx.
11 y a trois corps autour des organes du larynx auxquels les anatomistes ont donné le nom de glandes. Ce sont l’épiglollique , les aryténoïdes et la thyroïde.
Glande épiglottique. 11 reste au-devant et au bas de l’épiglotte un espace triangulaire borné en arrière par ce cartilage, en avant par la membrane thyro-hyoïdienne, en haut par la thyro-épigloltique, en bas par la réunion de l’épiglotte avec le thyroïde, sur les côtés
par les replis latéraux de la membrane muqueuse! qui tapisse les deux espaces restés entre les côtés du thyroïde et le cricoïde. Cet espace est occupé par un corps manifestement celluleux et graisseux dans sa plus grande partie, mais qui inférieurement recouvre de petits grains glanduleux , tantôt agglomérés, tantôt isolés, lesquels envoient sensiblement des prolongemens dans les trous dont est percée J’épiglotle. Ces prolongemens paroissent s’ouvrir sur sa surface laryngée, aux orifices qu’on y distingue. Quelquefois ces petits corps glanduleux sont tellement masqués par cette graisse jaunâtre , qu’on ne peut les distinguer. Dans tous les cas , la dissection permet de retirer de dedans les trous épiglottiques ces prolongemens, qui y laissent alors des espaces vides. J’ai compté jusqu’à trente de ces espaces que j’avois ainsi rendus libres. Tous les supérieurs contiennent de petits grains isolés et distincts de ceux de la glande épiglottique. En effet, celle-ci et son tissu cellulaire ne correspondent qu’à la moitié inférieure de l’épiglotte. Ces trous ont des grandeurs différentes. Lorsque l’épiglotte est bien exactement isolée de ces deux membranes , on voit qu’ils sont très-réguliers , à bords arrondis , qu’ils percent perpendiculairement et jamais obliquement ce cartilage.
Glandes aryténoïdes . Dans l’écartement du repli de la membrane muqueuse qui de l’épiglotte se porte aux aryténoïdes, on trouve un petit corps de nature évidemment glanduleuse , présentant de petits grains distincts, très-analogues à ceux qui composent la lacrymale, d’une couleur ordinairement grisâtre , mais cependant variable. Ce corps a la forme d’une équerre-
386 DU LARYffï
Sa branche perpendiculaire, arrondie, saillante sous le doigt lorsqu’on saisit le repli où elle se trouve , n’est point logée, comme on le dit , dans la concavité antérieure de l’aryténoïde; elle s’en trouve, au contraire, écartée par un petit espace triangulaire, en sorte quelle est libre dans le repli , surtout en haut. La branche horizontale côtoie le repli supérieur du ventricule laryngé, et se trouve même un peu logée dans son écartement. Elle se prolonge rarement jusqu’à son extrémité , et paroît toujours moins saillante que l’autre. L’endroit de leur réunion angulaire est au-devant de la base de l’aryténoïde. Les grains gl anduleux de ce petit corps , de forme irrégulière , paroissent avoir leurs excréteurs terminés sur les côtés de l’ouverture supérieure du larynx ; mais on ne voit point les orifices de ces conduits comme ceux des conduits précédons. Je remarquerai cependant que ce qui sert à distinguer ceux-ci, c’est que les endroits percés de l’épiglotte rendent transparente la membrane , ce qui fait d’abord croire à un orifice plus grand qu’il ne l’est ; car ce n’est qu’au milieu du point transparent qu’on voit en effet l’orifice , qui est très-petit et souvent à peine sensible.
11 paroît que les deux glandes aryténoïdes ne sont que des glandes muqueuses plus prononcées que ceii< s qui entourent le reste de la membrane laryngée, mais quelles ont absolument le même usage.
Glande thyroïde. La glande thyroïde est un de ces organes dont les usages nous sont absolument inconnus , quoique leur existence constante dans tous les âges, et le grand nombre de vaisseaux qu’ils reçoivent , ne permettent pas de douter qu ils n en
aient de très-importans. Placé immédiatement audessous et au-devant du larynx , cet organe doit être décrit à l’occasion de cette cavité , quoiqu’on ignore s’il a rapport aux mêmes fonctions, il fait naître, ainsi que la rate , les capsules surrénales, etc. , une réflexion que je crois très-importante ; savoir , que nos notions sur l’ensemble des fonctions sont nécessairement encore bien imparfaites , et que ce seroit se faire illusion que de croire embrasser d’un coup-d’œil général le plan de la nature , et en offrir le tableau dans nos classifications physiologiques. En effet , on ne peut douter que les fonctions inconnues de ces viscères ne soient liées à ce plan général , quelles n’en fassent essentiellement partie : or , qui sait si leur connoissance ne renverseroil point en partie nos idées actuelles , ou ne les modifieroit nas beaucoup ? Pourquoi la théorie du fœtus est-el le encore si obscure ? parce que plusieurs organes, qui se trouvent cbcz lui très-développés et très-actifs, nous échappent dans leurs fonctions , et qu’on peut difficilement s’élever à des résultats généraux là où tous les faits particuliers ne sont pas connus.
Le volume de la glande thyroïde est toujours assez considérable; mais il varie beaucoup suivant les individus. Je ne crois pas même qu’aucun organe présente des variétés plus fréquentes. J’ai cherché si ces variétés coïncidoient avec d’autres différences générales; je n’ai rien vu dans la stature du corps , dans le larynx, la trachée , les poumons, etc. , qui accompagnât constamment ces variétés de volume. La forme de cet oi.ga ne est assez constante, quoiqu’elle présente aussi plusieurs variétés particulières. Ainsi, par-tout il
est formé de deux portions distinctes , à-peu-près pyramidales , occupant les côtés du larynx et de l’extrémité supérieure de la trachée-artère , de maniéré que leur base épaisse se trouve inférieurement et en devant , tandis que leur sommet pointu est situé en arrière et en haut. L’étendue et la direction de ces deux portions latérales varient suivant les individus. Elles sont réunies en devant par une languette glanduleuse transversale que l’on trouve rarement la même sur deux sujets à-la-fois , qui tantôt a beaucoup d’étendue et d’épaisseur , tantôt est courte et extrêmement étroite , ailleurs présente un ou plusieurs tubercules distincts. Rarement elle manque , ce que j’ai vu cependant dans des sujets où il y avoit deux thyroïdes distinctes , une de chaque côté. Elle ne s’étend point au-dessus de la trachée-artère , en sorte que tout le larynx reste libre en devant , presque sous-cutané, et embrassé par la courbe que représentent les deux portions thyroïdiennes latérales unies par ce prolongement moyen.
En devant, la thyroïde répond aux peauciers, sternohyoïdiens, sterno-thyroïdiens et omo-hyoïdiens. En arrière et en dehors, elle appuie sur la colonne vertébrale , dont un tissu cellulaire fort lâche la sépare , et où, suivant son volume , elle cache ou laisse à nu les vaisseaux et nerfs qui s’y trouvent latéralement. Plus en dedans , elle recouvre les côtés des premiers anneaux trachéens, du cricoïde et du thyroïde, les muscles crico-thyroïdiens, thyro-hyoïdiens et constricteur inférieur. Enfin, tout-à-fait au milieu et sur le devant, elle cache les deux premiers anneaux seulebient. Un tissu lâche la sépare de toutes ces parties.
ET DE SES DÉPENDANCES.’ 58g
Ce corps n’a aucune membrane qui l’entoure. Un peu plus dense et plus serré qu’ailleurs , son tissu cellulaire extérieur semble bien lui former une enveloppe ; mais il est facile de voir qu’il n’est point organisé en membrane : c’est comme au pancréas et aux salivaires. Jamais ce tissu immédiatement extérieur à la glande ne se charge de graisse.
Le tissu propre de la thyroïde varie beaucoup en couleur et en densité; ilestsouventrougeetmême d’un brun obscur comme la rate, d’autres fois jaunâtre, grisâtre, plus ou moins mollasse ou compacte.il n’offre aucun état bien constant sous le rapport de sa densité , qui est cependant moins variable que sa couleur. Lorsqu’on divise la glande, on voit ce tissu propre disposé en forme de lobules distincts , comme dans lesautres glandes, et agglomérés en lobes plus ou moins volumineux. Celle agglomération n’est jamais aussi sensible que dans les salivaires, le pancréas, etc. , excepté cependant dans certains cas d'augmentation de volume sans altération organique , où l’on voit l’extérieur de la glande bosselé et inégal par la saillie différente de ces lobes. Dans lelat ordinaire , on peut les distinguer dans la dissection , parce que les gros troncs vasculaires rampent dans leurs intervalles , qui, presque effacés au premier coup-d’œil parce que les lobes sont pressés les uns contre les autres, deviennent apparens par le scalpel. Un tissu cellulaire fin , jamais chargé de graisse , très-peu abondant en comparaison de celui intermédiaire aux lobes des autres glandes, se trouve dans ces intervalles.
