‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 2)Chapitre 162 sur 260 · SURFACES ARTICULAIRES · texte numérisé non relu

SURFACES ARTICULAIRES

Aux surfaces convexes correspondent des surfaces concaves et sphériques aussi, mais en général plus régulières que les précédentes. Lorsque l’on compare la cavité glénoïde des premières phalanges des doigts à la tête des métacarpiens, celle des premières phalanges des orteils à la tête des métatarsiens et celle même du scaphoïde du pied à la tête de l’astragale, on voit partout la régularité des unes contraster avec l’irrégularité des autres.

Les surfaces sphéroïdales concaves diffèrent, en outre, des surfaces sphéroïdales convexes par leur moindre étendue ; elles sont beaucoup plus petites. Aucune d’entre elles ne possède une capacité assez grande pour contenir toute la tête de l’os avec lequel elle s’articule, en sorte que cette tête déborde leur circonférence. Afin de rétablir l’égalité entre elles, la nature a placé sur la périphérie des surfaces concaves un fibrocartilage qui augmente leur capacité, et qui devient, pour cette partie périphérique plus mince et plus fragile, un moyen de protection.

b. - — Les surfaces de forme cylindroïde peuvent être rattachées à quatre genres. Celles du premier genre constituent un cylindre complet que reçoit un anneau, en partie osseux, en partie fibreux. Tantôt cet anneau est fixe et le cylindre tourne sur lui-même autour de son axe : ainsi tourne la tête du radius autour de son anneau ostéo-fibreux ; tantôt c’est l’anneau qui tourne autour du cylindre, 'comme l’atlas, par exemple, autour de l’apophyse odontoïde.

Celles du second genre sont des segments de cylindre coupés parallèlement au grand axe : tels sont les condyles de la mâchoire inférieure. Ces surfaces s’effilant, et s’arrondissant à leurs extrémités, on pourrait les considérer aussi comme des segments d’ellipsoïde.

Celles du troisième genre représentent des segments de cylindre curviligne. Elles sont convexes et concaves en sens opposé ; les deux surfaces s’emboîtent réciproquement : tel est le mode de configuration de la facette métacarpienne du trapèze et de la facette claviculaire du sternum.

Celles du quatrième genre sont des segments de cylindre, creusés sur leur partie moyenne d’une gouttière perpendiculaire à leur axe : elles rappellent l’aspect d’une poulie. Ces poulies ou trochlées se rencontrent en grand nombre dans l’économie : l’extrémité inférieure de l’humérus, celle du fémur, celle des premières et des secondes phalanges de la main et du pied, nous en offrent autant d’exemples.

c. — Les surfaces planes se partagent en deux groupes : les unes sont réellement planes; les autres présentent une légère incurvation. — Les premières se distinguent par leur rareté ; il existe très peu de surfaces articulaires qui soient planes sur toute leur étendue. — Les secondes sont au contraire très nombreuses. Parmi celles-ci quelques-unes offrent une seule incurvation, c’est-à-dire une convexité ou une concavité.

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Beaucoup d’entre elles se recourbent dans deux sens différents, d’où il suit que les surfaces opposées l’une à l’autre s’emboîtent légèrement : telles sont les facettes par lesquelles s’unissent le pyramidal et l’os crochu, le premier métatarsien et le grand cunéiforme, le cuboïde et le calcanéum, etc.

B. — Cartilages» articulaires.

Certains cartilages contribuent à former des cavités dont les parois sont caractérisées par la résistance, la mobilité et l’élasticité. Les autres, beaucoup plus nombreux, recouvrent les surfaces par lesquelles les os mobiles et semi-mobiles se correspondent.

Les premiers s’entourent d’une membrane libreuse, le périchondre ; ils possèdent des vaisseaux, et 11e diffèrent pas, ou diffèrent si peu des cartilages d’ossification qu’on peut les regarder comme des os que la nature, dans un but d’utilité spéciale, maintient à l’étal cartilagineux pendant toute la durée de la vie : tels sont les cartilages costaux, les cartilages du larynx, le cartilage de la trompe d’Eustache, etc.

Les seconds, qui seuls nous occuperont, ne possèdent ni périchondre, ni vaisseaux. Ils s’étalent en lames minces sur la surface des os, leur adhèrent de la manière la plus intime, facilitent leurs mouvements, et les protègent avec une si merveilleuse efficacité, que les frottements les plus durs et les plus continuels, renouvelés chaque jour pendant une longue suite d’années, restent sur eux sans influence aucune. S’user réciproquement, esl la condition imposée à tous les corps inorganiques qui frottent l’un sur l’autre ; se frotter incessamment et 11e jamais s’user, lel est au contraire le privilège, l’attribut le plus caractéristique des carlilages articulaires, ils en sont redevables à la vie obscure qu’ils possèdent, c’est-à-dire à leur organisation, d’une extrême simplicité; mais, si simple qu’elle soit, celte organisation suffit pour les soustraire à la loi qui régit tous les corps inertes.

1° Conformation extérieure des cartilages.

Les cartilages articulaires, appelés aussi cartilages d' encroûtement , se moulent sur les surfaces qu’ils recouvrent. Comme celles-ci, ils présentent une superficie proportionnelle à l’étendue des mouvements.

Leur épaisseur est en raison directe de la pression à laquelle ils se trouvent soumis. C’est pourquoi elle se montre toujours un peu plus grande sur les articulations des membres inférieurs que sur celles des membres supérieurs, chez l’homme que chez la femme, et chez les individus fortement constitués que chez ceux d’une constitution faible. Sur les surfaces planes, la pression se répartissant d’une manière égale, cette épaisseur devient uniforme. Sur les surfaces convexes, les cari i-

CARTILAGES ARTICULAIRES

lages, suivant la plupart des auteurs, seraient plus épais au centre et s’aminciraient graduellement à mesure qu’on se rapproche de leur périphérie; sur les surfaces concaves, ils seraient plus épais, au contraire, vers la circonférence. De cette disposition résulterait, pour les deux surfaces contiguës, un emboîtement plus complet.

Mais en soumettant ces surfaces à des coupes perpendiculaires et variées, on peut facilement constater que leur grande épaisseur est déterminée uniquement par la loi de pression. Comparez les moitiés supérieure et inférieure du cartilage qui embrasse la tête du fémur, l’épaisseur de la première est double de celle de la seconde. Le cartilage de la cavité cotyloïde est plus épais aussi supérieurement qu’inférieurement, bien que la différence soit ici beaucoup moins prononcée. Divisez d’avant en arrière les condyles du fémur, vous verrez leurs cartilages atteindre leur plus grande épaisseur au niveau de leur partie la plus déclive. Considérez la coupe des cartilages qui recouvrent les cavités glénoïdes du tibia, vous reconnaîtrez qu’ils sont plus épais à leur centre qu’à leur périphérie. L’épaisseur des cartilages est subordonnée, en un mot, aux pressions qu’ils subissent.

Cette épaisseur est de 4 millimètres pour les cartilages des cavités glénoïdes du tibia; de 3 millimètres pour les cartilages des condyles du fémur; de 2 à 3 pour celui qui recouvre la tête de cet os. Elle se réduit à 2 pour celui de la tête de l’humérus; à 1 1/2 sur la tête des métacarpiens et des métatarsiens; à 1 sur la plupart des surfaces planes et sur quelques-unes à 1/2 millimètre seulement. Pour le plus grand nombre des articulations, elle varie en résumé de 1 à 2 millimètres.

La surface libre des cartilages articulaires est remarquable par l’extrême poli qu’elle présente. Un liquide filant, de consistance onctueuse, de couleur jaunâtre, l’humecte sur toute son étendue. Ce liquide, appelé synovie , contribue à lui communiquer la propriété de glisser au moindre contact. — A l’époque où les synoviales étaient considérées comme des sacs sans ouverture, on admettait avec Bichat que ces membranes recouvrent les cartilages. Mais l’observation n’ayant pas démontré leur existence, et attestant au contraire qu’eiïes faisaient défaut, on pensa plus tard qu’elles s’arrêtaient sur leurs limites, et que l’épithélium se prolongeait seul sur la Surface libre de ceux-ci. Cette seconde opinion n’était pas mieux fondée que la première. Les cartilages, dans toutes les articulations, sont immédiatement en contact. Comment une simple couche épithéliale résisterait-elle à de rudes frottements sans cesse renouvelés? Todd et Bowman, en refusant cet épithélium à l’adulte, continuent cependant de l’accorder au fœtus. Je puis certifier qu’on n’en trouve aucune trace dans la seconde moitié de la vie intrautérine.

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La surface adhérente des cartilages est unie de la manière la plus intime à l’os sous-jacent avec lequel ils se continuent, de même qu’ils se continuaient primitivement avec le cartilage d’ossification. Car ils ne représentent pas des organes surajoutés. Ils ne sont autre chose que cette portion du cartilage d’ossification qui n’a pas été envahie par les sels calcaires; de là entre eux et l’os correspondant cette union si solide, que rien ne peut la détruire : aussi dans l’état d’intégrité ne les voit-on jamais se décoller.

A leur périphérie, ils se continuent d’une part avec le périoste, de l’autre

Fig. 199. — Cartilage cliarthrodial. Fig. 200. — Cartilage amphiarthrodial.

Fig. 199. — Cette figure représente la coupe perpendiculaire d’un cartilage diaithrodial et de la couche osseuse sous-jacente. — 1, 1. Tissu osseux formé de lamelles concentriques, dans l’épaisseur et l’intervalle desquelles on aperçoit de nombreux ostéoplastes. De la partie inférieure de cette couche partent des trabécules qui vont circonscrire des aréoles. De sa partie supérieure naissent des prolongements inégaux et irréguliers qui pénètrent dans l’épaisseur de la couche superficielle sans arrivei jusqu’à sa surface. — 2, 2. Couche osseuse superficielle extrêmement mince au niveau des prolongements précédents, beaucoup plus épaisse dans leur intervalle. Cette couche, qui a été soumise à Faction de l’acide chlorhydrique, est creusée de cavités

CARTILAGES ARTICULAIRES

avec les membranes synoviales. Cependant la transition de l’état cartilagineux à l’état fibreux ne se fait pas brusquement. Les cellules de cartilage diminuent de nombre et de volume, puis disparaissent. La substance amorphe dans laquelle elles sont disséminées revêt un aspect fibroïde, d’abord à peine accusé, qui ne tarde pas à devenir plus manifeste, et ensuite très nettement fibreux. Sur quelques points, ils se continuent en partie avec les ligaments ; tels sont : le ligament interarticulaire de l’articulation de la hanche, les ligament croisés du genou, etc.

2° Structure des cartilages.

Les cartilages ne comprennent dans leur composition que deux éléments : une substance amorphe ou substance fondamentale , et des cellules ou chondroplastes.

La substance propre, d’un blanc opalin, à la lumière réfléchie, devient transparente lorsqu’on la divise en tranches minces. Sa consistance et sa dureté, un peu moins grandes que celles du tissu osseux, sont assez prononcées cependant pour que l’ongle ne puisse ni entamer ni rayer la surface des cartilages. Cette substance ne présente aucune trace de fibres, aucune apparence de stries; elle est homogène, quelquefois finement granuleuse.

