‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 3)Chapitre 62 sur 223 · PROPRIÉTÉS DES NERFS · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS DES NERFS

Le lissu élastique est représenté par des fibres de moyennes dimensions, qui se mêlent et s'entre-croisent aves celles du tissu conjonctif.

D. ¥alflsc«BX des nerfs i nervi nervoram.

Les vaisseaux sanguins qui se ramifient dans le névrilème ne sont pas moins remarquables parleur volume que par leur nombre. Ils serpentent dinsles cloisons qui séparent les faisceaux des divers ordres, en se divisât et s'anasiomosant. — Les veines accompagnent les artères. Comme ceDes-ci, elles communiquent sur toute la longueur de leur trajet.

Xeni neirorutn. — L'enveloppe névrilématique reçoit aussi des filets nerveux qui sont aux nerfs ce que les vasa icusorum sont aux vaisseaux, d'où le nom de nervi nervorum sous lequel j'ai proposé de les designer en 1867, dans un mémoire adressé à l'Académie des sciences pour signaler leur existence (1). La disposition de ces filets nerveux diffère peu du reste de celle qu'ils présentent dans le tissu fibreux en général. Ils suivent les principales artères, en échangeant aussi dans leur trajet de nombreuses branches anastomotiques, et en formant comme les faisceaux qu'ils enlacent un plexus à mailles allongées.

Ce n'est pas seulement sur les gaines principales qu'on peut suivre les umnffTwrufny mais sur toutes les cloisons qui en partent. Cependant, à mesure que celles-ci se réduisent, ils deviennent de plus en plus rares. Les tubes qui les composent contrasient par leur ténuité avec ceux qui sont contenus dans les cloisons du névrilème.

§ 3. — Propriétés dks neufs.

A. Propriétés phyalqaea.

Parmi ces propriétés, je dois mentionner leur couleur j \ii\\v résistance o\ leur ilasticité.

Unv couleur blunclie dérive à la fois et de la substance médullaire que renferment les tubes nerveux et de la présence du névrilème. — Dans les nerfs de petite dimension, elle est due surtout à la myéline; dépourvus de celle-ci, ils prennent la nuance grise qu'on remarque sur un si graod nombre de rameaux du grand sympathique. — Dans les nerfs plus volumineux, la couleur dépend principalement du névrilème.

La résistance des nerfs est très-grande. C'est à leur enveloppe fibreuse qu'ils empruntent celte seconde propriété, et en partie aussi au périnèvre

(Ij Recherches sur les nerfs du tiévrileme ou iiervi nervorum [Comptes rendus de CAméémU des sciences, 1867, t. LXV, p. 700).

Î54 NÉVROLOGIK.

et aux gaines île Schwaiin. Grâce à celle résistance et à leur tbriiie arrondie, ils jouissent du privilège de rester souvent intacLs au milieu des plus graves désordres. Dans les plaies conluses, il n'est pas rare de les trouver exempts de toute lésion, alors que les parties molles environnantes sont plus ou moins désorganisées.

Tous cependant ne sont pas doués d'une résistance égale. Les divisions du grand sympathique sont celles qui possèdent cette propriété au plus haut degré; viennent ensuite les nerfs moteurs et les nerfs de sensibilité générale, puis ceux qui président à la sensibilité spéciale. Ces derniers, par leur mollesse, contrastent avec les précédents; de là celte distinction des cordons nerveux en tœrfs durs et nerfs mous. Mais les nerfs olfactifs, optiques et auditifs ne sont pas de véritables cordons nerveux; ils représentent une simple expansion de la substance médullaire de l'encéphale. La distinction qui précède ne mérite donc pas d'être conservée. Tous les nerfs sont durs et plus ou moins résistants; ils n'offrent à cet égard que de faibles différences.

Uélaslicité des nerfs est démontrée par leur extensibilité et leur rétractilité, qui, l'une et l'autre, toutefois, sont peu prononcées. Elle a pour agents non-seulement les fibres élastiques mêlées en grand nombre aux libres lumineuses du névrilème, mais aussi le périnèvre, qui, sous ce point de vue encore, se rapproche du sarcolemme. Les rides transvei-sales qu'on observe sur les cordons nerveux sont le résultat de leur rétraction; elles disparaissent lorsiju'on les allonge.

U. Propriétéfi phyulologlqaea.

Les nerfs ont pour destination de transmettre les excitations qu'ils reçoivent : rondudibilitê, cxàtabiliU^ telles sont les propriétés qui leur sont communes.

a. Conductibilité des nerfs.

On a longtemps pensé qu'il y avait plusieurs modes de conductibilité; |ue les nerfs sensitifs pouvaient seuls transmettre les impressions venues du dehors; que les nerfs moteurs étaient seuls aptes à conduire les excitations motrices; que les nerfs préposés aux mouvements réflexes et les divisions du grand sympathique étaient aussi {{ci^^ conducteurs spéciaux. On croyait à la spécialité des nerfs. Mais des expériences mieux instituées sont venues démontrer qu'au principe de la spécialité et de la multiplicité des actions conductrices il fallait substituer le principe de leur uniformité ou plutôt de l'unité. A l'appui de celte j)roposition il me suffira de citer les faits qui suivent.

Flourens coupe sur un co(| les deux nerfs |»rinci|»aux de l'aile qui ont pour analogues, chez rhomme, le médian et le cubital ; puis* les croisant.

