‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 2)Chapitre 7 sur 260 · CONFIGURATION DES MEMBRES · texte numérisé non relu

CONFIGURATION DES MEMBRES

moins accusée que la précédente, c’est Y éminence hypothénar.

La troisième comprend deux parties, l’une supérieure et externe que représente le pouce, l’autre inférieure constituée par les quatre derniers doigts. — Le pouce se compose de deux segments seulement. — L’index, le médius, l’annulaire et l’auriculaire en présentent trois. En s’opposant l’une à l’autre, ces deux parties forment, avec la paume de la main, une sorte de pince dont la branche inférieure se partagerait en quatre branches secondaires représentant chacune un levier à triple brisure qui peut s’enrouler sur lui-même : de là cette infinie variété de mouvements qui permet à la main de saisir les objets les plus déliés et de soulever de lourds fardeaux, d’explorer la périphérie des corps qui nous entourent et d’en apprécier jusqu’aux moindres aspérités.

Le pied s’étend horizontalement à la surface du sol. — Sa face intérieure ou plantaire est étroite, arrondie et saillante an niveau du talon, plane et large au niveau des orteils, concave au milieu. Mais cette concavité, plus prononcée en dedans qu’en dehors, offre beaucoup de variétés : elle est plus grande chez quelques individus; chez d’autres, elle fait presque entièrement ou même totalement défaut. Dans le premier cas, le pied est cambré; il est plat dans le second : mode de conformation défectueux qui rend la marche plus difficile. — La face supérieure ou dorsale est arrondie, plus élevée et plus convexe lorsque la plante du pied est très voûtée. En se continuant avec la partie inférieure de la jambe, elle forme avec celle-ci un angle droit à sommet arrondi. — De chaque côté de cet angle on aperçoit les malléoles. Celle qui est en dedans occupe le prolongement de la face interne du tibia, dont elle forme une dépendance; l’externe, plus considérable et plus longue que la précédente, est située sur le prolongement du péroné dont elle représente l’extrémité inférieure. Le bord externe du pied, mince et rectiligne, est divisé en deux parties à peu près égales par la tubérosité du cinquième métatarsien. — Le bord interne, beaucoup plus épais et un peu plus long, présente une figure triangulaire dont la base répond au talon. Sur sa partie moyenne, on remarque une large dépression qui se continue avec la voûte de la plante du pied.

De même que la main, le pied se compose de trois parties : une postérieure ou tarsienne, une moyenne ou métatarsienne, la troisième antérieure formée par les orteils. Mais ces trois parties offrent ici des proportions inverses. A la main, le poignet est peu développé; la portion métacarpienne l’est davantage; les doigts le sont plus encore : organe du toucher et de préhension, c’est la partie terminale qui prédomine en elle. Au pied, les orteils sont comme atrophiés; la portion métatarsienne est plus longue et plus large, la portion tarsienne est relativement énorme : organe de sustentation, c’est la partie initiale ou jambière qui devient chez lui prédominante.

DU CORPS HUMAIN EN GENERAL

§ 2. — Symétrie dit corps.

Le tronc» là tète et les membres, si différents par leur configuration, se rapprochent cependant par un caractère qui leur est commun. Le tronc, en effet, est formé de deux parties latérales semblablement conformées ; la tète et le cou sont formés aussi de deux parties latérales qui se répètent ; les membres d’un côté répètent de même ceux du côté opposé. Le corps humain, pris dans son ensemble, se compose en un mot de deux moitiés, l’une droite, l’autre gauche, symétriquement disposées sur les côtés d’un plan idéal, vertical et antéro-postérieur, qui porte le nom de plan médian. La ligne d’intersection de ce plan et du plan abdominal représente la ligne médiane antérieure, et la ligne d’intersection du même plan avec le plan dorsal, la ligne médiane postérieure.

