III. — Ligament interosseux
Ce ligament occupe tout l’intervalle qui sépare les deux os de l’avantbras. De figure elliptique comme cet espace, il est mince, membraneux, plus résistant dans sa partie moyenne qu’à ses extrémités. — Son bord interne s’attache au bord tranchant du cubitus; l’externe au bord tranchant du radius, et un peu au-devant de cet os. ■ — Sa face antérieure donne insertion à trois muscles : le fléchisseur profond des doigts, le fléchisseur propre du pouce et le carré pronateur. — La face postérieure reçoit aussi l’insertion de trois muscles : le long abducteur du pouce, son long extenseur et l’extenseur propre de l’index.
L’extrémité supérieure de ce ligament est constituée par un faisceau obliquement étendu de la partie inférieure et externe de l’apophyse coronoïde à la partie inférieure de la tubérosité bicipitale. Ce faisceau a été signalé en 1742 par Weitbrecht, qui l’a représenté sous la forme d’un cordon indépendant, d’où les noms de ligament rond ou ligament de Weitbrecht , sous lesquels il est connu. Mais il n’est ni arrondi, ni indépendant. Sa forme est celle d’un petit ruban dont le bord supérieur et externe, libre, contourne la tubérosité bicipitale et le tendon qui s’y attache. Son bord inférieur et interne se continue avec une lamelle très mince, cellulo-fibreuse, présentant deux ou trois orifices que traversent l’artère et les veines interosseuses postérieures. Le plus habituellement on enlève cette lamelle, en sorte qu’il existe alors un notable intervalle
entre le ligament de Weitbrecht et la partie sous-jacente du ligament interosseux. Mais, en le préparant avec les ménagements qu’il réclame, on peut reconnaître qu’il fait réellement partie de ce ligament.
L’extrémité inférieure est plus résistante que la supérieure. Elle offre un orifice de figure elliptique qui donne passage aux vaisseaux interosseux antérieurs. Cet orifice, situé au-dessus de l’articulation radio-cubitale inférieure, est limité, en dedans par le cubitus, en dehors et en arrière par une lamelle fibreuse qui se prolonge jusque sur le bord postérieur du ligament triangulaire. En avant de l’extrémité inférieure du ligament interosseux, il existe une lamelle semblable.
Le ligament interosseux est formé de faisceaux larges et aplatis, de couleur nacrée, obliquement dirigés de haut en bas et de dehors en dedans, c’est-à-dire du radius vers le cubitus. Les supérieurs suivent une direction presque transversale. A mesure qu’on se rapproche de la partie inférieure de E avant-bras, ils deviennent de plus en plus obliques.
: — Sur la surface postérieure du ligament, on remarque deux ou trois faisceaux qui se portent au contraire très obliquement du cubitus au radius, en croisant les précédents, auxquels ils adhèrent. Le ligament de Weitbrècht peut être considéré comme faisant partie de ce petit groupe; la direction de ses fibres est exactement la même.
La membrane interosseuse n’a pas seulement pour usage de donner attache à quelques-uns des muscles de l’avant-bras. Elle est destinée aussi à jouer le rôle de moyen d’union, que quelques auteurs lui ont contesté. Remarquons, en effet, qu’elle occupe le fond d’une double gouttière, dont les os forment les bords. Or, toutes les fois que les parties molles antérieures et postérieures sont comprimées parallèlement à sa direction, elles se comportent à la manière d’un coin qui tend à écarter les bords de la gouttière. La tendance à l’écartement se trouve doublée lorsque la compression porte simultanément sur les deux faces de l’avant-bras. Dans ces conditions, le ligament interosseux se tend et contribue, par sa résistance, à maintenir dans leur rapport les deux os qu’il unit.
IY. — mouvements des articulations radio -cubitales.
Les deux os de l’avant-bras prennent à ces mouvements une part bien différente. Le cubitus reste immobile et joue le rôle de tuteur. Le radius, doué au contraire d’une mobilité très grande, se rapproche et s’éloigne tour à tour de ce tuteur, qu’il croise à angle aigu dans le premier cas, et auquel il devient parallèle dans le second. Ces mouvements communiqués à la main constituent la pronation et la supination.
A. Pronation. — Dans la pronation, le radius s’enroule autour du cubitus à la manière d’une demi-spirale, et imprime à la main un mouvement de rotation, en verlu duquel sa face palmaire, qui regardait en
ARTICULATION RADIO-CUBITALE.
avant, se tourne directement en arrière. Ses extrémités et sa partie moyenne ne se comportent pas, du reste, de la même manière. Chacune d’elles affecte un mode de mouvement qui lui est propre.
L’extrémité supérieure du radius tourne autour de son axe. Le contour de sa tête glisse d’avant en arrière sur la petite cavité sigmoïde du cubitus, et décrit ainsi une demi-circonférence environ. La facette par laquelle ce contour s’appliquait au cubitus se dirige en arrière, et soulève la partie correspondante du ligament annulaire qui se trouve alors fortement tendue. La tubérosité bicipitale, d’antérieure qu’elle était, devient postérieure aussi, en sorte que le tendon du biceps décrit une courbe demicirculaire. Le ligament de Weitbrecht se relâche et laisse à cette tubérosité et à son tendon toute liberté pour se porter d’avant en arrière.
