III
586 APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE, s’y enfonçant , elle se réfléchit antérieurement sur la face inférieure de l’épiglotte , puis sur sa face supérieure , et se continue de nouveau avec la membrane buccale sur la base de la langue.
En haut , la membrane pharyngienne va recouvrir la partie inférieure du corps du sphénoïde , et se continuer ainsi avec la portion de pituitaire qui revêt la paroi supérieure des fosses nasales.
En bas , elle se prolonge circulairement dans l’œsophage pour se continuer ainsi dans tout le conduit alimentaire.
Telle est la disposition générale de la membrane muqueuse , laquelle n’est propre au pharynx , comme l’on voit , que postérieurement , tandis qu’en devant , en haut et en bas , elle appartient à d’autres cavités.
Nous avons dit que cette membrane se dislinguoit par une rougeur particulière , différente de celle des cavités buccale et œsophagienne. Son aspect est lisse et n’offre point de villosités, mais seulement quelques inégalités dues aux saillies des glandes muqueuses qui se trouvent entre elle et la couche musculeuse.
Quoique la membrane muqueuse soit soumise aux mouvemens que les fibres musculaires lui impriment , on n’y rencontre jamais les plis que nous remarquerons dans les cavités suivantes. Ceci tient évidemment à ce que la contraction du pharynx n’est jamais que momentanée , et ne subsiste plus après le passage des alimens , excepté dans les cas de resserrement spasmodique. Si l’on pouvoit observer le pharynx dans l’instant de sa contraction , sans doute ces plis y offriraient la disposition irrégulière qu’ils ont sur la membrane muqueuse de l’estomac , puis que les fibres
D £ LA DIGESTION. 5 8f
musculeuses du pharynx sont , comme celles de l’estomac, entre-croisées dans toutes sortes de directions.
Le pharynx reçoit de chaque côté deux artères principales , dont l’une lui vient de la maxillaire externe ou labiale , sous le nom de pharyngienne inférieure , l’autre , de la maxillaire interne sous celui de pharyngienne supérieure. Plusieurs autres rameaux lui sont fournis par les palatins. Le nerf glosso-pharyngien lui appartient presque en totalité f indépendemment des rameaux isolés que le nerf vague proprement dit lui donne ensuite. 11 reçoit aussi plusieurs nerfs des deux premiers ganglions cervicaux.
§ III. Différences du Pharynx suivant l’âge.
Ces différences, peu nombreuses, regardent uniquement la forme générale du pharynx. Elles tiennent à l’état où se trouvent alors les organes voisins dont le pharynx dépend nécessairement , puisque c’est à eux qu’il se fixe.
i°. Chez le fœtus, le pharynx a nioins de longueur proportionnelle que chez l’adulte , parce que les ouvertures nasales postérieures ont elles-mêmes une hauteur beaucoup moindre , vu le défaut de développement des sinus.
2°. La largeur du pharynx est proportionnellement la même dans l’endroit où il répond aux cavités nasales et à l’ouverture postérieure de la bouche , lesquelles offrent àussi une largeur relative égale. suivant l’âge. Mais il se rétrécit un peu plus au niveau du larynx , moins développé et moins étendu que chez l’adulte. Cette différence se réduit cependant à peu
388 APPAREILS DE LA vie ORG-ANIQUE.
de chose , parcp que , comme nous l’avons vu , le cartilage thyroïde est aussi plus évasé en arrière , et que c’est uniquement ce cartilage qui détermine ici l’étendue transversale du pharynx.
On ne trouve aucune différence sensible dans l’organisation intime du pharynx du fœtus. La portion musculeuse est seulement plus pâle et un peu moins développée , comme les muscles de la vie extérieure, dont elle partage presque tous les caractères.
Les mouvemens du pharynx ont été examinés dans la Myologie.
ARTICLE DEUXIÈME
De V Œsophage.
§ Ier. Disposition. Organisation extérieure.
L'oesophage , conduit musculeux et membraneux cylindroïde , établit une communication directe entre les cavités par lesquelles les alimens s’introduisent , et celles où se passent les premiers phénomènes essentiels de la digestion. Il commence au cou vers la quatrième ou cinquième vertèbre cervicale , et finit à l’ouverture diaphragmatique par laquelle il s’introduit dans l’abdomen.
Sa direction , verticale si on la considère en totalité , est extrêmement remarquable par les variations qu’elle présente. A son origine , et immédiatement au-dessous du pharynx , il répond parfaitement à la % ne médiane, et présente la même symétrie que l’organe auquel il succède ; mais dès qu'il a dépassé la partie inférieure du larynx , il se dévie sensiblement
DE LA digestion. 5<Sg
à gauche. Cette déviation augmente jusqu’à la partie inférieure du cou , où on peut le découvrir avec assez de facilité à côté de la trachée-artère , comme on le fait dans l’opération de l’œsophagotomie.
En entrant dans la poitrine, l’œsophage se rapproche .un peu de la ligne médiane , mais demeure encore dévié à gauche jusqu a l’origine des vaisseaux pulmonaires et à la division des bronches. Dans cet endroit , il se replace sur la ligne médiane et y demeure jusqu’à la partie inférieure de la poitrine , pour s’écarter de nouveau à gauche au moment où il sort de cette cavité.
Les rapports de l’œsophage sont très-nombreux en raison de sa grande étendue : on doit les observer au cou et à la poitrine.
En devant , l’œsophage correspond dans son origine au larynx , qui le recouvre en entier. Dévié à gauche , il est recouvert par une portion de la glande thyroïde , puis en partie par la trachée-artère , par les vaisseaux thyroïdiens gauches inférieurs, et par le muscle sterno-thyroïdien du même côté. A la poitrine , où il est entièrement renfermé dans l’écartement postérieur des deux plèvres, il répond en partie à la trachée-artère, puis en entier à la bronche gauche dont il croise la direction , puis à la partie postérieure du péricarde et à la base du cœur.
En arrière , l’œsophage répond par- tout à la colonne vertébrale; il recouvre un peu le muscle lon^ p* du cou après sa première déviation. Dans la poiM - ' trine , il croise la veine azygos à sa courbure; répond enfin au canal thorachique, et tout-à-fait en bas à l’artère aorte.
3go appareils de la vie organique.
Sur les cotes , 1 œsophage avoisine en haut les veines ■ jugulaires et les artères carotides. Après sa déviation , il répond a droite a la trachée-artère, à gauche au nerf récurrent et à la carotide primitive. Dans la poitrine , il avoisine les poumons et répond ensuite à gauche à l’artère aorte, qu’il croise en bas en passant au-devant d’elle.
La largeur de l’œsophage est un peu plus grande à son origine que dans le reste de son étendue : elle augmente beaucoup au moment où il se continue avec l’estomac. Au reste, ce conduit, observé presque toujours dans l’état de vacuité , est susceptible d’une extrême dilatation dans le passage des alimens, et nous ne pouvons fixer exactement le calibre qu’il peut acquérir.
Considéré a sa surface externe , l’œsophage nous offre un aspect lisse dans presque toute son étendue ; rougeâtre près de son origine , il prend une couleur beaucoup plus blanche ensuite, circonstance remarquable sur laquelle nous reviendrons en parlant de son organisation intime. Des stries longitudinales nombreuses , parallèles , indiquent la disposition des fibres musculaires qui entrent dans sa composition.
La surface interne , membraneuse, offre une blancheur qui contraste sensiblement avec la rougeur légère du pharynx, et la rougeur très-marquée de l'estomac; preuve évidente que la membrane muqueuse du conduit alimentaire, sans changer de nature essentielle, prend des caractères variables suivant les organes auxquels elle appartient successivement. Des plis longitudinaux se remarquent constamment sur
DE LA digestion. 3gi
cette même surface : nous verrons bientôt à quoi ils tiennent.
V extrémité supérieure de l’œsophage se continue avec le pharynx. Un rétrécissement assez sensible indique le point de cette réunion. L 'inférieure , d’abord rétrécie , puis tout-à-coup très-évasée en forme d’entonnoir, se continue avec l’orifice cardiaque de l’estomac.
§ II. Organisation intime.
•L’œsophage est composé de deux couches , l’une externe musculeuse, l’autre interne membraneuse.
La couche musculeuse forme sa portion solide -, elle a une épaisseur considérable, plus marquée même qu’au pharynx. Celte épaisseur établit une différence sensible entre les deux premières portions du tube alimentaire, et celle que l’abdomen renferme. A l’estomac et aux intestins, nous trouverons en effet la portion musculeuse très-mince , et méritant le nom de membrane qu’on lui donne. Au contraire , nous ne pouvons point dire : la membrane musculeuse du pharynx et de V œsophage , sans choquer toutes les idées reçues sur l’acception du terme membrane, qui ne s’applique point avec exactitude à des parties douées d’un certain degré d’épaisseur.
Deux ordres de fibres forment cette première couche ; les unes sont transversales , les autres longitudinales. Les premières sont très-marquées, existent même seules à l’origine de l’œsophage , immédiatement au-dessous du pharynx j mais bientôt les se-*
3g2 APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE, condes paroissent, et sont ensuite les seules qu’on remarque à l’extérieur du conduit dans tout le reste de son étendue. En les écartant , on retrouve au-dessous d’elles les fibres transversales ; mais elles sont peu multipliées. Ceci prouve que les fibres longitudinales ne commencent point avec l’œsopbage , et que cet organe , par-tout susceptible de se rétrécir , ne peut pas s’accourcir également par tous ses points.
La disposition et la couleur de ces fibres ne sont pas non plus par-tout les mêmes. Vers l’origine, les fibres transversales , seules existantes , sont encore disposées par petits faisceaux distincts , séparés les uns des autres par des couches celluleuses minces à la manière des muscles de la vie extérieure, dont elles se rapprochent aussi par leur couleur très-rouge. Dans tout le reste du conduit., au contraire, les fibres soit longitudinales , soit transversales , sont serrées les unes contre les autres sans intermèdes celluleux sensibles , et paroissent former un corps continu. Leur rougeur diminue beaucoup , souvent même elles paroissent absolument blanchâtres. Ces deux dernières différences méritent singulièrement d'être observées. Nous voyons, en effet, ici les fibres offrir d’abord les caractères propres aux muscles de la vie extérieure dans l’endroit où l’œsophage est encore soumis, au moins en partie, à la volonté, puis les caractères des muscles organiques là où l’influence de la volonté a cessé entièrement.
La distinction que nous faisons a été sentie ou du moins entrevue par les anciens ; car , quoiqu’ils reconnussent des fibres musculaires dans toute l’étendue de l’œsophage, ils distinguoient sous le nom spécial
DE LA DIGESTION. 3g3
de muscle oesophagien l’appareil de fibres transversales qui environne le conduit immédiatement audessous du pharynx. >,
Les fibres longitudinales, nombreuses et rapprochées dans la plus grande partie de l’œsophage , s’épanouissent et divergent sensiblement à son extrémité inférieure, évasée et élargie. On voit très-facilement leur disposition en distendant à-la-fois par l’air l’estomac et l’œsophage. Leur divergence laisse entre elles plusieurs espaces purement membraneux. Elles se continuent sur l’estomac, dont elles concourent à former la tunique musculeuse , en se portant principalement vers la petite courbure, comme nous le verrons de nouveau dans l’article suivant. Les fibres transversales cessent entièrement au niveau de l’estomac , et ne se continuent point sur lui.
La membrane muqueuse de l’œsophage , fine et ténue , offre , comme nous l’avons dit , un aspect blanchâtre qui la distingue soit du pharynx , soit de l’estomac. Cette blancheur augmente vers l’extrémité inférieure évasée , c’est-à-dire , près de l’endroit où elle doit cesser.
A sa surface intérieure, la membrane présente , dant l’état de vacuité du conduit , des plis longitudinaux plus ou moins multipliés. Ces plis tiennent à la contractilité inégale des deux couches qui constituent l’œsophage , la musculeuse forçant la membraneuse de suivre les mouvemens qu’elle lui communique. Dès-lors la direction de ces plis est nécessairement perpendiculaire à celle des fibres qui les causent , cest-à-dire, que les plis longitudinaux sont dus à la contraction des fibres transversales , et que les fibres
3<j4 appareils de la vie organique.
longitudinales doivent déterminer des plis transverses. Pourquoi donc ne rencontre-t-on jamais ces plis transverses sur le cadavre? C’est que l’œsophage , fixé en haut par le pharynx , en has par l’estomac, ne se contracte suivant sa longueur que momentanément , et dans l’instant seul où les alimens le traversent. Hors de ce temps, ses fihres longitudinales, assujetties à leurs deux extrémités , ne peuvent point obéir à celte contractilité par défaut d’extension qu’on observe ailleurs dans les organes creux. Au contraire , les fihres transversales, distendues seulement pendant le passage des substances alimentaires, sont dans toute autre circonstance privées de toute espèce d’antagonistes ; elles reviennent donc sur elles-mêmes , en sorte que l’œsophage est habituellement rétréci lorsque ses fonctions ne s’exercent pas. Si on pouvoit observer l’œsophage pendant la déglutition , sans doute on trouyeroit sur sa surface interne les plis transverses dont nous avons parlé.
