MÉCANISME DU THORAX
Tétude de ces rnouveuients, nous supposerons qu'ils sont isolés, et nous admettrons aussi que chaque'côte constitue un levier inflexible.
a. Mouvement d'élévation, — Les côtes, dans ce mouvement, représentent un levier du troisième genre qui prend son point d'appui sur la colonne vertébrale; la résistance est en avant et la puissance au milieu. Chacune des parties dont elles se composent décrit un arc de cercle vertical d'autant plus grand qu'elle se trouve plus rapprochée de leur extrémité antérieure. Celle-ci est donc très mobile ; l'extrémité postérieure au contraire l'est très peu. Des phénomènes très différents se passent au niveau de l'une et de l'autre.
Du côté de l'extrémité postérieure, la facette située sur sa tubérosité glisse légèrement de bas en haut. Le ligament transverso-costal postérieur se tend ainsi que le ligament transverso-costal interosseux. Ces ligaments imposent au mouvement les plus étroites limites.
L'extrémité antérieure fait corps avec le cartilage qui la prolouge. Mais la côte est obliquement descendante, et le cartilage obliquement ascendant ; au niveau de leur continuité il existe donc un angle obtus. La côte entraînant le cartilage dans son mouvement d'élévation et le redressant en partie, cet angle s'ouvre plus largement. — Pendant que les cartilages se modifient ainsi dans leur situation, leur direction et leur courbure, que se passe-t-il dans les articulations chondro-sternales ? La plupart des auteurs, qui voient dans celles-ci autant d'arthrodics, avancent que les facettes choudrales glissent sur les facettes sternales. Mais ils semblent avoir oublié que le sternum est une clef de voûte portée par quatorze piliers cartilagineux ; or, quand ces piliers sont soulevés, ils soulèvent à leur tour leur centre commun, ce qui ne pourrait avoir lieu si les articulations chondro-sternales étaient douées de la mobilité (|u'ils leur accordent ; car alors le mouvement des cartilages s'épuiserait dans ces articulations. La presque immobilité de celles-ci a précisément pour but de reporter le mouvement des cartilages sur le sternum.
b. Mouvement de rotation, — Toutes les côtes descendent obliquement de la paroi postérieure vers la paroi antérieure de la poitrine. Le plan inscrit dans leur coubure d'enroulement descend aussi très obli^ quement du plan médian vers les plans latéraux ; il forme avec le plan médian un angle aigu dont l'ouverture regarde en bas et en dehors. Au moment où les côtes s'élèvent, elles tournent autour d'un axe idéal qui passerait par leurs deux extrémités, et cet angle s'agrandit en raison directe de leur élévation.
Dans ce mouvement de rotation, la face externe des côtes s'incline en haut et l'interne en bas ; leur bord supérieur se porte en dedans et l'inférieur en dehors.
L'extrémité ntérieure entraine dans sa rotation le cartilage corres-
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pondant qui, pour s'associer à ce mouvement, se tord légèrement autour de son axe. La torsion se transmet jusqu'aux articulations chondro-sternales ; elle est d'autant plus grande que celles-ci sont moins mobiles.
c. Mouvement de projection en dehors. — Toute côte qui s'élève se porte en dehors. Cette projection en dehors n'est pas le résultat de l'action musculaire; car le plus puissant des élévateurs, le diaphragme, s'attache à la face interne du thorax. Elle est due, surtout, au mode de connexion des côtes avec la colonne vertébrale. Lorsque, après avoir isolé une côte, on cherche à la porter directement en haut, on voit que naturellement et sans effort elle se dirige en haut et en dehors.
Dans ce mouvement, la côte prend son point d'appui sur le sommet des apophyses transverses. — L'extrémité antérieure le communique au cartilage costal, et celui-ci le transmet au sternum.
Dans les mouvements d'abaissement, de rotation descendante et de projection en dedans, ce sont des phénomènes inverses qui se produisent. Les trois mouvements se combinent aussi.
