DELA VOIX
qu’à cette époque , soit clans ceux où , antécédente à la meme époque, elleychangesensiblement. Les organes génitaux sont-ils artificiellement amputés , un timbre particulier et nouveau annonce l’influence quelle a reçue de leur soustraction. Chaque sexe a son genre de voix : l’énergie, la vigueur et la force sont l’apanage de celle de l’homme ; celle de la femme a pour caractères la souplesse , la délicatesse et la grâce. La plupart des animaux qui ont de la voix s’en servent principalement dans le temps du rut ; un grand nombre est muet à toute autre époque. On ne peut donc disconvenir que , dans l’état naturel , les communications des deux sexes relatives à la génération ne soient le but spécial de la production des sons.
L’homme social a rendu nulle cette destination , tandis qu’il en a créé une dont l’étendue n’a de bornes que celles de son intelligence. La voix brute, suffisante aux individus des deux sexes pour s’exprimer mutuellement les besoins de reproduction , est devenue un moyen impuissant de rendre ceux qu’a fait naître la société. Elle a donc été modifiée ; la parole est résultée de cette modification , et dèslors le larynx a joué dans la société un rôle non moins important que celui des organes locomoteurs. En effet , ces deux moyens de communication dont l’homme jouit sont presque également exercés , et produisent , chacun dans son genre , des effets presque égaux. Si l’un est l’instrument organisé de tous les arts et de tout ce qui arrive à l’ame par les yeux dans les rapports sociaux , l’autre est l’agent de tout ce qui , dans ces rapports, est exclusivement le domaine de l’intelligence , et de ce que l'ame ne
566 CONSIDÉRATIONS SUR LES APPAREILS, perçoit que par les oreilles. Or , comparez la somme immense des idées qui circulent parmi les hommes , et qu’ils se transmettent, à la somme des choses malériellés qui sont en usage dans leur commerce réciproque , vous verrez que l’une égale bien l’autre. Cependant lorsque la somme des agens locomoteurs forme, sans exagérer , plus de la moitié du volume total du corps , à peine les agéns vocaux occupent-ils une petite place dans une petite partie de ce meme corps. J’ai toujours été frappé de l’énorme disproportion qu’il y a entre les agens vocaux de nos communications extérieures et les effets imporlans qu’ils produisent dans la société. La description des organes locomoteurs a formé presque les deux premiers volumes de cet ouvrage ; celle des organes de la voix n’occupera que quelques feuilles de ce second.
Destinée à exprimer nos besoins , la voix devoit être sous l’empire immédiat du cerveau. Aussi la structure du larynx a-t-elle beaucoup d’analogie avec celle de l’appareil locomoteur. C’est une charpente cartilagineuse que font mouvoir en divers sens des muscles de la vie animale , muscles auxquels l’habitude sociale a donné une précision de mouvemens étrangère à l’état naturel, comme elle en a donné une aux muscles des doigts dans certains arts, à ceux des membres inférieurs dans d’autres. Sous ce rapport, la voix est à la parole, relativement aux muscles du larynx , ce que les mouvemens grossiers des doigts du sauvage sont aux mouvemens précis et réguliers de l’homme qui les a exercés à un travail délicat , relativement aux muscles des membres supérieurs. Le principe est le même , les résultats seuls