La membrane muqueuse correspond en dehors à la couche musculeuse, dont un tissu cellulaire peu abondant la sépare. Plusieurs anatomistes ont dit avoir trouvé dans ce tissu des glandes muqueuses qu’ils ont nommées œsophagiennes : Bichat ni moi nous n’avons jamais pu nous assurer de leur existence.
L’œsophage reçoit un grand nombre de vaisseaux. Ses artères lui viennent en haut principalement des thyroïdiennes inférieures; dans la poitrine , l’aorte les lui fournil immédiatement. En bas , et au moment de son embouchure avec l’estomac , il reçoit de nombreux rameaux des diaphragmatiques inférieures , et surtout de la coronaire stomachique.
DE LA digestion. 5g5
Les nerfs de l’œsophage viennent en partie du cerveau, en partie des ganglions. Outre les rameaux isolés que les nerfs vagues lui fournissent dès son origine , il en reçoit un grand nombre des plexus pulmonaires formés dans la poitrine par ces mêmes nerfs , qui viennent enfin se contourner tous deux en bas sur lui pour se terminer à l’estomac. D’un autre côté , des rameaux nombreux , fournis soit par les ganglions thorachiques , soit par les nerfs cardiaques, forment sur l’œsophage un plexus considérable qui l’enveloppe et l’accompagne jusqu’à sa terminaison inférieure.
L’œsophage n’offre aucune différence sensible suivant les âges. On le trouve aus^i développé proportionnellement chez l’enfant que chez l’adulte : ce qui tient évidemment à la nature des fonctions qu’il doit remplir.
§ III. Fonctions de V Œsophage.
L’œsophage est destiné à transmettre dans l’estomac les alimens qu’il a reçus du pharynx. Ses mouvemens sont tous dirigés vers cette fin dans l’état naturel. Par la contraction de ses fibres longitudinales , il se raccourcit et se retire en quelque sorte sur les substances de manière à favoriser leur progression. Par le mouvement de ses fibres circulaires, il se resserre et diminue le calibre de sa cavité : ce qui empêche les-alimens de séjourner long-temps à la même place dans son intérieur. Le premier de ces mouvemens est toujours de totalité, c’est-à-dire, que toutes les fibres longitudinales doivent se contracter à-la-rfois pour diminuer la longueur du conduit. Le
second , au contraire , est toujours progressif; et si les fibres transversales se conlractoient toutes en meme temps, la déglutition seroil évidemment impossible. Les anneaux que forment ces dernières fibres doivent se resserrer successivement pour que les substances soient forcées de passer ainsi du lieu étroit qu’elles occupent dans le lieu plus large qui est audelà.
De cette différence dans la manière dont s’exécute le mouvement des deux ordres de fibres œsophagiennes, et dans les effets qui en résultent, nous pouvons déduire une conséquence intéressante par rapport aux deux phénomènes de la déglutition et du vomissement. Dans l’un et l’autre , le modç de contraction des fibres longitudinales est toujours le même , ou du moins il importe peu que cette contraction commence près du pharynx ou de l’estomac , puisque toutes les fibres agissent à-la-fois, et que toujours le même effet en résultera , je veux dire , le raccourcissement général de l’œsophage. Au contraire , il importe beaucoup que les fibres transversales commencent à se contracter dans un point plutôt que dans un autre , puisque c’est de l’ordre progressif de leur mouvement que dépend le trajet des substances alimentaires en haut ou en bas. Si les fibres supérieures agissent les premières , les alimens seront poussés vers l’estomac; la déglutition s’opérera. Si la contraction commence auprès de l’estomac , les alimens remonteront vers le pharynx ; le vomissement aura lieu. Ainsi , ce n’est jamais à l’action des fibres longitudinales qu’on doit rapporter les phénomènes immédiats de la déglutition ou du vomjssement , c’est
DE LA digestion. 397
toujours à l’action des fibres transversales , qui favorisent l’une ou l’autre suivant l’ordre dans lequel elles se contractent.
ARTICLE TROISIÈME
De V Estomac.
§ Ier. Disposition. Organisation extérieure.
L’estomac, premier organe essentiel de la digestion, occupe la partie supérieure de l’abdomen , et s’étend depuis l’hypochondre gauche, qu’il remplit presque en entier, jusqu’à l’épigastre où il sê termine. Borné en haut par le diaphragme et par le foie, en bas par le colon et le méso-colon transverse , il répond en avant aux fausses côtes et souvent en partie aux parois abdominales. On ne peut, au reste, lui assigner de limites précises, tant son volume est Sujet à varier. Caché presque en entier dans l’hypochondre lorsqu’aucune substance alimentaire ne le distend , il fait une saillie plus ou moins considérable au-dessous des côtes dans son état de plénitude. On l’a vu , par l’effet d’une distension extraordinaire , se prolonger fort loin dans la cavité abdominale et jusqu’à la région iliaque gauche. *
La forme recourbée de l’estomac l’a fait comparer avec assez de justesse , par les anatomistes , à une cornemuse. Son plus grand diamètre est transversal ; le petit , dirigé de haut en bas , diminue progressivement depuis l’hypocbondre , où il a le plus d’étendue.
5g8 APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE, jusqu’à l’épigastre , où il est le plus étroit. Les deux extrémités , beaucoup plus rétrécies que le corps , se dirigent en haut et en arrière.
La direction de l’estomac est, en général , transversale. Toujours cependant elle offre une certaine obliquité de haut en bas , de gauche à droite et d’arrière en avant. Ainsi l’extrémité droite est un peu plus bas et plus en avant que la gauche : je suppose ici l’état de vacuité. Dans la plénitude , l’obliquité dont je parle augmente considérablement, souvent même l’estomac paroît presque perpendiculaire , en sorte que l’extrémité droite , dont la situation ne peut varier , se trouve fortement recourbée en haut et forme un angle très-aigu avec le corps de l’organe. On peut facilement s’assurer de ceci en distendant l’estomac avec de l’air poussé par l’œsophage.
Le volume de l’estomac est susceptible, comme nous l’avons déjà remarqué , de variations presque indéfinies. Elles tiennent toujours soit à la distension plus ou moins grande que cet organe a subie par les substances introduites dans son intérieur , soit à la contractilité plus ou moins marquée de sa tunique musculeuse. La première cause influe surtout sur les variations qu’on observe chez les individus. Ainsi l’habitude d’une abstinence sévère et celle des repas copieux détermineront , l’une un resserrement , l'autre une dilatation considérable. La seconde cause influe principalement sur les variations qui dépendent de 1 âge. Ainsi chez les enfans , où la contractilité est plus vive , l’estomac offre le plus souvent un volume proportionnel très-petit , tandis que chez les adultes le volume est beaucoup plus grand pour
nu la digestion. 5gg
l’ordinaire. Ces deux causes , à la vérité , se trouvent fréquemment réunies : car la contractilité est d’autant moindre quelle a été plus souvent combattue par la présence des substances dilatantes, et l’on peut rapporter avec assez de raison le resserrement habituel de l’estomac chez les en fans , au petit nombre de dilatations qu’il a eues à subir. Nous reviendrons sur cet article en parlant de l’organisation intime.
On considère à l’estomac deux surfaces , l’une externe , l’autre interne.
La surface externe peut , d’après la forme recourbée et légèrement aplatie de l’estomac , se distinguer en deux faces , deux, bords ou courbures , et deux extrémités.
La face antérieure est la plus convexe. Sa position varie un peu suivant les états de plénitude et de vacuité , moins cependant qu’on ne le croit communément ; car l’estomac , toujours assujetti en devant par les parois abdominales , est forcé , lorsqu’il se dilate , de se prolonger en bas suivant son petit diamètre , et ne peut point prendre cette direction horizontale qui , selon le plus grand nombre des anatomistes , rend supérieure la face auparavant antérieure. 11 est naturel en effet que la dilatation se fasse dans le sens où la résistance est moindre , et l’on ne peut admettre que l’estomac soulève les parois abdominales qui le compriment , au lieu de s’étendre dans la cavité libre de l’abdomen. Ce qui en impose ici, c’est que l’estomac , quand on le distend d’air sur le cadavre , prend aussitôt celte position horizontale dont on parle. Mais les parois de l’abdomen sont ouvertes alors et ne lui offrent aucune résistance , ce qui
4-00 APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE.' change en grande partie le mode naturel de dilatation.
Dans tous les cas , la face antérieure de l’estomac correspond en partie au lobe gauche du foie , en partie au diaphragme et aux fausses côtes. Dans l’état de plénitude , elle répond en outre aux parois abdominales dans une étendue plus ou moins considérable. Toujours sa direction est plus ou moins oblique en avant et en bas.
La face postérieure , plus aplatie et offrant la même obliquité, ne change jamais ses rapports immédiats. Toujours elle est entièrement cachée dans l’arrièrecavité des épiploons , et repose sur la partie supérieure du méso-colon transverse. Lorsque l’estomac se dilate , cette face se prolonge un peu sur la portion transversale du colon , et, quelque changement qu’elle puisse éprouver , elle entraîne inévitablement avec elle le colon et le méso-colon , auxquels elle est fixée par les replis du péritoine.
Ces deux surfaces de l’estomac sont lisses et polies comme tout l’intérieur de la cavité péritonéale, à laquelle elles correspondent. Leur couleur blanchâtre est fréquemment interrompue par les anastomoses nombreuses des artères gastriques qui se ramifient sur elles.
On nomme bords ou courbures de V estomac les endroits où les deux faces se réunissent. La grande courbure , convexe , termine l’estomac inférieurement en devant , et mesure toute la longueur de cet organe depuis un de ses orifices jusqu’à l’autre. Dans l’état de vacuité , elle ne répond qu’au méso-colon transverse ; dans la plénitude , elle s’avance plus ou
DE LÀ DIGESTION. 4ot
înoins sur le colon lui-même. L“e péritoine n’esl point immédiatement appliqué sur elle, à moins que l’estomac ne soit fortement distendu , et les deux feuillets qui ont recouvert les faces antérieure et postérieure laissent entre eux et. l'estomac , tout le long de la grande courbure, un espace triangulaire tres-sensible, avant de se réunir pour se porter à l’épiploon. C’est a cet espace que correspondent les artères gastroépiploïques droite et gauche, dont les troncs, dirigés le long de la courbure , envoient aux deux faces de l’estomac leurs nombreux rameaux. Des glandes lymphatiques plus ou moins multipliées environnent ces artères. Nous reviendrons sur la disposition trèsintéressante que présentent dans cet endroit le péritoine et les vaisseaux, lorsque nous parlerons de l’organisation intime de l’estomac.
À droite, la grande courbure se termine simplement à l’orifice pylorique sans offrir rien de remarquable , si ce n’est le coude formé par cet orifice pylorique , et que l’on a nommé petit- cul-de-sac , quoiqu’il n’y ait dans cet endroit aucune saillie particulière, et que ce coude soit précisément dans la direction du pylore. Mais à gauche, la grande courbure finit par une saillie considérable que l’on nomme ordinairement grand cul-de-sac. Cette saillie ne répond point à l’orifice cardiaque , n’esl point dans sa direction, mais se trouve au-dessous de lui et se prolonge dans l’hypochondre , dont elle remplit une grande partie. C’est elle qui donne en grande partie à 1 estomac sa longueur naturelle , longueur qui par la excède de beaucoup l’intervalle des deux orifices.
Le grand cul-de-sac correspond à la moitié antém. 26
rieure de la (aec interne de la rate, à laquelle il est fixe par un repli du péritoine dans lequel se trouvent les vaisseaux courts de l'artève splénique. Ce repli péritonéal est formé par les deux feuillets qui ont tapissé les laces de l’estomac , et qui laissent entre eux , en allant à la rate , un espace triangulaire semblable à celui* du reste de la grande courbure. Cet espace où l’estomac est dépourvu du péritoine est beaucoup pins rapproché de la face postérieure que.de l’antérieure.