Les lobules thyroïdiens sont entremêlés , dans
P9° nu LARYNX
quelques sujets , de vésicules arrondies que remplit un (laide tantôt jaunâtre , tantôt transparent et incolore. L’existence de ces vésicules n’est point sensible dans le plus grand nombre : il est beaucoup de sujets chez lesquels on ne peut même en découvrir les traces ; phénomène qu’il faut probablement attribuer à leur affaissement produit par la diminution du fluide propre , sur la nature duquel on ne sait encore rien. Seulement en prenant des morceaux de thyroïde fraîchement coupés, on éprouve un sentiment de viscosité particulier , étranger au tact des autres glandes , et qui provient évidemment de ce fluide, En versant un acide sur des tranches de thyroïde , elles blanchissent un peu comme la plupart des autres organes , mais n’ont rien de particulier.
Quoique pourvue d’un grand nombre de vaisseaux , la glande thyroïde a moins de sang habituellement dans son système capillaire que le foie , le rein, etc. J’ai fait remarquer de combien ces deux glandes en restent pénétrées après la mort : ce corps, au contraire, n’en n’offre que très-peu quand on le coupe par tranches. 11 ne rougit qu’une ou deux fois l’eau de la macération , qui , rechangée une troisième fois , reste sans être teinte ; ce qui tient évidemment à ce que Je système capillaire est ici moins abondant : car ce n’est pas par les gros vaisseaux , où le sang est soumis à l’influence du cœur , mais par le système capillaire , qu’il faut juger de la quantité de sang séjournant habituellement dans un organe.
Comme la putréfaction gsç , en général , en raison de la quantité de sang qui reste dans les organes apres la mort , la thyroïde se pourrit moins facilement
ET DE SES DEPENDANCES. Sgi
que la plupart des autres glandes. Ses tranches desséchées sont grisâtres et friables. Exposées à la cochon , elles se crispent d’abord un peu avant l’ébullition, durcissent beaucoup en se racornissant comme presque tous les solides animaux ; mais au lieu de s’amollir ensuite, et de redevenir tendres , comme les muscles , les tendons, les aponévroses, etc. , elles continuent à durcir , comme les glandes , par une cochon prolongée. L’action des acides et des alcalis ne m’a rien offert de particulier sur le tissu propre de la thyroïde.
Avec quelque soin qu’on ait pu examiner cet organe , on n’y a point découvert de conduits excréteurs. Le fluide qu’il contient, le nombre étonnant d’artères qu’il reçoit , supposent , sans doute , qu’il sert à d imporlans usages , quoiqu’on pe puisse les déterminer. On a pensé qu'il fournissoit le mucus bronchique, mais sans aucun fondement solide , puisqu’on ne trouve pas de voie de communication. L'emphysème dont il devient quelquefois le siège ne prouve rien ; car l’air est contenu dans le tissu cellulaire qui entoure les lobules glanduleux , et s’y est introduit par suite de sa diffusion générale dans tout le tissu cellulaire du cou. Quand on plonge dans une partie quelconque de la thyroïde un chalumeau , et qu’on souffle avec force , le plus souvent elle s’enfle en totalité et présente ainsi un véritable emphysème artificiel. Cette expérience déjà faite m’a presque toujours réussi,* elle manque cependant dans certains sujets. L’air n’est point, comme on l’a dit, contenu alors dans les vésicules , mais bien dans les interstices cellulaires. 11 suit Je trajet des troncs vasculaires.
La thyroïde offre quelques différences suivant les
DU r.ARYNX
sexes. Plus volumineuse,1 en général, chez la femme , elle (ait en devant de chaque côté un peu plus de saillie , ce qui concourt à diminuer relativement celle du cartilage. Chez l’homme, au contraire, les deux parties latérales de la thyroïde, plus minces et plusaplaties proportionnellement , sont comme enchâssées sur les côtés du larynx , au-dessous de la ligne oblique externe que présente le cartilage thyroïde. Au reste , on trouve sur ces objets tant de variétés , que celle différence selon le sexe est souvent assez peu prononcée.
Les différences selon l’âge sont en petit nombre. La thyroïde a plus de volume proportionnel chez le fœtus et l’enfant que chez l’adulte. Sa saillie en devant est 1 lès-marquée dans le premier âge : en général, elle a à celte époque une couleur brunâtre et très-foncée. Mais il s’en faut de beaucoup que son excès de volume proportionnel soit comparable à celui que le thymus , les capsules surrénales , etc. , etc. , offrent alors , et il 11’est point même assez marqué pour que nous puissions croire que l’usage de la thyroïde soit spécialement relatif au fœtus, quoique plusieurs auteurs aient semblé le penser.
ARTICLE TROISIÈME
Du Larynx considéré en général.
§ Ier, Conformation générale.
T-iK larynx considéré en général est une cavité cartilagineuse, rendue mobile par l’action de divers muscles. Large en haut , rétréci en bas , il offre à l’extérieur une conformation qui n’est point en rap-
ET DE SES DÉPENDANCES. 5g5
port avec l’étendue de sa cavité. En effet, cette cavité, essentiellement formée par le cricoïde , les aryténoïdes et les portions membraneuses qui leur appartiennent , a par-tout un diamètre presque égal , et l’endroit où elle est le plus rétrécie pour l’ordinaire est la partie supérieure. Ceci tient à ce que nous avons déjà dit du thyroïde , qui protège le larynx plutôt qu’il ne le constitue , quoiqu’il soit essentiel à sa structure et à son action par l’attache qu’il fournit à quelques-uns de ses muscles et de ses Iraniens. On divise le larynx considéré en totalité en surfaces externe et interne , en extrémités supérieure et inférieure.
Surface extérieure du Larynx.
La surface extérieure du larynx , considérée en devant , offre, i°. sur la ligne médiane , la saillie de réunion des deux portions du thyroïde, saillie sensiblement éehancrée en haut chez l’homme surtout , puis l’intervalle membraneux qui sépare les deux crico-thyroïdiens , et au-dessous la convexité du cricoïde; 2°. sur les côtés, les deux surfaces que recouvrent les thyro-hyoïdiens , la ligne oblique externe, la surface triangulaire recouverte par le constricteur supérieur et terminée par le prolongement thyroïdien inférieur, au-dessous le crico-thyroïdien , qui ici recouvre presque entièrement le cricoïde. Considérée en arrière, la surface extérieure du larynx, plus déprimée au milieu que latéralement, présente, sur la ligne médiane la ligne saillante postérieure du cricoïde , sur les côtés la surface où s’attachent les crico-aryténoïtliens postérieurs , puis un espace triangulaire large
dît larynx
eîi haut, rétréci on bas, et rempli de tissu cellulaire plus ou moins graisseux; enfin, lout-à-fait en dehors, deux rebords arrondis plus saillans en arrière que le reste du larynx , bornant chacun de ces espaces, appartenant au thyroïde, et appuyant sur la colonne vertébrale de maniéré à laisser libre le mouvement des parties essentielles du larynx, des aryténoïdes surtout.
Surface intérieure du Larynx.
La surface intérieure du larynx , tapissée par-tout par Ja membrane muqueuse , peut se diviser en deux portions , l’une solide , l’autre mobile. La première est inférieure , arrondie , et formée en entier par l’anneau cricoïdien. Elle reste constamment dans les mêmes proportions, et n’offre aucun objet remarquable. La portion mobile est supérieure, formée en arrière par les aryténoïdes , en devant par le thyroïde et l’épiglotte , sur les côtés par les replis de la membrane muqueuse, qui des premiers vont au dernier de ces cartilages. Dans l'état ordinaire, elle est triangulaire, large en devant , rétrécie en arrière ; mais les mouvemens des aryténoïdes la font singulièrement varier.
