‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 2)Chapitre 19 sur 260 · SUBSTANCES AMORPHES · texte numérisé non relu

SUBSTANCES AMORPHES

conservé tous ses attributs; les échanges continuent, mais ils sont moins actifs; leur vitalité diminue.

A une époque plus avancée, les cellules ne fonctionnent plus qu’imparfaitement. Alors commence pour elles un dépérissement progressif portant à la fois sur leurs attributions et leur constitution. Le protoplasma est envahi par des corpuscules figurés d’ordre divers ; il est pénétré d’une plus grande quantité d’eau, diminue de volume, et finit par disparaître. Dans ces conditions, la cellule n’existe plus ; elle meurt, ou plutôt elle est morte. Sa cavité disparaît, l’enveloppe affaissée s’applique à elle-même; elle n’est plus qu’une simple lamelle, une écaille à contour irrégulier, un corps étranger qui tombe ou qui est résorbé, ou dont les débris sont utilisés pour la formation des cellules qui lui succèdent.

B. — Substances amorphes ou interstitielles.

Ces substances, qu’on pourrait nommer aussi intercellulaires, se disli liguent des éléments figurés par leur caractère amorphe, par leur origine et par leur destination. Elles n’ont aucune forme qui leur soit propre ; elles se moulent sur le contour des parties qu’elles séparent. Leur origine a été diversement expliquée ; mais les faits les mieux observés nous autorisent à les considérer, pour la plupart au moins, comme de simples produits de sécrétion provenant du protoplasma des cellules correspondantes. Quant à leur destination, elle varie selon la consistance qu’elles présentent. Molles et semi-liquides, elles comblent les vides existant entre les éléments figurés; plus fermes, elles contribuent à les unir; très dures, elles les protègent, et jouent le rôle d’organe de soutien. On peut donc les grouper en trois principaux ordres.

Les substances amorphes et molles entrent dans la composition d’un grand nombre de tissus. On les rencontre en proportion variable dans le tissu conjonctif, dans la peau et les muqueuses, dans le centre nerveux, etc.

Les substances amorphes et demi-molles ont été considérées avec raison comme une sorte de ciment. Étalées en couches minces entre les cellules, elle les relient les unes aux autres, et les consolident dans leur situation relative. C’est par un ciment de cette nature que sont unies entre elles toutes les cellules qui contribuent à former les épithéliums et les endothéliums. L’azotate d’argent le met en évidence ; il se présente alors sous l’aspect d’un élégant réseau qui dessine leur contour. Elles entrent aussi comme éléments dans la constitution des tendons et d’un assez grand nombre de tissus et d’organes.

Les substances amorphes et solides diffèrent des précédentes, non

DES TISSUS

seulement par leur consistance, mais aussi par la place beaucoup plus considérable quelles tiennent dans les tissus dont elles font partie. Elles représentent, en réalité, l’élément fondamental de ces tissus, qui leur empruntent toute leur importance et même leur raison d’être. En se déposant entre les cellules des cartilages, elles leur permettent de supporter les plus fortes pressions. C’est aces substances, séparant et englobant les cellules des os, que ces organes sont redevables de leur solidité. Quelquefois, sans offrir la même rigidité, elles s’épanchent, non entre les cellules, mais sur leur surface libre ou adhérente. Elles forment alors une couche continue : telle est la cuticule des cellules de l’intestin grêle, la couche basale qui sépare le derme de l’épiderme, et celle des culs-de-sac glandulaires.

Les substances amorphes, quelle que soit leur consistance, sont en général transparentes. En les soumettant à de forts grossissements, elles se montrent dépourvues de toute texture. Quelques-unes offrent un aspect finement granulé, et d’autres une apparence fibroïde. Elles paraissent posséder une vitalité obscure; car, lorsque les cellules qu’elles unissaient sont frappées de mort, elles se désagrègent et tombent en ruine comme celles-ci.

§ 3. — Des tissus.

Les tissus sont essentiellement formés de cellules. Mais celles-ci, dans chacun d’eux, sont différemment configurées et différemment disposées. On peut les diviser en trois principaux ordres ainsi caractérisés:

Tissus composés de cellules et d’une substance amorphe.

Tissus composés de fibres.

Tissus composés de fibres et de cellules.

Les tissus du premier ordre sont au nombre de quatre, ceux du deuxième au nombre de trois, et ceux du dernier au nombre de deux.

À. — Tissus composés de cellules et d’une substance amorphe.

Ce premier ordre comprend le tissu épithélial , le tissu adipeux , le tissu cartilagineux et le tissu osseux. Les cellules qui contribuent à former ces quaire tissus s’éloignent peu du type primitif.

1° Le tissu éphithélial et ses dérivé.

Le tissu épithélial a été décrit par la plupart des auteurs sous les noms de tissu cellulaire et de système cellulaire , dénominations qui

TISSU ÉPITHÉLIAL.

tendent à le faire confondre avec le tissu conjonctif, souvent aussi désigné par cette appellation dans un grand nombre d’ouvrages. Pour éviter toute confusion, il convient donc d’adopter un terme qui lui soit exclusivement applicable.