Les cellules ou cavités de cartilages, mieux nommées chondroplastes , sont irrégulièrement disséminées dans l’épaisseur de la substance fondamentale. Elles diffèrent entre elles par leurs dimensions, leur forme, leur direction ; et ces différences permettent de diviser le cartilage en trois couches : une couche superficielle très mince, une couche moyenne un peu plus épaisse, une couche inférieure aussi épaisse à elle seule que les deux autres réunies. — Les cellules de la couche superficielle, en général plus petites, sont aplaties, transversalement allongées et parallèles à la surface libre du cartilage. — Celles de la couche moyenne présentent une forme arrondie et un volume quelquefois un peu plus considérable. — Celles de la couche profonde sont très longues et perpendiculaires à la surface de l’os. Il résulte de cette dernière dispo-

perpendiculaires à sa direction, se continuant avec celles du cartilage : chacune d’elles est formée par une capsule de cartilage contenant plusieurs cellules nues disposées en série linéaire. — 3, 3. Cavités et cellules de la couche profonde du cartilage semblables aux précédentes. — A, A. Cavités et cellules de la couche moyenne arrondies pour la plupart. — 5, 5. Cavités et cellules de la couche superficielle allongées dans le sens transversal.

Fig. 200. — Elle représente la coupe perpendiculaire d’un cartilage amphiarthrodial et de la couche osseuse sous-jacente. — 1, 1. Tissu osseux parfait. — 2, 2. Couche osseuse superficielle, privée de ses sels calcaires par l’acide chlorhydrique. Elle est creusée de cavités parallèles à sa direction et contenant des cellules. — 3, 3. Cartilage dont toutes les cavités affectent une direction plus ou moins horizontale.

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sition, qu’après avoir scié celui-ci longitudinalement, si on le fait éclater, le cartilage se brise dans le même sens, et revêl sur chacun des bords de la solution de continuité un aspect fibroïde. Quelques auteurs du siècle dernier avaient pensé en effet que les cartilages étaient composés de fibres perpendiculairement implantées sur les surfaces osseuses, fibres qu’ils comparaient à celles du velours ; en nous dévoilant la cause de leur erreur, le microscope, depuis longtemps déjà, en a fait justice.

Les cavités des cartilages sont constituées par une membrane connue sous le nom de capsule de cartilage. Cette enveloppe adhère de la manière la plus intime à la substance fondamentale. Chaque capsule contient une ou plusieurs cellules nues.

Dans les couches superficielle et moyenne du cartilage, beaucoup de cavités ne renferment qu’une cellule ; quelques-unes en contiennent deux ou trois. Dans la couche profonde, les cellules se disposent en série linéaire. Leur volume est très variable; il en est de même de leur forme; quelques-unes sont arrondies, d’autres triangulaires, quadrilatères, conoïdes, etc. — Chaque cellule nue se compose d’un protoplasma et d’un noyau qui en occupe le centre. Souvent aussi, et surtout chez les vieillards, elles renferment des granulations graisseuses.

Entre le tissu cartilagineux et le tissu osseux, on observe sur toutes les surfaces articulaires une couche qui participe de ces deux tissus, et qui établit la transition de l’un à l’autre. Cette couche doit être considérée cependant comme faisant partie de l’os ; elle offre une extrême minceur sur certains points, et se montre plus épaisse sur d’autres. Lorsqu’on la soumet à l’examen microscopique, après l’avoir traitée par l’acide chlorhydrique étendu, c’est-à-dire après avoir fait disparaître les sels calcaires dont elle est imprégnée, on peut facilement constater dans son épaisseur la présence de cavités et de cellules semblables à celles du cartilage. On voit même les unes et les autres se continuer de telle sorte qu’elles se trouvent logées en partie dans le cartilage, et en partie dans la couche osseuse de transition. Toutes sont encore très reconnaissables à leur forme, à leur direction, à leur contenu. Au-dessous de la couche de transition, on observe les trabécules du tissu spongieux caractérisées par les nombreux ostéoplastes qu’elles présentent.

Il existe donc immédiatement au-dessous des cartilages une couche osseuse n’offrant ni canalicules vasculaires, ni ostéoplastes, qui contient seulement des cellules entourées de sels calcaires, et qui doit être considérée comme du tissu osseux à l’état naissant. On retrouve cette couche jusque dans l’âge le plus avancé. L’ossification, parvenue au voisinage des surfaces articulaires, semble rencontrer dans sa marche envahissante un obstacle d’autant plus grand que celles-ci supportent une pression plus considérable. Que cet obstacle s’amoindrisse par suite de la débilité

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des forces, que les articulations soient condamnées à un reoos plus ou moins prolongé, et le travail de l’ossification qui n’était pas terminé, mais seulement suspendu, fera de nouveaux progrès ; il pourra même s’étendre jusqu’à la surface libre des cartilages : c’est ce qui a lieu dans l’extrême sénilité, quelquefois un peu plus tôt. A cet âge, beaucoup de cartilages sont complètement ossifiés ; d’autres ne le sont qu’en partie et se trouvent seulement amincis. Cette ossification sénile se montre d’abord sur le membre inférieur, et plus particulièrement sur les grandes surfaces articulaires du genou. Souvent on ne retrouve plus aucun vestige du cartilage de la rotule ; celui de la poulie fémorale a disparu aussi, et meme en grande partie celui des condyles. Les surfaces en contact sont éburnées, usées, rayées dans le sens des frottements. Les cartilages du membre supérieur, dont les mouvements présentent plus de variétés et de fréquence, résistent plus longtemps.

Cet envahissement progressif des cartilages par les sels calcaires dans les derniers temps de la vie est un phénomène qui se lie aux lois générales de l’organisation. Il semble avoir été méconnu par la plupart des auteurs; car ils admettent que les cartilages s’usent peu à peu sous l’influence de la vieillesse, et que les os mis à nu prennent alors le caractère éburné, puis s’usent à leur tour. Or l’éburnation et l’usure des surfaces osseuses ne sont pas le résultat de l’usure des cartilages, mais de leur ossification. Les cartilages ne s’usent pas et ne peuvent pas s’user. S’ils s’usaient, n’est-ce pas dans la période active de la vie, à l’époque où ils subissent les frottements les plus multipliés et les plus violents, qu’on verrait se produire cette usure ? Comment admettre qu’ils résistent aux rudes épreuves de l’âge adulte, et qu’ils ne puissent résister aux mouvements beaucoup plus doux de la vieillesse ? Si ces cartilages ont disparu en partie chez les vieux chevaux, ce n’est pas certainement parce qu’ils se sont usés, ainsi qu’on le pense si généralement; c’est parce qu’ils se sont ossifiés comme les nôtres; et après s’être ainsi transformés, ils ont commencé à se détruire mutuellement. Le repos auquel nos articulations sont fatalement condamnées par l’atrophie des muscles est donc la cause réelle de l’ossification des cartilages. C’est contre ce repos que nous devons lutter, si nous voulons leur conserver l’attribut si remarquable qu’ils possèdent. Le mouvement est pour eux la condition première de leur existence ; car c’est par le mouvement, et par le mouvement seul, qu’ils résistent à l’envahissement des sels calcaires.

On n’observe dans les cartilages diarthrodiaux ni artères, ni veines, ni vaisseaux lymphatiques, ni filaments nerveux. Les vaisseaux sanguins du périoste parvenus à leur circonférence s’engagent sous leur face profonde, parcourent encore un trajet de 5 à fl millimètres, puis se terminent dans

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le tissu osseux. Ceux qui rampent sous la synoviale s’avancent jusque sur les limites de l’épithélium, où ils se réfléchissent en formant des anses dont la convexité regarde le centre de l’articulation. Ces anses, extrêmement multipliées, forment autour de chaque cartilage une sorte de couronne qui en établit très nettement les limites.

3° Vitalité, propriétés des cartilages.

Le mode de constitution des cartilages diarthrodiaux démordre l’analogie ou plutôt l’identité qu’ils présentent avec les cartilages d’ossification, et suffit pour démontrer leur vitalité, obscure sans doute, mais incontestable et en rapport avec les usages essentiellement mécaniques qu’ils remplissent.

Cette vitalité est attestée encore par leur développement, c’est-à-dire parla multiplication de leurs cellules, qui s’opère par voie de bipartition, et qui s’accroissent ensuite comme tous les éléments de cet ordre.

Les cartilages sont remarquables par leur densité, par leur consistance, et surtout par leur élasticité; lorsqu’on les soumet à une forle pression, en les plaçant par exemple entre les deux mâchoires d’un étau, on les voit s’affaisser légèrement, puis reprendre aussitôt leur épaisseur dès que la pression cesse.

Exposés à l’action de l’air, ces organes se dessèchent, se racornissent, et prennent une couleur jaunâtre. Mais ils conservent néanmoins toutes leurs propriétés caractéristiques ; car, si après plusieurs mois de cet état de dessiccation, on les plonge dans l’eau, ils ne tardent pas à reprendre leur volume, leur couleur, leur forme, et tous les attributs qui les distinguent. — Soumis à l’action très longtemps prolongée de l’eau froide, ils se ramollissent avec la plus extrême lenteur, et finissent par former une sorte de putrilage que le grattage détache facilement. L’eau bouillante les jaunit et altère à peine leurs cellules, mais ramollit leur substance fondamentale, qui se dissout et se convertit en chondrine,

G. — Fibro-cartilages.

Les fibro-cartilages diarthrodiaux se divisent en deux ordres : les uns sont situés entre les surfaces articulaires, et les autres sur le pourtour de celles-ci. — Ils nous offrent à étudier leur conformation extérieure et leur structure, leurs propriétés et leurs usages.

1° Conformation extérieure des fibro-cartilages.

a. Fibro-cartilages inter articulaires. — Leur nombre est peu considérable. On ne les rencontre que dans les articulations dont les surfaces ne se correspondent pas : ainsi, par exemple, dans l’articulation tempo-

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ro-maxillaire, dont les deux surfaces sont convexes, et dans l’articulation sterno-claviculaire, dont l’une des surfaces est à la fois concave et convexe, tandis que l’autre est à peu près plane.

Parmi ces fibro-cartilages il en est qui séparent complètement les deux surfaces opposées : tel est celui qui répond à l’extrémité inférieure du cubitus, celui qui adhère à l’extrémité interne de la clavicule et celui de l’articulation temporo-maxillaire. D’autres sont incomplets, comme ceux qui occupent l’articulation du genou ; non seulement leur partie centrale fait défaut, mais aussi une partie de leur circonférence. — Tous ces fibro-cartilages se moulent sur les surfaces qu’ils séparent.

Leurs connexions avec les deux surfaces articulaires correspondantes sont, du reste, différentes. Ils adhèrent par leur circonférence à celle qui est la plus mobile, et en suivent les mouvements ; celui de l’articulation temporo-maxillaire adhère au condyle de la mâchoire ; celui de l’articulation sterno-claviculaire à la clavicule, ceux du genou au tibia, celui du poignet au cubitus et au radius, mais plus spécialement au dernier. — Cette adhérence cependant n’est pas telle qu’ils ne puissent exécuter des mouvements, et parfois même assez étendus. Ainsi placés entre deux os qui se meuvent, et mobiles eux-mêmes, ils jouent, dans le mécanisme des articulations, un rôle important.

Les fibro-cartilages interarticulaires adhèrent en outre aux ligaments périphériques. Cette union a pour résultat de les fixer dans la position assignée à chacun d’eux, et de prévenir les déplacements auxquels une trop grande mobilité les eût exposés. Les synoviales se prolongent sur leurs surfaces, dans l’étendue de 1 ou 2 millimètres.

b. Fibro-cartilages périarticulaires . — Ils sont beaucoup plus nombreux que les fibro-cartilages interartiçulaires. C’est sous le pourtour des cavités qu’on les rencontre. Leur destination est d’accroître la capacité de celles-ci, et surtout d’en protéger le bord, qui, mince et tranchant, était plus exposé aux solutions de continuité.

