‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 4)Chapitre 24 sur 219 · TISSU ADIPEUX · texte numérisé non relu

TISSU ADIPEUX

Le tissu pileux offre Ja plus grande analogie de slruclure avec le lissu corné. H est formé aussi de cellules et d'une très minime proportion de substance amorphe. Parmi les cellules qui le constituent, celles qui occupent le centre ou Taxe des poils diffèrent à peine des cellules profondes de Tépiderme. Celles qui répondent à leur périphérie sont allongées, filiformes, très serrées, et la couche résultant de leur ensemble rappelle assez bien, par la plupart de ses attributs, le tissu corné. Mais, en définitive, la partie centrale et la partie périphérique sont composées de cellules. Que la première soit molle et la seconde remarquablement dure et résistante, c'est une différence bien secondaire; la texture reste la même; et le tissu pileux, par conséquent, doit être rattaché aussi au tissu épitbélial dont il est, comme le tissu corné, iin véritable dérivé, une annexe, une simple dépendance.

Le tissu adipeux se compose de cellules offrant une forme sphérique dans l'état d'isolement, et polyédrique à l'état physiologique. Elles possèdent une enveloppe difficile à voir lorsqu'elles sont pleines, mais qui devient évidente lorsque leur contenu s'écoule en partie ou en totalité. Au début de leur formation, ce contenu est représenté aussi par un noyau entouré d'un corps protoplasmique. Bientôt leur protoplasma est envahi par des gouttelettes graisseuses, très variables de nombre et de volume, qui ne tardent pas à se fusionner pour former des gouttelettes plus grosses, lesquelles s'accroissent à leur tour de plus en plus. Le centre d s cellules se trouve ainsi envahi par une masse graisseuse ou huileuse, qui s'avance progressivement jusqu'à leur périphérie. Si on les examine alors avec attention, on remarque que le protoplasma se réduit à une mince pellicule sous-jacente à l'enveloppe, un peu plus épaisse sur un point; c'est au niveau de ce point et dans son épaisseur que se trouve le noyau.

Les cellules adipeuses, à leur origine, ne diffèrent donc pas des cellules ordinaires. Plus tard, elles s'en distinguent par les principes gras qu'elles renferment, qui s'accumulent dans leur cavité en quantité considérable, et qui amènent l'atrophie du protoplasma et du noyau. Ces principes, chez le fœtus et l'enfant, constituent une réserve nutritive, qui s'épuise à mesure que l'organisme se développe et qui a, du reste, pour siège à peu près exclusif le tissu conjonctif sous-cutané. Dans la seconde moitié de la vie, ils attestent une dégénérescence des cellules envahies, car ils n'ont plus de raison d'être en prenant la place du corps vivant qu'elles contenaient. Leur vitalité s'affaiblît donc d'autant plus que la masse adipeuse est plus grande dans chacune d'elles et le protoplasma plus atrophié.

r^i DKS TISSUS.

«^ Ttaaa eartllaslBewK et ae* éérîwém.

Le tissu cartilagineux est l'un des plus simples. Mais il ne se présente pas sur tous les points du corps avec une constitution et des pro- [U'iétés tout à fait identiques. Nous avons donc à le considérer d'abord sous son type le mieux caractérisé. Nous mentionnerons ensuite les modifications qu'il peut subir ou ses divers dérivés.

a. TtsMi cArtllaflBeas ptfpwemtmt dit. — Ce tissu se compose de cellules dites capsules de cartilage et d'une substance amorphe, dure, résistante et opaque à la lumière réfléchie^ transparente à la lumière transmise lorsqu'on la réduit en coupe mince, d'où le nom de cartilage hyalin qui lui a été donné. C'est sous cet aspect que se présente la plupart des cartilages avant leur ossification.

Les capsules de cartilage sont disséminées irrégulièrement dans la substance amorphe; elles lui adhèrent de la manière la plus intime et ne sauraient en être séparées. Sur les coupes minces, examinées au microscope, on les reconnaît à leur double contour, à leur transparence plus parfaite et à leur homogénéité qui rappelle celle du verre. Ces cellules précèdent la substance amorphe; elles ressemblent alors à toutes les autres. On peut conjecturer cependant qu'elles s'en distinguent déjà par leurs propriétés; ce sont elles, en effet, qui sécrètent la substance amorphe, destinée à les unir, et avec laquelle elles se confondent plus tard. Lorsqu'elles se multiplient par voie de bipartition successive, ce sont elles encore qui produisent la substance amorphe secondaire, unissant de même les jeunes cellules ou capsules nouvelles.

