‹ Traité d'anatomie descriptive./ [electronic resource]Chapitre 4 sur 27 · DU CERVEAU · texte numérisé non relu

DU CERVEAU

Je suivrai la marche suivante dans l’exposition du cerveau et de ses dépendances: j’examinerai, i°. la triple enveloppe membraneuse qui l’entoure , et les petites granulations qu’on y trouve çà et là disséminées ; 2°. la masse encéphalique considérée d’une manière générale ; 3°. le cerveau ; 4°* cervelet ; 5°. la moelle épinière et ses annexes. De là le sujet de cinq articles différens.

ARTICLE PREMIER

Des Membranes et des Granulations cérébrales.

Les membranes du cerveau sont au nombre de trois , la dure-mère , la pie-mère et l’arachnoïde.

§ Ier. Membrane Dure-mère.

La dure-mère , première enveloppe membraneuse du cerveau , destinée en partie à le soutenir , et en partie à en isoler les diverses portions , appartient en même temps à cet organe et à la cavité osseuse dans laquelle il est contenu. Etendue sur toute la surface interne de cette cavité , elle peut être considérée comme le périoste interne des os qui la forment. Cependant la facilité avec laquelle elle se détache de ces os pour demeurer toute entière et sans rupture sur le cerveau ; son épaisseur , sa structure par lieu-

lière, son isolement surtout, qui est presque complet dans le canal vertébral , tout indique une démarcation réelle entre le périoste et la dure-mère , quoiqu’i1 y ait de l’analogie entr’eux.

La dure-mère présente deux surfaces, l’une crânienne, l’autre cérébrale. Toutes deux méritent un examen attentif.

Surface crânienne.

Cette surface, appliquée par-tout sur les os, a, lorsqu’on l’enlève , un aspect inégal qui la distingue de la surface cérébrale, laquelle est tapissée par l’arachnoïde, qui lui donne un poli remarquable. Sa disposition est différente suivant qu’on l’envisage sur les oseux-mêmes, sur les sutures, et aux endroits des ouvertures crâniennes.

Dans toute la voûte du crâne , la dure-mère correspond à des os très-larges , parsemés de peu d’éminences. Son adhérence est très-foible tant qu’elle nerencontre point de suture : aussi se détache-t-elle facilement du coronal , des deux pariétaux , de la partie supérieure de l’occipital , et de la portion écailleuse des temporaux. Sur les sutures , dont les intervalles donnent passage à une multitude de petits prolongemens fibreux parlant de celte surface pour aller au péricrâne , et établir entre ces deux membranes une continuité très- marquée , on éprouve plus ou moins de difficulté , suivant les sujets , à la détruire. Ces prolongemens fibreux sont surtout nombreux sur la suture sagittale qui occcupe la ligne médiane. Les sutures temporales et la Jambdoïde en présentent un moins grand nombre. La dure-

APPAREILS DES £ENS INTERNES, mère, séparée du crâne, est plus inégale en ces endroits qu’en ceux qui correspondent aux os. 11 n’y a qu’un seul trou dans la voûte du crâne : c’est le sagittal. La dure-mère y envoie un petit canal qui renferme une petite veine , et qui va se continuer avec le péricrâne.

A la base du crâne, la surface crânienne de la duremère présente une disposition bien plus compliquée , vue la multitude de trous qui s’y observent. Pour la bien concevoir, il faut l’examiner successivement dans les trois parties, antérieure, moyenne et postérieure, que le crâne nous présente ici, et que l’on peut désigner sous les noms de régions coronale , sphénoïdale et occipitale.

Dans la région coronale, la dure-mère, considérée sur la ligne médiane , s’enfonce dans le trou borgne, et y adhère assez fortement , ainsi qu’au sommet de l’apophyse crista-galli qu’elle embrasse. En passant sur les gouttières ethmoïdales , elle forme , au niveau de chaque trou de la lame criblée, un petit canal qui contient le rameau correspondant des nerfs olfactifs. Ce canal n’a lieu que dans le trou et un peu au-delà ; il se continue, après avoir transmis son nerf, avec la couche fibreuse ou externe de la pituitaire. Sur les côtés de cette lame criblée, de petits canaux fibreux s’enfoncent dans les trous orbitaires internes , vont se continuer avec le périoste de l’orbite, et logent les artères et nerfs ethmoïdaux. Sur les côtés et au niveau des bosses orbitaires, la dure-mère ad hère fort peu aux os , même dans l’endroit où le coronal s’articule avec les apophyses d’Ingrassias.

Dans la région sphénoïdale, la dure-mère tapisse,

nu cerveau et üe ses dépendances; 7 sur la ligne médiane, la gouttière commune des nerfs optiques, et y adhère très-fortement. Parvenue au trou optique , elle se réfléchit de sou contour, et forme au nerf un canal qui l'accompagne dans l'orbite. Ce canal est épais jusqu’à l’endroit qui correspond à l’attache postérieure des muscles droits. Là, il se divise en deux lames , dont l'une, extérieure, assez, mince , se continue avec le périoste de l’orbite ; l’autre, plus profonde, immédiatement appliquée sur 1« nerf, l’accompagne jusqu’à la sclérotique , sur laquelle elle se continue. Celle-ci, plus dense que l’autre, a aussi une couleur plus blanche, et pourrait, au premier aspect, être confondue avec l’enveloppe propre ou le névrilème du nerf optique ; mais il est facile de la diviser et de l’isoler entièrement de ce nerf, auquel elle n’est presque point adhérente. La dure-mère, en quittant le trou optique, embrasse , immédiatement derrière le nerf, et par une ouverture circulaire, l’artère carotide au moment oii elle sort du sinus caverneux, et semble se continuer avec les parois de celte même artère. Entr’elle et le nerf optique , elle forme un petit canal particulier pour l’artère ophthalmique, qui se trouve entièrement séparée du nerf dans son trajet à travers le trou optique. Ce canal est creuse dans la partie inférieure de celui qui appartient à ce nerf , et se trouve formé par l’écartement de ses famés.

La dure-mère passe ensuite dans la fosse pituitaire îa tapisse entièrement, et se trouve recouverte par la glande du même nom , qui, revêtue elle-même par J arachnoïde, est interposée par conséquent entre ces deux membranes cérébrales , et les sépare l’une de

1 autre en cet endroit , tandis qu’elles sont juxta-posées presque par-tout ailleurs. De la fosse pituitaire, la dure-mère se continue sur les côlèsdu corps du sphénoïde, et s y divise, pour former les sinus caverneux, en deux lames, dont l’une, interne, mince, tapisse immédiatement la gouttière caverneuse et lui sert de périoste, tandis‘que l’externe, libre de toute adhérence, forme la paroi externe du sinus.

Surfes côtés de la région sphénoïdale, la dure-mère se réfléchit d’abord , en descendant des bosses orbitaires, sui- le bord libre des apophyses d’Ingrassias , pour se porter dans les fosses temporales internes. Elle d< ,‘scend perpendiculairement derrière ces apophyses, et bouche entièrement la fente sphénoïdale qui se trouve au-dessous; mais elle envoie en cet endroit un prolongement large, dense et épais surtout du côté interne, prolongement qui se porte dans l’orbite et se continue avec le périoste de cette cavité, lequel paroît être ainsi véritablement une expansion de la durem Ce prolongement , qu’on voit très-bien en cassant la voûte orbitaire de manière à laisser Je périoste intact , est percé de différentes om ertures pour les vaisseaux et nerfs qui vont dans l’orbite. Dans la plus giande partie des fosses temporales internes, la du renier n’a rien de remarquable; elle adhère assez foiblement à la portion osseuse, formée ici par les surfaces cérébrales du sphénoïde et du temporal. En se rapprochant sur les côtés du corps du premier de ces os, elle vient former, comme je l’ai dit, la lame extérieure du sinus caverneux.

En <-ei endroit , elle est remarquable par les conduits quelle forme aux nerfs moteurs communs des yeux ,

aux pathétiques et aux trijumeaux. i°. Le conduit du moteur commun commence un peu au-devant de l’apophyse clin Vide postérieure. Fibreux dans tout son contour, au commencement de son trajet, il est d’abord revêtu par une lame arachnoïdienne , qui se réfléchit ensuite sur le nerf en formant un cul-de-sac. Au-delà de cette réflexion , ce canal fibreux cesse d’exister : il n’y a plus qu’en dehors la lame de la dure-mère qui forme la paroi externe du sinus caverneux. En dedans , le nerf n’est séparé du sinus que par une lame mince et comme celluleuse. Mais au-delà du sinus , et près de son entrée dans l’orbite , le nerf se trouve de nouveau dans une gaîne fibreuse entière , formée dans la portion de dure-mère qui se continue par la fente sphénoïdale avec le périoste orbitaire. 20. Le conduit du nerf pathétique , un peu supérieur au précédent , est beaucoup plus étroit, mais disposé de même. Toute sa partie qui correspond à l’arachnoïde est fibreuse. Au-delà de la réflexion de celle-ci, onne trouve plus qu’une seule lame de la duremère appliquée en dehors sur le nerf, qui, en dedans, est séparé par une lame celluleuse de la cavité du sinus; mais il perce de nouveau la dure-mère au niveau de la fente sphénoïdale , pour pénétrer dans l’orbite , et se trouve là contenu dans un canal fibreux entier , qui est un peu oblique de dehors en dedans. 5°. Un peu plus en arrière , et au niveau du bord supérieur du rocher , la dure-mère forme le conduit des nerfs trijumeaux ; conduit qui résulte de deux lames , dont l’une, supérieure, est fixée d’un côté à l’apophyse clinoïde postérieure , et continue de l’autre à la portion qui revêt le bord supérieur du rocher : l’autre lame

IO

APPAREILS DES SENS INTERNES, tapisse d abord un peu le (levant du rocher, puis est interposée au nerf et au sinus caverneux, enfin s’amincit et disparoît presque entièrement , en sorte que le nerf trijumeau ne paroît plus séparé du sinus et du nerf moteur externe que par une lame celluleuse. Quant à la triple division de ce nerf , l’ophthalmique adhère intimement à la paroi externe du sinus , puis se trouve , en traversant la fente sphénoïdale, logé dans un canal fibreux creusé dans le prolongement de dure-mère qui occupe cette fente. Les divisions maxillaires supérieure et inférieure , en sortant par leurs trous respectifs , sont aussi accompagnées par un canal fibreux de la dure-mère , lequel canal naît à l’endroit de la réunion des deux lame» qui ont formé le sinus caverneux.

Der rière le trou maxillaire inférieur , la dure-mère envoie , par le spliéno - épineux , un prolongement cylindrique qui embrasse l’artère du même nom , et se continue avec le périoste extérieur.

D’après ce que nous avons dit sur la disposition de la dure-mère au niveau du sinus caverneux , il est facile de concevoir la manière générale dont elle s’y comporte. Elle y est partagée en deux lames, ainsi que je l’ai dit ; l’une libre , non adhérente à l’os , et que nous voyons en ouvrant le crâne; l’autre qui sert de périoste à la gouttière caverneuse. Entre ces deux lames reste un large intervalle occupé en dedans et en bas par le sinus caverneux proprement dit , où se trouvent la carotide et le nerf moteur interne de l’œil ; en haut et en dehors, parle nerf trijumeau, le moteur commun et le pathétique, que des cloisons celluleuses séparent entre eux et du sinus. À cet inter—

valle aboutissent, en arrière et en haut, les canaux (le transmission de ces nerfs , qui , au-devant de lui , trouvent d’autres conduits tous fibreux , creusés dans le prolongement qui occupe la fente sphénoïdale , et qui les conduisent dans l'orbite. En bas, cet intervalle correspond aux conduits fibreux des deux branches maxillaires et de l’artère méningée.

La dure-mère se continue enfin sur la face supérieure du rocher. Elle y recouvre la branche supérieure du nerf vidien , et peut facilement en être détachée. Parvenue sur le bord supérieur du rocher, elle y adhère assez fortement , et se continue ainsi sur la région occipitale.

Cette région nous offre en devant , sur la ligne médiane , la gouttière basilaire avec laquelle la duremère contracte une adhérence assez forte. Plus bas , elle se continue dans le canal vertébral , où nous la considérerons bientôt. J’ai observé que ses adhérences autour du trou occipital sont bien plus intimes que dans les environs. Derrière ce trou, elle adhère assez foiblement à la crête occipitale interne jusqu’à la protubérance du même nom , où elle se continue avec celle qui tapisse la voûte.

Sur les côtés de celte région , elle offre en haut un canal pour le passage du nerf moteur externe de 1 œil. Ce canal , qui est bien plutôt un trou fibreux , cesse aussitôt que le nerf est entré dans le sinus cavei neux, L arachnoïde s’y enfonce jusqu’à ce sinus , qu elle bouche , en se réfléchissant sur le nerf et en formant un cul-de-sac. Plus loin, et sur la face postérieure du rocher , la dure-mère s’enfonce dans le conduit acoustique , et le tapisse jusqu’à son fond ,

12 APPAREILS DES SENS INTERNES.' où elle est percée de plusieurs trous pour le passage des nerfs auditifs. On ne peut la suivre dans ces trous , <pu sont d’une extrême ténuité. Cependant elle paroi I. évidemment s’engager dans celui qui commence 1 aqueduc de h ail ope , s’amincir dans cet aqueduc, et le revêtir en entier , pour se continuer avec le périoste des environs du trou stylo-mastoïdien. Audessous du conduit auditif, la dure-mère forme deux prolongemens au niveau du trou déchiré postérieur. L’un d’eux correspond au nerf vague , au glosso- Jmaryngien et au spinal ; l’autre à la veine jugulaire : tous deux se continuent au dehors avec le périoste. Celui des nerfs est en devant t celui de la veine en arrière. Ce dernier n’est composé que par un feuillet de la dure-mère , par celui qui forme la paroi inférieure du sinus latéral , l’autre feuillet le bouchant du côté du crâne , en passant sur lui. Le premier résulte de la totalité de la dure-mère. Une cloison, fibreuse du coté du crâne , puis osseuse en bas , les sépare. La dure-mère envoie aussi en dedans , au-devant du bord du trou occipital , un canal fibreux qui va se continuer avec le périoste extérieur par le trou condyloïdien , et qui transmet le nerf hypoglosse.

§ II. Surface cérébrale.

Cette surface correspond par-tout à l’arachnoïde , qui lui adhère intimement , excepté en quelques endroits, comme sur la fosse pituitaire où ces deux membranes sont séparées , et. où la glande occupe lèur intervalle. C’est à l’arachnoïde que la dure-mère doit J’aspect lisse qu’elle offre sur cette surface. Divers

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replis sont formés par elle; les deux plus grands sont la faux du cerveau, et la tente du cervelet.

Faux cérébrale. Elle mesure , par son étendue , le diamètre longitudinal du crâne. Sa forme est assez bien indiquée par son nom. Large en arrière, elle se rétrécit successivement en devant, se trouve sur la ligne médiane, et sépare les deux hémisphères cérébraux. Son bord supérieur, convexe, répond en devant à la crête coronale , dans tout le reste de son étendu à la suture sagittale. Son bord inférieur , concave , est libre, et répond au corps calleux sans le toucher. De ses extrémités , l’une , antérieure, étroite, est fixée à l’apophyse crista-galîi qu’elle embrasse; l’autre , postérieure, très-large, se continue avec la tente du cervelet. La faux est toujours dans un état de tension évidente ; ce qui a fait penser, avec beaucoup de raison , aux anatomistes , qu’elle avoit pour usaue de soutenir alternativement l’un et l’autre hémisphère cérébral , de manière à empêcher qu’ils ne se compriment mutuellement quand on incline la tête de côté. Ce repli est formé de la manière suivante : au niveau de la suture sagittale, la dure-mère se divise en trois lames distinctes; l’une, qui tapisse la suture elle-même , communique à l’extérieur par ses prolongemens ; deux autres se séparent de la surface interne de celle-ci, se dirigent obliquement en bas, et viennent se réunir en une seule, après avoir laissé entre elles l’écartement triangulaire du sinus longitudinal supérieur. Celte lame unique par laquelle la faux est formée dans sa plus grande étendue, se divise de nouveau près du bord concave, pour former le sinus longitudinal inférieur. Elle se divise également à

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l’extrémité postérieure , pour former l’écartement triangulaire du sinus droit. En traitant des sinus, j’indiquerai plus particulièrement ces dispositions.

Tente dit cervelet. Elle borne supérieurement les fosses postérieures de la base du crâne , et les sépare en grande partie du reste de cette cavité. Continue en haut avec la faux du cerveau , en bas avec celle du cervelet, et dans sa grande circonférence avec les os temporal et occipital, elle est dans un état de tension continuelle , qui la rend propre à soutenir les lobes postérieurs du cerveau dans la station ordinaire , et à empêcher la compression du cervelet. L’inclinaison oblique en dehors que ces deux moitiés présentent favorise encore cette fonction. Plus large en arrière qu’en devant , la lente du cervelet a une forme déterminée par la disposition des os du crâne. En haut, elle répond aux lobes cérébraux ; en bas , à ceux du cervelet par deux surfaces qui, recouvertes par l’arachnoïde, ont cet aspect lisse et poli que l’on trouve par-tout au dedans de la dure-mère.

La circonférence externe de ce repli répond , dans sa moitié postérieure , aux rebords de la gouttière latérale : là , deux lames distinctes , l’une supérieure, l’autre inférieure , s’écartent d’abord et laissent entre elles , pour le sinus latéral , un intervalle que complète en arrière une autre lame qui tapisse immédiatement la gouttière. Les deux premières lames se réunissent bieniôi ; d’où résulte une seule qui va former la tente. Dans la moitié antérieure , celte circonférence présente aussi deux lamés, dont d'intervalle complété par une troisième qui tapisse le

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'bord supérieur du rocher, forme le sinus pélreux supérieur, et qui se réunissant concourent avec les deux lames précédentes à former l’origine du repli qui nous occupe.

La circonférence interne, beaucoup plus petite que la précédente, a une forme presque ovale; elle est libre, et circonscrit en arrière et sur les côtés une ouverture qui fait communiquer les fosses occipitales inférieures avec le reste de la cavité crânienne. Cette ouverture, que l’on peut appeler Y ouverture de. la tente du cervelet , n’est point parallèle au grand trou occipital. Le crâne étant tapissé de la dure-mère et dans l’attitude ordinaire de la tête, la circonférence de celui-ci est plus large et plus élevée en devant qu’en arrière: c’est la disposition de la gouttière basilaire qui lui donne celte direction, laquelle est l’inverse de celle de l’ouverture qui nous occupe. Cell e-ci est complétée, en devant où le repli de la tente manque, parla lame sphénoïdale. Elle est entièrement occupée par la protubérance annulaire, qui sert dans cet endroit à unir le cerveau au cervelet. Arrondie en arrière, et tronquée en devant, comme je viens de le dire, la circonférence membraneuse de celle ouverture se termine par deux extrémités allongées, dont chacune est comme bifurquée , pour venir se fixer aux deux apophyses clinoïdes correspondantes. Celte bifurcation est telle que ses deux branches, qui se croisent en X, sont l’une supérieure , l’autre inférieure. La première est la plus marquée, elle forme un repli arrondi qui coupe la fosse pituitaire, en augmente la profondeur, et va se fixer à l’apophyse elinoïdç antérieure : celle-ci est évidemment la ter-

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minaison de la petite circonférence de la tente du cervelet. La seconde, au contraire, plus petite et subja— cente, semble venir aussi en partie de l’extrémité de la grande circonférence vers la pointe du rocher ; elle se porte obliquement en dedans, et va s’attacher à l’apophyse clinoïde postérieure , en complétant supérieurement le trou qui transmet le nerf trijumeau. On peut donc considérer ces deux replis comme réunissant les deux circonférences de la tente , les terminant, mais ne faisant point de faux ou replis distincts, comme les anatomistes l’avoient inexactement envisagé , en les désignant sous le nom de replis sphénoïdaux.

La tente du cervelet résulte de deux lames adossées de la dure-mère. L’une , qui lui est fournie supérieurement par celle qui, comme je l’ai dit, forme la paroi supérieure du commencement du sinus latéral et de tout le pétreux supérieur, va se continuer de chaque côté avec l’extrémité bifurquée de la faux. C’est à cette continuité avec la faux, qui est toujours tendue, que la tente doit elle-même l’état de tension où elle se trouve : la première étant coupée, la seconde s’affaisse. L’autre lame est fournie par la portion de dure-mère qui tapisse les fosses occipitales inférieures , et qui se réfléchit de bas en haut au niveau des gouttières latérales et du bord supérieur du rocher. Ces deux lames , isolées dans la grande circonférence pour les sinus latéraux et pétreux , isolées encore sur la ligne médiane, au niveau du sinus droit , se confondent en une seule dans tout le reste de l’étendue du repli de la tente.

Faux du cervelet. C’est un petit repli triangu-

laire , assez large en haut , peu marqué en bas , situé au-dessous de la tente, et au-devant de la crête occipitale interne, à laquelle il tient par son bord postérieur. Le bord antérieur, libre, répond à l’intervalle des deux lobes du cervelet. La base se continue avec la tente. Le sommet se bifurque , pour se terminer insensiblement sur les côtés du trou occipital, par deux petits replis secondaires qui se prolongent plus ou moins loin.

Deux lames de la dure-mère, réfléchies de chaque côté des l'osses occipitales inférieures , laissent d’abord entre elles un petit intervalle que complète une autre lame qui est postérieure; puis, réunies bientôt en uno seule lame , elles forment la faux du cervelet , repli remarquable par sa densité et par sa résistance.

Organisation de la Dure-Mère.

La dure-mère est-elle formée de deux lames dans toute son étendue ? plusieurs Font soutenu, fondés sur les écartemens sensibles que cette membrane présente en divers endroits pour recevoir les veines cérébrales. Ces écartemens , que l’on a nommés sinus , sont ordinairement décrits à l’occasion de celle membrane , parce qu’on a cru que le sang couîoil à nu sur leur paroi ; mais comme ils ne sont que des réceptacles où les veines, dépouillées, il est vrai , de leur tissu extérieur , se trouvent contenues, nous en parlerons à l’occasion du système veineux cérébral , qui mérité, je crois, de Fixer d’une manière particulière 1 attention des anatomistes , vu qu’il n’a été encore qu incomplètement décrit. Il est certain que .deux ni, 2

lames, et même plus souvent trois, très-distinctes les unes des autres, concourent a former ces écartemens de la dure-mère ; mais au-delà , il est impossible de trouver à celle membrane deux lames fibreuses naturellement distinctes. On peut bien diviser en plusieurs couches la membrane unique qui se présente ; mais cette division est entièrement artificielle. La seule arachnoïde , ajoutée en dedans à la duremère , lui forme une seconde lame d’une nature fort différente , et assez intimement réunie à elle , comme nous allons bientôt le voir.

Aucun organe ne présente plus manifestement que la dure-mère la structure fibreuse. Ses fibres sont surtout marquées et multipliées dans les replis. La faux du cerveau et la tente du cervelet en présentent de fort distinctes. Leur direction n’a rien de régulier ; elles s’entrecroisent en tous sens. On les voit disposées , en plusieurs endroits , par plans blanchâtres , irréguliers , et formant quelquefois une certaine saillie sur la membrane.

Rien ne paroit musculeux dans ces plans. Les anatomistes qui leur ont supposé cette structure se sont fondés sur les mouvemens d’élévation et d’abaissement qu’on observe dans le cerveau mis à découvert. Mais ces mouvemens, uniquement dus à la circulation artérielle , subsistent lors même que la dure-mère a été enlevée , parce qu’ils tiennent au soulèvement de l’organe cérébral en totalité , et non à la contraction prétendue dune membrane purement fibreuse.

La dure-mère résiste avec beaucoup de force aux corps qui tendent à la rompre : de là la facilité de

briser à coups de marteau les os du crâne en la laissant absolument intacte. Je me sers ordinairement de co moyen pour ouvrir le crâne , au lieu de la scie , dont l’emploi est trop long. On croiroit que par là tout est désorganisé dans le cerveau. Eh bien , cet organe reste parfaitement intact ; aucune trace de lésion dans ses diverses parties , lorsqu’on a eu la précaution essentielle de donner des coups légers , et de ne point appuyer assez pour enfoncer les os. On fait d’abord une incision circulaire qui sépare la voûte de la base ; puis, avec la pointe obtuse, et non avec la tête trop lar^e du marteau , on casse circulairement les os : la voûte s’enlève avec facilité , et tout reste ni tact au- -dessous. Dans les ouvertures cadavériques même où il faut le plus de précautions, dans les apoplexies, par exemple, je me sers de ce moyen. Le cerveau se déchireroit par la secousse s’il étoit libre dans un intervalle ; mais embrassé de tous les côtés par la dure-mère , il est retenu en position, dans ses diverses parties, par celte membrane. Ce moyen est plus avantageux dans les adultes que dans les enfans , où les os sont trop souples. Pour disséquer les nerfs de la tête, il vaut souvent mieux que le ciseau : par exemple , pour mettre à découvert les parties contenues dans l’orbite, les nerfs maxillaires inférieurs , etc. , les os étant brisés au-dessus , le périoste reste intact dessous ; on enlève les esquilles , et tout se trouve conservé sous celte membrane incisée ensuite par la dissection.

Aucun nerf ne paroît se distribuer à la dure-mère. Elle reçoit beaucoup de vaisseaux sanguins , brandies des arteres méningées. Mais ici , comme dans tous les organes fibreux , le système capillaire est très-

APPAREILS DES SENS INTERNES, pé'u marqué , malgré celle multitude de vaisseaux qui tous appartiennent à la circulation générale. Remarquez , au contraire , que , dans le système muqueux , dans le dermoïde, etc., où tous les filets vasculaires appartiennent a la circulation capillaire , il v a peu do. troncs sensibles dans l’épaisseur de leur tùsu. Dans la dure-mère, il n’y a que les capillaires nécessaires à la nutrition.

L’ extensibilité de tissu est prouvée dans la duremère par l’hydrocéphale. On ne cohnoît aucun fait qui établisse sa contractilité de tissu. Sans doute elle v existe comme dans les autres parties du système fibreux.

Quant aux propriétés vitales , elles n’ont rien de remarquable, si ce n’est la sensibilité animale que plusieurs anatomistes lui ont attribuée, et que d’autres lui ont refusée , en s’appuyant tous sur des faits et sur l cxpérience. 11 paroîtquela diversité des moyens excitans employés sur cette membrane a été la seule cause de celle différence de résultats. Sensible à certaines excitations , elle est insensible à cl’aulres , comme à la section , et meme à la cautérisation , etc. Point de contractilité animale , ni d’organique sensible. Sensibilité organique et contractilité insensible seulement au degré nécessaire à la nutrition.

La dure-mère sert non-seulement d’enveloppe au cerveau , mais aussi de périoste intérieur aux os du crâne. Cependant cMe abandonne facilement ceux-ci, comme déjà nous l’avons observé : de là la facilite qu’on a de briser les os et d’en détacher toutes les* parcelles de manière à avoir la dure-mère parfaitement isolée. Dans les plaies de ièle, souvent ccs détachemeus ont lieu.

§ TU. De la Pie-Mère.

