C. Texture intime de la couche muqueuse
La couche muqueuse se compose de cellules disposées sur plusieurs plïins, d'autant plus nombreux qu'elle est plus épaisse. Dans chaque plan, les cellules sont juxtaposées.
Ces cellules, réagissant les unes sur les autres, se correspondent par (les facettes. — Les plus inférieures sont allongées et perpentliculaires à In surface des papilles. A mesure qu'elles s'éloignent de cette surface, dics s'aplatissent, en sorte que le diamètre parallèle à l'épiderme s'allonge de plus en plus. Les premières représentent des prismes à cinq ou ^■x pans ; celles qui les surmontent sont des prismes plus courts ; les plus superficielles ont pour limite un simple contour hexagonal.
Chacune de ces cellules comprend dans sa composition quatre éléments : Une membrane ou partie enveloppante, un noyau qui eu occupe le centre, des granulations colorées ou pigmentaires, et une petite quantité de liquide.
La membrane ou la cellule proprernent dite est mince, transparente, libre sur sa face interne qu'humecte le liquide intra-cellulaire. Sa surface externe est recouverte de très-petits prolongements en forme de crêtes ou d'épines, par lesquelles elle s'engrène avec celle des cellules voisines ; ces prolongements épineux ont été signalés par 0. Schron et H. Schultxe. Le noyau, transparent aussi, est volumineux et arrondi. Il ne présente ancun vestige de nucléole. (Fig. 645, B.)
Les granulations colorées ou pigmentaires sont très-nombreuses, mais
PiG. 64!. — Couche muqueuse de l'épi- Fit;. tiU. — Cette mime couche muqueuie, derme de la paume de la main, iléla' vue par sa [ace profonde, à un grotsitie-
chie par voie de macération. ment de 10 diamètre».
Fig. 6- — 1. Couche cornée de l'épiderme dont l'épaisseur eil triplée par luile de ton imbibition. — 3, Couche muqueuse détacbéc de la précédente et renversée; elle est beaucoup plus uiinee et d'une couleur plus foncée que celle-ci. — 3. il. Coupe verticale des deux couches, monlranl leur épaisseur relative.
Fig. 639. — 1, 1, 1, I, t. Sillona qui séparent les séries de papilles accouplées. — i, i, 2, i, "i. Sillons plus pelita séparant dans chaque série les deux rangées de papilles. — 3, 3, 3, 3. Fossettes qui répondent à ces deux rannécs.
d'une extrême ténuité, arrondies pour la plupart, claires dans leur partie centrale, brunes ou noires à leur périphérie. Les plus Yolumineuses se groupent autour du noyau ; les autres se répandent irrégulièrement dans la cavité de la cellule.
Le liquide inlra-cellulaire est surtout caractérisé par sa consistance visqueuse ; il maintient le noyau au centre des cellules, et les granulations pigmentaires dans la place assignée à chacune d'elles. Le premier eRei de la putréfaction est d'en augmenter la fluidité ; aussi, lorsque la couche muqueuse se détache, voit-on les noyaux et les granulations des cellules profondes se répandre sans ordre à la surface du derme.
Tels sont les caractères généraux des cellules de la couche muqueuse, que j'appellerai désormais cellules colorées ou pigmentaires.
Ces cellules diffèrent, selon la situation qu'elles occupent dans la couche muqueuse, selon les races, selon les individus, selon la partie que Ton considère, et suivant que cette partie est habituellement recouverte ou exposée à l'action de la lumière ; elles diffèrent aussi selon l'âge.
1" Les cellules pigmentaires différent suivant leur situation.
Les plus profondes, immédiatement appliquées sur le derme, sont pri matiques par pression réciproque, ellipsoïdes dans l'état d'isolement. Leu grand axe est perpendiculaire à la peau et d'une longueur à peu prè double de celle du petit. RUes possèdent un noyau volumineux offrant 1 même forme et la même direction. (Fig. 645, D.)
Les cellules moyennes de la couche muqueuse sont aplaties de haut e bas, en sorte que leur grand diamètre devient parallèle à la pe^u. Elle présentent deux faces par lesquelles elles se correspondent, un contou hexagonal par lequel elles s'engrènent.