L’endroit où ces deux portions du larynx se réunissent est remarquable par les deux replis membraneux que l'on a nommés ligamens de la glotte ou cordes vocales. Tous deux naissent de la base des aryténoïdes , se portent obliquement en devant et en dedans pour se réunir à l’angle rentrant du thyroïde , sous l’insertion du ligament de l’épiglotte. De celte disposition il résulte que la cavité du larynx forme dans cet endroit un trianerle dont la base est
yj , ,
en arrière et le sommet en devant ; ce qui est 1 in-
et de ses dépendances. 3g5
verse de celui quelle représente au-dessus. Ces deux replis sont d’une nature fort differente : le supérieur n’est presque qu’une duplicature membraneuse. Les fibres que revêt cette duplicature sont à peine sensibles , et ne méritent pas le nom de ligament. L’inférieur, outre le repli de la membrane , est formé par un ligament fibreux , dense , particulier , décrit plus haut sous le nom de thyro-aryténoïdien . L’intervalle que laissent enlr’eux ces deux replis de l’un et de l’autre côtés constitue les cavités que l’on nomme ventricules du larynx. Leur forme allongée en avant et en dedans correspond à la direction des replis dont nous avons parlé ; leur largeur est peu considérable de haut en bas. Souvent la mucosité est plus abondamment fournie dans cet endroit par la membrane, et s’y accumule momentanément. Quelquefois les corps étrangers accidentellement introduits dans le larynx s’enfoncent dans ces ventricules , ce qui augmente la difficulté de leur extraction. Les ventricules correspondent en dehors aux thyro-aryténoïdiens , ainsi que les replis laryngés supérieurs ; les. inférieurs séparent ces muscles des crico- thyroïdiens latéraux , lesquels complètent à l’extérieur l’espace qui sépare ces replis d’avec la circonférence du cricoïde.
La portion de cavité laryngienne comprise entre ces deux replis et les ventricules compose la partie essentielle de la glotte ; c’est là où les 50ns se forment, surtout au niveau des ligamens aryténo-thyroïdiens ; L ouverture du larynx y est presque étrangère. La partie postérieure de la glotte est formée par l’écartement qui sépare la saillie antérieure de la base d’une aryténoïde de celle du côté opposé.
Extrémités du Larynx.
L’extrémité inférieure du larynx, formée par la circonférence inférieure du ericoïde , est un peu plus saillante en arrière qu’en devant. Elle est unie au premier anneau de la trachée-artère , par une membrane fibreuse semblable à toutes celles qui unissent les cerceaux entr’eux. Quelquefois , comme nous l’avons dit , elle se continue immédiatement avec le cerceau , qui ne forme alors avec le ericoïde qu’un seul cartilage. En arrière , la membrane trachéale postérieure s’y attache.
L’extrémité supérieure , beaucoup plus évasée que la précédente , est formée, en devant et sur les côtés, par le bord supérieur du thyroïde. Ce bord est uni à l’os hyoïde, qui se trouve au-dessus , par une membrane lâche et molle nommée thyro-hyoidienne, d’une étendue assez considérable , plus épaisse en devant qu’en dehors , peu sensiblement fibreuse , et plutôt celluleuse dans sa structure. Recouverte en dehors par les thyro-hyoïdiens , sous-cutanée en devant , elle répond en arrière à l’épiglotte, dont la sépare la glande épiglottique , et ensuite un peu de côté à la membrane laryngée , à laquelle elle est collée. Plus courte au milieu que latéralement , cette membrane détermine , quand , dans un larynx séparé , on écarte le plus possible du thyroïde l’os hyoïde , une disposition oblique telle , que les parties latérales et postérieure de celui-ci sont beaucoup plus élevées que son milieu : d’où il résulte que la base de la langue, a laquelle l’hyoïde sert de support , peut s’élever bien davantage sur les côtés que sur la ligne médiane , ce
ET DE SES DÉPENDANCES. 5g 7
qui concourt à former la gouttière le long de laquelle glissent les alimens en tombant dans l’oesophage. Aux deux extrémités du bord thyroïdien, d’où naissent les prolongemens supérieurs , on trouvé pour moyen d’union de ces prolongemens avec l’os hyoïde, un ligament assez long , dense , arrondi , continu avec la, membrane précédente en devant , et renfermant pour l’ordinaire un ou deux grains cartilagineux ou osseux irrégulièrement disposés. La longueur oie ce ligament, plus celle du prolongement thyroïdien supérieur, mesurent en arrière la plus grande distance de l’hyoïde au cricoïde , où cette distance est presque double de l’antérieure.
Derrière le bord thyroïdien et au-devant de l’épiglotte, est un espace triangulaire qu’occupe la glande épiglottique et son tissu cellulaire graisseux. Cet espace est borné en haut par le repli de surface muqueuse qui , de la base de la langue , se porte à l’épiglotte , et de plus , par une espèce de membrane'" fibreuse , immédiatement subjacente à ce repli et supérieure à la glande. Cette membrane , plus marquée au milieu que sur ses bords , s’implante à toute la concavité de l’hyoïde , en formant un angle droit avec la précédente , et vient de là s’attacher à la partie moyenne de l’épiglotte , sous l’endroit où la surface muqueuse se replie sur elle.
Derrière cet espace , on voit l’épiglotte plus ou moins saillante suivant les individus , et qui borne l’ouverture supérieure du larynx. Cette ouverture est improprement nommée la glotte par quelques anatomistes ; car elle est presque étrangère à la production de la yoix. Formée en avant par l’épiglotte ,
-Dû LARYNX
elle l’est en arrière par les deux aryténoïdes , et en dehors par deux replis de la surface muqueuse qui sè prolongent entre les cartilages. La largeur de l'épiglotte étant toujours la même, tandis que les aryténoïdes sont susceptibles de divers mouvemens, elle change moins de dimensions en avant qu’en arrière. Elle a , dans 1 état ordinaire , la forme d’un triangle dont la base est en devant et Je sommet en arrière. Sa direction est tin peu oblique en arrière et en bas, vu l’élévation de l’épiglotte au-dessus du niveau du larynx.
§ II. Membrane laryngée.
L’intérieur du larynx est revêtu par une membrane muqueuse qui vient de la bouche , et qui est un prolongement de celle commune aux organes respiratoires et digestifs. Elle part de la base de la langue, se porte en arrière sur la surface antérieure de l’épiglotte , forme , en passant de l’une à l’autre , les trois replis dont nous avons parlé , se réfléchit sur le bord libre de ce fibro-cardlage , et vient tapisser la surface laryngée. Parvenue à la base de l’épiglotte , elle se continue au milieu dans l’intérieur du larynx , tandis que, de chaque côté , elle se porte directement en arrière jusqu’aux cartilages aryténoïdes , libre dans ce trajet, et répondant seulement aux thyro-aryténoï diens. Sur le rebord postérieur de l’ouverture laryngée , elle se continue avec la membrane du pharynx. Parvenue dans la cavité du larynx , et vers la base des aryténoïdes , elle forme de chaque côté un premier repli horizontal dirigé obliquement en avant jusqu’à l’angle rentrant du thyroïde, auquel il se fixe
et de ses dépendances. 3gg
•on s’unissant à celui du côté opposé. Au-dessous, elle tapisse la cavité de chaque ventricule, forme ensuite un repli nouveau qui la borne en bas et qui embrasse le ligament thyro-aryténoïdien , se prolonge de là dans toute l’étendue du larynx , tapisse le cartilage cricoïde , la membrane crico-thyroïdienne , et . va se continuer dans la trachée-artère.
Dans toutes ces parties , la membrane muqueuse offre une couleur rose pâle qui la distingue de celle de la bouche , dont elle est la suite , et qui est plus rouge , dans le plus grand nombre des sujets au moins ; car rien n’est plus variable que les nuances des surfaces muqueuses. La densité de celle-ci est assefc grande : elle la doit , au niveau des cartilages , au périchondre avec lequel elle s’unit , ce qui en ces endroits en fait une membrane fibro- muqueuse , moins prononcée cependant que la pituitaire. Ailleurs elle est lâche, moins dense , plus mince. Elle est sensiblement percée de plusieurs trous sur la face laryngée de l’épiglotte ; ces trous paroissent être des orifices de conduits excréteurs. Les glandes muqueuses sont apparentes en divers points au-dessous d’elle , indépendamment des corps particuliers dont nous allons parler. Les papilles y sont peu marquées ; on les y cherche même presque inutilement dans le plus grand nombre des sujets. A-t-elle par- tout exactement la mçme organisation ? je l’ignore ; mais ce qu’il y a de certain, c’est que sa portion qui forme l’ouverture supérieure du larynx est soumise à une espèce particulière d’engorgement séreux , qui ne se manifeste en aucun autre endroit , et qui , épaississant beaucoup ses parois , suffoque souvent en très-peu
4°° DW LARYNX
de temps les malades. Les auteurs ont indiqué les symptômes de cette angine particulière ; mais ils ne connoissent pas l’état anatomique que présentent alors les parties.