Les lois du développement nous enseignent que ces deux moitiés du corps sont d’abord en partie indépendantes en avant. A mesure qu’elles parcourent les différentes phases de leur évolution, elles se rapprochent, se touchent et finissent par se souder l’une à l’autre. Quelques régions conservent pendant toute la durée de la vie les traces de cette soudure, qui prend alors le nom de raphé. Chez l’homme on observe constamment, sur le périnée, sur le scrotum et sur la partie inférieure du pénis, un raphé plus ou moins prononcé, suivant les individus. Sur les autres parties du corps le raphé est à peine sensible ou disparaît complètement. Toutefois, en s’effaçant à la surface, il semble exister encore à l’état de vestige dans l’épaisseur des tissus et former une sorte de barrière que les maladies respectent quelquefois. Il n’est pas rare de voir l’inflammation développée sur un des côtés du corps s’arrêter sur la ligne médiane ; le zona, par exemple, s’étend à la manière d’une ceinture sur l’une des moitiés du tronc et laisse intacte la moitié opposée ; dans les paralysies du sentiment et du mouvement toute une moitié du corps est frappée jusqu’aux limites du plan médian, et l’autre moitié conserve l’intégralité de ses fonctions.

Si ces deux moitiés, au lieu de se rapprocher et de se souder, s’arrêtent dans leur développement, elles resteront indéfiniment séparées, et l’on verra se produire autant de vices de conformation caractérisés par l’existence d’une fissure. C’est à cette cause qu’il faut rattacher la fissure uréthrale ou hypospadias , la fissure scrotale qui donne aux organes génitaux de l’homme les apparences de ceux de la femme, la fissure spinale ou spina bifida, la fissure palatine, celle du voile du palais, etc.

La symétrie n’est pas un attribut qui appartienne exclusivement aux

STATURE DE L’HOMME

organes périphériques. Elle s’étend de la superficie à la profondeur du corps. Mais le tronc, à cet égard, diffère beaucoup des extrémités. — Les deux membres thoraciques sont symétriques dans toutes les parties qui les composent ; il en est de même des membres abdominaux ; il en est de même aussi des deux moitiés latérales de la tête et du cou. — Sur le thorax, tout est symétrique à l’extérieur ; à l’intérieur, la symétrie disparaît ; le cœur s’incline à gauche ; l’un des poumons descend plus bas, l’autre, par compensation, est plus volumineux. — Sur l’abdomen, la cavité proprement dite présente une symétrie parfaite ; les organes qu’elle contient n’en présentent, pour la plupart, aucune trace. Vers la partie la plus inférieure du bassin, cependant, on voit celle-ci reparaître.

Les parois du tronc et tout ce qui s’étend au delà de ces parois sont donc symétriques ; les viscères intra-thoraciques et intra-abdominaux seuls ne le sont pas. Or il est digne de remarque que ces viscères remplissent des usages qui se rattachent exclusivement aux fonctions nutritives. De cette donnée on peut déduire la loi qui préside à la répartition de la symétrie : tous les organes qui nous mettent en rapport avec le monde extérieur et tous ceux qui ont pour destination de perpétuer la vie de l’espèce sont symétriques; ceux qui ont pour destination d'assurer la vie de l’individu ne le sont pas.

Cette loi comporte, il est vrai, quelques exceptions. Ainsi la bouche, qui forme le vestibule des voies digestives, est symétrique ; le pharynx et la trachée le sont aussi ; les reins, les uretères, la vessie, le sont également. Mais ces exceptions n’enlèvent pas à la loi si bien formulée par Bichat le caractère de généralité qu’elle présente.

Certains organes affectés à la vie nutritive revêtent donc un attribut qui appartient plus spécialement à ceux de la vie extérieure. Par contre, on voit assez fréquemment ces derniers se déformer et perdre en partie le caractère qui les distinguait. Le thorax, qui paraît si régulièrement conformé au premier coup d’œil, possède rarement, néanmoins, une symétrie parfaite; le plus souvent la colonne dorsale présente une légère déviation ; et celle-ci devient la cause première ou le point de départ de ces incurvations , si fréquentes à droite que , sur cent exemples, c’est à peine si l’on en trouve un où la déviation a lieu à gauche.

La tête, plus symétrique que toutes les autres parties du corps, ne possède pas toujours cependant une configuration parfaitement régulière. Le crâne est quelquefois plus développé d’un côté ; et cet inégal développement a pour conséquence un défaut de symétrie. La cloison des fosses nasales est presque toujours déviée à droite ou à gauche.