Le tissu épithélial ne présente pas une constitution identique dans toutes les régions du corps. Sur presque tous les points où on le rencontre, il est très nettement caractérisé. Sur d’autres, il se modifie assez notablement, et donne alors naissance à certaines dépendances qui semblent en différer beaucoup et qui ont pu être considérées comme des tissus distincts : tel est le tissu corné , et tel est aussi le tissu pileux; tel serait même le tissu pigmentaire. Mais les ongles et les poils vus au microscope diffèrent à peine du tissu épithélial; ils en proviennent bien manifestement; ils en dépendent; ils en dérivent. Quant au tissu pigmentaire, il n’existe pas; nous avons vu que les principes colorants se déposent dans le protoplasma des cellules dont ils peuvent être séparés. Le tissu pigmentaire n’a donc pas de raison d’être.

En éliminant ce dernier tissu, nous arrivons à conclure que le tissu épithélial comprend dans son domaine une partie principale ou fondamentale, c’est le tissu épithélial proprement dit, et des parties accessoires qui en dérivent, mais qui n’en diffèrent que par leur plus grande condensation et qui sont improprement désignées sous les noms de tissu corné et de tissu pileux. Étudions d’abord le tissu épithélial, nous nous occuperons ensuite de ses dérivés.

a. Tissu épithélial. — Ce tissu revêt une forme membraneuse. Il recouvre toute la surface externe de la peau, loute la surface libre des muqueuses et des prolongements qui en partent, et toute la surface interne des cavités closes. On peut le diviser, par conséquent, en trois grands départements : celui qui répond au tégument externe constitue V épiderme ; on réserve plus spécialement le nom à’ épithélium pour celui qui recouvre le tégument interne ; celui dos cavités closes est désigné sous le nom d 'endothélium.

L’épiderme se compose de cellules, d’autant plus aplaties qu’elles sont plus superficielles, offrant un contour polygonal, s’unissant par leur bord et formant un grand nombre de couches superposées. Son étude se rattache à celle de la peau dont il fait partie, et avec laquelle il sera décrit.

L’épithélium ou épiderme des membranes muqueuses présente quelques différences selon la partie du système muqueux qu’il recouvre. Sur toute la portion sus-diaphragmatique du tube digestif, sur les parois de la vessie et du vagin, il est formé aussi de cellules plates qui se correspondent par leurs bords, et qu’on a comparées à une sorte de pavé, d’où le nom d 'épithélium pavimenteux. Le plus souvent les cellules se

DES TISSUS

disposent sur plusieurs couches : cette variété prend alors le nom (ï épithélium pavimenteux stratifié .

Sur les parois de l’estomac et du canal intestinal, les cellules s’allongent : de là une seconde variété qui constitue Y épithélium conique ou cylindrique , appelé aussi épithélium prismatique, les cellules vues en place réagissant les unes sur les autres et offrant, dans cet état de juxtaposition, des facettes par lesquelles elles s’unissent.

Sur la muqueuse des fosses nasales, sur toute l’étendue de la muqueuse respiratoire, sur les parois du corps de l’utérus et des trompes utérines, les cellules s’allongent également; mais, en outre, leur extrémité libre se couvre de cils vibratiles, d’où le nom d’ épithélium vibrante donné à cette troisième variété.

L’endothélium ou épiderme des cavilés closes se distingue de celui qui revêt les membranes tégumenlaires par son étendue superficielle beaucoup plus grande et par son extrême minceur. Pour prendre une notion juste de son immense superficie, il suffit de savoir qu’il tapisse la paroi interne de tous les canaux qui contribuent à former l’appareil de la circulation, de loutes les grandes séreuses, de loulos les cavilés articulaires, de loutes les gaines synoviales, elc. Sa minceur s’explique par la forme très aplatie des cellules qui le composent, el qui constituent une couche unique. ,

b. Des dérivés du tissu épithélial. — Ils SOI il plus C01U1US SOUS les

noms de tissu corné el de tissu pi leux. — Le tissu corné est peu développé chez l’homme, où il forme seulement les ongles. Mais il prend beaucoup plus d’imporlance chez les mammifères, où il constitue les sabots, les cornes, les griffes; chez les oiseaux, où il est représenté par le bec et la base des plumes; chez les reptiles et chez les poissons, où il revêt la forme d’écailles, etc. Tous ces produits cornés, si divers de configuration et de dimensions, si différents aussi par leur destination, les uns devenant des organes de soutien et de protection, les autres, des armes offensives et défensives, nous offrent cependant une structure identique el qui ne diffère pas sensiblement de celle de l’épiderme. Ils sont formés aussi de cellules unies entre elles par une mince couche de substance amorphe. Seulement, les cellules dont ils sont composés s’allongent ou s’aplatissent, se pressent fortement les unes contre les autres, et donnent ainsi naissance à toute une série de productions offrant l’aspect, la dureté et la solidité de la corne. Mais, si elles diffèrent de la couche épidermique de la peau par leurs caractères physiques et leurs attributions, elles s’en rapprochent complètement par leur texture. C’est donc avec raison que le tissu corné est considéré comme une dépendance de celle couche, c’est-à-dire comme une simple modification ou condensation du tissu épithélial.

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