DE l’oEID
aux muscles droits et obliques qui s’y terminent , aux vaisseaux et nerfs orbitaires. 11 avoisine aussi en dehors et en haut la glande lacrymale , en dedans la caroncule de même nom. Déplus, la graisse abondante de l’orbite l’environne, et remplit exactement les intervalles qui sans elle se trouveroient entre lui et les organes adjacens. Cette graisse molle et demi-fluide permet facilement les mouvemens de l’œil , et détermine antérieurement , de sa part et de celle des paupières, cette saillie qui , les mettant au niveau du reste de la face , concourt singulièrement à l’expression générale de celle-ci. Aussi, lorsque celte graisse a diminué d’une manière sensible , soit par la maigreur naturelle à la vieillesse , soit par le marasme , résultat accidentel des longues maladies , la dépression des paupières , de laquelle résulte l’affaissement de l’œil peu susceptible de s’enfoncer lui-même , produit cette difformité que l’on connoît sous le nom A'jeux caves . L’excavation des yeux déterminée par la vieillesse se trouve en rapport avec les autres changemens que la même cause a produits dans les traits du visage, et il en résulte dahs l’aspect général de la face une uniformité qiii ne nous étonne point , parce qu’elle est naturelle. Lorsqu’au contraire celle excavation survient dans la jeunesse, à la suite de la débauche par exemple., comme souvent les traits du visage ne sont point altérés proportionnellement , et qu’ils conservent encore entr’eux ces rapports particuliers qui indiquent l’époque brillante de la vie , il en résulte un défaut d’harmonie qui nous ehoque.
et DE SES DEPENDANCES.
ARTICLE troisième.
Des Parties cop.stitua7ites de l’Œil considérées en particulier .
J,’ oeil est formé de membranes et d’humeurs. En dehors, la sclérotique et la cornée composent pour ainsi dire son écorce solide. Au-dessous de cette première enveloppe se rencontrent la choroïde , l’iris et la rétine , qui servent plus immédiatement à ses fonctions. Enfin au milieu se trouvent le corps vitré , le cristallin et l’humeur aqueuse. Des nerfs et des vaisseaux nombreux sont disséminés parmi toutes ces parties ; mais on trouve entr’elles très-peu de tissu cellulaire : on diroit même que l’intérieur de l’œil est presque entièrement privé de cet élément d’organisation, si abondamment répandu dans le plus grand nombre des autres parties.
§ Ier. Membranes extérieures de T œil.
Membrane sclérotique. Elle occupe à-peu-près les quatre cinquièmes de l'œil , comme je l’ai dit, et protège efficacement par sa résistance les parties subjacentes. Sa forme est celle d’une sphère tronquée en devant. i°. Elle a extérieurement les' mêmes rapports que l’œil. 2°. En dedans, elle correspond à la choroïde dont on la détaché avec facilite , quelques vaisseaux et nerfs , et quelques lames celluleuses d’une nature
particulière, leur étant seulement intermédiaires. Le fluide choroïdien lui donne une teinte noirâtre , plié-
45p DE l’oeil
no mène qui n’a pas lieu pendant la vie , et qui est l’effet d une transsudation cadavérique. 5°. En arrière, elle offre pour l’entrée du nerf optique une ouverture qui n’est point placée dans la direction de son axe , mais qui est plus près du côté interne. Celte ouverture est arrondie et quelquefois représentée par plusieurs petits trous , que traverse la substance médullaire du nerf optique en se divisant pour se réunir ensuite et former le tubercule d’où naît la rétine. Dans son contour, la continuité de la sclérotique avec l’enveloppe fibreuse que la dure-mère fournit au nerf est manifeste. 4°* En avant, la sclérotique présente une ouverture à-peu-près circulaire , un peu plus large cependant suivant le diamètre transversal que suivant le perpendiculaire , et dont le rebord , coupé obliquement aux dépens de la surface interne, reçoit la cornée , qui y est comme enchâssée.
On trouve sur divers points de la surface de celle membrane de petits trous pour des passages vasculaires et nerveux. Parmi ces trous , les uns la percent directement , d’autres sont les orifices de petits canaux qui traversent obliquement son épaisseur d’arrière en avant.
