‹ Traité d'anatomie descriptive./ [electronic resource]Chapitre 16 sur 27 · CONSIDÉRATIONS SUR LES APPAREILS · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LES APPAREILS

leruent à constituer l’homme , puisqu’ils sont immédiatement soumis à l’intelligence, destinés soit à exécuter ses ordres, soit à servir à son expression. Ceux de la vie intérieure sont, au contraire , uniquement destinés à la conservation organique , soit en préparant et employant les substances venues du dehors pour servir à la réparation, soit en rejetant au dehors les substances qui pendant quelque temps ont servi à la composition des organes. Or, les actions infiniment variées dont l’intelligence est le principe exigeoient un grand nombre de moyens; tandis que le travail réparateur , moins compliqué et plus uniforme, demandoit des moyens moins multipliés.

Parmi les caractères anatomiques des appareils de la seconde vie , nous devons en distinguer quatre principaux, véritables négations de ceux que les appareils de la vie extérieure nous ont offerts.

Premier caractère.

Ici plus de ligne médiane, plus de division exacte en deux moitiés. Chaque organe s’étend plus ou moins loin d’une région dans une autre, et tantôt occupe toute la largeur de la cavité qui le renferme , tantôt ne remplit dans cette cavité qu’une fort petite place sans qu’aucun organe semblable à lui se trouve du çôté opposé.

Ceci souffre cependant plusieurs exceptions ; et si jamais on ne voit les appareils de la vie organique soumis a une symétrie rigoureuse ; souvent on y

Le défaut de symétrie est l’attribut le plus saillant e la vie organique présente à l’œil de l'anatomiste*

trouve une symétrie incomplète. Déjà nous avons observé que le système nerveux des ganglions se divisoit en deux moitiés distinctes dans la plus grand», partie de son étendue; et les poumons, quoique inégaux, les reins, quoique sujets à varier un peu dans leur position respective , nous offriront des exemples d’organes pairs susceptibles de se suppléer mutuel-ilement. Le défaut de symétrie , envisagé d’uffe manière purement anatomique , ne pourroit donc seul établir une différence tranchante entre les appareils des deux vies.

Un caractère plus constant et plus positif, c’est le défaut d’harmonie dans les phénomènes de la vie organique. Je réunis ce caractère au précédent, parce que Bichat le regarde comme sa conséquence naturelle. Cependant il est très-vrai que dans aucun cas les organes de la seconde vie ne sont soumis à la loi de l’harmonie , tandis que souvent nous trouvons chez eux en partie la symétrie de structure. Ainsi, quoique deux reins doivent sécréter également l’urine , on voit tous les jours que l’énergie sécrétoire de l’un prédomine sHr celle de l’autre , sans que la fonction soit troublée , et qu’aucun dérangement essentiel dans l'économie résulte de cette inégalité. Une glande salivaire peut fournir beaucoup plus de fluide, que celle qui lui correspond , sans que la première élaboration des alimens en souffre, etc. C’est donc à ce caractère qu’il faut s’attacher, puisqu’il se trouve par-tout dans la vie organique, plutqt qu’à l’irrégularité de formes , puiqu’elle n’y est pas constante.

Observons , au reste , que l’irrégularité de formes tiçnt en grande partie à la nature des fonctions, qui

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sont toutes successives, enchaînées, et ne peuvent , point s’exercer isolément comme celles de la vie extérieure. L’action de l’estomac suppose celle de l’œsophage ; l’action du duodénum suppose celle de l’estomac , etc. Toutes se suivent et ont lieu les unes après les autres : ce qui demande des organes continus plutôt que des organes réguliers.

Second caractère.

Les appareils de la vie organique sont, en général, soustraits à l’influence immédiate du cerveau , et n’ont point avec lui de rapports prochains. Les nerfs qu’ils reçoivent leur viennent des ganglions , et par conséquent ne peuvent établir aucune communication entre ces appareils et l’organe central des impressions extérieures. Ce caractère anatomique est remarquable , puisqu’il se lie naturellement avec ce que la physiologie nous enseigne sur la différence des propriétés qui président aux phénomènes des deux vies. Cependant on se tromperoit si l’on tiroit de ce fait des inductions trop étendues; l’observation nous démentiroit bientôt ; car l’estomac reçoit les dernières divisions du nerf vague ; les nerfs sacrés fournissent beaucoup de rameaux au rectum et à la vessie. Aussi les fonctions de ces organes dépendent de l’influence cérébrale et en partie de la volonté. On doit même remarquer , comme je l’ai dit dans un autre ouvrage (i) , que si l’estomac est soumis immédiatement à l’in—

(i) De la division la plus naturelle des phénomènes phj ~ biologiques considérés chez l’homme. \ vol. iii-8* .

DE LA VIE ORGANIQUE." 5j5

fluence cérébrale , dès-lors tout l’appareil digestif y est soumis d’une manière médiate , puisque l’estomac est à la tête de cet appareil , et qu’aucun phénomène digestif ne peut avoir lieu si la première élaboration essentielle des alimens a été impossible.

Le poumon reçoit aussi des nerfs cérébraux , mais on ne voit pas qu’il en résulte aucun rapport immédiat entre lui et le cerveau pour les phénomènes. Il est vrai que l’appareil respiratoire comprend nécessairement, outre le poumon, l’ensemble des muscles intercostaux et diaphragme , dont le cerveau dirige les mouvemens. Ainsi nous observons* que les appareils digestif et respiratoire, par les rapports médiats ou immédiats qu’ils conservent avec le cerveau , s’éloignent un peu des autres appareils plus immédiatement nutritifs qui n’ont plus aucun rapport semblable, ou dans lesquels ce rapport , s’il en existe encore quelques traces , paroît être sans conséquence.

Troisième caractère.

La fréquence extrême des maladies organiques distingue évidemment les appareils de la vie intérieure. Je n’insisterai point sur ce caractère , qui a été indiqué par Bichat au sujet de la première vie. Assurément il n’y a nulle comparaison à faire entre le nombre des maladies organiques du cerveau , des nerfs, des muscles, et celles du poumon, du cœur, du foie, etc. Les premières sont citées comme des événemens rares : les secondes sont si habituelles ,

qu il n est peut-etre pas deux sujets chez lesquels on n’en trouve quelqu’une.

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