■ Je place’ la description de la pie-mère avant celle de l’arachnoïde, parce qu’il me paraît que la première étant connue , on concevra mieux la manière dont la seconde se comporte.

La pie-mère appartient non-seulement à la surface extérieure du cerveau , comme la dure-mère , non-seulement à cette surface et aux grandes cavités cérébrales , comme l’arachnoïde, mais encore aux plus petits enfonceniens qu’on observe sur le cerveau. Ainsi , tandis que l’arachnoïde passe immédiatement d’une circonvolution sur l’autre , la pie-mère s’introduit dans les anfractuosités correspondantes. C’est d’après celle considération que l’on doit déterminer ses rapports avec l’arachnoïde. Elle hd est contiguë et intimement adhérente par sa surface externe, au niveau de toutes les saillies cérébrales extérieures tandis qu’elle en est distincte et entièrement isolée au niveau des enfonceniens , où l’on peut voir séparément ces deux membranes, et particulièrement à la base du cerveau. Les. espaces compris entre le cerveau et la protubérance cérébrale , entre celle-ci et lamoelle spinale , etc. , nous offrent cet isolement bien marqué. On le trouve , au cerveau, dans la scissure do Sylvius; au cervelet , entre scs deux lobes, etc. On soulève l’arachnoïde avec facilité dans ces divers endroits , et on voit au-dessous la pie-mère seule et totalement distincte.

La surface intérieure de celîc dernière répond partout à la substance cérébrale, et ne lui adhère que par

les vaisseaux très-ténus quelle y transmet. Ces vaisseaux de communication, sur lesquels nous reviendrons , se rompent facilement , en sorte que l’on peut enlever cette membrane sans intéresser en aucune manière le cerveau lui-même.

La pie-mère doit être considérée à l’extérieur du cerveau et dans les cavités profondes qu’il contient.

De la Pie-Mère extérieure.

A l’extérieur, on peut considérer cette membrane dans la partie supérieure ou convexe du cerveau, et dans sa partie inférieure ou à sa base.

En haut, la pie-mère tapisse de chaque coté la surface convexe des hémisphères cérébraux. Les inégalités, plus prononcées ici qu’ailleurs , permettent de la soulever avec l’arachnoïde, et de la voir isolément dans les anfractuosités. Réfléchie dans le sillon qui reçoit la faux , elle vient recouvrir la surface interne de ces hémisphères , et s’y comporte de même pour se prolonger ensuite sur la face supérieure du corps calleux sur lequel elle est immédiatement appliquée , et où elle est peu apparente. Au-devant de ce corps , elle se réfléchit sur sa surface inférieure. En arrière, elle se continue, après une réflexion semblable, dans les ventricules latéraux par un repli sur lequel nous reviendrons tout-à-l’heure. De là, elle se porte sur la surface supérieure du cervelet , qu’elle revêt en s’enfonçant dans les anfractuosités concentriques et profondes qu’on y observe , et qu’elle tapisse exactement pour y distribuer des vaisseaux.

En bas, la pie-mère offre une disposition un peu plus compliquée. i°. Sur les côtés , elle tapisse en de-

vaut les lobes anterieurs du cerveau, en s’y comportant comme dans la région supérieure. Pins en arrière, elle s’enfonce dans la scissure de Sylvius où elle est très-manifeste, parce qu’elle reste isolée , l’arachnoïde passant d’un lobe à l’autre en forme de pont ; puis elle tapisse les lobeS moyens et postérieurs, et n’y présente rien de remarquable. 2°. Sur la ligne médiane , elle s’enfonce antérieurement entre les deux hémisphères, qu’elle revêt jusqu’à la surface inférieure du corps calleux : elle y est entièrement séparée de l’arachnoïde , qui, en arrière, passe immédiatement d’un hémisphère sur l’autre , et ne s’enfonce point dans leur intervalle. Du corps calleux , elle se réfléchit sur la réunion des nerfs optiques, tapisse la substance grisâtre qui ferme inférieurement le ventricule moyen , passe sur la protubérance cérébrale qu’elle revêt inférieurement, s’enfonce dans l’espace qui sépare cette éminence d'avec la moelle épinière, recouvre la moelle, sur laquelle nous l’examinerons dans la suite. Du contour de celle-ci, elle se réfléchit sur la partie inférieure du cervelet, qu’elle tapisse , comme nou£ l’avons dit plus haut pour la supérieure. Elle s’enfonce entre les deux lobes, et se trouve par là distincte de l’arachnoïde d’une manière fort sensible.

Telle est la pie-mère considérée uniquement à l’extérieur du cerveau ; car les anfractuosités de Cet organe , quoique profondes, appartiennent à sa surface externe , puisque la substance corticale s’y retrouve toujours, et y présente la même épaisseur. Mais elle s’introduit en même temps, soit dans la substance même du cerveau , soit dans ses cavités. Le tissu cellulaire qui la compose pénètre dans sa

substance par plusieurs endroits , en accompagnant les vaisseaux ; mais il se perd bientôt, et il n’en reste plus de trace après un court trajet. Quant à l’introduction de la pie-mère dans les cavités cérébrales , elle mérite d’ètre remarquée, soit pour la manière dont elle se fait , soit pour la disposition que cette membrane présente dans ces cavités. Les auteurs ne l’ont point envisagée sous ce second rapport, qui me paroît très-essentiel.

De la Pie-Mère intérieure.

La pie-mère intérieure n’est point isolée de la précédente : elle se continue avec elle d’une manière très-manifeste , en sorte qu’on ne peut les isoler dans la description , comme ont fait les auteurs. Cette continuité a lieu de la manière suivante : i°. audessous du corps calleux et de la voûte à trois piliers , se trouve une large fente transversale , qui de l’extérieur communique dans le ventricule moyen , et par laquelle la pic-mère qui revêt la partie supérieure du cervelet cl de la protubérance cérébrale va s’unir à celle qui forme la toile clioroïdienne , ou plutôt donner naissance à cette toile. 20. Cette fente moyenne se continue de chaque côté avec une autre qui , placée entre la couche optique et le corps frangé , se contourne en formant une courbe à concavité antérieure , qui de l’extérieur communique, dans les ventricules latéraux, et par laquelle un prolongement de la pie-mère de la base du cerveau vient communiquer avec les plexus choroïdes. Je reviendrai , en parlant du cerveau , sur ces trois

fentes, l’une moyenne, et deux latérales, qui n’en font réellement qu’une , et par laquelle l’intérieur du cerveau communiqueroit librement avec l’extérieur , sans la pie-mère qui la remplit , et sans l’arachnoïde qui se réfléchit sur elle.

La pie-mère intérieure forme d’abord la toile choroïdienne , puis les plexus choroïdes.

Toile choroïdienne. Ce prolongement membraneux, ainsi nommé par Vicq-d’Azyr , naît principalement de la pie-mère qui pénètre par l’ouverture moyenne placée sous le corps calleux , et ensuite sous la partie postérieure de la voûte à trois piliers. Elle tapisse exactement la surface inférieure de cette voûte. Sa forme est celle d’un triangle tronqué, dont la base très-large est en arrière. Elle correspond du reste à la forme de la voûte. i°. Sa surface supérieure adhère à celle-ci , comme je l’ai dit, et loutà-fait en arrière au corps calleux. Les moyens d’union sont une foule de vaisseaux passant dans la substance médullaire. 2°. La surface inférieure est bbi ’e en devant dans le ventricule moyen. Plus en arrière , elle présente l’ouverture du trou arachnoïdien , dont je parlerai , qui surmonte la glande pinéale , et que borde une série de petites granulations plus ou moins sensibles. Plus en arrière en— '.ore , cette surface est appliquée sur la commissure postérieure et sue les tubercules quadrijumeaux. Les p r lies latérales de cette surface recouvrent imméd Moment la partie supérieure des couches optiques. 5 En devant , la toile choroïdienne se termine à l’endrdt de 1 origine delà voûte à trois piliers : là, elle se ontinue de chaque côté ayec l’extrémité des plexus

choroïdes , par les deux ouvertures arrondies qu’on y voit, et qui du ventricule moyen communiquent dans les latéraux. 4°* En arrière, où cette toile est trèslarge , elle naît, comme je l’ai dit, de la pie-mère extérieure. C’est dans le prolongement qui forme eette continuité que se trouve le canal par lequel 1 arachnoïde s’engage dans l’intérieur du cerveau ; c est aussi par ce prolongement qu’est embrassée la glande pinéale , sur les côtés de laquelle la toile choroïdienne se continue avec les replis de pie - mère venant de la base du cerveau. Elle tapisse en cet endroit la partie postérieure des couches optiques. 5°. "Les bords latéraux de cette toile s’engagent entre les bords de la voûte à trois piliers* et le milieu des couches optiques , et passant dans la fente qui , de chaque côté , sépare ces deux parties , ils vont donner naissance aux plexus choroïdes.

Plexus choroïdes. Us se voient dans les ventricules latéraux , et régnent tout le long des bords de la voûte à trois piliers et des corps frangés qui contiennent ces bords en arrière. Nés en devant des ouvertures de communication du ventricule moyen avec les latéraux , ouvertures qui sont situées derrière l’origine do la voûte à trois piliers , et par lesquelles ils se continuent avec l’extrémité de la toile choroïclienne , ils se portent de là obliquement en arrière c' en dehors , tout le long des bords de la voûte , en continuant à communiquer sous ces bords avec la toie choroïdienne , par la fente qui reste entre eux et es couches optiques. Vers l’endroit où les ventricule* se contournent en devant , ils se contournent aussi, savent le trajet des corps frangés , cl ne se ternirent

qua l’extrémité de ces cavités. Dans cetie partie postérieure , ils communiquent directement avec la piemère extérieure qui s’enfonce dans le cerveau , entre le corps frangé et la couche optique : on diroit qu’ils naissent là de cette membranç. Très -épais dans cette partie postérieure , ces replis vont toujours en s’amincissant , à mesure qu’on les examine plus antérieurement. Ils ne sont autre chose que la pie-mère repliée sur elle-même, et non étendue,- comme ailleurs, sous forme membraneuse. 11 y a cependant ici quelques variétés de structure , comme je le dirai.

Structure delà Pie-Mère.

Nous avons supposé , en décrivant la pie - mère , qu’elle pouvoit être comparée aux autres membranes du cerveau sous le rapport de la structure. Mais elle ne mérite réellement point le nom de membrane , sous lequel on la désigne ordinairement.. Lorsqu’on la soulève et qu’on l’examine avec soin dans les endroits où elle est isolée de l’arachnoïde , on n’y voit qu’une multitude de vaisseaux sanguins entrelacés et réunis par un tissu cellulaire lâche , transparent, qui n’a aucune consistance , de manière qu’il n’en résulte nulle part un organe continu de la nature des îiembranes. Ce tissu cellulaire est susceptible de s’infitrer de sérosité : on l'observe quelquefois dans le» fuvres ataxiques ; et alors on aperçoit au travers de 1 arachnoïde une tuméfaction sensible , produite par de a sérosité infiltrée sous elle. C’est ce tissu cellulaire, et ion les vaisseaux , qui unit la pie-mère à l’arach— noïcp dans les endroits où leur adhérence mutuelle

a lieu , adhérence analogue , sous ce point de vue , celle de la plèvre avec le poumon , du péritoine avec les viscères gastriques , etc. L’union de la pie-mère avec le cerveau n a lieu , au contraire, que parle moyen des ramuscules vasculaires très-ténus qui s’introduisent immédiatement dans la substance cérébrale. En détachant cette membrane , on peut distinguer l’ext remite rompue de ces ramuscules sur la surface de la substance corticale : d’ailleurs les injections fines prouvent l’existence’ de ces derniers.

Il résulte de là que l’on doit se former l’idée suivante du système vasculaire cérébral. C’est à la baSe du cerveau, entre lui et les os du crâne , que se trouvent les troncs artériels principaux destinés pour cet organe , c’est-à-dire l’artère basilaire et les carotides. Les branches , comme les cérébrales antérieures , les moyennes , etc. , sont logées dans les grands sillons cérébraux, comme dans la scissure de Sylvius, l’écartement des lobes antérieurs , etc. Nés de ces branches , les rameaux se portent dans les anfractuosités , dans les sillons secondaires qui divisent l’extérieur de l’organe cérébral. Enfin les ramuscules subdivisés à l’infini forment sur la surface extérieure du cerveau un lacis vasculaire extrêmement multiplié , dont les aréoles sont remplies par un tissu cellulaire lin , délicat et jamais graisseux. De celle union du lisst cellulaire avec Je lacis vasculaire , résulte une coudé de forme membraneuse : c’est la pie-mère. Celle-ci a donc pour but principal de diviser à l'infini les vaisseaux cérébraux, afin qu’ils ne pénètrent que par des capillaires déliés dans le tissu cérébral lui-méne. Remarquez, en effet , que c’est là une différence Titre-

les vaisseaux cérébraux et ceux des autres viscères : car dans ceux-ci les troncs vasculaires entrent immédiatement dans le viscère lui-même, et se divisent ensuite dans son intérieur. Le foie, le poumon , la rate, Je rein, etc. , sont un exemple de cette disposition, qui ne pourroit s’accommoder avec le tissu mou et délicat du cerveau.

Les branches artérielles qui pénètrent dans l’intérieur du cerveau s’engagent dans, les cavités de cet organe par les l’entés dont nous avons parlé. Ces branches ne font point exception à la disposition précédente. Elles se ramifient d’abord dans le plexus choroïde et dans la toile choroïdienne , avant de pénétrer la substance cérébrale elle-même ; en sorte que les ramuscules vasculaires de la pie-mère intérieure entrent dans cette substance de dedans en dehors , comme ceux de la pie-mère extérieure pénètrent de dehors en dedans. Les veines ont à-peu-près la disposition des artères.

D’après cela, la structure de la pie-mère intérieure est à-peu-près la même que celle de la picmère extérieure. Cependant il y a quelque différence dans les plexus choroïdes. On y rencontre quelques granulations cérébrales. Souvent des vésicules s’y manifestent. Ces vésicules ne sont point des bydalides, mais des kystes séreux , inhérens à ces plexus, comme les kystes du cordon spermatique le sont à ce cordon.

§ IV. De V Arachnoïde.

La triple enveloppe du cerveau n’a pas toujours été distinctement décrite. L’arachnoïde et la pie-mère ne

5o APPAREILS DES SENS INTERNES,

lurent long- temps, dans les descriptions, qu’une membrane unique, mince assemblage de deux feuillets distincts. Cette opinion, qui est encore celle de quelques anatomistes modernes , est entièrement contraire à la nature : les considérations suivantes en sont la preuve. i°. La pie-mère pénètre les anfractuosités; l’arachnoïde passe , sans s’arrêter, d’une éminence à l’autre, et souvent on la voit ou séparée par de grands intervalles de la pie-mère , ou simplement appliquée sur elle sans nulle communication. 2°. L’une, rougeâtre, toute tissue de vaisseaux, n’est destinée qu’à offrir aux troncs qui s’y portent une large surface où ils puissent se diviser à l’infini avant de pénétrer dans la substance molle du cerveau ; c’est un lacis de vaisseaux sanguins plutôt qu’une membrane véritable: l’autre, blanchâtre, mince, demi-transparente, dépourvue de ce genre de vaisseaux, ne paroît qu’un composé des exhalans qui lui apportent , et des absorbans qui lui enlèvent l’humeur dont elle est sans cesse lubrifiée. 5°. La première n’est remarquable, à la suite des inflammations, que par sa rougeur, effet du sang qui j aborde; la seconde s’épaissit, devient opaque et d’un blanc plus foncé , se recouvre fréquemment de cette exsudation visqueuse , caractéristique des membranes séreuses en suppuration. 4°. Celle-ci, après avoir accompagné les vaisseaux et les nerfs jusqu’aux troncs qui les transmettent hors du crâne , se réfléchit visiblement sur la duremère, qui en emprunte, comme je le dirai, le poli qui distingue sa face interne: celle-là se perd bientôt sur les nerfs, et jamais on n’y voit une semblable réflexion. 5°. En enlevant l’araclmoïde, on détache

or

nu CERVEAU ET PE SES DEPENDANCES, aussi la pie-mère qui adhère au niveau des circonvolutions ; et c’est là sans doute ce qui en a imposé. Mais ce fait ne prouve pas plus l’identité des deux membranes , qu’il n’établit celle de la plèvre, du péricarde , du péritoine, etc. , avec le tissu cellulaire qui leur est subjacent , et qui accompagne toujours ces membranes lorsqu’on les arrache de dessus leurs organes respectifs. Ces rapides considérations suffisent, je crois , pour établir entre ces deux membranes une ligne réelle de démarcation , et admettre par conséquent l’existence isolée de l’arachnoïde. Mais c’est peu d’avoir constaté son existence , il faut encore déterminer sa nature , suivre son trajet et ses rapports , assigner ses fonctions. Or , sur tous ces points , l’anatoinie connue ne nous offre qu’un vide à remplir.

Tous les organes importans , tous ceux qui sont agités d’un mouvement habituel , se trouve enveloppés d’une membrane séreuse qui leur sert de limites, les isole des parties voisines, favorise leur expansion et leur resserrement alternatifs, par l’humeur qui en lubrifie sans cesse la surface lisse et polie. Celte loi de conformation est universelle : le poumon qu’embrasse la plèvre , le cœur que revôt le péricarde , l’estomac, les intestins, le foie , la rate, etc. , sur lesquels se déploie largement le péritoine , le testicule que recouvre la tunique vaginale, nous en ollrent des exemples. Toutes ces membranes ont , comme je l’ai démontré , les mêmes caractères de conformation, de structure,. de fonctions, et même d’affections morbifiques. Cette uniformité dans la disposition extérieure de tous les organes impôt-

tans, ni avoit fait soupçonner depuis long— temps que le cerveau ne devoit point faire exception à la règle générale , et qu’une enveloppe analogue en tout aux membranes séreuses des grandes cavités devoit, en le recouvrant, remplir à son égard les mêmes fonctions que ces membranes a l’égard de leurs organes respectifs. Je crois que ce soupçon deviendra une réalité , si j’établis d’une manière évidente, que, i°. la nature intime , 2°. la disposition extérieure , le trajet et les rapports, 3°. les fonctions et les affections de l'arachnoïde sont exactement les mêmes que celles des membranes séreuses.

Organisation de V Arachnoïde.

La nature intime de la plupart de nos parties échappe presque constamment aux grossiers ïhstru— mens de nos recherches ; en sorte que, pour déterminer avec précision quel rang un organe inconnu occupe parmi les ressorts nombreux de notre machine, il faut le comparer à ceux dont la nature bien constatée ne laisse aucun doute dans l’esprit du physiologiste , afin d’établir sur l’analogie ce que l’inspection et la dissection ne peuvent nous fournir. Cette méthode de suppléer par le raisonnement au défaut des sens, dans nos recherches sur l’organisation, est surtout applicable à l’araclmoïde , que son extrême ténuité dérobe à presque tous nos moyens mécaniques. Or, en procédant par cette voie, je prouverai , je crois, d’une manière évidente, que par sa nature intime l’arachnoïde appartient à la classe des membranes séreuses, si j’établis que sa texture sensible.

Î)U CERVEAU ET DE SES dÉEENTUANCES. 35

ses propriétés vitales , ses fonctions connues et ses affections morbifiques sont les memes que les leuis. Gar , semblable à elles par les résultats de l’organisation , comment pourroit-elle être différente par l’organisation elle-même ?

J’ai prouvé ailleurs que toutes lés membranes séreuses sont remarquables par une surface lisse , polie , reluisante , humide de sérosité , contiguë et jamais continue aux organes voisins; par le petit nombre de leurs vaisseaux sanguins et la multitude de leurs exhalans et de leurs absorbans ; par la base essentielle de leur texture, qui est cellulaire; par leur transparence lorsqu’on les a détachées. Or t examinez l’arachnoïde : vous y retrouverez exactement tous ces caractères , si vous fixez successivement votre attention sur sa surface correspondant à la dure-mère , sur les endroits où son système vasculaire peut le plus facilement être aperçu, comme à la base du crâne , où, isolée par l’üne et l’autre faces, et par là transparente, elle ne peut nous présenter comme lui étant propres les vaisseaux sanguins de la pie-mère; sur des lambeaux de cette membrane exposés pendant quelques jours à la macération ; sur les endroits où vous l’aurez décollée, par une légère insufflation, de la pie-mère qu’elle recouvre. La ténuité de l’arachnoïde s’opposeroit-elle au rapprochement établi entre sa texture et celle des membranes séreuses? Mais qui ne sait que l’épiploon présente encore moins d’épaisseur ?

Si de la texture nous passons aux propriétés , meme analogie observée. Sensibilité organique, manifeste dans l’état ordinaire , susceptible, dans les af-

iii. 5

•Vf. appareils des sens internes.

fections , inflammatoires , de se transformer en sensibilité animale ; contractilité organique insensible , peu apparente d’abord , mais cependant caractérisée par une foule de phénomènes ; contractilité organique sensible et animale nulles ; extensibilité et contractilité de tissu réelles, mais peu étendues; voilà les propriétés des membranes séreuses. Telles sont aussi celles que m’ont démontrées, dans l’arachnoïde, diverses expériences sur les animaux vivans. La pression d’un corps, l’action déchirante ou coupante du scalpel, l’applicatioa de divers caustiques, ne paraissent exciter dans l’animal aucune sensation douloureuse. Mais cette membrane s’enflamme-t-elle à la suite de son exposition à l’air un peu long-temps continuée, le contact d’un corps auparavant indifférent devient pénible et meme cruel. Ici, comme dans une foule d’autres parties, la sensibilité inhérente à l’organe s’y trouve distribuée dans une trop foible proportion pour que cet organe devienne , dans l’état naturel, un agent de sensations vives, soit douloureuses soit agréables. Il faut que, par l’inflammation, la nature ait doublé , triplé même celte proportion , afin que cet effet soit produit. L’absorption qui s’opère dans l’arachnoïde prouve sa contractilité organique insensible. Son retour sur elle-même à la suite de l’évacuation de certaines congestions aqueuses, sanguines , etc. ; le volume prodigieusement augmenté de certaines têtes hydrocéphales , sans rupture de cette membrane , établissent son extensibilité et sa contractilité de tissu.

Si , pour suivre l’analogie de l’arachnoïde avec les surfaces séreuses, nous prenons les fonctions de cette

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. ~>5 membrane, nous voyons quelles sont , i°. de séparer Je cerveau d’avec les premières enveloppes qui le renferment, et auxquelles, par son moyen, il n’est que contigu; de former ainsi à ce viscère une limite membraneuse, qui, rompant pour aitisi dire toute communication organique entre lui et les parties voisines, isole sa vie propre et les fonctions importantes qu’il remplit, de la vie propre et des fonctions moins essentielles de tout ce qui l’entoure; 2°. d’exhaler sans cesse un fluide albumineux, dont on trouve sa surface constamment humide , qui se dissipe sous forme de vapeur sensible dans les animaux sur lesquels on met cet organe à découvert , surtout dans Un temps froid, et qui , destiné à lubrifier ce viscère , favorise ses mouvemens , et prévient les adhérences qui en se-1 roient le résultat. Cet usage de l’arachnoïde est mis hors de doute par la considération suivante : sa sttrface, mise a nu dans un animal vivant, exhale visiblement une humidité. En effet, étant essuyée exactement dans une partie quelconque de son étendue, cette humidité y est reproduite au bout de peu d’instans. D’ailleurs, pendant une assez longue exposition à l’air, et avant qu’elle ne s’enflamme , cette membrane reste humide : or, elle se sécheroit bientôt si ce que ce fluide lui enlève par la vaporisation ne lui éloit rendu par l’exhalation. A celte exhalation de l’arachnoïde correspond nécessairement une absçrption qui s’exerce non-seulement sur l’humeur lymphatique, mais encore sur les fluides étrangers. J’ai ouvert le crâne d’un chien par le trépan , après avoir déchiré et enlevé les épais faisceaux charnus qui le recouvrent sur les côtés. L’ouverture a été bouchée r

comme dans les expériences de Lorry , par un morceau de liège que iraversoit un tuyau de plume, au moyen duquel j’ai injecté dans la cavité du crâne un fluide légèrement coloré et à la température de l’animal. L’appareil a été fermé ensuite. L’animal ne s’est point assoupi, a eh d’abord quelques légers mouvernens convulsifs, est ensuite tombé dans l’abattement et dans une espèce d’impuissance de mouvemens, quoique la paralysie n’ait pas été complète. Je l’ai tué au bout de huit heures , et je n’ai retrouvé du fluide introduit qu’une très-petite quantité qui étoit ramassée vers la base du crâne. La même expérience , tentée après la mort , ne m’a donné qu’un foible résultat , quoique l’animal eût été maintenu , par un bain chaud, à sa température ordinaire. Dans les plaies de tête , il se fait fréquemment des épanchemens sur l’arachnoïde , comme le prouvent l’opération du trépan et l’ouverture des cadavres. Or, sur un très-grand nombre de malades que Desault a eus à traiter, jamais il n’a pratiqué cette opération, et cependant la plupart ont très-bien guéri : donc chez ceux de ces malades qui avoient des épanchemens ( et il est impossible que sur le nombre plusieurs n’en aient eu ) , ces épanchemens ont été absorbés , puisque le sang qui s’extravase, et que les lymphatiques ne reprennent pas , finit toujours par occasionner des accidens , l’inflammation, les dépôts, etc. , etc. Qui ne sait d’ailleurs que , dans l’opération même du trépan , lorsque le sang se trouve sous la dure-mère, il ne s’évacue jamais qu’en très-petite quantité , malgré la précaution d’inciser cette membrane , parce qu'il n’est point alors ramassé en foyer, mais disséminé

sur toute l’arachnoïde? Or, la portion restante, lorsque Je malade guérit j doit nécessairement être absorbée. Je crois que, d’après les faits et les considérations précédentes, il est difficile de ne pas envisager l’arachnoïde comme l’organe de l’exhalation et de l’absorption cérébrales.

