‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 2)Chapitre 191 sur 260 · IV. — Articulation ou symphyse pubienne · texte numérisé non relu

IV. — Articulation ou symphyse pubienne

Cette articulation est une amphiarthrose moins parfaite que celle des corps vertébraux, mais beaucoup plus complète que l’articulation sacroiliaque. Placée entre celle-ci et les premières, elle continue à adoucir la pente presque insensible qui conduit des articulations mobiles aux articulations semi-mobiles.

1° Surfaces articulaires. — Les os iliaques s’unissent entre eux par une surface ovalaire et parallèle au plan médian, située sur le côté interne du corps des pubis. Le grand axe de ces surfaces se dirige très • obliquement de haut en bas et d’avant en arrière. Elles sont rugueuses, mais plus inégales sur leur moitié antéro-inférieure que sur la moitié opposée. Celui de leurs bords qui regarde en bas et en avant est irrégulièrement arrondi ; une légère dépression anguleuse le sépare du bord adjacent. Celui qui est tourné en haut et en arrière déborde au contraire la face correspondante des pubis ; il contribue à former, en s’unissant avec celui du côté opposé, une sorte de bourrelet, plus saillant vers sa partie moyenne qu’à ses extrémités; plus saillant aussi chez la femme que chez l’homme; très variable du reste suivant les individus.

Les cartilages qui recouvrent ces surfaces sont semblables à ceux de toutes les autres articulations du même ordre.

2° Fibro-cartilage interosseux. — La disposition que présente le fibro-cartilage interpubien rappelle celle des fibro-cartilages interverté-

ARTHROLOGIE.

braux. L’analogie est manifeste, éclatante ; et cependant elle a été a peine entrevue. De là les descriptions obscures, contradictoires, j’oserai même dire irrationnelles, que les auteurs nous ont données de la symphyse pubienne. Boyer avance le premier que dans cette articulation les surfaces sont en partie continues et en partie contiguës : elles sont continues en avant et en bas ; contiguës en arrière et en haut. Sa partie antéro-inférieure est une amphiarthrose; sa partie postéro-supérieure est une arthrodie. Considérée dans son ensemble, elle représente une synarthrose ! Ainsi, pour cet auteur, les trois classes d’articulations viennent pour ainsi dire se résumer dans la symphyse pubienne! Il eût été difficile de s’égarer plus complètement. Cette opinion étrange a néanmoins prévalu. Elle a été successivement adoptée dans tous les traités dogmatiques ; c’est elle qui règne encore aujourd’hui, avec cette différence toutefois qu’on ne range plus la symphyse parmi les synarthroses.

Mais la disposition du fibro-cartilage interpubien, sa structure, tous ses caractères mieux étudiés et mieux interprétés, vont nous démontrer qu’il n’y a pas lieu de distinguer dans cette articulation une partie continue et une partie contiguë. Ce fibro-cartilage doit être assimilé à celui des amphiarthroses ; il n’en diffère nullement. Ce n’est qu’en le comparant à ces derniers qu’on peut se rendre compte des variétés si grandes, si fréquentes, et jusqu’ici inexpliquées, qu’il présente.

Le ligament interosseux de la symphyse pubienne offre une épaisseur moyenne de 3 millimètres. Son contour est elliptique. — Comme tous les ligaments du même ordre, il se compose de deux portions très différentes : l’une périphérique, dense et résistante; l’autre centrale, molle, creusée d’une cavité à parois irrégulières.

La portion périphérique recouvre tout le pourtour des surfaces articulaires. Mais de même qu’elle n’offre pas la même épaisseur en avant et en arrière sur les ligaments intervertébraux, de même son épaisseur varie ici pour les divers points de son contour. C’est aux deux extrémités de la symphyse que cette portion périphérique est le plus épaisse ; en avant, elle l’est beaucoup moins; en arrière, elle l’est moins encore. Cependant, si réduite qu’elle soit au niveau du bord postérieur de l’articulation, on peut toujours constater sa présence ; c’est elle qui détermine la largeur, et en partie aussi la saillie de ce bord. — Parmi les lames concentriques qui la forment, les plus superficielles font le tour complet des surfaces articulaires. Les moyennes manquent en arrière. Les plus profondes restent limitées aux extrémités de la symphyse. — Les faisceaux aplatis et rubanés qui composent ces lames s’étendent très obliquement de l’une à l’autre surface, et s’entre-croisent avec ceux des lames voisines. Cette portion périphérique constitue pour les pubis un puissant moyen d’union.

