‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 4)Chapitre 39 sur 219 · TIBIA · texte numérisé non relu

TIBIA

Mat. organ. Mat. inorg,

Mat. organ.

HDHÉRCS

Mal. inorg.

Dans le court intervalle qui s'est écoulé de la naissance à la fin du troisième mois, la substance organique a diminué, chez le chat, de trois centièmes et demi pour le fémur, de quatre pour Thumérus et de cinq pour le tibia. Chez le chien, dans le même laps de temps, elle a diminué de sept centièmes pour le fémur, de six pour l'humérus, de cinq pour le tibia. Ces différences correspondent à celles que nous avons trouvées; elles sont seulement un peu plus grandes. Bibra, en analysant les os de jeunes chiens de la même portée, a observé une différence plus accusée encore :

Substance organique...

Substance inorganique .

Chiens nouvcau-ncs.

Chiens de six semai net.

Considérons donc comme un fait bien acquis à la science que l'élément organique des os diminue pendant leur accroissement et admettons que cette diminution est équivalente en moyenne à cinq centièmes. De là peut-on conclure que la composition chimique du tissu osseux varie avec l'âge ? Non, puisque dans les os soumis à la calcination ou à l'analyse il n'y a pas que du tissu osseux ; il y aussi les vaisseaux. Il y a en outre les cellules que contiennent les ostéoplastes : vaisseaux et cellules qu'on ne peut faire disparaître et dont le poids vient toujours s'ajouter à celui de la substance organique proprement dite. Or la vascularité des os est en raison inverse du développement ; les cellules elles-mêmes ne paraissent plus avoirleure dimensions primitives chez l'adulte. Il est donc très vraisemblable que dans les expériences précédentes la diminution de la substance organique reconnaît pour unique cause une simple réduction

(1) Alphonse Milne Ed^a *iis, E udes chim, et phys. sur les os (thèse, 18G0, p. 53 et 80).

dans le nombre et le calibre des capillaires sanguins et dans le volume des cellules étoilées. Pour qu'il en soit ainsi, il suffit que cette réduction abaisse de quelques centièmes seulement le poids total de la substance osseuse soumise à la calcination.

Les différences qu'on observe dans la composition du tissu osseux, lorsqu'on passe d'un individu à un autre, sont quelquefois assez considérables. Mais il serait impossible d'en donner une formule générale. Elles trouvent aussi une explication toute naturelle dans les variations individuelles que présentent les parties molles inhérentes à ce tissu.

Nous possédons des documents plus précis sur les différences qu'on remarque sous ce rapport entre les diverses pièces du squelette, chez le même individu. Le tableau suivant, emprunté à Bibra, fera connaître ces variations. Les os analysés étaient ceux d'une femme de vingt-cinq ans.

SubsUiiro Substance

inorganique, organique.

Humérus 69,25 30,75

Cubitus 68,87 31,13

Radius 68,68 31,32

Fémur 68,61 31,39

Tibia 68,42 31,58

Péroné 68,54 31,46

Subsunee Substance

inorganique, organique.

Clavicule 67,51 32,49

Omoplate 65,38 34,62

Côtes 64,57 35,43

Os iliaque 59,97 40,03

Vertèbres 5i,26 45,75

Sternum 51,43 48,57

Les OS du tronc sont donc plus riches en matière organique, et les os longs des membres plus riches en matière minérale. Toutes ces différences se prêtent à la même interprétation que celles relatives à Tàge et aux individus : les os du tronc offrent plus de matière organique, parce qu'ils contiennent plus de vaisseaux ; les os longs des membres en présentent moins, parce qu'ils sont moins vasculaires.

Les différences relatives au rang qu'occupent les divers animaux sur l'échelle zoologique n'ont rien de ûxe. Les os des oiseaux renferment en général plus de matière minérale que ceux des autres vertébrés. Parmi les mammifères, les herbivores présentent aussi des os plus riches en matière terreuse que ceux qui se nourrissent de chair.

En résumé, pour expliquer les différences que nous offre la composition chimique de la substance osseuse, aux divers âges, chez les divers individus, dans les diverses pièces du squelette, etc., deux opinions se présentent. Dans l'une, on admet que le tissu osseux varie dans sa composition, qu'une partie de Tosséine disparaît et qu'elle est remplacée pîirdes sels calcaires. Dans l'autre, ce tissu reste invariable dans ses proportions ; seules les parties molles qui s'y trouvent incorporées subissent des variations. Entre ces deux opinions, la dernière nous paraît la mieux fondée ; nous restons convaincu que le tissu osseux est un composé défîni.