La petite courbure , concave, termine l’estomac en haut et en arrière , et correspond à la grande scissure du foie, spécialement au lobe de Spigel. Elle s’étend de l’orifice pylorique au côté droit du cardiaque , en sorte que le grand cul-de-suc lui est absolument étranger et ne concourt point à la former. Elle est , comme la grande courbure , dépourvue du péritoine , les deux lames qui ont tapissé l’estomac laissant entre elles un espace triangulaire avant de se réunir pour constituer l’épiploon gastro-hépatique qui va se terminer aux deux bords de la scissure du l’oie. C'est dans cet espace que se trouve l’artère coronaire stomachique, qui règne tout le long de la petite courbure.
Les deux extrémités de l’estomac se distinguent en gauche el droite, sous les noms de cardia et de pylore.
Le cardia termine à gauche la petite courbure et se trouve à droite du grand cul-de-sac, en sorte qu’il correspond, à-peu-près, à 1’union des deux tiers droits de l'estomac avec son tiers gauche. L estomac se continue ici avec l’œsophage, ou plutôt reçoit ce
de la digestion. 4°^
conduit , qui paroît lui cire étranger, et qui s ouvre perpendiculairement dans sa cavité , immédiatement au-dessous de l’ouverture diaphragmatique. Le cardia est environné par les rameaux artériels nombreux que lui fournit l’artère coronaire stomachique près de son origine. On voit sur lui , au travers du péritoine , ces libres divergentes qui de l’œsophage vont à 1 estomac. C’est aussi sur lui que les deux cordons stomachiques , dernières extrémités des nerfs vagues , se contournent pour se rendre à l’estomac où iis se terminent. Le cardia correspond en devant à une partie du lobe droit du foie, en arrière à la partie latérale gauche antérieure de la colonne vertébrale, à droite au lobe de Spigel.
Le pylore termine à droite l’estomac , occupe l’épigastre, et se trouve un peu plus bas et plus en avant que le cardia. Formé par le décroissement insensible de l’estomac, et dirigé dans le sens des deux' courbures à-la-fois, il oflre plus de longueur que le meme cardia , mais aussi une circonscription moins exacte. On le fait commencer pour l’ordinaire à l’endroit où l’estomac, fort rétréci, forme loul-à-ooupsur lui-même un coude sensible, surtout dans l’état de plénitude. Le pylore remonte en arrière et un peu à droite jusqu’à la réunion des deux scissures du foie et au niveau du col de la vésicule biliaire. Là , iî finit par un rétrécissement circulaire très -marqué qui répond à la valvule pylorique. C’est à ce rétrécissement que l’estomac se termine : au-delà, le duodénum commence.
N Le pylore répond en haut et en devant au foie , en bas au pancréas ? a droite à la vésicule biliaire,
4° 4 APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE, en arrière à l’artère gastro-épiploïque droite. Sur lui les rameaux de l’artère pylorique s’anastomosent avec ceux de la coronaire stomachique. Souvent sur le cadavre on le trouve coloré par la bile qui a transsudé au travers des parois de la vésicule, phénomène qui , comme l’on sait , n’a point lieu dans l’étal de vie.
La suijace interne de L’estomac appartient à la membrane muqueuse. Sa forme répond à celle de l’externe ; mais le peu d’objets qu’elle présente dispense d’y faire les mêmes subdivisions. Sa couleur est , en général , rougeâtre, mais fort variable sur divers points ; elle offre plus souvent , dans le détail , un aspect marbré. Des villosités nombreuses recouvrent cette surface , et lui donnent ce velouté qu’on trouve dans tout, le reste du conduit alimentaire. Par ces deux caractères , la membrane interne de l’estomac diffère absolument de celle de l’œsopbage , qui est blanchâtre et lisse jusqu’à l’orifice cardiaque , où elle change tout-à-coup en se continuant dans l’estomac. C’est là tout ce que cet orifice présente de remarquable. 11 est, d’ailleurs, constamment libre et béant, et paroît aussi favorablement disposé pour permettre aux alimens de remonter que pour leur permettre de descendre.
Il n’eil est pas de même à l’orifice pylorique. Au rétrécissement cpie nous avons observé en dehors correspond intérieurement un bourrelet circulaire aplati auquel on a donné le nom de valvule, quoique assez improprement. Ce bourrelet, situé perpendiculairement aux parois de l’orifice , répond par une de ses faces à la cavité de l'estomac , par l’autre à celle du duodénum. Sa grande circonférence, épaisse,
ést fixée aux parois ; la petite , beaucoup plus mince, libre et flottante dans l’orifice , laisse dans son milieu une ouverture étroite par laquelle les alimens doivent sortir de l’estomac. Cette ouverture arrondie n’est fermée dans aucune circonstance , et dans quelque sens que les substances agissent sur la valvule, elles peuvent toujours la traverser. On ne voit donc pas trop quel est l’usage de la valvule pylorique , puisqu’elle ne s’oppose point au retour des alimens contenus dans le duodénum. 11 paroît qu’en rétrécissant l’orifice elle est destinée à favoriser l’occlusion complète de l’estomac lorsqu’il se contracte pendant la digestion . i
La valvule pylorique est essentiellement formée par une substance fibreuse , solide , blanchâtre, adhérente au tissu dense qui est interposé entre les membranes muqueuse et musculaire. On voit très-bien cette substance fibreuse en soulevant la membrane muqueuse qui se replie sur elle , et que l’on regarde communément comme formant seule la valvule.
§ II. Organisation intime.
L’eslomac est essentiellement formé par trois membranes ou tuniques ; l’une séreuse , l’autre musculeuse, la troisième muqueuse.
La tunique séreuse , formée par le péritoine, n’appartient point en propre à l’estomac , quoiqu’elle serve essentiellement à le constituer. Prolongée de toutes parts sur cet organe , elle peut, dans plusieurs endroits, l’abandonner momentanément lorsqu’il se coitiracte , revenir sur lui quand Use dilate; offrir, en un
4oG APPAREILS DE LA VIE ORC A N I QUE.
mol , a son egard une véritable locomotion analogue à celle de la peau sur les muscles extérieurs. C’est là l'idée principale qu’on doit se former de celle première couche : les détails et l'inspection Je prouvent évidemment.
On voit deux feuillets péritonéaux partir des bords de la scissure transverse du foie , se réunir» ensemble pour se porter à la petite courbure de l’estomac sous le nom d 'épiploon gastro-hépatique , s’écarter l’un de l’autre au niveau de cette courbure pour aller recouvrir les faces antérieure et postérieure de l’organe , qu’ils abandonnent , à sa grande courbure, pour se réunir de nouveau , et former en devant et à droite le grand épiploon, à gauche Je repli splénique. A chaque courbure, et surtout à la grande, ces deux feuillets , écartés l’un de l’autre , laissent entre eux un espace triangulaire dans lequel l’eslximac , réduit à scs deux membranes propres , n’adhère nullement au péritoine et n’en est recouvert qu’accidentellement. En se dilatant , l’estomac se prolonge dans ces espaces triangulaires et se recouvre ainsi d’une plus grande portion du péritoine. En se resserrant, il abandonne ees espaces et se dépouille de cettevportion péritonéale excédcnte qu’il avoit acquise. C’est dans cet état de vacuité de l'estomac qu’on peut facilement mesurer , par la simple inspection, l’étendue de ccs espaces. Il suffit d’observer de combien les artères coronaire stomachique et gastro-épiploïques se trouvent éloignées de l’estoiuac : car ces troncs vasculaires tpii régnent le long des deux courbures correspondent toujours à l’endroit où les deux feuillets pé- VUQnéaux se réunissent après avoir formé l'espaco
triangulaire dont nous parlons. L’estomac, en se contractant et en abandonnant cet espace, s’éloigne donc nécessairement du tronc artériel , qui paroît alors appartenir à l'épiploon ; en se dilatant, il s’en rapproche, et ce tronc paroît alors immédiatement appliqué sur la courbure stomachique*
Il est facile de s’assurer de tout ceci par l’expérience suivante. Observez sur un cadavre l’estomac resserré sur lui-même et réduit au plus petit volume, vous verrez les artères gastro-épiploïques fort éloignées de la grande courbure. Distendez progressivement l’estomac par l’air , vous verrez cet organe s’introduire entre les deux feuillets de l’épiploon , et se rapprocher des vaisseaux , qui bientôt , quand la distension sera portée au dernier point , se trouveront appliqués sur lui. Seulement, comme la face antérieure de l’estomac, toujours libre, prête beaucoup plus à la distension que la face postérieure , toujours assujettie dans l’arrière-cavité péritonéale , les vaisseaux se rapprocheront un peu plus de cette face postérieure , et n’occuperont pas le milieu juste de la grande courbure.
La même observation sera faite dans la même cir-
constance par rapport a la rate. Eloignée de l'estomac vide, elle s’appliquera immédiatement sur le grand cul-de-sac de cet organe dilaté aux dépens du repli péritonéal qu’il lui envoie. 11 en est aussi de même pour la petite courbure à l’égard de l’épiploon gastrohépatique. .
Ainsi l’estomac est environné dans tout son contour par un espace péritonéal libre que les vaisseaux circonscrivent , espace dans lequel il peut se prolonger
4oS APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE, lorsqu’il augmente de capacité ; et qu’il abandonne lorsque, diminué de volume, il a besoin d’une moins grande étendue de péritoine pour se recouvrir.
Cette disposition est adaptée au peu d’extensibilité naturelle du tissu séreux comparée à l’extensibilité très-grande du tissu musculaire. Ici ces deux tissus concourent à constituer le même organe. Cet organe doit se dilater tout entier : il falloit donc que chaque tissu concourût à sa manière à cette ampliation. Le musculaire en est l’agent essentiel ; le séreux , moins extensible , s’y prête par les espaces vides qu’il offre.
Au reste , il est facile de se convaincre que le tissu séreux n’est point aussi dépourvu d’extensibilité propre qu’on l’a assuré quelquefois ; car , i°. c’est seulement au voisinage des courbures que le péritoine cesse d’adhérer à l’estomac ; il lui est intimement uni sur ses deux faces antérieure et postérieure , et ne peut en être séparé que par une dissection très -laborieuse. 3°. Les espaces triangulaires péritonéaux qui environnent l’estomac ne s’étendent que jusqu’aux vaisseaux. Lors donc que, par sa dilatation , l’estomac se trouve en contact immédiat avec les vaisseaux , toute la ressource que ces espaces fournissoient est épuisée. Or , il est certain que le degré de dilatation dont l’estomac est susceptible est indéfini , et on en a la preuve dans les cas extraordinaires où cet organe remplissoit presque toute la cavité abdominale. Alors sans doute le péritoine avoit souffert une véritable distension , et l’on ne peut pas dire que l’estomac s’en fût revêtu aux dépens des autres viseères, puisque tous ceux-ci en éloient recouverts comme dans l’état naturel.
ff,e péritoine offre sur l’estonmc les memes carac-
tères que dans tout le reste de l’abdomen. Blanc et lisse , il est lubrifié en dehors par le fluide séreux qu’il exhale. Un tissu cellulaire asséfc serré le réunit à la tunique musculeuse. Sa transparence permet de distinguer au travers de lui les anastomoses nombreuses
des vaisseaux stomachiques.
La tunique musculeuse forme la portion solide de l’estomac , et doit être considérée en quelque sorte comme la maîtresse des autres, puique seule elle jouit de la contractilité organique sensible , propriété essentielle à l’estomac, et que les tuniques séreuse et muqueuse sont obligées de se prêter, chacune à leur manière, aux mouvemens que celle-ci exécute.
La tunique musculeuse a très-peu d’épaisseur et peut être envisagée comme une membrane , caractère qui s’applique également à tout le reste du conduit intestinal, et qui établit une différence tranchante entre les organes destinés à transmettre les alimens dans l’intérieur , et les organes destinés à contenir ces alimens pendant quelque temps pour les élaborer. Nous avon» vu , en effet, le pharynx et l’œsophage présenter un appareil musculaire très-épais qui forme la partie principale de l’un et l’autre conduits, et que la membrane musculeuse paroît seulement destinée à recouvrir intérieurement, tandis qu’ici nous voyons tous les sys-. tèmes qui constituent l’organe digestif présenter une égalité presque absolue d’épaisseur , et différer seulement par la structure et par les propriétés.
