‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 2)Chapitre 226 sur 260 · I. — Articulations métacarpo-phalangiennes · texte numérisé non relu

I. — Articulations métacarpo-phalangiennes

Ces articulations appartiennent à la classe des énarthroses : surfaces articulaires configurées en segment de sphère; fi bro-cartilage d’agrandissement pour la cavité articulaire; mouvement d’opposition, de circumduction, de rotation, tels sont, en effet, les caractères qui les distinguent.

A. Surfaces articulaires. — Du côté des métacarpiens, une tête représentant un segment de sphéroïde ; du côté des premières phalanges, une cavité glénoïde, sphéroïdale aussi, mais beaucoup plus petite.

La tête peut être comparée à un hémisphère, dont les parties latérales auraient été verticalement détachées. Sa convexité, dirigée en bas, est donc beaucoup plus étendue d’avant en arrière que dans le sens transversal. Elle s’élève plus haut du côté qui répond à la flexion que du côté qui répond à l’extension; mais la différence est peu prononcée, quelquefois presque nulle. Sa partie antérieure, plus large que la postérieure, est limitée par une courbe à concavité supérieure, aux deux extrémités de laquelle on remarque un tubercule. De chaque côté se trouve une dépression que borne en haut et en arrière une saillie anguleuse. — La tête des métacarpiens est revêtue d’une lame de cartilage, recouvrant aussi la moitié inférieure des parties latérales.

La cavité glénoïde équivaut aux deux cinquièmes de la surface articulaire des métacarpiens. Elle présente un contour ovalaire, dont le grand axe est perpendiculaire à celui de la surface métacarpienne. De chaque côté et en avant de cette cavité, existe un gros tubercule arrondi qui donne attache au fibro-cartilage et aux ligaments de l’articulation.

B. Fibro-cartilage de la cavité articulaire et ligament transverse. — Ce fibro-cartilage, décrit par Bichat et ses successeurs, sous le nom de

ARTICULATIONS MÉTACARPO-PHALANGIENNES. 665

ligament antérieur, ne s’insère pas aux métacarpiens, et ne peut être considéré par conséquent comme un moyen d’union. Solidement attaché à la cavité glénoïde et aux ligaments latéraux, il a manifestement pour destination d’agrandir cette cavité, et mérite d’être rangé au nombre des fibro-cartilages périarticulaires ou bourrelets glénoïdiens.

Sa face antérieure, qui fait partie delà gaine des tendons fléchisseurs, est lisse, unie et concave transversalement. Sa face postérieure, qui répond à la tète des métacarpiens, et qui en prend l’empreinte, représente un segment de sphère; elle se continue avec la cavité glénoïde, qu’elle agrandit au point d’en doubler l’étendue.

Par son bord inférieur, le fibro-cartilage glénoïdien s’attache au bord antérieur de la cavité articulaire, assez faiblement sur sa partie moyenne, mais très solidement à chacun de ses tubercules. — Son bord supérieur donne attache à la partie correspondante de l’aponévrose interosseuse antérieure. — Par ses parties latérales, il se continue de chaque côté avec trois lames fibreuses :

1° En avant, avec le faisceau antérieur ou glénoïdien des ligaments latéraux, qui l’immobilisent dans sa situation et sa direction.

2° En arrière, avec une lamelle demi-cylindrique, assez large et résistante, qui, naissant à droite et à gauche du tendon des extenseurs des doigts, immobilise ce tendon dans le sens transversal.

3° En dedans et en dehors, avec une lame transversale, rubanée, qui se porte de chaque fîbro-cartilage aux fîbro-cartilages voisins, et qui les relie tous entre eux. Ce sont ces lames continues avec les bourrelets glénoïdiens qui forment le ligament étendu au-devant de la tête des quatre derniers métacarpiens. Ainsi composé des bourrelets glénoïdiens et des lames qui les unissent, ce ligament transverse est alternativement très solide et très mince.

Le fîbro-cartilage glénoïdien des articulations métacarpo-phalangiennes renferme un grand nombre de cellules de cartilage et de fibres de cellules. Il est riche en vaisseaux sanguins et en ramuscules nerveux; sa structure, en un mot, ne diffère pas de celle de tous les autres fibrocartilages périarticulaires.

C. Moyens d'union. — Deux ligaments latéraux, larges, épais et très solides, unissent la tête des métacarpiens aux premières phalanges. — Le ligament latéral externe est plus volumineux que l’interne.

Ces ligaments se dirigent très obliquement de haut en bas et d’arrière en avant. — Ils s’attachent : 1° en haut, au sommet du tubercule qu’on remarque sur les parties latérales de la tête des mélacarpiens, et à la dépression située au-dessous et en avant de ce tubercule ; 2° en bas, aux tubercules des premières phalanges et à toute l’étendue des bords latéraux des fîbro-cartilages glénoïdiens.

A chacun d’eux on peut considérer par conséquenl deux faisceaux : un faisceau postérieur ou phalangien, e( un faisceau antérieur ou glénoïdien. Le premier est plus épais, plus long-, vertical et d’un blanc mat; le second est beaucoup plus court, oblique et d’un blanc cendré. Celui-ci contribue avec le faisceau antérieur du côté opposé à fixer le fibro-cartilage ; ils le maintiennent en rapport avec la tète des métacarpiens, plus solidement que ne pourrait le faire la cavité glénoïde prolongée.

La face externe des ligaments latéraux est recouverte par l’expansion fibreuse du tendon des extenseurs des doigts, par le tendon des muscles lombricaux, et par celui des muscles interosseux. Une petite synoviale la sépare ordinairement de ce dernier.

