DIMENSIONS DU THORAX
1° Des dimensions du thorax chez l’homme.
J?ai mesuré les trois principaux diamètres de cette cavité chez vingtquatre individus dont la poitrine était régulièrement conformée ; et afin d apprécier 1 influence que la taille pouvait avoir sur leur étendue, j’ai pris soin de classer ces individus en deux séries égales, mettant d’un côté tous ceux de petite stature, de l’autre ceux de stature plus élevée.
Première série. — Dimensions du thorax chez les hommes d'une taille
de lm,54 à lm,65.
Age. Taille.
19 ans 1,54
20 ans 1,58
38 ans 1,60
60 ans 1,61
36 ans ....... 1,62
32 ans 1 ,63
35 ans 1,63
38 ans 1,63
30 ans 1,64
71 ans 1,64
42 ans 1,65
55 ans 1,65
Dimens. moyennes... 1,62
Diamètre
Diamètre
transverse.
antéro-postér.
Diamètre Diamètre
vertical postér. vertical antér* 1,1 m
Deuxieme série. — Dimensions du thorax chez les hommes d'une taille
de lm,67 à lm,78.
Âge.
Taille.
Diamètre
transverse.
52 ans
25 ans
36 ans
22 ans
21 ans
19 ans
58 ans
60 ans ......
69 ans
67 ans
76 ans
49 ans
Dimens. moyennes..
Diamètre
Diamètre
Diamètre
antéro-postér.
vertical postér.
vertical antér.
En comparant les résultats moyens de ces deux séries, on peut remarquer que dans la seconde, où la taille est plus élevée en moyenne de 10 centimètres, le diamètre transverse no surpasse le diamètre corres-
ÜSTÉÜL0G1E.
pondant de la première que de 5 millimètres, l’antéro-postérieur de 8, et le vertical de 12. C’est donc, ainsi qu’on aurait pu le prévoir, sur le diamètre vertical que la stature exerce le plus d’influence; et cependanl rallongement qu’il subit lorsque la taille s’élève ne représente en moyenne que le dixième de l’accroissement de celle-ci. Cette influence de la taille sur les dimensions du thorax est, par conséquent, bien faible. On pourrait même dire qu’elle est presque nulle pour le diamètre transverse, celui de tons qui offre les relations les plus directes avec le volume de l’appareil respiratoire, .l’avais prévu ce résultat dès le début de mes recherches. Car, pour que la capacité de la poitrine restât en rapport avec la stature, il faudrait que tous les hommes fussent exactement proportionnés; et il n’est pas nécessaire d’observer un bien grand nombre d’individus pour reconnaître que les hommes bien proportionnés forment la minorité, et les hommes mal proportionnés une majorité assez imposante. Je ne puis donc assez manifester ma surprise en voyant Hutchinson avancer que « la capacité vitale du thorax , à l'état normal , croît en proportion régulière avec la stature ».
En réunissant les deux séries d’observations qui précèdent, et en prenant pour chaque colonne la moyenne des résultats mentionnés, on constate que le diamètre transversal du thorax est de 28 centimètres, l’antéro-postérieur de 20, le vertical postérieur de 31 1/2, et le vertical antérieur de 15 1/2. Dès lors il reste établi :
1° Que le diamètre vertical postérieur est le plus long de tous, et que le diamètre vertical antérieur, ou la hauteur du sternum, en représente assez exactement la moitié ;
2° Que le diamètre antéro-postérieur reste constamment le plus petit, et que sa longueur est à celle du diamètre transverse : : 3 : 4;
3° Que chacun de ces diamètres présente des variétés individuelles assez grandes.
Ces variétés individuelles sont loin d’avoir pour tous la même importance. Le diamètre vertical postérieur étant plus étendu que le poumon, ainsi que nous le verrons, et correspondant, en outre, dans son tiers inférieur, à une partie très amincie de cet organe, ne modifie pas beaucoup la capacité de la poitrine en s’allongeant ou se raccourcissant de quelques centimètres ; dans le calcul qui a pour but d’établir cette capacité, on peut le considérer, sans s’écarter sensiblement de la vérité, comme une valeur constante. C’est donc à déterminer l’étendue des diamètres transverse et antéro-postérieur qu’il faut surtout s’attacher.
