CLASSIFICATION ET PRÉPARATION DES MUSCLES
degré de contraction de nos muscles; c’est elle qui nous fait connaître toutes les variations qui se produisent dans l’intensité de leur action; c’est elle qui nous donne la conscience des forces à dépenser pour atteindre tel ou tel but : avantage précieux qui nous permet de les ménager, d’en prolonger l’exercice et d’en tirer le meilleur parti possible. Ch. Bell qui, le premier, a reconnu son existence, et qui en a très bien compris la destination, voulut en faire un sens particulier, qu’il désigna sous le nom de sens musculaire. Cette dénomination, imposée à une simple propriété, avait le tort d’en exagérer l’importance; elle n’a pas prévalu.
§ 11. — Classification. — Préparation des muscles.
Classification. — Les muscles étant extrêmement nombreux, il importe de procéder à leur étude dans un ordre déterminé. Cet ordre a beaucoup varié. Parmi les classifications qui ont été adoptées, peutêtre n’en existe-t-il pas deux qui soient tout à fait identiques. En les comparant, on ne tarde pas à reconnaître cependant qu’elles reposent sur deux principes tour à tour invoqués, offrant chacun leurs avantages et leurs inconvénients : l’un essentiellement anatomique, l’autre plus physiologique.
Les auteurs qui ont basé leur classification sur le principe anatomique divisaient tout le système musculaire en un certain nombre de groupes plus ou moins naturels. Ils décrivaient ensuite les muscles de chaque groupe dans l’ordre de superposition.
Ceux qui accordent la préférence au principe physiologique invoquent les mouvements et composent leurs groupes, tantôt avec les muscles congénères, tantôt avec tous ceux qui contribuent à mouvoir le même os ou une partie quelconque.
Cette seconde méthode était celle de Yésale. Ce fut celle aussi qu’adopta le célèbre Winslow. Mais il suffit de parcourir les descriptions, fort exactes d’ailleurs, que nous a laissées cet auteur, pour reconnaître qu’en rapprochant des muscles appartenant à des groupes différents, et n’avant de commun que leur attache au même os, elle ne conduit qu’à des notions confuses et incomplètes sur les connexions de ces organes, point fondamental cependant dans leur étude.
La première ne mérite pas ce reproche ; elle a au contraire le grand avantage de nous montrer les muscles dans leurs rapports. Chaque groupe devient un tableau dont la vue laisse une impression plus durable, et dont tous les détails se fixent mieux dans la mémoire. A cette méthode se rattache le grand nom de Galien ; c’est dire qu’elle a régné sans conteste depuis le deuxième siècle de l’ère chrétienne jusqu’au seizième, époque
à laquelle les anatomistes se partagèrent en deux camps : les uns se rangeant du côté de Vésale, les autres restant fidèles au médecin de Pergame. A cette méthode aussi se rattache le nom de l’illustre Albinus, qui la fit définitivement prévaloir en publiant ses magnifiques planches (1) et son immortel Traité des muscles (2). C’est celle que nous adopterons. Elle n’est pas, du reste, tout à fait inconciliable avec la précédente. Nous verrons que beaucoup de muscles, ceux de l’extrémité céphalique, par exemple, peuvent être groupés dans un ordre à la fois anatomique et physiologique.
Le système musculaire comprend deux moitiés symétriquement disposées. Chacune de ces moitiés sera divisée en cinquante-trois régions, auxquelles viendront se joindre trois régions impaires et médianes, la région diaphragmatique, la région anale et la région génitale. Le nombre des régions ou groupes musculaires que nous aurons à étudier s’élève donc à cinquante-six. Il diffère peu de celui d’Albinus, qui admettait quarante-huit régions pour l’homme, et quarante-six pour la femme.
Prc|»ai*:itioii des muscles. — Les sujets les plus favorables pour l’étude du système musculaire sont les adultes d’une constitution sèche.
Les muscles doivent être préparés par groupes. Ainsi on préparera
vant de les étudier tous les muscles lléchisseurs de la cuisse, tous les extenseurs, tous les adducteurs, etc. En procédant ainsi, il suffit le plus souvent, pour observer les rapports de chacun de ces organes, de les écarter les uns des autres.
La préparation des muscles consiste à les dépouiller de leur enveloppe celluleuse, et à les isoler des parties ambiantes, en conservant leurs rapports les plus importants. Dans ce but, il convient de se conformer aux principes suivants :
1° Inciser les téguments parallèlement aux fibres musculaires, en comprenant dans cette incision toutes les parties qui les recouvrent ;
2° Soulever avec les mors d’une pince l’une des lèvres de l’incision, en portant dans l’angle qu’elle forme avec la surface du muscle le tranchant de l’instrument ;
3° Faire agir ce tranchant, non par sa pointe, mais par la plus grande partie de sa longueur, en le maintenant dans une direction presque parallèle aux fibres musculaires ;
4° Abandonner la pince aussitôt qu’une partie des téguments a été isolée, et saisir ces téguments avec les doigts de la main gauche qui les tendront sur une plus grande longueur que la pince, et aussi d’une manière plus régulière et plus complète ;
5° Après avoir découvert la face superficielle du muscle, le soulever
(1) Albinus, Tabulée sceleti et muscul. corp. hum. Lugd. Batav., 174-7.
(2) Albinus, Historia musculorum liominis , in-4°. Leidæ Batav., 1734.