‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 5)Chapitre 233 sur 390 · C. Tunique interne · texte numérisé non relu

C. Tunique interne

La tunique interne est remarquable par l'aspect uni que présente sa f&-.*libre, et par son extrême minceur. Sous ce dernier point de vue, eUe i -traste singulièrement avec les deux autres. C'est pour n'avoir pas aiMs t« n compte de sa ténuité que plusieurs auteurs lui ont rattaché la couche rU:> tique à fibres longitudinales qui appartient à la tunique moyenne.

Cette tunique comprend deux couches constantes et partout conlinoo* une couche élastique et une couche épithéliale.

La couche élastique est représentée par une lame amorphe, striée di*:* le sens longitudinal et fibroîde, mais non réductible en fibres isolable» rt indépendantes. Elle adhère si solidement à la couche sous-jacente d« '.. tunique moyenne, que lorsqu*on cherche à en détacher quelques mimm-« lambeaux, cette couche se trouve presque toujours entraînée avec elle« d « . l'erreur où sont tombés tant d'auteurs qui considèrent celle-ci ooonK dépendante de la tunique interne.

Chez les grands mammifères, comme le bœuf et le cheval, elle pasae :' l'état membraneux et fibroîde à l'état fibrillaire ; mais les fibrilles qui U composent sont si déliées et le réseau qu'elles constituent présente d'5 mailles si serrées que ces deux états diffèrent réellement très-peu.

La couche épithéliale a été bien étudiée et parfaitement décrite en IV^ par M. Legros (1). Elle forme une couche continue et se compose d'an s*plan de cellules. Celles-ci revêtent la forme d'un fuseau ou plutôt d . : losange très-allongé, dont le grand axe est dirigé comme le cours du tmL^. Leurs bords, irrégulièrement sinueux, se correspondeut et s'engrènent rrr;proquement. Cet épithéliun s'altère avec rapidité ; souvent quelques beor^ après la mort il commence à se détacher ou plutôt à se dissocier. Lonqu t. veut en prendre connaissance, il convient donc de l'étudier sur on aniiCA récemment sacrifié ou sur des membres amputés.

Telle est la structure de chacune des tuniques du système artérieL On a^a" pensé jusque dans ces derniers temps que, pour deux artères de mtaw calibre, cette structure était sembable. M. Gimbert nous a appris qu'elle pe-ji différer beaucoup , et que pour chaque vaisseau le mode d'arrangcasi r des parties constituantes semble subordonné en partie aux fonctioos 4e !'• r^

(1) Legrot, Épiihétium des vaiaeaux sangwm (Jommai de timai. H de le pkfn . 1M8, p. 275}.

gane dans lequel il se termine. J'ai pu constater souvent combien cette remarque était fondée. J'ajouterai que non-seulement la texture des artères de même volume varie pour les difîérentes parties du corps, mais aussi pour leâ diCTéreates espèces animales. Un seul fait suffira pour le démontrer. J'ai étudié comparativement l'aorte chez l'honmie, le bœuf et la baleine. Dans l espèce humaine, la tunique moyenne est caractérisée par sa grande densité et par la prédominance de l'élément élastique sur l'élément musculaire. Chez le bœuf, cette tunique est formée par une trame beaucoup moins condensée ; et il y a au contraire prédominance des fibres contractiles. Dans la baleine, elle est composée exclusivement de fibres élastiques trèsdéliées, offrant toutes le même volume, s'anastomosant sans cesse et formaot un immense réseau qui n'a pas moins de 5 centimètres d'épaisseur et d'un mètre de circonférence. Dans ce monumental réseau où les fibres élastiques viennent s'accumuler par centaines de milliards, on ne trouve pas une seule fibre musculaire. Je l'ai exploré dans tous les sens, sur tous les points, et. je n'ai jamais rencontré qu'une trame élastique'd'une prodigieuse richesse, se présentant partout sous le même aspect. Or, si le tronc aortique qui remplit chez l'homme et les animaux des attributions identiques, diffère si notablement dans sa constitution, les artères qui se rendent à des organes de fonctions opposées ne doivent-elles pas offrir des différences analogues ou plus grandes encore ?