Les cellules superficielles, plus aplaties encore que les précédentes eti^ notablement plus larges, revêtent Taspect de lamelles à contour peu régu — lier. Mais ce qui les distingue surtout, c'est leur noyau remarquablement^ petit et comme ratatiné, qui contraste par l'exiguïté de son volume les larges dimensions de la cellule. (Fig. 645, C.)
2o Les cellules pigmentaires diffèrent suivant les races.
Jusqu'à présent le pigment a été considéré comme ayant pour siège exclusif l'épiderme du nègre. Sa présence dans la race éthiopienne, son absence dans la race caucasique, étaient un des caractères qu'on invoquait avec le j.lus d'autorité pour la distinction des deux races. Mais l'observation ne laisse plus à ce caractère distinctif qu'une bien faible valeur. La substance pigmenlaire, en effet, existe dans la race blanche comme dans
STBUGTURE DE L'ÉPIDERME* 6^5
la race noire ; on la retrouve avec les mêmes attributs dans Tune et l'autre,
et dans toutes les races sans exception. En passant des plus colorées aux
plus blanches, elle se modifie par degrés insensibles. Pour saisir ces
modifications, il nous suffira de l'étudier comparativement dans les deux
races, où elle atteint la limite extrême de son développement.
mmwm éHhimpêtmme. — Les cellules dans la race noire conservent la forme, les dimensions, la disposition qu'elles nous offrent dans toutes les autres. Il en est de même de leurs noyaux. Seules, les granulations colorées dif • fièreal : elles sont à la fois et plus nombreuses et plus volumineuses. En se groupant autour du noyau, elles le recouvrent dans un grand nombre de cellules d'une manière complète. Ainsi enveloppé, celui-ci prend l'aspect d*une sphère pleine et granuleuse, contenue dans une sphère creuse, qu'il remplit plus ou moins, selon le volume qu'il présente. Sur certains points dont la peau est très-noire, la couche des granulations pigmentaires entourant le noyau augmente d'épaisseur, se rapproche de plus en plus des parois de la cellule, et finit par la remplir si complètement qu'il n'est plus possible de la distinguer. Mais le plus habituellement on observe entre la ftphère creuse et la sphère pleine un espace circulaire plus clair, dans lequel sont dispersées çà et là de petites granulations. La masse granuleuse centrale variant beaucoup dans son diamètre, cet espace circulaire varie ^iissi, mais en sens inverse; il atteint sa plus grande largeur lorsque le ooyau n'est plus entouré que d'une mince couche de cellules, comme dans les races blanches. (Fig. G40, A.)
Toutes ces variétés se trouvent réunies sur un même lambeau d'épiderme, lorsque celui-ci est emprunté à une partie de couleur très-foncée. Alors, en effet, en parcourant la couche muqueuse, on remarque que les cellules occupant les espaces interpapillaires sont plus colorées, et celles situées au-dessus des papilles beaucoup plus claires. Sur les premières, le noyau s'entoure d'une couche si épaisse de granulations, qu'il reste invisible ; sur les secondes, il n'est entouré que de granulations clairsemées et devient alors aussi apparent que dans les races blanches. Entre cellules répondant, les unes au sommet des papilles, les autres à leur et aux sillons qui les séparent, se trouve toute une série de cellules intermédiaires dans lesquelles le pigment augmente ou diminue de quantité, suivant qu'on se rapproche des parties saillantes ou des parties rentrantes de la couche muqueuse.
Vues au microscope, à un grossissement do 500 à GOO diamètres, les ICranulations pigmentaires, dans la race nègre, sont très-régulièrement sphériques, un peu inégales de volume, tout à fait noires si elles ne sont I>as au foyer de la lentille, claires à leur centre, foncées à leur périphérie, si elles s'y trouvent. Elles paraissent constituées par une substance spéciale, éminemment réfringente, et ne possédant pas une coloration qui
3* ÊWT. III — ^0
6z6 SENS DU TACT.
leur soit propre ; leur partie centrale est claire parce qu'elle laisse [lassc iles rajons lumineux, et leur partie périphérique brune ou noire parce qu'elle les réfracte et les écarte.