La sclérotique appartient au système fibreux ; elle est à lame unique. Son tissu dense et épais , surtout en arrière, fortifié en devant, où il est plus mince, par l’épanouissement tendineux des muscles de l’œil , offre par-tout un entre-croisement irrégulier défibrés tellement serrées les unes contre les autres, qu’on a la plus grande peine à les distinguer. Les vaisseaux sanguins y sont peu nombreux : ils ne s’y ramifient que très-peu en capillaires \ caractère de structure
et de ses DÉPENDANCES.
propre aux surfaces fibreuses , et distinctif des muqueuses ? séreuses j etc. Aucun neit ne paroit s y distribuer. Des exbalans et des absorbans y existent comme dans les autres tissussemblables.
La sclérotique jouit d’une certaine extensibilité de tissu , prouvée par le volume que l’œil acquiert dans l’hydrophthalmie. Sa contractilité s’exerce lorsqu’ après la ponction du globe de l’œil , cet organe diminue de volume , ou lorsqu’il s’atrophie et se réduit à unç masse très-petite. Elle a pour usage unique de former l’enveloppe solide de l’œil , et de le garantir des lésions extérieures. Sa résistance est cependant moindre que celle de la cornée. Je m’en suis assuré par une expérience bien simple et que voici. Lorsque l’on comprime fortement le globe de l’œil en deux sens opposés , c’est toujours la sclérotique et jamais la cornée ou le cercle de réunion de ces deux membranes , qui est le siège de la rupture. J’ai même remarqué que la sclérotique ne résiste pas également dans tous ses points ; car , dans la même expérience , ce n’est jamais en arrière ni dans la portion de son étendue qui avoisine la cornée qu’elle se rompt ; c’est toujours dans l’espace moyen , entre l’attache quelle fournit aux muscles et son tiers postérieur. Cette membrane , très - épaisse en arrière par elle - même, s’amincit successivement davantage antérieurement , et ce n’est que la portion tendineuse des muscjes qui lui donne lout-à-fait en devapt la solidité que son tissu ne présente plus.
Membrane cornée. Elle occupe le cinquième antérieur de l’œil. Sa forme est à-peu-près circulaire. Convexe en devant et saillante , elle forme le segment
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d’une sphère très-petite, sur-ajoulée à celle de la sclérotique. En devant elle répond à la conjonctive, qui, très-mince dans cet endroit , lui adhère fortement , lui donne l’aspect lisse qu’on lui observe , et semble en constituer une lame. Mais une macération un peu continuée , surtout dans l’œil du bœuf, les isole d’abord , et ensuite montre la différence de leur texture ; car la lame de la conjonctive devient beaucoup plus molle , et tend plus promptement à l’état de putrilage que les lames de la cornée. En arrière, elle a avec la membrane de l’humeur aqueuse le rapport que j’indiquerai. Sa circonférence, réunie à la sclérotique par la coupe oblique dont nous avons parlé , lui adhère si fortement que les anciens anatomistes l’ont confondue avec elle, en la distinguant seulement par le nom de cornée transparente. Mais outre que la séparation de l’une et de l’autre s’opère au moyen d’une longue macération , la structure, les propriétés , les affections de la cornée diffèrent tellement de celles de la sclérotique , que l’on ne peut nullement croire à l’identité de ces deux membranes.
La cornée , bien moins épaisse que la sclérotique , non fibreuse comme elle , est formée de lames superposées les unes aux autres en nombre indéterminé , faciles sur le cadavre à séparer par le scalpel , et quelquefois isolées accidentellement pendant la vie par un état morbifique particulier, comme lorsque du sang, du pus , etc. s’épanchent entr’elles. Ces lames dures et résistantes ne paroissent parcourues par aucun nerf. Les vaisseaux sanguins n’y existent point non plus ; mais elles sont parsemées d’exhalans et d’absorbans. Les premiers déposent entre ces lames
et DF, SES DÉPENDANCES. l\55
un fluide qui leur est propre et qui leur est intermédiaire.