D. Vasa vasarum et nerfs vaso-moteurs des artères*

a. Vasa vasorum. — Les vaisseaux qui viennent se ramifier à la surface et dans Vépaisseur des parois artérielles sont assez nombreux. Les anciens les désignaient sous le nom de vasa vasorum. On peut les distinguer à l'œil nu sur la périphérie des gros troncs. Mais pour les suivre dans leur épaisseur, il devient nécessaire de recourir à l'examen microscopique et à l'emploi des réactifs.

Les artérioles viennent des rameaux et ramuscules qui cheminent dans le voisinage. Rien de plus variable que leur origine, leur trajet, leur nombre et leurs anastomoses. Ce qui nous intéresse du reste dans leur étude, c'est plus spécialement leur mode de distribution. Comment se comportent leurs dernières divisions? celles-ci se répandent- elles dans toute l'épaisseur des parois artérielles? les observe- t-on dans les trois tuniques, ou seulement dans les deux premières, ou exclusivement dans la tunique externe? Ces questions ont été controversées et résolues d'une manière très-différente. Ce point de la science restait donc couvert d'épais nuages, lorsque M. Ch. Hobin, avec son éminent talent d'observation, entreprit d'y introduire quelque lumière. Après de longues et habiles recherches, il annonça résolument que les vasa vasorum ne s'étendent pas au delà de la tunique celluleuse. Quelques anatomistes tentèrent de les suivre plus loin, mais sans succès. Son opinion fut donc acceptée; elle règne aujourd'hui sans conteste; et je n'hâte pas à déclarer qu'elle résume fidèlement l'ensemble des faits connus. De mon cAté, Je crus devoir l'adopter aussi, mais avec quelque réserve. Les faits qui suivent sont venus me démontrer que cette réserve était fondée.

su ANGIOLOGIE.

i^ Il existe dans la couche élastique externe de la tunique moyeniir très-beau réseau de capillaires. Les vasa vasorum, par conséquent, s'étend - * au delà de la tunique celluleuse. M. Ch. Robin la considère, fl est vrai, rr.Tr.:*:* une dépendance de cette tunique; jusque-là, entre son opinion et la mir ' ■. il n'y a donc qu'une simple différence d'interprétation. MaÎB tdIcî des '. * plus concluants.

2<» Dans toute l'épaisseur de la tunique moyenne de l'aorte du bœut da: » sa partie musculeuse comme dans sa partie élastique, j'ai pu constater a i** la présence des mêmes capillaires, remarquables par leur nombre et !• :r volume, anastomosés entre eux et formant un réseau qui s'avance jusqu * Ii tunique interne. Se prolongent-ils dans cette tunique? je n'oserai Taffinrirr mais Ils arrivent jusqu'à sa face adhérente. Ces capillaires sont do nr»' très-faciles à voir.

3^ Sur l'aorte de la baleine, on trouve les mêmes vaisseaux, beaucj .; plus manifestes encore, et assez développés pour qu'on puisse suivre lru.*> ramifications en incisant leurs parois avec un instrument tranchant.

Dans les grands mammifères, les vasa vasorum se prolongent dooc d"« toute l'épaisseur de la tunique moyenne et jusqu'à la face adhér^^nte dr ii tunique interne. En est-il de même chez l'homme et les animaux d* .1moindre corpulence? Je les al cherchés avec attention, et je dois avouer q.-jusqu'à présent je n'ai pu en trouver aucune trace ; mais cet insuccès à m^ yeux prouve beaucoup moins leur absence que les dilBcultés inhi rer itr» . leur étude. Je reste convaincu que des recherches ultérieures viendn. généraliser leur existence.

