‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 3)Chapitre 151 sur 223 · DE L*ÉPIDERME · texte numérisé non relu

DE L*ÉPIDERME

que protègent des poils abondants, comme le cuir chevelu : ainsi s'explique sa minceur remarquable chez les mammifères et les oiseaux.

D'une autre part, les points qui deviennent exceptionnellement le siège de pressions souvent réitérées nous offrent un épiderme plus épais; aussi voyons-nous presque toutes les professions industrielles laisser en quelque sorte leur empreinte sur l'enveloppe tégumentaire.Voyez les malléoles externes chez le tailleur, la tubérosité antérieure du tibia chez quelques religieux, la rotule chez le boulanger, la partie anléro-inférieure de la cuisse chez le cordonnier, etc. ; sur chacun de ces points, la peau se ï^couvre d'une plaque cornée, en général rugueuse, qu'on peut adoucir et ^'viincir, sans doute, mais qui reste comme une trace indélébile, alors ■i^^ine que la cause sous l'influence de laquelle elle s'est formée a depuis longtemps disparu. Non moins variées dans leur siège et leurs dimensions ^Ue les causes auxquelles elles sont dues, ces empreintes peuvent être utilisées avec le plus grand avantage pour constater l'identité d'un individu; ^Ues méritent à cet égard de fixer toute l'attention du médecin légiste.

Tant que les productions èpidermiques consécutives à des pressions mécaniques conservent une forme membraneuse, elles restent inoffensives et ^peu près sans inconvénient. Mais quelquefois elles revêtent la forme ^'un cône dont le sommet se dirige vers le derme : c'est ce qui a lieu le J)Ius ordinairement pour celles qui occupent les orteils. Elles prennent ^lors les noms de corSy durillons, œil-de-perdrix , et deviennent une cause

^'irritation et de douleur plus ou moins vive, en sorte qu'elles rentrent

dans le domaine de la pathologie.

L'épiderme est flexible, élastique et résistant. Si on le plie dans un ou plusieurs sens, en l'abandonnant ensuite à lui-même, il reprend presque aussitôt sa forme primitive, et la reprend en vertu de son élasticité, qu'on ne saurait comparer cependant à celle du derme. Si l'on cherche à le <léchirer, il résiste, et il faut user d'un certain effort pour surmonter sa résistance proportionnelle à son épaisseur.

La surface externe de l'épiderme^ ou surface libre de la peau, nous est déjà connue. Nous avons vu qu'elle présente : 1° des plis et sillons de divers ordres; 2° des saillies situées au point d'émergence des poils et plus ou moins apparentes; 3** des oriûces dont les uns, très-larges, donnent passage aux poils et à la matière sébacée ; tandis que les autres, microscopiques, constituent Tembouchure des glandes sudorifères.

La surface interne de V épiderme se moule sur le corps papillaire, auquel elle adhère d'une manière intime. En outre, elle fournit un prolongement à chaque follicule pileux, à chaque glande sébacée, à chaque glande sudorifère. Elle nous offre par conséquent à considérer des dépressions ou fossettes et des prolongements canaliculés.

Les fossettes de répiderme sont aussi multipliées que les papilles am. quelles elles servent de gaines. Sur toutes les régions où les papilles se disposent en séries linéaires, les fossettes présentent une disposition cor* respondante : auv sillons interpapillaires du derme répondent du côté de répiderme autant (ie crêtes; aux papilles accouplées comprises entre deox sillons correspondent deux rangées de fossettes; au sillon superficiel creusé entre ces papilles accouplées correspond une très-petite crête é|ii. dermique. — Tous ces détails peuvent être aperçus à Toeil nu; maisonles voit mieux à Taide d'une loupe et mieux encore à Taide d'un grossissement de 20 à 30 diamètres, sur un lambeau d'épiderme détaché par voie de putréfaction. Cette étude permet aussi de constater: l"* que les fossettes, accouplées comme les papilles, ne sont pas toujours placées c6te à côte, et qu'elles n'offrent très-souvent dans leur disposition aucune régularité ; 2" qu'elles reproduisent très-fidèlement la forme des papilles.

