C. — Développement des amphiarthroses
Au début de leur développement, les amphiarthroses ne sont conseillées que par leurs cartilages et leurs ligaments périphériques. Les cartilages sont lisses, unis, entièrement indépendants. Dans cette première période, elles ne diffèrent pas des diarthroses. Elles sont mobiles comme celles-ci, et le sont presque au même degré.
Vers le milieu de la vie intra-utérine, les cartilages commencent à se recouvrir d’une mince couche de fibro-cartilage. C’est sur leur périphérie que cette couche se montre d’abord ; elle s’étend ensuite peu à peu de la circonférence au centre. A six mois, chacun d’eux est revêtu sur toute sa surface libre de prolongements villeux extrêmement déliés. Ceux-ci se développant plus rapidement sur la partie périphérique, on voit bientôt apparaître des lames fibreuses, concentriques, dont le nombre et l’épaisseur augmentent ensuite progressivement.
A la naissance, la portion périphérique du ligament interosseux est déjà très manifeste. Les deux surfaces articulaires adhèrent l’une à l’autre, mais seulement sur leur circonférence; sur le reste de leur étendue, elles sont encore libres et presque indépendantes. La portion molle est représentée par de minces lamelles et des filaments très grêles
DES AMPHI ARTHROSES.
qui se continuent sur quelques points avec les lamelles et les filaments de la surface opposée. Ces ligaments, qui offrent chez l’adulte une si grande résistance, ne constituent donc pour le nouveau-né qu’un faible moyen d’union. De là, chez lui, la mobilité si remarquable de toutes les amphiarthroses. En saisissant les deux surfaces de l’une de ces articulations, on peut très facilement les faire glisser en tous sens; on peut également leur imprimer un mouvement de rotation et un mouvement de circumduction assez étendu. La colonne vertébrale, à cet âge, est d’une flexibilité extrême.
Pendant toute la durée de l’enfance, les deux surfaces articulaires n’adhèrent aussi que faiblement, et restent, par conséquent, très mobiles. Cependant la portion périphérique des disques interosseux continuant de s’avancer lentement de la circonférence au centre, la portion molle et sa cavité se réduisent, l’union devient graduellement plus solide.
Aux approches de la puberté, ces ligaments possèdent la plupart des attributs qui les caractérisent; mais ce n’est qu’à vingt-cinq ou trente ans qu’ils arrivent au terme de leur accroissement. — Il résulte des phénomènes précédents qu’on peut distinguer dans le développement des amphiarthroses quatre périodes très différentes.
Dans la première, les surfaces articulaires sont lisses, unies, complètement indépendantes, et en tout semblables à celles des diarthroses.
Dans la seconde, elles se recouvrent d’une mince couche fibro-cartilagineuse, se hérissent de prolongements villiformes, s’unissent par leur circonférence, adhèrent à peine dans le reste de son étendue, et conservent une grande mobilité.
Dans la troisième, la partie périphérique des ligaments interosseux augmente d’épaisseur; les adhérences au niveau de la portion centrale se multiplient; la cavité articulaire se réduit; l’union devient plus solide et l’articulation moins mobile.
Dans la quatrième, le ligament interosseux revêt ses caractères définitifs, et les surfaces articulaires soudées l’une à l’autre n’offrent plus alors qu’une mobilité extrêmement limitée.
Toutes les amphiarthroses ne parcourent pas ces quatre périodes. Il en est qui s’arrêtent à la seconde et d’autres à la troisième. Celles qui s’arrêtent à la secpnde période diffèrent à peine des diarthroses. Celles qui s’arrêtent à la troisième en diffèrent davantage, mais ne peuvent être assimilées cependant aux amphiarthroses qui ont atteint leur complet développement. Ces articulations restées, pour ainsi dire, à l’état d’ébauche, n’appartiennent en réalité à aucune des trois classes. Le mode de conformation et la structure de leur ligament interosseux, leur assignent une place intermédiaire aux articulations mobiles et semi-mobiles; elles établissent la transition des unes aux autres.
