‹ Traité d'anatomie descriptiveChapitre 56 sur 161 · DU CORPS VITRÉ · texte numérisé non relu

DU CORPS VITRÉ

10°. Du Corps vitre et de la Membrane hyaloïde

1877. Le corps vitré est une masse molle , parfaitement transparente, tremblante comme une gelée, occupant les trois quarts postérieurs de la cavité du globe de l’oeil. lia une figure sphérique; mais il offre une dépression trèsmarquée en devant pour loger le crystallin. Il est revêtu dans presque t ouleson étendue par la rétine , avec laquelle il ne contracte point d'adhérence , en sorte qu’il n’est lié au reste de l’œil que par la branche moyenne de l’artère centrale du nerf optique , qui le traverse pour aller se ramifier dans la moitié postérieure de la capsule du crystallin. Sa translucidité et sa limpidité n’éprouvent point d’altération par les progrès de l’âge ; mais dans le fœtus il a une teinte rougeâtre.

Le corps vitré est composé de deux parties distinctes ; l’humeur vitrée et la membrane hyaloïde.

1878. L 'Humeur vitrée se délaie bien dans l’eau, et a l’apparence d’une solution de gomme dans ce liquide. L’ébullition ne la coagule point: seulement elle lui communique une légère teinte opaline, effet que produisent aussi l’alkohol et les acides concentrés. M. Nicolas a trouvé sa pesanteur de 1,0009. Elle est un peu plus dense par conséquent que l’humeur aqueuse; mais elle paroît du reste, considérée chimiquement, contenir les mêmes principes que celle-ci (1867). En la laissant exposée à l’air libre , elle se putréfie également.

La quantité de cette humeur est proportionnée au volume du corps vitré; elle n’est guère moindre de 100 grains, et souvent elle monte au-delà.

T^79‘ Ea Membrane hyaloïde , excessivement mince et transparente, constitue un amas de cellules d’une forme et d’une grandeur qu’il est bien difficile de déterminer , et

10 r’*M vitrum, ei Moi ,Jigura , forma.

dans lesquelles se trouve renfermée l’humeur vitrée. Elles communiquent toutes entre elles , de manière qu’en faisant une seule ouverture à la membrane hyaloïde on procure l’entier écoulement de l’humeur.

Au niveau de l’entrée du nerf optique dans l’œil , la membrane hyaloïde se réfléchit sur elle-même, pour former un canal qui traverse directement d’arrière en avant le corps vitré.

Au niveau des procès ciliaires, vers le contour du crystallin , cette membrane se divise en deux lames : l’une passe devant la capsule de ce corps , et l’autre tapisse la concavité qui le reçoit en arrière. Il résulte de leur écartement un espace delà forme d’un prisme circulaire à trois pans, complété par la circonférence du crystallin. C’est cet espace vide qu’on appelle Canal godronné ou goudronné, ou Canal de Petit ; il est plus large du côté de la tempe que vers le nez, et on en peut bien démontrer l’existence par l’insufflation. Les deux lames qui le forment sont tout-à-fait contiguës ; l’antérieure offre des stries correspondantes aux procès ciliaires ; elle est également traversée par des espèces débridés rayonnées , qui la font paroître toute boursoufflée lorsque le canal est distendu , et comme composée d’une rangée de conduits placés de distance en distance , à des intervalles réguliers.

1880. La structure de la membrane hyaloïde est encore peu connue : elle reçoit des branches de lartete centrale de la rétine. Elle se racornit par l’action du feu et par celle des acides concentrés.

1881. Aucune partie de cette membrane n’est aussi dense et aussi épaisse que la portion qui forme Je chaton destiné à recevoir le crystallin. Il n’y a , du reste, aucune adhérence dans ce point entre la membrane hyaloïde et celle du crystallin •, elles sont egalement lisses, et leur contiguïté est entretenue par une sorte de rosée qui en lubrifie les surfaces.

ARTICLE SECOND

De l'Oreille et de ses Dépendances , ou de l’Organe de V Audition.

A. De l'Oreille externe.

Du Pavillon de V Oreille {Oricide , C haussier ; Pinna auriculœ).

a. Conformation générale.