Le contenu des cellules de cartilage est représenté par un corps protoplasmique entourant un noyau. Avant l'apparition de la substance amorphe les cellules de cartilage étaient des cellules vraies ou complètes. Après la formation de celle-ci, l'enveloppe ou capsule se confondant avec elle, le protoplasma et son noyau semblent privés d'enveloppe. On peut encore donner à ces deux éléments réunis le nom de cellule, à l'exemple de tous les auteurs; mais il importe, pour éviter la confusion, d'ajouter que la cellule ainsi réduite à ses deux éléments les plus importants est une cellule nue. Le protoplasma adhère par sa périphérie aux parois de la capsule, il contient très fréquemment un ou plusieurs corpuscules graisseux. Le noyau très apparent et arrondi renferme un ou deux nucléoles.

Très souvent il existe deux ou trois cellules nues dans la même capsule. On peut même en observer quatre ou cinq et parfois un très graud nombre.

Lorsque le cartilage est en voie de développement, les jeunes cellules

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(l'abord en contacl ae tardcnl pas à s'entourer chacune d'une capsule secondaire qui sécrète aussi une substance amorphe^ en sorte qu'il se forme entre elles des cloisons d'abord minces, qui ensuite augmentent peu à peu d'épaisseur.

b. Lm dérivé* en tissa eartiiaflriBeiix. — Au nombre de ces dérivés, nous rangerons les cartilages articulaires, les cartilages périchondriques, et les fibro-cartilages, parmi lesquels nous aurons à distinguer plusieurs variétés.

Les cartilages articulaires, appelés aussi cartilages d' encroûtement ^ sont l'un des attributs les plus importants des articulations mobiles. Ils recouvrent et protègent les surfaces par lesquelles les os se correspondent. Avant l'ossification, ils ne se distinguaient pas des cartilages hyalins. Plus tard ils en diffèrent, non seulement parce qu'ils ont résisté à l'invasion des sels calcaires, et parce qu'ils restent privés aussi de vaisseaux, mais surtout parce qu'ils ont conservé toutes leurs propriétés primitives auxquelles ils sont redevables de leur rôle éminemment protecteur. Par leur surface adhérente, ils se continuent sans ligne de démarcation bien tranchée avec le tissu osseux. Leur surface libre est dépourvue de tout vestige d'épithélium. Leur constitution rappelle celle des cartilages hyalins, avec cette différence cependant que les cellules superficielles, moyennes et profondes, n'offrent pas ici une configuration semblable : les superficielles sont aplaties et parallèles à la surface libre; les moyennes sont irrégulièrement arrondies, et les profondes allongées et perpendiculaires à la surface adhérente. Dans ces dernières on remarque plusieurs cellules nues disposées en série linéaire.

Les cartilages périchondriques appartiennent aussi à la catégorie des cartilages hyalins. Mais ils se distinguent de ceux-ci par leur enveloppe fibreuse ou périchondrCy qui leur adhère de la manière la plus intime. Ils en diffèrent en outre par leur moindre transparence, par Jeur teinte jaunâtre, et par leur tendance à s'ossifier dans la dernière période de la vie ; quelques-uns cependant restent indéfiniment réfractaires à l'ossification. A cette variété de cartilages se rattachent les cartilages costaux, les cartilages du larynx, ceux de la trachée-artère, ceux du nez, etc.

Les fibro-cartilages comprennent dans leur structure, indépendamment des cellules et d'une substance amorphe, des faisceaux fibreux. Dans quelques-uns il existe, en outre, des fibres élastiques. Les premiers constituent les fibro-cartilages proprement dits, et les seconds les fibrocartilages élastiques ou cartilages réticules.

L'apparition des faisceaux fibreux dans la substance amorphe des cartilages ne s'opère pas brusquement. Déjà on constate dans certains cartilages périchondriques un aspect fibroïde et parfois même un aspect

fibrillaire. L'aspect fibroide se montre lorsque les granulations inolécu* laires de la substance amorphe se disposent en série linéaire, en restant indépendantes. L'aspect fibrillaire se réalise lorsque ces molécules se continuent entre elles. Que les fibrilles deviennent plus nombreuses, qu'elles se serrent les unes contre les autres, elles formeront des faisceaux fibreux. Ce sont ces faisceaux qui, en s'ajoutant en proportions variables à la substance amorphe, transforment les cartilages simples en fibro-cartilages. Ils cheminent entre les capsules, s'entre-croisent dans leur trajet et communiquent aux organes dans lesquels on les rencontre une souplesse, une flexibilité que ne possèdent pas les cartilages hyalins, et que possèdent déjà, mais à un degré beaucoup moindre, les cartilages périchondriques. Parmi les fibro-cartilages, je dois mentionner le bourrelet glénoïdien, le bourrelet cotyloïdien^ les fibro-cartilages inter-articulaires du getiou, celui de l'articulation slerno-claviculaire, etc.