Ce fluide peut augmenter et produire par là une sorte de gonflement observé depuis long-temps par les auteurs. Dans l’état naturel , il ne s’extravase point , et lesabsorbans le reprennent toujours,- mais au raom en kde la mort , il suinte à l’extérieur , et forme au devant de la cornée celle couche obscure qu’on remarque presque toujours lorsqu’en détruisant peu à peu la tonicité de toutes les parties les maladies leur ont donné une perméabilité que la vie ne permettoit point. On n’observe pas ce phénomène dans les .morts subites et violentes , tandis qu’on le remarque constamment dans la mort qui suit les maladies chroniques et aiguës ; souvent même il est sensible quelque temps avant quelle survienne, au point que ce nuage sur la cornée a paru à plusieurs auteurs un signe pathognomonique de la mort prochaine. La cornée ne donne point passage , comme on l’avoit cru , à l’humeur aqueuse pendant l’état de vie ; mais après la mort , cette transsudation a lieu d’une manière sensible ; l’aplatissement de l’œil et son moindre volume en sont les effets constans.
Les propriétés de tissu ne sont guère prononcées dans la cornée. Elle a peu d’extensibilité , et ne concourt presque pas à l’ampliation de l’œil dans l’hydroph thaï mie. La contractilité de tissu y est moindre que dans la sclérotique ; car lors de l’atrophie de l’œil , on la voit se rider inégalement en divers sens , tandis que la première se resserre uniformément sans offrir aucune inégalité semblable.
On ne trouve point de sensibilité animale dans
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celle membrane. Aucune douleur ne suit sa section dans l'opération de la cataracte ; mais cette sensibilité peut s’y développer accidentellement , comme dans l’inflammation , où le sang pénètre les exhalans jusqu’alors imperméables pour lui. Elle n’a point de contractilité animale. Ses propriétés organiques n’y sont prouvées que par la nutrition. Celte vitalité obscure , ainsi que sa texture solide, transparente et laminée, ont paru rapprocher la cornée des ongles , et les anatomistes les ont souvent confondus ensemble sous ce point de vue. Mais les onglesn’ont point, comme la cornérn, un fluide propre qui les sépare en lames distinctes. Leurs propriétés vitales sont encore moins sensibles. Ils ne sont point , comme la cornée , susceptibles d’inflammation , et leurs affections organiques n’ont pas les mêmes caractères. On ne voit point de dépôts se former entre leurs lames rapprochées , point de tumeur ou d’excroissance naître à leur surface , comme il s’en forme sur la cornée. En un mot , sous quelque point de vue qu’on examine les choses , on ne peut rapporter à un même système les ongles et celle membrane. Je ne comtois aucun tissu dans l’économie animale qui ressemble au sien ; elle a une existence propre sous ce rapport.
§ II. Membranes intérieures de V Œil.
Lorsqu’après avoir examiné la première enveloppe de l’œil, formée par la cornée et par la sclérotique, on divise celle-ci avec précaution par une section circula ire faite dans son milieu , et qu’on en enlève en devant et en arrière ses lambeaux demi - sphériques , on trouve
vl ne seconde enveloppe plus mince , d une conlcm différente, formée par la choroïde en arrière , en devant par le corps ciliaire et pai 1 111s.
Membrane choroïde. Elle tapisse l’intérieur de la sclérotique , lui est par-tout parallèle , et se prolonge depuis rouvert ure du nerf optique jusqu’au cercle ciliaire. En dehors , elle tient à la sclérotique , comme je l’ai dit plus haut , et se trouve recouverte chez l’homme par un enduit brunâtre qu’il est facile d’enlever , et qui se dépose en partie , après la mort , sur cette membrane. Cet enduit est étranger à la couleur d’un brun foncé que présente la surface externe de celte membrane , et qui reste lorsqu’on l’a essuyée exactement. En dedans , la choroïde répond par-tout à la rétine, qui est simplement étendue sur elle et ne lui adhère nullement. Le même enduit brunâtre s’observe de ce côté , mais en plus grande quantité , et peut de même être aisément enlevé. La rétine n’en reçoit aucune teinte , comme il arrive à la sclérotique. Cet enduit est moins abondant chez l’homme que chez plusieurs autres animaux, que chez le bœuf en particulier.