La couleur de la tunique musculeuse est toujours blanchâtre , et jamais rouge comme dans les muscles de la vie extérieure : second caractère qu’on retrouve dans tout le conduit intestinal. On peut se rappeler
/j-IO .APPAREILS LE LA VIE ORGANIQUE.'
ici que la couleur rouge, très-marquée dans les muscles du pharynx, s’observe encore au commencement de l’œsophage, et cesse progressivement dans le reste du canal; en sorte que les systèmes musculaire extérieur cl intérieur , si différons par leurs propriétés, s’enchaînent mutuellement et se succèdent l’un à l’autre d’une manière insensible sur l’appareil digestif.
Deux ordres de fibres forment la tunique musculeuse; les unes, longitudinales, suivent le grand dia-
mètre de l’estomac; les autres ,' circulaires, oocupent le petit. Les premières sont les moins multipliées et les moins uniformément répandues. Elles n 'appartiennent point proprement à l’estomac , mais à l’œsophage, où elles ont toutes leur origine. On observe ceci trèsdistinctement lorsqu’après avoir distendu avec l’air l’œsophage et l’estomac à-la-fois , on enlève avec précaution la tunique séreuse autour de l’orifice cardiaque. On voit alors les fibres œsophagiennes diverger sensiblement entre elles sur cet orifice, et se partager en plusieurs faisceaux distincts. Les plus considérables vont gagner la petite courbure et se prolonger jusqu'au pylore. D’au tres descendent sur le grand culde-sac et suivent la Grande courbure dans toute son
étendue. Enfin quelques fibres rares et éparses se portent sur les deux faces extérieures , et ne peuvent y être suivies à une grande distance. Celles-ci croisent plus ou moins obliquement la direction des fibres circulaires.
Ce sont les fibres circulaires qui appartiennent en propre à l’estomac. Peu nombreuses à l’orifice cardiaque , elles deviennent très-marquées dans tout le reste de l’organe et surtout dans son milieu. On les
Toit se porter parallèlement de la petite a la grande courbure, et se continuer ainsi ensemble, sans qu’on puisse leur assigner un point déterminé d’origine. Une observation délicate paroît avoir prouvé que presque jamais la même fibre ne fait entièrement le tour de l’estomac, et qu’après un certain trajet, elle se perd dans le tissu subjacent , une autre fibre lui succédant aussitôt dans la même direction.
Ainsi on voit que les fibres circulaires existent sur tous les points de l’estomac, tandis que les fibres longitudinales n’existent principalement que sur les deux courbures, en sorte qu’il y a une disproportion évidente entre le nombre des unes et celui des autres.
La tunique muqueuse forme le tégument intérieur de l’estomac. Véritable continuation de celle de l’oesophage, elle en diffère, comme déjà nous l’avons indiqué , par plusieurs caractères imporlans. Rougeâtre dans toute son étendue, recouverte de villosités trèsténues qui lui donnent un aspect lanugineux, elle offre une épaisseur un peu plus grande que la membrane œsophagienne , lisse et dépourvue de productions semblables. Un fluide muqueux très-abondant la lubrifie et forme sur elle un véritable enduit habituel.
Ordinairement, lorsqu’on ouvre l’estomac, on voit sur nette membrane une multitude de plis irrégulièrement disposés et affectant toutes sortes de directions.
Ces plis sont purement accidentels cl dépendent, comme ceux que nous avons remarqués dans î’œsopliage, des contractions de la membrane musculeuse, qui peut seule diminuer détendue par son propre mouvement, tandis que la muqueuse, lout-à-fait dépourvue de contractilité organique sensible, est
412 appareils de la vie organique.
entraînée par la précédente. Les plis quelle forme doivent donc nécessairement se trouver perpendiculaires.aux fibres qui les produisent; et s’ils sont irréguliers , c’est parce que ces fibres sont disposées dans toute sorte (,1e sens. Nous avons vu en effet que plusieurs fibres se portent obliquement sur les deux laces extérieures de l’estomac , tandis que le plus grand nombre suit la direction longitudinale ou circulaire.
Ce que nous disons ici sur la cause des plis de la membrane muqueuse est appuyé par les preuves les plus positives. Si, sur un animal vivant, on ouvre l’estomac distendu par les alimens, aucun pli semblable ne s’observe; mais quand les alimens sont sortis, l’estomac se contracte et les plis paraissent de tous côtés, analogues par leur disposition aux circonvolutions cérébrales. Souvent, dans les cadavres apportés aux amphithéâtres, on ne trouve point ces plis, parce que la contractilité organique sensible de l’estomac a été détruite en grande partie par les maladies longues qui ont précédé la mort des sujets.
Je n’insiste pas davantage sur ce phénomène intéressant , qui est examiné avec beaucoup de détails dans X Anatomie générale. Je me contenterai de remarquer que l’estomac ne présente point dans sa membrane muqueuse ces plis constans qui tiennent à la structure organique, et qu’on remarque dans les intestins sous le nom de valvules conni ventés.
La tunique muqueuse est unie à la musculeuse par un tissu intermédiaire. dense, blanchâtre , dont les anatomistes ont fait une quatrième membrane qu’ils ont nommée nerveuse, quoiqu’on n’ait aucune preuve que ce nom lui convienne. On connaît peu la struc-
ture de ce tissu , qu’au premier aspect on seroit teuté de ranger dans le système fibreux.
C’est aussi entre la tunique muqueuse et la musculeuse que l’on trouve ces petits corps glanduleux remarqués par Brunner, et regardés comme la source du fluide muqueux intérieur. Us se rencontrent presque uniquement dans la longueur des deux courbures : ailleurs ils ne sont pas sensibles.
Tous les vaisseaux de l’estomac lui viennent du tronc cœliaque. L’artère coronaire stomachique et le rameau pylorique de l’artère hépatique se distribuent à sa petite courbure. Les artères gastro-épiploïques droite et gauche occupent la grande courbure et le grand cul-de-sac. Tous s’anastomosent ensemble sur
les faces antérieure et postérieure de l’organe.
L’estomac reçoit ses nerfs du cerveau et des ganglions. C’est sur lui que les nerfs vagues se terminent, en se subdivisant indéfiniment dans la tunique musculeuse. Le plexus cœliaque , division du plexus solaire , lui fournit un grand nombre de rameaux qui accompagnent les artères , et se perdent avec elles entre les tuniques.
L’âge n’influe point sensiblement sur la conformation et la structure de l’estomac. Aussi volumineux proportionnellement chez le fœtus que chez l’adulte, il paroît seulement offrir dans le premier une direction un peu plus oblique et presque perpendiculaire : ceci du reste n’est point aussi marqué qu’on est accoutumé à le dire.
§ III. Fonctions de l’Estomac.
C est dans l’estomac que se passent les phénomènes
44 appareils de la vie organique.
essenliels de la digestion , puisque c’est dans son intérieur que les substances alimentaires sont altérées et réduites, quelles quelles soient, à cet étal d’homogénéité nécessaire pour que lh chyle soit formé ensuite à leurs dépens. Nous n’entrerons ici dans aucun détail sur ces phénomènes, dont l’examen appartient à un traité de Physiologie; nous dirons seulement un mot des mouvemens que l’estomac exécute , mouvemens qui tiennent immédiatement à*sa structure anatomique.
Sous ce point de vue , toute notre attention doit se porter sur la tunique musculeuse, puisqu’elle seule, comme nous l’avons dit , peut exercer des mouvemens sensibles. Les autres tuniques, bornées à la contractilité insensible, suivent, chacune à sa manière, l’impulsion qui leur est communiquée par celle portion essentielle et constitutive de l’organe. La séreuse abandonne en pariie l’estomac contracté et se déploie sur l’estomac dilaté, tandis que la muqueuse, qui ne se trouve en rapport de largeur qu’avec l’estomac dilaté, est forcée de se replier lorsque l’estomac a diminué de vol unie.
La tunique musculeuse est susceptible de mouvemens dans tous les sens et dans toutes les directions , vu la disposition des fibres qui la composent. Mais le plus grand nombre de ces fibres est disposé suivant les directions longitudinale et circulaire , c'est-à-dire suivant le grand et le petit diamètre de l’organe. Les
principaux
mouvemens de 1 estomac se font donc on
deux sens seulement, suivant la longueur et suivant la largeur. Des effets tout difl’érens en résultent. Lorsque les libres longitudinales se contractent, il y a ton-
jours mouvement de totalité dans l’estomac : ses extrémités cardiaque et pylorique sont rapprochées l’une de l’autre, et les orifices demeurent parfaitement libres. Ce phénomène est donc entièrement relatif à la progression des substances alimentaires et tend à la favoriser.
Il n’en est pas de même de la contraction des fibres circulaires : celle-ci peut avoir lieu dans tout l’organe à-la-fois , ou successivement dans ses diverses parties. Si elle a lieu dans tout l’organe à-la-fois , nécessairement il doit en résulter l’occlusion complète de ses deux orifices, plus étroits que la portion moyenne, et spécialement de l’orifice pylorique , dont la valvule diminue naturellement la largeur. Les substances alimentaires sont donc réellement renfermées alors dans l’estomac; et c’est là, en effet, le premier phénomène qui succède immédiatepient à la déglutition. Lorsque, au contraire, la contraction des fibres circulaires a lieu successivement dans les divers points de l’estomac, les alimens sont forcés de se déplaeer et de se porter dans la direction que celte contraction lui imprime. Dans l’état naturel , cette contraction succède à l’élaboration des substances , et commence vers l’orifice cardiaque pour finir a l’orifice pylorique : c’est ce qui constitue le mouvement péristaltique, par lequel les alimens sont poussés dans le duodénum. Dans l’état morbifique, la contraction se fait à des époques indéterminées et commence au pylore pour finir à l’orifice cardiaque : c’est ce qui constitue le mouvement anti-péristaltique, par lequel les alimens retournent dansl’œsophage pour être rejetés au dehors.
article quatrième.
Du Duodénum.
§ Ier. Disposition. Organisation extérieure.
Le duodénum , nommé ainsi parce que sa longueur est ordinairement estimée à douze pouces , occupe la partie moyenne profonde de l'abdomen, où il se trouve caché , soit par l’estomac , soit parla portion transversale du colon et par le méso-colon. Appliqué sur la colonne vertébrale, assujetti en devant par le péritoine, qui passe sur lui sans lui former aucun repli postérieur, il a une situation fixe et constante que ne présentent ni l’eslomac ni les autres parties du conduit intestinal , ce qui permet d’indiquer plus exactement ses rapports.
En haut, le duodénum correspond au foie, à une partie du col de la vésicule biliaire 5 en bas, il est borne par le feuillet inférieur du méso-colon ; en devant, il répond au feuillet supérieur de ce même repli et média tement à la face postérieure de l'estomac ; en arrière, aux parties antérieure et latérale droite de la colonne vertébrale , dont Je séparent la veine cave , l’aorte et le pilier droit du diaphragme.
Le duodénum , moins volumineux que l'estomac , l’est beaucoup plus que la longue portion intestinale qui lui succède.; ii peut facilement acquérir une amplitude considérable, ce qui tient à son défaut de tunique séreuse, le péritoine ne le recouvrant qu’antérieurement , comme nous le verrons bientôt. C est co volume qui lui a fait souvent domier par les anato-
ME LA bIGESTIOIf. 4^7
mistes le nom de second ventricule , ou second estomac.
La direction du duodénum mérite surtout d’être remarquée. Elle change deux fois d’une manière trèstranchée, ce qui oblige de distinguer cet intestin en trois portions ou courbures. La première commence au pylore , immédiatement après le rétrécissement formé par la valvule ; elle se dirige horizontalement en arrière et un peu à droite , et finit près du col de la vésicule biliaire, en sorte quelle forme avec la seconde portion un angle assez marqué. Continue immédiatement avec l’estomac, celte première portion participe de sa mobilité, et toujours est la moins fixe des trois, parce que le péritoine la recouvre dans presque toute son étendue, et que l’épiploon gastro-hépatique s’attache à elle en partie. Souvent , sur le cadavre , on la trouve colorée en jaune par la bile, comme le pylore, et par la même raison.
La seconde portion commence près du col de la vésicule , et finit vers la troisième vertèbre des lombes. Elle est presque perpendiculaire , un peu oblique cependant en bas et à gauche. Recouverte en devant par le feuillet supérieur du méso-colon, elle ne lui adhère point sensiblement , mais lui doit seulement sa fixité constante. En arrière, elle répond au côté droit du corps des vertèbres et au rein droit , en dedans au pancréas.