1882. Il occupe de chaque côté la partie latérale de la tête, placé derrière les joues, au-dessus de la tempe, au-devant de 1 apophyse mastoïde. Sa grandeur varie suivant les individus , de même que sa forme, qui est fort irrégulière, mais qu’on peut cependant, d’une manière générale , rapporter à celle d’un ovale dont le grand diamètre seroit vertical et dont la grosse extrémité seroit tournée en haut. Recourbé en divers sens, comprimé de dehors en dedans , il est libre en haut, en bas et en arrière 5 mais

en avant et en dedans il se continue avec les parties voisines.

i883. La face externe du pavillon de l’oreille, ordinairement un peu tournée en avant, présente plusieurs saillies et enfoncemens notables , qui sont, de haut en bas : 1 . L Hélix , sorte de repli ou de bourrelet à - peu - près demi -circulaire, qui commence vers Je milieu du pavillon, au-dessus du conduit auditif, et au «entre de la conque; il se porte d’abord en avant, puis en haut, et il se recourbe en arrière pour redescendre à la partie postérieure de la circonférence du pavillon, qui se trouve ainsi embrassée en grande partie par lui. Assez peu saillant et étroit a ses extrémités, l’hélix offre une largeur remarquable à sa partie moyenne ; son extrémité inférieure, qui semble bifurquée, se continue en devant avec une autre éminence

a56 ORGANES DE LA SENSIBILITÉ,

appelée anthélix , et en arrière avec le lobule de l’oreille, dont nous allons parler.

2°. La Rainuie de l'hélix , expèce de sillon plus ou moins profond, plus ou moins rétréci, qui commence dans la conque , suit tout le trajet de l’hélix en dedans et audessous de lui , et se termine vers la branche antérieure de sa bifurcation inférieure.

3°. L 'anthélix, éminence qui a son principe dans la rainure précédente, au-dessus de la conque, par une extrémité bifurquée, dont l’une des branches est supérieure, large , obtuse et oblique , et l’autre inférieure , étroite , plus saillante et horizontale. Toutes deux se réunissent ensuite pour former une seule saillie plus épaisse, mais moins longue que l’hélix, laquelle décrit une courbe dont la concavité est tournée en avant et en bas, et se termine, en s’amincissant, en arrière et au-dessus de l’anti-tagrus , dont elle est séparée par une légère échancrure.

4°. La Fosse naviculciire ou scaphoïde. C’est l’enfoncement superficiel qui sépare les deux racines de l’anthélix.

5°. Le Tragus , sorte de petit mamelon placé au-devant de l’orifice du conduit auriculaire, qu’il semble cacher. Sa forme est plate et irrégulièrement triangulaire-, sa base se continue en haut et en bas avec le reste du pavillon ; son sommet est tourné en arrière et en dehors; son bord supérieur est séparé du commencement de l’hélix par une échancrure.

6°. L ' Anti-tragus, autre mamelon plus petit que le précédent , situé vis-à-vis de lui en arrière , et au-dessous de l’anthélix. Il est conique; son sommet est tourné en haut et en avant.

7°. La Conque , cavité profonde, limitée en arrière par l’anlhélix, partagée en deux portions inégales par l’hélix, bornée en devant par le tragus , et en bas par l’anti-tragus. Sa portion supérieure, plus étroite et allongée transversalement, se continue avec la rainure de l’hélix; l'inférieure,,

ORGANISATION DU PAVILLON DE l’oRLILLE. 2$J

plus large, comme triangulaire, se continue en devant et en dedans avec le conduit auriculaire.

8°. Le Lobule, éminence molle, arrondie, d’une grandeur variable, qui termine inférieurement la circonférence du pavillon de l’oreille , et qu’on a coutume de percer pour y suspendre des anneaux.

1884. La face interne du pavillon de l’oreille est inclinée en arrière; elle offre des éminences et des cavités disposées en sens inverse de celles qu’on remarque sur l’externe, a 1 exception du tragus et de l’anti-tragus , qui n’ont nen ici qui leur corresponde. Libre dans une grande partie de son étendue , et séparée de la tête par un intervalle plus ou moins marqué, elle se continue au-devant avec la région temporale.

b. Organisaiion dn Pavillon de l'Oreille.

1885. De la Couche dermoïde. La peau de celte région présente une grande finesse, particulièrement au niveau des differens replis. Parsemée d’un grand nombre de follicules sébacés , elle est assez adhérente au fibro-eartilage dont elle est séparée par un tissu cellulaire serré, qui ne contient presque point de graisse , et elle forme à elle seule le lobule. Celui - ci est d'ailleurs rempli par un amas de graisse tres-fine, renfermee dans des cellules fort étroites Au sommet et sur la face interne du tragus , elle est garnie depoils plus ou moins longs et plus ou moins nombreux, suivant les sujets ; ils parussent destinés à empêcher l’introduc-

n°“ d"nS l!0rej1îe deS corPUscules qui voltigent dans l’air.

1 b. Du I ibro-camlage du pavillon de l'oreille. C’est lui qui , par son élasticité et sa consistance, détermine les formes de a partie , et en fait véritablement la base. On y voit toutes les éminences et les cavités que nous avons décrites, avec cette différence qu’elles sont bien plus prononcées que lorsque la peau est encore appliquée sur lui :

J présente de plus une légère saillie sur l’hélix, au-dessus

^58 organes de la sensibilité.

du tragus, et, entre ces deux parties, il est coupé par une scissure que remplit un ligament, en sorte que la portion qui appartient au tragus est séparée du reste. Il éprouve encore une pareille interruption ou incisure entre l’antitragus et les extrémités réunies de 1 hélix et de 1 anlhelix , laquelle est pareillement remplie par une substance fibreuse. En bas , ce fibro-cariilage ne se prolonge en aucune façon dans le lobule; mais en dedans il se continue avec le conduit auriculaire, comme nous le dirons.