Du réseau capillaire des artères naissent des veinules qui cheminent d^v la tunique celluleuse. Quelques-unes suivent le trajet des artérioles. b autres, plus nombreuses, restent indépendantes de celles-ci. Elles vont se jt -: dans les rameaux des veines voisines.

b. Vaisseaux lymphatiques, — Quelques auteurs ont pensé que ces n • seaux entrent dans la constitution des artères. Selon Mascagni , ib fort»*raient par leurs radicules anastomosées toute la tunique interne* opî* *■ qui a été adoptée par Béclard et développée plus tard par BreK!: ■ Mais ni l'un ni l'autre ne mentionnent la moindre observation à l'an de cette opinion, contre laquelle viennent au contraire protester lou« * faits recueillis jusqu'à ce jour. Les artères peuvent donc être coosidcr- • comme dépourvues de cet ordre de vaisseaux.

c. Nerfs vaso-moteurs. — Les nerfs qui viennent se ramifier dans les p^r . des artères sont si déliés que leur existence est restée longtemps probîruatique. Elle ne pouvait être nettement établie que par remploi du muer scope. Grâce à cet instrument et aux perfectionnements introduits d4.i« procédés d'analyse, nous pouvons aujourd'hui les poursuivre sans diflku sur toute l'étendue de l'arbre artériel.

Un premier fait ressort de leur étude ; partout où on les reoe(»ntfr 1» accompagnent les vaisseaux. Les filets nerveux pénètrent a>ec ceux-ci di. » la tunique celluleuse, se divisent et se subdivisent comme eux en s'anast**mosant aussi, et en se rapprochant de plus en plus de la tunique moyraoc

STRUCTURE DES ARTERES. 525

On les voit s'avancer Jusqu'à la couche élastique à fibres circulaires de cette tuniquCy couche dans laquelle ils pénétrent et disparaissent.

Dans toute cette partie de leur trajet, les tubes qui les constituent sont pourvus de leurs trois éléments, périnèvre, substance médullaire, cylinder axis. Mais au moment où ils pénètrent dans la couche la plus superficielle de la tunique moyenne, ces tubes se dépouillent de leur substance médullaire et deviennent d'une ténuité telle, qu'il n'est plus possible de les distinguer et de reconnaître leur mode de terminaison. Sur ce point si important nous serions donc encore dans le doute, si la physiologie expérimentale n'était >enue nous montrer : que la tunique musculaire des vaisseaux est sous l'influence de leurs nerfs, au même titre que tous les autres muscles de Téconomie ; que ces nerfs président à la contraction des artères, comme ils président aux contractions du cœur et des muscles volontaires ; que cette ( untraction, comme celle des autres muscles lisses, est lente à se produire lur$qu on les irrite et lente aussi à s'éteindre. Nous pouvons donc admettre q:!e les nerfs des artères se terminent dans la tunique musculaire, et qu'ils tit*nnent celle-ci sous leur dépendance, d'où le nom de vaso-moteurs qtii leur a été donné par Stilling et de vasculo-^nateurs que leur donne M. Cl. Bernard.

La physiologie expérimentale a été plus loin. Après nous avoir fait connaître leur terminaison, elle nous a révélé leur origine : ces nerfs émanent du grand sympathique. C'est à M. Cl. Bernard qu'était réservé l'honneur de cotte belle découverte. Pour démontrer que telle est en etTet leur commune origine, l'illustre physiologiste procède de la manière suivante :

Itons une première expérience, il coupe les nerfs des membres pelviens â\ant leur mélange avec les rameaux émanés du grand sympathique. Cette section détermine une paralysie de la sensibilité et une paralysie du mou- \ement; mais la circulation reste intacte.

Dans une seconde expérience, il divise ces nerfs au delà de leur mélange a\ec les nerfs ganglionnaires , lesquels par conséquent sont compris aussi dans la section; de là une triple paralysie, portant sur les parties sensibles, sur les muscles volontaires et sur la tunique moyenne des vaisseaux. La paralysie de cette dernière s'annonce par la dilatation des artères, par un accroissement très-sensible dans la quantité du sang qu'elles reçoivent et qu'elles transmettent, par la congestion de toutes les parties auxquelles elles se distribuent, par la rougeur presque instantanée de celles-ci et par l'élévation de leur température.