La choroïde offre deux ouvertures. L’une , postérieure , très-étroite , répond à celle de la sclérotique et donne passage au nerf optique. On voit la membrane naître ici par un rebord quelquefois saillant vers l’endroit où la pie-mère abandonne le nerf. Plusieurs anatomistes ont même cru que celle-ci , continuée dans l’œil autour de la rétine et changeant seulement d’aspect, formoit la choroïde. Mais on ne peut admettre cette continuité quand on remarque que le rebord par lequel la choroïde commence n’adhère ni au nerf ni
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à la pie-mère, et qu’il conserve sa forme annulaire lorsqu’on a enlevé le premier avec précaution. D’ailleurs, la ténuité de celte dernière, sa nature celluleuse et vasculaire, son aspect rougeâtre, etc., ne s’allient point à la consistance de la choroïde , à la nature qu’elle paroît avoir , et à sa couleur brunâtre résultante du fluide qu’elle fournit , tandis que la pie-mère n’en sépare aucun. Enfin , si on en juge par analogie d’affections, on voit que jamais la choroïde n’est infiltrée dans une foule de cas où beaucoup de sérosité s’amasse sur le cerveau au-dessous de l’arachnoïde , et remplit les aréoles cellulaires de la pie-mère , comme dans certaines fièvres ataxiques , dans les apoplexies sé-
reuses , etc...
L’ouverture antérieure de la choroïde est très-évasée. Bornée par le cercle et les procès ciliaires , auxquels elle adhère assez fortement , elle se termine en paroissant se continuer avec l’iris , comme je le dirai.
Pour voir la structure de la choroïde , il faut la soumettre pendant quelque temps à la macération. Privée alors de son enduit, et en partie de sa couleur ordinaire qu’elle doit un peu à cet enduit , mais qui lui est aussi inhérente, comme je l’ai dit, elle devient transparente presque comme une membrane séreuse. Sa ténuité et son peu d’épaisseur , lorsqu’elle est ainsi réduite à elle-même , ne permettent point de lui distinguer les deux lames dont plusieurs ont parlé , et dont l’existence isolée a déjà été rejetée par tous les vrais anatomistes. On n’y trouve qu’un seul feuillet qui se rompt par le moindre effort. La choroïde n’oflre dans toute son étendue aucune apparence fibreuse , mais seulement , près de son ouverture antérieure ,
quelques stries radiées qui commencent les procès ciliaires* Par-tout ailleurs , examinée à l’opposite du jour , elle paroît uniquement parsemée d’un orand nombre 'de ramifications vasculaires disposées souvent par petits faisceaux , et dont j’indiquerai l’arrangement dans l’angéiologie. Soumise à l’action du calorique et des réactifs , la choroïde se racornit sensiblement comme les autres substances 'animales. Je conserve deux pièces où elle est ossifiée.
La nature de cette membrane est entièrement inconnue. Sa ténuité et sa -transparence après la macération pourroient la faire regarder comme celluleuse ; mais son défaut absolu d’extensibilité dans l’état cadavérique , la multitude des vaisseaux qui la parcourent , enfin l’humeur noirâtre qui la revêt, sont autant de caractères que le tissu cellulaire ne présente nulle part.
Cette humeur, plus abondante du côté qui recouvre la rétine que de celui de la sclérotique, occupe évidemment toute ^épaisseur de la choroïde , et la traverse sur le cadavre , mais paroît bornée à sa surface interne sur le vivant. Sa quantité va toujours en croissant à mesure qu’on s’approche de l’iris , derrière lequel elle augmente beaucoup. Sa couleur devient aussi plus foncée , et prend en devant une teinte noirâtre , de brune qu’elle étoit ; elle noircit même tout-à-fait. Aucune glande , apparente au moins , ne la fournit : elle est donc le produit d’une exhalation particulière. On peut la soumettre aux divers agens chimiques , soit sur la choroïde elle-même , soit sur le papier , auquel elle donne une teinte solide que l’air n’altère point , comme je m’enr
suis souvent assuré. J’ai du papier teint ainsi depuis six mois, et qui est comme le premier jour. Cette humeur n éprouve aucun changement dans le racornissement de la choroïde , par l’action du calorique , ou par celle des acides très-concentrés , etc. : seulement sa couleur devient alors beaucoup plus foncée cl comme noire , ce qui est évidemment un simple effet du i approchement des parties colorées. J’ai observé également ce fait sur la peau des Nègres dans la même expérience, comme je l’ai dit dans X Anatomie générale. Fixée sur le papier et soumise aux acides sulfurique, nitrique, muriatique , etc... , à l’ammoniaque, a l’alcool , à la dissolution de potasse caustique , elle est de même absolument inaltérable. C’est à cette couleur particulière que l’on rapporte les usages de la choroïde , destinée probablement à absorber les rayons lumineux qui ne doivent point servir à la vision.