PKOPRIÉTES DES NERFS. Ûb^)

il unit au bout central du médian le bout périphérique du cubital, et le bout central de celui-ci au bout périphérique du médian. Après un laps de six mois, la sensibilité et la motricité étaient rétablies ; Taile avait repris iapieine possession de ses fonctions : en pinçant la peau, on produisait de la douleur; en excitant le médian, on déterminait des contractions dans les muscles auxquels se rend le cubital, et réciproquement. Ici les deux nerfs, il est vrai , ont des fonctions identiques. Une substitution de Fun à Tautre pouvait donc sembler toute naturelle. Il était intéressant de savoir si le résultat serait semblable pour deux nerfs de fonctions différentes. Or, de nombreuses expériences faites par MM. Vulpian et Philipeaux prouvent qu'il est exactement le même (1).

Ces deux auteurs, sur un chien, ont transversalement divisé Thypoglosse, nerf moteur de la langue, vers le milieu de son trajet, et le pneumogastrique à la partie moyenne du cou; le bout périphérique du premier a été ensuite réuni au bout central du second. Quatre mois plus tard, la soudure était complète. En pinçant le bout central du pneumogastrique, on produisait des mouvements très-manifestes dans la langue; Texcitation portée sur ce nerf était transmise à rhyjmglosse. — Dans une autre expérience, les expérimentateurs, procédant en sens inverse, mettent le bout central de l'hypoglosse en contact avec le bout j)éripliérique du pneunn)gaslrique; même résultat : les excitations parties du bout central de Tliypoglosse sont communiquées au bout périphérique du [nieumogastrique et se traduisent dans celui-ci par un ralentissement des mouvements du cœur.

Ainsi des nerfs de fonctions dilTérentes peuvent se réunir bout à bout,

et les excitations communiquées à l'un d'eux sont transmises à Tautre.

• Dès lors il devenait très-probable qu'elles pouvaient se transmettre aussi

des nerfs sensitifs aux nerfs moteurs, et réciproquement. C'est en effet ce

qnialieu.

KM. Vulpian et Philipeaux ont réuni le bout central du lingual^ nerf sensitif, au bout périphérique de l'hypoglosse, nerf moteur. Après un laps ^c quatre mois, ils mettent à nu le bout central du lingual et Tirrilent; aussitôt des mouvements se produisent dans la langue. Ils le coupent le plus haut possible, puis irritent de nouveau le tronçon cpii reste soudé à Ihypogiosse : les mômes mouvements se produisent. L'irritation commu- "^uée au lingual était donc transmises à l'hypoglosse.

De ces expériences nous sommes autorisé à conclure avec MM. Vulpian ^ Philipeaux que la propriété conductrice des tubes nerveux est iden- ^ue pour les nerfs sensitifs et pour les nerfs moteurs, pour les nerfs du ^nd sympathique et pour ceux qui sont préposés aux actions réilexes. ^'Is remplissent des attributions différentes, ce n'est pas parce qu'ils dif-

'') Vulpian, Lei'ona mr la phijsiologie du système nervetUt 1860, p. 276 et suiv.

256 NÉVROLOGIE.

fèrcnt les uns des autres ; c'est seulement parce que leurs extrémités sont en connexions avec des parties dissemblables. I^ar suite de ces différences de connexions, la fonction varie, mais la conductibilité ne varie pas. Remarquons qu*à Tunitc de propriété correspond ici l'unité de composition ; Tanalomie est d'accord avec la physiologie.

b. Excitabilité des nerfs.

Cette propriété se traduit dans les nerfs par la mise en jeu de leur con« ductibililé sous Tinfluence des excitants, c'est-à-dire par les impressions transmises au centre nerveux s'il s'agit d'un nerf sensitif, et par la contraction d'un ou de plusieurs muscles s'il s'agit d'un nerf moteur. Lorsque l'excitation est vive, l'impression prend le caractère de la douleur^ et les contractions celui de mouvements convulsifs.

Une excitation étant portée sur un point quelconque d'un nerf sensitif ^ moteur, ou sympathique, elle se transmet simultanément dans toute son étendue, cheminant à la fois dans le sens centripète et dans le sens centrifuge. C'est pourquoi dans les nerfs moteurs elle a toujours pour conséquence un mouvement; et dans les nerfs sensitifs, une simple impression lorsqu'elle est modérée, et lorsqu'elle est vive une douleur que nous rapportons à leur extrémité terminale : c'est ce qui a lieu pour le nerf cubital lorsqu'on le comprime en dedans de l'olécràne, et pour les nerfs dentaires lorsque l'une des dents auxquelles ils se rendent devient le si^e d'une carie, etc.

L'excitabilité des nerfs s'éteint peu à peu lorsqu'ils ne se trouvent plus en relation avec le centre nerveux, c'est-à-dire lorsqu'ils sont arrachés ou divisés. Pour les nerfs moteurs, Longet a prouvé qu'elle disparaît du tronc vers les rameaux, et que sa disparition est complète vers le quatrième jour qui suit l'incision (1). Dans les nerfs sensitifs, elle s'éteint après le même laps de temps, mais en sens inverse, ou de leur terminaison vers leur origine. — Comment se rendre compte de la perte de cette propriété? Elle s'explique par une altération profonde de nutrition qui a été surtout très-bien observée par M. Waller.

Déffénéraiion ciei» nertm. — Dans les premiers jours qui suivent l'extinction de leur excitabilité, les tubes nerveux sans doute ne sont déjà plus ea possession de leur complète intégrité; mais le microscope est impuissant, à nous révéler ce début de leur altération. Au huitième jour seulement om. remarque qu'ils ne présentent plus une diaphanéité aussi parfaite. Un peua plus tard apparaissent des lignes capricieusement dessinées qui se multi — plient en s'accusant de plus en plus. La myéline, alors opaque, se partage en fragments irréguliers; ceux-ci se divisent à leur tour; et la segmenta—

(1) Longet, Traité de physiologie^ 3«édit., 1869, t. III, p. 171.

Page 1