Haee btanckc. — Nous avons VU que, <lans la r;ice caucasique, lesgni' iiulatiotis ptgmenlaires les plus volumineuses se groupent aussi autour du iiopu, sur le<|ud elles sont assez régulièrement espacées et très-manifestes : on ea compte de 8 à 10 ut jusqu'à 12 ou 15. D'autres se trouvent
Fie. 644. — Coupe verticale ilr Vépidti dt la paume de la inain, vi »iMtement de 100 iHaynélre.
Fig. fiU. — I, I. CoHclie
KiG. 645. - Ctllulei de la eowAe n el de la couche mvqaeuM, p«et
ijrotsis^fmeat de 500 diaméim.
! IrèsHÏpaiise, composée de cellulet superpotéea <ir*^ '' grand nombre el ilépoiirvuos Je nojaux. — 3, 3, Couehe muqiieuM fonn*« de crflul»»J"'~ i* qui loult» préienlenl un noyau. — 3, i. Partie su|iérieure de cello couehe, «épar^ de la^* ^ précédente par iinu ligne unilulée. — 4, 4. Saillies ilc sa Taee profonde répondanl ua.^^ ' tilloni inlerpapillairei. — 5, 5, 5. l'arllea rcnlraiilcs répondant aux papille».
Fig. 615. — A. Cellule* de la couche comie. -> 1. Urouju de cellules lameUirarniM. " Ban* DO>auK. encore itdhërentea les unes ajx autres par une partie de leurs surfacïs. — i. Une cellule isolée. — 3, Autre cellule isolée sur laïuellc on remarque l'empreinte rie? cellules auxquelles elli^ était unie. — 4, 4, 4, Trois do ces empreintes,
B. Celliles -le la oiui-lir muqueuae, ruet /iiir la face profonde de celle couche, —
disséminées dans Tespace compris entre le noyau et les parois de la cellule, mais sont moins apparentes. Ce qui frappe tout d'abord l'observateur qui les compare dans les deux races, c'est leur multiplicité et leur volume plus considérable dans Tune, leur rareté relative et leur exiguïté dans l'autre. Mais par une étude plus approfondie on arrive à reconnaître qu'elles sont également nombreuses dans les deux races. Elles ne diffèrent en réalité que par leur volume et leur forme.
Cliez le nègre, les granulations pigmentaires sont volumineuses pour la plupart, très-régulièrement arrondies, et par suite très-réfringentes. — Chez l'homme de couleur blanche, elles représentent, dans l'état normal, de simples molécules, sans forme déterminée, si minimes, qu'on les distingue à peine, même à Taide des plus forts grossissements ; leur réfringence est alors presque nulle. Pour les mettre en évidence, il faut donc Wur communiquer la forme et aussi le volume qu'elles possèdent dans les ï^ces colorées ; Faction suffisamment prolongée de l'acide acétique au centième produit ce double résultat. Elles étaient comme atrophiées et flétries; ce liquide, en les pénétrant, les dilate, les ramène à la forme sphét^oïdale, et les rend ainsi accessibles à la vue. Si on les compare alors à celles du nègre, on est frappé de la p<irfaite analogie, ou plutôt de la com- |)lèle ressemblance qu'elles présentent avec ces dernières. Toutes cepentJant ne subissent pas l'influence du liquide ambiant; les plus atrophiées t:onservent leur état primitif, ou se modifient à peine, et restent invisibles j)ar conséquent; c'est pourquoi les granulations paraissent moins nombreuses que dans les races colorées.
Pour comparer les cellules pigmentaires chez le nègre et chez le blanc, t)n prendra de préférence, sur le premier les parties dont la coloration est la moins foncée, et sur le second les parties correspondantes ; puis on placera sur une même lame de verre un lambeau de la couche muqueuse de l'un et de l'autre. En les examinant ensuite alternativement, on pourra remarquer combien peu ils diffèrent, ou plutôt on sera frappé de leur complète similitude. Je possède dans mon laboratoire plusieurs préparations de ce ^enre très-démonstratives. D'un côté de la plaque de verre se trouve un lambeau de corps muqueux pris sur une mafn de nègre, de l'autre un lam-
"1, i. Groupe de cellules unies les unes aux autres par une substance aniorplic. — ^, 2. Leur enveloppe, ou cellule proprement dite. — 3, 3, 3, 3. Leur noyau entouré de granulations pigmentaires. — -i. Cellule détachée du groupe principal. — 5, 5. Trois «loyaux de ceUules recouverts de granulations pigmentaires. — 6. Ces mêmes granulat.ions éparses.