L'élasticité des os est en rapport non avec leur composition chimique, mais avec la quantité d'eau que renferme le tissu osseux. Or Stark a dé-

montré que celle quantité varie avec l'âge. Il y a plus d'eau dans les os de l'enfant que dans ceux de l'adulte, et plus dans les os de l'adulle que dans ceux du vieillard.

B. — Périoste.

Le périoste est une membrane fibro-élaslique qui recouvre les os, et qui fournit à chacun d'eux les éléments nécessaires pour leur développement et leur nutrition.

Celle membrane sépare les os des parties voisines; mais elle a aussi pour destination de les unir à celles-ci sur certains points. Parmi ces dernières, il faut placer au premier rang les ligaments, les tendons et les aponévroses, en un mot presque tout le système fibreux, dont le périoste semble constituer le centre commun.

Le périoste, en s'appliquant à la périphérie des os, ne les entoure pas cependant d'une manière complète. Au niveau des surfaces articulaires, il est suppléé avec avantage par les lames cartilagineuses. Sur les points qui donnent attache aux tendons et aux ligaments, il fait aussi défaut ; on le voit sur tous ces points se continuer avec les parties qui précèdent.

La couleur dn périoste est d'un blanc mat chez l'enfant et les individus à constitution sèche, d'un blanc jaunâtre chez ceux qui sont pourvus d'un certain embonpoint ou d'un âge déjà avancé.

Son épaisseur est très inégale. Elle se montre en général proportionnelle aux dimensions de l'os. La différence est surtout saisissante lorsqu'on met en parallèle les fémurs ou les os de la jambe avec les métatarsiens et les phalanges, ou ceux du bras et de l'avant-bras avec les métacarpiens. Ce fait général comporte cependant des exceptions. Sur les os du crâne, qui sont larges, le périoste reste très mince. On remarque aussi que sur les points où il se trouve en rapport avec des muscles il s'amincit; que sur ceux où il correspond à des tendons il s'épaissit. Celui qui embrasse la diaphyse des os longs conlraste à cet égard avec celui qui revêt leurs extrémités : sur les diaphyses, sa plus grande épaisseur ne dépasse pas 1 millimètre; sur les extrémités des os longs, elle varie de 1 à 3 millimètres. — C'est sur les parois des cavités dont sont creusés les os de la face qu'il se réduit à sa plus extrême minceur.

Par S3i surface externe y l'enveloppe fibro-élastiquedes os répond, dans la plus grande partie de son étendue, au corps des muscles qui lui adhèrent par un tissu conjonctif lâche, et aux tendons de ceux-ci. Sur le passage de ces tendons, le périoste est souvent tapissé par une membrane synoviale, ou par une simple bourse séreuse qui favorise leur glissement. — Sur les os superficiels, comme le tibia, la clavicule, l'os de la pommette, etc., il est en rapport avec la peau qui ne lui adhère que par un

PÉRIOSTE. 109

lissu conjonctif peu dense. — Sur certains os profonds, comme ceux qui contribuent à former les fosses nasales, il s'unit au contraire à la muqueuse correspondante de la manière la plus intime et constitue avec celle-ci une seule même lame appelée membrane fibro-muqueuse.

Par sa surface interne le périoste adhère aux os. Celte adhérence est d'autant plus grande que l'os appartient à un individu plus î\gé, d'autant plus grande aussi que la surface osseuse est plus inégale. C'est pourquoi on ne le détache qu'avec difficulté de la base du crâne, de la surface des os courts et des extrémités des os longs. On l'enlève plus facilement sur la diaphyse de ceux-ci et sur les os plais. Celui qui tapisse les fosses nasales et les parois de l'orbite est moins adhérent encore; celui qui répond aux divers sinus de la face et îiux cellules de l'ethmoïde se laisse détacher par simple décollement. Toules ces variétés sont devenues intéressantes à connaître depuis que la physiologie expérimenlale et les faits cliniques ont démontré la possibilité de reproduire la plupart des os en conservant leur enveloppe nourricière. — L'adhérence du périoste est due en partie, aux vaisseaux qui passent de celui-ci dans le lissu osseux, et en partie à l'implantation directe de ses fibres sur la surface des os.