Le système capillaire de celte surface muqueuse est moins prononcé que dans beaucoup d’autres : de là sa moindre rougeur. Sous le rapport de cette rougeur-, . elle tient le milieu entre les surfaces très-rouges , comme celles de la bouche , de l’estomac , etc. , et celles qui sont blanches , comme dans les sinus , dans la vessie , etc. La sensibilité animale , très-vive depuis l’ouverture supérieure jusqu’à la glotte , est sensiblement moindre en bas : aussi , en ouvrant la membrane crico-thyroïdienne , et en fixant une canule dans la fente , le malade souffre bien moins qu’à l’instant où un corps étranger s’engage dans l’ouverture laryngée supérieure. Cette sensibilité en rapport avec le contact de l’air n’est point mise en jeu par ce contact ; elle est puissamment excitée par les vapeurs dont il est chargé , pour peu quelles soient âcres.
ARTICLE QUATRIÈME
Mécanisme du Laiynoc.
X jES mouveraens du larynx sont généraux ou particuliers.
§ Ier. Mouvemens généraux.
Les mouvemens de totalité ont lieu , i°. dans la déglutition, 2°. dans la prononciation des sons. Dans le premier cas, le larynx est éleyé et porté en devant
ET DE SES DÉPENDANCES. 4oi
à l’instant où les alimens franchissent l’isthme clu gosier , ce qui agrandit en haut le pharynx , dont la paroi antérieure tient à cette cavité. Ce mouvement d’ascension est déterminé par les muscles qui agissent sur l’os hyoïde, lequel tient au thyroïde, comme je l’ai dit. On sent facilement ce mouvement en plaçant, pendant la déglutition, la main sur la saillie thyroïdienne. Cette fonction est devenue très-difficile , presque impossible même dans les chiens auxquels j’ai assujetti le larynx par deux petites ficelles passées en haut dans des trous faits au cartilage thyroïde préliminairement mis à découvert , et fixées en bas à un bandage de corps ; celui-ci servoit en même temps d’attache à d’autres liens destinés à retenir la tête en arrière , afin que le chien ne pût fléchir le cou en devant , et relâcher ainsi les deux petites ficelles qui empêchoient l’ascension du larynx. J’ai fait cette expérience avec d’autres qui avoient la voix pour objet , et dont je vais bientôt rendre compte.
Dans la production des sons aigus , le larynx monte sensiblement ; on sent cette ascension, qui est graduée suivant les tons , en plaçant la main sur le thyroïde , pendant qu’on chante la gamme. Dans les sons graves , au contraire , il y a une dépression sensible. Ces deux mouvemens sont nécessairement accompagnés , le premier d’un allongement , le second d’un raccourcissement de la trachée-’artère ; double état qui détermine dans ce conduit, d’une part, un rétrécissement , de l’autre un élargissement assez manifestes. Tous les auteurs ont remarqué ces différences dans la trachée-artère, suivant la production des sons graves ou aigus. Quelques-uns ont cru même quelles en n. 26
étoient la cause; mais il est évident que si elles ont sur ces sons quelque influence, celle-ci est peü. marquée, et que sans doute même elles ne sont que des efl’ets des mouvemens du larynx que la trachée accompagne toujours.
Quel rapport y a-t-il entre les sons et les mouvemens de totalité du larynx ! Je ne l’expliquerai pas ; il faut se borner sur ce point à l’observation. J’observerai seulement que ces mouvemens sont étrangers à la force ou à la foiblesse des sons , qu’il faut bien distinguer de leur gravité ou de leur acuité. J’ai entendu des sons très-forts sortir d’un larynx fixé en bas et rendu immobile , dans les expériences dont je vais parler. D’ailleurs, on peut s’en assurer sur soimême. Tant que la voix reste au même ton , le larynx ne bouge pas , quelle que soit la force ou la foiblesse de celle-ci.
§ II. Mouvemens particuliers du Larynx.
Tous ces mouvemens se rapportent spécialement à Iri glotte , et ont pour agens les muscles décrits plus haut , ainsi que les cartilages aryténoïdes, qui sont très-mobiles à cause de cela dans leurs articulations. Pour bien examiner cesmiouvemens et leur rapport avec la voix , rapport qu’aucun auteur n’indique d’une manière précise , j’ai tenté les expériences suivantes.
i°. J’ai fait sur plusieurs chiens une plaie transversale entre l’os hyoïde et le cartilage thyroïde , en intéressant la peau , les thyro-hyoïdiens , Ja membrane de même nom , et la glande épiglôttique. Parvenu
ainsi à l’épiglotte et au repli delà membrane muqueuse, qui de ce cartilage s'étend aux aryténoïdes, j’ai laissé un peu reposer les animaux , afin de donner au sang le temps des’arreter. Pendant cet intervalle , je voyois, à chaque inspiration et expiration un peu fortes , la membrane se gonfler et se présenter sous forme de vésicule , comme celle qui sort quelquefois sur les côtés de la tête des grenouilles. La voix n’a nullement été altérée par celle première expérience. Le sang ne coulant plus ou presque plus, j’ai ouvert le repli indiqué , ainsi que la portion membrane, use qui de la languese pojrteà l’épiglotte. Parla j ai eu au-dessus de la glotte une fente transversale communiquant au dehors , et à travers laquelle j’ai fait sortir l’épiglotte accrochée avec une érigne. Je eroyois que les sons ne traversant plus la bouche ni les' fosses nasales , mais directement la plaie extérieure , alloient tout-à-coup changer de timbre. J’ai été étonné d’entendre que ce changement étoit presque nul : ils sont restés tout aussi forts , et ont peu changé de caractère. 11 pst vrai que ce n étoit point l’aboiement , mais ce cri particulier aux chiens lorsqu’ils souffrent dans nos expériences. En mettant une lumière devant les fosses nasales, je me suis assuré que presque point d'air n’y passoit ; la bouche étoit d’ailleurs serrée; avec une corde. Mais comme, malgré la plaie extérieure, la résonnance pouvûit toujours se faire dans les cavliés palatines et nasales , j’ai tiré un peu plus fortement lepiglotle avec l’érigne , de manière à amener la glotte cntie les bords de la plaie , et à empêcher tonte espece de direction des sons vers ces deux cavités : la voix est toujours restée la même , en irritant
l’animal pour le faire crier. J’ai fait alors un petit trou à l’épiglotte , j’y ai passé une petite ficelle , que j’ai ensuite fixée autour du cou, de manière à retenir toujours la glotte en devant à travers la plaie. Plusieurs chiens ont ainsi passé une et même deux nuits , pendant lesquelles leurs cris ont été si forts , que le domestique de l'amphithéâtre a été obligé de les éloigner de la chambre ou il couchoit. Ces animaux vivent plus ou moins long-temps avec cette ouverture , en criant toujours par elle quand on les irrite. Une fois , un de ceux soumis à cette expérience est mort le lendemain d’une angine séreuse exactement analogue à celle qui suffoque tout-à-coup les malades, et qui a son siège dans les deux replis de membrane muqueuse étendus entre les aryténoïdes et l’épiglotte.
Il résulte de ces premières expériences , d’abord que si beaucoup de modifications de voix appartiennent au nez et à la bouche , la voix brute elle-même est entièrement formée dans la glotte , quoique cependant son timbre change un peu chez l’homme dans le nez , comme on le voit en bouchant les ouvertures antérieures des fosses nasales. Il est évident ensuite que l’épiglotte est nulle dans la production de la voix, puisqu’étant tenue renversée et immobile par la petite ficelle qui la fixoit en bas , les sons ont continué à être rendus : on peut même , dans cette expérience, la retrancher totalement dans sa partie supérieure , sans changement des phénomènes.