C. Cellules de la face superficielle de la couche muqueuse. — 1, 1. Les cellules proprement dites, très-aplaties et d'aspect lamelliforme, offrant une grande analogie avec celles de la couche cornée, mais plus petites que celles-ci et pour\uc8 d'un noyau. — 2, 2. Leur noyau, petit, ratatiné, mais cependant très-manifeste. •
D. Cellules de la face profonde de cette couche. — 1, 1. Quatre cellules unies entre «lies par une substance amorphe. — 2, 2. Leur noyau, très-allongé, perpendiculaire aussi à. La surface du derme et entouré de granulations pigmentaires.
beau de la coucliii inui|iicuse pris sur une main de femme très-blanclie. Jo les ai présentés à plusieurs anatomistes fort habiles, en leur faisant connaître rorijfine des deux lambeaux et en les priant de m'indiquer celui «jui appartenait à la main noire, et celui qui appartenait à la main blanche; ils hésitaient beaucoup, puis finalement se trompaient assez souvent, attribuant à l'un ce qui était à l'autre, et réciproquement. La ressemblance est telle, en effel, que moi-même, après des études toutes s|>écialos, j'hésitais aussi à me prononcer; j'ai du recourir à une marque distinctive pour éviter l'eireur. (Fig. r46.)
Si l'on prend pour terme de coinparaispn une partie très-noire de la peau, comme le scrotum par exemple, l'erreur n'est plus possible. Mais ici encore le parallèle n'est pas sans intérêt. Sur le scrotum le plus blanc, on
A. Serolam du nrgrr.
Kic. 646.
U. Serolam du blanc.
B. Afaia do blanc.
ParatteU dei cellules piij montai res da n/ijre et du bUnc.
Vie.OiS. — X. 1, 1. Cellules pigtiieiilaires du scrotum du nÈKre.— 2, i, S. L«ur p«rU -^^ périphériiiue, représentée par un anneau plus clair, au niveau duquel les urinuUtrou,^^^^ pigmeulalrcs sont plus peliles et moint ahondantes. — 3, 'i, 3. Leur partie cantralc^^^' constituée par un nuyau enUèrement rccouvcrl ilc granulations: celtei-cL. luperpoiées s -^^^ couches épaisses, laissent cependant entrevoir le contour du noyau rlaos ceruinei cel — ■ — ' ' Iules c|ui semblent alors forniée» do trois parties concentriques, le noyau, la coucbe df^^"^ granulations et la lone claire pcriplirrique. — 4, 4. Sovauï isolés et ncouTcrU d^-^^ granulations! — 5. ('.rauulalions éparses.
B. Cellules pu/menlaire* du icrolum du Manc. — 1,1. Croup« de celtulM T^wodant.^' Ml Boniniel des papilles; elles contientienl des granulations pigoieolaitet trii-pM dtm- ■'""^ luppées, d'où k'ur trinlc claire. — S, i. Croupe de cellules répondant aui ttfuu» ÎRicr- — ''
trouve, dans les parties de la couche muqueuse qui répondent aux espaces interpapillaires, des cellules colorées offrant plusieurs couches de granulations autour de leur noyau. Si le scrotum est moins blanc, ces cellules cîolorées forment des traînées, des groupes plus ou moins étendus. S'il présente une couleur foncée ou noire, ce qui est fréquent, ces groupes s*étencdent de plus en plus, au point de se continuer entre eux ; et toute la couche imuqueuse offre alors un aspect et des caractères identiques avec ceux c]u'on observe chez le nègre.
En passant de la race éthiopienne à la race blanche, on rencontre des places plus ou moins colorées, qui établissent la transition de Tune à l'autre. XDans ces races intermédiaires, les granulations augmentent ou diminuent de volume, suivant qu elles se rapprochent plus de la race noire ou de la «•ace blanche.