Cercle ciliaire. L’ouverture antérieure de la choroïde est bornée en dehors par le cercle ciliaire , anneau grisâtre , cl’une épaisseur sensible chez l’homme , peu marqué au contraire dans l’œil du bœuf, qui ne peut sous ce point de vue , ainsi que sous bien d’autres , suppléer , comme cela arrive souvent, à l’étude de l’œil humain. Ce corps , situé sous le bord antérieur de la sclérotique , à l’endroit où elle se réunit à la cornée, concourt avec l’iris à séparer l'œil en deux cavités inégales. Il adhère foiblement à la sciérotique, et peut facilement en être détaché sans aucune solution de continuité, quoique plusieurs auteurs aient prétendu le contraire , fondés sans doute sur l’inspection de l’œil du bœuf. Il offre, à 1 endroit
rie celte union, une couleur grisâtre. Sa largeur est à-peu-près rie deux lignes ; sa nature est pulpeuse, molle. Son tissu a l’apparence de celui des glandes muqueuses; mais il est plus spongieux. On ignore entièrement son organisation intime ; elle n’a aucune espèce d’analogie avec l’organisation ligamenteuse , quoique plusieurs anatomistes aient appelé ligament ciliaire l’organe qui nous occupe. En devant , l’iris est comme enchâssé dans le cercle ciliaire , qui fait un peu de saillie au-devant de lui, quand la sclérotique et la cornée ont été enlevées de manière à laisser la choroïde et cette membrane intactes , et formant seules les enveloppes de l’œil . En arrière , ce même cercle donne attache à la choroïde , qui se confond avec lui d’une manière insensible. En dedans, il est recouvert par les procès ciliaires.
Procès ciliaires. Pour voir exactement ceux - ci , il faut , après avoir ouvert l’œil circulairement au milieu de la sclérotique , et avoir enlevé les humeurs vitrée et cristalline , détruire par la macération ou par une abstersion légère l’enduit choroïdien. On aperçoit alorf, derrière l’iris et sur le devant de la choroïde , un grand nombre de replis membraneux, formant un anneau circulaire par leur réunion , allongés , disposés en forme de rayons , rétrécis à leurs deux extrémités , plus larges dans le milieu, et étendus depuis la choroïde jusque sur le contour de la pupille. Ces replis radiés commencent assez loin sur la face interne de la première par des stries peu sensibles, recouvertes du fluide choroïdien , qui est plus abondant encore dans leurs intervalles que sur elles-mêmes. Ces stries sont appliquées , danslelal ordinaire, sur le
corps vitré et sur le canal de Petit qui environne le cristallin ; elles y déposent , lorsqu’on sépare la choroïde des humeurs de l’œil , une partie de ce fluide noirâtre , sous la forme de rayons impossibles à enlever, tant leur union à la membrane hyaloïde est marquée. Ces rayons correspondent aux intervalles des stries , intervalles que remplissoit surtout le fluide noirâtre. Entre ces rayons sont des espaces non colorés et répondant , dans l’état naturel , aux stries memes, qui, n’élant presque pas enduits du fluide , ne peuvent teindre l’hyaloïde. Quand , après avoir enlevé toute la partie postérieure des trois membranes de l’œil , on regarde à travers le corps vitré resté en place , on voit un disque radié , noir et blanc, et dont les rayons blancs sont formés parles stries , tandis que les noirs le sont par le fluide déposé dans leurs intervalles. Les stries sont logées dans des espèces de canelures qu’offre l’hyaloïde sur sa face antérieure.
