‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 4)Chapitre 21 sur 219 · DES PK1NG1PE8 IMMÉDIATS · texte numérisé non relu

DES PK1NG1PE8 IMMÉDIATS

On peut les extraire sans les décomposer; mais on peut les décomposer aussi en les soumettant à Tanalyse chimique. Ils se divisent alors en deux classes.

Les uns comprennent dans leur composition quatre éléments : carbone, oxygène, hydrogène et azote: ce sont des corps quaternaires, plus connus sous le nom de principes immédiats azotés. Les autres sont formés seulement des trois premiers éléments: ce sont des corps ternaires; on les désigne par opposition aux précédents sous le terme générique de principes immédiats non azotés.

Les principes immédiats azotés et les principes immédiats non azotés existent dans les deux règnes; mais les principes azotés se montrent en plus grande abondance chez les animaux, tandis que les principes non azotés sont plus abondants, au contraire, dans les végétaux.

A. Principes immédiats azotés. — Ces principes sont appelés aussi substances albuminoïdes et substances protéiques : d'une part parce que leur composition rappelle celle de Talbumine, de l'autre parce qu'on peut extraire de chacune d*elles une matière qui leur est commune et qui est connue depuis les travaux de Mulder sous le nom de protéine. Parmi ces substances albuminoïdes ou protéiques viennent se ranger:

1° Valbumine, qu'on trouve à l'état de dissolution dans le sang, le chyle et la lymphe. Elle se coagule par la chaleur à la température de 60 à 70 degrés. L'alcool et les acides énergiques, particulièrement l'acide azotique, la précipitent.

2° La fibrine^ qui existe aussi dans le sang et qui se coagule spontanément lorsque ce liquide est extrait des vaisseaux; elle constitue essentiellement les muscles.

3** La caséine ou matière azotée du lait. Elle se montre dans ce liquide à l'état de dissolution, ne se coagule pas par la chaleur, mais se laisse coaguler par l'action des acides faibles, comme l'acide acétique ou l'acide lactique.

4° La gélatine. On l'obtient par l'ébullition prolongée du tissu conjonctif, des téguments, 'des tendons, des aponévroses, en un mot de toutes les dépendances du système fibreux.

5'' La chondrinCj qui a son siège dans les cartilages et qu'on extrait aussi par voie d'ébuUition. Elle diffère de la gélatine par sa sensibilité plus grande à l'action des acides qui la précipitent.

B. Principes immédiats non azotés. — Ils forment trois principaux groupes. Le premier comprend les graisses inégalement disséminées dans les diverses régions du corps, mais qu'on voit se disposer en nappe plus ou moins épaisse au-dessous de la peau, en masses plus ou moins volumineuses dans les cavités du tronc, en lames ou languettes dans les inter-

slices des muscles, ou en îlots irréguliers sur une foule de points. A ce premier groupe se rattachent aussi la myéline des tubes nerveux, et le beurre qu'on extrait du lait de la femme et de celui des animaux. Le deuxième est représenté par les matières sucrées, le troisième par les matières amylacées.

Les principes azotés et les principes non azotés ont reçu une destination très différente. Les principes azotés forment le sang et les tissus qui en dérivent, c'est-à-dire la presque totalité de nos organes ; ils sont surtout en rapport avec les fonctions de nutrition. Les seconds sont plus spécialement en rapport avec les appareils de la respiration et de la calorification. Les matières sucrées, de même que les matières féculentes ou amylacées, ont été comparées, au point de vue chimique, à un corps composé d'eau et de carbone, en sorte qu'on les désigne assez souvent sous les noms d'hydrate de carbone et de corps hydrocarbonés. Or l'eau se dégage à l'état de vapeur, et le carbone se combine avec Toxygène, d'où une élévation de température.

Les graisses, les huiles, le beurre contiennent beaucoup plus d'hydrogène que les matières sucrées et amylacées; on peut les considérer comme composés d'eau et de deux éléments combustibles ; ils dégagent plus de chaleur que les précédents. Mais les uns et les autres remplissent le même usage et ne diffèrent, en définitive, que par leur inégal pouvoir calorifique.

§ 4. — Des éléments anatomiques.

Les éléments ou parties constituantes des tissus représentent le dernier terme de la décomposition de nos organes : ils sont irréductibles par l'analyse anatomique, de même que les corps simples sont irréductibles par l'analyse chimique.

Les uns se distinguent par une forme qui leur est propre, ce sont les éléments figurés. D'autres n'affectent aucune forme déterminée; ils sont situés entre les précédents, remplissent les espaces qui les séparent, leur adhèrent d'une manière plus ou moins intime et contribuent k les immobiliser dans leur disposition réciproque ; on les désigne sous le nom de substances interstitielles ^ et quelquefois sous celui de matières amorphes.