Lorsque le transverse s’élève à 30 ou 32 centimètres et l’antéro-postérieur à 22 ou 23, la poitrine présente un très beau développement.
Si le premier de ces diamètres se réduit à 26 ou 25, l’autre conservant son étendue moyenne, la cavité thoracique tend à devenir cylindrique, forme régulière encore, mais beaucoup moins avantageuse.
CONFIGURATION DU THORAX
Si, en même temps que le diamètre transverse diminue, l'antéro-postérieur augmente au point d’atteindre 24 ou 25 centimètres, elle s’aplatit sur les côtés pour faire saillie en avant. Ce mode de conformation est le plus défavorable de tous; il accuse toujours une constitution faible.
2° Des dimensions du thorax chez la femme.
Les dimensions du thorax ne sont pas moins intéressantes à connaître chez la femme que chez l’homme. J’ai procédé dans leur étude de la même manière. Voici le résultat des mesures que j’ai prises sur douze femmes âgées de vingt à quarante-six ans, et dont la poitrine offrait une conformation normale. Je donnerai seulement les moyennes :
Diamètre
Diamètre
Diamètre
Diamètre
Taille.
transverse.
anléro-postér.
vertical poste'r.
vertical antér.
Diniens. moyennes. . 1,56
En comparant ces moyennes à celles du thorax de l’homme, on peut voir que le diamètre vertical postérieur est plus court de 2 centimètres et l’antéro-postérieur de 1 centimètre et demi, tandis que le diamètre transverse a subi une réduction de plus de 3 centimètres: chez la femme$ en un mot, la poitrine est plus longue et un peu plus arrondie.
Le plus grand diamètre antéro-postérieur ne répond pas toujours à la partie inférieure du sternum. On le voit, dans quelques cas qui ne sont pas très rares, correspondre à la partie moyenne de cet os. Du reste, lorsque l’inférieur prédomine, il dépasse ceux qui sont plus élevés d’une étendue en général moindre que chez l’homme : seconde différence qu’on peut exprimer plus clairement aussi, en disant que le sternum dans le sexe féminin est moins oblique, et la partie supérieure du thorax comparativement plus large. Cette différence se trouve en harmonie avec le mode de respiration qui lui est le plus habituel. Certains individus, en effet, respirent par le diaphragme, d’autres par les côtes inférieures, et d’autres par les côtes supérieures ; de là trois types respiratoires : le type abdominal, le type costo-inférieur et le type costo-supérieur ; c’est le type costo-supérieur qu’on observe en général chez la femme.
Le cône constitué par le thorax s’élargit rapidement de la première côte à la troisième ou quatrième, puis lentement et progressivement de celle-ci à la huitième ou neuvième, et se rétrécit ensuite, mais d’une manière peu sensible. Sa plus grande circonférence répond donc à la partie moyenne de la huitième ou neuvième côte. Recouverte par les
parties molles, elle est de 80 à 84 centimètres en moyenne. Chez les individus très fortement constitués, elle peut atteindre jusqu’à 90 ou 92 centimètres; chez ceux dont la poitrine est peu développée, elle varie de 74 à 80.
En mesurant chacune de ces moitiés latérales, on peut constater si elles offrent un développement égal ou inégal. Dans le premier cas, le thorax est symétrique; dans le second, il se déforme. Woillez, qui a examiné cent soixante-quatorze malades sous ce point de vue, a reconnu :
Que le côté droit était plus développé chez 133
Que le côté gauche l’emportait chez 9
Et que les deux côtés étaient égaux chez 32
Il résulte de ces recherches qu’un cinquième à peine des individus aurait la poitrine symétrique, et que, lorsqu’elle se déforme, presque toujours c’est le côté droit qui offre le plus grand développement.
La surface externe du thorax comprend quatre régions : une région antérieure, une région postérieure et deux régions latérales.
a. La région antérieure ou sternale se dirige en bas et en avant. Elle est constituée sur la ligne médiane par le sternum, latéralement par les cartilages costaux et l’extrémité antérieure des côtes.