En s’avançant vers la grande circonférence de l’iris , ces stries se rapprochent les unes des autres. Quand elles y sont parvenues, elles s’unissent, semblent abandonner la choroïde , se replient sur elles-mêmes , et forment les procès ciliaires , dont elles peuvent être véritablement considérées comme les. racines. Ceux-ci représentent, quand les humeurs sont enlevées , un anneau formé d’une multitude de îeplis adossés , que l’on peut renverser en arrière , en devant , ou tenir droits. Dans l’état ordinaire , ces replis sont toujours inclinés en devant ; ce qui rétrécit sensiblement l’iris vu dans sa partie postérieure : aussc celte membrane paroît - elle plus grande lorsqu’avec
la pointe d’un scalpel on renverse les replis ciliaires dans le sens opposé à celui où ils sont couchés. Entre leur face antérieure et l’iris , il n’y a point d’enduit noirâtre ; celui-ci passe immédiatement de la circonférence de l’anneau qu’ils représentent, sur cette membrane ; en sorte qu’il semble y avoir continuité ; mais iî est facile de s’assurer du contraire. Les replis ci-*liaires s’étant encore recourbés sur eux-mêmes , viennent se continuer avec la grande circonférence de l’iris par son extrémité antérieure ; ils régnent peu sur cette membrane, qui est très - unie en arrière , et non rayonnée comme sur le bœuf. On peut même l’enlever sur un œil dont la cornée a été préliminairement amputée', et les replis ciliaires restent alors en place ; elle s’en détache avec beaucoup de facilité , ce qui m’a fait douter depuis long - temps qu’il y eût une véritable continuité.
Les procès ciliaires correspondent en dedans au cercle du même nom ; ils sont même intimement unis à lui ; mais ils n’en ont nullement la nature , au moins à en juger par l’apparence extérieure ; car 1 organisation intime de tous deux nous échappe gaiement.
Membrane iris. L’iris , cloison membraneuse destinée principalement à mesurer par ses mouvemens la quantité de rayons lumineux qui doivent servir à la vision , occupe le contour de l’ouverture antérieure de la sclérotique , à l’endroit où celle-ci se réunit à la cornée , et divise par conséquent l’intérieur de l’œil comme ces deux membranes en partagent la surface extérieure. Sa forme est circulaire et aplatie , sa direction verticale dans l’état; ordinaire. Elle est su-
jette cependant à varier. L’humeur aqueuse l’empeclie d obéir à l’impulsion que l’humeur vitrée lui communique en devant. Si la première vient à s’écouler, comme dans la cataracte, ou sur le cadavre oh 1 on perce la cornée , aussitôt il devient convexe et s accommode à la forme que présentent eu arriéré le cristallin, et le corps vitré. Son ouverture moyenne permet une communication libre entre les deux cavités de l’œil qu’il sépare. Sa grandeur est variable suivant celle de l’œil auquel il appartient.
En devant , il correspond à l’humeur aqueuse , dont la membrane vient se perdre sur lui , et n’y est que difficilement suivie. C’est sur cette surface qu’on observe les différentes couleurs d’après lesquelles l’iris a reçu son nom.
Ces couleurs dépendent essentiellement de l’enduit noirâtre qui couvre l’iris en arrière ; ou du moins cet enduit est nécessaire pour qu’on les voie. Quand on l’a enlevé , l’iris paroît transparent dans toute son étendue. Du reste , on ignore absolument la nature de ces couleurs et leur cause immédiate. Elles varient selon les individus. On peut , sous leur rapport, distinguer deux portions dans cette surface de l’iris , l’une interne , plus rapprochée de la pupille , l’autre externe , voisine de la grande circonférence. Elles sont tantôt semblables , tantôt différentes dans l’une et dans l’autre portions , mais plus prononcées en général dans l’interne , qui est la moins large des deux pour l’ordinaire , et qui quelquefois paroît plus saillante. Au reste, leur disposition est fort irrégulière ; elles offrent quel-
qnefois des plaques plus ou moins larges , ce qui donne à toute la surface de l'iris un aspect jaspé. On les voit d’une manière plus sensible quand l’humeur aqueuse existe; car elle augmente leur intensité par la réfraction quelle fait subir aux rayons\ lumineux. La cornée étant enlevée et l’humeur aqueuse écoulée , elles perdent en grande partie leur vivacité.