Ces fibro-cartilages, connus sous le terme générique de bourrelets , diffèrent beaucoup par leur étendue. — Les uns recouvrent tout le rebord des cavités articulaires ; ils représentent une sorte d’anneau de forme prismatique et triangulaire. — Les autres répondent à une moitié seulement de ce rebord, et revêtent la forme d’un segment de sphère.

Les bourrelets annulaires et prismatiques n’appartiennent qu’aux grandes articulations, à celle de la hanche et à celle de l’épaule. — Leur base s’applique à la circonférence de la cavité, et lui adhère de la manière la plus intime.

Les bourrelets, comparables à un segment de sphéroïde, ont été à peine remarqués. Leur nombre est considérable cependant, et leur rôle tout à fait identique avec celui des précédents. Ils ont pour siège l’extrémité supérieure de toutes les phalanges de la main et l’extrémité postérieure

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de toutes les phalanges du pied; deux autres s’attachent à l’extrémité inférieure du scaphoïde des pieds. Tous ces bourrelets sont situés du côté de la flexion. Leur largeur, comparée à celle des cavités auxquelles ils sont annexés, est très grande ; ils en doublent à peu près l’étendue. — Leur bord adhérent se continue avec le pourtour de ces cavités; leur bord libre n’est uni à l’os opposé que par la synoviale. — Une de leurs faces fait partie de la cavité articulaire ; elle est concave et lisse. L’autre est en rapport avec les tendons de la main et du pied.

2° Structure des fibro-cartilages.

La structure de ces organes, considérée jusqu’à présent comme très simple, est en réalité très complexe. Elle diffère beaucoup de celle des cartilages, et très peu de celle des ligaments. Les fibro-cartilages, en effet, comprennent dans leur constitution : des fibres de tissu conjonctif qui en représentent l’élément principal, des cellules et des fibres de cellules, des fibres élastiques, des artères et des veines en grand nombre, des nerfs très multipliés aussi qui échangent dans leur trajet d’incessantes communications, et enfin une très notable proportion de cellules adipeuses. À tous ces éléments viennent encore s’ajouter une couche de cartilage, et la synoviale qui s’avance jusque sur leur périphérie.

a. Fibres de tissu conjonctif. — Elles se groupent pour former des faisceaux remarquables par leur densité et leur extrême résistance. Ces faisceaux, bien qu’étroitement unis, peuvent être séparés par voie de dissociation. On reconnaît alors qu’ils offrent un volume égal, comparable à celui des fibres musculaires striées de petites dimensions. Les fibrilles qui les forment sont parallèles, et d’une telle ténuité qu’elles surpassent à cet égard toutes les autres fibres de l’économie. Chacune d’elles, considérée dans sa constitution, se compose de fines granulations disposées en série linéaire, et séparées par des intervalles si minimes qu’elles semblent se toucher. Les faisceaux résultant de leur juxtaposition présentent un volume égal. Ils sont cylindriques et se trouvent ainsi séparés sur certains points de leur contour par des espaces prismatiques, qui se présentent sur les coupes transversales sous l’aspect de cellules étoilées. Plusieurs anatomistes et plus particulièrement Virchow ont cru en effet à l’existence de ces cellules. Mais, si elles existaient, on devrait les retrouver après avoir dissocié les faisceaux qu’elles séparent. Or après la dissociation Me ces derniers on n’en retrouve plus aucune trace.

Les faisceaux qui constituent les fibres de tissu conjonctif sont au tissu fibreux et fihro-cartilagineux ce que la fibre musculaire striée est au tissu de ce nom : comme celle-ci, ils méritent le nom de faisceaux primitifs. En s’unissant en nombre variable, ils forment les faisceaux

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secondaires, lesquels en se groupant aussi donnent naissance à des faisceaux de plus en plus volumineux. Tous ces faisceaux d’ordres divers sont séparés, ainsi que nous le verrons, par des cloisons de tissu conjonctif qui s’irradient en s’amincissant des plus volumineux aux plus déliés.

b. Cellules; fibres de cellules. — Dans les espaces qui séparent les faisceaux primitifs, il existe des cellules qui se montrent sous des aspects très différents. Sur certains points elles restent isolées et indépendantes. Mais le plus habituellement elles se rapprochent, se touchent, et se disposent en longues séries linéaires.

Les cellules isolées sont ovoïdes et pourvues d’une enveloppe. Quelques-unes sont simples. D’autres sont des cellules mères dans lesquelles se sont formées par voie de bipartition successive de jeunes cellules dont le nombre varie de deux à trois jusqu’à douze ou quinze. Ces cellules ovoïdes simples ou composées ont une grande tendance à se juxtaposer ; et le plus souvent en effet on les voit se réunir, deux à deux, trois à trois,

Fig. 201. — Cellules des tissus fibreux et fibro-cartilagineux. — Fibres de cellules.

1. Deux cellules pourvues d’enveloppe. — 2. Une cellule mère contenant deux jeunes cellules. — 3. Une cellule mère contenant quatre cellules filles composées chacune aussi d’un noyau et d’un protoplasma. — 4. Cellule dans laquelle se sont formées par voie de bipartition successive neuf cellules constituées comme les précédentes. — 5. Deux cellules fusiformes ordinaires. — 6. Deux cellules complètes et juxtaposées. — 7, 8, 9, 9. Quatre séries de cellules semblables se disposant en série linéaire, mais encore indépendantes. — 10, 10. Trois séries de cellules dont les cloisons intercellulaires ont en partie disparu. — 11. Fibre fusiforme formée par une longue série de cellules, dont toutes les cloisons intercellulaires ont été résorbées et dont les noyaux, perpendiculairement dirigés et parallèles, simulent des stries sombres, tandis que les protoplasmas intermédiares simulent des stries claires. — 12. Fibre semblable à la précédente, mais cylindrique sur presque toute sa longueur

— 13, 13. Les deux extrémités d’une longue fibre fusiforme. — 14. Grosse fibre d’apparence striée, qu’on trouve entrés grand nombre dans les ligaments interépineux

— 15. Fibres de cellules dont les noyaux sont allongés dans le sens longitudinal.

16. Fibre de cellules à noyaux longitudinaux aussi, mais très petites. — 17. Fibres formées par des cellules de figure quadrilatère et très petites aussi.

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ou en plus grand nombre, en s’échelonnant sur la même ligne, et en conservant chacune leur enveloppe et leur indépendance.

Mais, dans une phase plus avancée de leur développement, les cellules qui se juxtaposent en séries linéaires passent pour la plupart à l’état de cellules nues, contenues dans une enveloppe commune. Ainsi modifiées elles représentent de véritables fibres. Ces fibres de cellules sont rectilignes et parallèles. On ne les voit nulle part se diviser et s’anastomoser; elles restent partout indépendantes les unes des autres. Leur nombre est considérable, et leur volume très variable : il en est de très grosses, de moyennes, de petites, de très petites. Par l’ensemble de leurs propriétés elles se distinguent si nettement de toutes les autres fibres connues, qu’on peut les considérer comme l’attribut le plus caractéristique des tissus fibreux et fibro-cartilagineux.

Envisagées dans leur configuration, les fibres de cellules se divisent en trois ordres. Les unes sont fusiformes et striées; les autres sont cylindriques et dépourvues de stries ; les dernières se présentent sous l’aspect de rubans à cellules, encore indépendantes.

Les fibres de cellules fusiformes et striées se montrent extrêmement variables dans leur longueur et leur diamètre ; en général, elles sonl plus volumineuses et moins longues que les fibres cylindriques. Elles se terminent en pointe à leurs deux extrémités. Chacune d’elles se compose de cellules nues, elliptiques, dont le grand axe est perpendiculaire à l’enveloppe commune. Leur noyau très apparent, étroit et long, représente un petit bâtonnet. Un protoplasma, transparent et peu granuleux sépare les noyaux les uns des autres, en sorte que les fibres fusiformes paraissent composées de segments alternativement sombres et clairs comme les fibres musculaires striées. Les cellules qui occupent la partie moyenne de la fibre sont plus longues et celles qui répondent à ses extrémités d’autant plus courtes qu’elles se trouvent plus rapprochées de leur partie terminale.

Quant à l’enveloppe commune, pour se rendre compte de son existence et de sa forme, il faut remonter au début de son évolution. Au moment où elles apparaissent, les cellules contenues dans cette gaine fusiforme sont arrondies, comme toutes les cellules embryoplastiques et dépourvues d’enveloppe. Mais bientôt cette enveloppe se forme, et toutes arrivent rapidement à l’état de cellules complètes. C’est alors qu’on les voit se juxtaposer deux à deux, trois à trois; puis ces petits groupes se rapprochent, se juxtaposent à leur tour; de là des séries linéaires d’étendue plus ou moins grande. En se disposant ainsi, elles s’allongent par pression réciproque; le noyau, participant à l’allongement, prend la figure d’un petit bâtonnet rectiligne. Les enveloppes des cellules, d’abord simplement contiguës, ne tardent pas à disparaître au

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niveau de leur contiguïté : elles persistent seulement à leur extrémité libre, en se continuant entre elles : ainsi se constitue l’enveloppe commune.

Ces fibres de cellules striées peuvent être simples ou composées. Elles sont simples lorsqu’il n’existe qu’une seule rangée de cellules; composées lorsqu’il en existe deux ou trois, et même quatre. Parmi ces cellules composées, on remarque aussi des variétés : tantôt les deux rangées cellulaires se superposent de telle sorte que les noyaux en bâtonnets se superposent aussi et ne se trouvent séparés que par un très minime intervalle ; tantôt les noyaux ne se superposent pas, mais répondent aux espaces clairs de la fibre sous-jacente; quelquefois aussi les noyaux d’une rangée s’entre-croisent avec ceux des cellules situées au-dessous ou au-dessus. Ces fibres composées sont d’autant plus volumineuses que le nombre des rangées superposées est plus grand.

Les fibres fusiformes striées, beaucoup plus rares que les fibres du second et du troisième ordre, ne se rencontrent que dans certaines parties du tissu fibreux. C’est surtout dans les ligaments interépineux et la partie centrale des disques intervertébraux qu’elles se montrent en grand nombre. C’est aussi dans ces ligaments qu’on peut bien étudier les cellules isolées et leur mode de groupement.

Les fibres de cellules cylindriques ne diffèrent des précédentes que par la direction des cellules : elles s’allongent dans le sens longitudinal. Les noyaux parallèles à leur axe sont séparés par le protoplasma qui les entoure, et qui joue à leur égard le rôle de moyen d’union. Le plus souvent la continuité des cellules est manifeste. Quelquefois les cellules n’arrivent pas au contact, et restent isolées sur certains points.

Les fibres rubanées se composent de cellules quadrilatères en général indépendantes. Elles n’ont pas d’enveloppe commune. Leur nombre est considérable. On les voit très souvent se mêler aux fibres cylindriques. C’est particulièrement dans les tendons et aussi dans les ligaments qu’il convient de les observer.

Les fibres cylindriques et les fibres rubanées sont en réalité l’attribut essentiel des tissus fibreux ; les fibres striées peuvent être considérées comme exceptionnelles. Les premières se voient non seulement chez l’homme, mais chez les vertébrés. Parmi ceux-ci le porc mérite la préférence; elles sont remarquablement développées chez cet animal.

Historique des fibres de cellules. — * Ces fibres jusqu’à présent n’ont fixé l’attention que d’un très petit nombre d’auteurs, parmi lesquels je mentionnerai Henle et M. Ranvier.

