‹ Traité d'anatomie descriptive./ [electronic resource]Chapitre 18 sur 27 · APPAREILS · texte numérisé non relu

APPAREILS

Considérations générales .

Les substances destinées à réparer nos organes ne nous sont point présentées dans un état propre à l’assimilation immédiate. Elles sont brutes , grossières , même lorsque l’art les a préparées avec le plus de soin, puisqu’elles n’ont encore aucun rapport prochain avec notre organisation. Elles sont variées , et la substance immédiatement nutritive doit être unique. Elles ne sont pas toutes propres à former cette substance unique, et une grande partie doit être, rejetée peu après avoir été introduite.

Il est donc nécessaire que ces substances, jugées au moyen de l’odorat et du goût, soient reçues dans des cavités intérieures pour y être élaborées , séparées en deux parties , et pour qu’une substance nutritive unique soit formée à leurs dépens. C’est ce travail qui constitue la digestion. Aussi tout l’appareil digestif consiste dans une suite de cavités continues les unes aux autres , fort étendues en longueur , susceptibles de se dilater plus ou moins , et formées par plusieurs ordres de membranes , dont les unes, musculeuses , leur communiquent divers inouyemens; les autres, muqueuses , sécrètent ou exhalent divers fluides , outre ceux que leur fournissent

des organes sécrétoires voisins , fluides tous destinés à agir sur les alimens de différentes manières.

Suivons ces cavités d’après leur disposition naturelle et l’ordre de leurs usages , en commençant par le pharynx , puisque la Louche a été décrite en entier à l’occasion de l’organe du goût qu’elle renferme.

ARTICLE PREMIER

Du Pharynx .

§ Ier. Disposition. Organisation extérieure.

Le pharynx occupe la partie supérieure et profonde du cou. Situé sur la ligne médiane , parfaitement symétrique et régulier , il se rapproche d’une manière frappante, par ce premier caractère, des organes de la vie extérieure , à laquelle cependant il est étranger par sa nature et par sa destination. Si l’on ajoute à cette remarque qu’il reçoit des nerfs cérébraux , qu’il est soumis en partie , dans son mouvement , à l’empire de la volonté , on se convaincra qu’un seul caractère peut servir à fixer avec précision les limites respectives des deux vies , celui de la Jin à laquelle les organes tendent naturellement par leurs phénomènes.

Le pharynx est borné en haut par l’apophyse basilaire de l'occipital , en bas par l’œsophage, en devant par les cavités nasales , buccale et laryngée ; en arrière il répond à la colonne vertébrale. Sa forme , impossible à comparer , est déterminée par les parties environnantes auxquelles il est attaché. Allongé de haut en bas , il a supérieurement toute la largeur qui ré-

380 APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE." suite de l'écartement des apophyses ptérygoïdes ; dans son milieu , celte largeur augmente par l’écartement plus grand encore des cornes de l’os hyoïde et du cartilage thyroïde; en bas, il se réirécit progressivement jusqu’au niveau de la trachce-artère , endroit où l’œso^ pliage commence.

O11 ne peut point considérer le pharynx comme une cavité complète , car il n’a point de partie antérieure propre ; la postérieure est la seule qui le constitue essentiellement, et lorsqu’on ouvre celle-ci suivant sa longueur , on ne trouve en devant que les ouvertures postérieures des fosses nasales , de la bouche et du larynx. Le pharynx est donc réellement une simple demi - cavité commune à l’air et aux alimens dans la plus grande partie de son étendue , interposée entre les premières voies par lesquelles les substances extérieures s’introduisent , et les deux appareils respiratoire et digestif où ces substances doivent arriver.