Les fibro-cartilages élastiques contiennent un élément de plus que les précédents. Ils empruntent à la présence des fibres élastiques dans leur épaisseur la propriété de réagir contre toutes les causes qui tendent à les déformer ou à les déprimer, et de reprendre leur forme normale aussitôt que celles-ci suspendent leur action : ainsi se comportent Tépiglolte, les disques inter-osseux des vertèbres, et une foule d'autres fibrocartilages qui seront décrits avec les organes dont ils font partie.

Le tissu osseux est constitué comme le tissu cartilagineux hyalin par des cellules et une substance amorphe.

Les cellules, dans ce tissu comme dans les cartilages, ne se composent que de deux éléments, d'un protoplasma et d'un noyau. Ce sont aussi des cellules nues. Du protoplasma naissent des filaments déliés, qui lui donnent une forme étoilée. Le noyau conserve sa configuration primi-* tive; il est seulement un peu aplati, ainsi que la masse protoplasmique qui l'entoure. Ces cellules nues que Wirchow, le premier, est parvenu à isoler, et qu'on désigne aujourd'hui assez généralement sous le nom de cet anatomisle sont protégées par une enveloppe de nature osseuse et de forme étoilée aussi. Ces enveloppes osseuses ou ostéoplastes ont été considérées par un grand nombre d'auteurs comme des capsules de cartilage ossifiées. Nous verrons cependant qu'elles diffèrent de ces dernières d'abord par les nombreuses irradiations qui en partent, et qui se moulent sur les irradiations correspondantes du protoplasma et aussi par leur nombre et par leur origine.

La substance amorphe du tissu osseux, vue k un grossissement suffisant, revêt un aspect finement granuleux. Le microscope permet, en

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outre, d«^ roconnailre qirelle formo autour des capillaires sanguins dos couches concentriques en nombre variable.

On retrouve donc dans le tissu osseux les mêmes éléments que dans le tissu cartilagineux. Dans chacun de ces tissus, on rencontré des cellules nues; dans chacun d'eux, les cellules sont protégées par une enveloppe, cartilagineuse d*un côté, osseuse de Faulré; dans chacun d'eux, il existe entre les cellules une substance amorphe, qui conserve ce caractère dans les cartilages, qui se dispose en couches concentriques dans les os.

B. — Tissus COMPOSÉS DE FIBRES.

Les tissus composés de fibres, au nombre de trois, sont représentés par le tissu élastique, par le tissu musculaire à fibres striées, et par le tissu musculaire h flbres lisses. ...

i"" Tiam éia««i«|iie. — Sur presque tous les points où on le rencontre, le tissu élastique se montre sous la forme de fibres cylindriques ou légèrement aplaties, à bords sombres, transparentes et réfringentes* se divisant dans leur trajet, affectant les directions les plus diverses et s'anastomosant entre elles, en sorte qu'elles constituent, en général, des réseaux à mailles fort irrégulières et plus on moins serrées.

Ces fibres sont homogènes. Elles résistent à Faction de l'acide acétique et de la plupart des acides, alors même qu'ils sont peu dilués et doués d'une action énergique. A l'aide de la potasse et de ces acides, on réussit sans peine h dissoudre la trame conjonctive h laquelle elles se trouvent ordinairement mêlées; elles deviennent alors très manifestes. L'iode et l'acide picrique leur communiquent une couleur jaune. Réunies en masse, en faisceaux ou en lames, elles affectent une couleur semblable, mais moins prononcée.

Leur diamètre diffère beaucoup. Il varie de 1 |x à 12 [i ou 15 |x (i), ce qui permet de les distinguer en grosses, moyennes et fines. Souvent ces dernières se trouvent mêlées aux moyennes et même à des fibres très grosses. Hais, dans ce mélange, on voit presque toujours l'un de ces trois ordres de fibres l'emporter sur les deux autres.

Dans quelques organes, comme les artères, par exemple, les fibres s'élargissent et prennent même, sur certains points, une configuration lamelliforme; en outre^ elles sont criblées de trous ou de fentes à con« tour irrégulier, et s'anastomosent aussi entre elles; de là, des réâeaux

(1) La leUtro grecque |ji est la formule aujourd'hui adoptée pour exprimer la millième partie d*uii millimètre; eUc mérite d'ôtrc adoptée parce qu'elle abrège et simplifie le langage.

qui ont pu être comparés a des lamelles percées a jour : c'est à cette variété que s'applique la dénomination de tissu élasHqv>e fenêtre.