Les éléments figurés ont été longtemps considérés comme des particules très différentes les unes des autres et pouvant être divisées en plusieurs ordres. On les désignait alors sous les noms de celluleSy de noyaux, de globules, de granulations, de fibres, de tubes, de membranes, etc. Mais les progrès de la science ont démontré qu'ils dérivent fous d'un seul et même type, la cellule. Les noyaux, les globules, les

granulations, font partie intégrante des cellules ; les tibres, les tubes, les membranes ont aussi la cellule pour origine.

A. — De la cellule.

La cellule constitue à elle seule la presque totalité de Torganisme. Réduite à elle-même, elle forme les organismes les plus simples et les plus inférieurs. En se multipliant, elle donne naissance à des organismes de plus en plus compliqués et de plus en plus élevés. Qu'on considère ceux-ci au début de leur évolution, ou lorsqu'ils ont atteint leur complet développement, c'est toujours de la cellule qu'ils dérivent; seulement, au début, la cellule est unique ; plus tard, elle se multiplie et se différencie à rinfini.

La cellule est l'élément fondamental et caractéristique des êtres organisés ; c'est le monde organique ramené à l'unité, à sa forme primitive, à son type le plus général, à son expression la plus simple. Pour animer la surface du globe, la nature a créé la cellule ; et .pour diversifier les êtres nés de cette cellule par légions innombrables, il lui a suffi d'en varier l'origine, la forme et la destination. Tout ce qui vit à la surface ou dans l'épaisseur du sol, à la surface ou dans les profondeurs de la mer, dans les basses ou dans les hautes régions de l'atmosphère, est redevable de ce privilège à la cellule ; tout ce qui reste immuable au milieu de ce monde mouvant et changeant est privé de cellules. La cellule établit donc entre le règne organisé et le règne inorganique une différence profonde, bien que les deux règnes soient composés des mêmes principes élémentaires et qu'il s'opère entre eux des échanges incessants destinés à les maintenir en équilibre.

Le volume des cellules est extrêmement variable. Il en est de petites, de moyennes, de grosses, et de très grosses. Ces dernières peuvent être quarante, cinquante et même cent fois plus considérables que les petites, sans cesser cependant d'être microscopiques. Elles sont en général plus volumineuses dans les végétaux que dans les animaux, et dans les êtres inférieurs que dans les supérieurs. Chez ceux-ci, elles offrent ordinairement aussi de plus grandes dimensions au début de l'évolution qu'à Tépoque de leur entier développement.

Leur forme est plus diversifiée encore que leur volume. Lorsqu'elles sont peu nombreuses et d'origine récente, les cellules conservent pour la plupart une forme arrondie, sphérique ou ovoïde. En se multipliant, elles se rapprochent, se compriment mutuellement et se terminent alors par des facettes, en sorte qu'elles deviennent pyramidales, cubiques, prismatiques, en un mot polyédriques. Souvent l'une des trois dimen-

34 DES ÉLÉME.NTS ANATOMIQUJ^S.

sioiis esl sacrifiée aux deux autres ; les cellules, dans ce cas, soiil aplalies et ont pour limite un contour polygonal. Si Tune des dimensions se montre prédominante, elles s'allongent, puis deviennent cylindriques, fusiformes ou filiformes. Quelquefois ce sont les angles des facettes qui sont le point de départ et le siège de rallongement ; de là les cellules bipolaires, tripolaires, multipolaires ; que ces prolongements se divisent : la cellule prendra l'aspect étoile et ramifié ; qu'ils s'anastomosent entre eux et avec ceux des cellules voisines, il en résultera un réseau. A toutes ces formes s'en ajoutent encore une foule d'autres que je dois passer sous silence, et qui sont plutôt, du reste, du domaine de l'anatomie descriptive.

Considérée dans sa constitution ou dans sa structure, la cellule comprend trois parties de nature bien différente : une partie périphérique et membraneuse qui en représente Yenveloppe; une partie centrale et arrondie qui a reçu le nom de noyau; et une partie intermédiaire à l'enveloppe et au noyau, c'est le protoplasma.

Ces trois parties constituantes sont loin d'offrir la même importance; le premier rang sous ce rapport appartient au protoplasma ; vient ensuite le noyau, puis l'enveloppe. Le protoplasma est constant ; le noyau fait bien rarement défaut ; mais l'enveloppe manque assez fréquemment. II existe donc des cellules qui possèdent une enveloppe, et d'autres qui en sont dépourvues. Les premières ou cellules complètes sont les cellules vraies, ou les cellules proprement dites. Les secondes ont reçu de quelques auteurs le nom de cellules nues, dénomination qui n'est pas à l'abri de tout reproche, car le mot cellule implique la pensée d'une partie contenante et d'une partie contenue, et la partie contenante ici fait défaut ; mais elle a le grand avantage de marquer très nettement la différence qui dislingue les deux ordres de cellules et les analogies qui les rapprochent, analogies telles que la cellule, alors même qu'elle est privée de son enveloppe, conserve encore tous ses attributs essentiels.