Henle le premier a signalé leur existence. Il s’exprime ainsi : « Nous pouvons rapporter les fibres de noyaux à deux types différents. Je

ARTHR0L0G1E.

donne ce nom aux libres qui doivent leur origine à la fusion de noyaux prolongés, et désormais j’appellerai fibres de cellules celles dont la formation est due à des cellules (1). » Après avoir admis ces deux types, on pouvait croire qu’il allait les décrire l’un et l’autre. Mais il parle à peine des libres de cellules et s’étend longuement au contraire sur les libres de noyaux. La description qu’il en donne est du reste confuse, en sorte que son opinion, après avoir rallié un assez grand nombre de partisans, a été ensuite généralement abandonnée.

Kôlliker, dans son Traité d'histologie, fait mention des libres fusiformes striées. Mais il n’entre dans aucun détail sur leur structure intime et sur la cause de leur striation. Son langage, bien que trop laconique, témoigne cependant en faveur de leur existence.

M. Ranvier est beaucoup plus explicite. Cet auteur a fait de très grands et très louables efforts pour élucider la structure des tendons. Il a vu très nettement les cellules quadrilatères qui forment de longues rangées; à ces rangées il donne le nom de rubans cellulaires. Mais les fibres cylindriques et les fibres fusiformes striées se sont dérobées à ses recherches. Ces dernières ne pouvaient appeler son attention, puisqu’on n’en trouve dans les tendons que quelques rares exemples. Mais les libres cylindriques s’y montrent en très grand nombre, et je suis surpris qu’elles aient pu lui échapper (2). Son silence à leur égard ne s’explique que par l’insuffisance de ses procédés de dissociation (3).

c. Fibres élastiques. — Ces fibres se présentent dans les librocartilages avec leurs caractères habituels. Elles sont très déliées et incomparablement moins nombreuses que les fibres de cellules. C’est aussi dans l’intervalle des faisceaux fibreux primitifs qu’on les rencontre.

d . Cellules de cartilage. — Les cellules de cartilage peuvent être distinguées, d’après leur siège, en cellules superficielles et cellules profondes ou interstitielles. — Les cellules superficielles forment une couche continue qui recouvre la face libre de tous les fibro-cartilages périarticulaires, et les deux faces, ainsi que le bord tranchant des fibro-cartilages interarticulaires. Sur ceux du genou on voit cette couche s’épaissir à mesure qu’on se rapproche de leur bord concave, au niveau duquel les deux couches se confondent, en sorte qu’elles le constituent

(1) Henle, Traité d’anat. générale , 1843, p. 196.

(2) Ranvier, Traité d’histologie, 1875, p. 354.

(3) Pour observer les nombreux éléments qui entrent dans la composition des tissus fibreux, il est en effet d’absolue nécessité de les isoler très complètement. Dans ce but je mets en usage des procédés de dissociation que je ne puis exposer ici, parce qu’ils s’appliquent à la plupart des éléments et des tissus. Je les publierai prochainement dans un ouvrage dont je m’occupe depuis longtemps et qui aura pour titre : De l’étude des éléments et des tissus par voie de dissociation .

FIBRO-CARTILAGES

exclusivement. — Les cellules interstitielles se trouvent disséminées dans les aréoles que circonscrivent les faisceaux fibreux. Elles sont simples pour la plupart ; quelques-unes cependant renferment des cellules de seconde génération, dont le nombre peut s’élever à huit, dix ou douze*

e. Artères et veines. — Les auteurs s’accordent pour admettre que les fibro-cartilages ne possèdent ni vaisseaux, ni nerfs. Plus heureux dans mes recherches, j’ai pu constater l’existence des uns et des autres. Mais il importe d’établir à cet égard une distinction entre ceux qui sont situés dans les articulations et ceux qui répondent à leur périphérie.

1° Vaisseaux des ftbro-cartilages interarticulaires. — Ils présentent dans leur vascularité d’assez grandes différences. Les fibro-cartilages du genou sont les plus riches en vaisseaux 5 viennent ensuite ceux des autres articulations. — Les premiers possèdent des artères qui marchent d’abord parallèlement aux principaux faisceaux du tissu conjonctif et qui fournissent dans leur trajet un très grand nombre de branches. De celles-ci partent des divisions de plus en plus déliées. Toutes ces divisions et subdivisions, anastomosées entre elles, forment des réseaux qui entourent les faisceaux fibreux de second et de troisième ordre. Elles s’avancent jusqu’à la partie moyenne des fibro-cartilages, quelquefois jusqu’au voisinage de leur bord tranchant. Ces vaisseaux, dans la première partie de leur trajet, sont encore munis de leurs trois tuniques. Leurs dernières ramifications se terminent par des arcades qui affectent les dispositions les plus variées et les plus élégantes. — Les veines, en se continuant avec les artères, forment des anses échelonnées aussi en série linéaire ou disposées par groupes irréguliers

2° Vaisseaux des fibro-cartilages périarticulaires. — Ces fibrocartilages sont beaucoup plus vasculaires que les précédents. Ils ne diffèrent pas sous ce rapport du périoste, dont 011 pourrait les considérer comme une dépendance. Les vaisseaux qu’ils reçoivent pénètrent par leur face externe. Après s’être divisées, subdivisées et anastomosées, les artères et les ^veines viennent se terminer sur leur bord libre par des arcades dont l’arrangement, diversifié à l’infini, rappelle celui qu’on observe sur les fibro-cartilages interarticulaires. Elles se comportent, du reste, à l’égard des faisceaux fibreux, de la même manière.

f. Nerfs. — Les fibro-cartilages reçoivent des nerfs. Ces nerfs accompagnent les vaisseaux qu’ils croisent en se divisant et subdivisant*

Dans les fibro-cartilages interarticulaires, qui ne possèdent des vaisseaux qu’à leur périphérie, les nerfs se distribuent aussi exclusivement à cette partie périphérique. Dans ceux dont les vaisseaux s’étendent plus loin, les nerfs pénètrent également plus profondément. Leur volume, sur quelques points, égale et même surpasse celui des artères. Ils sont remarquables surtout par les divisions multipliées qu’ils échangent. De

ARTHROLOGIE.

leurs anastomoses résultent des plexus, qui peuvent être facilement observés sur une coupe des fibro-eartilages du genou, et mieux encore sur une tranche mince des bourrelets périarticulaires.

Cette multiplicité des vaisseaux et des nerfs dans les fibro-eartilages, et surtout dans les fibro-çartilages périarticulaires nous montre que leur structure est beaucoup plus complexe qu’on ne l’avait pensé, qu’ils peuvent participer et participent très probablement, à la plupart des phlegmasies dont les articulations deviennent le siège, et qu’ils jouent par conséquent, dans les affections articulaires, un rôle trop méconnu jusqu’à présent. L’étude de leurs maladies mériterait de fixer toute l’attention des pathologistes.

g. Cellules adipeuses; synoviale. — Les fibro-eartilages renferment une notable proportion de cellules adipeuses qui se montrent surtout en grand nombre sur le trajet des artères et des veines. A mesure que les vaisseaux se rapprochent du centre des cartilages, elles deviennent plus rares. Sur les parties privées de vaisseaux, elles disparaissent.

Les fibro-eartilages interarticulaires sont placés entre deux membranes synoviales. Celles-ci se continuent avec leur partie périphérique sur laquelle elles se prolongent dans l’étendue de 1 à j2 millimètres. L’épithélium propre à chacune d’elles forme, au niveau de leur terminaison, une ligne finement et inégalement brisée, qui établit leur limite et qui est toujours bien distincte.

Les fibro-eartilages périarticulaires ne sont en connexion qu’avec une seule synoviale. Sur les bourrelets de forme sphéroïde, celle-ci se termine en se continuant avec leur circonférence. Sur les bourrelets annulaires, elle recouvre la plus grande partie de leur surface externe, puis se termine au niveau de leur bord libre.

5“ Propriétés et usages des fibro-eartilages.

Les fibro-eartilages sont doués d’une vitalité bien supérieure à celle des cartilages. Mais ils présentent à cet égard de notables différences; et pour quelques-uns on remarque aussi, sous ce rapport, une différence très grande entre leur partie périphérique et leur partie centrale.

Les fibro-eartilages ont surtout pour attributs leur densité, leur résistance et leur élasticité. Ceux qui occupent l’intervalle des surfaces articulaires sont ceux dans lesquels ces propriétés se montrent le plus développées; elles leur étaient aussi plus nécessaires, puisqu’ils subissent une pression égale à celle que supportent les cartilages. Les autres sont beaucoup plus souples. C’est par cette souplesse, alliée à leur densité et à leur résistance, qu’ils deviennent, pour le rebord des cavités articulaires, des organes de protection.

Les deux ordres de fibro-cartilàges ont pour usage commun de mettre les surfaces articulaires plus largement en rapport. Les fibro-carti lages interarticulaires, il est vrai, n’ajoutent presque rien à ces surfaces • mais ris remplissent les vides qui les séparent, et en les mettant en contact sur tous les points, ils répartissent la pression qu’elles ont à supporter Les fibro-cartilages périarticulaires prolongent, au contraire celle de ces surfaces qui est la plus petite, et en augmentent notablement 1 etendue.

Les premiers, ou interarticulaires, possèdent un autre usage qui leur est propre : ils ajoutent leur mobilité à celle de l’os auquel ils sont plus spécialement annexes, et communiquent à la fois plus d’étendue et plus de variété aux mouvements.

Ils auraient en outre, pour avantage, suivant la plupart des auteurs de protéger les surfaces articulaires en amortissant les efforts quelquefois violents dont elles sont le siège. Cet avantage peut être contesté • il parait au moins douteux. Les articulations temporo-maxillaire, sternoclaviculaire, radio-cubitale inférieure, ne sont pas celles qui ont à subir les plus grandes violences; seule, l’articulation du genou pourrait être invoquée comme un argument en faveur de cette opinion. Mais l’articulation tibio-tarsienne, l’articulation calcanéo-astragalienne, ne sontelles pas exposées aux mêmes violences et même à des violences plus considérables encore? Et cependant elles ne possèdent pas de fibro-cartilages interarticulaires. Pourquoi? Parce que les surfaces superposées se correspondent exactement. Si parmi les articulations du membre inférieur, toutes chargées du poids du corps et placées dans les mêmes conditions, celle du genou est la seule qui possède des fibro-cartilages, c’est parce qu’elle est la seule aussi dont les surfaces articulaires ne se correspondent pas.

• — ligaments.

Les ligaments sont des liens fibreux destinés à unir les surfaces articulaires et à les maintenir dans leurs rapports naturels.

1° Conformation extérieure des ligaments.

Connexions des ligaments. — Considérés dans les connexions qu’ils affectent avec les surfaces osseuses, les ligaments se divisent en trois ordres bien distincts qu’on peut ainsi définir : ligaments périphériques ; ligaments intra-articulaires ; ligaments interosseux.

Les ligaments périphériques offrent d’autant plus de longueur et de laxité, tjue l’articulation est plus mobile; leurs insertions, en d’autres

ARTHROLOGIE.

termes, se rapprochent d’autant plus des surfaces contiguës, el ils deviennent d’autant plus rigides que les mouvements sont plus limités. Comparez les ligaments qui attachent la main à l’avant-bras, le pied à la jambe, et tous ceux, en un mot, qui occupent l’extrémité terminale des membres, à ceux qui occupent leur extrémité opposée; les premiers, par leur brièveté et leur rigidité, forment un constraste remarquable avec les seconds, relativement si longs et si faiblement tendus.