2°. J’ai poussé plus loin ces essais pour bien connoître les mouvemens de la glotte. Il étoit connu, et je me suis encore assuré qu’en ouvrant la trachee
et DE SES DÉPENDANCES. 4°5
dans un point quelconque , pour donner passage à l’air ou encore en fendant la membrane crico-thyroïdienne , la voix se perd , à moins que , l’ouverture n étant pas suffisante , il ne passe encore de l’air par la «lotte; ce qui prouve sans répliqué que c’est à cette ouverture que naissent les sons. JMais ou sont— ils produits ? Est-ce exclusivement à la glotte , ou les replis muqueux de l’ouverture du larynx y concourent-ils aussi? Voici ce qu’on aperçoit : toutes les fois que l’animal rend un son , la glotte elle-mêmese resserre, et cela d’autant plus sensiblement que ce son est plus fort. Quant aux replis muqueux qui la surmontent , ils restent écartés ; quelquefois cependant ils se rapprochent, mais toujours ils sont étrangers a la voix. Eli fendant leur bord supérieur , celle-ci reste la même. Le resserrement de la glotte a toujours lieu à un degre quelconque pendant la .production des sons; jamais je ne l’ai vue se dilater alors. On observe même sensiblement que ce resserrement a lieu à chaque expiration où. aucun son n’est produit , et qu’au contraire la glotte se dilate à chaque inspiration : cela a été constant sur tous les chiens soumis à mes expériences. L’homme a la faculté de rendre pendant l’inspiration des sons qui prennent alors un timbre tout particulier. Cela tient probablement à ce qu’alors il fait , contre l’ordre ordinaire, coïncider le resserrement de la glotte avec le mouvement inspiratoire.
Pour mieux examiner l’influence de la glotte dans la production des sons , j’ai coupé le sommet des aryténoïdes avec de petits ciseaux : la voix a été un peu altérée. Elle a cessé lorsque ces cartilages ont été divisés dans leur milieu.
nu LÀRYKX
4°. Le cartilage thyroïde ayant été fendu longitudinalement , elle a cessé aussi. En réfléchissant aux connexions de ce cartilage avec les replis et le ligament delà glotte, et avec le ligament inférieur de l’epiglôlte, on voit que l’opération indiquée- par Desault dans la bronchotomie faite pour extraire un corps étranger , ne doit pas être sans iecoméniens pour la voix , à cause de la cicatrice où les parties conservent rarement leur disposition primitive d’une ma-
nière exacte ; considération qui est, au reste, de peu d’importance en comparaison de l’urgence des cas où la section du thyroïde peut être indiquée.
5°. Toutes Ces expériences ont été faites le larynx étant resté en place , tenant sur les côtés à l’os hyoïde qui lui commuriiquoit encore des mouvemens de totalité, et s’en trouvant seulement isolé en devant et en haut par la section de la partie moyenne de la membrane thyro-hyoïdienne. J’ai voulu ensuite séparer entièrement cette cavité de l'os hyoïde , afin de pouvoir mieux examiner ses mouvemens. Cet isolement est difficile à cause de l’hémorrhagie. Je l’ai fait cepençiani , et la voix a cessé presque entièrement , quoique la glotte lut intacte : ce que j’attribue à la section des nerfs laryngés. Quelques foi b les sons sortoiénl encore quand on irritoit l’animal , et toujours alors la glotte se resserrôit un peu. Même phénomène à chaque expiration , et phénomène inverse dans l’inspiration.
\01la quelques essais pour servir à l’histoire de la yoix ; la plupart confirment ce que la théorie des livres nous apprend. On y voit la glotte être le siège essentiel de la production des sons, et sc resserrer toujours plus
ou moins à l’instant où ils sont produits. L’aryténoïdienest le grand agent de ce resserrement lorsqu’il a lieu dans le sens transversal , comme on le voit presque toujours. Quand il se fait d’avant en arrière , ce que j’ai observé aussi, les aryténoïdiens latéraux et les thyro - aryténoïdiens le produisent conjointement avec les crico-thyroïdiens , par l’espèce de bascule que ces derniers font exécuter au thyroïde. J’avoue cependant que celle bascule est difficile à bien concevoir ; on ne la voit point sur les chiens en mettant le cartilage à découvert. Peut - être meme les crico-thyroïdiens ne servent-ils qu’à fixer le thyroïde , pendant que les thyro - aryténoïdiens y prennent leur point fixe.
Les crico-aryténoïdiens postérieurs sont les seuls agens de la dilatation de la glotte : d’où l’on voit que les puissances du resserrement sont bien supérieures et bien plus variées ; ce qui a rapport à ce que j’ai observé dans mes expériences , savoir , que ce resserrement a toujours lieu pendant la production des sons , soit dans un sens , soit dans’ un autre , et souvent dans tous les deux en même temps.
Quand les tliyro-arylénoïdiens et crico-aryténoïdiens latéraux d une part , et les crico-aryténoïdiens postérieurs d’autre part , agissent simultanément , le ligament thyro-aryténoïdien est fortement tendu ; il peut vibrer; mais l’inspection ne m’a rien appris sur ces vibrations, qui cependant sont très-probables. Elles peuvent avoir lieu dans le rétrécissement transversal de la glotte, lorsque l’aryténoïdien et le crico-aryténoïdien postérieur combinent leur action , cas où le li~ gainent ci-dessus est tendu. Dans le resserrement
d’avant en arrière de la glotte , on les conçoit difficilement , vu le relâchement de ce ligament.
Au reste , je crois que l’explication de la productions des sons graves et aigus sera long-temps encore un objet de théorie , attendu que les animaux soumis aux expériences que je viens d’indiquer ne rendent que des sons plus ou moins forts , plus ou moins foihles , et qui toujours sont étrangers à des gradations harmoniques. Mais au moins on peut affirmer que plus la voix est forte et éclatante , plus la glotte se rétrécit, soit transversalement, soit d’avant en arrière j qu’au contraire plus elle est foible et devient basse , moins cette ouverture s’éloigne de l’état où elle se trouve dans l’inspiration. Or , on sait que la force ou la foiblesse sont totalement différentes delà gravité ou de l’acuité des sons. Un son grave ou aigu peut rester tel , qu’il soit fort ou foible. Est-ce que la largeur plus ou moins grande de la glotte est surtout relative aux deux premières modifications de la voix, tandis que les vibrations du ligament aryténo-thyroïdien ont plus spécialement rapport aux deux dernières? C’est un objet intéressant de recherches ; je serois assez tenté de le penser. Les physiologistes , en distinguant ces modifications, ne les ont point assez isolées dans leurs théories sur la production des sons.
Bien certainement la force et la foiblesse des sons ne tiennent point au même mécanisme que leur gravité et leur acuité , puisque ces deux choses peuvent se séparer. On rend des sons graves ou aigus à voix basse comme à voix haute : on peut s’en assurer eu fredonnant un air de la première manière. Or , il est
évident que la tension plus ou moins grande du ligament aryténo-thyroïdien peut coïncider, d’après le mécanisme de la glotte , avec l 'élargissement ou le rétrécissement de cette cavité. Pour cela il suffit que le crico-aryténoïdien postérieur ne combine pas ou combine son action avec l’aryténoïdien.
Certainement la quantité plus ou moins grande d’air rejetée par l'expiration est pour beaucoup dans la production des sons forts ou foibles ; mais mes expériences mettent hors de doute que les états divers de la glotte y contribuent aussi.
ARTICLE CINQUIÈME
Développement du Larynx .
Les différences du larynx suivant les âges ne sont pas moins marquées et moins tranchantes que celles suivant les sexes dans l’âge adulte. Ces différences se rapportent à deux périodes principales, savoir, aux années qui précèdent la puberté et à celles qui la suivent ; car c’est spécialement aux environs de celte époque que s’opèrent les grands changemens dans l’organisation laryngée , laquelle suit en partie sous ce rapport le développement des parties génitales.
On n’observe aucune distinction , chez le foetus et chez l’enfant, entre le larynx de l’un et de l’autre sexes. Cette distinction appartient toute entière à l’époque dont nous avons parlé; jusque là , même volume , mêmes formes arrondies , même défaut de saillie , etc. Cet organe est alors beaucoup moins développé proportionnellement dans l’un et l’autre sexes , dans l’homme surtout , qu’il ne le sera par la
DU J.ÀKYNX
suite. Cela est frappant en examinant l’os hyoïde qui le surmonte , et qui déjà très-formé relativement à l’àge , fait plus de saillie qu’il ne doit un jour en offrir. Il s’avance en devant du larynx , tandis que dans l’adulte c’est le larynx qui proémine plus que lui , chez l’homme surtout. Ce volume de l’os hyoïde tient au développement précoce de la langue , à laquelle il sert de base.