•. — Prot

Le proloplasma existe sans exceplion dans toules les cellules, qu*on les considère dans le rogne animal ou dans le règne végétal. Dans toutes les cellules vraies, il apparaît avant l'enveloppe. Dans quelques êtres placés au plus bas degré de l'échelle organique, la cellule est dépourvue à la fois d'enveloppe et de noyau; elle n'est représentée alors que par le protoplasma qui, en se divisant ou se fragmentant, peut donner naissance à d'autres cellules. Communiquant à chaque cellule la vie qui lui est propre, entraînant la mort de celle-ci lorsqu'il disparaît, présidant à tous les grands phénomènes de la nutrition, des sécrétions^ de la

respiration et de la calorification, le protopiasma n'est pas seulement l'élément essentiel de la cellule : c'est le corps vivant de la cellule, et peut-être pourrait-on dire que c'est la cellule elle-même; car, par l'importance et la haute prépondérance de ses attributs, il la résume, en quelque sorte, comme la cellule résume l'organisation entière. L'enveloppe, lorsqu'elle existe, est surtout destinée à le protéger; le noyau a pour attribution de le diviser et de le multiplier à l'infini ; il en augmente ainsi progressivement la masse et la puissance jusqu'au moment où l'organisation arrive au terme de sa complète évolution.

Le protoplasma se compose d'une partie principale .et de parties accessoires qui dérivent de son activité propre, et qui se trouvent souvent répandues en très grand nombre dans son épaisseur. Ces particules lui communiquent alors un aspect finement granuleux.

1* ProtoplamiMi fondameatal. — La partie principale, que quelques auteurs appellent aus»i le protoplasma fondamental, est une substance transparente, molle, très extensible, très perméable à l'eau, non élastique. Sa consistance varie beaucoup selon l'âge des cellules, et d'une cellule à l'autre. Elle varie surtout selon la quantité d'eau absorbée. Lorsque le protoplasma en est abondamment pénétré, il augmente de volume, et devient de plus en plus mou, sans se transformer jamais, cependant, en un simple liquide. Si l'on plonge la cellule dans une solution saline ou sucrée, il abandonne l'eau qu'il contient, se rétracte, s'écarte de l'enveloppe qui l'entoure, et acquiert une consistance progressivement croissante. Le protoplasma n'est pas, du reste, également perméable dans toute son épaisseur. En l'examinant avec attention, on remarque à sa périphérie une couche transparente, dépourvue de toutes granulations, qui constitue ssLCOUche membraneuse. C'est surtout cette partie périphérique ou membraneuse qui se laisse facilement traverser, soit par l'eau, soit par d'autres liquides incolores, comme les acides, les alcalis, les carbonates alcalins en solution très étendue, soit encore par certains liquides colorés, qui pénètrent ensuite dans toute l'épaisseur du corps protoplasmique. Mais il est aussi des solutions incolores ou colorées pour lesquelles elle se montre imperméable, comme le sucre, le chlorure de sodium, le nitrate de potasse et autres matières colorantes. Il est donc doué d'une propriété élective qui lui permet d'échanger, de la manière la plus utile, ses principes constituants avec ceux des parties voisines.

Parmi les attributs du protoplasma fondamental, le plus remarquable, sans contredit, est la propriété qu'il possède de se contracter. C'est surtout chez les animaux unicellulaires, dépourvus d'enveloppes, comme les Monères et les Amybes^(\\it les mouvements du protoplasma se montrent dans toute leur évidence. On voit alors leur unique cellule

:Mi llES ÉLÉMENTS A>ATOMIQLES.

se déformer iiicessamnieiil. se déprimer sur certains |Kiiiils. |H»ii>>er sur d'autres des prolongements : tantôt laides et peu nombreui^ appelés P$eudapode$; tantôt étroits, plus longs et plus multipliés, désignés alor» sous le nom de tentacules. Ces prolongements rentrent presque aussitôt, puis reparaissent sur d'autres points. S'ils prennent mie direction déterminée, toute la cellule se déplace avec une vitesse variable, quelquefois assez rapide. Pendant qu'elle se déplace, en changeant de forme, la masse protoplasmique se montre toute sillonnée de courants qui entraînent les granules vers les prolongements locomoteurs. Le mouvement se communique ainsi à toutes les parties du protoplasma ; il est à la fois extérieur et intérieur.