La troisième portion ne forme point d’angle avec la seconde, mais se continue avec elle d’une manière insensible vers la troisième vertèbre lombaire. Elle se dirige transversalement à gauche au-devant de la colonne vertébrale qu’elle embrasse , et finit au-dessus des vaisseaux mésentériques supérieurs qui la croisent m. 27
4*8 APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE, en devant et qui l’assujettissent. Renfermée dans l'écartement «les deux feuillets du inéso-colon , elle répond en haut au pancréas.
On voit , d’après ces détails, i°. que le duodénum forme une espèce de demi-cercle , dont la convexité est à droite, la concavité à gauche; 2°. que ses deux portions inférieures sont les seules parfaitement fixes; 5°. que le pancréas se trouve circonscrit entre ses courbures et borné en haut , en bas et à droite par ses trois portions. C’est à l’union de la seconde avec la troisième que l’on trouve, en arrière, l’embouchure des conduits cholédoque et pancréatique dans le duodénum.
Voilà les seuls objets remarquables que nous présente ie duodénum considéré à f extérieur. Sa surface interne , muqueuse, offre, comme celle de l’estomac , un aspect rougeâtre et lanugineux ; mais on y voit en outre une multitude de replis circulaires fort rapprochés les uns des autres , formés par la seule membrane interne , et dépçndans de l’organisation primitive , en sorte qu’ils ont également lieu dans tous les états du duodénum , ne correspondent point aux mouvemens delà tunique musculeuse, et ne s'effaceraient que dans une dilatation extraordinaire et excessive de l’intestin. On nomme ces replis valvules coimi ventes. Leur largeur if est que de trois à quatre lignes. Quoique je les aie supposés circulaires , c’est-à-dire , dirigés suivant le petit diamètre de l’intestin , comme ils le sont en effet presque tous , il n’est point rare d'en voir qui se dirigent obliquement, et qui s’entre-croisent avec les replis voisins.
On voit donc que les valvules conniventes diffèrent absolument de ces rides irrégulières qui se re-
DE LA DICESTION. /j. 1 9
marquent dans l’estomac, et qui n’ont lieu que momentanément. Oji attribue à ces valvules l’usage de retarder le trajet des substances alimentaires pour favoriser leur pénétration par la bile et le suc pancréatique , ainsi que 1 absorption du chyle.
On trouve encore , dans l’intérieur du duodénum, à l’union de la seconde et de la troisième courbures, l’orifice des conduits cholédoque et pancréatique. Tantôt ils sont isolés , mais fort rapprochés l’un de l’autre ; tantôt ils sont réunis en un seul. Toujours le point de leur embouchure est marqué par un tubercule saillant , au sommet duquel s’observe une ouverture allongée.
En haut , le duodénum se termine à la valvule pylorique, par l’ouverture de laquelle il communique librement dans l’estomac. En bas , il se continue avec l’intestin grêle , au-dessous des vaisseau* mésentériques supérieurs , et n’offre rien dans son intérieur qui indique entre lui et cet intestin des limites exactes.
§ II. Organisation intime.
Le duodénum diffère et de l’estomac et des autres intestins par le défaut de tunique séreuse. Le péritoine ne le recouvre qu’acciden tellement , pour ainsi dire , et peut être enlevé de dessus lui avec facilité. C’est aux deux feuillets du méso-colon transverse qu’il doit l’enveloppe péritonéale, qu’il possède seulement dans sa partie antérieure. Le feuillet supérieur passe au-devant de la portion perpendiculaire , s’avance sur la moitié supérieure de la portion transversale appuyée en bas sur le feuillet
inférieur, et se réunit à ce dernier, après avoir quitté l’intestin , en sorte que celte portion transversale se trouve renfermée dans l’écartement triangulaire postérieur du méso-colon.
La tunique musculeuse , formée principalement de fibres circulaires , n’offre rien de remarquable, la couleur et la disposition de ces fibres étant la même que dans cèllés de l’estomac.
La tunique muqueuse offre les valvules conniventes nombreuses dont npus avons parlé ; elle est donc beaucoup plus large que la musculeuse , et cette étendue se trouve en rapport direct avec l’absorption chyleuse qui commence dans cet intestin , où elle est très-active. L’épaisseur de cette tunique muqueuse est égale à celle de la tunique semblable de l’estomac , dont elle est la continuation, et dont elle partage tous les autres caractères.
Entre la tunique muqueuse et la musculeuse , on trouve , comme à l’estomac , ce tissu dense et solide , que les anciens appeloient gratuitement tunique nerveuse. On y trouve aussi une grande quantité de glandes muqueuses aplaties , dont les conduits excréteurs traversent la membrane, sür laquelle ils s’ouvrent intérieurement.
Le duodénum reçoit ses artères principales de la gastro-épiploïque droite , branche de l’hépatique : la splénique lui- en fournit aussi plusieurs près de son origine. Ses nerfs lui viennent uniquement du plexus solaire : aucun nerf cérébral ne se distribue à ses parois.
§ 111. Fonctions du Duodénum.
C’est dans le duodénum que sé passe la seconde
partie essentielle de la digestion, je veux dire la division de la niasse alimentaire en deux portions, l’une nutritive , l’autre non-nutritive , par le mélangé de la bile et du suc pancréatique. C’est aussi dans son intérieur que commence et que s’exécute en partie l’absorption chyleuse. Nous n’insisterons point ici sur ces deux phénomènes purement physiologiques ; nous ferons seulement deux remarques anatomiques qui y sont directement relatiyes.
La première , c’est que la fixité du duodénum est une' condition nécessaire pour l’exercice de ses fonctions. Le duodénum, en effet, ne fournit point luiméme, comme l’estomac, les fluides destinés à opérer X altération qui se passe au-dedahs de lui; il reçoit ces fluides de deux organes glanduleux voisins , et ces prganes étant nécessairement fixes , il devoit l’être comme eux.
La seconde, c’est que les courWres du duodénum suppléent au désavantage qui pourroit résulter de sa fixité , en favorisant le séjour des matières alimentaires, séjour nécessaire pour que les phénomènes digestifs soient exécutés ayec l’exactitude convenable. , .
ARTICLE CINQUIÈME
De V Dites tm grêle .
§ Ier. Disposition. Organisation extérieure.
L’intestin grêle , siège essentiel de l’absorption , occupe la partie moyenne et inférieure de l’abdomen. Irrégulièrement disposé , et flottant librement dans
celle cavité, il forme, par ses coniours multipliés et rapproches les uns des autres , une masse considérable , circonscrite de tous côtés par les gros intestins. Cette circonscription n’est pas par-tout également exacte. En haut, la portion transversale du colon, fort avancée et soutenue en arrière par le vaste repli horizontal du péritoine, que l’on nomme méso-colon transverse , forme a l’intestin grêle une limite assez exacte , et le sépare absolument de l’estomac , du pancréas, du foie, de la rate, placés dans la région supérieure de l’abdomen. Mais en bas , le cæcum et la portion iliaque gauche du colon, simplement rapprochés l’un de l’autre , permettent facilement à l’intestin grêle de se plonger dans le bassin , où il est effectivement presque toujours engagé en grande partie. Enfin , sur les côtés , les portions lombaires du colon , fixe'es profondément dans la partie la plus reculée de l’abdomen , et dépourvues de repli péritonéal , permettent à l’intestin grêle de se porter audevant d’elles , et de correspondre immédiatement dans cet endroit aux parois abdominales. Ces parois bornent antérieurement et retiennent l’intestin grêle, qui en est séparé seulement par un vaste repli péritonéal lâche et flottant, nommé grand épiploon.
îl semble, au premier coup d’œil , qu’on ne puisse assigner aucune direction à l’intestin grêle , vu l’extrême laxilé de ses attaches et l’état confus dans lequel ses diverses portions se présentent ; mais si , faisant abstraction de celle masse qui en constitue la plus grande partie, on examine l’endroit où il commence, et celui où il finit; si l’on a égard à la direction trèsbien déterminée du repli péritonéal qui le soutient, on
■verra que , pris dans son ensemble, il se porte obliquement de haut en bas et de gauche à droite. En effet, son origine a lieu au-dessous des vaisseaux mésentériques supérieurs , au côté gauche du méso-colon transverse, et c est dans la région iliaque droite qu’il se termine , en s’attachant dans la partie latérale du cæcum. Quant à la disposition du mésentère , nous en parlerons dans un instant.
Mais on doit attacher peu d’importance à cette direction générale ; l’attention doit surtout se porter sur cette multitude d’inflexions particulières que l’intestin grêle forme dans son trajet , et que l’on nomme circonvolutions . Les courbes principales qu'il décrit offrent leur concavité du côté de la colonne vertébrale, leur convexité du côté des parois de l’abdomen
La longueur de l’intestin grêle est très-considérable. On a dit quelle égaloit quatre ou cinq fois la hauteur du corps de l’individu ,* mais je doute que cette estimation soit exacte et bien fondée. Nous savons, en effet, qu’il n’y a ordinairement nulle proportion entre le volume des viscères gastriques et la stature générale du corps ; que celle-ci dépend presque uniquement de la longueur des membres inférieurs , et que les cavités thorachique et abdominale sont , aussi-bien . que les organes qu’elles contiennent, àpeu-près aussi considérables chez les sujets de la plus petite taille que chez ceux de taille gigantesque. On n’a donc pas ici deux [termes de comparaison proportionnés et relatifs l’un à l’autre.
Presque tous les anatomistes distinguent deux intestins grêles, sous les noms de jéjunum et iléuni ..
424 Appareils de la vie organique,1 Ils se fondent sur plusieurs caractères plus ou moins incertains , et Winslow , se réduisant à leur tracer des limites artificielles, a nommé jéjunum les deux cinquièmes supérieurs du canal ; iléum , les trois cinquièmes inférieurs. Nous croyons, avec Haller, que celte distinction est tout-à-fait inutile , et que l’on doit considérer comme un seul intestin toute la portion flottante du tube alimentaire.
L’intestin grêle offre , comme son nom l’indique , une différence de volume très-marquée d’avec les autres organes digestifs ; mais il est susceptible d’une ampliation considérable, comme on le voit dans mille circonstances.
Sa surface externe , lisse, polie, blanchâtre, appartient à la membrane séreuse qui entre dans son organisation. On y voit des anastomoses assez nombreuses, formées par les vaisseaux mésentériques. Quelquefois , mais rarement , elle présente des appendices graisseuses irrégulièrement disposées , appendices que nous remarquerons en grand nombre sur les gros intestins. Libre dans presque toute son étendue, cette surface tient en arrière à un repli considérable du péritoine , repli qui porte le nom de mésentère. C’est lui qui suspend l’intestin grêle et qui , en lui laissant une extrême mobilité, détermine cependant en partie sa direction et ses rapports. Formé de deux feuillets , le mésentère sç continue en haut par le premier avec le méso-colon transverse , tandis que, par le second, il se fixe en bas à la colonne vertébrale, dans une ligne oblique de haut en bas et de gauche à droite. Etroit dans la plus grande partie de son étendue , il s’élargit tout-à-coup antérieurement
en se rapprochant de l’intestin , pour se prêter à la longueur de celui-ci. Cette inégalité de largeur du mésentère est évidemment la cause principale des contours multipliés que fait l’inieslin grele , retenu d’ailleurs et assujetti par les parois abdominales.
La surface interne de l’intestin grêle offre le même aspect que dans le duodénum. On y voit, d une manière fort sensible , ces villosités multipliées dont nous avons déjà parlé. Elles paraissent disposées sous la forme de franges irrégulières , plus ou moins saillantes et flottantes dans la cavité intestinale. Leur rougeur habituelle est due aux dernières ramifications des vaisseaux sanguins qui s’y distribuent.
Les valvules conniventes sont extrêmement prononcées dans l’intestin grêle. Formées comme dans le duodénum, elles y ont aussi la même disposition. On les trouve beaucoup plus nombreuses dans la partie la plus rapprochée de ce dernier intestin ; elles diminuent ensuite progressivement, et ne se remarquent presque plus dans la partie voisine du cæcum. Tout ceci est en rapport assez direct avec l’usage qu’on attribue à ces valvules , de favoriser l’absorption. En effet, d’un côté, c’est à l’intestin grêle que cette fonction appartient principalement ; de l’autre 1 absorption , très-active dans la moitié supérieure de cet intestin , diminue à mesure qu’on se rapproche du cæcum et du colon, dans lesquels tout tend à l’excrétion.