Dans toutes les races, les cellules pigmentaires sont donc constituées d'après le même type. Dans toutes, elles se composent des mêmes élésvienls. Dans toutes, les granulations colorées sont également nombreuses. Seulement, à mesure qu'on descend de la race noire à la race blanche, ^^lles s'atrophient de plus en plus, au point de se réduire à Tctat de simples rnolécules, et semblent alors disparaître ; en s'atrophiant elles se défor- KXient; et en se déformant elles perdent leur rôfringeiice, cause première de leur coloration.
Les cellules pigmentaires diffèrent selon les individus^ selon la partie du corps que Von considère, et suivant aussi que cette partie est recoun verte ou exposée à V action de Vair et de la lumière.
Si Ton classait tous les individus d'une même race d'après la couleur
q^^e la peau présente chez chacun d'eux, on les verrait former une longue
série dans laquelle celle-ci se dégraderait par nuances presque insensibles
f^^ celui chez lequel elle est le plus foncée jusqu'à celui où elle revêt sa
^inte la plus pâle. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que toutes
^^^pUlaircs; eUes contiennent des granulations plus volumineuses et en apparence plus *^ 'ombreuses, d'où leur teinte plus foncée qui les rapproche de celles du nègre.
Fie. 647. — A. 1,1. Cellules pigmentaires de la face dorsale de la main du nègre. — ^» 2, î. Leur partie périphérique. — 3, 3, 3. Leur partie centrale. — 4. Une cellule isolée. "^^ 5. Un noyau entouré de granulations. En comparant ces cellules aux cellules correspondantes du blanc, on pourra remarquer combien peu elles en diiTèrent; et cependant *^s deux mains auxquelles elles appartiennent étaient, Tune très-noire, et Tuutre blanche.
B. 1, 1. CeUules pigmentaires de la face dorsale de la main du blanc. — 2, 2. Leur l^rtîe périphérique, dans laquelle on ne remarque que des granulations d'une extrême l^tUesie. — 3, 3. Leur partie centrale, constituée par le noyau et les granulations qui •"entourent. — 4. Une cellule du plan moyen de la couche muqueuse, avec son noyau ^t ses granulations. — 5. Trois noyaux de cellules recouverts de granulations pigmentaires. — 6. Quelques granulations pigmentaires éparses
cps difTérences individuelles s'expliquent par Tiné^al développement des granulations pigmentaires.
Ce qui est vrai pour les individus ne Test pas moins pour les diverses parties de Tenveloppe cutanée. En partant de la peau des oi^anes génitaui plus colorée que celle des autres régions, nous trouverions ici également toute une série de teintes descendantes en rapport avec le volume décroisse, sant aussi des granulations qui président à leur coloration.
A côté de ces différences fixes ou permanentes s'en placent d'autres q^ sont temporaires et qui reconnaissent pour cause l'action prolongée de | lumière. Toutes les parties découvertes du corps subissent cette influent . elles preiment progressivement une couleur plus foncée, tandis qne 1^^ autres conservent leur couleur primitive. Les rayons solaires, en agissan/ sur le derme, auraient-ils donc pour effet de faire naître de nouvelles gr^. nulations pigmentaires? Non; ils déterminent simplement l'hypertrophie de celles qui existaient. En examinant comparativement la peau de la face chez un individu où elle avait pris sous Faction solaire une teinte très-foncée, et chez un autre où elle était très-blanche, j'ai été surpris .du développem(mt que présentait la matière colorante chez le premier.
Quelquefois les téguments de la facQ et des mains ne se colorent que sor certains points ; ils offrent alors des taches circulaires, dites taeke$ de rmisseur, qui sont également le résultat d'une hypertrophie temporaire du pigment. La coloration plus noire de l'aréole du sein chez la feminf pendant la grossesse, la teinte plus brune aussi chez elle de^ la peso de la face à cette époque , sont des phénomènes du même ordre.