Cependant une difficulté reste encore à résoudre : la dure-mère, suivant l’opinion commune, correspond , comme l’arachnoïde , à la cavité cérébrale où se répandent ces humidités : elle peut donc , comme celle-ci les fournir et les reprendre. Je montrerai bientôt que cette manière d’envisager la duremère n’est point conforme à sa disposition anatomique , et que sa surface interne , lisse et polie , n’est qu’un repli de l’arachnoïde. Mais faisons abstraction de ce fait qui lèveroit toute difficulté , et raisonnons d’après l’opinion commune. i°. La dure-mère est certainement de la nature du périoste , de la sclérotique, etc.... de l’enveloppe du corps caverneux, de la membrane albuginée, etc. : or, aucune de ces membranes ne remplit une fonction semblable à celle qu’on attribueroit ici à la dure-mère. 2°. La duremere a par-tout la même structure , et cependant ce n’est que par sa portion correspondante à la cavité cérébrale qu’elle paroît être un organe exhalant. Pourquoi ne sépare-t-elle pas également de la sérosité dans l’orbite où elle se prolonge, dans la fosse pituitaire ou elle passe sous la glande du même nom , apres avoir abandonné l’arachnoïde qui en tapisse la face supérieure? Pourquoi , dans le canal vertébral , sa face externe , isolée des organes voisins comme 1 interne , n est-elle pas comme elle sans cesse-humide-

d’une rosée lymphatique ? Comment concilier cette uniformité d’organisation avec cette différence de fonctions? 3°. T.ous les fluides séreux de l’économie animale, qui lubrifient les cavités , sont fournis par Une membrane unique , et non par le concours de plusieurs organes ; comment celui-ci, semblable en tout aux autres par sa nature , auroit-il un mode différent d exhalation ? 4°* Comment conçoit-on qu’un fluide essentiellement homogène soit séparé du sang par deux organes si essentiellement différens sous le rapport de la structure que le sont la dure-^ mère et l’arachnoïde? Trouve-t-on un seul exemple, dans l’économie vivante , de deux organes de classe différente concourant à produire le meme fluide ? 5°, La sérosité s’exhale dans les ventricules sans le concours de la dure-mère et seulement par l’arachnoïde qui s’y introduit comme je le prouverai. Toutes ces considérations m’ont déterminé depuis long-temps à considérer la dure-mère comme étrangère à l’exhalation et à l’absorption delà sérosité du cerveau, et à en regarder l’arachnoïde comme le siège exclusif.

Rapprochons maintenant les fonctions des membranes séreuses de celles bien constatées de l’arachnoïde, et nous les verrons, i°. isoler aussi leurs organes respectifs; 2°. exhaler sans cesse, 3°. absorber autour d’eux une humeur séreuse de même nature que celle de l’arachnoïde , et sous ce rapport entrer essentiellement comme elle dans l’ensemble du système lymphatique. Donc il y a analogie parfaite de fonctions entre elles et l’arachnoïde.

De cette analogie des fonctions je passe à celle des fcffeÇÜCma morbifiques, Les membranes séreuses sont

remarquables , parce quelles seules, avec le tissu cellulaire, sont le siège des hydropisies proprement dites, ou des hydropisies lymphatiques ; parce qu’à Ja suite de leur inflammation , leurs faces diverses contractent souvent ensemble des adhérences ; parce que souvent alors elles s’épaississent, perdent leur transparence , deviennent blanchâtres ; parce que dans ces cas une exsudation visqueuse, adhérente à leur surface, difficile à enlever, forme leur suppuration. Or, un rapide coup d’œil jeté sur l’arachnoïde nous y montrera les mêmes caractères morbifiques. Le sac quelle forme , et surtout sa portion prolongée ' dans les ventricules, devient le siège fréquent des collections lymphatiques qui constituent l’hydrocéphale. A la suite des inflammations du cerveau , Kauw Boerhaave, Dehaën , Boëmer , etc., ont fréquemment vu la face externe de l’arachnoïde et la face correspondante de la dure-mère adhérer ensemble , soit immédiatement , soit au moyen d’une espèce de membrane artificielle formée ici comme dans le péricarde , la plèvre , etc. Je possède des exemples de cette dernière disposition ; je les montre dans mes cours d’anatomie pathologique. Lorsque, dans le trépan , la dure-mère a été divisée , la portion d’arachnoïde qui correspond à l’ouverture s’enflamme et adhère ensuite à la cicatrice. J’ai essayé , dans un animal , de déterminer , par une injection de vin sous le crâne , l’adhérence de cette membrane , comme on produit artificiellement celle de la tunique vaginale dans l’hydrocèle ; mais l’animal n’a pu survivre que vingt-huit heures à l’expérience , et l’adhérence n’étoit point encore contractée. J’ai eu occasion d’observer

quelquefois , sur des sujets morts de plaies de tête ,

1 opacité de 1 arachnoïde et son épaississement. Elle se condense alors , comme la plèvre , par des couches ajoutées d’une matière lymphatique. Ce même phénomène , que 1 ouverture des cadavres offre chaque jour , s observe aussi à la face interne de la duremère , ce qui tient à la portion d’arachnoïde qui la tapisse , puisqu’il n’est jamais sensible à sa face externe. Quant à l’exsudation visqueuse que laisse échapper l’arachnoïde enflammée , elle est prouvée par un très-grand nombre de faits. Ce mode de supputation est si commun dans les plaies de tête, à l’Hotel-Dieu , qu’il formoit un des grands argumens par lesquels Desault coinbatloit le trépan , toujours alors inutile , puisque cette couche épaisse et visqueuse, adhérente à la surface externe du cerveau , ne sauroit échapper par l’ouverture ; à peine peut-on l’enlever exactement avec le manche du scalpel sur le cadavre dont le cerveau a été mis à découvert.

Les nombreux rapprochemens que je viens d’établir entre l’arachnoïde et les membranes séreuses en général me paraissent suflisans pour répondre au problème que nous nous sommes proposé ci-dessus. En effet , puisque, d’une part, la nature intime d’un organe quelconque est déterminée quand on a démontré sa texture , ses propriétés vitales , ses fonctions , et le caractère qu’imprime son organisation à ses affections morbifiques ; puisque , d’une autre part, il est évidemment prouvé que, sous ces quatre rapports essentiels , l’arachnoïde est analogue aux membranes séreuses, je crois que sans crainte d’erreur nous pouvons établir , comme une

DU CERVEAU et DE SES DÉPENDANCES. 4r conséquence de ce qui vient d’être dit , cette propogiiion générale : L'arachnoïde , par sa nature , appartient à la classe des membranes séreuses.

Trajet de V Arachnoïde extérieure.

J’ai démontré que toute surface séreuse représente un sac sans ouverture , replié et sur les organes auxquels elle appartient , et sur les parois de la cavité où se trouvent ces organes , fournissant à leurs vaisseaux une gaîne qui les accompagne , et ne s’ouvrant jamais pour les laisser pénétrer ; en sorte que rien n’est contenu dans la cavité qu’elle forme , et que s’il étoit possible de l’enlever distinctement par la dissection , cette cavité resteroit dans son intégrité. Or , si on compare à cette conformation celle de l’arachnoïde , et qu’on suive son trajet , il est facile de démontrer, le scalpel à la main , que , de même que ces membranes , elle se replie et sur le cerveau qu’elle embrasse sans le contenir , et sur la face externe de la dur e-mère qu’elle tapisse , et sur les nerfs et les vaisseaux qui partent du cerveau ou qui s’y rendent , de manière qu’aucun de ces organes n’est contenu dans sa cavité , que remplit seule l’humeur qui la lubrifie. Pour suivre le trajet de celte membrane , considérons-la sur le cerveau , sur la moelle épinière , sur la dure-mere , et dans les ventricules ; car quoique partout continqe elle ne puisse s’isoler , cependant sa disposition deviendra plus sensible en ne l’examinant à-la-fois que sur un petit nombre de parties.

Considérée sur la convexité du cerveau , l’arachnoïde y est très - sensible , surtout par l’insufflation.

i°. Elle revêt l’un et l’autre hémisphères, fournit à chaque veine allant au sinus longitudinal supérieur une gaîne qui se continue ensuite sur la dure-mère , embrasse à-peu-près de la même manière les granulations cérébrales de cette partie , qui se trouvent ainsi hors de sa cavité. Cette disposition fait que ses adhérences avec la dure-mère sont très-nombreuses audessous du sinus longitudinal supérieur , où se trouvent surtout ces replis; on n’en remarque presque aucun sur la convexité des hémisphères. a°. Elle descend de l’un et l’autre côtés sur la face de ces hémisphères correspondant au sillon qui les sépare, tapisse le corps calleux dont l’écartent les artères de même nom , et fournit aux veines du sinus longitudinal inférieur des enveloppes qui se réfléchissent ensuite sur la faux.

De la convexité du cerveau , l’arachnoïde se porte en arrière et en devant. Voici son trajet dans le premier sens. i°. Sa portion correspondante aux hémisphères se prolonge sur leurs lobes postérieurs, qu’elle revêt en fournissant quelques gaines à des veines qui se portent dans les sinus latéraux , passe sur la rainure qui les sépare du cervelet , où elle est trèsdistincte et isolée par ses deux faces , se déploie sur la partie supérieure de ce viscère , y fournit d’autres gaines aux veines du sinus droit , descend sur sa circonférence , y accompagne plusieurs gaines qui vont aux sinus latéraux et auxquelles elle fournit des enveloppes , puis vient recouvrir sa face inférieure , où une large portion de son étendue se trouve isolée visà-vis la rainure qui sépare ses deux lobes. 2°. Quant à la portion de l’arachnoïde correspondante au corps

calleux , elle se prolonge aussi en arrière sur le cervelet ; mais elle concourt auparavant à former autour Jes veines de Galien une ouverture dont je parlerai bientôt.

D’après ce qui vient d’être dit , on conçoit le trajet de cette membrane sur le cervelet , les lobes postérieurs et la convexité du cerveau. Mais comment se comporte-t-elle sur la base de ce viscère? le voici : i°. de la partie supérieure des hémisphères , elle s’avance sur les lobes antérieurs, et les entoure exactement. Quant à l’intervalle qui les sépare , elle s’enfonce en haut dans tout cet intervalle , et le laisse très-apparent. En bas , elle ne s’enfonce que dans sa partie antérieure ; dans la postérieure , elle passe immédiatement d’un lobe à l’autre , en sorte que , pour voir leur intervalle , il faut inciser le repli qu’elle forme entre eux. Plus en arrière, elle recouvre les nerfs olfactifs , auxquels elle forme une petite gaîne à leur extrémité. Une autre très-sensible, de forme conique, est fournie aux nerfs optiques ; celle-ci se prolonge dans leur enveloppe fibreuse , et ne se réfléchit sur elle que dans l’orbite. 2°. Elle embrasse , par sa portion qui descend du corps calleux , la tige pituitaire en manière d’un entonnoir dont l’extrémité s’épanouit sur la glande du même nom , et se trouve séparée par elle de la dure-mère qui s’enfonce dans la fosse et en forme le périoste. 3°. Elle entoure d’un canal transparent la carotide à son entrée dans le crâne , se porte sous la protubérance cérébrale, forme entre elle et F union des nerfs optiques un repli séparé de la substance cérébrale par un espace très-profond ; elle est ayssi entièrement isolée sous cette protubérance ,

44 appareils des sens internes.

ainsi qu au niveau de ses prolongemens antérieurs et des rainures qui les bornent latéralement , rainures au fond desquelles est 1 ouverture qui communique dans l’extrémité des ventricules, et que remplit la piemère. Aux environs de la protubérance , l’arachnoïde fournit des gaines aux nerfs moteurs communs des yeux, pathétiques, trijumeaux, moteurs externes , auditifs et faciaux. 4°- On la voit se diriger sur les parties latérales du cervelet , sur le commencement de la moelle épinière , sur les prolongemens postérieurs de la protubérance cérébrale. Elle est entièrement libre au niveau des sillons plus ou moins profonds qui se rencontrent entre ses diverses parties , passe sur eux sans s’y enfoncer , et reste à cause de cela très-apparente. Elle accompagne dans ces espaces les nerfs vague , spinal , hypoglosse , sous-occipital ; recouvre l’artère vertébrale , et se continue ensuite dans le canal vertébral où nous l’examinerons.

Ces nombreux replis de l’arachnoïde à la base du crâne se voient facilement , lorsqu’après avoir mis sans secousse le cerveau à découvert , on le soulève avec précaution en avant et sur les côtés. Les diverses gaines paroissent alors plus larges du côté du cerveau , plus étroites vers la dure-mère, sur laquelle toutes se réfléchissent à l’endroit où elle est percée, ou un peu au-delà , pour laisser passer seul le nerf ou le vaisseau , qui , isolé d’elle , va à sa destination. Toutes sont lâches , sans adhérence avec l’organe qu’elles entourent , se rompent très-facilement , surtout celles des olfactifs et des pathétiques ; ce qui , sans doute, a empêché jusqu’ici qu’on ne les ait décrites avec exactitude. Ces gaines se trouvent presque

toujours dépourvues de la pie-mère, qui disparoît insensiblement très-près du cerveau et du cervelet, et qui n’accompagne pôint les nerfs d’une manière sensible.

Nous venons devoir l’arachnoïde enveloppant, sans les contenir , le cerveau , ses nerfs et ses vaisseaux , se continuant ensuite en arrière et en devant sur la moelle épinière. Arrivée là , elle forme une espèce d’entonnoir par lequel est embrassé ce prolongement médullaire , et qui descend jusque sur les faisceaux nombreux qui le terminent. Nous verrons à l’article où nous en traiterons la manière dont elle se comporte sur lui. Je passe à la manière dont elle revêt la dure-mère.

D’après ce que nous venons de dire , il est évident que la totalité de la masse cérébrale est embrassée par l’arachnoïde , comme le cœur , le poumon , le foie , la rate , etc. , le sont parleurs membranes séreuses respectives , avec cette différence qu’ici les replis sont plus nombreux par rapport au nombre beaucoup plus grand de nerfs et de vaisseaux. 11 me reste, pour com-*pléter l’analogie , à démontrer que , de même que chaque membrane séreuse , après avoir tapissé son organe, se réfléchit ensuite sur les parois de la cavité où il est contenu ; de même l’arachnoïde, après avoir recouvert le cerveau et ses prolongemens , revient sur la dure-mère dont elle revêt toute la face interne.

Nous avons vu les gaînes nombreuses qui accompagnent les nerfs et les vaisseaux jusqu’à leur sortie ou leur entrée par les trous du crâne et du canal vertébral , sc réfléchir ensuite, et se porter sur la duremère : la, elles s unissent toutes, et forment une membiaue generale recouvrant et la dure-mère et ses pro-

/|6 APPAREILS UES SENS I N T E II IV E S . longemens , tels que la faux cérébrale , la tente et la faux du cervelet , qui se trouvent ainsi hors de la ca-* vite du crâne , et non humectées de sérosité , composant avec la portion qui revêt le cerveau le sac sans ouverture que j’ai dit être représenté par l’arachnoïde, laquelle présente ainsi une portion cérébrale et une portion crânienne , comme la plèvre a sa portion costale et sa portion pulmonaire. Cette manière d’envisager l’arachnoïde paroîtra sans doute paradoxale , d’après l’opinion commune des anatomistes, et d’après les difficultés qu’on éprouve ordinairement à isoler par la dissection ce feuillet interne de la dure-mère. Mais je crois que les réflexions suivantes lèveront sur ce point toute espèce de doutes.

i°. Si l’on dissèque dans une étendue quelconque la dure-mère de dehors en dedans , en enlevant successivement ses diverses couches , on remarque que toutes sont distinctement fibreuses , excepté la dernière , qui est celluleuse , sans aucune fibre , transparente , et telle , en un mot , qu’on voit l’arachnoïde dans les endroits où elle est libre par ses deux faces. Cette dissection est beaucoup plus facile qu'il ne le semble d’abord. On peut aussi , en fendant dans une certaine étendue, et le plus superficiellement possible , la face interne de la dure-mère avec la pointe du scalpel , enlever , au moyen de cette incision, des lambeaux très-considérables d’arachnoïde. Ces lambeaux sont minces et transparais. Quelques fibres leur restent quelquefois attachées ; mais on distingue très-bien ce qui est fibreux d’avec ce qui est séreux , lisse et uni. 2°. Dans le fœtus et l’enfant , l’arachnoïde est plus distincte de la dure-mère que

r>u cerveau et de ses dépendances. 47

dans l’adulie; elle y tient souvent d’une manière lâche. A cet âge, en commençant à la disséquer d’abord sur le cerveau, puis le long d’une des gaines dont j’ai parlé, ensuite à l’endroit de la réflexion de cette traîne enfin sur la dure-mère où se (ait celte réflexion , on voit très-manifestement sa continuité sur tous ces points , et elle peut être suivie très-loin sur le dernier. L’adhérence augmente avec lage, mais la nature reste distincte : ainsi le feuillet séreux du périfcarde, très-lâchement uni, dans le premier âge, au centre phrénique du diaphragme, lui devient-il par la suite étroitement lié : ainsi le même feuillet séreux et le feuillet fibreux du péricarde , quoique très-fortement adhérens sur les côtés , sont-ils essentiellement différens l’un de l’autre. J’ai trouvé des sujets où l’adhérence de l’une et l’autre membranes est plus marquée , et presque semblable à celle de l’adulte 5°. Il est des endroits où l’arachnoïde est très-distincte de la dure-mère : ainsi, comme je l’ai dit, après avoir fourni une gaine à la tige pituitaire, elle s’épanouit sur le corps où se termine cette tige; tandis que la dure-mère passant dessous, tapisse la cavité de même nom. Ces deux membranes se réunissent ensuite. 4°- Le poli de la surface interne de la dure-mère dépend évidemment de la présence de l’arachnoïde. En effet, si on examine un des conduits fibreux que fournit la dure-mère du canal vertébral à chacun des nerfs qui en partent, d’un côté on voit l’arachnoïde se réfléchir au lieu d’y pénétrer ; d’un autre côté , si on ouvre ce conduit , on observe qu il ne présenté plus l’aspect poli et luisant qu’avoit la dure-mère dans ce canal. La dure-mère ne doit

donc point à elle-même ce caractère , mais à l’arachnoïde qui la tapisse. Quelquefois celle-ci pénètre en partie dans ces conduits , et se réfléchit au milieu ; alors ils sont ert partie lisses et en partie rugueux et celluleux au dedans; d’ailleurs, on sait que la dure-mere ne présenté point cet aspect lisse et poli dans le canal vertébral, à sa face externe, quoique cette face soit libre et sans adhérences. Enfin , le poli qu’on remarque sur certains organes n’est jamais produit que par des membranes séreuses : ainsi le cœur, le poumon, le foie, etc. , doivent leur surface luisante et polie au péricarde , à la plèvre , au péritoine; la surface interne des coulisses tendineuses à leur capsule synoviale, les articulations à la leur; en sorte que ce caractère extérieur des organes indique toujours une membrane séreuse qui les enveloppe , soit d’une manière serrée , comme les capsules des tendons , la portion de tunique vaginale correspondante à l’albuginée, etc. ; soit d’une manière lâche, comme le péritoine, la plèvre, etc. La dure-mère féroil-elle donc seule une exception à cette loi générale de l’économie animale? 5°. A la suite des inflammations , où la dure-mère présente un épaississement remarquable , effet d’une espèce de membrane accidentellement produite là comme à la plèvre, etc. , on remarque ce phénomène à sa face interne, et non à l’externe : or , l’inflammation a été la même par-tout; donc ce changement ne lui est point propre, mais à l’arachnoïde qui la tapisse. J’ai deux pièces où de fausses membranes accompagnoient l’hydrocéphale , et tapissoient l’arachnoïde devenue le siège d’une inflammation chronique. Or, dans l’une et l'autre, la

la couche qui enduit la surface interne de la duremère est la même que celle qui revêt l’arachnoïde cérébrale. De plus, l’inflammation chronique donnoit à l’arachnoïde crânienne le même aspect qu’à cette dernière , tandis que le tissu même de la duremère étoit exempt de cette affection. 6°. La surface interne de la dure-mère est le siège évident de l’exhalation delà sérosité cérébrale , puisque , si on la met a découvert dans un animal vivant , et qu’on essuie cette sérosité dans une étendue quelconque , elle est bientôt reproduite. Or, je crois avoir prouvé évidemment plus haut qu’il répugne à la structure de la dure-mère d’être l’organe de cette exhalation : donc c’est l’arachnoïde réfléchie à la surface interne de cette membrane qui est cet organe. rj°. Les ossifications de celte surface interne y prouvent encore l’existence de l’arachnoïde. En effet , ces ossifications se font entr elles et l’arachnoïde à-peu-près comme celles des artères ont lieu entre la membrane interne et la membrane fibreuse ; en sorte que , soulevée par les plaques osseuses , l’arachnoïde est très-sensible à leur circonférence. J’ai dans ma collection de pièces d’anatomie pathologique trois dure-mères où les ossifications, très-sensibles, rendent très-apparente la disposition que j’indique.

Tout tend , d’après ce que je viens de dire, à persuader que la dure-mère est recouverte en dedans par un feuillet séreux venant de l’arachnoïde. L’adhérence seule peut ici jeter des doutes : ils sont faciles à lever , . si on considéré que la conjonctive adhère aussi à la cornee, la tunique vaginale à l’albugmée, la synoviale des tendons à ceux-ci, le péricarde au feuillet in. 4

fibreux qui coupe le centre phrénique, etc. , et que cependant on ne révoque pas en doute l'existence de ces membranes. Je crois donc pouvoir établir comme un fait anatomique bien constaté , que l’araclinoïde , semblable en tout aux membranes séreuses, a sa portion cérébrale et sa portion crânienne par-tout contiguës entr’elles , séparées par la sérosité, et continues seulement par les gaines qui contiennent les vaisseaux et les nerls, aux endroits où ces nerfs et ces vaisseaux sortent du cerveau ou- y pénètrent.

Au reste, quand je dis, en décrivant le trajet de l’arachnoïde , que du cerveau elle se porte sur les nerfs, de là sur la dure-mère, etc., cette expression n’est destinée qu’à s’accommoder à notre manière ordinaire de concevoir. Sans doute elle se forme en même temps sur tous les organes, et se développe sur tous dans les mêmes proportions. Si cette manière de présentée la disposition de l’arachnoïde répugne , surtout par rapport à la dure-mère, changeons nos expressions ; disons qu’elle embrasse seulement le cerveau , fournit aux nerfs et aux vaisseaux des gaines qui se réfléchissent sur la dure-mère , comme l’inspection le prouve évidemment, et se perdent ensuite sur cette membrane, dont la face interne, essentiellement différente, par son organisation, du reste de sa substance , est entièrement semblable sous ce rapport à l’arachnoïde. C’est là le point essentiel, que cette identité d’organisation entre la face interne de la dure- ' mère et l’arachnoïde, identité qui résulte évidemment des faits exposés ci-dessus. Quant à la manière de présenter la chose, elle est indifférente.

DU CERVEAÜ ET DE SES DEPENDANCES. 5l

Trajet de V Arachnoïde intérieure .

Ce trajet , non indiqué par les auteurs , mérite une attention particulière. En effet, tous les anatomistes ont dit que la pie-mère seule pénètre dans les cavités cérébrales pour les tapisser , après y avoir donné naissance au plexus choroïde. Je soüpçonnois depuis long-temps que celte assertion est fausse , d’après les considérations suivantes : i°. la membrane qui revêt les ventricules et leurs diverses éminences, présente le même caractère, la même texture apparente que l’arachnoïde, quoique plus mince encore que celle-ci ; elle en a l’aspect lisse et poli ; elle recouvre les vaisseaux sanguins , sans en contenir sensiblement dans son. tissu, qui se tiouve, excepté aux plexus choroïdes, essentiellement différent de celui de la pie-mère ; 2°. une rosée lymphatique s’en exhale sans cesse , et y est sans cesse absorbée ; 5°. il y survient de fréquentes hydropisies ; 4°- à la suite des inflammations , on y a trouvé des exsudations puriformes , semblables à celles de l’arachnoïde et dés autres membranes séreuses , caractère qui n’appartient point à la pie-mère. Ces premières considérations me portoient à supposer les ventricules tapissés , comme l’extérieur du cerveau , d’une sorte de membrane en forme de sac sans ouverture, semblable à toutes les autres membranes séreuses , et que sa ténuité déroboit à nos dissections. Une autre réflexion me confirmoit dans celte idée : souvent les hydropisies des ventricules existent isolément , l’eau du sac extérieur de l’arachnoïde n’étant point aug-

A PPAREILS DES SENS INTERNES, menlée. Or, s’il n’y avoit pas dans les ventricules une membrane différente de la pie-mère, l’eau qui s’y trouve épanchée rcflueroit bientôt au dehors , en s’infiltrant par les prolongemens de celle dernière membrane, qui de la base du crâne remonte dans les ventricules par les ouvertures de communication indiquées plus haut; car, comme je l’ai dit, la pie-mère n’est que du tissu cellulaire dont les cellules communiquant toutes, et étant parcourues par beaucoup de vaisseaux, laissent facilement passer la sérosité de l’une à l’autre. Il faut donc que les fentes de communication du dehors au dedans du crâne soient bouchées du côté des ventricules par une membrane différente de la piemère qui s’insinue par ces fentes. J’examinai en conséquence l’endroit où les prolongemens extérieurs de celle membrane viennent se confondre avec les plexus choroïdes et avec la toile choroïdienne; et je vis en effet une lame très-mince passant sur eux , les empêchant ainsi d’être contenus dans les cavités cérébrales , et se perdant ensuite sur les éminences voisines, telles que les couches optiques, les corps cannelés, les cornes d’Ammon, etc. Je ne doutai plus dès-lors, i°. que ce qu’on avoit pris dans les ventricules pour un prolongement de la pie-mère ne fut une véritable membrane séreuse extrêmement ferme, tapissant leurs parois, et se reployant ensuite autour des plexus choroïdes situés véritablement hors de la poche; 2°. qu’il n’y eût aussi au dedans comme au dehors un organe exhalant la sérosité, lui servant momentanément de réservoir , et la transmettant ensuite de nouveau dans le torrent circulatoire; 5°. que si la dissection ne pouvoit pas lèous conduire ici pas à pas, l'analogie y suppléoit

au moins d’une manière évidente. Mais une question resioit à résoudre : cette membrane interne a-t-elle une existence isolée , ou est-elle une continuation de l'arachnoïde dont elle partage la nature? L’inspection décida cette question. J’ai dit qu’a près avoir tapissé le corps calleux, l’arachnoïde descend sur le cervelet ; mais en s’y prolongeant , on la voit s’enfoncer dans le ventricule moyen , par une ouverture ovalaire située entre ces deux parties.

Cette ouverture embrasse d’abord de tous côtés, les veines de Galien et leurs nombreux proion gemens, qui, en recevant chacun une enveloppe, ne s’y trouvent point contenus , quoiqu’ils la traversent en tous sens. Elle se prolonge ensuite sous ces veinesentre la glande pinéale et les tubercules quadrijumeaux , et se termine ensuite dans le ventricule moyen du cerveau , en formant un canal distinct. Ce canal , ainsi que les veines de Galien , traversent le prolongement de la pie-mère , qui s’enfonce sousle corps calleux pour aller donner naissance à la toile choroïdienne.

Pour trouver ce conduit, il faut scier le crâne avec beaucoup de précaution , enlever très-légèrement la faux , de peur que les secousses qu’on lui imprime ne se communiquent à la tente du cervelet , aux veines de Galien, et surtout, à la portion d’arachnoïde qui vient du corps calleux , ne déchirent celte portion et en même temps ne détruisent l’ouverture, ce qui arrive dans le plus grand nombre des cas pii l’on na point ces attentions. Le cerveau étant à découvert , on soulève doucement, chaque hémisphère en airière, en 1 écartant un pe>u en dehors: les veines

54 APPAREILS PES SENS INTERNES, de Galien paraissent alors sortant du canal qui les embrasse , et dont 1 orifice ovalaire est très-apparent. Quelquefois cependant les bords de cet orifice embrassent tellement les veines, qu’on ne peut le distinguer que par une petite fente située d’un côté ou de 1 autre, et qu’on croirait , au premier coup d’œil , qu il y a continuité. Glissez alors un stylet le long de ces vaisseaux d’arrière en avant ; quand il aura pénétré un peu, failes-le tourner tout autour; il dégagera les adhérences , et l’ouverture deviendra très-sensible.