Articulations métacarpo-phalangiennes et phalangienncs.

Fig. 248. — Articulations métacarpo-phalangiennes ; coupe verticale (les surfaces articulaires. — 1. Tête des métacarpiens recouverte d’un cartilage très allongé d’avant en arrière. — 2. Extrémité supérieure des premières phalanges, et cavité glénoïde par laquelle elle correspond à la tête des métacarpiens. — 3. Coupe du fibro-cartiiage qui double l’étendue dé cette cavité.

Fig. 249. — Ligaments qui unissent les métacarpiens aux phalanges et les phalanges entre elles. — 1, 1, 1, 1. Fibro-cartilage qui s’attache au bord antérieur des cavités articulaires et qui en agrandit notablement l’étendue. — - 2, 2. Portion postérieure ou verticale des ligaments latéraux s’attachant aux tubercules des phalanges.

ARTICULATIONS MÉTACARPO-PHALANGIENNES. 667

D. Synoviale. — En avant et sur les côtés, elle adhère très intimement au fibro-cartilage glénoïdien et aux ligaments latéraux. — En arrière, elle est très lâche. Cette membrane se trouve séparée du tendon des extenseurs par une bourse séreuse, rudimentaire, dont l’existence n’est pas constante. — En bas, elle se réfléchit sur tout le contour de la cavité en formant un petit repli circulaire.

E . Articulation métacarpo-phalangienne du pouce. — Elle diffère des précédentes par le mode de configuration des surfaces articulaires, et par son fibro-cartilage glénoïdien. ^ La surface articulaire du métacarpien est quadrilatère et presque plane. Les deux tubercules situés sur sa partie antérieure offrent chacun une facette par laquelle ils s’unissent à un os sésamoïde. — La cavité glénoïde de la première phalange est très superficielle, plus grande que celle des autres phalanges du même ordre. — Le fibro-cartilage glénoïdien renferme, dans son épaisseur, deux os sésamoïdes, l’un interne et l’autre externe, qui glissent sur les tubercules articulaires du métacarpien. — Il n’est pas rare de rencontrer un osselet de cette nature dans le fibro-cartilage de la seconde articulation métacarpo-phalangienne, et quelquefois aussi mais très exceptionnellement dans celui de la cinquième (fig. 251).

F. Mouvements des articulations métacarpo-phalangiennes . — Les doigts se fléchissent et s’étendent sur les métacarpiens; ils s’inclinent en dedans et en dehors, décrivent un mouvement de circumduction, et sont doués aussi d’un mouvement de rotation.

Les mouvements antéro-postérieurs sont les plus étendus. — Dans la flexion, les premières phalanges parcourent un arc de 90 degrés. A cette extrême limite, elles deviennent perpendiculaires aux métacarpiens. La surface articulaire de ce dernier se trouve presque entièrement recouverte par le tendon des extenseurs. Le fibro-cartilage et les faisceaux glénoïdiens des ligaments latéraux se relâchent, leurs faisceaux phalangiens se tendent. — Dans l’extension, au contraire, les glénoïdiens se

— - 3, 3. Leur portion antérieure ou oblique s’insérant de chaque côté sur les bords du libro-cartilage.

Fig. 250. — Surfaces articulaires et ligaments des articulations phalangiennes. — 1, 1. Extrémité inférieure des premières et secondes phalanges. — 2, 2. Extrémité supérieure des secondes et troisièmes phalanges. — 3, 3. Ligaments latéraux. —

4, 4. Fibro-cartilage d’agrandissement.

Fig. 251. — Articulation métacarpo-phalangienne du pouce. — 1. Cavité glénoïde de la première phalange. — 2, 2. Extrémité inférieure du premier métacarpien, qui a été longitudinalement divisée, et dont les deux moitiés ont été ensuite déjetées à droite et à gauche. — 3, 3. Partie des ligaments latéraux qui s’insère à la première phalange. — 4, 4. Partie antérieure et oblique qui s’attache au libro-cartilage d’agrandissement, et qui l’immobilise solidement dans sa situation et sa direction. —

5, 5. Les deux os sésamoïdes situés dans l’épaisseur de ce fibro-cartilage.

tendent, et les phalangiens se relâchent. Ces deux faisceaux, en apparence confondus, sont donc antagonistes.

Par leurs mouvements latéraux, les doigts s’éloignent et se rapprochent. Dans l’abduction, les phalanges glissent légèrement et transversalement sur la tête des métacarpiens; et comme celle-ci est convexe, en se déplaçant, elles s’inclinent du côté vers lequel elles se portent. Le ligament latéral qui correspond à l’inclinaison se relâche; celui du côté opposé se tend et limite le mouvement. Dans l’adduction, les phénomènes qui se produisent sont diamétralement opposés. — La première articulation métacarpo-phalangienne ne possède qu’à un très faible degré ces mouvements latéraux qui se passent pour le pouce dans l’articulation carpo-métacarpienne.

Dans leur mouvement de circumduction, les doigts décrivent un cône assez régulier. — Le mouvement de rotation qu’ils exécutent sous l’influence de la volonté est à peine sensible, bien que réel. Mais si, après avoir fixé l’un des métacarpiens, on imprime à la phalange un mouvement autour de son axe, la rotation devient manifeste, et même assez étendue. Le procédé le plus sûr pour constater cette rotation consiste à diviser le métacarpien sur sa partie moyenne, et à le placer ensuite entre les deux mâchoires d’un étau; en saisissant la première phalange préalablement dépouillée de son enveloppe tégumentaire, on peut, non seulement lui communiquer un mouvement de rotation, mais aussi des mouvements de glissement dans le sens transversal.

Page 1