Que l'on considère la couche muqueuse ou pigmentaire de l'épiderme dans les différentes races, chez les divers individus, sur telle ou telle partie du corps, elle se présente donc à nous avec des caractères toujours identiques. Des quatre éléments qui entrent dans la texture intime de ces cellules, il en est trois pour lesquels cette identité est parfaite. Le quatrième, ou l'élément coloré, est le seul qui varie. Pour imprimer à la surface du corps des modifications presque infinies d'aspect, la nature a suivi ici le procédé qui lui est familier : après avoir créé l'unité, elle a obtenu la variété, en modifiant les proportions de ce dernier élément, c'est-à-dire en le plaçant dans des conditions telles qu'il peut arriver à une évolution complète, ou s'arrêter au début de celle-ci, ou bien atteindre l'une des mille phases intermédiaires.
Si ces modifications, dues à une simple inégalité de développement, sont très-accentuées chez l'homme, elles le sont bien plus encore chez les mammifères. Plus loin, nous verrons en effet que les poils forment une dépendance de la couche pigmentaire ; or, le système pileux ayant chez eux une plus grande importance, les différences de coloration de l'habitude extérieure sont aussi beaucoup plus prononcées.
STRucruRE DE l'épiderme! 6rii
D. Texture infini de la couche cornée.
Laxouche cornée de Tépiderme est stratifiée. Sur les points où elle se réduit à sa plus extrême minceur, elle comprend encore plusieurs plans superposés; sur ceux où elle devient plus épaisse, 'elle en comprend un irès^-grand nombre. Tous ces plans se disposent parallèlement. Sur la paume des mains e{ sur la plante des pieds, les crêtes du derme, et les sillons interpapillaires leur impriment une direction onduduleusc qui tend à disparaître en passant des inférieurs aux supérieurs.
Chaque plan se compose de cellules qu'unit également entre elles une substance amorphe. Mais ces cellules différent considérablement de ceUes qui forment la couche muqueuse. On ne retrouve plus dans leur cavité aucune trace de noyau. Les granulations pigmentaires et le liquide intra-cellulaire ont disparii aussi. La cavité elle-même n'existe plus qu'à rétat de vestige et seulement pour les cellules inférieures; pour les plus éleTées, et même pour les moyennes elle s'efTace tout à fait, les deux parois de la cellule s'appliquant d'abord immédiatement l'une à Fautre, puis s'unissant ensuite par voie de soudure. (Fig. 645, A.)
Ainsi conformées, les cellules de la couche cornée revêtent pour la plupart la forme de petites écailles, ou de lamelles «^ contour irrégulier, portant sur leurs deux faces l'empreinte des cellules avec lesquelles elles se trouvent en rapport. Vues à un grossissement de 400 à 500 diamètres, elles offrent çk et là un aspect finement granulé.
Suivant l'opinion presque unanime des auteurs, la transition de la couche muqueuse à la couche cornée serait graduelle et presque insensible ; les cellules lamelliformes les plus inférieures renfermeraient, comme les cellules pigmentaires les plus élevées, un petit noyau qui, se réduisant de plus en plus, ne tarderait pas à disparaître entièrement.
Des recherches plus complètes m'ont démontré avec évidence que ce noyau rudimentaire n'existe pas, même dans les cellules immédiatement superposées à la couche muqueuse. L'erreur dans laquelle ces auteurs sont tombés provient du procédé défectueux qu'ils ont mis en usage pour séparer les deux couches de l'épiderme ; les séparant imparfaitement, ils ont attribué à la supérieure ce qui appai*tenait à l'inférieure. Mais en usant pour leur séparation du procédé que j'ai fait connaître, on détermine très-bien leurs limites respectives. Si alors on examine les cellules supérieures de la couche muqueuse, on voit que toutes renferment un noyau ratatiné et des granulations pigmentaires; si l'on soumet au même examen les cellules inférieures de la couche cornée, on remarque qu'elles ne contiennent ni noyau, ni granulations. J*ai répété souvent ces observations, et toujours avec le même résultat. La ligne de démarcation entre les deux couches
de transformations analogues à celles par lesquelles passe chacun de nos organes : coinino ceux-ci, elles naissent, croissent et décroissent comme eux, elles parcourent les trois périodes de la jeunesse, de la maturité et de la vieillesse; comme eux elles s'atrophient, se réduisant dans leur décrépitude à une simple poussière qui n'est plus, pour l'organisme, qu'un corps étranger et qui s'en détache.