A côté de cette variété, on pourrait en placer une seconde dans laquelle le tissu élastique affecte aussi la forme membraneuse, mais sans offrir la moindre solution de continuité : telles sont Tenveloppe du cristallin, lu membrane de Demours, etc., Tune et Tautre parfaitement homo- «;ènes, sans aucune trace de fibres et d'orifices : elles représentent le tissu élastique sous sa forme membraneuse la plus pure.

3^ TlMim oiwMsUilre * flhrcs «trléM. — Ce tissu est celui qui tient la plus larice place dans l'organisation de l'homme et des vertébrés. Il est caractérisé par sa couleur rouge, par le parallélisme des fibres et des faisceaux qui le composent, et surtout par la propriété que possèdent ces faisceaux et ces fibres de se raccourcir, propriété qui constitue le phénomène de la contraction. C'est à cette propriété qu'il est redevable du privilège de mettre en jeu toutes les pièces mobiles du squelette, d'où la possibilité pour celles-ci de se déplacer les unes à l'égard des autres, et pour le corps entier de se mouvoir au sein du milieu qu'il habite.

Considéré dans son ensemble, le tissu musculaire à fibres striées est représenté par un très grand nombre de parties différentes de forme et de volume mais de même nature, qui se groupent autour des os, qui s'y attachent et qui constituent les muscles.

Chaque muscle est réductible en faisceaux de moins en moins volumineux et de plus en plus nombreux. Cette analyse a pour dernier terme une fibre qui ne peut plus être décomposée, et qui a reçu le nom de faisceau primitif Les faisceaux primitifs, vus au microscope, présentent sur leur trajet des stries transversales, alternativement plus sombres et plus claires, qu'une foule de réactifs mettent facilement en évidence : de là le nom de fibres musculaires striées qui leur a été donné.

Ces fibres diffèrent de volume. Leur longueur égale celle du faisceau charnu qu'elles contribuent à former. Elles comprennent, dans leur structure, trois éléments : l*" une enveloppe mince et transparente : le sarcolème ou myolème; i"" des fibrilles remplissant le tube constitué par l'enveloppe : ce sont les fibrilles élémentaires; 3^ et enfin des noyaux ovoïdes échelonnés sur leur trajet à des intervalles inégaux, et situés entre le myolème et les fibrilles.

Chaque faisceau primitif parait avoir pour origine une seule et même cellule, considérablement allongée, dont le contenu ( — ) s'est transformé en fibrilles élémentaires. Ce sont ces fibrilles striées aussi dans le sens transversal qui possèdent la faculté de se contracter.

S*" TiM« oiBsc^kiire * flhrcs iimcs. — Bien que ce tissu se rapproclîe du précédent par ses propriétés, il en diffère beaucoup par les

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fibres qui le coniposeiiL Les fibres inusciilaires striées sont très loiifrues puisqu'elles mesurent tout l'espace compris eiilre leurs deux leiidons du muscle. Les fibres musculaires lisses sont, au contraire, très courtes: leur étendue moyenne est de O^^jOo. Elles ne forment des fibres longues qu'en s'ajoutant les unes «aux autres. Leur diamètre ne dépasse pas 0^,006. Leur configuration n'est pas cylindrique, mais fusiforme. A cette première différence s'en ajoute une seconde beaucoup plus importante tirée de leur structure.

Nous avons vu que les fibres musculaires striées sont des cellules vraies; en d'autres termes, elles possèdent une enveloppe, le myolème. Les fibres musculaires lisses n'ont pas d'enveloppe; ce sont des cellules nues. Dans les premières, le protoplasma se transforme en fibrilles; dans les secondes, il conserve un aspect homogène ou légèrement granuleux. Dans les fibres musculaires striées, les noyaux situés entre l'enveloppe et les fibrilles sont toujours multiples et relativement nombreux ; dans les fibres musculaires lisses il n'existe jamais qu'un seul noyau, occupant leur centre et offrant la forme d'un bâtonnet arrondi à ses extrémités.

Comme les fibres striées, les fibres lisses se juxtaposent et constituent ainsi des muscles qui diffèrent à l'infini par leur configuration, par leurs dimensions et par leur importance; ces muscles à fibres lisses entrent dans la composition d'une foule d'organes, à l'étude desquels ils se rattachent.

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