Pour s’assurer que cette ouverture mène dans le ventricule moyen du cerveau , il faut y introduire un stylet crénelé , l’engager sous les veines de Galien , le pousser doucement : il pénètre sans peine dans le ventricule. On enlève ensuite le corps calleux et la voûte à trois piliers , de manière à laisser en place la toile choroïdienne ; on incise sur le stylet , et on voit que la membrane , lisse et polie dans tout son trajet , n’a point été déchirée pour le laisser pénétrer. Quelquefois on éprouve de la résistance , on ne peut même le faire parvenir : cela tient à ce que les veines qui viennent se dégorger dans celles d"e Galien , s’entrecroisant en tous sens dans le canal , le rendent pour ainsi dire aréolaire et arrêtent l’instrument : il faut alors le retirer , et pour démontrer la communication, verser du mercure dans le trou extérieur , qui , par la position inclinée de la tête, parvient tout de suite dans le ventricule moyen. En soufflant aussi de l’air , il parvient dans ce ventricule , et de là dans les latéraux , par les ouvertures situées derrière l’origine de la voûte à trois piliers. Si on enlève celle-ci , et qu’on mette par là à nu la toile choroï-

OTT CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. 55 dienne , elle se soulève chaque lois qu’on pousse de l’air.

L’orifice interne de ce conduit de communication se trouve à la partie inférieure de la toile choroïdiennë. Pour le voir, il faut renverser celle-ci eii arrière ou avec la voûte à trois piliers quelle tapisse , ou après l’en avoir isolée. La glande pinéale qui tient à cette toile se renverse aussi: alors, au-dessus et au-devant de celle glande, on voit une rangée de granulations cérébrales représentant un triangle dont la pointe est en avant. C’est à la base de ce triangle qu’est l'orifice interne du conduit de l’arachnoïde ; un stylet qu’on y introduit se porte en dehors en passant sur la partie supérieuie de la glande que le conduit surmonte. Quelquefois , comme dans le passage d’un stylet de l’orifice externe à celui-ci , les veines de Galien qu’on rencontre empêchent la pénétration ; mais en se déviant un peu , en tâtonnant , on parvient toujours sans rupture.

Il paroît donc , d’après ce qui vient d’être dit , i°. que la membrane des ventricules , analogue par son apparence et sa nature à l’arachnoïde , en est un prolongement , et que le moyen de communication entre elles est le canal dont j’ai parlé ; 2°. que ce prolongement , plus mince encore que l’arachnoïde déjà si ténue , se déploie d’abord sur le ventricule moyen, descend en arrière par l’aqueduc de Sylvius r dans celui du cervelet qu’il revêt , et où il bouche les ouvertures par lesquelles pénètre la pie-mère pour apporter les vaisseaux , se porte en devant à travers, les deux trous de communication des ventricules latéraux , trous qu’on ne voit bien qu’en commençant la dissection du cerveau par sa base, tapisse ces ventri-

5 f> ÀPPAHE I T,S DES S E !V S INTERNES, cules el leurs éminences, se réfléchit sur le plexus choroïde , bouche , tout le long de la concavité des corps frangés , la communication qu’il y a entre ces cavités et l’extérieur, communication par laquelle s’introduit la pie-mère pour se continuer avec le plexus choroïde , lequel est principalement produit par la toile choroïdienne.

D’après ce qui vient d’être dit , il est évident que la membrane séreuse tapissant les ventricules est à l’arachnoïde ce qu’est au péritoine celle de la cavité des épiploons, et que la plus parfaite analogie existe entre l’ouverture que j’ai décrite et l’ouverture située sous la vésicule du fiel , et qui mène à cette cavité. Cependant telle est l’extrême ténuité de l’arachnoïde intérieure , surtout à l’endroit où elle revêt la substance cérébrale, qu’il est impossible de la soulever. Son existence dans le canal, jusqu’à son orifice interne sous la toile choroïdienne , est très-sensible , ainsi qu’au niveau des fentes de communication ; mais ailleurs, j’admets plutôt par la nature de l’exhalation des ventricules , que par une dissection vigoureuse , l’arachnoïde intérieure.

On conçoit facilement par là un phénomène que l’ouverture des cadavres offre quelquefois : on trouve les ventricules très-distendus , leur cavité doublée , triplée même, et cependant ds sont presque vides de sérosité , tandis qu’il y en a beaucoup à la base du crâne : l’eau n’a pu s’échapper par aucun endroit que par l’ouverture dont j’ai parlé , le cadavre s'étant trouvé couché sur le dos la tête renversée. J’observe à ce sujet qu’un signe certain de la dilatation des ventricules, qui ne paroît pas toujours aisée à distinguer

sur un cerveau non incisé , c’est la diminution des anfractuosités repoussées alors en dehors , et le moins de saillie des circonvolutions , en sorte que la surface cérébrale est presque unie dans tous ses points. Ce signe ne m’a jamais trompe.

Je crois que , d’après tout ce qui a été dit dans cet article, il seroit difficile de révoquer en doute l’analogie que présente l’arachnoïde avec les membranes séreuses par sa conformation. Comme elles on la voit se déployant et sur l’organe auquel elle appartient , et sur la cavité qui le renferme , former un sac sans ouverture où se ramasse la sérosité , embrassant les nerfs et les vaisseaux et leur formant des gaines qui les empêchent d’être contenus dans ce sac ; enfin s’enfonçant dans les ventricules , et y formant une grande appendice analogue à celle qu’envoie le péritoine sous l’estomac et le colon , au-devant du pancréas et du duodénum , etc.

Remarques sur V Arachnoïde.

Les faits multipliés rapportés pl us haut nous permettent de présenter ici quelques vues générales , qui ne seront pour ainsi dire que les conclusions de ces faits. Elles ont rapport aux maladies et aux fonctions de l’arachnoïde. Il paroîtque, dans l’inflammation du cerveau et de ses membranes, l’arachnoïde joue un rôle essentiel. C’est elle, et non la dure-mère, qui doit faire rapporter cette inflammation à celle des membranes sereuses ou diaphanes. Si la dure-mère participe à ces affections, cest à cause du feuillet interne qui la tapisse. Une expérience rend ceci très-manifeste : met-

lez sur un animal Ja dure-mère à découvert dans une? étendue assez considérable de sa surface externe ; incisez-la de manière à exposer aussi à l’air sa surface interne : celle-ci sera enflammée beaucoup plus vite que l’autre; car elle deviendra rouge bien plus vite, et surtout plus promptement sensible à l’impression des irritans extérieurs, qui est nulle pour l’animal dans les premiers insla ns de l’opération. Sans doute que dans les inflammations du cerveau , la dure-mère ne tarde pas à s’enflammer aussi ; mais le siège primitif du mal paroît être dans l’arachnoïde. D’ailleurs, j’ai fait observer que ce n’est guère qu’à la surface interne de la dure-mère qui est tapissée par elle , ainsi qu’à la surface du cerveau , qu’on observe l’exsudation purulente et les membranes contre nature , qui sont le résultat de ces inflammations. Au reste, il paroît par l’observation des maladies , que l’inflammation des membranes fibreuses telles que la duremère est beaucoup plus lente dans ses progrès que celle des membranes séreuses : l’inflammation du périoste , comparée à celle de la plèvre , en est une preuve.

Quoique les hydropisies de l’arachnoïde présentent des phénomènes analogues à ceux des autres membranes séreuses, et qu’on puisse alors la regarder comme un grand réservoir accidentellement plein de sérosité , intermédiaire aux exhalans qui continuent leurs fonctions, et aux absorbans qui ont cessé les leurs, cependant il se rencontre quelques différences assez notables. i°. Dans l’hydropisic générale, où tout le système lymphatique est frappé d’atonie , où tout le tissu cellulaire s’infiltre , toutes les cavités se rem-

Ut; CERVEAU ET BE SES BE PENDANTES. 59

plissent, celle-ci échappe presque constamment à la loi générale. 2°. L’hydropisie de l’arachnoïde est plus particulière à l’enfant, au fœtus; celle du péritoine , de la plèvre, de la tunique vaginale , du péricarde , etc. , plus souvent observée chez l’adulte. Cela tiendroil-il , pour l’arachnoïde , à la concentration des forces sur la tête dans le premier âge , époque à laquelle la nature , obligée de perfectionner simultanément tous les organes de la vie animale qui s’y trouvent , semble négliger les autres parties pour doubler le travail de la nutrition dans ses organes ? On sait , en général , que les premiers inslans de l’existence sont , plus que tous les autres , sujets aux maladies de la tête. 5°. Une circonstance influe sans doute aussi sur la différence des hydropisies de l’arachnoïde ; c’est qu’il y a beaucoup moins de vaisseaux absorbans , de ceux au moins qui sont sensibles dans nos préparations ? à la tête que par-tout ailleurs , comme l’ont prouvé les recherches des anatomistes modernes , italiens , anglais et allemands.

Je remarque Cependant que toutes les collections séreuses du crâne n’appartiennent pas à l’arachnoïde. Souvent , comme je l’ai dit , on trouve la pie-mère infiltrée dans les ouvertures cadavériques , et faisant une saillie qui soulève l’arachnoïde, à travers laquelle on voit 1 infiltration , mais qui reste parfaitement intacte .

§ V. Des Granulations cérébrales.

On ti ouve en divers endroits des membranes cérébrales de petites granulations plus ou moins scnsi-

6o APPAREIT.S des sens internes.

blés, et auxquelles Pacchioni , qui a fixé sur elles une attention spéciale, a donné le nom d e glandes quoique nous ignorions complètement leur usage. Ordinairement décrites avec le sinus longitudinal supérieur ou avec la surface externe du cerveau , ces petites granulations doivent être considérées d’une manière générale et isolée, parce qu’elles se rencontrent dans plusieurs parties qui n’ont entr’elles aucune analogie de structure. On peut les rapporter à deux chefs principaux , aux sinus et à la pic-mère.

Granulations des Sinus.

Le sinus longitudinal supérieur est celui qui en contient le plus. Elles sont spécialement à sa partie moyenne et postérieure; on les y voit, en le fendant supérieurement, amassées par paquets plus ou moins considérables. Elles occupent, en général , le contour eles orifices par lesquels les veines viennent s’aboucher dans ce sinus , où elles font une saillie plus ou moins marquée. Elles se trouvent le plus souvent cachées en partie par des brides différemment disposées , et qu’il faut couper pour bien les mettre à découvert. Lorsqu’on examine un paquet de ces granulations , on voit qu’elles se tiennent toutes , et qu’on ne peut point les séparer sans rupture. Plusieurs existent isolément. Un feuillet très-mince de la membrane interne des veines les recouvre, et les empêche de baigner dans le sang.

Vers l’ouverture du sinus longitudinal supérieur dans les deux latéraux , ces granulations sont trèspeu marquées. Ces sinus latéraux en contiennent plu-

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES, 6l sieurs dans leur portion postérieure qui correspond à l’occipital , et c’est toujours à l’embouchure des veines qu’on les observe. Leur portion antérieure , qui descend derrière le rocher pour se jeter dans la jugulaire, en est dépourvue. J’en ai observé quelquefois dans le sinus droit, à l’embouchure de la veine de Galien; d’autres fois, et meme le plus souvent , on n’y en rencontre point. Tous les autres sinus en manquent absolument , ou du moins leur existence est très-difficile à constater.

Les granulations des sinus sont blanchâtres , quelquefois jaunâtres, plus grosses, mais moins denses et moins résistantes que celles de la pie-mère. Celles du sinus longitudinal supérieur sont les plus marquées. Elles reçoivent des vaisseaux , mais point de nerfs. Leur texture est complètement ignorée, ainsi que l’usage auquel elles sont destinées. 11 est très-rare qu’on les trouve affectées dans les ouvertures cadavériques. 11 v a cependant des exemples où on les a rencontrées ossifiées : j’en ai vu un. Dans un autre cas, j'ai trouvé leur volume sensiblement augmenté, et leur organisation intérieure changée : elles soulevoient sensiblement la dure-mère.

Granulations de la Pie-Mère.

Elles ne diffèrent des précédentes que par leur situation et leur volume. Elles ont, du reste, une nature semblable , et même , comme je vais le dire, se continuent avec elles. On en trouve dans la piernere extérieure et dans l’intérieure.

Dans la pie-mère extérieure , c’est spécialement

au-dessous dés; sinus qui en contiennent dans leur cavité , qu’on en rencontre : ainsi , tout le long du longitudinal supérieur on en voit autour des veines qui pénètrent dans ce sinus; elles sont, comme ces veines, enveloppées d’un prolongement de l’arachnoïde , qui de la surface convexe du cerveau se porte sur la dure-mere où- il s’épanouit, en sorte qu’elles ne se trouvent point dans la cavité arachnoïdienne, dont la sérosité ne peut les humecter. Entourées des replis vasculaires qui composent la pie-mère, elles sont cependant complètement étrangères à cette membrane. Leur volume est d’autant plus sensible, qu’on les examine plus près des endroits où les veines cérébrales percent la dure-mère pour entrer dans le sinüs longitudinal. A ces endroits, elles ne cessent pas d’exister ; on les voit s’engager dans les écartemens de la duremère , qui reçoivent ces veines pour les transmettre dans le sinus ; elles occupent ces écartemens , qui parcourent un trajet oblique, plus ou moins long, y entourent les veines cérébrales, se continuent avec les granulations du sinus lui-mëme , et rendent, par la saillie qu’elles font, la dure-mère très-inégale sur les côtés de ce sinus. Il résulte de cette disposition que ces granulations se voient dans trois endroits au niveau du sinus longitudinal, savoir : i°. dans sa cavité elle- même, 2°. dans les écartemens de la duremère qui transmettent les veines cérébrales à cette cavité, 5°, dans la pie-mère voisine, autotir de ces veines cérébrales. Dans ces trois positions, les granulations se tiennent toutes, et font pour ainsi dire une traînée depuis le sinus jusque sur la pie-mère. Quand il existe des granulations dans les sinus lnté-

raux et dans les autres , elles suivent un peu le trajet des veines dans les écartemens correspondans de la dure-mère, mais elles ne se propagent point jusqu’à Ja pic-mère. A la base du cerveau, on ne trouve point de ces sortes de granulations dans la pie-mère ; les troncs artériels qui occupent spécialement cette base n’en sont point environnés comme les troncs veineux qui se voient à sa convexité.

Les granulations de la pie-mère extérieure sont plus petites , mais plus denses que celles du sinus ; elles sont aussi plus blanches.

La pie-mère intérieure a aussi ses granulations. i°. On en trouve un nombre plus ou moins considérable dans les plexus choroïdes. Elles doivent être bien distinguées des vésicules séreuses qui se forment quelquefois accidentellement dans ces plexus. Elles sont rougeâtres ou grisâtres , et non point blanchâtres comme celles de la pie-mère extérieure. Elles paroissent aussi moins consistantes ; il est douteux que leur nature soit la même.

2°. Dans la toile choroïdienne , on ne trouve de granulations qu’à sa surface inférieure, au-dessus et au-devant de la glande pinéale. Elles forment deux rangées latérales qui partent de la partie antérieure et supérieure de cette glande , se portent en convergeant Y une vers l’autre, se réunissent bientôt , et bornent ainsi un espace triangulaire, à la base duquel s’oUvre le trou de l’arachnoïde , qui de l’extérieur communique à l’intérieur du cerveau. En entrant par cet orifice , cette membrane tapisse d’abord l’espace triangulaire dont je parlois, ce qui le rend lisse. Quelquefois ces deux rangées de granulations ne se réu-

<34 ARPAREIES DES SENS INTERNES, nissent point; en devant; elles cessent avant de se rencontrer. Un peu plus blanches que celles des plexus choroïdes , ces granulations paroissent avoir la meme nature.

5°. On trouve, dans la partie inférieure et sur les côtés du ventricule du cervelet, de petits Veplis de la pie-mère, ou se rencontrent aussi beaucoup de granulations analogues à celles des plexus choroïdes. Je reviendrai sur ces replis.

ARTICLE DEUXIÈME

De la Masse encéphalique considérée en général.

La masse encéphalique remplit toute la cavité du crâne et celle de l’épine. Symétrique et régulière comme ces cavités, elle est composée de parties impaires sur la ligne médiane , et de parties paires qui se ressemblent exactement, sur les côtés de cette ligne. Sa conformation extérieure offre cette uniformité constante qui appartient à tous les organes de la vie animale. Il est rare qu’on y trouve ces variétés de volume , de figure , d’organisation même qu’il est si ordinaire de rencontrer dans les organes intérieurs , comme dansle foie, la rate, etc. Elle n’éprouve que quelques légères différences suivant ses diamètres , différences que j’indiquerai bientôt. Son volume , plus considérable proportionnellement chez l’enfant que dans les autres âges, offre une différence assez sensible dans les deux sexes , différence qui coïncide avec celle qui a lieu sous le rapport du poids, et qui estcoustam-

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. 65 ment à l'avantage de l'homme. Il paroîl dlÜ’érer beaucoup suivant les lempéramens , qùoiqu’en effet scs différences soient le plus souvent légères. Ainsi, chez les sujets où le système musculaire est très-prononcé, le cerveau et Je crâne paroissent fort petits comparativement aux membres et au tronc , tandis que 1 un et l’autre semblent avoir un volume très-grand chez les sujets nerveux où le système musculaire des membres est très-rétréci ; mais celle apparence est jusqu’à un certain point illusoire. En effet , le volume absolu du cerveau varie peu ; cet organe ne paroît différer que par proportion ; tandis que les autres auxquels on le compare éprouvent spécialement ces variations de volume et d’épaisseur. Même considération par rapport à la stature : la masse encéphalique , comme la tête en général , en sont presque indépendantes ; et c’est celte uniformité de volume qui les fait paroître fort petites dans un sujet de haute taille, fort grandes et disproportionnées même au reste du corps dans un nain. Y a-t-il un rapport entre la quantité de masse encéphalique et l’intelligence ?

La substance contenue dans la cavité osseuse du crâne la remplit exactement ; aucun intervalle ne reste entre elle et les parois de cette cavité. Au contraire, la cavité vertébrale est bien plus grande que le prolongement qu elle renferme : aussi il peut s’amasser dans le canal vertébral une plus ou moins grande quantité de sérosité et de graisse sans lésion des fonctions nerveuses; tandis que le moindre épanchement dans le crâne suffit , s’il survient subitement, pour troubler les fonctions du cerveau. Tel épanchement qui , dans une fièvre ataxique , comprime le cer- ; ni. 5

veau el en trouble entièrement les fonctions, seroit nul sous ce rapport, si les parois crâniennes éloienl molles et faciles à céder , comme celles du bas-ventre.

La forme de la masse encéphalique , considérée dans le crâne , est difficile à déterminer ; elle se rapproche de l’ovalaire ; elle est large en arrière et rétrécie antérieurement. En haut , cette masse est convexe ; en bas, elle offre des inégalités très-marquées par la réunion des trois parties qui la composent. Cette forme varie en proportion des variétés que celle du crâne éprouve , suivant ses diamètres transverse , perpendiculaire et longitudinal. J’ai indiqué ailleurs ces variétés. Dans tous ces cas , la partie inférieure est la moins altérée, parce que la base du crâne est la moins susceptible de varier. J’ai remarqué que la base cérébrale reste presque la même, soit que la convexité s’élève en pain de sucre , soit que les hémisphères augmentent longitudinalement , soit qu'ils prennent plus d’étendue transversale. La protubérance cérébrale , ainsi que ses prolongemens , restent toujours les mêmes, quand les formes du cerveau et du cervelet varient ; ce dernier est plus constant que le premier , et celui-ci plus variable à sa convexité qu’à sa base. La forme du cerveau peut encore être changée accidentellement par des maladies , comme par l’hydrocéphale, qui développe et distend la substance cérébrale ; parles exostoses de la surface crânienne, etc.

Plusieurs anatomistes se sont occupés de déterminer la pesanteur de la masse encéphalique ; leurs calculs ont été fort différens , ce qui peut tenir à l’état de celte masse plus ou moins gorgée de sang au moment de la mort. Sans doute , il doit y avoir de

la différence, sous ce rapport, entre le cerveau d’un apoplectique et celui d’un homme mort d’hémorrhagie, Cependant il est plus facile d’estimer la pesanteur de la masse encéphalique que celle de plusieurs autres organes. En effet , le système vasculaire n’y est susceptible que d’un engorgement médiocre , fort différent sous ce point de vue de ce qu’il est dans le poumon, dans la rate , etc., qui ne sont point circonscrits immédiatement par une enveloppe osseuse , et qui, susceptibles de recevoir des quantités infiniment variables de sang à l’instant de la mort , ne se ressemblent presque jamais sur deux malades. Ici la plus grande partie- des vaisseaux se trouve à la superficie cérébrale , qui donne la facilité de les vider. Enfin la forme de la masse encéphalique et son volume étant constans , sa pesanteur doit aussi donner des résultats plus certains qu’ailleurs. Pour les avoir le plus exactement possible , il faut dépouiller l’organe de ses enveloppes. Les calculs ont été faits sans cette précaution : il faut les renouveler sous ce rapport. Voyez du reste Sœmmering à ce sujet. En général, la gravité de la substance cérébrale est à celle de l’eau comme xo3io : ioooo.

La masse encéphalique est remarquable entre tous les solides par son extrême mollesse; de là la nécessité de l’abri solide qui l’environne , et l’utilité des replis de la dure-mère qui en soutiennent les diverses parties, lesquelles, sans cela , pourraient s’affaisser réciproquement en pesant les unes sur les autres. La densité cérébrale varie suivant l’âge. Très-mou chez l’enfant ,. le cerveau est compacte chez le vieillard : aussi faut-il le choisir à cet âge pour bien le disséquer. Quelquefois

les fièvres ataxiques augmentent cette densité, qui est, en général , fort différente suivant les individus, dans ceux mêmes qui ont péri de la même maladie. J’ai fait celte observation pour les affections aigues et chroniques, où j’ai trouvé le cerveau singulièrement variable sous le rapport de la consistance , sans entrevoir aucune connexion entre ces variétés et la maladie antécédente. Je croirois assez qu’elles dépendent de l’instant de la mort. Les diverses parties de la masse encéphalique ont aussi une densité inégale. Elle est moindre dans le cerveau que dans le cervelet et dans la moelle , plus grande dans la protubérance cérébrale que dans toute autre partie. Ces diverses portions n’ofiient pas non plus la même couleur. En général , le gris et le blanc sont les deux principales : l’une appartient à la substance corticale , l’autre à la médullaire.

La masse ..encéphalique se distingue en quatre parties différentes pour la forme comme pour le volume ; le cerveau proprement dit, le cervelet , la protubérance cérébrale et la moelle vertébrale. Nous allons décrire isolément chacune de ces parties.

ARTICLE TROISIÈME

D a Cerveau.

Le cerveau occupe la plus grande partie de la cavité du crâne, qu’il remplit en totalité jusqu’à la tente du cervelet sur laquelle il appuie, et qui sépare en arrière la portion supérieure de cette cavité destinée à le loger, de l'inférieure, qui appartient au cervelet

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. 6g

et à la protubérance cérébrale. Sa forme est ovale , longitudinalement plus élargie en arrière qu’en devant , ce qui est relatif à la forme du crâne , convexe en liant, plane en certains endroits , «inégale dans d’autres. Nous suivrons la marche suivante dans la description de cet organe : i°. nous examinerons sa conformation extérieure * celle qu’on peut apercevoir sans intéresser sa substance; 2°. nous traiterons de sa conformation intérieure , de celle que la dissection seule peut rendre apparente ; 5°. enfin , son organisation nous occupera.

§ Ier. Conformation extérieure du Cerveau.

Pour bien concevoir cette conformation , il faut diviser l’extérieur du cerveau en deux surfaces , dont l’une répond à la voûte du crâne, l’autre à sa base.

Surface supérieure du Cerveau.

La surface supérieure ou convexe présente sur la ligne médiane une scissure profonde qui la sépare en deux parties. Cette scissure, bornée en bas et dans le milieu par le corps calleux , s’étend en devant et en arrière jusqu’à la base du cerveau qu’elle divise en totalité dans ces deux endroits. La faux l’occupe toute entière , et sépare ainsi le cerveau en deux parties quelle soutient de l’un et l’autre côtés. Ces deux parties , l’une droite , l’autre gauche , se nomment hemispheres cérébraux. Allongés, convexes en dehors et en haut , planes en dedans , ils ne présentent aucune trace de la division en trois lobes , qu’on remarque inférieurement d’une manière sensible.

yO APPAREILS DES SENS INTERNES.

Libres en devant, en arrière cl en dehors, iis sont continus, en dedans et en bas, au corps calleux qui les réunit. Cette continuité offre la disposition suivante : chaque hémisphère s’avance un peu en dedans au-delà du point de réunion , et appuie seulement sur le corps calleux dont il est séparé par la pie-mère. Il résulte de là , de chaque coté , une# fente longitudinale correspondant à la face supérieure du corps calleux , et occupée par diverses branches artérielles» *

Toute la surface extérieure des hémisphères cérébraux est remarquable par un grand nombre d’éminences que séparent des enfoncemens irréguliers : ce sont les circonvolutions et anfractuosités cérébrales. Les cavités sont extrêmement variables dans leur disposition. Leur profondeur est à-peu-près toujours la même ; mais elles ont tantôt beaucoup de longueur , et tantôt une fort petite étendue. Leur direction est transversale , longitudinale ou oblique , mais toujours marquée par un grand nombre de sinuosités secondaires en forme de zigzag. Tantôt elles sont simples jusqu’à l’endroit où elles se terminent ; le plus souvent elles se subdivisent dans leur trajet en plusieurs autres, ou plutôt se continuent avec celles qui les avoisinent. Plusieurs sont exactement isolées. Celles de la convexité se propagent à la lace plane de la scissure médiane et à la base.

Les saillies ou circonvolutions suivent la même disposition que les cavités; elles répondent aux enfoncemens que l’on remarque sur la surface interne des os du crâne. Cependant j’ai observé souvent *que la disposition des inégalités susorbitaires n’est point exactement analogue à celle des anfractuosités des lobes

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. y I

antérieurs , de manière que nécessairement les circonvolutions doivent correspondre en quelques points à ces inégalités. Quant à la voûte du crâne , ces enfoncemens osseux sont superficiels ; les saillies qui les séparent , assez prononcées sur le coronal , le sont encore sur la portion écailleuse des temporaux , mais peu sur les pariétaux et sur l’occipital. En passant sur les circonvolutions cérébrales , l’arachnoïde en masque la saillie ; celte membrane , ainsi que la pie-mère , étant enlevées , on les voit très -bien avec leurs anfractuosités correspon- -dantes. Dans ces anfractuosités } s’observent d’autres saillies secondaires , disposées ainsi qu’il suit : elles naissent d’une circonvolution , s’engagent dans des enfoncemens correspondans , creusés sur la circonvolution contiguë. Il faut écarter celle-ci pour voir cette disposition.