Les grandes articulations de l’épaule et de la hanche sont donc celles dont les liens sont les plus faibles, celles dont les surfaces ont le plus de tendance à se déplacer. Ce sont celles qui se luxent, en effet, le plus souvent; et combien leurs luxations seraient plus fréquentes, si la nature n’avait suppléé ici à la faiblesse des ligaments par le nombre et la puissance des muscles qui les entourent.

Les ligaments intra-articulaires sont les moins nombreux. Situés entre les deux surfaces contiguës, ils se portent très obliquement de l’une à l’autre. La synoviale les enveloppe, sans cependant les contenir dans sa cavité, en sorte qu’ils offrent une surface lisse sur la plus grande partie de leur contour. Brièveté, obliquité, connexion intime avec les séreuses articulaires, tels sont les attributs qui les distinguent.

Les ligaments interosseux , beaucoup plus répandus que les précédents, se rencontrent surtout dans les articulations de la partie terminale des membres. Situés entre deux os juxtaposés, ils remplissent le court intervalle qui les sépare, et contribuent ainsi à maintenir très solidement en contact les surfaces articulaires voisines.

Attaches. — Les ligaments périphériques et interosseux s’attachent sur les os, et leur adhèrent si fortement, qu’à la suite des violences auxquelles toutes les articulations sont exposées, on les voit souvent se déchirer, mais non se décoller. Quelquefois c’est le tissu osseux qui cède, et dont un fragment reste alors suspendu à leur extrémité. — Sur le pourtour de leur insertion, ils se continuent avec le périoste.

Les ligaments intra-articulaires se fixent également aux os; mais ils se continuent aussi en partie avec les cartilages et les fibro-cartilages.

Forme des ligaments. — Elle est extrêmement diversifiée. Les ligaments interosseux n’offrent, pour la plupart, aucune forme déterminée. Ils se moulent sur l’espace compris entre les deux os qu’ils unissent. — Les ligaments intra-articulaires affectent la forme de cordons. Les ligaments périphériques sont en général aplatis, de telle sorte qu’ils répondent à l’articulation par une de leurs faces, et aux parties voisines par la face opposée.

La configuration de ces derniers, du reste, varie presque à l’infini. Quelques-uns constituent une membrane unique qui embrasse toute l’articulation en se portant de l’une à l’autre surface articulaire, à la manière

ligaments.

4yy

d un manchon : on les désigne sous le nom de capsules, de ligaments capsulaires. D autres ne recouvrent qu’une partie de l’articulation • ils sont alors multiples, et affectent tantôt la forme de lames ou de bandelettes; tantôt une figure trapézoide, losangique ou rhomboïdale- plus rarement une figure triangulaire ou rayonnée. Il en est aussi, mais en res petit nombre qui se rapprochent de la forme cylindrique, comme

e ligament latéral externe du genou, ou de la forme conoïde, comme les ligaments odontoïdiens. comme les

Les ligaments capsulaires ne se rencontrent généralement que sur les articulations qui sont entourées par des muscles puissants, et pour lesquelles ces muscles constituent des moyens d’union et de protection ; ainsi

vertT“ se 6t a lahanche’ au‘our des apophyses articulaires de toutes les veitebres. A mesure que le nombre des muscles diminue, celui des liga-

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Par leur face interne, les ligaments capsulaires répondent à la svno na e qu! les revêt sur toute leur étendue, et aux fibro cartilages périar-

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uluiZr relatïVe’ direction’ apports des ligaments. ~ Lorsque plusiems ligaments concourent à maintenir les surfaces articulaires^!

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ZZZ P,lU' ]aPluPart une dir®ction parallèle à celle des os et des ns. Quelques-uns se dirigent obliquement : tels sont les ligaments anterieur et postérieur de l’articulation du poignet, les i'am ZZ raux des doigts et des orteils, etc. - Les ligaments s’appliquent Z leur ce profonde aux deux os correspondants. Leur face superficielle est ouverte quelquefois par des muscles ; mais, le plus habituellement par des tendons, par des gaines tendineuses et par la peau ’

2° Structure des ligaments.

Les ligaments constituent une dépendance du système fibreux Parmi

es divers groupes d’organes qu’embrasse ce système, il nene't lue"!, lui présente une structure plus compliquée et des lésions plus fré-

ARTHROLOGIE.

queutes; aucun surtout dont les altérations entraînent des douleurs aussi vives et des conséquences aussi graves. Leur structure mérite d’autant plus de fixer notre attention, qu’elle semble s’être dérobée jusqu’à présent à la sagacité, si pénétrante cependant, des histologistes de notre époque.

Les ligaments comprennent dans leur structure : des fibres de tissu conjonctif très déliées, mais extrêmement multipliées qui en représentent l’élément fondamental; des fibres de cellules; des fibres élastiques; des artères et des veines en grand nombre; des nerfs volumineux et très abondants aussi. A tous ces éléments s’ajoutent encore des cellules adipeuses, dont la proportion varie beaucoup.

a. — Les fibres de tissu conjonctif sont réunies en faisceaux de volume égal. Dans les ligaments capsulaires, ces faisceaux ne suivent pour la plupart aucune direction déterminée ; ils s’entre-croisent dans tous les sens et circonscrivent des aréoles qui livrent passage aux divisions vasculaires et nerveuses ; c’est dans ces aréoles que se déposent en plus grande abondance les cellules adipeuses. Sur quelques points de ces ligaments, on voit cependant les faisceaux fibreux offrir une disposition plus régulière ; ils prennent alors une direction parallèle.

Dans les ligaments de forme rectangulaire, cylindrique ou conoïde, tous les faisceaux fibreux suivent la même direction. Ils sont séparés par des interstices, dans lesquels cheminent les vaisseaux et les nerfs. — Dans l’intervalle des faisceaux fibreux, on remarque constamment une certaine quantité de tissu conjonctif lâche.

b. Fibres de cellules. — Ces libres présentent un développement très inégal. Les ligaments les plus riches en fibres de cellules sont ceux aussi qui possèdent les plus volumineuses et les plus longues. Au premier rang, sous ce rapport, je placerai les ligaments intervertébraux, dans lesquels on observe des fibres fusiformes à tous les degrés de développement. C’est dans les ligaments interépineux que ces fibres atteignent leur plus grand diamètre; on en chercherait vainement ailleurs d’aussi longues et d’aussi larges; nous avons vu que leurs noyaux, ici très allongés, très étroits, très rapprochés et parallèles, leur donnent, au premier aspect, quelque ressemblance avec les fibres musculaires striées. — Dans la portion centrale des disques intervertébraux, ces fibres se rencontrent aussi en grand nombre; mais elles sont très courtes. Dans la plupart des autres liens articulaires les fibres fusiformes striées disparaissent. Elles sont remplacées par des fibres cylindriques et des fibres à cellules indépendantes; situées entre les faisceaux primitifs, elles suivent exactement leur direction. Leur répartition est du reste extrêmement inégale.

c. — Les fibres élastiques des ligaments présentent une extrême té-

nui té, et sont si rares que leur existence devient souvent difficile à constater. Elles occupent aussi les interstices des faisceaux fibreux.

Dans quelques-uns cependant on les voit se multiplier ; les ligaments jaunes des vertèbres, le ligament cervical postérieur des mammifères, le ligament de l’aile des oiseaux, etc., en sont même exclusivement formés. Mais ces derniers n’ont plus pour unique attribution d’unir les os ; ils leur permettent de s’écarter, puis contribuent ensuite à les rapprocher, jouant ainsi le rôle de moyen d’union et celui d’un ressort qui vient en aide à l’action musculaire.

d. Artères et veines. — La présence des vaisseaux sanguins dans les ligaments est admise par tous les auteurs. Mais telle est l’abondance des fibres de tissu conjonctif dans ces organes, et tel est surtout le degré de condensation sous lequel elles s’y montrent, qu’aucun d’eux ne paraît les avoir poursuivis dans leur épaisseur. Les ayant observés dans toute l’étendue de leur trajet, j’ai été frappé de leur multiplicité. Les ligaments sont aussi vasculaires que le périoste.

Les artères qui se distribuent dans ces organes proviennent de toutes les branches artérielles voisines. Après avoir d’abord rampé à leur surface, elles cheminent dans les interstices des faisceaux fibreux en se divisant, subdivisant et s’anastomosant. D’aréoles en aréoles, elles se répandent dans toutes les parties du ligament, en formant une foule de

Cette figure ne représente qu’une très minime partie des vaisseaux et nerfs visibles ans e c amp de préparation. —1. Artère, pourvue encore de sa tunique musculaire. - 2. Veine accompagnant cette artère. - 3. Rameau nerveux suivant le trajet des vaisseaux. 4. Autre rameau plus délié, s’anastomosant avec le précédent. — .’ amifications anastomotiques. — 6, 6. Autres anastomoses étendues du prin-

cipal rameau a des divisions secondaires.

ARTHROLOGIE.

petits plexus que des branches anastomotiques relient les uns aux autres, et qui, ainsi reliés, constituent un seul et riche réseau, contenant dans ses mailles tous les faisceaux fibreux.

Dans la plupart des ligaments, les artères pénètrent par leur face superficielle ou sous-cutanée: elles cheminent de la périphérie vers les couches profondes, en se divisant et subdivisant, et forment au-dessous de la synoviale un réseau à mailles très serrées. Les couches fibreuses, immédiatement recouvertes par les membranes synoviales, sont donc les plus vasculaires. Cette disposition rappelle le mode de distribution des vaisseaux dans l’épaisseur de la peau, où ils cheminent aussi d’aréoles en aréoles, et de la surface adhérente vers la surface libre, pour constituer au-dessous des papilles un des plus riches réseaux de l’économie.

Ces artères sont encore munies de leurs trois tuniques à leur entrée dans les ligaments. Beaucoup d’entre elles conservent leur tunique musculaire jusque dans l’épaisseur des couches moyennes, et quelquefois au delà : d’où il suit qu’on peut très facilement les distinguer des veines, les suivre dans leur trajet, et même observer toutes les modifications de texture qu’elles subissent en se rapprochant des capillaires.

Les veines accompagnent les artères. A leur origine, elles se continuent avec celles-ci par l’intermédiaire des capillaires, qui décrivent des arcades dont la convexité se tourne pour toutes du même côté. L’artère, la veine et les capillaires étendus de l’une à l’autre, vus dans leur ensemble, représentent un très élégant réseau, dont les anses terminales répondent, tantôt à l’extrémité des deux vaisseaux, tantôt à leur partie latérale, et les enlacent quelquefois sur toute leur longueur. En général, il n’existe qu’une veine pour une artère. Ces veines s’anastomosent comme les branches artérielles.

e. Nerfs. — Tous les ligaments reçoivent des ramuscules nerveux, et presque tous en reçoivent un très grand nombre. Sous ce point de vue, ils pourraient être assimilés aussi au périoste.

Ces nerfs, ainsi que les veines, s’accolent aux artères dans la plus grande partie de leur trajet, en sorte que, lorsqu’on aperçoit un tronc, une branche ou un simple rameau artériel, on est à peu près certain que dans son voisinage on trouvera une veine et une ou plusieurs divisions nerveuses. Celles-ci accompagnent ordinairement les vaisseaux sanguins jusqu’à leur extrémité terminale, en leur restant plus ou moins parallèles. Quelquefois aussi elles s’en écartent, pour se porter vers d’autres troncs ou rameaux vasculaires auxquels elles s’unissent.

Dans leur trajet, les nerfs se divisent dichotomiquement sur certains points; ils émettent sur d’autres de simples branches collatérales, qui échangent entre elles de continuelles divisions par lesquelles elles

s’anastomosent. Au milieu des réseaux sanguins, on observe donc des plexus nerveux dont les mailles s’entremêlent.