Lorsque la cellule est recouverte d'une enveloppe, le mouvement peut conserver le même caractère de généralité. Mais dans la plupart des cellules vraies, il est seulement intérieur, et ne se manifeste que par l'impulsion communiquée aux granules, lesquels se meuvent alors en séries linéaires et dans des sens divers. Sur d'autres, il se localise à l'extérieur, et se trouve confié à des organes particuliers, extrêmement variables dans leurs dimensions et dans leurs dispositions, mais ordinairement très grêles et connus sous le nom de cils vibratUes. Ces organes ont pour but, tantôt d'imprimer un mouvement de totalité à la cellule, lorsqu'elle est mobile, comme les spermatozoïdes chez les animaux, et les anthérozoïdes chez les végétaux, tantôt d'agir sur le liquide ambiant qu'ils déplacent en lui imprimant une direction déterminée. Leur rôle est considérable dans la série animale ; il acquiert surtout une importance extrême chez la plupart des invertébrés.

2* Piirtlc«l«i a«cMi0olrea dm protoplasma. — Ces particules sont disséminées en très grand nombre dans l'épaisseur du protoplasma fondamental, d'où l'aspect granuleux qu'il présente dans la presque totalité des cellules. Lorsqu'il est pénétré d'une grande quantité d'eau, et n'offre plus qu'une faible consistance, on les voit s'animer d'un mouvement oscillatoire, d'autant plus rapide qu'elles habitent un milieu moins dense. Ce mouvement, observé d'abord par Brown, et généralement connu sous le nom de mouvement brownien, doit être considéré comme un phénomène purement physique ou mécanique; car toutes les particules très minimes, dans les mêmes conditions, le reproduisent identiquement.

Les particules du protoplasma, appelées aussi granules, granula-tions, granulations élémentaires ou moléculaires, ne sont pas toutes de même nature, et sont loin également d'offrir la même abondance et la même fréquence. Au premier rang se placent les granulations albumineuses ou protéiques; sur un second plan, viennent se ranger les granulations colorées ou pigmentaires et les granulations graisseuses.

LA CKLLULE. 37

A ces trois premiers ordres s'ajoutent encore certaines granulations qu'on rencontre beaucoup plus rarement : telles sont les granulations d'amidon ou amylacées, les granulations sucrées ou glycogénes, et quelques autres tout à fait exceptionnelles, parmi lesquelles je mentionnerai seulement certains cristaux qu'on ne rencontre dans les cellules animales qu'à l'état pathologique, mais qu'on observe très souvent à l'état normal dans les cellules végétales.

Les granulations albumineuses ou protéiques sont constantes. Ce sont aussi les plus nombreuses. Elles dérivent immédiatement de l'activité propre du protoplasma, et ne sont en réalité que des particules détachées de celui-ci et légèrement modifiées, s'en distinguant par leur isolement et leur moindre transparence. Elles sont d'un aspect grisâtre, en général de la plus extrême petitesse, et semblables alors à de simples molécules sans contour bien arrêté. Mais souvent ell^s acquièrent des dimensions plus grandes et prennent, dans ce cas, une forme arrondie; si elles deviennent plus volumineuses encore, elles se transforment en véritables vésicules, inégales, que séparent çà et là des granulations moindres, ou de simples particules moléculaires. Nous avons vu que la couche périphérique du protoplasma fondamental n'est jamais envahie par les granulations qu'il contient; dans les cellules végétales, la couche qui entoure le noyau en est dépourvue aussi. L'une et l'autre varient, d'ailleurs, beaucoup d'épaisseur. La couche périphérique, dans les cellules animales, est très mince et quelquefois à peine visible.

Les granulations colorées ou pigmentaires se rapprochent des précédentes par leur abondance ; mais elles s'en distinguent par l'extrême inégalité de leur développement, d'où les différences si grandes aussi qu'elles présentent dans leur coloration. C'est à leur existence que les animaux et les végétaux empruntent en partie les aspects si divers sous lesquels ils nous apparaissent; ce sont elles qui embellissent le monde de la vie, en donnant à la plupart des êtres qui le composent une parure, terne et sombre pour quelques-uns, mais si riche, si variée, si éclatante pour tant d'autres. Les granulations colorantes ne se montrent nulle part à l'état d'isolement; elles se déposent dans l'épaisseur des granulations protéiques. Peu nombreuses, elles laissent à celles-ci leur physionomie propre; en se .multipliant, elles les envahissent peu à peu, et bientôt elles les masquent au point de les faire complètement disparaître. Comparées dans leurs nuances, elles reproduisent toute la gamme des tons, depuis le violet le plus pâle jusqu'au rouge le plus intense. En outre, dans la même cellule et dans la même granulation protéique, elles peuvent s'associer. C'est ainsi que dans les feuilles on voit constamment la xanthophyllc, ou principe colorant jaune des plantes étiolées, s'unir à la chlorophylle, principe colorant vert, pour former, avec les

Page 1