La portion molle est également éloignée des deux extrémités de Parti-

SYMPHYSE PUBIENNE.

culation. Mais elle se trouve beaucoup plus rapprochée de sa partie postérieure que de l’antérieure, si rapprochée même, qu’elle semble se prolonger jusqu’au périoste. Son étendue longitudinale est de 2 centimètres environ, et son étendue antéro-postérieure de 6 à 8 millimètres. Par sa couleur, sa consistance, sa structure, elle ressemble à la portion molle des ligaments intervertébraux. Comme celle-ci, elle est creusée d’une cavité qui en occupe le centre. Des parois de cette cavité s’élèvent aussi une multitude de prolongements villiformes ; seulement ces prolongements sont extrêmement courts, tout à fait rudimentaires, en sorte que les parois paraissent lisses. Lorsqu’on se contente de les examiner à l’œil nu, on pourrait croire, avec tous les auteurs, que les cartilages se trouvent immédiatement en contact. Mais ces cartilages, en apparence contigus, prennent un aspect bien différent lorsqu’on les soumet à l’examen microscopique. On voit alors qu’ils sont recouverts l’un el l’autre d’une épaisse lame fibro-cartilagineuse, parfaitement identique avec celle qui recouvre le centre des cartilages amphiarthrodiaux. On voit aussi que cette lame fibro-cartilagineuse est surmontée de prolongements villiformes qui deviennent de plus en plus longs et manifestes, à mesure que l’on se rapproche des extrémités de la symphyse. Il n’y a donc pas ici deux lames cartilagineuses contiguës ; il n’y a pas de synoviale; il n’y a pas d’arthrodie; il y a une cavité analogue à celle qu’on remarque au centre de la portion molle de tous les fibro-cartilages amphiarthrodiaux.

La nature de cette cavité étant déterminée, il devient facile de rattacher à sa véritable cause toutes les variétés que nous offre la symphyse pubienne. Chez la femme, la portion molle du ligament interosseux se développe aux dépens de la portion périphérique ; sa cavité (partie contiguë des auteurs) est plus considérable aussi. Sous l’influence de la grossesse, elle acquiert une prédominance plus grande encore, et envahit presque tout le fibro-cartilage. L’articulation, dans ce cas, est plus faible ; mais ce qu’elle perd en solidité, elle le gagne en mobilité. Chez certains individus du sexe masculin, un phénomène tout à fait inverse se produit: la portion périphérique prend une plus grande importance; la portion molle se réduit proportionnellement; la cavité centrale se réduit aussi, parfois même elle disparaît presque entièrement. Ses parois alors se hérissent toujours de prolongements plus longs et plus apparents. Les variétés que présente l’amphiarthrose pubienne dépendent donc, en définitive, d’une simple modification dans les proportions respectives de la portion périphérique et de la portion centrale de son ligament interosseux.

3° Ligaments périphériques. — Au nombre de quatre, ces ligaments se distinguent en antérieur , postérieur , supérieur et inférieur.

ARTHR0L0G1E.

Le ligament antérieur est constitué par une couche fibreuse très dense, épaisse d’un demi-centimètre, résultant de Tentre-croisement des fibres tendineuses de tous les muscles qui viennent s’attacher au corps des pubis. Cette couche fibreuse, dépendante des muscles, doit être considérée comme le principal moyen d’union des deux os.

Le ligament postérieur est formé par le périoste qui passe transversalement sur le bourrelet de la symphyse, et qui offre sur ce point assez d’épaisseur, assez de résistance surtout, pour contribuer à consolider l’articulation. Il adhère d’une manière intime à la partie correspondante du fibro-cartilage interosseux.

Le ligament supérieur représente aussi une dépendance du périoste. Il est plus épais que le précédent. Sa face profonde adhère également au ligament interosseux avec lequel elle semble se continuer.

Le ligament inférieur , ou sous-pubien, beaucoup plus épais, plus forl, plus important que le supérieur, revêt la forme d’un croissant, dont la concavité se dirige en bas et en arrière. — Son bord convexe, tourné en haut et en avant, adhère par sa partie médiane au ligament interosseux, et par ses parties latérales à 1a. branche descendante des pubis. — Son bord concave forme une arcade, Y arcade pubienne. C’est sur cette arcade que se réfléchit la tête de l’enfant au moment où elle franchit l’anneau vulvaire. Elle fait partie d’un cercle de très petit diamètre chez l’homme, beaucoup plus grand chez la femme. Dans le sexe masculin, la corde qui sous-tend cette arcade est de 20 à 22 millimètres, et dans le sexe féminin, de 30 à 35.

Le ligament sous-pubien est formé par des faisceaux étroits et aplatis, semblables à ceux qui constituent la portion périphérique des fibro-cartilages intervertébraux. Tous ces faisceaux s’étendent obliquement de la branche pubienne d’un côté à la branche pubienne du côté opposé. Ils se croisent à angle d’autant plus aigu qu’ils sont plus inférieurs. Ceux qui répondent au bord libre ou concave semblent parallèles ; mais en les examinant attentivement, on remarque qu’ils s’entre-croisent aussi.

L’intervalle compris entre le ligament supérieur et le bord concave du ligament inférieur représente le plus grand diamètre de la symphyse pubienne. Chez l’homme, où ce diamètre est un peu plus long, il atteint le plus habituellement 5 centimètres et demi. Chez la femme, il dépasse rarement 5 centimètres.

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