Le carldage thyroïde n’a presque point d’angle saillant en devant chez l’enfant : il est arrondi dans ce sens , évasé à-peu-près comme chez la femme , quelque soit alors le sexe. Rien de particulier ne se remarque sur le cartilage crieoïde. En arrière , toutes les parties du larynx présentent la même disposition que dans la suite , sauf la différence de volume proportionnel.
Il paroît que c’est à celte petitesse et à celte unité de conformation dans le larynx du fœtus et de l’enfant de l’un et l’autre sexes, qu’est due la nature particulière de la voix. A cette période de la vie, on remarque, i°. que son timbre est grêle; 2°. qu’il a une uniformité assez constante quel que soit le sexe. Si on observe une différence , elle n’est point la même que celle qui distingue par la suite la voix male de l’homme , de la voix délicate de la femme.
A mesure que l’accroissement fait des progrès , le larynx parvient à l’état dans lequel nous l’avons trouvé chez l'adulte. Cependant il est incontestable qu’il ne suit point dans son accroissement la même proportion que beaucoup d’autres organes. Je lai vu chez Jes enfans de six mois égaler celui des enfans de deux ans. Dans les amphithéâtres, on peut faire lacile-
ment ces comparaisons , que quelques auteurs ont déjà indiquées avant moi , et qui offrent un résultat constant. Quelquefois dans un enfant de trois ans > le larynx est plus petit que dans un autre d’un an , tandis que dans la stature des deux il y a proportion exactement relative à l’âge.
A l’époque de la puberté , on remarque dans les fonctions du larynx un changement presque subit , ou au moins beaucoup moins progressif que celui qu’on avoit pu observer jusque la. Ce changement prouve que l’état organique de cette cavité en subit un semblable , et que son développement se fait alors avec plus de rapidité. En effet, il survient en même temps dans les fonctions génitales une révolution semblable : or, elle est évidemment due au développement presque subit et à l’énergie de nutrition qu’acquièrent leurs organes. Cescbangemens sont plus remarquables dans l’homme que dans la femme, attendu que chez celle-ci le larynx reste bien plus petit que chez le premier , après la puberté.
Cependant il est difficile de croire que la nutrition des cartilages , organes essentiellement lents dans leur mode de vitalité, s’accommode à la rapidité qu’offre souvent le changement de la voix à l’époque de la puberté. C est principalement sur les muscles et sur la surface muqueuse que portent ces révolutions subites ; les cartilages ne se mèttent quepeu à peu en proportion avec les premiers. Cela est si vrai , que souvent la voix conserve pendant six mois et plus un timbre particulier , qui n est ni celui de 1 enfance qui a précédé , ni celui de 1 âge adulte qui doit succéder. Certaines parties du larynx t celles a vitalité plus active , ont cru
plus vite que les autres : il y a de la discordance entr elles , jusqu’à ce qu’elles soient de niveau dans leur nutrition. Alors seulement la voix a acquis le timbre qu’elle gardera toujours.
Au-delà de la puberté , le larynx n’éprouve plus de changement bien marqué -, ses formes vont seulement toujours en se prononçant davantage ; sa saillie thyroïdienne devient plus grande chez l’homme.
Chez le vieillard , les cartilages continuant toujours à se pénétrer de phosphate calcaire, finissent par égaler les os en dureté. C’est le thyroïde où se manifeste surtout cet état , puis le cricoïde et les aryténoïdes. Le fibro-cariilage épiglottique en est presque constamment exempt , à cause de son mode particulier d’organisation qui le rapproche de ceux du nez, des oreilles , etc. Je ne l’ai jamais vu même avec un noyau osseux , disposition favorable à ses fonctions qu’il ne ppurroit remplir s’il perdoit sa souplesse. La voix change constamment chez les vieillards ; elle devient (bible , cassée. Cela tient à la foiblesse des muscles laryngés , à la rigidité des ligamens articulaires des cartilages : c’est le même phénomène que celui qu’offre la locomotion à cette époque.
Quand on retranche les testicules , la voix de 1 homme prend bientôt un timbre tout différent , et qui se rapproche de celui de la voix de la femme. Survient-il alors un changement d’organisation dans le larynx ? Je n’ai jamais eu occasion de disséquer des eunuques.
appareils
des sensations.
Nous avons terminé l’exposition des appareils par lesquels l’homme communique volontairement avec ce qui l’entoure. Par la voix, il établit ses relations avec ses semblables ; par la locomotion , il les établit avec les choses. L’une est l’agent de ses communications intellectuelles , l’autre de ses communications matérielles. La première fixe surtout , parla modification quelle prend dans la parole , l’immense intervalle qui le sépare des animaux. La seconde l’en distingue moins , quoiqu’elle .marque aussi les progrès de son intelligence. Voyez-les, en effet, l’une et l’autre présidées seulement par l’instinct des animaux : la voix n’est alors qu’un son uniforme plus ou moins harmonieux , et qui n’a rapport qu’à un besoin physique. Plus étendue , la locomotion est cependan t circonscrite dans des bornes qu elle ne franchit point. Un mode de course , de saut , de préhension des alimens est attribué à chaque espèce , et chaque espèce ne dépasse point ce mode. L’homme a sans doute aussi un son de voix propre , et certains mouvemens uniformes déterminés par une sorte d’instinct ; mais l’intelligence qu’il a de plus que cet instinct lui a fait perfectionner à l’infini ces deux modes de communication , le premier surtout , qui est le thermomètre véritable dont les degrés divers ont marqué ceux du perfectionnement de ses facultés intellectuelles.
Ce double moyen de communication est mis sans
4t4 CONSIDERATIONS sur des appareils cesse en jeu par l’action cérébrale ; mais celle-ci a besoin d’être elle-même excitée : or, ses excilans naturels .sont les sens , agens par lesquels les choses environnantes agissent sur l’homme. Ils sont à la locomotion et à la voix ce que le pendule d’un horloge esta l’aiguille qui tourne ; c’est d’eux que part le principe du mouvement. Entre eux et les organes locomoteurs, il y a l’action intermédiaire du cerveau et dé lame, comme entre le pendule cl l’aiguille il y a le rouage intermédiaire de l’horloge. Nous allons parler de ces organes sensitifs , qui ouvrent pour ainsi dire la série des fonctions de la vie animale , et dont j’examine pour cela en premier lieule mécanisme dans mes cours de physiologie.
Les organes destinés à recevoir l'impression des agens environnans sont tous placés à l’extérieur du corps , et lui forment une enveloppe sensitive , essentiellement différente sous ce rapport de lenveloppe des corps inertes. Tous sont symétriques, comme les organes de la vie animale , soit que, placés sur les côtés de la ligne médiane, ils soient pairs , soit que , situés dans son trajet , ils se présentent impairs. On peut , comme Buisson a lait dans sa thèse , les diviser en trois classes , par rapport à Janaturede leurs fonctions.
Dans la première classe se rangent l’œil et l’oreille, agens de sensations purement intellectuelles , et qui ne s’allient qu’indirectement auxidéesde la matière. 1. un et l’autre de ces organes ont cnlr’cuxctlccorpsqui agit sur eux, un agent intermédiaire : aussi s’exercent-ils a des distances très-grandes. L’homme est par eux 1 habitant d’un espace très-étendu, tandis que par les autres sens il n’esl que l’habitant du lieu où il se trouve.
DSS SENSATIONS.' 4^
Ces deux sens appartiennent essentiellement et exclusivement à la vie animale.
L’odorat et le goût, qui'se trouvent dans la seconde classe , dépendent bien aussi de cette vie ; mais ils semblent être aussi dans le domaine de l’organique. Ils commencent les fonctions digestives , en même temps qu’ils nous donnent des sensations. Ils sont parmi les organes sensitifs le lien de l’une et de l’autre vies , comme parmi les organes locomoteurs j’ai démontré que les muscles pectoraux et abdominaux mettent la vie organique dans la dépendance de l’animale.