ARTHROLOGIE.
D. — Mouvements des ampli i arthroses.
Ces articulations, si mobiles dans les premières périodes de leur développement, n’offrent plus chez l’adulte que des mouvements très obscurs, mais cependant assez variés, puisque la plupart d’entre elles possèdent l’opposition double, la circumduction et la rotation.
Le mouvement d’opposition consiste dans une sorte de balancement des surfaces articulaires, qui a lieu d’arrière en avant et d’avant en arrière, ou bien de gauche à droite et de droite à gauche. Dans le premier cas, il prend les noms de flexion et d’extension, et, dans le second, celui d’inclinaison latérale.
Les mouvements de circumduction et de rotation sont plus bornés encore. Beaucoup d’amphiarthroses en sont dépourvues.
En imposant aux mouvements de ces articulations des bornes aussi étroites, la nature a voulu surtout assurer leur solidité. A celle-ci cependant elle n’a pas entièrement sacrifié la mobilité. Afin d’associer les deux avantages, elle les a unies entre elles par les liens d’une mutuelle dépendance : toutes se meuvent à la fois. Chacune d’elles, il est vrai, se déplace à peine ; mais les déplacements partiels s’ajoutant les uns aux autres, le mouvement total devient plus sensible.
Ligament interosseux extrêmement résistant, mouvements très limités, simultanéité et solidarité de ces mouvements, tels sont les trois attributs caractéristiques des amphiarthroses.
E. — Classification des amphiarthroses.
Ces articulations peuvent être divisées en deux ordres : celles qui sont complètement développées, ou amphiarthroses parfaites ; et celles qui n’ont parcouru que les deux ou trois premières phases de leur évolution, ou amphiarthroses imparfaites, amphiarthroses de transition, que nous désignerons sous le nom de diarthro-amphiarthroses.
Les premières, ou amphiarthroses proprement dites, sont situées sur la ligne médiane. Elles ont pour caractère distinctif un ligament interosseux, qui constitue leur principal moyen d’union.
Les secondes, ou diarthro-amphiarthroses , ne sont pas moins nombreuses que les précédentes. Elles ont pour principal moyen d’union les ligaments périphériques. Le fibro-cartilage ne prend à cette union qu’une part secondaire, et du reste très variable, presque nulle pour le plus grand nombre d’entre elles. Les articulations de cet ordre diffèrent donc beaucoup les unes des autres. Au plus bas degré de l’échelle se place l’articulation sacro-iliaque, dont le fibro-cartilage est si rudimentaire qu’il ne concourt pas à l’union des surfaces articulaires.
DES SYNARTHROSES. 523
Au-dessus de celle-ci viennent se ranger les articulations de la tête des côtes avec les corps des vertèbres; ici le fibro-cartilage est déjà assez résistant. Sur un degré plus élevé, on trouve la symphyse des pubis, dont le fibro-cartilage est plus résistant encore. — En étudiant les articulations de ce second ordre, nous verrons qu’elles correspondent aux diverses phases du développement des amphiarthroses parfaites ; ce qui est provisoire pour ces dernières devient définitif ou permanent pour elles.
§ 3. — Des synarthroses en général.
Les synarthroses , ou articulations immobiles , ont pour siège le crâne et la face. Leur nombre est moins considérable que celui des diarthroses, et un peu plus grand que celui des amphiarthroses.
Ces articulations, essentiellement constituées par leurs surfaces articulaires, se divisent en deux ordres : les synarthroses à surfaces indépendantes , et les synarthroses à surfaces continues .
A. Synarthrose à surfaces indépendantes. — Ce premier ordre comprend trois genres. Dans l’un, les os s’unissent par pénétration réciproque ou engrènement : c’est la suture. Dans l’autre, ils s’unissent par la réception d’une crête dans une rainure : c’est le schindylèse. Dans le troisième, les deux surfaces sont simplement juxtaposées.