L intestin grele se continue supérieurement avec le duodénum , au-dessous et au côté gauche des vaisseaux mésentériques supérieurs. En bas , il se termine dans le cæcum, au milieu de la région iliaque droite.
Celte terminaison ressemble beaucoup à celle de l’ œsophage dans l’estomac. L’intestin grêle se porte en effet transversalement , tandis que le cæcum et le colon ont une direction verticale. L’embouchure de F un dans l’autre est un peu oblique de bas en haut ; intérieurement elle est remarquable par une valvule dont nous parlerons en traitant des gros intestins.
§ II. Organisation intime.
Elle est essentiellement la même que dans l’estomac , sauf quelques différences de disposition que nous allons indiquer.
Pour concevoir comment le péritoine se comporte à l’égard de l’intestin grêle , il faut prendre cette membrane au bord postérieur du méso-colon transverse et la suivre quelque temps dans son trajet. Partie de cet endroit , elle se porte en bas et en devant dans la cavité abdominale , où elle est libre et forme le premier feuillet du mésentère. Parvenue à la partie supérieure de l’intestin grêle, elle s'étendsur lui et l’enveloppe de haut en bas , dans presque toute sa circonférence , puis , revenue inférieurement à l’endroit où elle avoit commencé à le recouvrir, elle l’abandonne, se reporte en arrière et en haut, formant le second feuillet du mésentère , et se fixe au-devant de la colonne vertébrale , sur laquelle elle se réfléchit aussitôt en bas pour continuer son trajet Général. Ainsi le mésentère résulte de deux feuillets péritonéaux , ou plutôt d’un feuillet unique, replié sur lui-même et contenant l’intestin tout entier dans l’endroit de sa duplicature. TJ11 espace triangulaire
séparé l une de l’autre ces deux lames membraneuses au moment où elles abandonnent l’intestin pour se rapprocher. Dans cet espace , l’intestin n’adhère donc point au péritoine , et peut en quitter ou en reprendre une plus grande portion , suivant qu’il diminue ou qu’il augmente de volume , disposition déjà observée à l’estomac. On mesure très-facilement l’étendue de cet espace , en remarquant la distance qui existe entre l’intestin et les dernières arcades formées par les rameaux de l’artère mésentérique supérieure. Ces arcades, en effet , cessent toujours au point où les deux lames cessent d’adhérer ensemble : au-delà on ne voit plus que des rameaux artériels isolés qui se portent parallèlement entre eux sur les parties supérieure et inférieure du tube intestinal. L’intestin s’éloigne d’autant plus de ces arcades qu’il se contracte davantage ; il s’en rapproche en se dilatant. Dans le premier cas , les rameaux parallèles paroissent appartenir en grande partie au mésentère ; dans le second , ils se trouvent tout entiers sur l’intestin.
Le mésentère contient entre les deux lames qui le constituent , un grand nombre de glandes lymphatiques , plus volumineuses chez l’enfant que chez l’adulte , et toujours fort irrégulièrement disposées. Mais on ne les trouve que dans l’endroit où les deux lames adhèrent entre elles ; aucune glande semblable ne s’observe au-delà des dernières arcades .artérielles , et c est encore un moyen aisé de déterminer au premier coup-d’œil l’étendue de l’espace triangulaire dont nous parlions tout-à-Wheure.
La tunique musculeuse , presque uniquement formée de fibres circulaires, offre seulement quelques
fibres longitudinales vers la partie convexe de l'inteslin , un tissu cellulaire assez lâche la sépare de la tunique péritonéale.
La tunique muqueuse , remarquable par les villosités dont nous avons déjà parlé plusieurs fois , est un peu plus épaisse que dans l’estomac. Les valvules conniventes qu’on y trouve lui donnent une amplitude naturelle qui excède de beaucoup celle de la tunique musculeuse, et favorise la dilatation générale de l’intestin. Du reste , l’organisation de cette tunique intérieure est la même que dans les autres parties du conduit alimentaire. On y a trouvé un grand nombre de petites glandes muqueuses réunies en forme de grappes et situées principalement vers l’endroit qui correspond à l’attache du mésentère. Peyer, qui les a remarquées , leur a donné son nom. Elles sont difficiles à découvrir.
Un tissu dense , nommé improprement membrane nerveuse , sépare ici , comme au duodénum , les tuniques muqueuse et musculeuse.
L’artère méseptérique supérieure est la source de tous les vaisseaux qui se distribuent à l’intestin grêle , comme le plexus solaire est le seul centre d’où il reçoive des nerfs.
§ III. Fonction de V Intestin grêle.
Tout est fait ici pour l’absorption. La mobilité de l’intestin grêle est en rapport avec l’état des substances alimentaires au ^moment où elles y arrivent. Elles ont subi , en effet, toutes les altérations auxquelles elles dévoient être soumises , et aucun fluide étranger
de la digestion. 429
à la cavité qui les renferme ne doit désormais leur être fourni. La disposition des fibres musculaires permet à l’intestin de se rétrécir beaucoup plus que de se raccourcir , en sorte qu’il agit d’une manière plus directe sur la masse alimentaire. Enfin la longueur considérable et les circonvolutions multipliées du tube intestinal laissent long-temps les substances en contact avec les orifices des vaisseaux absorbans ouverts de toutes parts sur la membrane muqueuse.
ARTICLE SIXIÈME
Des Intestins Cæcum et Colon,
§ Ier. Disposition. Organisation extérieure.
O N comprend ordinairement le rectum avec ces deux portions du tube alimentaire sous le nom collectif de gros intestins ; mais le rectum offre des caractères tout-à-fait particuliers qui obligent de le décrire isolément pour s’en former une idée juste.
Le cæcum et le colon sont disposés de manière à former une espèce de cercle qui circonscrit les deux tiers inférieurs de la cavité abdominale , et au milieu duquel l’intestin grêle se trouve placé. Par-tout ils correspondent aux parois de l’abdomen par une partie de leur surface extérieure. Par-tout ils sont plus ou moins fixes dans la place qu’ils occupent, et il est rare de les trouver dérangés , tandis que les diverses portions de l’intestin grêle le sont si fréquemment.
Le cæcum et le colon diffèrent peu l’un de l’autre , excepté par la longueur. Nous les isolerons cependant
Zpo APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE.
l’un de l’autre dans cette première partie de la description , pour simplifier l'élude.
Du Cæcum..
î jC cæcum occupe la région iliaque droite, la remplit en entier , et ne s’étend point au-delà del’endroît où il reçoit l’extrémité inférieure de l’intestin grêle. Aucune autre limite exacte ne peut être tracée entre lui et le colon, qui le surmonte. Son volume est toujours considérable et surpasse sensiblement celui du colon. Assujetti parla disposition du péritoine, il est peu succcptible de changer de place. En devant , il répond aux parois abdominales ; en arrière , aux muscles psoas et iliaque ; en dedans, à l’intestin grêle. On ne peut lui assigner aucune direction particulière , tous ses diamètres étant à-peu-près égaux.
La surface extérieure du cæcum offre une multitude de bosselures très-volumineuses , irrégulières , formées aux dépens de toutes les tuniques intestinales, et interrompues en trois endroits par des enfoncemens longitudinaux assez profonds. Elles sont dues à la disposition de trois bandelettes de fibres musculaires longitudinales , sur lesquelles nous reviendrons en parlant de l’organisation intime des deux
intestins.
On voit aussi sur celle surface plusieurs appendices formées par des replis particuliers du péritoine et remplies de graisse. Ces appendices n’ont rien de constant dans leur noriibre ni dans leur volume : elles sont moins multipliées que sur le colon.
Enfin la surface externe présente à gauche 1 insertion de l’intestin grêle. Cet endroit est marqué par
un léger enfoncement circulaire et par une épaisseur un peu plus grande dans les parois dn cæcum ; épaisseur due à la valvule qui répond intérieurement à celle partie.
En haut, le cæcum se continue immédiatement avec le colon ; en bas, il forme un véritable cul-de-sac arrondi , bosselé comme le reste de la surface , et présentant 11 droite et en arrière une appendice très-remarquable que l’on nomme vermforrne ou cœcale.
Celle appendice cylindrique offre la grosseur d’un médiocre tuyau de plume à écrire , une longueur variable , mais qui ne va-guère au-delà de deux pouces et demi ou trois pouces. Libre dans presque toute sa circonférence, elle est repliée sur elle-même , et assujettie à gauche contre le cæcum par un repli péritonéal qui lui est propre. Sa surface extérieure est lisse , polie , blanchâtre parsemée de vaisseaux sanguins fournis par l’artère iléo-colique. Terminée supérieurement au cæcum , elle finit en bas par un culde-sac arrondi. Celte appendice est creuse dans toute sa longueur; mais sa cavité , qui n’a guère que deux lignes de diamètre , est disproportionnée à l’épaisseur des parois qui la forment , épaisseur égale à celle des intestins. Un fluide muqueux remplit habituellement cette cavité ouverte en haut dans le cæcum. On trouve dans l’appendice cœcale la même organisation, intime que dans les intestins. Le péritoine lui forme une tunique séreuse, au-dessous de laquelle on observe une tunique musculeuse fort épaisse , composée presqu’en entier de fibres longitudinales. La membrane muqueuse du cæcum se prolonge dans la cavité et la tapisse en entier.
On voit donc que l’appendice cœcale peut être considérée comme un petit intestin accessoire. Quels sont ses usages? on l’ignore ; et tout ce que l’inspection prouve , c’est quelle verse habituellement dans le cæcum une grande quantité de fluide muqueux : mais son extirpation , tentée quelquefois sur les animaux , n’a pas paru apporter de trouble sensible dans la suite des phénomènes digestifs.
La surface interne du cæcum est remarquable sous plusieurs rapports. On y voit d’abord trois saillies longitudinales placées à égale distance les unes des autres , et répondant aux enfoncemens qui séparent à l’extérieur les bosselures dont nous avons parlé. Les intervalles de ces saillies nous offrent des demicellules assez profondes répondant à ces mêmes bosselures et séparées par des replis transverses. Ces replis diffèrent absolument des valvules conniventes par la manière dont ils sont formés , puisque , comme nous le verrons , toutes les tuniques de l’intestin y concourent , et que , loin de s’effacer dans la dilatation de cet organe , ils augmentent nécessairement lorsqu’elle a lieu.
Vers le cul-de-sac inférieur du cæcum on trouve l’ouverture de l’appendice. Elle est toujours libre et béante dans l’intestin ; sa largeur excède un peu celle du reste de la cavité qu’elle termine.
Enfin l’endroit où le cæcum se continue en haut avec le colon , et reçoit en dehors l’intestin grêle , est marqué par une valvule très-importante , destinée à empêcher le retour des matières cxcrémentiliclles qui l’ont une fois franchie , et à établir ainsi une limite exacte entre la portion du tube digestif où l’ab-
Sorplion s’opère , et celle où l’excretion commence. Cette valvule , décrite par Bauliin , est connue sous le nom d ' ilêo- cœcole , ou iléo-colique , parce que, formée essentiellement d’un coté par la fin de l’intestin grêle , ordinairement nommée iléum , elle est commune de l’autre au cæcum et au colon. Pour s’en former une image exacte , il faut isoler une portion intestinale qui comprenne le cæcum , le commencement du colon et l’iléum, lier le colon , et distendre toute cette partie au moyen de l’air poussé par l’iléum, puis faire sécher l’intestin de manière à ce qu’il conserve l’état de distension où on l’a mis. On ouvre alors le cæcum à droite , c’est-à-dire , du côté opposé à l’embouchure de l’iléum , et on voit un la rge repli semi - lunaire , transversalement dirigé, répondant par sa face supérieure au colon , par l’inférieure au cæcum, par son bord convexe à l’embouchure de l’iléum et aux parois du cæcum où il est fixé , libre et flottant dans le cæcum par son bord concave. Ce bord concave , simple à ses extrémités , est divisé dans.son milieu en deux lèvres par une fente allongée, fente qui conduit directement dans l’iléum.