Dans une troisième expérience, il divise seulement les nerfs ganglionnaires; les artères seules sont paralysées, et celte paralysie se traduit par h s mOme? phénomènes que dans l'expérience précédente. Il soumet ensuite d l'excitation galvanique le bout périphérique de ces nerfs; les artères alors se resserrent; elles reçoivent moins de sang; les parties pAlissent et la tcmpf* rature s'abaisse.

Ces expériences démontrent très-nettement que, pour les membres peU viens, les nerfs des artères émanent du grand sympathique. Dans une «iutre série d'expériences analogues, M. Cl. Bernard établit non moins nettement que les nerfs destinés aux artères des membres thoraciques ont la

526 ANGIOLOGIE.

même origine. Déjà précédemment il avait reconnu, en répétant la c^l* ^ - ■ expérience de Pourtour du Petit, que les artères de l'extrémité cépbab-; -• reçoivent leurs fibres nerveuses de la portion ccrricalc du systil'iDe •«v. glionnaire. Les conclusions découlant de ses premières recherches se tr>-.valent ainsi généralisées.

Il résulte donc de l'ensemble des faits obtenus que les artères Kml *■ * l'influence immédiate du grand sympathique, comme la plupart de> %i«'>'r^ du tronc, et que toute lésion ou altération du système nerveux g«n^\ naire peut avoir pour conséquence un trouble plus ou moins marqii* •. la circulation.

§ 3. — Propriétés des artères.

Les artères possèdent deux propriétés fondamentales très-diffërenie» •-; cependant se correspondent et se complètent, l'une toute phy>ique, i e!«- cité, l'autre essentiellement vitale, la contractilité.

A. Élasticité, — Les parois de ces vaisseaux sont élastiques dans le ^ transversal et dans le sens longitudinal. Au moment où elles re*>>;>i l'ondée partie du ventricule. gauche, elles se dilatenl et s'allongent ; »: r l'avoir reçue, elles se resserrent et se raccourcissent ; en un mol, < - ^ s'étendent et se rétractent tour à tour.

De l'élasticité dérivent donc deux propriétés secondaires, Texte asibil t- • la rétractilité. L'une et l'autre s'exerce dans deux sens r^iproquem ' perpendiculaires, mais avec une puissance très-diiïérente.

L'extensibilité transversale est mise enjeu à chaque pulsation artêrît-Ilt'. \ : appliquant la pulpe des doigts sur une artère on la croirait très-appréciil mais si l'on cherche à en déterminer retendue avec précision^ on remarq qu'elle est à peine sensible, en sorte que plusieurs auteurs ont pu la m» r* en doute ; cependant M. Poiseuille, à l'aide d'un appareil très-simple, « 'i goureusement démontré que les artères se dilatent au moment i*ù l« >. : est projeté dans leur cavité. Pour se rendre compte des étroites limiio^ .portées à cette dilatation, il suffit de comparer le volume de londêe faner-, qui la détermine, à Ténorme capacité du système artériel ; la dilatati.> celui-ci est minime parce que la quantité de sang qui vient s'ajouter â < qu'il contenait est très-minime aussi.

Il n'est pas absolument nécessaire, du reste, pour que cette pn»pr entre en jeu, que les artères soient dilatées par un liquide lanc^ dan« ca\ité. Lorsque celle-ci s'est resserrée sous l'influence de la contraci dès que les fibres musculaires cessent d'agir, elle se dilate en %orta k, i seule extensibilité ; c'est en vertu de cette extensibilité aussi que lesar* restent béantes dans l'état de vacuité.

L'extensibilité longitudinale est beaucoup plus prononcée que la ^ r dente. Elle l'est d'autant plus que l'obstacle apportée la circulation e>: grand; chez les amputés, on voit les artères qui viennent d'être h* «^ -^ saillie à chaque pulsation sur la surface de la plaie, l^ans l'état phi>. que, les obstacles au passage du sang étant beaucoup moindres^ lr« Ar.« r^*

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