Les côtes ne jouissent pas d'une mobilité égale. La onzième et la douzième, détachées en quelque sorte et logées dans l'épaisseur de la paroi postérieure de l'abdomen, sont les plus mobiles détentes ; par l'étendue et l'extrême facilité de leurs mouvements, elles méritent le nom de côtes flottantes qui leur a été donné.
Un long débat s'est élevé sur le degré de mobilité de la première. Selon Haller, elle serait à peu près immobile, et servirait de point d'appui à toutes les autres dans leur élévation successive. Selon Magendie, elle serait douée, au contraire, de la plus grande mobilité. P. Bérard, intervenant dans ce débat, a fait remarquer, avec beaucoup de raison, que chacune de ces opinions était fondée à un certain point de vue. Celle de Haller est vraie, si l'on ne considère que l'extrémité antérieure de la côte, condamnée^ en effet, à une immobilité presque absolue. Celle de Magendie est vraie aussi, si l'on prend en considération son extrémité postérieure, dont la mobilité est très prononcée. Mais ni l'une ni l'autre ne sont exactes, loi'squ'on envisage la côte dans sa totalité ; ainsi considérée, elle est moins mobile que les côtes suivantes.
^ Mouvements de totalité du thorax.
Tous les mouvements partiels du thorax se résument en deux mouvements principaux : il se dilate et se resserre. De ces deux mouvements, le premier prend le nom AHnspiration et le second celui d'expiration.
a. Dilatation du thorax. — La capacité de la poitrine, au moment de l'inspiration, s'accroit dans tous les sens; ses trois principaux diamètres s'allongent simultanément.
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Vallongement du diamètre vertical est le résultat de l'abaissement du diaphragme. Ce muscle constitue l'agent principal du mouvement de dilatation. En même temps qu'il s'abaisse, il élève les six dernières côtes; et comme celles-ci ne peuvent s'élever sans se porter en dehors, comme elles ne peuvent se porter en dehors sans porter aussi le sternum en haut et en avant, il ne dilate pas seulement le thorax dans le sens vertical, mais aussi dans le sens transversal et dans le sens antéro-postérieur.
Vallongement du diamètre transversal est la conséquence de l'élévation et de la rotation des côtes, dont la partie moyenne, sous l'influence de ce double mouvement, se trouve projetée alors en dehors. — Ea s'écartant du plan médian, les côtes s'écartent aussi les unes des autres; les espaces intercostaux s'agrandissent. Cet agrandissement est le résultat constant et nécessaire de tout mouvement d'élévation ; car on démontre en mécanique que des tiges parallèles et obliquement situées sur uue tige verticale, ne peuvent s'élever sans s'écarter, et s'abaisser sans se rapprocher. Or les côtes représentent des tiges parallèles obliquement situées sur les côtés du rachis. — Au moment où elles s'écartent du plan médian, et les unes des autres, les côtes subissent uue légère torsion qui porte sur leur partie cartilagineuse.
Vallongement du diamètre antéro-postérieur est dû aussi à l'élévation des côtes. Au moment où cette élévation s'opère, on voit non seulement leur partie moyenne se porter en dehors, mais aussi leur extrémité antérieure se porter en avant. En même temps que la première s'écarte du plan médian, la seconde s'écarte du plan postérieur, et par conséquent le sternum s'en s'écarte aussi, pour se porter en avant et en haut : ainsi s'accroît la capacité de la poitrine d'avant en arrière. — Les côtes sternales inférieures étant plus longues que les supérieures, les deux extrémités du sternum ne reçoivent pas une impulsion égale; l'inférieure se déplace plus que la supérieure, -r Ce n'est, du reste, que dans les grands mouvements d'inspiration que cet os prend une part sensible à la dilatation du thorax.
b. Resserrement du thorax. — Les trois diamètres de cette cavité, qui s'étaient allongés, se raccourcissent pendant son resserrement.