Plus on se rapproche de l’extrémité terminale des rameaux nerveux, plus aussi le nombre des tubes dont ils se composent diminue. Au voisinage des vaisseaux capillaires, ils ne sont plus formés que de six àhuit tubes qui se réduisent bientôt à quatre ou cinq, puis à deux ou trois. Ces filets, si déliés qu’ils soient, peuvent être facilement suivis. Cependant je n’ai pu constater leur mode de terminaison.

Les divisions nerveuses si abondamment répandues dans tous les liens articulaires, se composent de tubes qui diffèrent très notablement par leur diamètre. Il en est de très gros, de moyennes dimensions et de très minimes. Chacun de ces tubes est pourvu, du reste, de ses trois éléments : gaine de Schwann, myéline, cylindraxe. Ils président à la sensibilité des ligaments et très probablement aussi ils tiennent sous leur dépendance les phénomènes de nutrition dont ces organes sont le siège.

Cette sensibilité des ligaments est très vive, mais d’une nature spéciale, bien différente de celle des parties superficielles du corps. — Destinée à nous informer de tout ce qui se passe autour de nous, cette dernière s’éveille au moindre contact; elle s’irrite aux attouchements d’un poil ou des barbes d’une plume ; l’insecte le plus microscopique et le plus inoffensif ne peut s’appliquer à la surface de la peau sans que nous soyons aussitôt prévenus de sa présence. Les ligaments sont insensibles à tous les attouchements, à toutes les pressions, à toutes les irritations mécaniques. Mis à nu sur un animal vivant, on peut les toucher, les comprimer, les diviser, les cautériser même, sans qu’il manifeste de grandes souffrances. Mais que l’articulation soit soumise à des mouvements de torsion ou d’élongation forcée, aussitôt il s’agite et fait entendre un cri de douleur. La sensibilité des ligaments se trouve donc en harmonie avec leur destination. Ils jouent le rôle de liens, et comme tels ils sont doués d’une certaine somme de résistance. Lorsque la force qui met cette résistance en jeu est modérée, nous n’éprouvons aucune sensation pénible. Lorsqu’elle devient plus énergique, l’intégrité des liens articulaires peut être compromise; la sensibilité s’éveille alors, pour nous révéler le danger qui les menace.

Les ligaments sont donc particulièrement sensibles à l’action de toutes les causes qui mettent en jeu leur résistance; de là les sensations douloureuses qui se manifestent dans les articulations maintenues quelque temps dans une attitude forcée; de là les douleurs qui accompagnent l’entorse, celles qui succèdent aux luxations, celles qui se produisent au moment où le chirurgien cherche à les réduire. Le supplice de l’écartèlement, autrefois mis en usage, peut être considéré comme l’un des plus cruels qui aient été inventés.

ARTHROLOGIE.

Celte sensibilité s’exalte sous l’influence de toutes les inflammations aiguës ou chroniques qui peuvent atteindre nos articulations. Elle prend alors le caractère de la douleur, et quelquefois de la douleur la plus atroce. C’est cette sensibilité exaltée par un état morbide qui fait le tourment des malades pendant une attaque de goutte; c’est elle qui, dans le rhumatisme articulaire aigu, cause leur effroi à la perspective du moindre ébranlement; c’est elle aussi qui les porte instinctivement, lorsqu’ils sont affectés de tumeurs blanches, à placer leurs membres dans la demi-flexion, position qui a pour avantage de mettre les ligaments dans le plus grand état de relâchement possible.

f. Tissu adipeux. — Ce tissu occupe les interstices et les aréoles des faisceaux fibreux. Il forme souvent de longues traînées sur le trajet des vaisseaux. D’autres fois il s’accumule sur certains points ; ou bien il se dépose dans les mailles des réseaux capillaires et des plexus nerveux ; il se trouve, en un mot, très irrégulièrement disséminé. Chez quelques individus, les ligaments en contiennent une notable quantité; chez d’autres, il se montre moins abondant. Mais on le rencontre chez tous, même chez les enfants et chez les adultes les plus émaciés.

g. Vitalité , propriétés des ligaments. — Considérés jusqu’à présent comme des organes recevant seulement quelques rares vaisseaux et quelques filets nerveux plus rares encore, les ligaments ont été rangés au nombre des parties qui 11e possèdent qu’un faible degré de vitalité. Une étude plus complète de leur structure nous a montré combien était grande cette erreur contre laquelle l’observation clinique protestait si hautement. Composés des mêmes éléments que le périoste, leur vitalité n’est pas moins énergique que la sienne et les maladies dont ils peuvent devenir le siège ne sont ni moins fréquentes ni moins graves.

La résistance et la flexibilité sont les propriétés les plus caractéristiques des ligaments. On ne voit nulle part ces deux attributs s’associer à un si haut degré ; nulle part aussi une semblable association ne semblait plus utile. C’est grâce à cette association que les surfaces articulaires peuvent jouer l’une et l’autre avec une si grande facilité en restant toujours parfaitement contiguës.

E. — Synoviales.

Les synoviales sont des membranes qui tapissent les cavités articulaires et qui déposent sur leurs parois un liquide onctueux appelé synovie. En s’appliquant sur les diverses parties qui contribuent à les former, elles les relient entre elles et les complètent, en sorte que ces cavités ont pour caractère commun d’être hermétiquement closes. En déposant sur leur surface un liquide onctueux, elles favorisent leur jeu réciproque.

SYNOVIALES,

Le rôle qui leur est confié ne diffère donc pas de celui des membranes séreuses, à la grande famille desquelles elles appartiennent en effet.

1° Disposition générale des membranes synoviales.

Le génie de Bichat l’avait entraîné à considérer les synoviales comme partout continues, répondant par leur surface externe aux parties cartilagineuses et fibreuses, et s’appliquant à elles-mêmes par leur surface interne, lisse et unie. Chacune d’elles était à ses yeux une séreuse, fermée de toutes parts, liée par une adhérence intime aux parties sousjacentes, mais différant de celle-ci par son organisation, ses fonctions, ses maladies.

En les envisageant ainsi, cet auteur réalisait un progrès; car on ne saurait contester que les synoviales présentent, en effet, une structure, des attributions et des affections qui leur sont propres.

Il se trompait seulement sur un point d’une importance secondaire. Ces membranes ne forment pas des cavités closes; elles représentent une sorte de manchon qui s’étend de l’une à l’autre surface articulaire, et qui s’arrête sur le pourtour des cartilages. On peut leur considérer par conséquent deux extrémités, une face externe ou adhérente, et une face interne libre et unie.

Par leurs extrémités, les séreuses articulaires se continuent avec la circonférence des cartilages qu’elles recouvrent dans l’étendue de quelques millimètres. Cette continuité ne s’opère pas brusquement, mais graduellement; le bord, finement dentelé, par lequel se termine leur couche épithéliale, établit très nettement la ligne de démarcation.

Dans les articulations pourvues de fibro-cartilages périarticulaires, la synoviale se contimïe, d’un côté avec la circonférence du cartilage, de l’autre avec le bord libre du bourrelet fibro-cartilagineux.

Pour celles qui possèdent des fibro-carlilages interarticulaires, la séreuse est toujours double, quelquefois triple. Ainsi, dans les articulations temporo-maxillaire et sterno-claviculaire, il existe deux synoviales qui se fixent chacune, d’une part, au pourtour des cartilages correspondants, de l’autre, au pourtour du fibro-cartilage sur lequel elles s’avancent de 3 ou 4 millimètres. Dans l’articulation du genou qui possède deux fibro-cartilages, la séreuse est triple; il y a une grande séreuse qui se porte des condyles du fémur à ces fibro-cartilages, et deux autres très petites, étendues de ceux-ci au tibia.

Les synoviales, en se portant de l’une à l’autre surface osseuse, suivent rarement un trajet rectiligne ; c’est seulement dans les articulations très serrées qu’elles se comportent ainsi. Le plus ordinairement elles débordent par leurs extrémités l’interligne articulaire, puis se réfléchissent sur les os pour atteindre cet interligne. Elles présentent par conséquent

ARTHROROGIE.

deux culs-de-sac qui se regardent par îeur concavité, très variables du reste dans leur disposition. Ces culs-de-sac ont pour avantage de communiquer aux ligaments périphériques une certaine mobilité, en leur permettant de glisser sur les os au moment où ceux-ci se déplacent.

Par leur face externe, les séreuses articulaires se trouvent en rapport avec les ligaments et au niveau de leur partie réfléchie avec le périoste, plus rarement avec les tendons et les muscles. Elles adhèrent étroitement aux ligaments intra-articulaires, qu’elles embrassent, et d’une manière plus intime encore aux ligaments périphériques, sans cependant s’identifier avec ces derniers. — Au voisinage du périoste, ces membranes sont beaucoup moins adhérentes. Dans le court trajet qu’elles parcourent en passant des ligaments sur les os, leur surface externe n’est unie aux parties voisines que par un tissu conjonctif lâche; sur certains points elle devient libre, ou n’est plus recouverte que par une mince couche cellulo-adipeuse.

Leur face interne présente l’aspect uni qui est propre à toutes les séreuses. Sur le trajet des deux culs-de-sac précédemment mentionnés, c’est-à-dire au-dessus et au-dessous des interlignes articulaires, elle entre en contact avec elle-même. Dans toute son étendue, cette surface est lubrifiée par un liquide filant, de couleur jaunâtre, qui constitue la synovie.

2° Prolongements des synoviales.

Ces membranes présentent des parties saillantes et rentrantes qui en accroissent l’étendue, et qu’on peut diviser en trois ordres :

Les plus considérables et les plus rares se voient au-dessous de quelques tendons dont ils facilitent le glissement.

D’autres, assez rares aussi et très minimes, s’insinuent entre les faisceaux fibreux des ligaments, et affectent la forme de petits follicules.

Les derniers, infiniment plus multipliés, flottent sur les parois de la cavité articulaire; ils sont connus sous le nom de franges synoviales.

a. — Les prolongements destinés à favoriser le glissement des tendons se rencontrent sur les grandes articulations, au genou, à la hanche, à l’épaule, où l’un d’eux accompagne le tendon de la longue portion du biceps, et un autre la face profonde du tendon du sous-scapulaire; quelquefois il en existe un troisième qui correspond au tendon du muscle sous-épineux. Le plus remarquable de tous est celui qu’on observe audessous du tendon du triceps fémoral. La plupart ne communiquent avec la séreuse articulaire que par une ouverture plus ou moins étroite. On peut les considérer comme autant de bourses séreuses qui étaient d’abord indépendantes de la synoviale, et qui plus tard sont entrées en

SYNOVIALES. 507

communication avec celle-ci. Elles appartiennent plutôt aux tendons qu’aux séreuses articulaires.

b. — Les prolongements folliculaires, signalés en 1843 par les frères Weber (1), mieux étudiés et bien décrits par Gosselin un peu plus tard, pénètrent, par leur extrémité arrondie, entre les faisceaux fibreux des ligaments, et communiquent avec la cavité de la séreuse par un orifice punctiforme, quelquefois un peu allongé. Gosselin, qui les désigne sous le nom de cryptes ou follicules synovipcires (2), les considère avec raison comme le point de départ de ces tumeurs enkystées ou ganglions qu’on observe assez souvent sur le pourtour de certaines articulations et particulièrement sur la face dorsale du poignet.

