ARTICLE QUATRIÈME
De la Langue, ou de l'Organe de la Gustation r A. Conformation générale .
ig63. La langue, organe principalement musculaire et très-mobile, symétrique , placé dans l’intérieur de la bouche, depuis l’os hyoïde et l’épiglotte jusque derrière les dents incisives, sert spécialement, mais non uniquement, à nous procurer la sensation des saveurs , car elle concourt en outre aux actes de la succion , de la mastication , de la déglutition , de la prononciation et de l’expuition.
1964* 1. a grandeur de la langue est très-variable. Sa forme est celle d’une pyramide aplatie de haut en bas, arrondiesur ses angles, et terminée en devant par une pointe mousse : on lui dis.ingue deux faces , deux bords et deux extrémités.
1965. Face supérieure , ou Dos de la Langue. Entièrement libre, presque plate , recouverte par la membrane muqueuse de la bouche, elle est comme divisée en deux moitiés latérales par un sillon léger et superficiel, à l’extrémité postérieure duquel , près de la base de la langue , on trouve un enfoncement considérable, de forme variable, et qu’on nomme le Trou borgne de la langue ( Foramen cæcum; Lacune de la langue , Chauss. ). Chez quelques sujets , ce trou manque-, mais , dans d’autres, il a plusieurs lignes de profondeur. C’est dans son intérieur que viennent s’ouvrir les conduits excréteurs des follicules muqueux placés dans le voisinage. De ses côtés partent deux lignes, variables dans leur forme, mais qui se portent constamment en devant en divergeant , de manière à représenter un V
2Ç)4 organes de la sensibilité.
dont le sommet seroit tourné en arrière : ces deux lignes sont formées par des follicules muqueux. Le reste de celle face présente un grand nombre de papilles dont nous exposerons la structure.
1966. Face inférieure de la langue. Elle est libre et revêtue par la membrane muqueuse de la bouche dans son tiers antérieur et sur ses côtés ; mais, au milieu et en arrière , elle tient à l’os maxillaire inférieur au moyen des muscles génio-glosse6, et à l’os hyoïde à l’aide des hyoglosses. On remarque à sa partie moyenne un sillon longitudinal qui sépare deux saillies obiongues formées par les muscles linguaux.
1767. Bords de la langue. Epais en arrière, minces en devant , ils sont arrondis dans toute leur étendue , et offrent supérieurement des stries étroites et verticales , qui, parallèles entre elles , vont se continuer avec les papilles de la face dorsale.
1968. La Pointe de la langue , ou son extrémité dentaire, est arrondie et libre : sa largeur varie beaucoup suivant les individus. — La Base de la langue , ou son extrémité hyoïdienne , se continue avec l’épiglotte et les piliers du voile du palais; très-épaisse au niveau du trou borgne, elle s’amincit ensuite peu à peu en s’approchant de l’os hyoïde , en sorte que cet organe est plus mince que par-tout ailleurs au moment où il se fixe sur lui.
B. Organisation de la Langue.
1969. Portion charnue ou musculaire. Elle forme la plus grande partie de l’organe , et est composée des fibres des muscles stylo-glosses , hvo-glosses, génio-glosses , dont nous avons indiqué la disposition , et de celles d’un corps qharnu intrinsèque , lequel offre en bas et de chaque côté deux plans parallèles qu’on a nommés les muscles linguaux (981). Tous ces muscles entrecroisent leurs fibres charnues
organisation de la LANGUE. 2q5
d’une manière inextricable, et forment à la région supérieure de la langue une couche dans laquelle il est impossible de les discerner, et où elles sont entremêlées d’une foule de petits globules remplis d’unegraisse presque fluide. Cependant, sur les côtés de la langue, on distingue encore assez facilement un plan musculaire inférieur longitudinal, formé par les muscles linguaux etstylo-glosses , et un autre plan placé au-dessus de celui-ci , à fibres transversales , formé par les génio-glosses , et surmonté du tissu propre.
1970. Membrane muqueuse. x\près avoir quitté la partie postérieure de l’arcade alvéolaire inférieure , et recouvert les glandes sublinguales, la membrane muqueuse qui tapisse tout l’intérieur de la bouche se porte à la face inférieure de la langue , en formant , au niveau de la symphyse maxillaire (97 7) , un repli plus ou moins étendu , qui recouvre l’attache des muscles génio-glosses , et qu’on nomme le Frein de la langue. Il se prolonge presque jusqu’à la pointe de cet organe, et laisse voir sur ses côtés les veines ranines. Ce repli est accompagné , à droite et à gauche , par deux franges denticulées, analogues à plusieurs autres franges membraneuses qui se trouvent eu diverses parties du corps, et sur lesquelles mon ami M. Béclard se propose de publier un travail intéressant. — La membrane muqueuse s’étend ensuite de chaque côté au-dessous de la langue, et remonte sur ses bords pour s’étendre sur sa face supérieure jusqu’à l’épiglotte , où elle forme trois nouveaux replis dont nous avons parlé ( 1 384)-
1971. Tant qu’elle se trouve au-dessous de la langue, la membrane muqueuse n’offre aucune particularité d’organisation pl n’en est certainement pointdemême à la face dorsale de l’organe. Là , elle présente un épiderme mince et très-marqué , au-dessous duquel est une couche formée par l’entrecroisement de mille et mille vaisseaux, qui entourent, comme un réseau les extrémités des nerfs et les follicules muqueux , et qui donnent à la langue la teinte
rouge qui lui est particulière. Plus profondément est le chorion delà membrane , remarquable par son épaisseur et par son adhérence au corps charnu , avec lequel il semble s’identifier.
1972. A la face supérieure de la langue , la membrane muqueuse paroît en outre rendue rugueuse et inégale par l’existence d’un grand nombre d’éminences de forme et de nature diverses : ce sont elles qu’on nomme les Papilles , et qu’on distingue en
i°. Papilles lenticulaires. Leur nombre varie de neuf à quinze; elles sont disposées , à la base de la langue seulement, sur deux lignes obliques , en forme de V , et réunies angulairement au trou borgne (1966). Elles font constamment une saillie assez considérable. Leur forme est trèsirrégulière. Elles ont en général celle d’un sphéroïde ou d’un ovoïde. Elles ne pont autre chose que des follicules muqueux analogues à ceux du voiledu palais, des lèvres, etc., et qui s’ouvrent sur la langue par des orifices très-visibles , soit superficiellement , soit au fond d’un petit enfoncement particulier. Elles reçoivent beaucoup de filets des nerfs glosso-pharyngiens , et sont situées au-dessus de l'entrée de ceux-ci dans la langue.
20. Papilles jungiformes. En nombre indéterminé , mais toujours plus considérable que celui des précédentes , elles sont irrégulièrement- disséminées près des bords et de la pointe de la langue. Elles présentent une tête arrondie et aplatie, supportée par un pédicule court et étroit. Leur teinte est blanchâtre. On ignore leur véritable nature.
3°. Papilles coniques . Ce sont les plus nombreuses de toutes : elles occupent l’espace compris entre les papilles lenticulaires , les bords et la pointe de la langue. Leur arrangement est plus régulier en arrière qu’en devant* Elles ressemblent à de petits cônes qui tiennent par leur base au corps de la langue, et dont le sommet est libre. Les postérieures sont plus grosses et verticales ; les antérieures.