Le diamètre vertical se raccourcit par suite du relâchement du diaphragme qui remonte vers la cavité thoracique.
Le raccourcissement du diamètre transverse est dû à l'abaissement des côtes dont la partie moyenne se rapproche du plan médian. En s'abaissant, les côtes qui s'étaient écartées se rapprochent ; les espaces intercostaux qui avaient augmenté diminuent; les cartilages costaux qui avaient subi un mouvement de torsion, réagissent et se détordent.
Le raccourcissement du diamètre antéro-postérieur est le résultat de l'abaissement de l'extrémité antérieure des côtes qui cntralncirt avec elles
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le sternum. Cet os se porte alors en arrière et en bas ; son extrétnilé inférieure, plus mobile, se déprime plus aussi que la supérieure.
La dilatation et le resserrement du thorax sont deux mouvements de nature très différente. Le premier est essentiellement actif. Dans le second, les muscles qui s'étaient contractés se relâchent; les os et les cartilages qui ne sont plus soumis à leur influence retombent et reprennent la position qui leur appartient dans Tétat de repos. Le mouvement de resserrement par conséquent est un phénomène physique ou passif. Cependant il peut devenir actif aussi, mais seulement dans les grands efforts respiratoires.
c. Des divers modes de respiration. — Dans les considérations qui précèdent, nous avons supposé que les trois diamètres de la cavité thoracique augmentent et diminuent d'une longueur déterminée et constante, en rapport avec sa capacité. C'est ainsi que les choses se passent en effet lorsque la poitrine se dilate et se resserre largement. Hais dans l'état le plus hcibituel, il y a pour chaque individu une partie du thorax qui est le siège plus spécial des phénomènes de dilatation et de resserrement. Les mouvements de la respiration présentent donc plusieurs modes. Beau et Maissiat en distinguent trois qui sont en effet très distincts : le mode abdominal^ le mode costo-^inférieur et le mode costo-supérieur.
Dans le mode abdominal, la paroi antérieure de l'abdomen se soulève et se déprime tour à tour, suivant que le diaphragme descend ou remonte. Les mouvements des parois costales sont presque nuls. La cavité se dilate aux dépens de sa paroi inférieure. C'est le diamètre vertical qui s'allonge ; le transverse s'allonge à peine, et l'antéro-postérieur ne se modifie pas. Ce mode de respiration est celui qu'on observe le plus habituellement dans le sexe masculin. Un grand nombre de mammifères respirent aussi d'après le type abdominal.
Dans le mode costo-inférieur, la paroi antérieure de l'abdomen reste immobile; ce sont les sept dernières côtes qui entrent en jeu; on les voit se soulever et se déprimer tour à tour. Ce second mode est rare chez la femme, mais à peu près aussi fréquent chez l'homme que le type abdominal.
Dans le mode costo-supérieur, la dilatation se fait surtout aux dépens de la partie supérieure du thorax. Les clavicules, l'extrémité correspondante du sternum, les premières côtes, se soulèvent, et offrent des mouvements très apparents, qui diminuent progressivement de haut en bas. Ce mode respiratoire est celui qu'on obsei*ve le plus souvent chez la femme. Il se concilie très bien avec l'usage du corset, qui peut contribuer à le développer et à l'exagérer chez elle, mais qui ne peut en être considéré comme l'origine, puisqu'il se montre chez les jeunes filles à un âge où leur taille n'a pas encore été soumise à son influence. Ilaller avait déjà
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très bien constaté cette différence dans le modede respiration chez lesdenx sexes, et il en avait reconnu aussi le but final : « La femme respire par la partie supérieure du thorax, afin que sa respiration reste libre pendant la durée de la grossesse, et qu'elle ne se trouve pas exposée alors à une dyspnée continuelle, comme chez les hommes affectés d'hydropisie abdominale. »