Pourvoir exactement le pharynx, il faut faire audevant du cou , un peu au-dessous du larynx , mie section transversale qui s’étende en profondeur jusqu’à la colonne vertébrale , isoler ensuite , en disséquant de bas en haut , toutes les parties coupées d’avec les vertèbres cervicales ; et , lorsqu’on est parvenu à la base du crâne, appliquer la scie entre le» apophyses styloïdes et mastoïdes , pour couper le crânq verticalement et des deux côtés à-la-fois. La pièce anatomique qu’on obtient par ce procédé comprend la moitié antérieure du crâne , toute la face , le larynx , et avec ces parties le pharynx qui en dépend et dont on voit à découvert la paroi postérieure*

La surface externe du pharynx n existe qu’en arrière et sur les cotés , d’après ce que nous avons dit tout-à-l’heure. Aplatie en haut, où le pharynx est assujetti de tous côtés par des attaches très-fixes , et fort rapprochée des vertèbres , elle devient un peu plus convexe en bas, où ces attaches sont plus lâches. Dans le milieu , elle correspond à la colonne vertébrale , au ligament vertébral commun antérieur, aux muscles grands et petits droits postérieurs de la tête et long du cou. Un tissu cellulaire très-lâche la sépare de ces parties.

Sur les côtés , elle répond aux artères carotides primitives , carotides internes , aux veines jugulaires internes, aux nerfs vagues , et tout-à-fait en haut à une petite portion des muscles ptérygoïdiens internes.

La surface interne a un peu plus d’étendue , parce qu’elle n’est point aussi exactement bornée par les attaches fixes du pharynx, et dépend de la membrane muqueuse qui se continue en devant sur le voile du palais , sur ses piliers , et sur la partie postérieure du larynx. Deux choses sont à remarquer sur celte surface, i°. sa couleur : elle est rougeâtre comme celle de toutes les membranes muqueuses ; mais cette rougeur, moindre que dans la bouche, plus marquée que dans l’œsophage , détermine exactement les limites du pharynx indépendamment de toute autre considération • 2°. les saillies des glandes muqueuses : elles sont multipliées surtout dans la partie supérieure , la plus habituellement exposée au contact des corps extérieurs ; leur volume est assez considérable , leur disposition fort irrégulière.

Le pharynx! se termine en haut , par une attache fixe

582 APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE; et solide, à l’apophyse basilaire de l’occipital, dans l’endroit où celte apophyse se continue avec le corps du sphénoïde. Cette attache se fait au moyen d’une petite membrane fibreuse mince, mais forte, plus dense sur la ligne médiane que sur les cotés , et que l’on connoît sous le nom d 'aponévrose céphalo-pharyngienne. C’est elle qui , dans cet endroit, constitue la portion solide du pharynx , les fibres musculeuses qui la recouvrent en arrière étant rares et peu multi- / pliées. Mais bientôt celte aponévrose diminue d’épaisseur et de consistance à mesure qu’on l’examine plus bas , et se perd à peu de distance de son origine , en se confondant avec la membrane muqueuse , la seule que l’on trouve ensuite.

En bas , le pharynx se continue avec l’œsophage au niveau des premiers cartilages de la trachée-artère. L’endroit de cette continuité est indiqué à l’extérieur par un rétrécissement subit , sensible au premier aspect, et qui , indépendamment du changement de direction des fibres musculeuses, permet facilement da reconnoître qu’un nouvel organe commence.

Les bornes latérales du pharynx ne peuvent être exactement décrites qu’à l’occasion de sa portion musculeuse.

§ II. Organisation intime.

Deux couches composent le pharynx : l’une est musculeuse , l’autre membraneuse.

C’est la couche musculeuse qui détermine les limites extérieures du pharynx , qui en forme la portion solide dans presque toute son étendue, qui lui donne la mobilité en vertu de laquelle il se raccourcit

et se rétrécit pour favoriser le passage des alimens. Elle résulte de trois portions distinctes que l’on connoît sous le nom de muscles constricteurs. Nous n’insisterons pas sur leur description , qui a été faite dans la Myologie ; nous nous bornerons à rappeler sommairement leurs attaches principales et leur disposition générale , seules considérations qu’il importe ici de se représenter.