D’après celte première inspection, et sans entrer dans aucun autre détail , il nous est aisé de déterminer l’usage de la valvule iléo-cœcale ; car , r°. les matières sont poussées transversalement de l’iléum dans le cæcum, et franchissent par conséquent sans* aucun obstacle l’ouverture de la valvule qui se trouve dans la même direction ; 20. soit que les matières passent du cæcum dans le colon selon leur cours naturel , soit qu’elles retournent extraordinairement du colon dans le cæcum , elles sont toujours mues ni. 28 ‘
434 appareils de la VIE organique.
dans une direction verticale , opposée à celle de l’ou^ verture de la valvule. Par conséquent , dans ces deux derniers cas , les matières pousseront nécessairement devant elles l’une ou l’autre lèvre de l’ouverture , l’appliqueront contre la lèvre opposée , et se fermeront ainsi à elles-mêmes toute voie de retour dans l’iléum.
La valvule iléo-cœcale est formée principalement par la membrane muqueuse des gros intestins , repliée sur elle-même et continuée par l’ouverture du Lord concave avec la membrane muqueuse de l’intestin grêle. Cette valvule est donc fermée dans son milieu par quatre feuillets muqueux , dont deux appartiennent aux intestins cæcum et colon , et deux à l’iléum. Vers ses extrémités, au contraire, deux feuillets muqueux seulement la constituent , 1 iléum ne concourant plus à sa formation.
Ces feuillets muqueux sont les seules parties que la valvule présente dans sa moitié supérieure , qui répond au colon ; mais dans la moitié inférieure , qui répond au cæcum , et qui est un peu plus large , on trouve entre les lames membraneuses une çouche très-dense de fibres musculeuses blanchâtres , disposées dans la même direction que celles de l’iîéum, avec lesquelles elles se continuent. Ainsi l’iîéum ne concourt en haut à former la valvule que par le prolongement intérieur de sa tunique muqueuse, la musculaire se continuant avec celle du colon < tandis qu’en bas , la valvule est formée par toute l’épaisseur de l’iléum , dont les membranes musculaire et muqueuse se prolongent ensemble dans la cavité du cæcum.
DÉ LA DlGES'l'lÛft* 4$5
L’organisation intime du cæcum étant la meme que celle du colon , nous la considérerons dans tous les deux à-la-fois.
Du Colon.
Le colon forme la partie la plus considérable des gros intestins. Il s’étend depuis la région- lombaire droite jusqu a la région iliaque gauche qu’il remplit. Vertical à droite , il devient horizontal dans le milieu de son trajet , reprend à gauche la direction verticale , et se contourne en S à l’endroit où il finit. De là l’usage où l’on est de le diviser en quatre portions , i°. colon lombaire droit; 2°. colon transverse; 3°. colon lombaire gauche ; /\° • S du colon ou colon iliaque gauche. Nous suivrons en partie cette division favorable à la description anatomique , et nécessitée par les caractères différens que présente à l’extérieur le colon dans ses diverses portions.
Le colon lombaire droit commence au cæcum et finit vers le rebord des fausses côtes. Recouvert en devant par le péritoine , il en est dépourvu en arrière, où il touche à nu le rein. Cette disposition de la membrane séreuse lui donne une fixité à-peu-près égale à celle du duodénum. En dedans, il tient à la portion du péritoine qui forme les feuillets supérieur du mésentère , et inférieur du méso - colon transverse ; en dehors , il répond aux parois abdominales. Le volume du colon lombaire droit est ordinairement médiocre et ne surpasse pas beaucoup celui de l’intestin grêle ; leur différence respective ne s’observe que quand on les dilate l’un et l’autre pour les comparer.
Le colon transverse forme la plus longue et la plui volumineuse des quatre portions ; il règne tout le long du rebord inférieur de la poitrine. Sa forme extérieure permet de lui considérer, comme à l’estomac, deux faces et deux courbures. La face supérieure répond en partie au foie , et se trouve en partie au-de- Vant de la grande courbure de l’estomac, qui , comme nous l’avons vu ci-devant , se prolonge plus ou moins sur elle selon que l’estomac est plus ou moins dilaté. La face inférieure répond à la masse de l’intestin grêle. La courbure convexe ou antérieure donne attache au grand épiploon et se trouve en contact immédiat avec les parois abdominales : aussi est-ce presque toujours le colon qui forme dans cet endroit, par l’écartement des fibres aponévrotiques , ces hernies abdominales souvent attribuées à l’estomac. La courbure postérieure ou concave donne attache à un repli péritonéal considérable nommé méso-colon transverse en raison de sa direction. Ce repli prolongé horizontalement en arrière , forme , avec la portion intestinale qu’il soutient , une espèce de cloison mobile qui sépare la cavité de l’abdomen en deux parties inégales , dont la supérieure , étroite , renferme l’estomac , le foie , la rate , le duodénum et le pancréas, tandis que l’inférieure , plus large , contient l’intestin grêle. C’est au méso-colon transverse que le colon doit la mobilité dont il est susceptible ici , et qui en permet quelquefois le déplacement.
Le colon lombaire gauche, profondément caché dans la région du même nom , présente les mêmes caractères de volume , de fixité , de rapports , que le colon lombaire droit; en dedans, il tient au feuillet
Dr DA digestion. 4?7
supérieur du méso-colon iliaque qui vient le recouvrir antérieurement.
Enfin , la portion iliaque gauche du colon , médiocrement volumineuse , est de toutes la plus mobile et la plus analogue sous ce rapport à l’intestin grêle. Comme lui , elle est enveloppée dans presque toutson contour par le péritoine , qui lui forme en haut et en arrière un repli fort étendu et fort lâche , fixé très-obliquement de haut en bas et de gauche à droite à la colonne vertébrale , et nommé méso-colon iliaque* Comme lui , elle forme plusieurs ciropnvolutions , ce qui l’a fait comparer à une S. Elle commence à la fin de la région lombaire et finit au détroit supérieur du bassin , vers l’union du sacrum avec la dernière vertèbre des lombes j en devant , elle répond aux parois abdominales ; en arrière , aux muscles iliaque et psoas.
Tels sont les caractères qui distinguent entre elles les diverses portions du colon ; mais toutes se rapprochent pac plusieurs. caractères communs dans leur organisation extérieure. Par-tout le côlon offre des bosselures semblables à celles du cæcum et interrompues de même par trois dépressions ou gouttières longitudinales dues à des bandelettes musculaires.. Ces bosselures sont, en général, un peu moins prononcées qu’au cæcum ; elles deviennent à peine sensibles dans le colon iliaque gauche , et disparaissent tout-àfait à l’endroit où cette portion se continue avec le rectum. * '
On voit dans toute l’étendue du colon une multitude de ces appendices adipeuses dont nous avons, parlé en décrivant le cæcum. Ce sont des replis par-
438 APPAREILS T) F. LA VIE ORGANIQUE, tiruliers formés par le péritoine , et dans lesquels se trouve contenue plus ou moins abondamment une graisse jaunâtre et demi-fluide. Leur nombre et leur disposition varient selon les portions qu’on examine. Elles sont tellement multipliées sur les portions lombaires, que l’intestin en paroît souvent entièrement recouvert comme d’un paquet unique et continu. Sur le colon transverse , elles sont moins nombreuses , et se montrent souvent isolées les unes des autres sous la forme de petits globules aplatis ; enfin , elles sont rares et peu volumineuses sur le colon iliaque.
§ II, Organisation intime ,
;; nurr-r. : . :.?»;'••• . t ia*.
Le péritoine se comporte d’une manière fort différente à l’égard des intestins cæcum et colon et des diverses portions de ce dernier. Il recouvre la plus grande partie du cæcum , l’enveloppe même en totalité dans sa partie inférieure ; mais après l’avoir recouvert en devant et sur les côtés , il se réfléchit en dehors sur les parois abdominales sans lui former de repli postérieur sensible. Aussi le cæcum ne peut être déplacé en entier sans qu’on divise le péritoine, et sa tunique musculeuse louche à nu le muscle iliaque dans une assez grande étendue.
Les portions lombaires droite et gauche du colon sont encore plus assujetties. Le péritoine ne fait que passer au-devant d’elles, leur. adhère dans cet endroit , mais les abandonne tout de suite en dehors pour revenir sur les muscles abdominaux. Ceci n’est cependant pas parfaitement constant. Il est des sujets chez qui le péritoine forme à chacune de ces deux
DK LA DIGESTION. 4^9
portions un petit repli postérieur qu’on a nommé méso-colon lombaire droit et gauche : on l’observe surtout chez les en fans , qui , sous ce point de vue , diffèrent assez habituellement des adultes.
Nous avons dit que le péritoine formoit un repli considérable avant de se porter sur le colon transverse. Deux feuillets composent ce repli ou mésocolon. L’inférieur vient du mésentère ; le supérieur vient de l’arrière-cavité péritonéale, où il a recouvert en devant le duodénum. Réunis ensemble, ils contiennent entre eux un assez grand nombre çle glandes lymphatiques , moins cependant que le mésentère ; ils contiennent aussi les vaisseaux coliques , branches de l’artère mésentérique supérieure. Parvenus près, du colon , ces deux feuillets s’écartent , laissent entre eux et l’intestin un petit espace triangulaire semblable à ceux que nous avons observés ailleurs , destinés aux memes usages , faciles à mesurer par- les mêmes procédés : on les trouve un peu moins larges que ceux de l’intestin grêle. Les deux feuillets recouvrent ensuite les deux faces du colon , y adhèrent, et vont former au-delà le grand épiploon , dont la description rentre dans celle du péritoine en général.
Quant au colon iliaque , Je péritoine lui forme un mésentère propre , disposé comme celui de l’intestin grêle , et offrant également un petit espace triangulaire dans 1 endroit où les feuillets s’écartent pour se porter .sur lui.
C’est surtout la tunique musculeuse qui . mérite de fixer 1 attention dans les intestins cæcum et colon. Ici connue ailleurs , c’est elle qui règle la disposition*
44° appareils de la vie organique.
des autres , et c’esi à elle seule qu’on doit attribuer la forme générale de l’organe.
Cette tunique résulte de deux ordres de fibres, les unes circulaires, les autres longitudinales; mais ces dernières diffèrent sous deux rapports des fibres longitudinales de l’intestin grêle et de l’estomac ; i°. elles sont réunies en trois bandelettes distinctes , parfaitement circonscrites, dont deux antérieures et une postérieure ; 2°. elles sont beaucoup moins longues que l’intestin pris en entier. De là il résulte que le cæcum et le coloi\,n’ont jamais toute la longueur qu’ils pourroienl avoir , et que , retenus par les bandelettes qui sont dans un état habituel de tension , ils se replient nécessairement sur eux-mêmes , de manière à offrir en dehors les bosselures , en dedans les demi-cellules et les plis transverses dont nous avons parlé. Le rapport de la cause à l’effet est ici facile à démontrer ; car, si l’on incise légèrement ces trois bandelettes musculaires , aussitôt l’intestin semble sortir d’un état ordinaire de gêne , s’allonge sensiblement , et les bosselures, les rides, disparoissent en entier sur ses surfaces. Plus les bandelettes sont disproportionnées à la longueur de l’intestin, plus les bosselures sont volumineuses , plus aussi l’expérience dont il s’agit est frappante : aussi Vinfcisioh de ces bandelettes produitelle un allongement beaucoup plus marqué sur le cæcum que sur le colon.
Les fibres circulaires sont disposées ici comme sur les autres parties du tube intestinal , et n’offrent rien dq particulier.
La tunique muqueuse offre des villosités moins marquées que dans l’intestin grêle. Des ramuscules
vasculaires nombreux s’entrelacent sur elle. Du reste, elle ne se distingue par aucun attribut propre , et ressemble absolument , ainsi que le tissu dense qui la sépare de la tunique musculeuse, aux mêmes parties considérées dans le reste du conduit digestif.
L’intestin cæcum et les deux premières portions du colon reçoivent tous leurs vaisseaux de l’artère mésentérique supérieure, sous le nom à' artères coliques. Ces vaisseaux se portent dans l’épaisseur du mésocolon , se divisent ensuite , et s’anastomosent par arcades , en approchant de l’intestin sur lequel ils envoient leurs ramifications les plus ténues. L’artère mésentérique inférieure fournit seule les vaisseaux du colon iliaque. Le colon lombaire gauche reçoit les siens de la grande anastomose qu’on observe entre les deux troncs mésentériques.
Les plexus mésentériques , distribués comme les artères , fournissent tous les nerfs des intestins cæcum et colon.
Les fonctions de ces deux intestins leur étant communes avec le rectum , nous n’en parlerons qu’après avoir décrit ce dernier.