Ce fibro-cariilage, analogue à ceux des ailes du nez , de la trachée-artère, etc. , a un tissu très-fin , une teinte d’un blanc jaunâtre, et une grande flexibilité. Il est recouvert par un périchondre, et percé de plusieurs ouvertures pour le passage de vaisseaux sanguins.

1887. Des Ligamens du pavillon de l'oreille. Ces ligamens , qui servent à fixer le fibro-cartilage à la partie latérale de la tête, sont au nombre de trois : l’un, supérieur, attaché derrière la conque, au haut de la convexité qu’elle présente en ce sens, va se terminer en s élargissant à l’aponévrose épicranienne ; un autre, antérieur, part de la base du tragus et de la région voisine le l’hélix, pour aller s’implanter à l’apophyse zygomatique, au-dessus de l’articulation temporo - maxillaire; le troisième, postérieur, va de la convexité de la conque s’implanter à la base de l’apophyse mastoïde. Tous les trois, au reste , sont plutôt celluleux que fibreux; ils sont entremêlés un peu avec les fibres charnues des muscles de la région auriculaire (870).

1888. Des Muscles du pavillon de l'oreille. Ils sont de deux sortes : les uns, qui ont déjà été décrits (870), servent aux mouvemens generaux de la partie; les autres , dont nous allons parler, sont placés en divers points du pavillon, sur son fibro-cartilage; ils sont toujours fort peu marqués; souvent il en manque un ou plusieurs; quelquefois même on n’en rencontre aucun. Ils déterminent des mouvemens partiels de rapprochement ou d’éloignement

»u conduit auriculaire. 25q

entre les diverses régions de l’organe. Au nombre de cinq ordinairement, on les désigne sous les noms de

i°. Muscle du tragus (M. tragien, Chauss.). Assez large, fort apparent, plus constant que les autres, triangulaire ?, il recouvre presque entièrement la face externe du tragus *

naissant de la base et se terminant au sommet de cette éminence.

2 ‘ Musclc de lanti-tragus (M. anti-tragien , Chauss.). Moins large, mais plus épais que le précédent et aussi constant que lui, il occupe l’intervalle qui sépare l’antitragus de l’anthélix : ses fibres sont obliques. En devant , il est recouvert par la couche fibreuse dont nous avons parlé (1886), et en arrière il répond à la peau.

3°. Grand Muscle de l'hélix (M. grand hélicien , Ch.), .ong et grêle, il recouvre, dans l’espace de quelques lignes, 1 origine de l’hélix au-dessus du tragus. II est oblique en devant , et plus mince dans ce sens qu’en arrière 4°. Petit Muscle de l'hélix (M. petit hélicien , Chaos.). Très - mince, manquant le plus souvent, il est bien plus grêle que le précédent, et se trouve placé au-dessous et en arrière de lui, sur la saillie de l’hélix qui divise la conque en deux parties.

5°. Muscle transversal (M. transverse de l'oricule. Ch.). Placé derrière le pavillon de l’oreille, il naît de la convexité de la conque, et va se perdre sur la saillie que forme postérieurement la rainure de l’hélix. 11 est souvent partagé en trois ou quatre faisceaux distincts.

2°. Du Conduit auriculaire ( Conduit oriculaire , Chauss.,- M éatusauditorius ) .

a. Conformation geWrale.

1889. Placé entre l’articulation temporo - maxillaire et apophyse mastoïde, ce conduit s’étend depuis le fond de a conque jusqu à la caisse du tympan, dont il est séparé

par la membrane du même nom. Sa longueur, qui est d’environ dix à douze lignes chez 1 adulte , est toujours un peu plus grande inférieurement que supérieurement. Sa direction est oblique de dehors en dedans et d’arrière en avant; mais il est courbé dans le sens de sa longueur, de manière à présenter une convexité en haut et une concavité eri bas. Plus large à ses extrémités qu’à sa partie moyenne, il offre une coupe transversale elliptique. Son extrémité interne est limitée par la membrane du tympan, oblique de haut en bas et de dehors en dedans, et c’est de là que dépend l'étendue plus marquée de sa paroi inférieure.

b. Organisation.