Ces trois muscles larges se recouvrent mutuellement , de manière que l’inférieur seul est apparent en arrière dans toute son étendue. Il recouvre en grande partie le moyen , comme le moyen recouvre en grande partie le supérieur. Chacun a sa forme particulière, dépendante de la direction de ses fibres, direction qui dépend elle-même des points plus ou moins multipliés d’où elles partent. En effet , on peut regarder comme une règle générale de disposition , que les trois muscles doivent s’étendre beaucoup en largeur sur le pharynx , puisqu’ils servent non - seulement à ses mouvemens , mais aussi à former ses parois par leur présence. Si donc leurs fibres parlent en forme de faisceau d’un petit nombre de points fixes , elles devront diverger ensuite beaucoup entre elles : si, au contraire, elles partent isolément de points fixes trèsnombreux , elles pourront se porter presque parallèlement , puisqu’elles formeront dès leur origine un muscle fort large. Ainsi le constricteur supérieur est quadrilatère , parce qu’il a pour attaches fixes le corps du sphénoïde , toute la longueur de l’apophyse ptérygoïde , une partie de la ligne myloïdienne , l’aponévrose buccinato-pharyngienne, et la base de la langue. Lç qpAsfr^cteur moyen est triangulaire, parce qu’il

384 APPAREILS de la vie organique, d ii pom attaches fixes principales que les grandes et petites cornes de l’os hyoïde , d’où ses fibres partent en faisceau rétréci pour diverger ensuite. Le constricteur inférieur présente un carré irrégulier, parce quil na pour attaches fixes que la partie externe du cartilage cricoïde et une portion du thyroïde , ce qui forme une étendue peu considérable en proportion de la place très - large qu’il doit occuper sur le pharynx.

Ces trois muscles se réunissent sur le milieu du pharynx avec ceux du côté opposé, en formant une espece de raphé qui répond à la ligne médiane générale.

On voit, d’après ce que nous venons de dire, i°. que les bornes latérales du pharynx sont marquées essentiellement par les apophyses ptérygoïdes , les deux extrémités postérieures de l’os hyoïde et les côtés des cartilages thyroïde et cricoïde ; 2°. que la couche musculeuse du pharynx résulte de fibres plus ou moins obliques, disposées suivant différentes directions.

Outre les trois plans charnus dont nous avons parlé, et qui forment seuls partie constituante principale du pharynx , on trouve encore plusieurs fibres répandues art-dessous des constricteurs , et concourant avec eux à former la couche musculeuse. Ces fibres résultent de l’épanouissement des muscles stylo-pharyngiens destinés à soulever le pharynx en totalité pendant la déglutition. Enfin les parties latérales inférieures du pharynx sont fortifiées par l’addition de deux plans charnus naissant des côtés du voile du palais , et dirigés presque perpendiculaire-

met en bas sous les noms de muscles palato-pharjn giens.

Il est facile de distinguer la portion musculeuse du pharynx d’avec celle de l’oesophage. A l’endroit où ce dernier conduit commence , les fibres deviennent toutes transversales et paroissent absolument isolées des fibres obliques, qui appartiennent au constricteur inférieur. Nous reviendrons sur ces fibres œsophagiennes en parlant de l’organe duquel elles dépendent.

La couche membraneuse du pharynx n’est autre chose que la continuation de la membrane muqueuse générale qui appartient à toutes les voies respiratoires et digestives.

En arrière , cette membrane recouvre toute la partie propre du pharynx , et n’est séparée de la couche musculeuse que par un tissu cellulaire assez lâche.

Prolongée de l’un et de l’autre côté en devant , elle se continue supérieurement sur le contour des ouvertures nasales postérieures , soit avec la pituitaire , soit avec la membrane qui tapisse la trompe d’Eustache. Plus bas , elle se réfléchit sur les piliers du voile du palais , et se continue avec la membrane buccale. Plus bas encore , et au niveau du larynx , on la voit d’un côté s’enfoncer dans les deux espaces latéraux qui séparent le cartilage thyroïde du cricoïde , de l’autre , tapisser la partie postérieure de ce dernier f puis se réfléchir sur le contour du larynx , recouvrir dans cette réflexion les cartilages aryténoïdes , les muscles aryténoïdiens , crico-arylénoïdiens latéraux , et les cordes vocales , pour s’enfoncer enfin dans le conduit respiratoire par l’ouverture de la glotte. En

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