Indépendamment de ces prolongements bursiformes qu’on remarque dans certains ligaments, il en est d’autres qui occupent l’épaisseur des fibro-cartilages, et qui peuvent prendre aussi un assez grand développement. C’est dans la partie antérieure des fibro-cartilages interarticulaires du genou qu’on les observe le plus ordinairement. J’en ai rencontré également sur le bourrelet cotyloïdien, au niveau de l’échancrure de la cavité cotyloïde ; ils s’ouvraient sur la face externe du bourrelet. Chez un adulte, j’ai vu sur cette face un petit kyste synovial former une saillie arrondie du volume d’un pois ; chez un autre individu, le kyste faisait la même saillie en dehors du bourrelet, mais se prolongeait sur une étendue de plus de 2 centimètres dans son épaisseur.

c. — Les prolongements qui font saillie sur la surface interne des synoviales sont incomparablement les plus nombreux. Il en existe dans toutes les articulations. Mais on les voit se multiplier d’autant plus, que celles-ci présentent des surfaces plus étendues. C’est sur la séreuse articulaire de la hanche et sur celle du genou qu’ils se montrent en grand nombre et dans toutes leurs variétés. Leur bord, irrégulièrement découpé, les a fait comparer par les anciens à autant de petites franges, d’où le terme générique de franges synoviales.

Les franges synoviales répondent le plus habituellement aux deux extrémités des séreuses articulaires. Elles reposent pour la plupart sur cette partie des séreuses qui adhère au périoste, et occupent par conséquent le voisinage des cartilages quelles entourent à la manière d’une couronne. D’autres sont situées sur le pourtour des fibro-cartilages, et plus particulièrement sur le pourtour des fibro-cartilages périarticulaires. D’autres se voient sur la périphérie des ligaments intra-articulaires, vers leurs extrémités. En un mot, c’est au niveau des interlignes articulaires qu’on les rencontre. Cependant on en trouve aussi sur

(1) G. et E. Weber, Encyclopédie anatomique , t. III, p. 322 et 360.

(2) Gosselin, Rech. sur les kystes synoviaux ( Mém . de VAcad. deméd., t. XVI, p. 391).

ARTHROLOGIE.

d’autres points, mais plus rarement et en moins grand nombre.

Pour prendre de leur multiplicité et de leurs infinies variétés une notion exacte, il importe de les examiner sous l’eau. On peut alors reconnaître que certains prolongements constituent de véritables replis, et que les autres représentent de simples filaments semblables aux villosités.

Les replis varient considérablement dans leurs dimensions. Les plus grands atteignent une hauteur de 8 à 10 millimètres, et une longueur de 12 à 15. Les plus petits sont filiformes. En passant des uns aux autres, on observe toute une longue série décroissante de replis intermédiaires. Ils offrent, pour la plupart, une forme lamelleuse ou foliacée, et se superposent de telle sorte que les principaux se trouvent souvent recouverts sur leurs deux faces par des replis du second, du troisième et même du quatrième ordre. De là des groupes ou bouquets de franges dont l’aspect se diversifie à l’infini. — Parmi les replis filiformes, il en est qui présentent jusqu’à 8, 10, 12 et 15 millimètres d’étendue. De même que les replis lamelliformes, ils peuvent être simples ou composés. — Certains replis ne renferment qu’un peu de tissu conjonctif, des vaisseaux et quelques rares cellules adipeuses. Mais entre les deux lames qui les forment, on remarque dans le plus grand nombre d’entre eux un amas plus ou moins considérable de ces cellules auxquelles ils sont redevables de leur épaisseur et de leur couleur jaunâtre. Lorsque leurs vaisseaux sont très développés, ils prennent une couleur d’un jaune rougeâtre, ou même tout à fait rouge. Au milieu des cellules adipeuses, dans leur partie centrale, on observe aussi quelquefois une ou plusieurs cellules de cartilage. Sous l’influence d’une cause encore peu connue, il n’est pas très rare de voir celles-ci se multiplier; elles donnent alors naissance à une lamelle fibro-cartilagineuse qui flotte dans l’articulation, pouvant s’isoler et passer à l’état de corps étranger.

Les saillies qui simulent les villosités sont plus nombreuses encore que les précédentes. Quelques-unes reposent immédiatement sur la surface interne de la synoviale. Mais l’immense majorité occupe le bord libre des franges. Sur le bord d’une frange de moyenne dimension, on peut en compter souvent de dix à douze, et quelquefois plus. Leur longueur varie d’un demi-millimètre à un centimètre. Toutes celles qui reposent sur le même bord offrent une direction plus ou moins parallèle. Dépourvues de cavité, de cellules adipeuses et de vaisseaux, elles sont formées seulement par du tissu conjonctif et une couche épithéliale.

Les prolongements qui flottent sur la surface interne des membranes synoviales ont été considérés par Clopton Havers comme autant de glandes préposées à la sécrétion de la synovie. Lacauchie, en 1844, a cherché à restaurer cette opinion en admettant une nouvelle classe de glandes qu’il appelle glandes en saillie. Mais ces prolongements ont manifestement pour destination principale de remplir les vides qui tendent à se produire

SYNOVIALES.

dans toutes les diarthroses pendant l’exercice des mouvements. C’est pourquoi ils se tiennent sur le pourtour des interlignes articulaires toujours prêts à se porter de la périphérie vers le centre de l’articulation, ou du centre vers sa périphérie, suivant qu’ils se trouvent attirés ou repoussés. S’ils participent à la formation de la synovie, c’est seulement par l’étendue qu’ils ajoutent à la superficie des séreuses articulaires.

3° Structure des synoviales.

Les membranes synoviales sont formées de deux couches, l’une externe, de nature conjonctive, l’autre interne ou épithéliale. Elles possèdent des artères, des veines, et contiennent en outre dans leur épaisseur des cellules adipeuses.

La couche externe se compose de fibres de tissu conjonctif, réunies en petits faisceaux sur certains points et sur d’autres en faisceaux plus larges ; ces faisceaux s’entre-croisent dans tous les sens.

La couche endothéliale est constituée par des cellules aplaties qui forment plusieurs couches ; elle représente, en un mot, un épithélium pavimenteux stratifié, dont l’existence est constante et peut être facilement constatée sur toute l’étendue de la synoviale. Comme la précédente, cette couche se termine sur la circonférence des cartilages.

Les vaisseaux affluent en grand nombre vers les synoviales. On remarque dans toute l’étendue de leur couche libreuse un réseau à mailles serrées. Les artérioles et veinules contribuant à le former proviennent de celles des ligaments sur les points où la séreuse leur adhère, et directement de celles des parties voisines sur les points où elle n’est plus en rapport avec ces organes.

Au niveau des franges synoviales on peut très facilement suivre les artérioles jusqu’à leur terminaison, et les voir se continuer avec les radicules veineuses. En général, les veines sont plus volumineuses: elles sont remarquables aussi par leurs anastomoses plus multipliées, par leurs flexuosités très prononcées, par leur enroulement, et leur abondance sur certains points.

Les nerfs qui pénètrent en si grand nombre dans les ligaments s’étendent-ils jusqu’aux synoviales? Je ne voudrais pas affirmer que quelquesunes de leurs dernières divisions ne viennent pas se distribuer dans ces membranes. Mais, s’il en est ainsi, elles sont bien déliées et bien rares. Jusqu’à présent leur existence ne m’est pas démontrée ; et cependant les séreuses se présentent dans les conditions les plus favorables pour ce genre de recherches. L’observation nous enseigne du reste que les synoviales sont à peine sensibles. Sur les animaux vivants, après les avoir mises à nu, on peut les toucher, les irriter, sans produire de la

AIITHROLOGJE.

douleur. Chez l’homme, à la suite d’une désarticulation, on peut constater également qu’elles sont insensibles au contact. Dans l’hydarthrose aiguë, la ponction et l’évacuation du liquide calment, il est vrai, la douleur; et. l’on attribue assez généralement ce résultat au retrait de la synoviale. Je ferai remarquer que ce n’est pas seulement cette membrane qui est le siège de l’inflammation ; ce sont aussi les ligaments, alors allongés et fortement tendus. Ainsi enflammés et allongés, ils deviennent la cause réelle et principale des souffrances du malade. Si celui-ci éprouve du soulagement à la suite de la ponction, ce n’est donc pas par suite du retrait de la séreuse, mais par suite du relâchement de tous les liens articulaires.

Un tissu adipeux recouvre la face externe des synoviales, sur les points où elles ne correspondent pas aux ligaments. Cette couche adipeuse varie beaucoup, du reste, dans son épaisseur.

F. — Mouvements des diarthroscs.

Les diarthroses présentent des mouvements qu’on peut rattacher à quatre modes principaux : Y opposition^ la circumduction , la rotation , le glissement.

Le mouvement (T opposition est un des plus répandus. On le rencontre dans presque toutes les articulations. — Pour quelques-unes, comme celles des phalanges par exemple, ce mouvement est simple; l’os le plus mobile se fléchit et s’étend tour à tour. L’opposition a lieu d’arrière en avant et d’avant en arrière, dans une direction plus ou moins parallèle au plan médian du corps. — Pour d’autres, l’os se meut dans une direction perpendiculaire à celui-ci; on donne le nom d 'adduction au mouvement par lequel il se rapproche du plan médian, et celui d’ abduction au mouvement par lequel il s’en éloigne.

Ces mouvements d’opposition varient l’un et l’autre beaucoup d’étendue, suivant la diarthrose que l’on considère; c’est dans les articulations de l’humérus avec l’épaule, et du fémur avec le bassin, qu’ils atteignent leur plus grand développement. La première, sous ce point de vue, l’emporte très notablement sur la seconde. Destiné à nous mettre en rapport avec les êtres qui nous entourent, le membre supérieur se distingue surtout par la grande étendue de son mouvement d’abduction. Organe de sustentation et de locomotion, l’inférieur se meut d’avant en arrière beaucoup plus que de dedans en dehors.

Dans les autres articulations pourvues des mêmes mouvements, on voit l’adduction et l’abduction se réduire plus encore, tandis que la flexion et l’extension augmentent au contraire d’étendue. Voyez dans l’articulation du poignet, dans celle du pied avec la jambe, l’étendue des mouvements antéro-postérieurs, et la brièveté des mouvements laté-

MOUVEMENTS DES DIARTHROSES. 511

raux. Dans les articulations du métacarpe avec les doigts les premiers semblent s’accroître encore aux dépens des seconds.

La circumduction est le mouvement dans lequel l’os décrit une sorte de cône, dont le sommet répond à son extrémité supérieure et la base à son extrémité opposée. En décrivant ce cône, il se trouve successivement en adduction, flexion, abduction, extension, et dans toutes les situations intermédiaires. La circumduction comprend donc tous les mouvements de l’opposition simple ou multiple.

Ce mode de mouvement étant composé de l’ensemble des mouvements d’opposition, il se trouve en quelque sorte subordonné à ces derniers. Lorsque ceux-ci sont tous également étendus, le cône est régulier. Lorsque deux d’entre eux sont très étendus, et les autres plus limités, le cône s’allonge dans un sens et se rétrécit dans l’autre; de circulaire qu’il était, sa base devient elliptique, et le devient d’autant plus que la flexion et l’extension sont plus prédominantes.

Les articulations qui possèdent le mouvement de circumduction ou mouvement en fronde, sont moins nombreuses que celles dont les mouvements se font seulement en sens opposés. Nous verrons cependant qu’elles ne sont pas aussi rares que le pensent quelques auteurs.

Le mouvement de rotation diffère beaucoup du précédent. L’os qui en est le siège ne se déplace pas; il tourne autour d’un axe. Chaque point de sa circonférence décrit un arc de cercle en se portant alternativement de droite à gauche et de gauche à droite, ou bien d’avant en arrière et d’arrière en avant, ou bien encore de dedans en dehors et de dehors en dedans. A la rotation se réunit donc ici l’opposition simple.