Structure du périoste. — Le périoste, pour le plus grand nombre des os, est formé d'une seule couche. Pour quelques-uns, il est réductible sur certains points assez limités en deux ou plusieurs lamelles. C'est particulièrement sur les os longs qu'il se laisse ainsi dédoubler. On peut réaliser ce dédoublement sur le corps du fémur el sur l'humérus, sur a face sous-cutanée du tibia. Cette division n'offre du reste rien de régulier; elle doit être considérée comme artificielle.

Le périoste est essentiellement constitué par des fibres de lissu conjonctif et des fibres de tissu élastique. Il comprend en outre dans sa composition des vaisseaux, des nerfs et des cellules adipeuses.

Bien que les deux ordres de fibres soient entremêlés dans toute son épaisseur, elles sont cependant distribuées de telle sorte que les faisceaux de tissu conjojictif occupent, pour la plupart, sa superficie, tandis que les fibres élastiques forment surtout sa couche profonde. — Les faisceaux conjonctifs suivent en général une direction verticale sur le corps des os longs, mais n'affectent aucune direction déterminée sur les os plats et les os courts. Ils sont très évidents sur le tibia, le fémur, les côtes, etc. Leur couleur d'un blanc nacré rappelle celle des aponévroses. Les fibres élastiques s'entre-croisent, s'anastomosent et forment un très riche réseau. La couche adhérente offre donc une disposition rétiforme. Les fibres élastiques qui en forment l'élénienl principal sont du reste très déliées pour la plupart. L'enveloppe nourricière des os, considérée jusqu'à présent comir.e une membrane fibreuse, pourrait être rangée aussi el mériterait même d'être classée parmi les membranes élastiques.

liO OSTÉOLOGIE.

Les artères du périoste soûl très nombreuses. Simples ramuscules plus ou moins grêles, elles émanent des branches artérielles voisines, se ramifient dans son épaisseur, en s'anastomosant entre elles, et forment un réseau à mailles serrées. De ce réseau naissent une multitude d'arlérioles qui pénètrent dans les canalicules vasculaires pour aller distribuer au tissu osseux les éléments de sa nutrition. Que le périoste soit détruit ou profondément altéré, tous ces vaisseaux seront divisés ou oblitérés, et la couche osseuse sous-jacente sera privée des sucs nutritifs qu'elle recevait. Si la lésion est très limitée et si l'os mis à nu est convenablement recouvert, les capillaires qui parcourent cette couche osseuse communiquant avec ceux des parties voisines, elle pourra se nourrir aux dépens de ces derniers et continuera à vivre. Mais, si la lésion est étendue, elle périra par famine ; et cette mortification, qui prend le nom de nécrose^ s'étendra à toutes les parties de l'os dans lesquelles la circulation a. été supprimée.

Les veines sont très multipliées aussi. Deux veinules le plus habituellement accompagnent les principaux ramuscules artériels à leur point de départ; mais, après deux ou trois divisions, artères et veines marchent en général indépendantes.

Le périoste est remarquable par l'abondance des nerfs qu'il reçoit. Chaque artère est accompagnée d'un ramuscule nerveux qui suit ses premières divisions et qui devient ensuite en partie indépendant. Les ramifications de ce filet s'anastomosent, soit entre elles, soit avec celles des filets nerveux voisins; elles forment ainsi un réseau à mailles irrégulières. Les divisions concourant à la formation de ce réseau sont si nombreuses, qu'il est rare de n'en pas rencontrer une ou plusieurs sur un simple lambeau de quelques millimètres carrés. Le précepte posé par les auteurs de l'inciser circulairement avant de procéder à la section des os a pour but principal de prévenir le déchirement et le décollement de cette membrane ; mais il a aussi pour avantage d'éviter au malade des douleurs que l'anatomie ne permet plus de révoquer en doute.

Des cellules adipeuses se voient constamment dans la trame fibreuse du périoste. Leur nombre est du reste très variable, et leur répartition extrêmement inégale. Elles deviennent assez abondantes sur certains points pour former une couche presque continue ; sur d'autres, elles sont disséminées et plus ou moins espacées; sur d'autres, elles font entièrement défaut.

Chez les fœtus et pendant toute la période d'caccroissement des os, on obsei^ve en outre sur la face adhérente de cette membrane une couche molle de tissu conjonctif ; cette couche est composée aussi de faisceaux et de cellules, mais elle ne saurait être comparée, avec quelques «auteurs, à un blastème pourvu de noyaux et semi-liquide. Comme elle joue le

SUBSTANCE MÉDULLAIRE. ill

rôle principal dans raccroissement de l'os en épaisseur, on peut la désigner avec M. Ollier sous le nom de couche ostéogène.

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