Les membres eux-mêmes n’offrent pas sur tous les individus un volume égal : chez le plus grand nombre, ceux du côté droit l’emportent

DU CORPS HUMAIN EN GÉNÉRAL

sous ce rapport, sur ceux du côté gauche ; chez quelques-uns on voit toute une moitié du corps prédominer sur la moitié opposée, et presque constamment alors la moitié droite est celle qui présente cette prédominance. De là, ainsi que le fait remarquer Malgaigne, cet instinct qui nous pousse à nous servir de préférence des membres du côté droit, préférence qui a sa cause dans l’organisation elle-même et non dans l’habitude. Sur 182 hommes interrogés par cet auteur au Bureau central, 163 étaient droitiers, 15 gauchers et 4 ambidextres. Sur 38 femmes, il n’a rencontré ni gauchères ni ambidextres.

§ 3. — Stature de l’homme.

La longueur totale du corps ou la stature a été dans la plupart des pays civilisés l’objet d’un très grand nombre de travaux. En tenant compte de l’ensemble des recherches faites en France, on peut dire que la taille moyenne s’élève :

in

Pour l’homme. à 1,657

Pour la femme à 1,541

D’un sexe à l’autre elle diffère par conséquent de 11 centimètres environ, lorsque le corps est arrivé à son complet développement.

Autrefois on admettait généralement que l’homme atteint sa plus haute stature à vingt-cinq. Mais M. Quételet a démontré qu’en Belgique elle continue de croître jusqu’à trente ans (1). Ses études comparatives ont porté sur 900 individus, 300 de dix-neuf ans, 300 de vingt-cinq, et 300 de trente :

19 ANS 25 ANS 39 ANS m m m

Moyennes 1,662 1,675 1,684

M. Dunant est arrivé à un résultat à peu près identique ; il a reconnu que la taille du militaire genevois qui, à vingt ans, était de l'",674, atteignait de vingt-six à trente ans lm,688. Ce fait établi sur de sérieuses statistiques ne paraît donc pas contestable. Mais il ne sera pas accueilli sans quelque surprise par les anatomistes; car l’observation atteste que le squelette arrive au terme de son développement à vingt-deux ou vingt-trois ans chez la femme et à vingt-quatre ou vingt-cinq ans chez l’homme. Or la croissance de la charpente osseuse du corps étant terminée à vingt-cinq ans, comment expliquer l’accroissement de la taille jusqu’à trente ans? Pour s’en rendre compte, il faut admettre que l’évolution des disques intervertébraux est plus lente que celle des vertèbres,

fl) Quételet, Essai de physique sociale , Paris, 1835, t. 11.

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et qu’ils continuent de croître en hauteur alors que celles-ci ont atteint leur plus grand diamètre vertical.

La taille, qui peut croître chez quelques individus jusqu’à trente ans, ne varie plus de trente à cinquante. A cinquante ans, elle commence à décroître, lentement d’abord, puis avec d’autant plus de rapidité que l’âge est plus avancé. Elle peut se raccourcir ainsi de 6, 8, 10, 12 centimètres et même plus, en sorte que beaucoup d’hommes, doués autrefois d’une haute stature, passent dans l’extrême vieillesse de la classe des hommes grands dans celle des hommes petits. Trois causes anatomiques concourent à ce résultat : l’affaiblissement des vertèbres très sensible surtout à leur partie antérieures, d’où l’incurvation du tronc, la dépression des disques intervertébraux, et l’affaiblissement des muscles extenseurs qui ne ramènent plus les membres inférieurs à une direction tout à fait rectiligne au moment où ils se contractent.

bataille moyenne de l’homme en France nous étant connue, il nous reste à étudier les causes qui peuvent la modifier, ou plutôt les conditions sous l’empire desquelles on la voit généralement s’élever ou s’abaisser. La science sur ce point est riche en documents. De leur ensemble découlent les propositions suivantes qui peuvent en être considérées comme le résumé.

1° La taille est plus élevée chez l’habitant des villes que chez V habitant des campagnes. — Dans un mémoire, publié en 1829 (1), Villeriné a réuni une longue série de faits qui ne laisse planer aucun doute sur ce point. Non seulement la stature est plus haute chez l’habitant des villes, mais elle l’est d’autant plus que la ville est plus grande et plus féconde en ressources. Paris, sous ce rapport, tient le premier rang.

Pour la Belgique, Quételet a constaté également que la population des grandes villes l’emporte, par sa stature, sur celle des communes rurales ; le tableau qui suit l’atteste très péremptoirement :

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