‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 2)Chapitre 83 sur 260 · II. — Appareil hyoïdien · texte numérisé non relu

II. — Appareil hyoïdien

Sous ce nom, E. Geoffroy Saint-Hilaire a décrit, en 1818, un ensemble d’osselets disposés en série linéaire et formant une longue arcade attachée par ses extrémités à la partie inférieure des temporaux (1).

Cette arcade, inscrite dans la courbe du maxillaire inférieur, répond par sa concavité à la base de la langue et aux parties latérales du pharynx. On la retrouve dans toute la série des vertébrés où elle a été poursuivie avec une rare sagacité par l’illustre auteur de la Philosophie anatomique. Mais ses études sur ce point avaient été à peine remarquées. M. le professeur Milne Edwards, dans son Traité de physiologie et d'anatomie comparée, les a rappelées à l’attention des anatomistes et a pris soin d’en faire ressortir tout l’intérêt (2).

L’appareil hyoïdien, qui atteint ses plus grandes proportions chez les poissons, devient rudimentaire, presque filiforme, chez les oiseaux, et nous offre chez les mammifères un moyen développement. Chez l’homme, il descend à un état d’atrophie extrême ; mais l’analyse philosophique en retrouve cependant sans peine tous les éléments.

Cet appareil comprend trois parties : l’une médiane, embrassant la base de la langue; les deux autres, latérales, qui vont s’attacher obliquement à la hase du crâne. — La partie médiane est représentée par le corps de l’hyoïde et ses grandes cornes.

Les parties latérales, ou chaînes hyoïdiennes, se composent chacune de trois osselets unis les uns aux autres par une substance fibreuse intermédiaire. E. Geoffroy Saint-Hilaire désignait ces osselets, en procédant de bas en haut, sous les noms d ’apohyal, de cératohyal , de stylhyal. L’inférieur s’unit à l’hyoïde. —-Le supérieur s’articule avec le temporal; il est d’autant plus développé, que la face est plus volumineuse et plus allongée : aussi le voit-on atteindre des dimensions considérables chez quelques mammifères, particulièrement chez le bœuf et le cheval.

Chez l’homme, chaque chaîne hyoïdienne se trouve représentée par les

(1) E. Geoffroy Saint-Hilaire, Philosophie anatomique : des os antérieurs de la poitrine, ou de l'hyoïde, p. 140.

(2) Milne-Edwards, Traité de physiologie et d'anatomie comparée, t. IV, p. 80

OSTEOLOGlU.

mêmes osselets. Le segment inférieur de la chaîne, ou l’apohyal, est constitué par les petites cornes de l’hyoïde; le segment supérieur, ou le stylhyal, par l’apophyse slyloïde ; et le segment moyen, ou le cératohyal, par un osselet situé sur le prolongement de celle-ci, dans l’épaisseur du tégument stylo-hyoïdien.

L’apophyse slyloïde, considérée par tous les auteurs comme une dépendance du crâne, n’appartient donc pas à cette cavité; elle fait partie de

Fig. 77. — Appareil hyoïdien normal de l'homme.

Fig. 78. — Appareil hyoïdien anormal.

Fig. 77. — 1. Conduit auditif externe. — 2. Apophyse masloïde. — 3. Apophyse zygomatique dont l'extrémité antérieure a été excisée. — 4. Prolongement hyoïdien — 5. Apophyse styloïde ou stylhyal. — 6. Union du prolongement hyoïdien avec le stylhval. — 7. Cératohyal. — 8. Cordon fibreux unissant le stylhyal au cératohyal. — 9. Ligament stylo- ou plutôt cérato-hyoïdien. —10, 10. Petite corne de l’os hyoïde, ou apohyal. — 11. Corps de l’os hyoïde. — 12, 12. Grandes cornes de cet os.

Fig. 78. —1. Conduit auditif externe. — 2. Apophyse mastoïde. — 3. Apophyse zygomatique. — 4. Prolongement hycïdien. — 5, 5. Stylhyal. — 6. Soudure du stylhyal avec le prolongement hyoïdien. — 7, 7. Cératohyal considérablement hypertrophié. — 8, 8. Soudure du cératohyal avec le stylhyal. — 9, 9. Ligament stylohyoïdien aux dépens duquel le cératohyal s’est allongé. — 10, 10. Apohyal, ou petite corne. — 11. Corps de l’os hyoïde. — 12, 12. Grandes cornes de cet os.

APPAREIL HYOÏDIEN.

l’appareil hyoïdien. — Il existe cependant sur les temporaux de l’homme, comme sur ceux des mammifères, immédiatement au-devant du trou stylo-mastoïdien, une apophyse ; mais elle dépasse à peine le sommet de l’apophyse vaginale, c’est le prolongement hyoïdien. Ce prolongement, signalé seulement depuis qu’on a reconnu sa destination, ne se développe pas par un point osseux particulier; il a pour origine un cylindre cartilagineux continu supérieurement avec le cartilage de la portion mastoïdienne, et occupant un véritable canal situé entre le trou stylo-mastoïdien et la portion tympanale du temporal.

L’osselet supérieur de la chaîne hyoïdienne s’unit au prolongement hyoïdien par unfibro-cartilage, en sorte que chez l’homme, comme chez les mammifères, il restelongtemps mobile. A trente ans, cefibro-cârtilage commence à être envahi par les sels calcaires; il s’ossifie avec une extrême lenteur. A quarante ans, il est en général soudé au temporal. L’apophyse styloïde offre alors 3 centimètres de longueur, et se compose de deux parties : 1° du prolongement hyoïdien ; 2° du stylhyal.

La pièce intermédiaire de la chaîne hyoïdienne, ou le céralohyal, découverte en 1818 par Geoffroy Saint-Hilaire, présente en général une longueur de 14 à 18 millimètres. Elle est plus grêle que la précédente et s’unit par son extrémité supérieure à celle-ci, c’est-à-dire au sommet de l’apophyse styloïde des auteurs, à l’aide d’un ligament ou cordon fibreux qui lui permet de se mouvoir sur cet osselet. De sa partie inférieure part un autre ligament extrêmement long et grêle, qui va s’attacher à la petite corne : c’est le ligament stylo-hyoïdien : il atteste par son étendue et sa ténuité le degré d’atrophie considérable ou celte chaîne est descendue chez l’homme. — A la naissance, ce ligament est très court, mais volumineux, cylindrique, de couleur jaunâtre et exclusivement composé de fibres élastiques. A mesure que la chaîne hyoïdienne s’allonge, il s’atrophie. — Le cératohval s’ossifie avant le stylhval. Souvent je l’ai trouvé déjà ossifié, alors que le point d’ossification du stylhyal n’avait pas encore paru.

De cinquante à soixante ans, le ligament destiné à unir les deux pièces supérieures de la chaîne hyoïdienne s’ossifie; le cératohyal, en d’autres termes, se soude au stylhyal. L’apophvse styloïde revêt alors cet aspect monumental, Contourné et noueux, qui la caractérise chez quelques individus. Sa longueur, après cette soudure, varie de 4 à 5 centimètres ; des deux nodosités qu’elle présente, Lune répond à l’union du prolongement hyoïdien avec le stylhyal, l’autre à l’union du stylhyal avec le cératohyal.

Quelquefois aussi le ligament slylo-hvoïdien s’ossifie dans sa partie supérieure; on l’a même vu s’ossifier sur toute son étendue. Serres a communiqué à E. Geoffroy Saint-Hilaire un fait semblable. Il en existe un exemple dans le musée Orfila (fig. 78).

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