En procédant de dedans en dehors, cette face présente: 1° à droite et à gauche du sternum, la série des articulations chondro-sternales, au nombre de sept, d’autant plus rapprochées qu’elles sont plus inférieures; 2° la face antérieure des cartilages ; 3° la soudure de ces cartilages avec les côtes, soudures disposées sur une ligne courbe, dont la concavité regarde en dehors ; 4° l’angle antérieur des côtes qui établit les limites respectives de la face antérieure et des faces latérales du thorax; 5° enfin l’extrémité antérieure des espaces intercostaux.
b. La région postérieure ou dorsale est verticale. On remarque sur sa partie médiane les apophyses épineuses des vertèbres dorsales qui partagent cette région en deux moitiés, offrant rarement une symétrie parfaite. De chaque côté de la crête épinière se trouvent: 1° la gouttière vertébrale, dont la largeur diminue de haut en bas ; 2° la série des apophyses transverses, dont la longueur diminue aussi en descendant; 3° le col des côtes; et plus en dehors, leur tubérosité qui s’articule avec le sommet des apophyses précédentes; 4° la partie dorsale des côtes, inégale et d’autant plus longue que celles-ci sont plus inférieures ; 5° enfin au delà de cette partie dorsale, l’angle des côtes qui sépare la région postérieure des régions latérales.
c. Les régions latérales , étendues de l’angle postérieur à l’angle antérieur des côtes, s’élargissent de haut en bas, atteignent leur plus grande
CONFIGURATION DU THORAX. 359
largeur au niveau de l’appendice xiphoïde, et diminuent ensuite rapidement. Elles sont convexes d’avant en arrière, et convexes aussi de haut en bas. Les côtes au niveau de ces régions se trouvent séparées par des espaces inégaux. Le premier et le second espace offrent plus de largeur que le troisième; celui-ci l’emporte cependant sur les quatre espaces suivants; les quatre derniers au Contraire augmentent de haut en bas. Les espaces intercostaux moyens sont donc constamment les plus étroits; leur hauteur ne dépasse pas en général 12 millimètres.
En avant, ces espaces correspondent à des vertèbres situées bien audessous de celles avec lesquelles les côtes s’articulent en arrière.
Fig. 130. — 1. Partie supérieure ou poignée du sternum. — 2. Partie moyenne ou corps de cet os. — 3. Partie inférieure ou appendice xiphoïde. — > 4. Circonférence du sommet du thorax constituée, en arrière par le corps de la première vertèbre dorsale, en avant par l’extrémité supérieure du sternum, à droite et à gauche par le bord interne de de la première côte. ^ 5. Circonférence de la base du thorax, formée, en arrière par le ;corps de la douzième dorsale, de chaque côté par la douzième côte, en avant par les rebords cartilagineux et l’appendice xiphoïde. — 6. Première côte, formant avec les bords du sternum un angle obtus inférieurement. — 7. Seconde côte s’unissant au sternum à angle droit. — - 8, 8. Les cinq dernières côtes sternales, dont l’extrémité antérieure rencontre cet os sous un angle de plus en plus aigu. — 9. Les trois fausses côtes supérieures, dont la partie antérieure contribue à former les rebords cartilagineux. — 10. Les deux dernières côtes ou côtes flottantes. — 11, 11. Les cartilages costaux.
Fig. 131. — 1, 1. Apophyses épineuses des vertèbres, dorsales. — 2, 2. Gouttières vertébrales, formées par la superposition des lames. 3, 3. Série des apophyses transverscs dont le sommet s’articule avec la facette de la tubérosité des côtes. — 4, 4. Partie dorsale des côtes, recouverte d’empreintes musculaires auxquelles s’attachent les muscles spinaux. — 5, '5. Angle des côtes d’autant plus éloigné de la colonne vertébrale que la Côte est phis inférieure.
OSTÉOLÜGIE.
Le premier espace intercostal, qui est limité en arrière par le corps de la première dorsale, répond en avant au corps de la quatrième.
Le second espace, que limite postérieurement le corps de la deuxième, répond antérieurement au corps de la cinquième.
Le troisième répond en avant au corps de la sixième; le quatrième à la septième; le cinquième à la huitième; le sixième à la neuvième, etc.
En un mot, l’extrémité antérieure de ces espaces s’abaisse en moyenne de trois vertèbres au-dessous de leur extrémité postérieure. Cet abaissement devient un peu plus considérable chez les individus dont la paroi antérieure du thorax se déprime ; il tend, au contraire, à diminuer chez ceux dont la région sternale est très saillante.