Le toucher forme à lui seul une classe. En effet, il offre un caractère particulier , celui de s’exercer toujours consécutivement aux autres , d’aller chercher les sensations, qui viennent, au contraire , chercher les autres. Nous touchons les objets parce que nous les avons vus , sentis, entendus, goûtés, etc. Par laies notions préliminairement acquises sont confirmées. Ce sens est purement volontaire ; il ne s’exerce qu’en vertu d’une espèce de réflexion : aussi sa perfection est toujours en raison du degré de l’intelligence. Sous son rapport, l’homme est supérieur à tous les animaux. Il n’exige point une structure particulière , un mécanisme propre dans l’organe qui l’exécute ; il ne faut dans cet organe que la sensibilité animale , plus une forme mécanique propre à embrasser en divers points les corps extérieurs. Les surfaces muqueuses pourroient servir au toucher si elles revêtoient les doigts, ainsi que tout autre organe sensible et membraneux. Au contraire, une surface muqueuse tapissant le fond de l’œil ne pourroit recevoir l’impression des rayons lumineux.
LiES yeux , organes immédiats de la vision , sont placés, ainsi que leurs accessoires , dans deux cavités profondes destinées à les protéger , et situées sur les côtés du nez , sous le Iront, au-dessus des joues et de la mâchoire supérieure. Ces cavités, nommées orbites, ont , comme je l’ai dit ailleurs, une forme pyramidale et quadrangulaire , une direction oblique en avant et en dehors , depuis leur sommet jusqu’à leur base. Leur grandeur , peu variable suivant les individus , presque toujours indépendante delà stature, est bien supérieure à celle de l’œil , lequel devant exécuter des mouvemens étendus , est toujours environné d’une quantité considérable de graisse qui remplit avec les muscles , les vaisseaux et les nerfs, l’excédant de la capacité orbitaire. Entièrement osseux postérieurement , communiquant seulement ave cle crâne par deux ouvertures , les orbites sont formés dans leur portion antérieure par les paupières , voiles mobiles destinés à protéger l'œil , à en régler les mouvemens , et à en diriger l’action.
ARTICLE PREMIER
Des Paupières .
§ Ier. Conformation générale.
Les paupières commencent supérieurement au-dessous de deux légères éminences cutanées nommées
de l’oeil et de SES DÉPENDANCES. 417 sourcils. Ces éminences recourbées sur elles-mêmes, plus saillantes en dedans qu’en dehors, étendues dans le sens transversal sur la portion frontale de la base orbitaire, sont recouvertes de poils courts, à direction oblique de dedans en dehors , plus nombreux dans le premier que dans le second sens , plus roides , mais de même couleur que les cheveux , plus épais com-r munément chez les bruns que chez les blonds. Les sourcils sont formés, i°. par une couche dermoïde assez épaisse et qui se replie un peu en cet endroit, 20. par une couche celluleuse et graisseuse., S°. par un muscle fort court déjà décrit sous le nom de sourcilier , lequel les fronce ou les épanouit , selon que nous voulons garantir l’œil ou le mettre à découvert , exprimer les passions tristes ou les passions gaies.
Les paupières finissent en bas au niveau de la base de l’orbite, et n’offrent dans ce sens aucune limite qui les sépare sensiblement , comme en haut, d’avec la joue.
Leur étendue transversale est marquée par lesportions temporale et nasale du rebord orbitaire.
Il y a deux paupières , l’une supérieure et l’autre inférieure. La première, très- large , est presque seule chargée de recouvrir l’œil par son abaissement , tandis que la seconde , fort étroite , vient, par un mouvement borné d’élévation , rencontrer celle-ci audessous du diamètre transversal du même organe. La figure de l’une et de l’autre est déterminée par celle de l’œil et par le contour de l’orbite auquel elles sont fixées. On observe sur chacune beaucoup de rides transversalement dirigées , plus multipliées sur la supérieure , et qui sont le résultat nécessaire de la différence qui existe entre les propriétés de la couche
4*8 D E r.’ OE I L
musculaire sensiblement contractile et, celles delà couche dermoïde, qui , ne l’étant point, est obligée de suivre par scs replis les mouvemens que la première exécute par sa contraction.
Les deux paupières se réunissent aux extrémités du diamètre transversal de l’orbite , en formant deux angles dont l’interne est plus ouvert que l’externe ; différence qui dépend de ce que les fibres supérieures et inférieures du palpébral viennent se terminer en dedans sur le tendon direct , tandis qu’en dehors elles se réunissent obliquement ensemble sans aucun intermède sensible. L’angle externe est un centre d’où parlent en rayonnant plusieurs rides cutanées , dirigées vers la région temporale , et dues aussi-bien que celles du milieu des paupières à l’inégalité de contraction du muscle palpébral et de la peau.
L’ouverture qui sépare les paupières n’a pas une étendue également constante suivant ses deux diamètres. Le transversal , déterminé par l’écartement des deux angles , mesure la largeur , et éprouve peu de variations. Le perpendiculaire , dépendant uniquement de la contraction du frontal , du palpébral et du releveur, varie suivant l’influence delà volonté, à laquelle ces muscles sont soumis. C’est par les différences de cette ouverture , bien plus que par le volume du globe oculaire , que l’on détermine ordinairement la grandeur relative *&es yeux , comme je l'ai fait voir ailleurs.
Le bord libre de l’une et de l’autre paupières , soutenu par un nbro-carlilage dans toute son étendue , offre une coupe oblique de dehors en dedans’ ; coupe qui est disposée de manière qu’un canal
triangulaire résulte de leur rapprochement , et de leur contact sur l’oeil. Ce canal, étroit en dehors , augmente de largeur jusqu’aux points lacrymaux où son évasement est le plus marqué; il transmet les larmes pendant le sommeil. On voit encore sur tout ce bord libre une rangée de petits trous, orifices excréteurs des glandes de Méibomius , et près l’angle interne , l’orifice toujours béant des points lacrymaux. Dans cet endroit , le bord palpébral change de direction : de concave qu’il étoit, l’œil étant ouvert, il devient presque droit. Enfin on observe, à l’endroit où se replient les tégumens , une suite de poils durs et solides nommés cils, plus nombreux, plus longs et plus forts à la paupière supérieure, et destinés à former un abri à l’œil contre les .corpuscules que l’air transporte. Leur couleur est ordinairement semblable à celle des cheveux et delà barbe. Ceux de la paupière supérieure , dirigés d’abord en bas , se recourbent ensuite en haut vers leur pointe. Une, direction inverse s’observe pour ceux de l’inférieure. Ils manquent entre l’angle interne et le point lacrymal. Ils sontapparens surtout en dehors.
§ II. Organisation des Paupières.
Celte organisation offre plusieurs tissus disposés en membranes et appliqués les uns sur les autres. Distincts par leur nature, par leur vitalité et par leurs fonctions, isolés par des couches celluleuses interposées, ces tissus appartiennent d’avant en arrière aux systèmes dermoïde, musculaire, fibreux et muqueux. Le voile qui résulte de leur réunion n’est pas tellement épais qu’il ne puisse , étant abaissé , se laisser un peu traverser par les rayons lumineux , lorsque
surtout la lumière est très-vive ; ce qui donne une sensation plus ou moins forte.
Membrane dermoïde. La couche dermoïde présente la même structure essentielle que la peau des autres parties ; mais elle s’en distingue par sa ténuité , qui est d’autant plus sensible qu’on s’approche davantage du bord libre. Nous avons parlé de ses rides et de leurs causes. Elle offre aussi une sensibilité plus marquée. On cite des exemples où la seule impression d’une lumière vive sur les paupières entièrement fermées avoit donné lieu à l’éternuement. Un tissu cellulaire lâche, jamais graisseux, mais susceptible d’une accumulation très-fréquente de sérosité , sépare cette couche d’avec la suivante.
Membrane musculeuse. Celle-ci n’est autre chose qu’une portion du palpébral. Toutes les fibres qui la composent , remarquables par leur apparence blanchâtre , sont fort écartées les unes des autres dans le corps même de la paupière ,- mais elles augmentent en nombre et se rapprochent près du bord libre , de manière à former au-dessus du cartilage tarse un faisceau distinct. Toutes naissent en dedans du tendon direct ou de ses bifurcations , et se terminent à l’angle externe en se réunissant ensemble , comme je l’ai dit ailleurs. La couche cellulaire qui sépare cette membrane de la fibreuse est assez lâche. La graisse y est exhalée et présente la même couleur jaunâtre qu’on retrouve dans celle de l’orbite.