Toutes les circonvolutions disparoissent, comme je l’ai dit , et le cerveau s’égalise à l’extérieur , lorsque , dans l'hydrocéphale, la.sérosilé dislend les ventricules à un certain degré et d’une manière graduée; elles diminuent aussi , mais moins sensiblement , dans l’épanchement subit de l’apoplexie.

Surface inférieure du Cerveau.

Ta surface inférieure du cerveau doit être considérée comme la précédente , i°. sur la ligne médiane , 2°. sur les côtés.

Le milieu de la base du cerveau est partagé on deux parties fort distinctes et totalement séparées par la protubérance cérébrale , qui est unie à cet organe

72 APPAREILS PUS SENS INTERNES, au moyen de ces deux prolongemens antérieurs. Nous allons examiner ce qui se trouve derrière et devant cette protubérance. Mais je remarque auparavant que pour bien voir tous les objets, il faut absolument enlever et l’arachnoïde et la pie-mère avec ses prolongemens , qui masquent tellement la plupart des inégalités et des en foncemens , qu’il n’est presque pas possible de rien apercevoir tant qu’elles existent.

Derrière la protubérance , on trouve, i°. tout-à-fait en arrière , une fente considérable et perpendiculaire , qui termine dans ce sens la scissure médiane dont nous avons parlé, et qui sépare les deux lobes postérieurs. La faux remplit celte fente par son extrémité postérieure , et isole complètement l’un de l’autre ces deux lobes. 2°. Plus en devant, on voit ces deux lobes tenant l’un à l’autre par la partie postérieure du corps calleux réuni à la base de la voûte à trois piliers. 5°, Entre l’extrémité de ces deux portions médullaires qui est en haut , et les tubercules quadrijumeaux qui se trouvent en bas , se remarque une fente large , transversale et très-sensible , qui conduit dans le ventricule cérébral moyen , et par laquelle la pie-mère s’introduit dans cette cavité en formant, comme il a été dit plus haut, un repli dans lequel se trouvent et le canal de l’arachnoïde qui pénètre également dans le ventricule, et la glande pinéale qui est placée sous ce canal. 4°* Celte fente se continue de chaque côté avec une autre qui se trouve entre les corps frangés qui terminent les piliers postérieurs de la voûte, et les couches optiques. Celte seconde fente offre une forme demi-circulaire , due à la convexité oue présentent les couches optiques

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. y 5

flans cet endroit , et à la concavité des corps frangés qui s’y accommodent en embrassant ces couches. Par cette seconde l’ente , la ^pie-mère pénètre dans les ventricules latéraux pour se continuer dans ces ventricules avec leurs plexus.

Ces deux fentes , une de chaque côté , et celle qui est sous le corps calleux , n’en forment , comme on le voit , réellement qu’une seule très-large , que bornent en haut la voûte, le corps calleux , les corps frangés , en bas les tubercules quadrijumeaux et les couches optiques. Cette large fente établiroit une libre communication entre l’extérieur du cerveau et ses cavités intérieures sans la pie-mère qui la bouche par ses pro- Jongemens, et surtout sans l’arachnoïde intérieure qui la tapisse par ses replis. On voit facilement tout ceci, lorsqu’après avoir enlevé toute la masse cérébrale et l’avoir renversée avec précaution , on soulève en arrière le cervelet , et l’on coupe tous les prolongemens membraneux qui l’unissent au cerveau et qui s’enfoncent dans cette grande fente à laquelle les auteurs n’ont presque pas fait attention, sans doute parce qu’ils ont toujours étudié le cerveau entouré de ses membranes : elle mérite cependant une considération spéciale : on peut l’appeler grande fente cérébrale. En coupant le cervelet et ne laissant que la protubérance on ne détruit rien , et on se ménage beaucoup plus de facilité pour l’observer.

Au-devant de la protubérance cérébrale , on voit , en procédant de devant en arrière , i°. une scissure perpendiculaire qui fait suite, comme la précédente, à celle de la convexité du cerveau , et qui sépare l’un de 1 autre les deux lobes antérieurs. Celle scissure

reçoit ] extrémité de la faux , qui en remplit le tiers antérieur seulement ; postérieurement, elle est remplie en Las par de petits prolongemens vasculaires , qui d’un lobe passent a l’autre , et par l’arachnoïde qui, comme je 1 ai dit , se porte aussi immédiatement d’un lobe à 1 autre sans s enfoncer enlr’eux. Elle est bornée en haut par la partie antérieure du corps calleux qu’ony découvre en écartant les lobes. 2°. Plus en arrière, on voit une portion membraneuse assez solide, qui part de celte partie inférieure du corps calleux, et va se porter à la surlace supérieure de la réunion des nerfs optiques , qu’il faut soulever avec précaution après avoir enlevé leur enveloppe arachnoïdienne , pour bien distinguer cette portion membraneuse. Elle se continue manifestement avec la pie-mère; mais son aspect et sa texture sont bien différens de ceux de celle-ci : elle est transparente, résistante et peu vasculaire. Elleboucbe le ventricule moyen dont on voit à découvert , en la perçant, l’extrémité antérieure ainsi que la commissure correspondante. 3°. Derrière et sous cette portion membraneuse de nature particulière, on trouve le concours des nerfs optiquesdont nous parlerons ailleurs. 4°- Une substance grisâtre, analogue en apparence à la substance corticale , mais qui en diffère en effet , tient à ces nerfs , et va se terminer au niveau des éminences mamillaires. Bornée sur les côtés et en avant par ces nerfs , qui l’embrassent et sous lesquels elle s’enfonce un peu , celte substance occupe un petit espace quadrilatère , au milieu de la substance médullaire qui l’environne de toutes parts au dehors , et qui occupe aussi un peu son centre , comme on peut Je voir en la fendant. Le corps que forme cette substance

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. y 5-

méritèrent aussi bien un nom particulier que la plupart des parties cérébrales qu’on a dénommées. Elle correspond en haut au ventricule moyen du cerveau, dont elle forme en partie le plancher; en bas, elle se continue avec la tige pituitaire. 5°. La tige pituitaire est un prolongement mou, d’un aspect rougeâtre, assez épais à son origine supérieure, se rétrécissant toujours davantage en se portant en bas et un peu en arrière pour se continuer avec la glande de même nom. Elle est contenue dans un canal que lui forme l’arachnoïde , laquelle se déploie ensuite sur la glande. Elle ne paraît point creuse dans son intérieur , quoique plusieurs auteurs l’aient pensé. 6°. La glande pituitaire est un corps arrondi et transversalement allongé, qui occupe la cavité de son nom creusée sur le sphénoïde. Appuyé inférieurement sur la duremère , ce corps en est environné dans tout son contour ; mais supérieurement l’arachnoïde seule le recouvre. La dure-mère semble donc comme percée circulairement dans cet endroit pour la place de celle glande. Ce nom de glande ne lui convient point , puisqu on ignore ses usages. Son tissu, grisâtre à l’extérieur, est jaunâtre en dedans. Quelques vaisseaux sanguins la parcourent. Quelquefois je l’ai vue dure et comme squirreuse , une autre fois en suppuration. J y ai trouve aussi des graviers ; mais ils sont infiniment moins frequens que dans la glande pinéale , ce qui semble annoncer une différence de structure en ire ces deux petits corps , qui se ressemblent beaucoup par leur couleur , leur texture, leur disposition intéi ieure,et leur isolement du cerveau, auquel cependant ils tiennent chacun par une appendice. y°. Les

j6 APPAREILS DES SENS INTERNES.

tubercules mamillaives sont situés derrière la substance grisâtre dont nous avons parlé plus haut ; ils sont unis par une petite portion grisâtre qui se continue avec la substance antérieure, Ces tubercules correspondent comme elle au ventricule moyen , dont ils concourt à former le plancher, et au dedans duquel ils font plus ou moins de saillie. L’union de ces éminences est souvent si peu marquée , qu’on peut les écarter sans rupture sensible , et voir une fente qu’elles laissent alors entr’ elles, et qui communiqueroit dans 4e ventricule moyen , sans le repli arachnoïdien qui bouche celui-ci. 8°. Enfin , derrière lestubercules mannllaires, on trouve une excavation triangulaire qui est entre les prolongemens antérieurs de la protubérance cérébrale. Le fond de cette excavation offre une portion médullaire qui unit ces prolongemens , et qui forme , avec les objets précédens , la paroi inférieure du ventricule moyen. Divers trous vasculaires Se remarquent sur celte portion médullaire que tapisse la pie-mère , et dont l’arachnoïde est trèsécarlée.

Tels sont , avec la protubérance cérébrale qui les sépare , les objets nombreux que présente le milieu de la base du cerveau.

Sur les côtés delà ligne médiane, cette base du cerveau offre la division des hémisphères en trois lobes. i°. Le lobe antérieur, plane, triangulaire à-peu-près, plus large en arrière qu’en devant, plus élevé que les autres, présente , près de son bord interne, un sillon pour les nerfs olfactifs, sillon qui forme une anfractuosité cérébrale, et qui paroît très-profond lorsqu’on enlève l’arachnoïde de dessus lui. Ce lobe

repose sur la région orbitaire du coronal. 2°. Le lobe moyen, fort distinct du précédent, au-dessous du niveau duquel il fait une saillie considérable , est arrondi , et rétréci vers son extrémité antérieure ; il occupe et remplit les fosses temporales internes beaucoup plus déprimées que les antérieures. 3°. Un enfoncement considérable , nommé scissure de Sjl vins , sépare les lobes antérieur et moyen. Obliquement dirigée en dehors et en avant, celte scissure est très-profonde; mais dans l’état naturel elle est diminuée extérieurement par Jà "dio position de l’arachnoïde qui passe sur elle sans s’y enfoncer. En dehors , elle se perd dans les anfractuosités de la surface extérieure, et présente absolument l’aspect de ces anfractuosités. En dedans et en arrière , elle se continue avec une autre scissure dont nous allons parler, et qui borne le lobe moyen. Dans cet endroit , la substance blanchâtre y est à nu, percée de plusieurs ouvertures vasculaires très-larges , et qui admettent des vaisseaux considérables, ce qui fait une exception à la disposition générale des vaisseaux cérébraux. Quelques stries médullaires s’observent sur cette substance blanche qui se voit en dedans de la scissure de Sylvius , et qui va se continuer, en se rapprochant de celle du côté opposé , avec la partie antérieure du corps calleux , sous la membrane que nous avons dit boucher en devant le ventricule moyen. 4°- La seconde scissure , à laquelle se termine en arrière celle de Sylvius , et que les auteurs ont négligée, est longitudinale. Bornée par le lobe moyen en dehors , elle l’est en haut et en dedans par le prolongement antérieur de la protubérance cérébrale et par le nerf optique; posté-

78 APPAREILS DES SENS INTERNES, rieurement elle sc continue avec la grande fente céré^braie qui communique dans les ventricules. On ne la voit bien , ainsi que cette fente , qu’après avoir enlevé la pie-mère et 1 arachnoïde. Elle forme avec la scissure deSylvius un angle presque droit. 5°. Le lobe postérieur se continue avec le moyen, dont il est distingué seulement par une excavation large et peu profonde , qui répond à la convexité du cervelet, sur la tente duquel tout le lobe appuie.

Dans toüte celte surlace inférieure, on remarque beaucoup moins de profondeur dans les anfractuosités cérébrales. Elles n’ont guère que la moitié de celle qu’on trouve aux anfractuosités de la surface supérieure. Ceci lient à ce que les cavités intérieures du cerveau sont beaucoup plus rapprochées de cette surface inférieure.

Tel est le cerveau considéré à l’extérieur : examinons maintenant sa conformation intérieure.

§ II. Conformation intérieure cht Cerveau.

Nous suivrons ici le meme ordre que nous avons adopté dans la description des deux surfaces extérieures du cerveau; c’est-à-dire que nous examinerons , i°. ce qui se trouve sur la ligne médiane; 2°. les objets latéralement situés.

Objets situés entre les deux hémisphères.

Corps calleux. C’est le premier objet qui se présente sur la ligne médiane, en procédant de haut en bas. 11 offre une portion médullaire large, qui unit l’un à l’autre ces deux hémisphères. Sa forme est quadri-

lalère' et allongée, sa largeur plus grande en arrière qu’en avant , sa direction horizontale , son épaisseur de quelques lignes seulement , sa situation telle qu’il se rapproche un peu plus de la partie antérieure que de la postérieure du cerveau. i°. Sa surface supérieure se voit en partie à découvert, lorsqu’après avoir enlevé la faux on écarte doucement les deux hémisphères , et elle est en partie cachée au-dessous de ces hémisphères qui , s’avançant sur elle , lui sont contigus dans cet endroit, et forment, comme je l’ai dit, une cavité longitudinale de chaque côte. Le milieu de cette surface offre deux lignes saillantes, longitudinales , et à-peu-près parallèles , que bornent dessillons correspondans , et auxquelles se réunissent plusieurs autres lignes et sillons transverses. Recouverte en entier par la pie-mère , cette surface est le point de réflexion de l’arachnoïde, qui se porte d’un hémisphère à l’autre. 2°. La surface inférieure du corps calleux ne se voit bien qu’en commençant de bas en haut la dissection du cerveau ; elle paroît beaucoup plus large que la supérieure, parce qu’en haut ce corps se continue plutôt avec la substance cérébrale. Cette surface recouvre les ventricules latéraux sur les côtés , et dans le milieu la voûte à trois piliers. En arriére, elle est immédiatement continue à cette voûte et fait corps avec elle ; quelquefois cependant j’ai vu les deux piliers postérieurs , écartés l’un de l’autre , laisser entr’eux un espace assez large où le corps calleux se voyoit à nu. Dans ses deux tiers antérieurs, cette surface, distincte de la voûte, lui tient par la cloison des ventricules, qui se continue avec elle dans toute son étendue. 3°. L’extrémité posté-

8o A ÎM' A RE ILS DES SENS INTERNES, rieure du corps calleux , confondue avec la voûte , plus large que le reste de son étendue , offre en bas un renflement transversal et arrondi qui fait une saillie très-sensible, et, qui rend celle extrémité beaucoup Aplus épaisse que le reste du corps. En l’examinant dans la dissection inférieure du cerveau, on voit qu’elle se continue latéralement avec les cornes d’Araraon. 4°. L’extrémité antérieure du corps calleux ne finit point à l’endroit où on la trouve entre les hémisphères ■ elle se recourbe inférieurement d’une manière très-marquée, forme une concavité du côté des ventricules, embrasse la partie antérieure des corps striés, et ferme ainsi ees ventricules. O11 voit facilement ceci lorsqu’on renverse Je cerveau, et qu’on coupe la protubérance cérébrale de manière à découvrir le corps calleux inférieurement. 11 résulte de cette disposition courbe en devant, et de la saillie formée en bas par l’extrémité postérieure , que le corps calleux , qui paroît plane en haut , a réellement une forme trèsconcave , considéré inférieurement. Après s’être ainsi recourbé en devant , de manière à offrir une concavité qui borne les ventricules dans ce sens , il se termine par une lame qui se prolonge en arrière, et qui forme en partie la paroi inférieure de' ces cavités,

* dont il a déjà formé la paroi supérieure. C’est entre ces deux lames dû corps calleux que se trouve la partie antérieure de la cloison des ventricules. Tous les anatomistes ont mal saisi celle disposition du corjis calleux en devant ; aucun ne l’a décrite. 5°. Par ses bords latéraux , ce corps se confond avec la substance médullaire du cerveau. Au-dessous de lui, oiv trouve la cloison des ventricules.

r>U CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. 8l

Cloison clcs -ventricules. Elle se voit bien lorsqu’on soulève avec précaution le corps calleux dans son milieu. Née en haut de ce corps , et y tenant dans toute son étendue, elle se termine eu bas sur la voûte dans sa partie postérieure; mais antérieurement , et au-delà de l’écartement des deux piliers qui forment l’origine de la voûte , elle tient à une substance médullaire , prolongement du corps calleux , qui s’étant recourbé, comme j’ai dit , bouche en bas et en devant les ventricules latéraux. 11 y a à-peu-près un pouce d’étendue entre l’extrémité antérieure delà voûte et celle du corps calleux, où commence ce prolongement. Cette cloison se trouve sur la ligne médiane de cet espace, en sorte qu’elle n’appartient qu’assez peu à la voûte par son bord inférieur , quoique les anatomistes aient dit le contraire. Les. deux surfaces de cette cloison correspondent aux ventricules latéraux, et particulièrement aux corps striés en avant, et en arrière aux couches optiques. En devant, elle se termine au corps calleux , dans la concavité qui résulte de sa courbure antérieure ; elle a une hauteur très-sensible en cet endroit ; mais plus en arrière elle va toujours en se rétrécissant ; en sorte que sa forme est véritablement triangulaire. Deux lames distinctes forment cette cloison, et il reste enlr’elles une petite cavité dans laquelle un fluide séreux se trouve quelquefois accumulé. Cette cavité communique-t-elle avec celle des ventricules ? une membrane particulière la tapisse-t-elle ?

C oûte à trois piliers. Elle se rencontre au-dessous de la cloison. Ce corps médullaire, triangulaire dans sa forme , recourbé sur lui-même de haut en bas, présente sa plus grande largeur en arrière. i°. Sa surface m. 6

82 APPAREILS DES SENS INTfE R IV ES.

supérieure, contiguë clans sa plus grande partie au corps calleux , lui est unie sur la ligne médiane et cri devant par les deux lames de la cloison transparente ; elle se confond avec lui en arrière. 2°. Sa surlace inférieure répond à la toile choroïdienne , qui la tapisse en entier et qui présente la même forme qu’elle. Cette portion de pie-mère plus dense sur la ligne médiane , devient fort mince sur les côtés, et forme toul-à-fait en dehors les deux replis considérables que l'on a nommés plexus choroïdes. Ce sont ces deux replis qui bornent en dehors la voûte, et indiquent ses bords latéraux , au-delà desquels ils font saillie dans les ventripqles. Quand on a enlevé la toile choroïdienne, on trouve sur la surface inférieure de la voûte une ou deux lignes longitudinales auxquelles plusieurs autres transversales ou obliques viennent se rendre, en formant ainsi ce que les anatomistes ont nommé la lyre. ; mais le plus souvent ces lignes m’ont paru à peine apparentes. 5°. En devant, la voûte se termine par une portion rétrécie qui constitue son pilier antérieur. Cette portion se recourbe en suivant les corps striés , pour se porter perpendiculairement en bas. Aussitôt après avoir pris cette direction , elle se divise en deux cordons médullaires fort distincts, qui s’écartent successivement davantage , passent derrière la commissure antérieure , et vont , à travers la substance cérébrale qui les cache, se terminer aux éminences mamillaires. Derrière chacun des cordons médullaires qui composent le pilier antérieur, se trouve une ouverture ovalaire plus ou moins large, et par laquelle les ventricules latéraux communiquent avec le moyen. L’extrémité de la toile choroïdienne se continue par

ces ouvertures avec le plexus choroïde. 4°- En arrière, ]a voûte se termine par deux portions médullaires étroites et aplaties , entre lesquelles reste un écartement triangulaire qu’occupe une lame médullaire, et quelquefois seulement le corps calleux à nu , comme je l’ai dit : ce corps est alors le siège des stries qui forment la lyre. Ces deux prolongemens médullaires qui terminent la voûte en s’écartant beaucoup l’un de l’autre, paroissent être une suite des deux cordons d’origine dont nous parlions lout-à-l’heure , et qui, d’abord écartés , se joignent intimement pour s’écarter encore. Ils se portent , en se contournant dans la seconde partie des ventricules latéraux , au-devant des cornes d’Ammon , dont ils suivent la direction , mais dont ils sont toujours distincts par une rainure, quoiqu’ils offrent la même structure et qu’ils leur soient unis. Ils sont recouverts par les plexus choroïdes. On les a nommés corps frangés. Ils se terminent à l’extrémité des ventricules , en se perdant sur les cornes d’Ammon. Us offrent en devant, sur leur concavité , un bord aigu qui appuie sur la partie postérieure des couches optiques. C’est entre ce bord et ces couches qu’existe la fente latérale dont nous avons -parlé , et par laquelle la pie-mère extérieure vient se continuer avec les plexus choroïdes.

Glande pinéale. Au-dessous de la voûte à trois piliers, et en arrière, on trouve un petit corps grisâtre, dont la forme est assez irrégulière : c’est la glande pirieale. Embrassée dans tout son contour postérieur par la duplicature de la pie-mère qui s’enfonce dans le ventricule moyen pour former la toile choroïdienne, elle lui adhéré assez pour s’enlever constamment

avec elle el avec la voûte , lorsqu’on renverse celle-ci. Elle est, comme la glande pituitaire, par-tout isolée de la substance cérébrale, excepté en devant où elle se dégage de la pie-mère qui l’enveloppe par-tout ailleurs, el où elle se continue avec les couches optiques, par deux petits prolongemens médullaires blanchâtres , lesquels se portent obliquement en dehors, et se continuent assez long-temps sur la partie interne de ces couches optiques , avant de se confondre avec elles près le pilier antérieur de la voûte. Us sont à la glande pinéale ce qu’est à la pituitaire la tige du même nom ; ils forment sa connexion avec le cerveau. Souvent cette glande contient de petites granulations calculeusès : je l’ai vue changée en un calcul plus gros qu’elle. Inconnue dans sa nature, elle paroît avoir de l’analogie avec la substance corticale du cerveau. Des vaisseaux assez marqués viennent s’y rendre. J’ai observé que c’est entre la glande pinéale et la toile eboroïdienne que I on trouve l’orifice interne du canal arachnoïdien, orifice toujours trèsdistinct de ce côté , où son contour est bordé par deux lignes saillantes formées par des granulations cérébrales, et réunies angulairement dans leur partie antérieure.

Ventricule moyen du cerveau. Au-devant de la glande pinéale, on trouve le ventricule moyen du cerveau. Sa forme est allongée en avant, et sa direction horizontale. Plus large à ses deux extrémités que dans son milieu, il a par-tout fort peu détendue, comparativement aux latéraux. i°. Eu haut , la toile eboroïdienne et la voûte à trois piliers bornent sa cavité, qui a moins d’étendue dans ce sens qu'in-

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. 85 fcrieurement , où une paroi assez mince le sépare de la base du crâne , en sorte qu’il est beaucoup plus près de celle base que de la voûte , ce qui est l’inverse d’une partie des ventricules latéraux. 2°. Cette paroi inférieure du ventricule moyen est formée ainsi qu’il suit : postérieurement , par la portion médullaire qui occupe l’intervalle des prolongemens antérieurs de la protubérance cérébrale , et qui se trouve immédiatement continue de chaque côté avec les couches optiques ; plus en devant , par la partie supérieure des tubercules mamillaires que réunit une petite portion médullaire , mais qu’on sépare , comme je l’ai dit , avec une extrême facilité , par leur partie inférieure , de manière à pénétrer, sans léser sensiblement leur substance, dans le ventricule moyen ; plus en devant encore , par cette substance grisâtre qui se trouve au-dessus de la tige pituitaire à laquelle elle donne naissance. 5°. Sur les côtés , le ventricule moyen est borné par les couches optiques , qui offrent ici une surface aplatie ,• par laquelle elles se touchent dans la plus grande partie de leur étendue , sans se continuer , excepté en devant où une bandelette médullaire grisâtre passe souvent de l’une à l’autre. Cette bandelette n’est constante ni pour l’existence , ni pour la forme , ni pour le volume ; il est aussi ordinaire de la rencontrer que de ne la pas trouver. 4°- En devant , un cordon médullaire transversal borne le ventricule moyen : on le nomme commissure antérieure. Il passe d’un hémisphère à l’autre , est apparent dans l’étendue d’un demi-pouce , mais se prolongé beaucoup plus loin de chaque côté, au milieu de la substance grisâtre. Dans cc trajet y

il se recourbe en arriéré d’une manière sensible , et forme une concavité postérieure très- marquée. Arrondie dans sa portion libre , la commissure antérieure est un peu aplatie , et sensiblement plus grosse dans le cerveau. De chaque côté , sa substance s’épanouit à ses extrémités dans celle de cet organe. Au-dessous de la commissure, on voit celte membrane très- fine , transparente, dont j’ai parlé en décrivant la base cérébrale : elle bouche une ouverture qui reste , lorsqu’on l’enlève , entre la commissure et la paroi inférieure du ventricule moyen , ouverture par laquelle celui-ci communiqueroit au dehors, sans cette membrane qui se trouve soutenue dans fêtât ordinaire par l’adossement des nerfs optiques , au-dessus desquels elle est située. L’extrémité antérieure du ventricule moyen offre donc un. véritable cul-de-sac où s’arrête la sérosité. 5°. En arrière, ce ventricule est borné par un autre cordon médullaire analogue , au premier coup d’œil , au précédent : c’est la commissure postérieure. Ce cordon passe d’une couche optique à l’autre ; mais lorsqu’on dissèque la substance cérébrale, on voit qu’il ne s’y prolonge point ; il est plus long que la portion du précédent qu’on voit en dehors ; il paroît aussi plus gros. Au-dessous de cette commissure , se trouve l’orifice de l’aqueduc de Svlvius , qui mène au ventricule du cervelet , et dont nous parlerons.

Des Objets situés dans les deux Hémisphères.

Les deux hémisphères cérébraux offrent dans leur intérieur deux grandes cavités placées au milieu de

ïa substance cérébrale. Cette substance forme , dans ues cavités, diverses éminences et inégalités plus ou moins sensibles; de plus, elle représente autour des mêmes cavités une enveloppe plus ou moins épaisse , médullaire en dedans et corticale en dehors. Examinons' d’abord les cavités , puis les objets contenus.

Ventricules latéraux . Ces ventricules, fort étendus en longueur , et assez larges , communiquent avec le ventricule moyen, et occupent, par la courbure considérable qu’ils présentent, une grande partie du centre cérébral, ils commencent à-peu-près à un pouce et demi de l’extrémité antérieure du cerveau , où ils se trouvent un peu écartés et dirigés en dehors, ils se portent de là en arrière et en dedans , en se rapprochant l’un de l’autre ; puis , au milieu du cerveau , ils s’écartent de nouveau , et se dirigent en dehors et en bas jusques à l’endroit où les piliers postérieurs de la voûte donnent naissance aux corps frangés ; là , ils changent absolument de direction , et revenant sur eux-mêmes ils se portent en bas , en dehors et en avant , pour se terminer près de la scissure de Sylvius en se rapprochant un peu l’un de l’autre. Il résulte de là que chaque ventricule est formé de deux moitiés continues entre elles , mais distinctes par leur direction ; l’une , supérieure , plus près de la convexité cérébrale , s’étend de l’extrémité antérieure du cerveau jusque sur les parties latérales et postérieure de la voûte , et se courbant sur elle -même , présente sa convexité en dedans , et sa concavité en dehors; l’autre, inférieure, plus voisine de la base du cerveau, commence à l’endroit où finit la première , et se termine , en avant cl en bas , près de la scissure

de Sylvius , offrant sa convexité en dehors et sa concavité' en dedans. Cette seconde portion , qui se trouve véritablement au-dessous de la première , en est séparée par la couche optique , qui se trouve dans la paroi supérieure de l’une et inférieure de l’autre ; c’est derrière cette couche qu’est leur continuité. A l’endroit de celte continuité , là où le ventricule se contourne , une petite cavité accessoire se remarque en arrière , et se nomme cavité digitale. Considérons en particulier ces trois parties.