L’extrémité inférieure du radius ne se meut pas autour de son axe, mais autour de l’axe du cubitus. En haut, c’est le pivot de l’articulation qui tourne dans son anneau immobile; en bas, c’est l’anneau incomplet de l’articulation qui tourne autour du pivot. D’un côté, il y a rotation; de l’autre, il y a translation, ou plutôt circumduction. Dans ce mouvement de circumduction, l’extrémité inférieure du radius vient se placer d’abord en avant de celle du cubitus ; et si le mouvement continue, elle passe à son côté interne, parcourant ainsi une demi-circonférence.
Pendant ce trajet demi-circulaire, le ligament antérieur de l’articulation se relâche, et le postérieur se tend. La face antérieure du corps du radius, qui était située en dehors de celle du cubitus et sur le même plan, s’en rapproche en s’inclinant en dedans, puis se tourne directement en arrière, et la croise alors à angle aigu. Si une violence quelconque vient encore exagérer cet état de pronation extrême, la tête du radius peut se luxer en arrière du condyle huméral, et celle du cubitus en arrière de la cavité glénoïde du radius.
B. Supination . — Ce mouvement a pour but de ramener le radius dans une direction parallèle au cubitus, et de tourner en avant la face palmaire de la main. Il est donc caractérisé par des phénomènes diamétralement opposés à ceux qui précèdent.
Le contour de la tête du radius glisse alors sur la petite cavité sigmoïde du cubitus d’arrière en avant. La tubérosité bicipitale redevient antérointerne. Le ligament de Weitbrecht se tend légèrement. Le ligament annulaire se relâche.
L’extrémité inférieure du radius, glissant d’avant en arrière sur la tête du cubitus, vient se placer à son côté externe, en sorte que son apophyse styloïde se trouve exactement sur la même ligne que l’apophyse slyloïde de cet os. Les ligaments sont relâchés; mais, lorsque la supination est portée à ses dernières limites, l’antérieur se tend, ainsi que le bord correspondant du ligament triangulaire.
Le radius, en se portant en dehors, reprend son parallélisme avec le cubitus. Le ligament interosseux se déplisse et s’étale de nouveau.
§ 5. — Articulation radio-carpienne.
Préparation. — Enlever tous les tendons qui entourent l’articulation, ainsi que les gaines tendineuses et les synoviales correspondantes. Détacher avec un instrument bien tranchant et avec beaucoup de ménagements la partie de ces synoviales qui recouvre les ligaments antérieurs et qui leur adhère d’une manière intime, afin de mettre ceux-ci en évidence. Disséquer ensuite les ligaments latéraux; et terminer par la préparation des deux ligaments postérieurs.
L’articulation radio-carpienne, ou articulation du poignet, appartient au genre des articulations uni-condyliennes.
A. Surfaces articulaires . — Du côté de l’avant-bras, une cavité semiellipsoïde, constituée : en dehors, par l’extrémité inférieure du radius; en dedans, par le ligament triangulaire de l’articulation radio-cubitale. Du côté du carpe, une saillie semi-ellipsoïde aussi, ou condyle, formée par le scaphoïde, le semi-lunaire et le pyramidal.
La cavité destinée à recevoir ce condyle se dirige transversalement. Son grand axe, étendu de l’apophyse styloïde du radius à celle du cubitus, est de 40 à 45 millimètres ; et son petit axe, dirigé du bord antérieur vers le bord postérieur de la facette radiale, de 16 à 18. — Son bord postérieur descend un peu plus bas que l’antérieur ; il ne regarde pas directement en bas, mais en bas et un peu en avant. — De ces deux extrémités, représentées par les apophyses styloïdes, l’interne paraît plus élevée ; mais à l’état frais, celle-ci répondant au sommet du ligament triangulaire, elle se trouve sur le même niveau que l’externe. — La face inférieure de ce ligament, très obliquement dirigée de haut en bas et de dehors en dedans, comme la facette sous-jacente du pyramidal, dont elle prend l’empreinte, ne forme que le tiers ou le quart seulement de la cavité articulaire. La facette radiale qui en constitue les deux tiers ou les trois quarts est subdivisée en deux facettes secondaires par une crête mousse antéro-postérieure. De ces deux facettes, l’externe, plus grande, triangulaire et inclinée en dedans, s’applique au scaphoïde ; l’interne, quadrilatère, est contiguë au semi-lunaire, qui déborde chez quelques individus son bord interne, et qui alors se trouve aussi en rapport avec le ligament triangulaire.
Le condyle, constitué par les trois premiers os de la première rangée du carpe et par les ligaments qui les unissent, reproduit très exactement la direction, les dimensions et la courbure de la cavité qui le reçoit. Sa surface, comme celle de la cavité précédente, descend obliquement de la face palmaire vers la face dorsale du carpe. — Les trois os qui contri-