Les prolongements qui se détachent de la face profonde de répiderme ont été signalés dès la plus haute antiquité; mais il n'a été donné qu'à m bien petit nombre d'anatomistes de les observer avec exactitude. Au premier rang parmi ces derniers, il faut placer Albinus, qui a parfaitement décrit les prolongements destinés aux follicules pileux et aux glandes sé^ bacées. — Quant à ceux qui se rendent aux glandes sudorifères, ilsaTaient été vus par Hunter, par Bidioo et par quelques autres observateurs.

V Prolongements destinés aux follicules pileux. — Parvenu à l'extrémité libre de ces follicules, l'épiderme se déprime, s'applique sur leurs parois, et descend jusqu'à la partie la plus inférieure du poil pour se continuer avec celui-ci. Il suit de cette continuité qu'au moment où l'épiderme se détache sous l'influence de la putréfaction, il entraîne avec lui nonseulement le prolongement qui tapisse les parois du follicule pileux, mais le poil lui-même. En procédant avec quelque ménagement, on peut enlever ainsi toute une chevelure sans déchirer l'épiderme et sans mettre à nu la racine d'un seul cheveu.

2** Prolongements destinés aux glandes sébacées. — De même que répiderme se déprime à l'entrée de chaque follicule pileux pour en tapisseries parois, de même il se déprime au niveau de chaque glande sébacée pour se prolonger dans toute l'étendue de leur cavité. En détachant sur un cadavre en voie de putréfaction l'épiderme qui recouvre les ailes du nei, le pavillon de l'oreille, la peau du front, etc., on attire à la fois au dehors et la tunique épidermique qui tapisse les parois de ces glandes, et la nuh tière sébacée qu'elles contiennent. Lorsque les lobules de la glande noat nombreux ou volumineux, ou rétrécis au niveau de leur embouchure dans la cavité centrale, cette tunique se déchire sur un ou plusieurs points.

3** Prolongements destinés aux glandes sudorifères. — Ils diffèrent des précédents par leur extrême ténuité et leur multiplicité. C'est aussi sur les

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sujets dont répiderrae se détache spontanément qu'il faut les étudier. On donnera la préférence à la paume des mains ou à la plante des pieds. Dans ce but, après avoir fixé le derme, on soulèvera avec une pince Tépiderme correspondant; ces prolongements apparaitront alors comme autant de filaments aussi déliés qu'un fil d'araignée. Ils s'allongent de 3 ou 4 millimètres; et si l'on écarte davantage l'épiderme, ils se rompent au niveau du derme, pour la plupart, de telle sorte qu'ils restent appendus et flottants à la face interne de l'épiderme. Enlevez alors un lambeau de cet épiderme pour le placer sous le microscope; vus à un grossissement de 30 à 40 diamètres, tous ces débris de filaments se transformeront en autant de canalicules très-régulièrement calibrés.

B. Structure de l'épiderme,

L'épiderme est formé d'une couche profonde ou couche muqueuse y et d*une couche superficielle ou couche cornée.

Pour séparer ces deux couches, on n'aura recours, niàrébullition, que conseillait Malpighi, ni à la macération dans l'eau froide,^ que préférait Albinus. On immergera un iambsau de peau dans l'eau distillée, additionnée d'un centième d'acide acélique ; du cinquième au huitième jour l'épiderme se détache; et du quinzième au vingtième les deux couches qui le composent se laissent séparer sur toute leur étendue avec la plus grande facilité. On peut alors les étudier et les comparer.

ti'épaisseur absolue et relative de ces deux couches varie suivant les ré- ^tOQs. Sur les parties dont l'épiderme est mince, la couche muqueuse est la plus épaisse. Sur la paume des mains et la plante des pieds, où il atteint sa plus grande épaisseur, elles participent l'une et l'autre à cet accroissement ; ïHais la couche cornée dans une proportion beaucoup plus grande, en sorte qu'elle égale quatre ou cinq fois la couche muqueuse.