Les anatomistes out indiqué sur la même surface une multitude de stries radiées , qui , commençant à la grande circonférence , vont en convergeant se terminer auprès de la pupille. On voit effectivement ces stries sur le vivant , mais elles sont beaucoup moins sensibles et ont une disposition moins régulière qu’on ne l’a cru. Assez prononcées quelquefois auprès de la pupille, elles ne s’aperçoivent presque plus en dehors» Sur le cadavre , on ne les retrouve presque plus , ce qui tient probablement à l’affaissement où sont toutes les parties.
Postérieurement, l’iris est recouvert de l’enduit noirâtre , qui y est beaucoup plus épais et plus prononcé que sur la choroïde elle-même. Lorsqu’on a enlevé par la macération cet enduit , on voit en dehors les stries radiées que terminent les procès ciliaires et qui paroisSent dépendre des replis de la membrane. Mais ces stries sont beaucoup moins apparentes chez l’homme que dans le bœuf et autres animaux où , très - prononcées pendant un certain trajet , et effacées ensuite , elles ont donné lieu à plusieurs anatomistes de diviser la surface postérieure de l’iris en deux anneaux, dont l’externe est strié, cl l’interne lisse. Mais, comme nous venons de
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le dire, on ne peut admettre une pareille distinction dans l’iris de l’œil humain.
La grande circonférence de cette membrane est enchâssée pour ainsi dire entre le corps ciliaire, qui forme au-devant d’elle une saillie assez remarquable chez 1 homme , et les procès ciliaires qui se trouvent en arrière. On peut facilement, comme je l’ai dit, la détacher de ces deux parties, sans solution de continuité ; ce qui me fait croire qu’elle n’est point un prolongement des procès ciliaires, mais un corps tout-à-fait distinct.
La petite circonférence , ou l’ouverture de l’iris , se nomme la pupille. Sa forme est circulaire chez l’homme. Sa grandeur varie , non-seulement suivant le volume de l’œil , mais surtout suivant la dilatation ou le resserrement dont il est susceptible. C’est par ces variations qu’est déterminé le nombre des rayons lumineux qui doivent servir à la vision.
Quoique l’iris offre en devant et en arrière une disposition fort différente , on ne peut cependant y distinguer deux feuillets, au moins dans l’homme; car leur existence isolée est plus sensible et plus facile à prouver dans l’œil de certains animaux. Quelques auteurs y avoient admis des fibres charnues, parce qu’ils ne croyoient pouvoir expliquer autrement la contractilité dont jouit cette membrane ; mais il n’en existe évidemment aucune.
L’iris jouit de propriétés très-marquées. Le calorique le racornit promptement. Son extensibilité de tissu est prouvée par les dilatations morbifiques de l’œil. Il ne paroît point jouir de la sensibilité ni de la contractilité animales. Lorsqu’on le blesse
dans l’opéradon de la cataracte , ou qu’on l’ouvre pour former une pupille artificielle, aucune douleur n’en résulte. Ses mouvcmens sont excités surtout par la présence ou l’absence de la lumière. Lorsqu’on approche subitement de l’œil jusque là fermé un flambeau, ou qu’on entre d’un endroit très-clair dans l’obscurité , son état change singulièrement. Mais ici le mode de mouvement est particulier ; c’est en se dilatant que l’iris diminue la largeur de la pupille. Dans les ténèbres, et toutes les fois que la lumière est très-foible, il se contracte, et il en résulte l’agrandissement de cette même ouverture ; en sorte qu’ici le stimulant produit l’allongement des fibres , et son absence leur contraction , ce qui est absolument l’inverse des muscles. J’ai fait remarquer ailleurs ce mode particulier de mouvement dont jouissent certains organes des animaux, et qui me paroît encore très-peu connu.
L’iris a des rapports sympathiques assez multipliés. Nous ignorons presque l’influence qu’il a sur les autres organes ; mais nous connoissons plusieurs des influences qu'il reçoit. Dans la cécité par affection de la rétine , sa contraction et la dilata-
tion de la pupille sont habituelles , ce qui n’arrive point dans plusieurs autres cécités : d’où l’on peut conclure qu’il se meut plutôt sympathiquement à l’occasion de l’impression faite sur la rétine par les rayons lumineux, qu’en vertu de l’impression qu’il en reçoit lui-même primitivement. Cela prouve aussi que le raccourcissement est vraiment l’état passif de cette membrane , son état actif consistant dans l’allongement de ses fibres ; phénomène opposé à çeux