ARTICLE SEPTIÈME
De V Intestin rectum.
5 Ier- Disposition . Organisation extérieure.
Le rectum , derniere portion du conduit intestinal , occupe la partie postérieure du bassin. Il s’étend de- .puis le détroit supérieur de cette cavité , endroit où
442 appareils de la vie organique.
il répond au côté interne du muscle psoas gauche, jusqu’à la partie inférieure, du coccyx. Dirigé un peu obliquement de gauche a droite dans son origine , il se trouve presque toujours placé sur la ligne médiane par sa moitié inférieure ; souvent même il y correspond en entier : premier caractère qui le rapproche des organes de la vie extérieure, avec lesquels il a plusieurs autres rapports. Sa forme est- cylindrique, plus régulière que celle du colon , et permet assez facilement de le diviser , suivant sa longueur , en deux moitiés égalés. Moins volumineux pour l’ordinaire que le colon , il est susceptible d’une ampliation excessive, comme on le voit dans certaines accumulations stercorales. Toujours il s’élargit un peu au-dessus de son ouverture inférieure.
Fixe et immobile à sa place , le rectum a des rapports constans et invariables. En devant , ces rapports diffèrent suivant le sexe. Chez l’homme , il répond à la vessie , et spécialement à son bas-fond. Séparé, en haut, de cet organe par le repli que forme entre eux deux le péritoine , il lui répond ensuite immédiatement par l’intermède d’un tissu cellulaire lâche, dans l’intervalle des deux vésicules séminales, qui l’en séparent un peu plus en dehors ; en bas , il est écarté du col de la vessie par toute l’épaisseur de la glande prostate.
Chez la femme, le rectum n’a aucun rapport avec la vessie. En haut , il répond à la matrice , dont il est séparé de même par un repli du péritoine interposé entre ces deux organes en forme de cul-de-sac. Plus bas, il adhère à la partie postérieure du vagin, non point par un tissu cellulaire lâche , mais par un lacis.
vasculaire très-considérable , et même par une sorte de continuité de substance qui ne permet guère de les isoler l’un de l’autre.
En arrière , le rectum répond au sacrum et au coccyx , dont il est séparé par un repli péritonéal large en haut , étroit en bas , nommé méso-rectum , et par les vaisseaux et nerfs hypogastriques.
Sur les côtés , le rectum n’a de rapports immédiats qu’avec le tissu cellulaire abondant et graisseux du bassin.
La surface externe du rectum, lisse, polie, blanchâtre , ne présente aucune de ces bosselures irrégulières que l’on remarque sur le colon. Ceci lient à la disposition des fibres longitudinales uniformément distribuées sur le contour de l’intestin, et non réunies en forme de bandelettes. Ces fibres, fort rapprochées les unes des autres, paroissenten dehors sous l’aspect de stries parallèles et verticales , ce qui donne au rectum une apparence assez analogue à celle de l’œsophage vu à l’extérieur. On remarque de plus sur cette surface des anastomoses vasculaires très-nombreuses , formées par les artères hémorrhoïdales.
La surface interne, muqueuse, ressemble beaucoup a celle des autres intestins. Ce qui la distingue , ce sont des plis longitudinaux formés par la membrane interne , remarquables surtout inférieurement , et nommes ordinairement colonnes du rectum. Ces phs résultent, comme dans l’oesophage, de la contraction des fibres circulaires. On observe aussi quelquefois de petits replis transverses, semi - lunaires , adherens a l’intestin par leur bord convexe inférieur, et présentant en haut un bord concave libre et flottant
44 4 a pp A RE IL S DE LA VIE ORGANIQUE.' d ou i esultëht de petites cavités ou lacunes muqueuses» Ces replis ne sont nullement constans pour le nombre : souvent on n’en trouve aucun.
Le rectum se continue immédiatement en haut avec le colon iliaque ; en bas, il se termine par Y anus, ouverture allongée d’avant en arrière , placée à-peu-près à un pouce au-devant du sacrum et du coccyx. Cette ouverture appartient au muscle sphincter cutané qui l’environne. Dans sa plus grande dilatation , elle est un peu plus étroite que la cavité du rectum , vu 1 augmentation de largeur que cette cavité présente inférieurement.
§ IL Organisation intime »
Le rectum n’est point pourvu de membrane séreuse dans toute son étendue. Le péritoine , après avoir recouvert en partie la face postérieure de la vessie chez l’homme , ou en entier celle de la matrice chez la femme , se réfléchit de bas en haut vers le tiers inférieur du rectum , sur lequel il remonte aussitôt en l’embrassant en devant et sur les côtés. Cet intestin en est donc absolument privé en bas. En arrière, le péritoine l’abandonne bientôt: ses deux feuillets se rapprochent sans se réunir, et constituent par leur ensemble le méso-rectum, repli lâche qui soutient le rectum en lui permettant une certaine mobilité , et qui se continue supérieurement avec le méso-colon iliaque. Près du sacrum , les deux feuillets s’écartent tout-à-fait , et se portent isolément sur les parties latérales de l’excavation du bassin qu’ils tapissent, Un intervalle assez considérable se trouve-
feutre eux, le sacrum et le rectum; il est rempli par un tissu cellulaire très-lâche , par les vaisseaux heniorrhoïdaux , et par une grande partie du plexus hypogastrique.
Il est une foule de circonstances dans lesquelles le péritoine abandonne le rectum en grande partie. Telle est la dilatation excessive de la matrice , soit dans l’état naturel par la présence d’un fœtus , soit dans les maladies organiques nombreuses dont elle est susceptible. Augmentée alors de diamètre , indéfiniment prolongée dans l’abdomen, elle emprunte nécessairement pour se recouvrir la portion péritonéale de tous les organes qui l’environnent , et spécialement celle du rectum qui l’avoisine immédiatement. Telle est aussi chez l’homme la dilatation de la vessie qui , dans les rétentions d’urine , acquiert une capacité double ou triple de celle que nous lui trouvons ordinairement, et dépouille le rectum par le même mécanisme. Il y 3 cependant entre ces deux cas une différence remarquable : la matrice , recouverte en devant et en arrière par le péritoine , soulève et entraîne nécessairement cette membrane en se dilatant ; tandis que la vessie , appliquée immédiatement en devant contre les parois abdominales , tend plutôt, lorsqu’elle s’agrandit, à s’introduire entre ces parois et le péritoine qu’elle repousse en arrière. Les muscles abdominaux prêtent en devant à son augmentation de volume , et sa partie postérieure est toujours la seule sur laquelle le péritoine doit s’étendre ; tandis que la matrice doit toujours , et dans quelque état quelle se trouve , être entièrement recouverte par celte membrane.
446 appareils de la vie organique.
Ainsi , Ici dilatation de la matrice est une cause plus efficace de locomotion pour la membrane séreuse , que la dilatation de la vessie ; et on doit en conclure que le rectum est moins facilement dépouillé du péritoine chez l’homme que chez la femme, d’autant plus que l’extrême développement de la matrice est un phénomène naturel et fréquent, tandis que l’extrême développement de la vessie est un accident rare et morbifique.
La tunique musculeuse forme la partie essentielle du rectum. Elle a les caractères d’analogie les plus marqués avec celle de l’œsophage. Son épaisseur est beaucoup plus grande qu’aux autres intestins. Deux ordres de fibres la constituent comme ailleurs ; mais les longitudinales prédominent sensiblement dans les deux tiers supérieurs de l’organe , tandis que les circulaires se trouvent presque seules dans le tiers inférieur, c’est-à-dire , près de l’ouverture qui communique au dehors. Comme- à l’œsophage, les fibres longitudinales forment le plan extérieur tant qu’elles existent , et ce n’est qu’en les écartant qu’on trouve les fibres circulaires subjacentes à elles. Comme à l’œsophage, les fibres longitudinales et circulaires sont blanchâtres dans la plus grande partie du conduit , tandis que les fibres circulaires inférieures acquièrent progressivement la couleur rougeâtre des muscles extérieurs. Enfin, comme l’œsophage commence par un plan de fibres soumises à l’influence cérébrale, et formant , selon les anciens anatomistes , le muscle , œsophagien , de même le rectum finit par le muscle sphincter cutané , parfaitement semblable à tous ceux de la vie extérieure pour la structure , les propriétés
DK LA DIGESTION. 44 7
et les fonctions. Les libres du sphincter cutané se continuent en effet immédiatement avec celles qui terminent la tunique musculeuse du rectum , et qui constituent le sphincter interne des anciens anatomistes.
Unie au péritoine supérieurement par un tissu cellulaire lâche, la tunique musculeuse se trouve, en bas, plongée dans la graisse abondante qui garnit de tous côtés la partie inférieure du bassin.
La tunique muqueuse , analogue à celle de tout le conduit intestinal , offre seulement un peu plus d’épaisseur , un aspect plus rougeâtre et plus fongueux , un enduit muqueux habituel plus abondant. On y voit les rides longitudinales dont nous avons déjà parlé, et que détermine la contraction des fibres circulaires dans l’état de vacuité de l’intestin. On n’y trouve point de rides transversales, parce que les fibres longitudinales , qui seules les déterminent , ne se contractent qu’au moment de l’excrétion. Parcourue par un très-grand nombre de vaisseaux, la membrane muqueuse est forte sujette aux engorgemens , aux hémorrhagies, aux tumeurs polypeuses et sanguines. Un tissu dense la sépare de la tunique musculeuse comme par-tout ailleurs ; des glandes muqueuses se remarquent aussi entre ces membranes.
Aucun intestin ne reçoit autant de vaisseaux que le rectum, proportionnellement à son volume. Trois sources les lui fournissent. La première est l’artère mésentérique inférieure , terminée dans l’intervalle des feuillets du méso-rectum , sous le nom d'héniorrhoïdale supérieure. La seconde est l’artère hémorrhoïdale moyenne , propre au rectum, et naissant iso-
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lément du tronc hypogastrique. La troisième est l’artère honteuse interne , dont la branche inférieure ou périnéale fournit au sphincter plusieurs rameaux nommés hémorrhoïdaux inférieurs.
Les nerfs du rectum lui viennent en partie du système cérébral, en partie de celui des ganglions. C’est à lui que se distribue principalement le plexus hypogastrique. Quelques rameaux lui sont fournis par les nerfs sacrés. Les nerfs honteux se distribuent en partie aux muscles sphincters.
D’après ces détails , on voit que le rectum participe aux caractères des organes des deux vies , et semble comme placé sur les limites de l’une et de l’autre , analogue sous ce point de vue au pharynx , et surtout à l’œsophage. Ce rapprochement entre les organes de la déglutition et l’organe principal de l’excrétion mérite le plus grand intérêt dans les considérations, physiologiques.
§ III. Fonctions des gros intestins.
La structure de tous ces organes indique par-tout d’une manière plus ou moins marquée , que l’excrétion est leur fonction essentielle. Dès leur origine , on voit reparoîlre les fibres longitudinales peu prononcées et presque nulles dans l’intestin grêle, où l’absorption doit principalement s’opérer. Ces fibres, très-multipliées et disposées sous la forme de bandelettes fortes et épaisses , raccourcissent le tube intestinal par leur contraction , et hâtent ainsi la progression des matières qu’il contient. C’est en efl’el à l’excrétion que sont presque uniquement destinés
les intestins cæcum et colon. Les matières qui leur sont transmises ont fourni aux vaisseaux absorbans presque toute la substance nutritive qu’elles pouvoient donner, et s’il se fait encore quelque absorption dans la suite de leur trajet, comme certains faits paraissent le prouver , elle est de peu d’importance.
Mais c’est surtout dans le rectum que l’on reconnoît la structure la plus favorable pour l’excrèlion. Les fibres longitudinales y sont multipliées et* uniformément répandues ; un fluide muqueux abondant lubrifie la membrane interne pour accélérer le cours des matières. Lorsqu’elles sont accumulées , leur présence détermine une irritation dont l’effet le plus immédiat est la contraction successive des fibres circulaires qui les poussent inférieurement , tandis que les fibres longitudinales raccourcissant l’intestiil de haut en bas, diminuent la longueur du trajet qu’elles ont à parcourir pour arriver à l’ouverture destinée à les transmettre au dehors.
La description du péritoine se placerait assez naturellement à la suite des organes digestifs, auxquels' celle membrane semble appartenir • mais comme, elle recouvre aussi plusieurs des organes sécréteurs et génitaux , nous croyons ne devoir la décrire que quand ces derniers organes seront connus.