CHAPITRE PREMIER
Constitué par la peau, le sens du tact se présente à nous sous l'asiicct d'une vaste membrane jetée à la manière d'un voile sensitif sur les dernières limites du monde organique.
La sensibilité de cette membrane est si vive, qu'elle s'éveille au plus léger contact. Les corps les plus impalpables, le moindre corpuscule, le fluide atmosphérique lui-même, ne sauraient l'effleurer sans qu'elle ne nous informe aussitôt de leur présence. C'est par cette exquise sensibilité, bien plus que
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par son épaisseur et sa résistance, que l'enveloppe cutanée nous protège contre Finjure des corps extérieurs et contre les dangers de toute sorte.au milieu desquels nous vivons.
La sensibilité de la peau cependant n'est pas également développée sur tous les points de sa surface. C'est sur l'extrémité terminale des membres qu'elle atteint son plus grand développement. Le pied et la main présentent eux-mêmes une différence à cet égard, et la différence est en faveur de la main. Mais celle-ci en est redevable à sa configuration, à l'étendue, à la variété, à l'opposition de ses mouvements, d'où le nom d*organe du tou^ cher qui lui a été donné, parce qu'en effet son admirable mécanisme lui permet de s'appliquer à la surface des corps, d'en reconnaître la forme, la température, les saillies et jusqu'aux moindres aspérités.
Il importe donc de ne pas confondre le sens du tact et l'organe du ton** cher. — Le sens du tact attend les impressions et les transmet telles qu'elles lui arrivent ; il reste passif dans les fonctions qu'il remplit. — L'organe du toucher n'attend pas le contact des corps ; il se porte à leur rencontre, s'applique à leur périphérie, en suit tous les contours; il les palpe «n un mot et les explore sous la direction de l'intelligence, préalablement éveillée. — La peau constitue tout le sens du tact; elle ne représente «[u'une partie, la plus importante, il est vrai, de l'organe du toucher.
Qu'on l'envisage dans sa constitution, dans ses attributions, ou dans ses sdtéralions, la peau est également digne d'intérêt.
Considérée sous un point de vue purement anatomique, elle appelle l'attention de l'observateur par la multiplicité des éléments qui entrent ^ans sa composition, par l'importance que présentent la plupart de ^eux-ci, par leur inégale répartition , et aussi par leur inégal développement, 9oii qu'on les étudie chez le même individu dans les diverses régions du corps, ou chez les individus d'espèces différentes dans la longue série tles vertèbres. Ajoutons que la peau est de tous nos sens et même de tous nos organes un de ceux que nous connaissons le mieux, non-seulement dans ses parties constituantes, mais dans l'arrangement et les proportions de celles-ci. Un anatomiste exercé peut aujourd'hui l'analyser, comme le chimiste analyse un corps inorganique.
Considérée au point de vue physiologique, la peau n'a pas seulement pour destination de recueillir les impressions tactiles. Recouvrant toutes les parties du corps, elle joue à l'égard de celles-ci le rôle d'un manteau protecteur. Extrêmement riche en glandes, elle représente l'un des plus l^rands émonctoires de l'économie. Par ses attributions, elle nous intéresse donc sous un triple rapport : comme organe de sensibilité, comme organe de protection, comme organe de sécrétion et d'excrétion.
Considérée au point de vue pathologique, l'enveloppe cutanée, dès la plus haute antiquité, alors qu'on ne possédait encore aucune notion sur 3« ÉDiT. m — 36
sa structure et ses fonctions, avait déjà éveillé et fortement captive toute la sollicitude du médecin. Le tégument externe en effet n*est-il pas le si^e de ces maladies contagieuses qui éclatent comme des fléaux périodiques et qui viennent si souvent décimer nos populations? Aces maladies contagieuses ne voyons-nous pas s'ajouter encore toute une série presque infinie d'affections aiguës et chroniques qui peuvent se modifier, se compliquer, se combiner de mille manières? Nulle part les lésions morbides ne se montrent avec un tel caractère de fréquence, de ténacité, de gravité, et sous des formes aussi variées. On conçoit donc sans peine que l'étude des maladies cutanées ait suffi à elle seule pour absorber la vie d'un grand nombre de pathologistes. Leurs travaux ont eu pour résultat de nous faire connaître les phénomènes et la marche de ces maladies. Hais ils ne nous ont presque rien appris sur leur siège primitif, c'est-à-dire sur l'organe, le tissu ou rélément qui en est le point de départ, les circonstances qui permettent de les surprendre à leur début étant extrêmement rares; et c'est vers ce but cependant que doivent tendre tous les efforts ; car, ce but atteint, il deviendrait possible d'en simplifier l'étude en établissant leur classification sur une base anatomique.
La peau, ou tégument externe, nous offre à considérer sa conformation extérieure et sa stmcture.
ARTICLE PREMIER