La matière colorante apparaît très-probablement dans la première phase de leur développement; j'ai constaté son existence sur un fœtus de sept mois. Chez tous les enfants, à la naissance, le pigment peut être trèsfacilement observé; il est aussi manifeste que chez l'adulte. Dans les races blanches il reste à l'état fœtal ou embryonnaire pendant toute la durée de la vie, se développant seulement sur certains points. Dans la race noirp il est peu apparent aussi avant la naissance ; mais il se développe rapidement dès les premiers jours qui la suivent. (P'ig. 049.)
F. Propriétés et usages de Vépiderme,
Les deux couches de Tépiderme ont pour commune destination de recoi vrir le corps papillaire et de le protéger ; elles jouent, à l'égard de la sens --'^' bilité tactile, le rôle d'un organe modérateur, rôle fort important qui ^
pour but, en la ménageant, de lui conserver son exquise délicatesse.
Comparées entre elles dans leur texture intime, nous avons vu combie-*^^ i^^ ces deux couches dilTèrent. Comparées dans leurs propriétés physiolcc» #'«\ogiques, elles ne diffèrent pas moins. — La couche muqueuse est très f^"^ hygrométrique; elle se laisse facilement traverser par les liquides qui I * '' rencontrent sur leur passage. — La couche crtrnée n'est pas hygromr* gr^n^ trique; mise en contact avec ces mêmes liquides, elle reste impénétrable^' ^JAi
L'expérience suivante le démontre : je prends deux tubes, de 1 centimètrx^ ^^ de diamètre et de 10 centimètres de longueur. L'un d'eux est fermé inf(">^ ^"^ rieurement avec un lambeau de couche muqueuse pris sur la paume de K ^"^ ' main et préalablement desséché, afin de lui rendre toute sa consistancr» "^^^^ '^^ L'autre est fermé de même à son extrémité inférieure avec un lambea ^^ ^a' d'épiderme très-mince. Ainsi disposés, les deux tubes sont remplis d'eau ^^ ••"• or, celui sur lequel est {\\ii^, la couche muqueuse seule se vide en quelque^*^ ^ '^*^ minutes ; l'eau s'écoule par grosses gouttes, se succédant à de court 3^^'*'**' intervalles. Celui qui est fermé avec une couche muqueuse, doublée d*un» ^ • "^ mince couche cornée, reste plein; après une durée de deux mois il étai 3^ ^^'' encore pres(tue plein, le niveau du liquide n'avait un peu baissé que pa^ .^^r suite de l'évaporation qui s'opère à sa surface.
Cette expérience est saisissante ; je l'ai répétée et toujours avec le mème^ résultat. Les deux couches de l'épiderme offrent donc des propriétés, non-seulement différentes, mais opposées : l'une se Ivsse tnrriirwr
PROPRIÉTÉS DE l/ÉPIDERME. 635
Jes liquides, l'autre leur oppose uno barrière infranchissablo; Tuno so comporte à la manière d'un crible, l'autre à la manière d'une lame de verre. Les divers plans de cellules qui forment la couclie muqueuse n'oiïrent pas eux-mêmes une égale pi'rméabilité. Cette propriété est d'autant plus grande pour chacun d'eux, que les cellules dont ils se composent sont moins aplaties. Celui qui s'applique immédiatement à la surlace du derme est donc le plus perméable ; ceux qui sont plus élevés le sont moins ; et celui qui e^t sous-jacent à la couche cornée, moins encore.
Lorsqu'un vésicatoire est «appliqué sur un point quelconque de la peau, le liquide séreux collecté sous l'épiderme traverse d'abord les cellules les plus profondes de la couche muqueuse et s'épanche, au début de son exhalation, dans l'épaisseur de celle-ci, dont une partie reste adhérente au denne; quant à la couche cornée, non-seulement elle ne se laisse pas tra- Tersor, mais on la trouve aussi sèche que dans l'état normal.
L'opposition qu'on remarque entre les deux couches de l'épiderme, en les comparant au point de vue de la perméabilité, nous laisse pressentir l'usage attribué à chacune d'elles.
La couche muqueuse, très-perméable, se prolonge dans toutes les glandes de la peau, livre passage au liquide sécrété et prend part à l'élaboration de celui-ci. Elle se prolonge également dans tous les follicules pileux, pour donner naissance aux poils qui partagent son hygrométricité.