La portion supérieure des ventricules latéraux est bornée en haut par la surface inférieure du corps calleux , que surmonte une épaisseur considérable de substance cérébrale , ce qui garantit cette cavité. En bas, elle offre plusieurs éminences dont nous allons parler. En dedans , la cloison des ventricules la sépare d’avec la cavité voisine. En devant, le corps calleux la termine par sa portion recourbée , et la sépare de la substance cérébrale des lobes antérieurs qui , au-delà , présente près d’un pouce et demi d’épaisseur. En arrière , elle se continue , en se recourbant comme je l’ai dit, avec la portion inférieure. Celle-ci occupe la partie antérieure du lobe postérieur et tout le lobe moyen ; elle est séparée en bas par une épaisseur peu marquée de la base cérébrale. En devant, il n’y a aussi entre elles et la scissure de Sylvius que très-peu de substance cérébrale ; en haut et en dehors, on en rencontre beaucoup. La cavité digitale, creusée dans le lobe postérieur, a de toute part autour d’elle une épaisseur assez grande de substance cérébrale.

Les ventricules latéraux sont divisés dans toute leur longueur, depuis l’extrémité de leur portion au-

DTr CERVEAU ET DE SES dÉ.DENDÀNCe" 8c)

périeure jusqu'à l’extrémité opposée de leur porùon inférieure , par une fente à laquelle correspondent les plexus choroïdes. Celte fente est , dans la portion supérieure , entre les couches optiques qui sont en dehors , et les bords de la voûte à trois piliers qui , appuyant sur ces couches , se trouvent en dedans. Elle commence , de chaque côté et en avant , à, l’ouverture ovalaire placée derrière chaque division du pilier antérieur de la voûte , et par laquelle il y a une communication libre entre les ventricules latéraux et le moyen ; mais la fente elle-même étant occupée par le prolongement de la toile choroïdienne , et fermée par un repli de l’arachnoïde qui de l’une de ses parties se porte à l’autre , ne permet aucune communication. Dans la portion inférieure , cette même fente résulte de la contiguïté des corps frangés avec l’extrémité postérieure des couches optiques. Le prolongement de la pie-mère extérieure qui vient aux plexus choroïdes l’occupe , et elle est fermée aussi par un repli de l’arachnoïde.

Examinons maintenant les objets contenus dans les ventricules. On observe dans leur portion supérieure les corps striés , les couches optiques , et la bandelette demi-circulaire.

Corps striés . Ce sont deux éminences piriformes , obliquement situées, de manière que leur extrémité la plus étroite se trouve en arrière et en dehors. Elles sont ainsi nommées à cause de la disposition de la substance médullaire dans leur intérieur , disposition dont nous parlerons ailleurs. Assez rapprochés en devant , ccs corps s écartent beaucoup en arrière où iis se perdent insensiblement en pointe. Leur couleur

(SSL grise et même un peu brunâtre ; les vaisseaux sanguins qui rampent presqua nu sur leur surface les rerident remarquables. Saillans et libres en dedans, en avant et en baut , où l’arachnoïde les recouvre , ils soutiennent , dans cet endroit, le corps calleux , auquel ils ne sont que contigus ; ils se continuent en arrière , en dehors et en bas , avec la substance médullaire du cerveau. Sur plusieurs sujets, la surface libre de ces corps présente t du côté de la bandelette demi-circulaire , de petites stries médullaires extrêmement fines , qui semblent quelquefois se continuer avec celle bandelette , et d’autres fois en sont isolées; et qui , se portant en diverses directions sur les corps frangés, s’y perdent bientôt. Le nombre de ces petites stries varie beaucoup; quelquefois il n’y en a qu’une ou deux , d’autres fois elles manquent : leur disposition n’est pas moins variable.

Couches optiques. Plus en arrière , on trouve les couches optiques : ce sont deux corps médullaires en dehors et par conséquent blanchâtres. Plus volumineux en arrière qu’en devant, ce qui est l’inverse des corps striés , ils répondent en partie dans les ventricules latéraux, en partie dans le moyen, et en partie à l’extérieur du cerveau. Leur forme est arrondie et irrégulière. Pour bien voir celte forme, il faut enlever la voûte pour les embrasser du même coup d’œil dans les ventricules latéraux et dans le moyen. i°. Leur partie externe se confond entièrement avec la substance cérébrale, et avec celle des- corps striés dont la sépare en haut, sur leur surface libre, la bandelette demi-circulaire. 2°. L’interne répond dans le ventricule moyen. On y voit d’abord la saillie médullaire- et

linéaire que forme de chaque côté le prolongement de la glande pinéale. Au-dessous de celle saillie, la couche optique est aplatie , quelquefois contiguë seulement à celle du coté opposé , d’autres fois continue par la portion dont nous avons parlé , et qui traverse le ventricule moyen. Cette partie interne de la couche optique est un peu plus grise que la supérieure. 5°. Celle ci, très-sensiblement blanche, se voit dans les ventricules latéraux , dont elle occupe la paroi inférieure en dedans et en arrière des corps striés. 4°. La partie inférieure des couches optiques se voit à la hase du cerveau , quand on a enlevé toutes les membranes ; elle est remarquable par la disposition suivante : en dehors et en arrière , les nerfs optiques tirent leur origine de cette partie inférieure , qu’ils côtoient ensuite pendant un certain trajet avant de l’abandonner. En dedans , le prolongement antérieur correspondant de la protubérance cérébrale vient se rendre à cette partie dans laquelle il se perd , en sorte que ce prolongement se trouve véritablement entre deux couches médullaires qu’il unit, savoir, la protubérance et la couche optique. Tout-à-fait en arrière , cette partie inférieure offre une ou deux sadlies , et se continue avec les tubercules quadrijumeaux. 5°. L’extrémité antérieure de la couche optique correspond à l’ouverture de communication entre les ventricules moyen et latéraux, ouverture qu’elle complète en arrière , le pilier de la voûte la formant en avant et en haut. 6°. L’exlrémité postérieure , libre, contiguë seulement aux cotps i rangés, correspond à l’endroit où les ventricules se recourbent.

çp APPAREILS DES SENS INTERNES.

Bandelette demi-circulaire. Entre les deux corps dont nous venons de parler, on trouve, dans un sillon qui les sépare , la bandelette demi-circulaire , espece de cordon médullaire blanchâtre , demi-transparent et extrêmement délicat . Il commence en devant à l’ouverture de communication des ventricules latéraux avec le moyen , vers le pilier antérieur de la voûte, tantôt par plusieurs filets, tantôt par un seul cordon ; de là, il remonte entre les deux , ainsi que nous venons de l’indiquer , passe sur plusieurs veines qui vont au corps strié , et permet de. les distinguer à cause de sa transparence ; est uni à la substance cérébrale, là où aucune veine ne se rencontre ; se dirige de plus en plus en arrière , se recourbe en bas et vient se perdre près de l’endroit où naît le nerf optique , en faisant ainsi un trajet trèsconsidérable dans les ventricules , où sa partie supérieure est libre.

La portion inférieure des ventricules latéraux contient le corps frangé , la corne d’Ammon et ses accessoires.

Nous avons déjà parlé des corps frangés , à la description desquels nous avons été entraînés par celle de la voûte , dont ils continuent évidemment les piliers postérieurs.

Cornes d' Ammon. Ce sont deux prolongemens médullaires recourbés sur eux- mêmes, présentant leur concavité en devant , leur convexité en arrière, et occupant la paroi inférieure de la portion inférieure des ventricules. Us naissent des parties latérales de l’extrémité postérieure du corps calleux , se portent d’abord en dehors, puis se recourbent en devant.

DU cerveau et de ses dépendances.

vont toujours en s’élargissant,, et enfin viennent finir dans le cul-de-sac qui termine les ventricules, par une extrémité renflée que surmonte deux ou trois tubercules plus ou moins saillans, et séparés par des rainures sensibles. Libres dans les ventricules par leur face supérieure , les cornes d’Ammon sont confondues en bas avec la substance cérébrale , qui , ayant en cet endroit une épaisseur peu considérable, lie les sépare que par un petit intervalle de la base du crâne. Une rainure très-sensible borne le bord convexe de ces éminences. Derrière cette rainure, la substance médullaire qui forme la paroi inférieure des ventricules offre un renflement plus ou moins sensible, lequel suit la direction de ces memes éminences, et représente quelquefois une sadfie accessoire presque aussi marquée qu’elles; mais le plus souvent cette saillie est peu sensible.

La concavité de la corne d’Ammon est bordée , comme je l’ai dit , par une bandelette médullaire qui forme le corps frangé. Lorsqu’on soulève cette bandelette, on observe au-dessous d’elle une rainure assez profonde que les auteurs n’ont point indiquée, et qui suit la même direction qu’elle. Celte rainure , que je compare à celle qui est entre la partie interne de chaque hémisphère et le corps calleux , est formée en haut par cette bandelette , en bas par la partie postérieure d’une portion très-large de substance médullaire, laquelle portion contiguëaux parties latérales des prolongemens antérieurs de la protubérance et aux couches optiques , concourt à former en bas la fente par laquelle la pie-mère de la base du Cerveau pénètre dans la partie inférieure du ventri-

cule, tandis que cette fente résulte plus haut de la continuité de la couche optique et du corps frangé.

Au fond de la rainure dont je parlois lout-à-l’lieure , et que surmonte le corps frangé qui la forme en haut , est un autre corps de couleur grisâtre, de substance corticale par conséquent, qui se contourne comme cette rainure , présente une concavité antérieure et une convexité postérieure. Ce corps , en forme de petit cordon, présente beaucoup de petits sillons qui le coupent perpendiculairement ou obliquement, et d’une manière très-irrégulière. Les auteurs l’ont négligé, quoiqu’il soit aussi remarquable que le corps frangé, dont il suit exactement la direction, recouvert par lui. Pour le bien voir, ainsi que la portion médullaire assez large qui est au-devant de lui, et qui concourt avec le corps frangé à former la rainure concave dont il occupe le fond ou l’angle rentrant , il faut exactement dépouiller les parties et de la pie-mère et des vaisseaux qui les recouvrent et qui les masquent en s’y distribuant.

Éminence digitale. Nous avons indiqué une petite cavité à l’endroit où les deux portions inférieure et supéiieure des ventricules se réunissent. Une petite éminence plus ou moins saillante , ordinairement en forme de mamelon , nommée digitale , occupe la paroi inférieure de cette cavité. Quelquefois divisée par une rainure , cette éminence paroît double. Elle est blanchâtre comme la corne d’Ain mon. Morand l’a spécialement décrite.

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. g5

^ III. Organisation du cerveau.

Deux substances entrent essentiellement dans l’organisation cérébrale : l’une , grisâtre , molle , spongieuse , porte le nom de substance corticale , parce qu’elle est le plus communément extérieure; l’autre, blanchâtre, d’une consistance à-peu-près égale à celle de la précédente, parsemée, lorsqu’on la coupe, d’un grand nombre de points rougeâtres , indices des vaisseaux sanguins divisés, s’appelle la substance médullaire. La double couleur de ces substances est d’autant plus distincte que le cerveau est plus frais; la différence devient moins sensible à mesure qu’il tend plus à la putréfaction. La substance médullaire prédomine évidemment , par sa masse , sur la corticale dans le cerveau. Je n’examinerai point la nature intime de l’une et de l’autre , elle nous est absolument inconnue, et toutes les hvpothèses imaginées sur leur structure, essentiellement vasculaire selon les uns , glanduleuse suivant d’autres , n’ont aucun fondement qui repose sur le témoignage des sens , seul guide en anatomie. Je renvoie, sur leur composition , à ce que j’ai dit sur l’anatomie générale. Je vais tout de suite m’occuper de leurs proportions diverses.

Entre les hémisphères , on rencontre d’abord le corps calleux. Il est entièrement médullaire, et n ollre pas plus de densité que les autres portions de la meme substance. Lorsqu’on soulève de dessus lui des laines minces , suivant sa largeur , on y voit des stries transversales qui sont parallèles à celles

96 appareils des sens internes.' que présente sa face supérieure, et qui semblent indiquer une texture fibreuse, texture qu’en effet plusieurs lui ont attribuée. Mais il est incertain si cette disposition striée n’est point l’effet d’un tiraillement léger produit par l’action de l’instrument , et aucun autre fait n’indique celte nature fibreuse que l’on peut encore révoquer en doute. On a beaucoup parlé des fibres du* cerveau ; les philosophes surtout qui , dans leurs recherches métaphysiques , ont eu besoin de quelques données physiologiques , leur ont fait jouer un grand rôle dans leur langage : mais ces fibres sont aux sens ce que sont à la raison beaucoup de leurs idées, des choses gratuitement supposées.

La voûte à trois piliers, molle et facile à détruire, est entièrement médullaire comme le corps calleux. Son prolongement antérieur ainsi que les corps frangés qui forment ses piliers postérieurs ont la meme structure. Aucune trace de substance corticale ne s’y rencontre ; on n’y voit non plus aucune fibre. Ce seroit avoir une idée bien inexacte du cerveau , que d’en supposer la substance fasciculée , comme celle des muscles, des organes fibreux, etc. : chaque substance y forme un tout sans division , sans stries; c’est comme la substance du foie, etc.

La glande pinéale , qui se trouve au-dessous de la voûte , paroît formée de substance corticale. Mais celle substance a un aspect particulier , et sans doute une nature différente; car elle s’ossifie assez souvent , tandis que la substance qui revêt extérieurement le cerveau ne s’ossifie jamais. Au reste , il n’v a pas de substance blanche dans ce

pu CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. 97

corps lui-même ; au contraire , ses prolongemens supérieurs sont entièrement médullaires.

La commissure antérieure, toute médullaire aussi, conserve manifestement cette nature au milieu des corps striés , dans lesquels elle se prolonge.

La commissure postérieure offre absolument la même structure dans la petite étendue qu’elle présente. La substance médullaire seule forme aussi la lame inférieure du ventricule moyen , lame que l’on voit entre les deux prolongemens antérieurs de la protubérance cérébrale. Enfin, les éminences mamillaires sont aussi médullaires, quoique d’une couleur un peu plus foncée au milieu qu’en dehors. Il résulte de là , qu’à l’exception de cette portion de substance grisâtre qui se trouve au-dessus de la lige pituitaire , de cette tige elle-même , et des glandes pituitaire et pinéale , toutes les parties du cerveau situées sur la ligne médiane sont médullaires. Pourquoi cette absence de substance corticale sur la ligne médiane? Les objets qui s’y trouvent sont-ils plus essentiels que ceux des côtés ? Est-ce parce qu’ils sont destinés à être des moyens d’union entre ceux-ci ?

Dans les hémisphères , il y a deux choses à considérer : i°. la structure de la substance cérébrale qui entoure les ventricules ; 2°. celle des diverses éminences situées dans les mêmes cavités.

On trouve autour des ventricules une masse considérable de substance cérébrale. Tout ce qui est au -dessus du niveau du corps calleux en est formé,' En devant , en arriéré et sur les côtés , on en rencontre beaucoup aussi. Il y en a moins en bas , les ventricules étant plus près dans ce sens de l’exté—

98 APPAREILS 1> F. S SENS INTERNES, rieur du cerveau. Lorsqu’on enlève exactement toute celle substance , de manière à n’en laisser que ce qu’il faut pour ne point pénétrer dans les cavités , F hémisphère est réduit presque au tiers. Celte substance cérébrale paraît-; malgré son volume, peu essentielle aux fonctions du cerveau. Elle a été plusieurs fois intéressée impunément. Les l’on gus dont elle est le siège subsistent souvent long-temps sans trouble dans les mouvemens ou dans les sensations. On diroit qu’elle ne sert que d’enveloppe et d’écorce aux parties plus essentielles que contiennent les ventricules. Cette substance est médullaire en dedans, et corticale en dehors. Chaque hémisphère est complètement grisâtre à son extérieur , à causé de cette disposition. Il n’y a qu’à la partie interne de la scissure de Svl- ’yius où l’on trouve une couleur blanchâtre qui indique la nature médullaire des hémisphères en cet endroit. Enfoncée dans les anfractuosités , et déployée sur lés circonvolutions , la substance corticale forme une couche assez mince sur ces parties , en sorte que, s’il éloil possible de l’enlever exactement, les hémisphères , restés médullaires, conserveroient 3a même forme; et cela tient à ce que la substance médullaire se prolongeant dans les circonvolutions , en forme comme le noyau. Ces prolongemens de la substance médullaire partent d’un centre épais de cette substance , qui surmonte le corps calleux et se continue aveG sa surface supérieure. \ ieussens l’a appelé le centre ovale.

La structure des objets situés dans les ventricules est celle-ci :

Dans les corps striés , la substance corticale est ex-

térieure , et a beaucoup d’épaisseur surtout en haut et en bas. Lorsqu’on fend ce corps perpendiculairement , la substance médullaire se présente au milieu sous la forme d’une bandelette étroite qui règne dans toute sa longueur , et qui se recourbe en avant et en bas, pour venir se continuer au-delà de ce corps avec le corps calleux. Lorsqu’au contraire oncoupe transversalement le corps strie , la même substance médullaire se présente sous la forme d’une lame large qui occupe la plus grande partie de cC corps , et qui , en dedans et en devant , se termine par des stries plus ou moins sensibles , isolées les unes des autres , et enfoncées dans la substance corticale : c’ëst de là que lui est venu son nom.

La bandelette demi-circulaire paroît comme muqueuse et demi-transparente. Elle a , eïi effet , trèspeu, de consistance ; elle appartient toute entière à la! substance médullaire.

Les couches optiques ont , dans toute leur étendue , une enveloppe extérieure médullaire. Mais lorsqu’on les fend perpendiculairement de haut en bas , on voit quelles sont formées de deux portions distinctes ,, quoique continues. La supérieure, qui répond spécialement aux ventricules latéraux et au ventricule moyen , présente une substance grisâtre analogue , jusqu’à un certain point , à la corticale des autres parties, mais beaucoup plus pâle et plus rapprochée du blanc; elle a aussi beaucoup plus de consistance ; elle se trouve un peu mélangée avec la médullaire dans divers points. La portion inférieure , qui avoisine la base du cerveau , et qui donne naissance aux nerfs optiques , est presque^ entièrement médullaire1.

Les cornes d’Ammonsont médullaires à l’extérieur, dans 1 épaisseur d’une ligne à-peu-près. Tout leur intérieur offre la substance corticale beaucoup plus pro— noncée que dans les couches optiques , et plus analogue à celle qui enveloppe extérieurement le cerveau. Même disposition dans l’éminence digitale.

De ce que nous venons de dire , il résulte que tout ce qui est sur les côtés du cerveau offre presque un mélange des substances corticale et médullaire , lesquelles cependant ne sont jamais en proportion égale, soit que la première se trouve à l’extérieur , comme dans toute la substance cérébrale qui se voit en dehors , dans les corps striés , dans le cordon qui est subjacent au corps frangé, etc., soit quelle occupe le centre , comme aux couches optiques , aux cornes cl’Ammon, aux éminences digitales , etc. Cette structure contraste avec celle des objets situés sous la ligne médiane.

ARTICLE QUATRIÈME

Du Cervelet.

Le cervelet. offre moins du tiers du volume du cerveau. Il occupe en entier les fosses occipitales inférieures , séparé du reste de la cavité crânienne par la tente que lui forme la dure-mère, et continu en devant , soit avec le cerveau , soit avec la moelle par l’intermède de la protubérance cérébrale.

$ Ier. Conformation.

Sa forme symétrique et régulière répond à celle des fosses postérieures de la base du crâne. Arrondi dans

ior

T)U CEtlVEAF ET DE SES DEPENDANCES.

son contour , il est circonscrit par une espece de courbe -elliptique , dont le grand diamètre est transversal , et le petit d’avant en arrière, il est aplati , plus mince sur les bords que dans son milieu. Sa division en deux hémisphères est moins sensible qu’au cerveau ; c’est en arrière , en avant et en bas , qu’elle est le plus marquée ; des rainures l’indiquent dans ces sens. Au lieu de ces rainures, il y a en haut une élévation.

Le cervelet présente à l’extérieur une couleur grisâtre semblable à celle du cerveau. On trouve sur sa surface une foule de sillons qui, comme au cerveau, divisent sa substance. Ces sillons , que séparent des éminences ou circonvolutions de même forme , sont concentriques et réguliers, en sorte que les plus étendus sont en arrière, et les plus courts en devant, au voisinage de la protubérance cérébrale. L’arachnoïde passe immédiatement d’une circonvolution à l’autre , et la pie-mère seule s’introduit dans le sillon , auquel on trouve une profondeur qu’on n’auroit pas d’abord soupçonnée, et qui est à-peu-près égale à celle des anfractuosités cérébrales. Pour bien voir la disposition de ces sillons , il faut fendre , suivant son épaisseur , un des lobes du cervelet dans la direction de ce qu’on nomme X arbre de vie : on voit alors sept ou huit sillons principaux qui s’étendent jusqu’à son centre , divisant ainsi toute la substance corticale en autant de portions concentriques , d’autant plus volumineuses qu’on les examine -plus en arrière , et disposées en forme de tranches épaisses. Chacune de ces portions correspond à une des ramifications principales de la sub-

102 .APPAREILS DES SENS INTERNES, stance médullaire , et se trouve divisée en portions secondaires par des sillons transverses moins profonds. Dans ces portions se trouvent des prolongemens médullaires de second ordre , qui semblent naître en forme de ramifications des premiers , en sorte que chaque division médullaire, dans ce qu’on nomme arbre de vie , indique deux rainures qui séparent et isolent la portion corticale qui l’entoure. Ce n’est qu’en fendant le cervelet , comme je l’ai dit , qu’on peut bien connoître ses circonvolutions , qui naissent les unes des autres , comme les prolongemens médullaires.

L’extérieur du cervelet peut se diviser en surfaces supérieure , inférieure , et en circonférence.

La surface supérieure offre , sur la ligne médiane , une saillie légère qui n’a rien de remarquable ; sur les côtés, deux portions planes , obliquement dirigées en haut et en bas , recouvertes par la tente du cervelet.

La surface inférieure présente , sur la ligne médiane, un enfoncement profond qui loge en devant le commencement de la moelle épinière , et qui en arrière est partagé en deux par une saillie assez volumineuse. C’est entre celte saillie et la surface postérieure de la moelle que se trouve la membrane qui bouche le ventricule du cervelet , en sorte que ce ventricule demeure ouvert inférieurement quand on a rompu cette membrane en soulevant la moelle.

La saillie inférieure et moyenne du cervelet ne peut bien se voir qu’en écartant ses deux hémisphères , après les avoir préalablement dépouillés de la piemère qui les entoure: alors on voit quelle est allongée de devant en arrière, plus large dans le dernier sens

pu CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. I û3 que clans le premier , grisâtre parce qu’elle est formée en dehors par la substance corticale , et bornée latéralement par la substance médullaire appartenant à la lame du cervelet , substance qui l’isole entièrement des hémisphères , qui sont aussi grisâtres en dehors. Cette saillie présente beaucoup de -rainures qui la coupent transversalement , et qui , v-u son isoler ment , ne se continuent point avec les circonvolutions du cervelet , excepté un peu en arrière.

Sur les côtés, la surface inférieure du cervelet forme deux portions convexes qui répondent aux fosses occipitales inférieures : ce sont les deux hémisphères. L’arachnoïde passe immédiatement de l’un à l’autre , ce qui la rend très-facile à voir ici. Très- rapprochés dans l’état ordinaire , ces deux hémisphères sont contigus en bas et séparés eu haut par la saillie dont j’ai parlé. Un grand espace reste entre eux .lorsqu’on les écarte,* cet espace appartient au ventricule du cervelet.

La circonférence du cervelet reçoit en devant la

protubérance cérébrale qui se continue avec elle par ses deux prolongemens postérieurs. On trouve eu cet endroit , entre la protubérance et la face supérieure de cet organe , une excavation assez profonde qui répond à l’aqueduc de Sylvius, et qui, bouchée par l’arachnoïde passant du cervelet sur la protubérance , et diminuée par la pie-mère qui s’y enfonce , devient fort sensible lorsqu’on enlève ces deux membranes. On voit alors , dans son fond , une petite portion corticale à 1 extérieur et médullaire en dedans, qui naît du cervelet dont elle est distincte dans sa plus grande partie , et qui est appliquée en arrière sur la valvule de Vieussens , sans contracter avec elle

T0/|. appareils des sens internes.

aucune adhérence , en sorte quelle paroît comme llotlante dans cette cavité. Quand on écarte le cervelet, cette espèce d’appendice reste souvent adhérente à la substance de celui-ci ; mais il est facile de l’en séparer en interposant dans la rainure qui l’en sépa re un manche de scalpel. Au reste , celle petite saillie répond absolument aux autres circonvolutions, dont elle n’est différente que par sa disposition extérieure.

En arrière , la circonférence du cervelet présente une échancrure, assez large et triangulaire , qui sépare l’un de l’autre les deux hémisphères, se continue avec l’échancrure inférieure qu’elle termine dans ce sens, et reçoit la faux du cervelet.

Sur les côtés , cette circonférence n’offre qu’un rebord obtus, qui répond un peu au-dessous des goîîttières latérales et pétreuses supérieures , et qui n’a rien de remarquable.

§ II. Organisation.

Le cervelet présente comme le cerveau une enveloppe de substance corticale. Cette substance s’enfonce de même dans les anfractuosités, qui sont nndtipliées, étroites, et dont les parois se trouvent exactement adossées, en sorte qu’en ouvrant le cervelet, cette couche corticale paroît avoir beaucoup d’épaisseur. Vous croiriez quelle est continue dans tous ses points , qu’elle représente une masse beaucoup plus épaisse qu’au cerveau ; mais si l’on observe la disposition des sillons principaux qui divisent le cervelet en grandes circonvolutions , et des sillons secon-

DU CERVEAU ET DK SES DEPENDANCES. IC)5 daires qui le subdivisent en circonvolutions secondaires j si l’on remarque qu’il n’est aucune de ces portions subdivisées dans laquelle le centre médullaire n’envoie un prolongement, on se convaincra que l’épaisseur de la couche formée par la substance corticale est purement illusoire , quelle est bien moindre qu’au cerveau, quelle ne paroît très-marquée que parce qu’on n’aperçoit pas au premier coup d’œil les sillons du cervelet dans la coupe qui en a été faite , et que dans cette coupe ce n’est point par l’épaisseur qu’il y a entre le centre de l’arbre de vie et l’extérieur du cervelet qu’il faut la mesurer , mais par celle qui existe entre chacune de ces divisions médullaires et le sillon correspondant.