Sur les coupes verticales on pourra remarquer en outre : 1° que la couche

^^ï'née, pour un point donné, présente une épaisseur uniforme ; 2° que la

^Ouche muqueuse, limitée en haut par une ligne légèrement onduleuse et

^"^ bas par une ligne alternativement saillante et rentrante, offre au

î^^ntraire une épaisseur très-inégale : elle est épaisse au niveau des sillons

'^terpapillaires, extrêmement mince au niveau des papilles. (Fig. 044.)

En examinant la couche muqueuse par sa face profonde à un grossisse-

*^ent de 20 diamètres, on retrouve ces parties saillantes et rentrantes ;

^*^s elles se présentent sous un aspect Irès-difTérenl. Les parties saillantes

^CTrent une couleur sombre, d'aulant plus foncée qu'on les considère sur

^ti point plus rapproché de leur sommet; elles sont sinueuses, se continuent

^Ulre elles et forment une sorte de réseau. Les parties rentrantes sont

claires, plus étroites et disposées par îlots. La teiute se dégrade du reste

en passant des unes aux autres ; et grâce à cette distribution des ombres et des lumières, on peut voir dans ses moindres détails toute la face profonde deTépiderme, c'est-à-dire l'empreinte ou le moule des papilles, et étudier sur ce moule les dimensions, la forme et la situation relative de celles-ci.

Lorsqu'on soumet Tépiderme à Faction de l'eau bouillante, la couche

cornée se détache en eiitniinant avec elle les parties les plus minces de la

couche muqueuse, laquelle apparaît alors comme perforée au niveau d sommet des papilles. Si ces pertes de substance sont minimes, elle pren( l'aspect d'un crible; si elles 9ont plus larges, elle prend celui d'un réseau d'où le nom de corps réticulaire {corpus relicularé), sous lequel elle a él( d'abord décrite par Malpiglii, et ceux de réseau mu^queuXy réseau de Mal pighi, adoptés par la plupart de ses successeurs.

Soumises à la macération dans l'eau simple, les deux couches de i'épiderme se séparent d'une manière beaucoup plus lente, mais aussi plu complète. La couche muqueuse reste partout continue, et l'on peut ains constater que les orifices signalés par Malpighi sont le résultat du procéd défectueux qu'il avait mis en usage.

Sous Tinfluence de la macération dans l'eau légèrement acidulée, 1 deux couches subissent des modifications qui suffiraient pour nous mo

Irer combien elles diffèrent l'une de l'autre. — La couche cornée, qt ^i

était transparente, devient opaque et d'un blanc laiteux. La couche rai queuse prend une coloration brune plus ou moins foncée. — La premièi^s'épaissit considérablement, acquiert une fragilité croissante, puis se n mollit, se dissout et finit par tomber en poussière au fond du vase. La sc^^ ^^' conde conserve son épaisseur et sa flexibilité , mais elle est beaucoup plii^" *"° molle ; de là les noms de corps muqueux, de couche muqueusey que lu-^^ ^^* ont donnés la plupart des anatomistesdu xvii* siècle. Lorsqu'on la détacha ^^^' elle s'enroule sur sa face dermique; et si on la redresse, elle s'enroule d fc:^"* nouveau; elle offiv par conséquent une élasticité très-prononcée qui fai^-^^^^^' totalement défaut dans la précédente. (Fig. 642.)

Abandonnées à la putréfaction, elles se comportent aussi d'une manièr'^^-**^

bien différente : la couche cornée reste intacte ; la couche muqueuse, aP -^^*'

contraire, s'altère très-rapidement ; elle se ramollit de sa face profonde ^^i

vers sa face superficielle; c'est par suite de ce ramollissement que Tépi^-^^'"

derme se détache. La couche muqueuse, dans ces conditions, est donc im^ ^^^'

propre aux études histologiques.

Telles sont les différences qui distinguent les deux couches de l'épi-- -^'^''

dermQ envisagées comme membranes.

Considérées dans leur constitution, elles en présentent d'autres plus im .^f"^^*'' portantes. Pour en prendre connaissance, nous allons d'abord étudier I^ '^ couche mu(ïueuse ; nous nous occuperons ensuite de la couche cornée.

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