La couche cornée, impénétrable aux liquides du dedans comme à ceux du dehors, a pour attribution de s'opposer à l'évaporation des premiers et à la pénétration des seconds. Voyez ce qui se passe sur un cadîivre lorsqu'on la détache: quelques heures après sa disparition, les parties sous- Jacentes sont desséchées, tandis que les parties environnantes conservent leur état normal. Supposons pour un instant qu'elle a été enlevée sur le 'vivant dans une grande étendue; toutes les parties ainsi dénudées seraient menacées d'une dessiccation semblable, si une violente inflammation ne la prévenait en emportant le malade : c'est ce que nous avons trop souvent l'occasion d'observer à la suite des vastes brûlures produites par l'eau bouillante. — Quant aux liquides du dehors, la couche cornée, en s'opposant à leur introduction, nous met à l'abri des influences fâcheuses (ju'ils pourraient produire en se mêlant à la masse sanguine.
Des observations assez probantes semblent attester, il est vrai, que la peau n'est pas complètement privée de la faculté d'absorber les liquides avec lesquels elle se trouve en contact. Mais telle est l'impénétrabilité de 4a couche cornée, que l'absorption par cette voie me parait impossible; elle a lieu probablement par l'intermédiaire du système pileux non moins hygrométrique que la couche muqueuse; peut-être aussi les glandes sudorifères jouent-elles le rôle de tubes capillaires qui attirent les liquides dans leur cavité, où ils seraient enstiite facilement absorbés.
§ 3, — T)e9^ poils et des follicules pileux.
Les poils sont des productions épidermoïdes, filiformes et flexibles, implantées dans une dépression du derme, qui joue à leur égard le rôle d'organe producteur, et qui porte le nom de follicule pileux- Ils nous offrent à considérer ce follicule et le poil proprement dit.
A. — PoUlenle* pUeax.
Les follicules pileux se présentent sous la forme de cavités cylindriq creusées dans Tépaisseur de la peau et s'ouvrant, les unes sur la surface libre de celle-ci, les autres dans la cavité des glandes sébacées. Les prc»« miers sont les plus nombreux, les plus longs et les plus importants : ii% fixeront plus particulièrement notre attention.
a. Follicules pUcax s* ouvrant élla sarfaec de la peaa. — Ces follicules
affectent une direction perpendiculaire au derme, et non la direction oblique que leur prêtent gratuitement la plupart des auteurs. — Leur longueur ou profondeur varie selon le développement du poil qu'ils contiennent. Sur les régions où les poils sont très-développés, les follicules se prolongent jusqu'au niveau de la face adhérente de la peau, et descendent même un peu au-dessous de celle-ci, ainsi qu'on peut le remarquer dans toute l'étendue du cuir chevelu où ces follicules forment une sorte de brosse sous-cutanée. Sur les points oii le système pileux reste rudimen-* taire, ils ne s'étendent pas ordinairement au delà du tiers moyen de l'épaisseur du derme. — Leur diamètre est toujours déterminé par celui du poil correspondant.
Les parois des follicules pileux du premier ordre répondent, par leur face externe, aux faisceaux fibreux du derme, aux glandes sébacées qui s'ouvrent dans leur cavité, et aux muscles lisses de la peau qui s'y attachent. — Par leur face interne, ils sont en rapport avec les poils. Mais ce dernier rapport diffère suivant que l'on considère la partie sous-jacente à l'embouchure des glandes sébacées, ou la partie supérieure à celle-ci. La première adhère au poil d'une manière intime, en sorte qu'elle n'offre aucun vestige de cavité. La seconde présente au contraire une cavité dont le poil occupe l'axe; c'est dans cette cavité que s'épanche la matière sébacée. (Fig. 650.)
De l'extrémité profonde ou du fond des follicules surgit une saillie conique, à base inférieure, quelquefois un peu étranglée : c'est sur cette saillie, ou papille pileuse, qu'est implanté le poil, lequel en recouvre nonseulement le sommet, mais toute la surface; c'est elle, et elle seule, qui joue à son égard le rôle d'organe producteur. Elle constitue la partie e