La substance médullaire forme deux centres distincts et répondant aux deux hémisphères. Ces deux centres se voient très-bien en fendant longitudinalement le cervelet : ils ont une forme allongée , sont , comme la substance médullaire du cerveau, parsemés de points rougeâtres. Ils envoient des prolongemens de tout leur contour au milieu de la substance corticale : c’est ce qui forme V arbre de vie. Ces prolongemens sont différens : il y a d’abord les troncs qui parlent immédiatement du centre nerveux : ils sont au nombre de huit ou neuf, petits en haut , plus marqués en bas , très-gros en arrière. De ces troncs naissent les rameaux , de ceux-ci des ramifications ; tous sont enveloppés, comme je l’ai dit, par la substance corticale. Ces deux centres médullaires résultent des prolongemens postérieurs de la protubérance cérébrale, qui s en foncent dans Je cervelet par sa partie inférieure , comme on peut le voir en les prenant à

celte protubérance , et en les suivant jusque dans cet organe.

Outre ces deux centres médullaires , qui sont latéraux , il y en a un autre, moyen, qui est formé de la manière suivante. Les deux prolongemens médullaires qui descendent des tubercules quadrijumeaux , et la lame moyenne médullaire qui les unit sous le nom de valvule de Vicussens , objet dont je vais bientôt parler, s’épanouissent à la partie postérieure du ventricule du cervelet , et forment en cet endroit une lame médullaire , libre du côté de cette cavité où l’arachnoïde la tapisse seulement , mais qui du côté opposé envoie dans l’organe différentes ramifications qui se comportent à-peu-pres comme celles des deux arbres de vie. Cette lame médullaire tient de chaque côté aux prolongemens de la protubérance cérébrale dont nous parlions tou t-à-1’ heure, se confond avec eux et les unit. Elle est à leur égard ce qu’est par rapport aux deux centres ovales du cerveau , le corps calleux. Comme celui-ci , elle répond à une cavité par une de ses faces ; mais au lieu d’être libre par l’autre , ainsi que lui , elle se confond avec le cervelet. Celte lame médullaire se prolonge un peu audessous du ventricule moyen : là , elle donne également naissance par sa surface antérieure à des prolongemens médullaires qui s’enfoncent dans la saillie moyenne que nous avons indiquée au milieu de l’échancrure inférieure du cervelet , et où ils sont revêtus par la substance corticale , dans laquelle ils déterminent des sillons ; mais sur les côtés de cette saillie, la lame du cervelet paroît à nu au fond des deux espaces qui de chaque côté la séparent

des hémisphères de cei organe. Par sa surface antérieure, cette lame est donc libre en haut dans toute son étendue dans le ventricule moyen , libre aussi en bas et sur les côtés , mais continue au milieu avec cette éminence ; tandis que sa face postérieure est continue dans toute son étendue avec le cervelet. Pour bien voir celte lame, il faut , comme pour examiner la saillie moyenne , écarter les hémisphères de cet organe au niveau de l’échancrure inférieure , et soulever le commencement de la moelle épinière : alors toute sa face antérieure se distingue très-bien. Pour voir la postérieure , il faudroit enlever toute la substance corticale du cervelet au niveau de là ligne médiane , et faire une préparation analogue à celle du centre ovale.

La consistance du cervelet est un peu moindre que .celle du cerveau , sur les cadavres. H se putréfie plus tôt. Je renvoie à l’article de la protubérance cérébrale le ventricule du cervelet , qui appartient aussi à cette protubérance.

ARTICLE CINQUIÈME

Protubérance cérébrale.

La troisième et la plus petite partie de la niasse encéphalique, c’est la protubérance cérébrale. Placée entre le cerveau et le cervelet , elle est le moyen de communication de l’un à 1 autre , et se continue avec tous deux par des prolongemens volumineux. Ce rapport, la situation de cette portion cérébrale au milieu de la base du crâne , au-dessus des vaisseaux puncipaux du cerveau dont elle reçoit la première

108 APPAREILS DES SENS INTERNES, impulsion , l’origine du plus grand nombre des nerfs cérébraux qui se fait dans son voisinage , tout porte à regarder la protubérance cérébrale comme une des parties cérébrales les plus importantes à la vie. On cite beaucoup de lésions du cerveau et même du cervelet sans trouble dans les fonctions cérébrales. Je n’en connois aucune de la protubérance qui n’ait été funeste.

§ Ier. Conformation extérieure.

La forme de la protubérance cérébrale est quadrilatère , telle que ses quatre côtés sont à-peu-près égaux , les deux latéraux offrant cependant un peu plus de longueur. Son épaisseur égale à-peu-près sa largeur. Obliquement dirigée en bas et en arrière , elle répond d’un côté à la gouttière basilaire sur laquelle elle appuie , de l’autre au cerveau et au cervelet qu’elle réunit , en formant avec ce dernier le ventricule qui porte son nom.

La surface inférieure de la protubérance est convexe. Sur la ligne médiane , elle présente une gouttière assez marquée dans laquelle se trouve l’artère basilaire. Sur les côtés , plusieurs sillons à direction variable, souvent transverses, viennent se réunir à cette gouttière ; ils sont beaucoup plus superficiels, souvent à peine appareils , et reçoivent les rameaux latéraux de la même artère. Tous ces vaisseaux , et surtout l’artère basilaire , font beaucoup de saillie à l’extérieur , en sorte que , placés entre la gouttière basilaire et la protubérance , ils communiquent nécessairement à celle-ci un mouvement très-sensible lors de

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. iog

leur dilatation : aucune partie de la masse encéphalique n’est plus avantageusement disposée pour cela.

La surface supérieure de la protubérance commence derrière le ventricule moyen du cerveau et au-dessous de lui. Pour voir celle surface, il faut soulever les lobes cérébraux postérieurs ou les enlever et porter un peu le cervelet en arrière : alors on aperçoit de haut en bas, d’abord la commissure postérieure, puis, au-dessous d’elle, quatre éminences arrondies, d’inégal volume , et dont les deux supérieures sont les plus grosses : on les nomme tubercules cjiicicb i jumeaux. Leux sillons crucialement disposés les séparent avec symétrie. Plus bas , on remarque une lame médullaire grisâtre , très-mince , facile à cause de cela à se rompre , et qui se conserve rarement ; elle ferme en arriére le ventricule du cervelet : on la nomme valvule cle V aquecluc de Sylvius. Elle est recouverte postérieurement par le petit prolongement du cervelet qui se trouve , comme nous l’avons dit, dans l’excavation qui sépare cet organe de la protubérance. La valvule de Vieussens se continue de l’un et de l’autre côtés avec deux saillies médullaires allongées , arrondies , et beaucoup plus épaisses quelle. Ces saillies , entre lesquelles elle est comme enchâssée , partent des tubercules quadrijumeaux inférieurs, et se portent en bas pour se réunir enfin 1 une a l’autre et se confondre dans la substance du cervelet, en y formant, conjointement avec la valvule de 1 aqueduc de Sylvius, la lame médullaire que nous

avons dit tapisser la. partie postérieure du ventricule cle cet organe.

En devant , la protubérance cérébrale offre dans

APPAREILS DES SENS INTERNES, son milieu une échancrure assez profonde , formée par l'écartement de ses deux prolongemens antérieurs. Dans le fond de cette échancrure et entre ces deux prolongemens , on aperçoit la lame médullaire qui forme la paroi inférieure du ventricule moyen. Les prolongemens antérieurs se présentent sur chaque côté de cette échancrure. Nous y reviendrons bientôt.

En arrière , un sillon très-marqué sépare la protubéranced’avecla moelle : ilyest masqué par l’arachnoïde dans l’état ordinaire. Plus en dehors , on voit les prolongemens postérieurs.

Sur les côtés , la protubérance présente deux rebords épais et arrondis , lesquels correspondent aux scissures latérales du cerveau qui continuent en arrière celle de Sylvius. Us sont bornés en devant et en arrière par les prolongemens de la protubérance.

§ II. Conformation intérieure.

La conformation intérieure de la protubérance cérébrale nous offre en devant un conduit qui vient du ventricule cérébral moyen, et qui mène dans une cavité plus inférieure , dans le ventricule du cervelet qui est formé principalement par ce viscère, mais que nous décrivons ici parce que la protubérance y concourt aussi beaucoup , et que , ces deux portions de la masse encéphalique étant connues, on concevra mieux sa disposition.

Aqueduc de Sylvius. Ce conduit est arrondi dans son contour ; il commence au-dessous delà commissure postérieure ; sa direction est oblique en arrière ef en bas. 11 est formé en' devant jiar la réunion des deux

l DU CERVEAU et de ses dépendances.

prolongemens antérieurs de la protubérance cérébrale; en arrière, il l’est d’abord par la commissure, puis par la base des tubercules quadrijumeaux , enfin par les deux prolongemens qui partent des tubercules inferieurs, prolongemens qui composent aussi ses parties latérales , et par la valvule mince qui se trouve entr’eux. L’intérieur de cet aqueduc offre en devant une rainure plus ou moins sensible qui se prolonge dans le ventricule du cervelet. Par lui , les sérosités du ventricule moyen du cerveau peuvent tomber dans celui-ci; et comme ce ventricule moyen communique avec les latéraux par les ouvertures ovalaires placées derrière la double origine de la voûte à trois piliers , il s’ensuit que toutes les cavités cérébrales , celle de la cloison des ventricules exceptée, n’en font réellement qu’une. Cependant il est assez rare que, dans les épancbemens qui occupent les ventricules latéraux, on trouve du fluide dans le moyen et dans celui du cervelet ; s’il y en a , il est toujours en beaucoup moins grande proportion : pour une dilatation de ces deux dernières cavités , il y en a dix des premières ; ce sont elles qui sont le siège spécial de tous les épanchemens séreux ou sanguins.

Ventricule du cervelet. Au-dessous de l’aqueduc de Sylvius , on trouve le ventricule du cervelet , cavité assez large , obliquement dirigée depuis cet aqueduc jusqu’à la partie supérieure de la moelle. Sa forme paroît quadrilatère quand on le fend postérieurement ; mais cette forme est assez difficile à bien déterminer lorsqu’on l’envisage dans son entier. i°. En devant, il répond au corps principal de la protubérance cerebrale. On y voit là ttne rainure sur la

I 1 2 APPAREILS DES SENS INTERNES, ligne médiane , rainure qui fait suite à celle de l’aqueduc, et qui se termine a la moelle épinière. Plusieurs lignes obliques viennent , de haut en bas et de dehors en dedans, se rendre à celte rainure. Ces lignes sont formées par des bandelettes blanchâtres très-fines , toutes médullaires , qui sont comme appliquées sur cette partie antérieure du ventricule , de la substance duquel ils naissent insensiblement pour se rendre à la rainure où ils se perdent. On peut soulever ces petites bandelettes , et les isoler dans leur trajet de la substance de la protubérance : elles varient singulièrement pour leur nombre, leur volume, leur direction, etc. 2°. En arrière , l’extrémité de la valvule et de l’aqueduc, et les prolongemens médullaires auxquels elle est fixée , bornent d’abord ce ventricule , puis elle correspond au corps même du cervelet , dont la lame le tapisse en totalité. 5°. Sur les côtés , il se termine par deux espèces de culs-de-sac qui se trouvent au-dessous des prolongemens postérieurs de la protubérance , et qui sont bouchés par la membrane inférieure dont nous allons bientôt parler. Ces deux culs-de-sac se trouvent séparés par l’éminence moyenne et inférieure du cervelet , dont les deux hémisphères étant écartés , les laissent voir très-distinctement, ainsi que cette éminence , quand la membrane a été préliminairement rompue. 4°- En haut , il se continue avec l’aqueduc de Sylvius. 5°. En bas , il forme d’abord un cul-de-sac au commencement de la moelle , et ne se prolonge point dans cet organe , comme quelques-uns le prétendent. Derrière ce culde-sac , il se termine par une large ouverture que bouche une membrane étendue depuis la moelle

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. Il5 jusqu’au cervelet. Celte membrane a beaucoup d’analo^ie avec celle qui , placée au-dessus du concours des nerfs optiques , bouche en devant le ventricule moyen. Dense et résistante , elle diffère essentiellement, comme elle , de la pie-mère à laquelle elle tient, et de l’arachnoïde qui la tapisse ainsi que le ventricule. Cette membrane passe , non-seulement de la partie postérieure et inférieure du cervelet au commencement de la moelle épinière , mais elle se fixe encore sur les côtés aux prolongemens postérieurs de la protubérance. La 'pie-mère forme en cet endroit , audessous d’elle , deux espèces de replis où l’on trouve plusieurs granulations , et qui ont de l’analogie avec les plexus choroïdes , quoiqu’ils soient beaucoup plus petits. Ces replis, dont' je n’ai pas parlé en traitant de la pie-mère, se trouvent de chaque côté sous les prolongemens postérieurs et dans les deux culs-de-sac qui terminent latéralement le ventricule du cervelet.

§ III. Prolongemens de la Protubérance cérébrale.

La protubérance cérébrale se continue avec les deux autres parties du cerveau par quatre prolongemens médullaires considérables , dont deux sont antérieurs et deux postérieurs.

Prolong, antérieurs ou cérébraux . Us naissent des angles correspondais de la protubérance, en empiétant un peu sur son bord antérieur et les latéraux. Fort rapprochés l’un de l’autre dans cet endroit , ils se portent en avant , en haut et en dehors , en s’écartant toujours davantage et en augmentant progressivement de volume. Parvenus à la partie inférieure et moyenne du ni. 8

ïl/f. A P I* A K E ï L î> ifES SENS INTERNES,

cerveau , ils s’engagent au-dessous des nerfs optiques, dont ils sont très-distincts , et se confondent aussitôt avec la substance des couches de meme nom , dans lesquelles ils se perdent. En bas , ces prolongcmens , isolés l’un de l’autre et recouverts par la pie-mère et par l’arachnoïde, sont séparés, tout-à-fail antérieurement, parles éminences mamillaires. Au milieu, ils. se trouvent réunis par une substance médullaire qui forme la paroi inférieure d’abord du ventricule moyen, ensuite de l’aqueduc deSylvius. En haut, ils tiennent de l’un et l’autre côtés aux tubercules quadrijumeaux qui les réunissent.

Prolong, -postérieurs ou cérébelleux. Ils naissent des angles postérieurs de la protubérance , mais surtout de ses bords latéraux , sur lesquels ils s’avancent de manière à se confondre presqu’avec les antérieurs. Ils sont beaucoup plus écartés l’un de l’autre que ceux-ci ; ce qui lient à ce que la moelle vertébrale commence dans leur intervalle. Très- volumineux vers la protubérance , ils diminuent à mesure qu’ils avancent en arrière et en dehors, ce qui est l’inverse des antérieurs, qui , plus petits à leur origine , grossissent en se portant dans l^es couches optiques. Après un trajet fort court , ils s’enfoncent chacun dans l’hémisphère correspondant du cervelet , dont ils vont former les deux centres médullaires latéraux , qui offrent ensuite la disposition que nous avons indiquée.

§ IV. Organisation de la Protubérance cérébrale.

La protubérance cérébrale est remarquable par une densité beaucoup plus grande que celle de toutes les

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. Il5 autres parties du cerveau. Celle densité permet de lu comprimer bien davantage avant d’en altérer le tissu. Médullaire à l’extérieur , elle offre dans son intérieur une substance particulière , dans # laquelle la corticale et la médullaire sont irrégulièrement mélangées , et où elles ont un aspect comme marbré , surtout au milieu ; car sur les côtés , sa disposition est plus régulière , et sa section offre des stries entrecoupées résultant de lames adossées les unes aux autres. La médullaire y forme quelquefois des lignes continues dans une étendue assez grande. La corticale n’v a point un aspect aussi grisâtre qu’à l’extérieur du cerveau et du cervelet ou sur ie corps cannelé. Sa couleur a beaucoup d’analogie avec celle de l’intérieur des couches optiques. En général , ce seroit avoir une idée inexacte des deux substances cérébrales , que de les considérer comme par-tout identiques ; elles varient suivant les diverses parties. Quoique leur nature intime nous échappe , cependant la différence des attributs de couleur, de densité, de résistance, indique assez celle de cette nature. En fendant la protubérance sur la ligne médiane, et en continuant la section sur le milieu du commencement de la moelle épinière , j’ai observé que la partie postérieure de cette éminence semble distincte de l’antérieure. On diroit que , derrière elle , la moelle épinière va se continuer avec les couches optiques , en en restant distincte , quoiqu’elle lui soit cependant continue.

Les prolongemens cérébraux sont médullaires au dehors , et formés en dedans comme la protubérance elle-même; la substance médullaire y prédomine cependant davantage. Le plus souvent leur centre est

IlG APPAREILS UES SENS INTERNES»

occupe par un peu de substance non aire qui ne se rencontre en aucune autre partie de la masse encépliahque. Ils sont sensiblement striés à l’extérieur, surtout en devant , ce qui y a fait admettre des libres.

Les prolongemens cérébelleux sont tous médullaires, sans alliage de substance corticale, sans doute à cause de leur destination, qui est d’aller, en s’épanouissant dans le cervelet , former les centres médullaires de cet organe.

ARTICLE SIXIÈME

De la Moelle^ vertébrale et de ses dépendances.

Cje prolongement de l’organe encéphalique , qui est destiné à continuer celui-ci jusqu’à la partie inférieure du tronc, occupe le canal vertébral, dont nous avons donné la description en Ostéologie, et sur lequel nous ne reviendrons pas.' Avant de le décrire , il faut exposer les enveloppes membraneuses qui le contiennent. Ces enveloppes sont des appendices de celles de la masse encéphalique, qui, comme je l’ai dit, s’engagent dans le canal vertébral par le trou de même nom.

§ Ier. Des Membranes de la Moelle vertébrale.

Dure-Mère.

Le canal vertébral est d’abord tapissé intérieurement par une portion de la dure-mère qui se prolonge jusqu’à sa partie inférieure. Cette portion forme un canal membraneux adapté au canal osseux , mais différent de lui par sa forme. 11 est arrondi , tandis

que le canal osseux est triangulaire , au moins dans deux régions , en sorte que celui-ci est sensiblement plus large, surtout au niveau des angles ; mais cette disproportion se remarque aussi indépendamment de la non-coïncidence des formes , en sorte que le canal fibreux est en partie libre dans la cavité qu’il occupe. Son rapport avec la moelle présente la même disproportion. 11 est beaucoup plus large quelle n’est volumineuse , en sorte que , quand le canal vertébral est ouvert, ce prolongement médullaire paroît comme flottant au-dedans de sa gaine fibreuse, qu’il est facile de distendre beaucoup en poussant de l’air dans son intérieur; expérience qui donne une largeur sensible au sac que représente l'arachnoïde déployée et sur la moelle et sur cette gaine fibreuse. Il ne paroît pas que ce sac contienne pour cela beaucoup plus de fluide que dans le cerveau ; il en résulte seulement que dans les hydropisies il peut s’y accumuler une quantité assez marquée de sérosité , sans que ce fluide ait alors sur les fonctions de la moelle une influence aussi , grande que celui qui s’épanche accidentellement dans le crâne en a sur le cerveau, vu que la compression qu’il exerce est moindre, ayant plus de place pour être contenu.

La surface extérieure du conduit fibreux dont nous parlons correspond au canal vertébral , mais ne lui adhère point ainsi que la dure-mère adhère à tous les os du crâne , en sorte qu’on ne peut aucunement l’assimiler au périoste comme dans cette cavité : aussi trouve-t-on une membrane fine tapissant le devant des lames vertébrales, et le ligament vertébral postérieur revêtant la partie postérieure du

corps ries vertèbres, qui le séparent des os. Un tissu , cellulaire rougeâtre, lâche, filamenteux, est placé entre le conduit osseux et le conduit fibreux, excepté cependant en devant où l’union avec le ligament vertébral intérieur est assez marquée. Ce tissu ne contient point de graisse dans la plus grande partie du canal : c’est seulement en bas , au niveau du sacrum , que ce fluide s’y accumule ; on v en rencontre même habituellement. Le tissu cellulaire est aussi beaucoup plus abondant là qu’ail leurs.

Sur les côtés, cette surface extérieure est remarquable par les petits conduits que la dure-mère fournit ' à chaque nerf, au moment où il sort par le trou vertébral correspondant. Ces conduits varient en direction, en longueur et en volume , comme les nerfs auxquels ils appartiennent. Presque horizontaux dans la région cervicale, ils y ont fort peu de longueur; tandis que dans la dorsale, puis dans la lombaire, ils acquièrent une direction successivement plus oblique et enfin presque perpendiculaire , et une longueur toujours plus marquée. Us ont enlr’eux les mêmes rapports de volume : très-étroits dans la région cervicale où ils répondent à des nerfs d’un petit volume , ils acquièrent dans les régions suivantes une largeur considérable pour recevoir des nerfs très-volumieux : tous sont sensiblement renflés au niveau du trou qui les transmet, à cause du ganglion que leur nerf offre en cet endroit. Parvenu au dehors du canal vertébral , ces conduits se perdent aussitôt dans le tissu cellulaire, et ne se continuent pas avec le périoste, comme nous avons vu que le faisoient les conduits fibreux sortant du crâne. Cette continuité des

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. I ïC^

organes fibreux avec le tissu cellulaire est assez commune : les aponévroses brachiale , crurale , etc. , et la gaîne de beaucoup de tendons en offrent des exemples.

La surface interne de la dure-mère vertébrale , continue par-tout à l’arachnoïde , lui doit l’aspect lisse quelle présente. On y voit, sur les parties latérales, entre les orifices des conduits des nerfs, l’attache des diverses appendices du ligament dentelé. La duremère paroît s’ouvrir pour recevoir ces appendices , qui , avant de s’identifier avec elle , pénètrent chacune dans le petit trou qu’elle leur offre.

En haut, le conduit fibreux 'vertébral se continue avec la dure-mère crânienne par le trou occipital, au-dessous duquel on voit cette membrane s’ouvrir pour le passage de l’artère vertébrale.

En bas , ce conduit général se perd en formant une multitude de conduits fibreux particuliers pour les nerfs sacrés.

Dans toute la région vertébrale, la dure-mère présente la meme structure qu’au crâne ; cependant les fibres y sont moins distinctes et plus régulièrement disposées que -dans celle cavité. L’épaisseur du plan qu’elles forment est aussi moindre. Cette épaisseur diminue insensiblement et par gradation à l’extrémité des canaux destinés aux nerfs. Des vaisseaux assez nombreux parcourent celte membrane.

Pie-Mère ou Membrane propre .

Les trois parties de l’organe cérébral que renferme la cavité du crâne n’ont point, à proprement parler,, de membrane qui forme corps avec elles : car la pie

APPAREILS DES SENS INTERNES, mcre qui les recouvre immédiatement n’est, comme nous l’avons dit , qu’un réseau vasculaire qui ne mérite pas le nom de membrane. Au contraire , la moelle épinière présente , outre la dure-mère et l’arachnoïde auxquelles elle répond , une membrane particulière qui l’enveloppe. Est-ce la pie-mère dont la nature a changé? sa densité ne permet guère de le penser . quoiqu’on soit d’abord tenté de le présumer en voyant le réseau vasculaire qui l’enveloppe et qui entre dans sa composition. Tout ce que les auteurs ont écrit sur ce point , comme sur les membranes cérébrales, laissoit un grand vide en anatomie. J’emploie , pour démontrer l’existence de celle membrane , deux moyens différens : on la fend longitudinalement , et avec le scalpel on enlève en raclant toute la substance médullaire qui se présente: on obtient ainsi la membrane toute seule, et elle paroît alors demi-transparente , mais' cependant assez dense. Un autre moyen auquel j’ai recours est celui-ci : après avoir coupé la moelle près de son entrée dans le canal vertébral, on peut la comprimer entre les doigts au-dessous de l’endroit coupé : on fait alors sortir par cette expression toute la substance médullaire , et on obtient un canal membraneux que Ion peut distendre par insufflation, et même injecter.

Considérée dans sa surface extérieure, cette membrane propre correspond à l'arachnoïde : elle ne lui adhère point • car si l’on introduit entr’elles un tube, et qu’on pousse de l’air , on fait saillir sur-le-champ avec facilité la lame séreuse. En devant et en arrière , cette membrane propre répond aux artères

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES, spinales antérieure et postérieure qui répandent sur elle leurs rameaux. Sur les côtés et au niveau des nerfs, elle se continue immédiatement avec lenevrilème qui leur appartient, et donne aussi attache au ligament dentelé.

La surface interne de la membrane propre répond et adhère par-tout à la moelle , d’une manière si intime quelle paroît former avec elle un corps continu. On peut cependant, comme nous l’avons dit , enlever celle-ci ; mais alors la membrane perd beaucoup de sa densité , quoique cette densité semble d’abord en être indépendante.

Cette membrane est formée par un tissu solide , assez épais , fort résistant , et qui paroît composé de fibres distinctes , surtout lorsqu’on le considère sur les parties latérales. Cette densité est d’autant plus grande , qu’on examine la membrane plus inférieurement ; c’est ce qui a donné à l’extrémité de la moelle une résistance bien supérieure à celle de son origine : car le tissu même de ce prolongement n’est pas plus solide en bas qu’en haut. Peu de vaisseaux appartiennent à ce tissu lui-même; mais un grand nombre le traverse pour aller dans le corps même de la moelle , après s’élre infiniment subdivisé sur sa surface. Ce sont ces vaisseaux , joints au prolongement de la membrane elle-même, qui la rendent si adhérente à la moelle. La couleur de celte membrane est d’un blanc un peu jaunâtre ; c’est elle qui fait paroîlre telle la moelle lorsqu’on examine celle-ci à travers ses parois : car en la fendant on voit que la substance médullaire est bien plus blanche qu’elle ne le paroît à l’extérieur.

Soumise a l’action de leau froide, la membrane de la moelle acquiert, au bout de quelques jours, comme le névrilème des nerfs, un peu plus de dureté quelle n’en avoit. Un plus long séjour la ramollit, effet général de toute macération. Elle se racornit beaucoup par l’action de l’eau bouillante : alors la moelle qu’elle contient, n’étant pas susceptible d’un racornissement semblable, s’échappe en grande partie par ses extrémités. Quand on fait plusieurs ouvertures à cette membrane à l’instant où le racornissement s’opère , le meme phénomène se manifeste à travers ces ouvertures. Le contact de l’air amène fort lentement sa putréfaction : elle reste long-temps intacte, la moelle étant putréfiée. Quand on la fait dessécher , elle prend ime couleur jaunâtre. Elle se racornit beaucoup par le calorique nu. Les acides y produisent d’abord le même effet , puis la fluidifient.

Son usage est de soutenir la moelle et de la comprimer un peu. En effet , une petite ouverture qu’on y fait produit sur-le-champ une hernie médullaire sensible. Elle est à celte subsiance ce que le névrilème est aux nerfs : je la crois même identique à celui-ci par sa nature.

Celte membrane ne commence point brusquement à l’origine de la moelle. Quand on examine attentivement la surface externe de la protubérance cérébrale , on voit que la pie-mère y a acquis une consistance qu’elle ne présente point ailleurs. En passant sur les éminences pyramidales et ohvaires , cette consistance augmente : là commence réellement une membrane qui n’a de commun avec la pie-mère quesa continuité.

pu CERVEAU ET PE SES DEPENDANCES.

Ligament Dentelé.