D. — Configuration intérieure du thorax.
Vue intérieurement, la cavité thoracique affecte une configuration que son aspect extérieur était loin de faire pressentir. La colonne dorsale s’avançant à la manière d’un pilastre, la cloisonne dans son tiers postérieur, et semble ainsi la diviser en deux cavités plus petites, communiquant entre elles par tout l’espace compris entre le sternum et le rachis. De cette disposition il résulte:
1° Que la surface interne de la poitrine offre la figure d’une circonférence, dont la partie postérieure serait assez rentrante pour se rapprocher plus ou moins de son centre;
2° Que la paroi postérieure de cette cavité se compose de trois parties très différentes: d’une partie médiane, proéminente, et de deux parties latérales présentant l’une et l’autre la disposition d’une gouttière qui s’élargit progressivement de haut en bas;
3° Que le diamètre antéro-postérieur interne de la cavité est beaucoup moins long que le diamètre antéro-postérieur externe. Chez quelques individus, le premier ne représente que la moitié de la longueur du second; mais, en général, il excède cette moitié d’un centimètre. Connaissant l’un, on pourra donc toujours déterminer approximativement l’autre, et apprécier par conséquent l’étendue de l’espace réservé au cœur. Ainsi, lorsque l’externe s’élève à 21 centimètres, il y a lieu de penser que l’interne n’est pas moindre de 11 à 12.
Le diamètre transversal interne ne diffère de l’externe que de 15 à 20 millimètres; il est donc en moyenne de 26 à 27 centimètres chez l’homme, et de 22 à 23 chez la femme.
La surface interne du thorax comprend aussi quatre régions: une antérieure, une postérieure, et deux latérales.
La région antérieure est concave; le sternum répond à sa partie médiane. De chaque côté, elle présente : 1° la série des articulations
CONFIGURATION DU THORAX
chondro-sternales ; 2° les cartilages costaux; 3° la série des articulations chondro-costales ; 4° enfin, l’extrémité antérieure des côtes et des espaces intercostaux.
La région postérieure est formée sur la ligne médiane par la colonne dorsale, et de chaque côté par une gouttière qui reçoit le bord postérieur des poumons. Ces gouttières offrent chez l’homme une profondeur et une largeur qu’on ne remarque pas chez les quadrupèdes. Leur profondeur a pour avantage de rejeter en arrière une partie du poids des viscères thoraciques et de faciliter par conséquent l’équilibre du tronc. Il résulte de leur largeur que le diamètre transverse de la poitrine l’emporte sur le diamètre antéro-postérieur ou dorso-sternal, et que cette cavité revêt la forme d’un cône comprimé d’avant en arrière. Le diamètre dorso-sternal prédominant, au contraire, chez les mammifères, leur thorax représente un cône comprimé de droite à gauche.
Les régions latérales , concaves, dirigées de haut en bas et de dedans en dehors, répondent à la face externe des poumons dont elles se trouvent séparées, comme les régions antérieure et postérieure, par la plèvre pariétale.
E. — Hase et sommet du thorax.
Sur le squelette, la base de la poitrine est représentée seulement par sa circonférence que constituent : en arrière, le bord inférieur des douzièmes côtes ; en avant, l’appendice xiphoïde ; de chaque côté, deux longues arcades résultant de la superposition des septième, huitième, neuvième et dixième cartilages. Ces arcades, dont la convexité regarde en bas et en dedans, ont reçu le nom de rebords cartilagineux. Leur extrémité supérieure s’articule avec l’extrémité inférieure du corps du sternum, et quelquefois en partie aussi avec la base de l’appendice qui les sépare l’une de l’autre. Très rapprochés en haut, les deux rebords cartilagineux divergent en descendant.
Ainsi conformé, le contour de la base du thorax présente trois angles rentrants : l’un antérieur et médian formé par les rebords qui précèdent; deux postérieurs ou latéraux qui ont pour bord interne le rachis et pour bord externe les douzièmes côtes. — Dans l’intervalle compris entre les deux dernières côtes, ce contour se trouve interrompu.
