RÉSISTANCE DU CRANE
tanément à sa base et à son sommet; plus faible et non soutenue, la partie moyenne de la pyramide peut alors se briser.
3° Siège des fractures du crâne. — Fractures par contre-coup.
Lorsque le crâne devient le siège d’une fracture, celle-ci se produit sur le point qui a reçu le choc. Quelques faits, dont la valeur est aujourd’hui contestée, attestent cependant qu’elle peut aussi se montrer sur une partie plus ou moins éloignée du point percuté. De là cette distinction ancienne des solutions de continuité du crâne en fracturés directes et fractures indirectes ou par contre-coup.
Le mécanisme de ces fractures indirectes a été, de tout temps, un sujet de discussion, qui avait surtout vivement préoccupé l’Académie de chirurgie au siècle dernier. Dans la pensée d’élucider ce mécanisme, elle mit, pour la troisième fois, au concours, en 1766, la théorie des lésions de la tête par contre-coup.
Saucerotte (1), Sabouraut (2) et Chopart (3) furent d’accord pour comparer la cavité du crâne à une sphère élastique. Tous trois s’attachèrent à démontrer que, soumise à un choc, elle se déprime, soit dans le point percuté, soit dans le point diamétralement opposé, et s’allonge, au contraire, dans le sens perpendiculaire à la direction du choc ; que le diamètre parallèle à cette direction, après s’être raccourci, revient non seulement à sa longueur normale, mais s’allonge à son tour, tandis que le diamètre perpendiculaire qui s’était allongé se raccourcit, et que chacun d’eux, après avoir passé par une série d’oscillations décroissantes, finit par revenir à l’état de repos.
D’après cette théorie, l’ébranlement imprimé aux parois du crâne se transmettant de proche en proche au point diamétralement opposé, si les parois de la cavité offraient une épaisseur uniforme, la fracture devrait se produire constamment au point de départ des ondulations vibratoires; car celles-ci diminuant d’intensité à mesure qu’elles se propagent, si le point de départ résiste, les points les plus éloignés doivent résister mieux encore. Mais ces parois, ainsi que nous l’avons vu, présentent une épaisseur extrêmement inégale. Dès lors, on comprend qu’ui. mouvement vibratoire pourra être trop faible pour agir sur une partie épaisse, et assez intense pour rompre une lame mince. Si Je point percuté, ainsi que tous les points intermédiaires, sont très résistants, et le point diamétralement opposé au choc relativement très mince, c’est ce dernier qui cédera. Si l’un des points intermédiaires est plus faible, c’est celui-ci, au contraire, qui se brisera.
(1) Saucerotte, Mémoire sur les contre-coups , prix de l’Acad. de ehir., p. 372.
(2) Sabouraut, ici., p. 443.
(3) Chopart, ici., p.523.
Telle était la théorie acceptée par l’Académie de chirurgie et par tous les auteurs de notre époque, lorsque en 1844 Aran crut devoir la soumettre au contrôle de F expérimentation. Dans ce but, il se rendit à l’école anatomique des hôpitaux, où j’étais alors prosecteur, et me pria de l’aider dans ses recherches. Je le secondai, en effet, et je devins ainsi le témoin de ses expériences, dont j’ai pu constater avec lui tous les résultats. Or l’expérimentation cadavérique, de même que les faits cliniques, se trouva en opposition à peu près complète avec la théorie généralement acceptée. D’après celle-ci, les chutes sur le sommet du crâne devaient produire, dans quelques cas du moins, des fractures par contre-coup de la hase et surtout du corps du sphénoïde. Invoquant l’observation, Aran s’attacha à faire prévaloir une doctrine opposée; il admit :
1° Que jamais il ne se produit de fracture de la hase sans fracture au point percuté ;
2° Que les fractures de la voûte s’étendent ordinairement par irradiation jusqu’à la base, à travers les sutures qui ne s’opposent nullement à cette propagation, ainsi que le croyait Galien ;
3° Quelles y arrivent par la roule la plus directe: ainsi les chutes sur le vertex déterminent une fracture qui s’étend de la voûte à la fosse moyenne de la hase du crâne; les chutes sur le front, une fracture qui se prolonge vers la voûte orbitaire; les chutes sur l’occiput, une fracture qui se dirige vers le trou occipital.
Quant aux fractures par contre-coup, cet auteur, bien qu’il ait pris soin de varier son mode d’expérimentation, n’a jamais pu en produire une seule. Frappé de ce résultat négatif, il voulut soumettre à une critique plus sévère les faits mentionnés par divers auteurs; aucun ne lui parut rigoureusement concluant.
En voici un cependant qui ne laisse rien à désirer, au double point de vue de l’authenticité et de la précision des détails. Ce fait appartient au professeur Nélaton, qui a fait déposer la pièce au musée Dupuytren. Il s’agit d’une jeune femme de vingt-six ans. Assise sur une voiture chargée de plusieurs pièces de vin; le cheval s’abat; elle est précipitée en avant; une pièce se détache, roule et passe sur elle: perte complète de connaissance, hémorrhagie nasale produite par une déchirure de l’artère carotide interne à son passage dans le sinus caverneux; de là un anévrysme artérioso-veineux ; puis un exorbitis considérable consécutif à cet anévrysme. Huit mois après l’accident, la malade succombe. Je suis chargé d’en faire l’autopsie. Le crâne est scié horizontalement; la dure-mère est détachée de tous les points de sa surface : aucune trace de fracture sur la voûte, aucune sur les parois latérales, aucune sur les fosses latérales de la hase; mais il existait une fracture transversale avec écartement des fragments sur le corps du sphénoïde .
Cette fracture, consolidée, était située immédiatement au-dessus de