La suture est le mode d’union de la plupart des os du crâne et de la face. Il en existe trois espèces : la suture profonde ou dentée , la suture superficielle ou harmonique , et la suture squameuse ou écailleuse.
a. La suture profonde ou dentée est caractérisée par le volume, le nombre et 1 extrême irrégularité des saillies, à l’aide desquelles les deux os s engrènent. Quelques-uns se pénètrent si profondément, qu’ils semblent s entrelacer par leurs bords. — Les dents les plus longues corîespondent à la face convexe de l’os; aussi les sutures dentées présentent-elles un aspect bien différent , suivant qu’on les examine par la surface externe ou la surface interne du crâne.
Pour consolider ces sutures, la nature a donné aux deux surfaces qui se pénètrent mutuellement la plus grande largeur possible. Voyez l’épaisseur du bord supérieur du frontal, des bords supérieur, antérieur et postérieur des pariétaux, des bords supérieurs de l’occipital ; les os du nez, si minces sur toute leur étendue, s’épaississent brusquement à leur partie supérieure, c’est-à-dire au niveau de leur union avec l’échancrure du frontal ; l’apophyse montante des maxillaires se renfle aussi un peu au moment où elle vient s’unir à cette échancrure.
Un second moyen de consolidation consiste dans les biseaux inclinés en sens inverse qu’elles présentent sur divers points de leur longueur.
ARTIIROLOGIE.
Ces biseaux, tour à tour inclinés en sens opposé, constituent, pour les sutures dentées, leur plus puissant moyen d’union.
b. La suture superficielle ou harmonique diffère de la précédente : ln par ses dentelures, qui représentent de simples aspérités; 2° par l’absence de biseaux alternativement inclinés en sens contraire. La face nous offre de nombreux exemples de cette suture.
c. La suture squameuse ou écailleuse présente pour attribut distinctif des surfaces articulaires très obliquement coupées, et répondant, l’une à la face convexe de l’un des os, et l’autre à la face concave de l’os opposé. Il suit de leur extrême obliquité qu’elles sont très larges : c’est à cette grande largeur des surfaces articulaires que les sutures écailleuses empruntent, une partie de leur solidité. Cependant elles en sont redevables aussi aux aspérités, aux crêtes, aux sillons qui les recouvrent, et qui leur permettent de se pénétrer, de se fixer mutuellement. Elles ont pour siège la région de la tempe, où l’on trouve sur une même ligne les sutures sphéno-frontale, sphéno-temporale et temporo-pariétale. Cette dernière en représente le type le plus parfait.
Dans les sutures, les surfaces articulaires ne sont pas immédiatement en contact; elles restent séparées par une couche fibreuse qui leur adhère et qui contribue à les unir plus solidement. Cette couche fibreuse est une dépendance de la membrane dans l’épaisseur de laquelle se développent la plupart des os du crâne et de la face.
La schindylèse se distingue des sutures par le peu d’étendue et la simplicité des deux surfaces articulaires, dont l’une revêt l’aspect d’une rainure, et l’autre celui d’une crête mousse ou tranchante. Les exemples en sont peu nombreux. A ce genre de synarthrose appartiennent l’articulation de la base du vomer avec la crête médiane du corps du sphénoïde, celle du bord antérieur du palatin avec les deux lames qui limitent en bas l’entrée du sinus maxillaire, celle des bords latéraux de l’apophyse basilaire avec le sommet des rochers.
Le troisième genre de synarthroses, dans lequel les surfaces articulaires sont lisses, n’appartient qu’à des os de très petite dimensions. A ce genre viennent se rattacher l’articulation des unguis avec les maxillaires supérieurs, celle des os du nez avec leur apophyse montant.
B. Synarthroses à surfaces continues. — Ce second ordre ne présente qu’un seul genre, la synchondrose. Ici les surfaces restent à distance: un cartilage plus ou moins long s’étend de l’une à l’autre en se continuant avec chacune d’elles. Ainsi sont unies : la lame perpendiculaire de l’ethmoïde avec le vomer; l’apophyse styloïde avec le rocher la première côte avec le sternum.