Sur un thorax pourvu de ses parties molles, la cavité pectorale est séparée de l’abdomen par le diaphragme, dont la périphérie s’attache sur le contour de sa base, et dont la surface s’élève à la manière d’une voûte inclinée en arrière. Il suit de cette disposition que les deux cavités se pénètrent mutuellement : la cavité abdominale remontant dans la cavité thoracique par la partie antérieure de son dôme ; et celle-ci descendant autour de la première postérieurement et latéralement.
Le sommet fie la cavité pectorale est circonscrit : sur les côtés., par les premières côtes ; en avant, par l’extrémité supérieure du sternum : en arrière, par le corps de la première vertèbre dorsale. Il présente la figure d’une ellipse, dont le grand axe serait transversal, et dont les courbes parallèles à cet axe seraient l’une et l’autre rentrantes dans leur partie moyenne.
Le plan de cet orifice se dirige de haut en bas et d’arrière en avant, de telle sorte que la fourchette du sternum répond en général au corps de la seconde vertèbre du dos.
Le diamètre antéro-postérieur de l’orifice est, le plus habituellement, de 4 à 5 centimètres. Le diamètre transversal présente une étendue moyenne de 12 centimètres.
Cet orifice donne passage : en avant, à la trachée-artère; en arrière, à l’œsophage ; sur les côtes, aux troncs artériels qui se rendent à la tête et aux membres supérieurs ; aux troncs veineux qui rapportent le sang de ces mêmes parties ; et aux poumons dont le sommet déborde un peu les premières côtes.
F. — Développement du tliorax.
La cavité thoracique présente, dans le cours de son développement, de très grandes différences, suivant qu’on la considère chez le fœtus, à la naissance, dans l’âge adulte ou la vieillesse.
a. Du thorax chez le fœtus. — Au début de son évolution, le thorax de l’homme est conformé comme celui des mammifères. Les poumons offrant alors un très petit volume, les gouttières destinées à loger leur bord postérieur sont étroites et peu profondes. Les côtes en arrière ne débordent pas la colonne dorsale, mais se trouvent débordées par elle comme chez les quadrupèdes. Le sternum s’éloigne davantage de la colonne vertébrale, et alfecte une direction très obliquement descendante, d’où il suit : 1° que le cœur, beaucoup plus précoce que les poumons, possède au-devant du rachis une place suffisante pour son développement ; 2° que la région antérieure est plus saillante ; 3° que la poitrine est au contraire déprimée sur les côtés.
Dans cette première période, le thorax présente encore un autre attribut qui pourrait suffire pour le caractériser. Il s’élargit très régulièrement de haut en bas, en sorte que sa plus grande circonférence répond à sa base, et non à la huitième ou neuvième côte.
b. Du thorax à la naissance. — Chez le nouveau-né, une révolution s’accomplit dans cette cavité. Les poumons, jusque-là concentrés dans sa moitié postérieure, se dilatent au point de doubler de volume. On les voit alors se porter en avant et recouvrir entièrement le cœur, qui d’abord les
DÉVELOPPEMENT DU THORAX
débordait à droite et à gauche. En même temps ces organes, en vertu de leur puissance d’expansion, repoussent en dehors les parois de la poitrine, dont la capacité augmente très notablement, et dont la forme aussi se modifie.
La colonne dorsale, rectiligne, chez le fœtus, commence déjà à s’infléchir à la naissance. Les gouttières qu’elle contribue à former deviennent plus profondes et plus larges. L’angle des côtes se dessine. La paroi postérieure de la poitrine s’élargit. La paroi antérieure, soulevée par le bord correspondant des poumons, s’accroît aussi en surface et présente une sorte de voussure . — La poitrine, jusqu’alors aplatie de l’un à l’autre côté, par suite de la prédominance de son diamètre antéro-postérieur, s’aplatit progressivement d’avant en arrière : modifications que rendent alors faciles l’extrême flexibilité des côtes et l’état presque entièrement cartilagineux du sternum. Chez l’enfant, elle revêt ainsi peu à peu la forme qui lui est propre dans l’espèce humaine.