Ce mouvement n’appartient qu’à un petit nombre d’articulations, lesquelles présentent deux modes de conformation très différents.

Les unes, comme celle de l’épaule et celle de la hanche, sont constituées par des segments de sphère; et chacun des os qui concourent à les former est doué du mouvement de rotation ; cependant le fémur en est le siège le plus habituel. Celui-ci étant coudé au voisinage de l’articulation, le mouvement 11e s’opère pas autour de son axe, mais autour d’une ligne étendue de sa tête à son extrémité inférieure.

Les autres sont formés par des cylindres qui s’emboîtent, de telle sorte que le cylindre contenu devient pour le cylindre extérieur un véritable pivot. Tantôt c’est le cylindre extérieur qui se meut autour du pivot, et tantôt c’est le pivot qui tourne autour de son axe.

De même que l’opposition et la circumduction, la rotation a aussi ses degrés divers. Elle se trouve réalisée sous son type le plus parfait dans l’articulation de l’apophyse odontoïde de l’axis avec l’atlas.

Le glissement est un mouvement propre à toutes les diarthroses. Dans l’opposition, la circumduction, la rotation, les surfaces articulaires glis-

ARTHROLOGIE.

sent l’une sur l’autre. Mais un grand nombre d’articulations ne possèdent que ce mouvement de glissement par lequel l’un des os ou tous les deux se portent en sens opposé. Ainsi isolé, il est surtout caractérisé par les étroites limites qui lui sont imposées.

Les apophyses articulaires des vertèbres, les os du carpe et du métacarpe, ceux du tarse et du métatarse, ne possèdent que ce simple mouvement de glissement.

G. — Classification des diarthroses.

La classification des diarthroses a été à toutes les époques un sujet de controverse et de dissidence pour les anatomistes. Aujourd’hui ou tant de progrès se trouvent réalisés, la dissidence persiste ; et l’on peut prévoir qu’elle persistera indéfiniment, car elle est inhérente à la nature même du sujet. Lorsque l’on compare les articulations mobiles dans le but de les classer, on ne tarde pas à reconnaître en effet que toute classification rigoureuse est impossible. Mais l’imperfection n’est-elle pas un caractère commun à toutes nos classifications ? N’oublions pas d’ailleurs qu’une classification n’est qu’un moyen d’étude. Il convient donc de ne pas lui attacher une importance trop grande.

La mobilité ayant été invoquée pour diviser toutes les articulations en trois classes, il était rationnel de la faire intervenir aussi pour établir les divers genres de diarthroses. Partant de ce principe qui avait le grand avantage de donner à la classification une base uniforme, Bichat admet cinq genres d’articulations mobiles.

L e premier genre comprend les articulations qui possèdent tous les mouvements : ex., l’articulation de l’épaule, celle de la hanche.

Le deuxième se compose des articulations qui possèdent tous les mouvements, moins la rotation: ex., les articulations temporo-maxillaires, métacarpo-phalangiennes, etc.

Le troisième embrasse les articulations qui n’ont reçu en partage que l'opposition simple, comme les articulations phalangiennes.

Le quatrième comprend les articulations dont la rotation est l’unique mouvement : telles sont les articulations radio-cubitales.

Le cinquième est formé par les articulations dont les mouvements se réduisent à un simple glissement.

Cette classification est une des meilleures qui ait paru. Les cinq genres qu’elle comprend sont vrais et bien distincts. Nous verrons cependant que le second genre doit être dédoublé; en outre il renferme plusieurs articulations qu’on peut rattacher au premier. Mais le reproche le plus important qui lui ait été adressé est relatif à la base trop exclusivement physiologique sur laquelle elle repose.

CLASSIFICATION DES DIARTHROSES. 513

Celle qu’avaient adoptée les anciens était plus anatomique que physiologique. Prenant surtout en considération le mode de configuration des surfaces articulaires, ils distinguaient les diarthroses en trois genres : Y énarthrose , Yarthrodie, le ginglyme.

V énarthrose , ou diarthrose orbiculaire, comprend les articulations dont les surfaces représentent des segments de sphère.

L ’arthrodie, ou diarthrose planiforme , embrasse toutes celles dont les surfaces sont planes et ne peuvent que glisser l’une sur l’autre.

Au ginglyme , ou diarthrose alternative, se rattachent celles qui sont configurées et qui se meuvent à la manière des charnières. Il en existe deux espèces. — Dans l’une les os se fléchissent et s’étendent, en formant un angle plus ou moins ouvert, d’où le nom de ginglyme angulaire que lui a donné Winslow. Dans l’autre, l’un des os tourne autour d’un axe : c’est le ginglyme latéral ou Y articulation en pivot du même auteur. Mais ce dernier mode d’articulation diffère beaucoup du ginglyme, et depuis longtemps déjà il en avait été séparé sous le nom de trochoïde (de tPoXoç, roue ; eïôoç, forme). Il peut être simple comme celui qui est formé par l’union de l’apophyse odontoïde avec l’atlas, ou double, comme celui qui résulte de l’union du radius avec le cubitus.

Cette classification, déjà adoptée par Galien, est celle qui a été le plus généralement admise. Elle a le mérite de la simplicité. Tous les genres qu’elle renferme sont très distincts. Le troisième cependant, ou ginglyme, se rapproche des articulations, qui diffèrent notablement et qu’on regrette de voir confondues.

Je lui reprocherai d’attacher une importance trop exclusive à la configuration des surfaces articulaires, de même que j’ai reproché à celle de Bichat de reposer trop exclusivement sur les mouvements. L’une et l’autre, comme toutes celles qui ont paru, et qui en représentent du reste une simple modification, sont des classifications linnéennes. Or ce n’est pas uniquement la configuration des surfaces ou leur mobilité qu’il importe de prendre en considération, mais toutes les parties qui contribuent à former une articulation. Une bonne classification doit tenir compte des surfaces articulaires, des fibro-cartilages qui en dépendent, des ligaments qui les unissent et des mouvements qu’elles présentent.

Aux classifications linnéennes, depuis longtemps abandonnées dans toutes les autres branches de la science, nous substituerons donc une classification naturelle, reposant sur une base à la fois anatomique et physiologique. En partant de ce principe, nous diviserons les diarthroses en deux ordres : celles dont les surfaces se correspondent, et celles dont les surfaces ne se correspondent pas.

Le premier ordre est celui qui embrasse le plus grand nombre d’articulations ; il comprend six genres.

ARTHRüLOGIE,

1° Les articulations à surfaces sphéroïdes : c’est Y énarthrose ou diar- Ihrose orbiculaire des anciens. Ex. : l’articulation de la hanche, celle de l’épaule, celles des métacarpiens avec les phalanges, etc.

2° Les articulations à surfaces ellipsoïdes, dont l’une est convexe et porte le nom de condyle : ce sont les articulations unicondy Hernies. Ex. : l’articulation du poignet.

3° Les articulations à surfaces cylindro'ides, l’une et l’autre convexes et concaves dans deux sens réciproquement perpendiculaires : c’est 1 ' articulation f)ar emboîtement réciproque. Ex. : l’articulation métacarpophalangienne du pouce.

4° Les articulations à surfaces cylindro'ides concaves et convexes aussi dans deux sens réciproquement perpendiculaires ; mais la concavité prédomine sur l’une, et la convexité sur l’autre : c’est la charnière des anciens, le ginglyme angulaire de Winslow, la trochlée des auteurs modernes. Ex. : l’articulation du coude, celle des phalanges.

5° Les articulations à surfaces cylindro'ides, tournant autour d’un axe: c’est la trochoïde de Fallope, le ginglyme latéral ou articulation pivotante de Winslow. Ex. : l’articulation radio-cubitale inférieure.

6° Les articulations à surfaces plus ou moins planes : c’est Y arthrodie de tous les auteurs. A ce dernier genre se rattachent les articulations de la plupart des os du carpe et du tarse, celles des métacarpiens entre eux et avec les os sus-jacents, celles des métatarsiens, etc.

Le second ordre des diarthroses comprend trois genres, qui, chez l’homme, ne renferment chacun qu’une seule espèce.

1° Les articulations à deux condyles, ou bicondyliennes , dont les surfaces, l’une et l’autre convexes, se correspondent par l’intermédiaire d’un lîbro-cartilage biconcave. Ex. : l’articulation temporo-maxillaire.

2° Les articulations à deux trochlées, ou bitrochléennes , dont les surfaces se correspondent en partie aussi par l’intermédiaire de deux iibrocartilages. Ex. : l’articulation du genou.

3° Enfin les articulations dont les surfaces ne se correspondent pas, et dont la correspondance n’est pac rétablie par un fibro-cartilage. Ex. : l’articulation des apophyses articulaires inférieures de l’atlas avec les aphophyses articulaires supérieures de l’axis.

Cette classification tient largement compte de toutes les conditions essentielles des articulations. Peut-être lui reprochera-t-on de trop multiplier les genres. Mais remarquez que cet accroissement de nombre est la conséquence nécessaire de la division des diarthroses en deux ordres, et que l’établissement d’un second ordre, jusqu’ici passé sous silence, est une distinction fondamentale ; car il importait de ne plus confondre les articulations dont les surfaces sont réciproquement configurées avec celles dont les surfaces présentent une configuration inverse ou très

CLASSIFICATION DES DIARTHROSES. 5j5

différente. On peut voir d’ailleurs que les genres du second ordre rappellent en partie ceux du premier, dont ils se rapprochent à certains égards, mais dont ils s’éloignent trop sous plusieurs rapports pour il avoir pas une place à part.

I ordre. Articulations dont les surfaces se correspondent.

1er GENRE. — ÉNARTHROSE.

Ce premier genre est un des plus naturels. Il a pour attributs le mode de configuration de ses surfaces articulaires, la disposition des ligaments qui les unissent, et les mouvements qu’elles présentent.

I» Surfaces articulaires : deux segments de sphère, l’un convexe, qui poi te le nom de Me, l’autre concave, qui prend celui de cavité. Cette cavité est agrandie par un fibro-cartilage, qui tantôt en recouvre tout le pourtour, et tantôt une partie seulement.

2° Moyens d’union : un ligament capsulaire, lorsque le fibro-cartilage embrasse tout le pourtour de la cavité; deux ligaments latéraux, lorsque celui-ci n en recouvre qu’une partie. ' 4

3" Mouvements : le glissement, l’opposition, la circumduction et la îotation, cest-a-dire une mobilité extrême, lorsque le moyen d’union une capsule ; tous ces mouvements, moins la rotation, lorsque la capsuie est remplacée par deux ligaments latéraux.

Le genre énarthrose n’est donc pas limité à deux articulations

nüaX l’ f , ‘iépaUle 6t C6lle ^ k hanche’ A ce «eni'e viennent se îa tacher les articulations métacarpo- et métatarso-phalangiennes, l’articulation astragalo-scaphoïdienne, etc.; dans toutes, en effet, les surfaces articulaires sont des segments de sphéroïde et toutes possèdent un nbio-cartilage d agrandissement.

2e GENRE. — ARTICULATIONS UNICONDYLIENNES.

Surfaces articulaires : deux segments d’ellipsoïde, l’un convexe appelé condyle , l’autre concave et plus petit.

Moyens d’union : des ligaments antérieurs, postérieurs et latéraux dont la lesistance est consolidée par de nombreux tendons.

Mouvements : la circumduction et l’opposition; le mouvement d’on position est plus étendu d’avant en arrière que dans le sens transversal.

3e GENRE.

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