Le ligament dentelé, qui occupe les côtés de la moelle , a été considéré par les modernes comme un prolongement de la pie-mère. Mais une observation plus exacte m’oblige de revenir au sentiment des anciens, qui le regardoient comme un corps particulier. En effet , rien ne prouve d’abord que la pie-mère existe sur la moelle , puisque la membrane dense qui appartient à ce corps paroît différer essentiellement de ce lacis vasculaire qu’on observe sur le cerveau. Mais de plus cette membrane propre , quelle qu’elle soit , ne se continue point avec le ligament dentelé , qui par-tout en est entièrement distinct. Ce ligament règne tout le long du corps de la moelle jusqu’à ses deux extrémités , sous la forme d’un cordon étroit, aplati et blanchâtre ; il occupe l’espace triangulaire qui résulte de l’écartement des deux filets par lesquels chaque nerf prend naissance, et sépare ainsi ces deux filets. En dedans , il adhère à la membrane propre de la moelle par un tissu cellulaire assez dense , et qui feroit croire d’abord qu’il y a continuité de substance ; mais on peut sans peine détacher ce rebord en disséquant ce tissu, et alors la membrane ne paroît point intéressée dans sa substance; preuve qu’elle ne se continue point avec lui. D’ailleurs , tirez avec une pince ce ligament en dehors, et écartez-le- ainsi de la moelle : le tissu cellulaire qui lui sert de moyen d’union paroîtra alors tres-apparent et très-distinct.

En dehors , le ligament dentelé présente une suite de petits prolongemens qui lui ont mérité son nom , et qui vont se fixer à la dure-mère. Ces prolonge—

i24 Appareils des sens internes.

mens forment de petits cordons arrondis , et roi* s , . extrêmement denses et résistans malgré leur ténuité ; à 1 endroit de leur origine, le ligament s’élargit pour les former , en sorte qu’ils ont une base comme triangulaire. Leur disposition est telle , que chacun correspond à un des intervalles que laissent entr’eux deux nerfs vertébraux , et le partage plus ou moins également. Ces prolongemens, très-courts en haut où ils méritent à peine le nom de cordon , acquièrent un peu plus de longueur à mesure qu’on avance inférieurement. Entr’eux , le ligament dentelé forme des rebords concaves.

Très-mince dans l’endroit où il adhère à la membrane médullaire, le ligament dentelé devient beaucoup plus épais en dehors, soit aux prolongemens * soit dans leurs intervalles.

La résistance et la densité qu’il présente ne permettent nullement, comme l’ont fait quelques auteurs , de le confondre avec l'arachnoïde , qui le recouvre ainsi que ses prolongemens. D’ailleurs , celleci élant, comme je l’ai dit, soulevée par l’insufflation, on le voit au-dessous , séparé d'elle par l’air qui la distend , et n’ayant aucune connexion.

On n’a aucune autre notion sur la structure du ligament dentelé. Appartient-il au tissu fibreux ? On voit dans son tissu des lignes parallèles qui semblent indiquer des fibres. Mais de quelle nature sont-elles ? Je me suis assuré qu’elles sont susceptibles d’un grand racornissement. La résistance de ce ligament paroît lui donner pour usage d’assujettir la moelle dans la gaine fibreuse de la dure-mère , gaîne qui , étant libre et par conséquent mobile par sa surface externe

est retenue et comme fixée aux os par les prolongemens quelle envoie dans les trous vertébraux pour les nerfs. ,

Arachnoïde.

J’ai dit qu’arrivée au trou occipital , l'arachnoïde* s’y enfonce et descend sur la moelle vertébrale : voici comment elle se comporte dans son trajet sur ce prolongement médullaire.

Libre du côté de la membrane propre de la moelle vertébrale , elle ne lui tient que par un petit nombre de filets cellulaires faciles à rompre, et qui le plus souvent existent à peine : pour vous en convaincre, enlevez au canal sa portion osseuse antérieurement et postérieurement ,• mettez ainsi à découvert la moelle encore entourée de sa triple enveloppe ; incisez longitudinalement et avec précaution en avant et en arrière la dure-mère , qui sera ensuite repliée sur les côtés; soufflez- en haut de l’air entre la membrane propre et l’arachnoïde : celle-ci se soulèvera en totalité , abandonnera celte membrane propre tout le long de la moelle , et vous aurez ainsi un tube distendu par l’air , interrompu seulement aux endroits où il fournit des prolongemens aux nerfs. Celte expérience feroit croire , au premier coup d’œil , que le canal de l’arachnoïde est infiniment plus large que la moelle qu’il renferme n’est grosse ; mais pour peu qu’on y fasse attention , on voit bientôt que celle amplitude que l'insufflation lui donne vient du développement des prolongemens qui accompagnent chaque nerf, et qui forment autant de plis dans l étal ordinaire.

Le défaut d’adhérence de J’araclmoïde vertébrale , , , du côté de la moelle , la distingue essentiellement de l’arachnoïde crânienne , qui , comme nous J’avons vu , est intimement unie au niveau des circonvolutions avec la pie-mère dans la plus grande partie de la surface cérébrale. Dans l’expérience que je viens de rapporter, c’est sous l’arachnoïde qu’on souffle de l’air ; quand on laisse intacte la dure-mère , et qu’on en fait parvenir sous cette membrane, c’est dans sa cavité meme qu’il est contenu.

Sur les côtés , l’arachnoïde fournit, au niveau de chaque nerf qui s’échappe par le trou vertébral correspondant , une enveloppe conique qui l’accompagne jusqu’au canal fibreux que lui fournit la duremère , et qui , au lieu de s’y introduire , se réfléchit sur la surface interne de celle membrane. Cette réflexion est rendue très-sensible en coupant à son origine le canal fibreux , lequel devient alors un trou bouché par l’arachnoïde, qui y est rendue sensible par sa transparence.

En avant et en arrière , l’arachnoïde envoie aussi à la dure-mère du canal des gaines membraneuses qui s’épanouissent sur sa surface interne , et contiennent les vaisseaux de la moelle , lesquels se trouvent, ainsi que les nerfs vertébraux hors de la cavité que lubrifie la sérosité.

Inférieurement , l’arachnoïde se termine par une foule de replis , accompagnant jusqu’à leur sortie les nombreux faisceaux qui terminent la moelle épinière, revenant ensuite sur la dure-mère, en formant ainsi en bas un cul-de-sac qui empêche la sérosité de s'infiltrer dans le tissu cellulaire , et sans lequel on ne

DU CERVEAU ElP DE SES DEPENDANCES. I 27

pourvoit concevoir les bydropisies de l’extrémité du canal vertébral.

§ II. De la Moelle vertébrale .

La moelle , organe allongé, cylindrique, mais d’une forme assez irrégulière , occupe le canal résistant que lui offre sa membrane propre. Elle s’étend de la protubérance cérébrale jusque vers la première vertèbre des lombes. Son volume est différent dans les diverses régions de ce canal. Fort renflée à son origine , elle se rétrécit beaucoup ensuite , puis offre un nouveau renflement considérable au milieu de la région cervicale. Rétrécie encore vers la fin de celte région , elle acquiert plus de volume à la partie supérieure du dos , diminue encore au-dessous , et reprend près de sa terminaison un volume assez considérable , en formant une extrémité ovale et renflée , dont la pointe inférieure s’allonge en s’amincissant , et se trouve cachée au milieu des nerfs nombreux qu’elle fournit pour les régions lombaire et sacrée.

L’origine de la moelle est remarquable, outre son volume, i°. par quatre éminences qu’on y voit antérieurement et qui sont symétriquement disposées. Deux sont en dedans séparées l’une de l’autre par une rainure moyenne beaucoup plus profonde en haut où elle se termine à la protubérance , qu’en bas où elle se continue avec celle de la partie antérieure de la moelle. Dans cette rainure s’enfonce la pie-mère qui la remplit. Ces éminences ont été nommées pyramidales . Deux autres externes , pins arrondies dans leur longueur , ont reçu le nom

d ’olivciires. Entre les unes et les autres on volt de chaque côté une rainure où naissent les filets desnerfs hypoglosses. 2°. En arrière , celte origine de la moelle répond au ventricule du cervelet, qu’elle concourt à former , en faisant suite à la protubérance , sans être séparée de celle-ci par une rainure transversale , comme en devant où la saillie plus grande de celle dernière établit une ligne de démarcation très-tranchée. Le ventricule du cervelet se termine là , comme je l’ai dit , par un cul-de-sac qui se continue avec la rainure postérieure de la moelle. 5°. Sur les côtés, l’extrémité supérieure de la moelle se continue avec la partie inférieure des prolôngemens postérieurs de la protubérance , par deux appendices qui se trouvent derrière les éminences olivaires, qui sont un peu plus grosses , et qui montent à ces prolongemens. En fendant en même temps longitudinalement et la protubérance et l’origine de la moelle, pour bien voir la disposition intérieure de cette origine , on aperçoit qu’elle forme un renflement considérable , dont l’organisation paroît analogue à celle de la protubérance, et où les éminences qui se marquent à l’extérieur ne se distinguent point par leur structure. Ce renflement ne commence pas , comme il le paroît , au dehors : la substance qui le "l'orme remonte derrière la protubérance, et semble , comme je l’ai dit , aller se continuer avec les prolongernens antérieurs de celle-ci , qui naissent de sa partie postérieure , et non dans sa substance même comme les postérieurs. La section sur la ligne médiane , indiquée plus haut , rend très-apparente celle disposition.

Dans tout Je reste cle son étendue , la moelle vertébrale , considérée en devant et en arrière , ne nous olIVe rien que nous n’ayons observé en parlant de sa membrane , si ce n’est une rainure longitudinale qui correspond à la ligne médiane , et qui , sensible sur ses deux surfaces , paroît la diviser en deux moitiés latérales , distinctes surtout en devant. Cette rainure disparoît peu à peu inférieurement. Sur les côtés , la moelle donne naissance aux nerfs vertébraux , qui tous ont une double origine , et forment deux filets qui se réunissent en un seul avant de sortir du canal» Ces nerfs, dont la disposition sera examinée plus en détail par la suite, augmentent considérablement de volume en bas, en prenant une direction très-oblique et presque perpendiculaire. Eux seuls existent dans le canal , au-dessous des premières vertèbres lombaires : le corps de la moelle finissant dans cet endroit , le faisceau qu’ils forment par leur réunion remplace celle-ci.

La moelle vertébrale est essentiellement formée d’une pulpe blanchâtre, moins éclatante en couleur que celle du cerveau , et beaucoup plus fluide. On y trouve aussi de la substance grisâtre , entremêlée, et de même consistance. Celte dernière m’a paru plus abondante à la partie inférieure que supérieurement. Est-elle de même nature que la corticale du cerveau ^ je 1 ignore. L’une et l’autre sont pénétrées d’un grand nombre de vaisseaux sanguins qui , comme ceux du cerveau, ny arrivent que par des ramifications capillaiies , et y distribuent beaucoup de sang.

l5o APPAREILS UES SENS INTERNES.'

ARTICLE SEPTIÈME

Développement du Cerveau.

§ Ier. Etat du Cerveau et de ses dépendances dans le premier âge.

J’ai fait remarquer, dans X Anatomie générale , combien le système nerveux cérébral est développé dans le premier âge , et combien surtout le cerveau est précoce sous ce rapport. Je vais entrer ici dans les détails descriptifs de ce phénomène important de la nutrition, en suivant l’ordre adopté dans la description du cerveau et de ses dépendances.

Développement des Membranes cérébrales.

La dure-mère se trouve , dans les premiers mois, confondue avec le péricrâne et avec la membrane moyenne où doivent bientôt se développer les germes osseux. Une vésicule , purement membraneuse , forme alors les parois du crâne, tandis que déjà à sa base il y a des portions cartilagineuses très-étendues. Je n’ai point disséqué des têtes à cette époque ; mais lorsque déjà l’ossification a envahi des portions étendues de la voûte , il reste encore de grands intervalles complètement membraneux , et où l’on peut voir la disposition primitive. 11 est facile par là de se convaincre que, quoique adhérente à la membrane qui doit s’ossifier , la dure-mère n’est point identifiée avec elle , et quelle peut s’en séparer : cependant l’union est beaucoup plus intime que quand l’os est formé j cola est même extrêmement remarquable.

DU CEtWEAU ET DE SÈS DEPENDANCES.' ' l3l

Dès que l’ossification s’est emparée d’un point quel-1 conque, l’ adhérence y devient beaucoup moindre.

A la naissance , les fontanelles qui restent présentent encore , par rapport à la dure-mère , des traces de l’état existant complètement dans le crâne , les premiers mois. Cette membrane y est plus adhérente qu’ailleurs. Même disposition dans les sutures , au niveau desquelles il y a un double moyen d’union , savoir , le reste de la membrane qui est encore intermédiaire aux bords osseux , et les prolongemens vasculaires et fibreux qui vont au péricrâne. Dans l’adulte , le premier moyen disparoît : aussi l’adhérence est-elle bien moindre au niveau des sutures que chez le fœtus.

A la base du crâne , par-tout où il y a des portions cartilagineuses, comme aux apophyses clinoïdes, sur l’apophyse crista-galli , etc. , l’adhérence de la duremère est beaucoup plus grande chez le fœtus que là où les os se sont déjà développés. Sur toutes les sutures on fait la même observation ; outre cela , il y a des points que l’ossification n’a pas encore envahis , et que remplissent alors des prolongemens de la duremère : telle est la profonde excavation située au-dessous du canal vertical Supérieur , l’orifice , plus considérablement évasé que par la suite , de l’aqueduc du

vestibule , etc Toutes ces circonstances unissent

tellement alors la dure-mère à la base du crâne , qu’il est presque impossible de les séparer.

Dans 1 intérieur du canal vertébral , cette membrane est libre comme par la suite , complètement isolée des vertèbres , et étrangère par conséquent à leur développement.

l3a APPAREILS DES SENS INTERNES.

Quant à la structure de celle membrane , mince et transparente dans les premiers temps , elle n’offre aucune trace sensible de fibres. Son organisation

semble homogène dans le crâne à celle de la couche supérieure dans laquelle les points osseux doivent se développer. C’est vers l’époque de la naissance qu’on commence à apercevoir quelque disposition fibreuse , d’abord dans la faux cérébrale, puis dans la tente du cervelet , enfin à la surface de la totalité de la membrane. Les fibres se prononcent davantage au niveau des endroits ossifiés , qu’au-dessous de ceux encore membraneux, comme les fontanelles.

La résistance de cette membrane est déjà très-considérable alors, on la rompt avec difficulté. J’ai eu occasion de l’irriter souvent sur de très-jeunes animaux , dans diverses expériences qui avoient un autre but : elle ne m’a point paru plus sensible que par la suite.

Les vaisseaux qui passent par les sutures pour pénétrer la dure-mère sont alors beaucoup plus nombreux que dans les âges suivans : de là, plus de sang épanché lorsqu’on enlève la calotte du crâne. A la surface interne des pariétaux , des temporaux , du coronal, de l’occipital , etc. , par-tout , en un mot, où la membrane est appliquée sur une surface osseuse, ces vaisseaux qu’on déchire fournissent aussi un suintement plus marqué , mais jamais très-sensible.

Telle est , h? cette époque , l’extrême ténuité de l’arachnoïde , qu’il est presque impossible de la suivre. La comparaison d’une bulle de savon peut exprimer son état dans, les endroits où elle est libre par ses r ■ A la surface interne de la dure-mère, die est ;.ius dense , on la sépare même avec plus

de facilité que clans les âges suivans. Chez plusieurs sujets on en enlève, avec un peu de précaution , des lambeaux assez considérables : quelquefois , comme cliez l’adulte , quelques fibres y restent alors attachées, maison l’en distingue facilement.

C’est surtout chez les hydrocéphales où l'épanchement est consécutif à une inflammation chronique de cette membrane , qu’on la distingue avec une extrême facilité , et sur le cerveau , et sur la dure-mère. J’ai déjà vu plusieurs cas avec cette disposition ; mais je n’en connois point où celte inflammation chronique se soit propagée jusque sur la membrane des ventricules.

L’arachnoïde est sensiblement plus humectée do sérosité à cet âge que dans le suivant. Sur plusieurs fœtus , on en trouve un peu d’accumulée au bas des ventricules latéraux du cerveau , tandis que , chez l’adulte , elle n’est jamais, dans l’état ordinaire , que sous forme de rosée : cette accumulation n’est pas cependant constante.

A voir, d’une part , lé volume proportionnellement très-considérable des troncs cérébraux , artériels et veineux ; d’une autre part , le nombre dei capillaires qui pénètrent la substance cérébrale , et qu’on divise en l’incisant , nombre bien plus grand que par la suite , on croiroit que la pie-mère , intermédiaire aux uns et aux autres , doit être beaucoup plus développée à proportion que les deux membranes précédentes. Cependant elle ne les surpasse point sous ce rapport ; elle m’a paru même souvent moins rouge que chez l’adulte, dans des sujets dont les sinus étoient remplis d’une quantité considérable

Î54 APPAREILS DES SENS INTERNES.' de sang très-noir, fluide et visqueux , comme il l’est toujours dans les veines du fœtus. D’autres fois la rougeur est assez sensible , car il y a des variétés sous ce rapport ; ce qui me fait croire que le genre de mort peut contribuer à l’état sous lequel se présente celte membrane.

Ses prolongcmens intérieurs , la toile clioroïdienne , les plexus choroïdes , sont proportionnés à elle : peu gorgés de sang dans certains cas , ils le sont plus dans d’autres.

Les granulations ne sont point sensibles ; elles ne le deviennent que dans les âges suivans.

J’ai dit que la membrane propre de la moelle vertébrale , quoique décrite avec la pie - mère par les auteurs , en est cependant très - distincte par sa résistance , sa densité et sa nature intime. Cette différence n’est pas moins frappante chez le fœtus : tandis que les lames cellulaires de la pie-mère sont chez lui à peine sensibles , tant est grande leur ténuité, qu’elles se rompent avec une extrême facilité, l’enveloppe de la moelle est déjà très-résistante ; elle donne même à ce prolongement médullaire une consistance apparente très-marquée ; il se soutient de luimême tant qu’il en est revêtu , tandis qu’il s’affaisse et présente une extrême mollesse dès que cette enveloppe est incisée. Cette densité de la membrane propre de la moelle va toujours en croissant de haut en bas. Elle laisse, sous l’occipital, toute sa mollesse au prolongement médullaire, et le rend très-ferme à son extrémité renflée.

Le ligament dentelé est développé proportionnellement à celle membrane.

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. l5 5

Développement des diverses parties de la Masse encéphalique.

Le volume proportionnellement plus grand de cette masse chez le fœtus , porte spécialement sur la partie supérieure du cerveau, et sur toute cette substance corticale et médullaire qui entoure les ventricules, et qui extérieurement correspond à la voûte du crâne. Les ventricules eux-mêmes , et les éminences qu’ils renferment sont bien aussi proportionnellement plus prononcés que par la suite, mais moins que celte convexité cérébrale : il en est de même de la protubérance et du cervelet; en sorte que le rapport de grandeur entr’eux et le cerveau n’est pas exactement le même que par la suite : ils paroissent plus petits à proportion. Ces rapports de développement coïncident avec ceux qu’on observe dans la cavité osseuse du crâne. En effet , la base de cette cavité est bien moins grande chez le fœtus, comparativement aux âges suivans , que la voûte , disposition qui peut tenir à ce que celle-ci n’est qu’à moitié ossifiée , tandis que l’autre est beaucoup plus avancée.

Quoi qu’il en soit, ce grand développement de là partie supérieure et convexe du cerveau ne supposa pas , dans le fœtus de l’enfant , un développement proportionnel et correspondant des fonctions cérébrales. En effet , celle partie supérieure est bien moins liée que l’inférieure, que le cervelet et la protubérance à ces fonctions : aussi observez que la plupart des crétins ont la tête très-saillante en haut et ties-aplatie transversalement, comme le remarqua ï'ôdéré. M. Pinel a aussi observé que, dans plu-

’i36 aïpaheii/S des sens internes.

sieurs idiots , le diamètre perpendiculaire prédominent sensiblement sur les autres, sur le transversal surtout ; ce qui annonce un excès de développement dans la partie supérieure du cerveau , dans cette portion corticale et médullaire moins liée que lo reste de l’organe à ses fonctions , qu’on a vues un grand nombre de fois se continuer avec des plaies , des suppurations , des meurtrissures , des déchirures , etc., intéressant cette portion supérieure, tandis que ces memes fonctions cessent dès que la partie inférieure est altérée.

Tous ces faits doivent être visiblement rapprochés? du mode de développement du cerveau. Cependant? il est à présumer que , chez l’enfant , le volume de cet organe , par-tout plus prononcé que par la suite , quoiqu’il y ait des différences dans ses diverses parties, influe sur la sensibilité plus marquée et sur la tnotilité plus vive qui sont l’apanage de cet âge.

Le tissu cérébral diffère beaucoup chez le fœtus de ce qu’il sera par la suite. Sa mollesse est extrême dans les premiers mois, où il appartient plutôt à la classe des fluides qu’à celle des solides , sous le rapport de la consistance ; mais quand on considère son intérieur, le grand nombre des vaisseaux qu’il reçoit y annonce l’organisation la plus prononcée. Je crois qu’il est peu de parties où celle disposition vasculaire soit plus marquée. Quand on coupe le cerveau ■par tranches, chaque coup de scalpel intéresse une multitude de ces vaisseaux, dont le sang s'écoule fréquemment, tandis qu’ds n’oflrent que des stries rougeâtres chez l'adulte, stries bien moins nombreuses.

Non-seulement, comme je l’ai dit dans Y Anatomie générale, les deux substances corticale 'et médullaire sont peu distinctes, à cause de la couleur grisâtre ou plutôt rougeâtre de la seconde , couleur due au grand nombre de vaisseaux sanguins qui la parcourent; mais j’ai observe, sur plusieurs sujets, que la première est sensiblement plus blanche quelle. Une section faite aux lobes cérébraux montre quelquefois sensiblement une bordure blanchâtre , correspondant aux circonvolutions et anfractuosités divisées , bordure qui doit être un jour grisâtre ; d’autres fois la différence est peu sensible entre ces deux substances.

Ce phénomène est remarquable chez le foetus , non-seulement dans la partie supérieure du cerveau, mais encore par-tout où les- deux substances se trouvent entremêlées. J’ai examiné exactement les corps striés , les couches optiques , les cornes d’Ammon , les éminences digitales : point de différence très-sensible dans leur apparence extérieure. Là où la substance médullaire existe seule, comme dans le corps calleux, la voûte à trois piliers, etc., elle est rougeâtre comme par-tout ailleurs , mais jamais

anche comme par la suite.

La distinction entre ces deux substances est tin peu plus marquée dans le cervelet, où l’arbre de vie commence à paroîire , quoique encore très-confu-. sement. La disposition marbrée de la protubérance , qui étoit nulle encore au septième ou huitième mois , commence à se marquer un peu à l’époque de la naissance. Je n’ai point trouvé à cette époque, et meme tin peu au-delà , 1a substance noirâtre qui so

trouve dans les prolongemens antérieurs de cette protubérance ; ce n’est que lorsque ces prolongemens ont déjà une certaine consistance qu’elle commence à se former.

Chez les fœtus que j’ai eu occasion d’examiner à l’époque de la naissance, et même un peu avant, j’ai trouvé la substance grisâtre qui occupe le milieu de la moelle vertébrale déjà très-sensible et très-distincte , surtout vers le renflement inférieur de ce prolongement.

J’ai indiqué, dans l’ Anatomie générale , quelques détails sur l’action des réactifs auxquels on soumet le cerveau du fœtus , action un peu différente dans ses résultats de celle qu’on observe chez l’adulte.

Sii. État du Cerveau dans les âges suivans.

A mesure que l’on avance en âge, le cerveau prend peu à peu des caractères bien différens de ceux qu’il a chez le fœtus et l’enfant.

La dure-mère cesse d’avoir des connexions aussi intimes par sa surface externe, à cause de l’ossification successive de toutes les parties de la cavité crânienne ; ce n’est plus que sur les sutures qu’elle adhère beaucoup : aussi plus celles-ci s’effacent par les progrès de l’ossification , plus il est facile d’enlever sans résistance la calotte du crâne. Chez le vieillard, on n’éprouve aucune difficulté ; elle se détache au moindre effort d’un levier placé entre les bords de la section circulaire faite par la scie ou par la pointe du marteau , tandis que ce soulèvement est impossible chez le fœtus.

Celle membrane s’ossifie assez souvent , mais son

DU CERVEAU ET DE SES DEPENDANCES. 1 ~Ç) ossification n’est point , comme dans les artères , un efl'et naturel de l’âge ; elle arrive aussi souvent chez; l’adulte que chez le vieillard. J’ai indiqué , à l’article de l’arachnoïde , comment elle se forme et le siège qu’elle occupe.

L’arachnoïde et la pie-mère vont toujours en se prononçant davantage. Cette dernière offre chez le vieillard une rougeur qui contraste et avec le peu de sang qu’on trouve dans les sinus , à moins que le genre de mort n’y en ait accumulé , et avec le petit nombre de stries vasculaires de la substance médullaire. J’ai indiqué un contraste inverse chez le foetus.

Les granulations cérébi’ales ont aussi un dévelop» peinent et surtout une densité qui suivent la raison directe de l’âge. -

A mesure que l’accroissement se fait , la substance cérébrale prend de plus en plus de la consistance ; cependant elle conserve jusqu’à la quinzième oti seizième année une mollesse qui fait que, jusqu’à cet %e > Je cerveau est très-peu propre aux dissections nécessaires à l’étude de cet organe.

Chez le vieillard , la consistance cérébrale est portée au plus haut degré. Lorsqu’on l’examine à cet âge , comparativement à ce quelle est chez le fœtus , on voit que la différence est très-grande ; alors aussi les

vaisseaux sont sensiblement diminués dans cette suitt % ' stance : il y pénètre une quantité de sang proportionnellement moindre, de plus de moitié, que chez le fœtus. Diminution de vaisseaux et augmentation de consistance , c est donc un double caractère essentiel à cet âge dans le cerveau, qui est, à cause de cela,' très-favorable aux dissections.

l4o APPAR. DES SENS INTERNES. DU CERV. , CtC.

Les deux substances corticale et médullaire sont alors caractérisées le plus possible. Les nuances de la première sont marquées au plus baut point dans | la couche optique, les corps striés, les cornes d’Am- ] mon , et dans celte portion de la partie inférieure du 1 1 ventricule moyen qui donne origine à la lige pituitaire , etc. , portion dont l’aspect extérieur et meme j l’organisation ne sont point exactement les mêmes J qu’ailleurs. Ces nuances éloient absolument impos- j ■sibles à saisir chez le foetus , où à peine distinguet-on l’apparence générale de la substance corticale de «celle de la médullaire , comme je l’ai dit. Pendant l’accroissement , et chez l’adulte , elles se sont successivement plus prononcées. La substance corticale «st surtout plus grise et comme terne.

Je ne m’étendrai pas plus long-temps sur le développement du cerveau ; je renvoie aux considérations que j’ai présentées sur ce poùat dans le système nerveux de la vie animale.

appareils conducteurs

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