A l’époque -de la puberté, la cavité thoracique se rétrécit d’une manière plus sensible à sa base. A dix-huit ans, elle acquiert sa forme définitive, mais continue de croître en capacité jusqu’à vingt-cinq ans chez la femme, jusqu’à trente ou trente-cinq chez l’homme.
c. Du thorax chez l'adulte. — Parvenue au terme de son développement, cette cavité ne présente plus que des modifications relatives à la nutrition des différentes pièces qui la composent. Toutes les parties constituantes du sternum sont alors soudées entre elles. La poignée et le corps de l’os restent seuls indépendants. Les articulations chondrosternales perdent un peu de leur mobilité primitive. Les cartilages costaux deviennent jaunâtres, plus épais, plus rigides et plus cassants. Les parois thoraciques n’offrent plus une élasticité aussi grande, en sorte que les côtes prennent une part moins grande à la respiration, et le diaphragme, au contraire, une part plus importante.
d. Du thorax chez le vieillard. — Dans la dernière période de la vie, tous les cartilages sont soudés au sternum. La plupart d’entre eux se recouvrent d’une couche osseuse partielle, et offrent en outre des noyaux d’ossification disséminés dans leur épaisseur. Ils perdent leur attribut le plus caractéristique, l’élasticité. Les côtes et le sternum finissent par se mouvoir comme une seule pièce : mouvement d’ensemble assez limité lui-même. Les articulations costo-vertébrales présentent aussi à cet âge une certaine rigidité. En devenant moins élastique, la cavité devient moins dilatable. Dans l’extrême vieillesse, la respiration se fait à peu près exclusivement par le diaphragme. Chez la femme, cependant, les côtes supérieures, plus mobiles que chez l’homme pendant toute la période de sa fécondité, conservent jusqu’à un âge très avancé la faculté de participer à la dilatation du thorax.
OSTÊOLOGrIE,
(r. — ■ De l’arc hœmatal ou antérieur des vertèbres.
Chaque vertèbre est constituée par un corps et par un arc. Au nivean des vertèbres dorsales, il existe un second arc beaucoup plus grand, formé : à droite et à gauche par les deux côtes articulées avec chacune d’elles, en avant par les cartilages costaux qui les prolongent et la partie correspondante du sternum. C’est à cet arc, antérieur chez l’homme, inférieur chez les vertébrés, qu’on a donné le nom d’arc hæmatal ; il a été aussi appelé arc ventral ou abdominal : dénomination qui lui convient mieux, d’une part, parce qu’il répond à la face abdominale du corps ; de l’autre, parce qu’il n’entoure pas seulement les organes de la circulation, mais encore ceux de la respiration et de la digestion.
Considéré dans sa portion thoracique, le squelette du tronc est donc formé de douze segments superposés, et offrant chacun : une partie centrale qui joue le rôle de colonne de sustentation ; un arc postérieur ou dorsal qui embrasse l’axe cérébro-spinal ; un arc antérieur ou abdominal qui embrasse les principaux organes delà vie nutritive. Ces segments ont été considérés comme autant de vertèbres complètes ; ils représentent la vertèbre à son état le plus parfait, la vertèbre type.
En s’éloignant du thorax, c’est-à-dire de la région où la vertèbre atteint son plus haut degré de développement, soit qu’on se rapproche du coccyx, soit qu’on remonte vers le crâne, on retrouve toujours cette même vertèbre, mais plus ou moins modifiée : quelques-uns de ses éléments se réduisant à l’état de simple vestige à peine reconnaissable, d’autres persistant sous une forme différente.
Sur la partie inférieure du thorax, la vertèbre type n’est déjà plus aussi complète. Pour les cinq derniers segments de cette cavité, l’arc abdominal reste interrompu en avant. Mais sa portion sternale seule fait défaut ; la plus grande partie de l’arc existe. Sur les deux derniers cependant l’arc se réduit très notablemenl.
En passant de la région thoracique à la région abdominale, l’arc antérieur continue de se réduire, sans jamais disparaître toutefois. Il n’est plus représenté que par les apophyses transverses : côtes rudimentaires qui, en s’atrophiant, se sont soudées au corps de la vertèbre.
Au cou, l’arc antérieur s’atrophie plus encore ; la partie antérieure des apophyses transverses en est un dernier vestige.
11 est digne de remarque que plus les segments supérieurs et inférieurs se trouvent rapprochés des segments complets, et plus aussi ils tendent à se développer; c’est toujours au voisinage du sommet ou de la base de la poitrine que l’on rencontre des côtes supplémentaires.
L’axe du squelette se compose donc, en définitive, d’une série de segments échelonnés de haut en bas chez l’homme, d’avant en arrière