Membrane fibreuse. Elle a été considérée par tous les anatomistes comme formant deux ligamens distincts , élargis uniformément dans toute l’étendue de la paupière à laquelle chacun appartient , et
ET DE SUS DEPENDANCES, /\?.l
se fixant d’un côte' à l’orbite , de l’autre au cartilage tarse. Mais cette disposition est rarement exacte : voici celle qui est la plus ordinaire ; car on trouve ici plusieurs variétés suivant les individus.
Lorsqu’on enlève la membrane musculeuse , on rencontre dans la partie externe de l’une et de l’au tre paupières une couche fibreuse très-distincte et assez forte , implantée d’une part à la portion correspondante de la base orbitaire , de l’autre terminée d’abord au cartilage tarse , puis à un entre-croisement réciproque de fibres depuis l’angle de réunion de ces cartilages jusqu’à l’angle temporal de l’orbite. Cet entre-croisement présente un peu plus de solidité que le reste de la couche fibreuse, et offre assez bien’ dans quelques sujets , l’image d’un ligament qui termineroit en dehors les fibro-cartilages tarses , comme le tendon du palpébral les commence en dedans. Dans la moitié interne des deux paupières, au contraire , on ne trouve point le plus ordinairement de couche fibreuse, on ne voit que la graisse- jaunâtre de l’orbite formant antérieurement saillie , recouverte seulement par quelques lames celluleuses minces , et quelquefois par quelques petits faisceaux fibreux jamais, réunis en membrane.
Outre cette disposition , la paupière supérieure en présente une autre particulière et qui fortifie sa couche fibreuse. En effet , son muscle élévateurse termine inférieurement, comme je l’ai dit , par une large aponévrose dont les fibres divergentes vont se fixer, les unes au cartilage tarse , les autres à l’angle externe de l’orbite plus en arrière que celles de la membrane fibreuse propre dont elles croisent la direction..
Il suit de là qu’en considérant les deux paupières simultanément et fermées, et en les divisant suivant le diamètre perpendiculaire de l’orbite , on trouve ,, i °. leur partie externe fortifiée par une couche fibreuse particulière, dense , dont l’action protectrice se trouve en rapport avec le défaut <le partie osseuse dans C'-t endroit où l’obliquité de la base orbitaire laisse l’œil plus à découvert ; 2°. leur côté interne presque dépourvu de couche fibreuse, laquelle étoit moins nécessaire ici où l’œil est garanti par la saillie osseuse du nez ; 3°. la paupière supérieure fortifiée en bas d’une manière qui lui est propre par l’épanouissement aponévrotique de son élévateur, disposition avantageuse pour celte paupière, qui exécute presque seule tous les mouvemens , et supporte plus immédiatement toutes les lésions.
Fibro-cartil. tarses. Sur le même plan que la membrane fibreuse, on trouve, vers le bord libre de l’une et de l’autre paupières, les fibro-cartilages qu’on nomme tarses. Chacun d’eux commence à l’extrémité bifurquée du tendon du palpébral , et se termine en dehors en s’unissant avec l’qpposé sous un angle aigu qui se continue avec Tentre-croisement moyen de la membrane fibreuse. Leur forme et leur volume diffèrent. Le supérieur , plus grand , très-rétréci en dedans et en dehors , offre dans le milieu une largeur sensible. L’inférieur a dans toute son étendue une largeur à-peu-près uniforme et beaucoup moindre que celle du précédent ; ce qui est en rapport avec la largeur moindre de sa paupière. Tons deux correspondent en devant au palpébral , en arrière à la conjonctive dont ils sont séparés par les glandes de
Méibomius. Leur bord adhérent donne attache en dehors à ]a couche fibreuse. En dedans , celui du supérieur se continue avec l’aponévrose de l’élévateur de sa paupière ; celui de l’inférieur n’ofïre que l’insertion de quelques fibres aponévrotiques éparses et rares. Leur bord libre est l’endroit où la conjonctive se continue avec la peau. Il offre, suivant son épaisseur , une coupe oblique de laquelle résulte , quand les paupières sont fermées , le canal triangulaire dont nous avons parlé. La structure de ces deux corps est fîbro-cartilagmeuse comme celle du pavillon de l’oreille, des anneaux de la trachéeartère, des lames des ailes du nez , etc. , et n’offre rien de particulier. Comme portion solide des paupières , ils favorisent le glissement de ces deux voiles sur la surface de l’œil , en empêchant les rides qui pourroient survenir dans leurs mouvemens divers f et en leur donnait une étendue en largeur toujours égalé. Haller les a comparés aux rouleaux placés aux bas des estampes pour prévenir les plis qui pourroient s’y former.
Membrane muqueuse . Au-dessous de la membrane fibreuse et des fibro-cartilages , est la dernière couche des paupières formée par la conjonctive. Cette membrane , commune aussi à l’œil et continue à la peau , doit être examinée en partant d’un point quelconque pour la suivre dans son trajet. Prenons-la au boni libre de la paupière supérieure. Là , elle part de la. peau dont la limite est tracée par la naissance des cils,, embrasse le bord du fibro-cartilage , rencontre le point lacrymal supérieur dans lequel elle s’introduit pour revêtir le conduit de même, nom et sa
424 t) E L’OEIL
continuer avec la pituitaire , recouvre la paupière supérieure quelle abandonne ensuite pour se réfléchir sur le globe de l’œil. Elle tapisse antérieurement celui-ci dans le tiers de son étendue, l’abandonne de nouveau en bas , et se replie de même pour revenir sur la paupière inférieure. Dans ce trajet, et avant de quitter la base orbitaire , la conjonctive forme , près de l’angle interne de l’œil et derrière la caroncule lacrymale, un repli peu marqué , et souvent nul chez l’homme , nommé membrane clignotante , puis elle recouvre toute la paupière inférieure , se réfléchit sur son bord libre , s’enfonce dans le conduit lacrymal inférieur quelle tapisse , et finit en se continuant avec la peau.
De cette disposition il résulte que la conjonctive présente deux surfaces : l’une , libre, se correspond à elle-même par tous ses points lorsque les paupières sont fermées, et se trouve exposée à l’air dans le cas contraire ; l’autre, adhérente, correspond soit aux paupières , soit au globe de l’œil. Sur les paupières , elle adhère en dehors à la membrane fibreuse par un tissu lâche ; en dedans, elle répond plus immédiatement à la musculeuse dont elle est séparée seulement dans la paupière supérieure par l’aponévrose épanouie de l’élévateur. En quittant les paupières pour se réfléchir sur l’œil , elle forme un repli circulaire lâche qui répond en arrière à la graisse orbitaire , et qui, plus considérable en haut, se loge pendant lrélévation de la paupière dans un petit espace anguleux que lui laisse cette graisse derrière la base de l’orbite. Got espace prévient, par cet usage, les rides transversales qui Jforineroicnt sur la membrane
et DK SES DÉPENDANCES.
comme elles se forment sur la peau dans les contractions du muscle élévateur. Parvenue sur le globe de l’œil , la conjonctive adhère lâchemeut à la sclérotique , et lui donne l’aspect lisse et éclatant que l’œil présente dans cet endroit. Sur la cornée , elle prend plus de ténuité , et une adhérence beaucoup plus forte , mais qui peut être détruite par la macération.
La conjonctive appartient évidemment au système muqueux. Sa continuité avec la peau et avec la membrane pituitaire , ses sympathies avec celle-ci , le fluide quelle sécrète surtout près de ses bords , son mode de sensibilité animale , susceptible d’être mise en jeu avec une extrême facilité par tous les irrilans, sont autant de caractères généraux qui la rapprochent de cet ordre de membrane. Mais elle a aussi , comme toutes les autres , des caractères qui lui sont propres et qui la distinguent. On n’observe point de villosités sur sa surface libre. Les vaisseaux sanguins capillaires y sont peu abondans et peu marqués ; on n’y en distingue même aucun d’une manière sensible dans l’état naturel. Le système capil— ? laire y est spécialement formé par des vaisseaux blancs qui y prédominent , et qui n’admettent le sang que dans un état morbifique , état si fréquemment choisi pour exemple par les auteurs qui ont traité de l’inflammation.
Glandes de la membrane muqueuse. Au-dessous de la conjonctive et derrière chaque fîbro-cartilage tarse , est un amas de petites glandes désignées sous le nom de Meibomius . Elles sont logées dans des sillons plus nombreux sur le fibro- cartilage supérieur que sur