1890. Le conduit auditif est formé par une portion osseuse qui appartient au temporal, par un prolongeaient du fibro-earlilage de la conque , et par une sorte de membrane fibreuse; la peau du pavillon se continue dans son intérieur et le tapisse. Sa portion osseuse a déjà été décrite ( 1 63) : nous ne nous occuperons donc que des autres parties qui concourent à sa composition.

1891. Du Fibro- cartilage. C’est une lame assez large, triangulaire , dont la base se continue avec celle du tragus ( 1 883, 5°.), et avec la partie antérieure et inférieure de la conque. Recourbé irrégulièrement de bas en haut et d’avant en arrière, il ne décrit point un cercle entier, et forme une portion de conduit que complète une membrane fibreuse , et qui est moins longue chez 1 adulte que la portion osseuse. Son extrémité interne se prolonge inférieurement en pointe et ne tient au temporal que par un tissu fibreux.

Près du tragus, ce fibro - cartilage présente une fente transversale ; on en observe une semblable un peu plus loin; quelquefois même, mais rarement, il en existe une troisième. Ces fentes , qu’on nomme les Jncisures de San-

» U CONDUIT AURICULAIRE. 2gr

torini, n’occupent qu’une portion de l’étendue de la lame fibro - cartilagineuse, et sont remplies par un tissu cellulaire fibreux; quelquefois aussi elles offrent des fibres charnues; mais on ne peut considérer celles ci comme formant un muscle à part, ainsi que l’ont prétendu quelques anatomistes.

1892. De la P or lion fibreuse. Elle réunit en haut et en arrière les deux bords du fibro - cartilage, et complète le conduit dans cet endroit. Quelquefois elle est fort peu apparente; mais elle se prolonge toujours entre le fibro-cartilage et le contour du conduit auriculaire osseux, et les lie l’un à l’autre.

1893. De la Peau du conduit auriculaire. C’est un prolongement de celle qui revêt le pavillon de l’oreille. Offrant d abord la même teinte et la même épaisseur que celle-ci , elle perd de sa blancheur et de sa force à mesure quelle approche de la membrane du tympan , sur laquelle elle se réfléchit en formant une espèce de cul-de-sac. Un petit duvet très-fin la recouvre dans toute son étendue, et a son origine elle est garnie de poils assez longs et fort apparens. Elle présente une grande quantité de porosités, qui sont les orifices excréteurs des glandes cérumineuses. Elle adhère très-foiblement aux parties subjacentes , et leur est unie par un tissu cellulaire lamelleux : cependant son adhérence est plus marquée dans l’endroit où elle revêt la portion osseuse, et surtout en bas; mais elle se détache sans aucun effort de la membrane du tympan.

1894. Des Glandes cérumineuses. On les rencontre audessous de la peau , dans le tissu cellulaire, en haut et en arrière du conduit auriculaire, dans l’endroit où le fibrocartilage n’existe point. Elles ont une forme sphérique ou ellipsoïde, une couleur orangée, et une densité assez remarquable. Chacune d’elles a un orifice excréteur spécial qui s ouvre dans le conduit et y verse le cérumen. Leur structure intime est au reste fort peu connue.

1895. Le Cérumen est une humeur jaune, épaisse, huileuse, très-amère, dissoluble en partie dans l’eau sous JA forme d’une émulsion, peu altérable à l’air, non putrescible , non attaquable par l’alkohol. Celte humeur est susceptible de s’enflammer 5 mise sur un charbon allumé , elle se boursouffle promptement et exhale une fumée épaisse, d’une odeur ammoniacale et légèrement aromatique. Le charbon qui forme le résidu est trop peu abondant pour être analysé. M. Vauquelin pense que trois substances forment la base du cérumen : une huile grasse , un mucilage animal albumineux , une matière colorante.

1896. Les artères de l’oreille externe sont fournies par les branches auriculaire postérieure , temporale et stylomastoïdienne. Ses veines leur correspondent exactement. Ses vaisseaux lymphatiques se rendent dans les ganglions situés derrière la branche de la mâchoire et sur la face externe du muscle sterno-cléido-mastoïdien. Ses nerfs sont fournis par les nerfs temporal superficiel ( 1 564) , et auriculaire postérieur (^72), par les rameaux temporaux du facial (1577), et mastoïdien (16^7) et auriculaire (i638) du plexus cervical.

B. De l'Oreille moyenne ou Tympan (1).

, 0 De la Cavité du Tympan dépouillée de ses parties molles.

1897. Le tympan est une cavité d une forme irrégulieie et difficile à déterminer, creusée dans la base du rocher 5 entre le conduit auriculaire et l’oreille interne proprement dite ou labyrinthe , au-dessus de la fosse glénoïde , audevant de l’apophyse mastoïde et de ses cellules , cl derrière la trompe d’Euslachi. Sa largeur est peu marquée ^ mais elle est susceptible d’éprouver des variations à cause des

(1) Ti ïfATTAvov, caisse de tambour .

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