VAISSEAUX ET NERFS DES ARTERES
croit voir une simple lamelle. Mais un grossissement suffisant démontre que la couche élastique est partout réticulée, et que la direction générale de ses fibres et fibrilles est longitudinale. Elle adhère étroitement à la couche correspondante de la tunique moyenne, d’où les deux opinions qui se trouvent, ici en présence : certains histologistes rattachant cette couche à la tunique moyenne, et d’autres la considérant comme une dépendance de la tunique interne.
La couche endothéliale, plus mince encore que la couche élastique, se compose de cellules allongées et irrégulièrement losangiques, dont le grand axe est parallèle aussi à l’axe du vaisseau. Par leur contour un peu onduleux, elles sont unies entre ellas à l’aide d’une substance amorphe qui noircit au contact du nitrate d’argent, en sorte que ce réactif démontre très bien leur direction et leur mode de configuration. Chacune d’elles contient un noyau. Toutes sont disposées sur un seul plan, qui a été bien décrit en 1865 par Legros. Elles s’altèrent rapidement. Pour en prendre connaissance, il convient de les étudier sur un animal récemment sacrifié, ou sur des membres amputés.
D. Vasa vasorum et nerfs vaso-moteurs.
a. Vasa vasorum. — Les vaisseaux qui viennent se ramifier à la surface et dans l’épaisseur des parois artérielles sont assez nombreux. Les anciens les désignaient sous le nom de vasa vasorum. On peut les distinguer à l’œil nu sur la périphérie des gros troncs. Mais pour les suivre dans leur épaisseur, il devient nécessaire de recourir à l’examen microscopique et à l’emploi des réactifs.
Les artérioles viennent des rameaux et ramuscules qui cheminent dans le voisinage. Rien de plus variable que leur origine, leur trajet, leur nombre et leurs anastomoses. Ce qui nous intéresse du reste dans leur étude, c’est plus spécialement leur mode de distribution. Comment se comportent leurs dernières divisions? celles-ci se répandent-elles dans toute l’épaisseur des parois artérielles? les observe-t-on dans les trois tuniques, ou seulement dans les deux premières, ou exclusivement dans la tunique externe? Ces questions ont été controversées et résolues d’une manière très différente. Ch. Robin avait conclu de ses recherches que les vasa vasorum ne s’étendent pas au delà de la tunique externe. Quelques anatomistes tentèrent de les suivre plus loin, mais sans succès. Son opinion fut donc acceptée. J’avais d’abord cru devoir l’adopter aussi, mais avec quelque réserve. Les faits qui suivent sont venus me démontrer que cette réserve était fondée.
1° Il existe dans la couche élastique externe de la tunique moyenne un très beau réseau de capillaires. Les vasa vasorum, par conséquent, s’étendent au delà de la tunique celluleuse. Ch. Robin la considère, il
ANGlüLOGIE.
est vrai, comme une dépendance de cette tunique; jusque-là, entre son opinion et la mienne, il n’y a donc qu’une simple différence d’interprétation. Mais voici des faits plus concluants.
2° Dans toute l’épaisseur de la tunique moyenne de l’aorte du bœuf, j’ai pu constater aussi la présence des mêmes capillaires, remarquables par leur nombre et leur volume, anastomosés entre eux et formant un réseau qui s’avance jusqu’au voisinage de la tunique interne. J’ai observé ce même réseau chez le cheval, et récemment chez le mouton ;
3° Sur l’aorte de la baleine, on trouve non seulement des capillaires sanguins, mais des artères et des veines, dont quelques-unes offrent un diamètre de deux millimètres. On les suit également jusqu’à la tunique interne. En incisant les orifices qui se montrent sur les coupes on peut suivre ces vaisseaux dans leur distribution.
Dans les grands mammifères, les vasa vasorum se prolongent donc dans toute l’épaisseur de la tunique moyenne. En est-il de même chez l’homme et les animaux d’une moindre corpulence? Je les ai cherchés avec attention, et je dois avouer que je n’ai pu en trouver aucune trace; mais cet insuccès prouve beaucoup moins leur absence que les difficultés inhérentes à leur élude. Je reste convaincu que des recherches ultérieures viendront généraliser leur existence.
b. Vaisseaux lymphatiques. — Quelques auteurs ont pensé que ces vaisseaux entrent dans la constitution des artères. Selon Mascagni, ils formeraient par leurs radicules anastomosées toute la tunique interne, opinion qui a été adoptée par Béclard et développée plus tard par Breschet. Mais ni l’un ni l’autre ne mentionnent la moindre observation à l’appui de celte opinion, contre laquelle viennent protester d’ailleurs tous les faits recueillis jusqu’à ce jour. Les artères peuvent donc être considérées comme dépourvues de cet ordre de vaisseaux.
Nerf» vaso-moteurs. — Les nerfs qui viennent se ramifier dans les parois des artères sont si déliés, que leur existence est restée longtemps problématique. Elle ne pouvait être nettement établie que par l’emploi du microscope. Grâce à cet instrument et aux perfectionnements introduits dans les procédés d’analyse, nous pouvons aujourd’bui les poursuivre sans difficulté sur toute l’étendue de l’arbre artériel.
Un premier fait ressort de leur étude ; partout où on les rencontre, ils accompagnent les vasa vasorum, ou plutôt les artérioles. Les filets nerveux pénètrent avec celles-ci dans la tunique externe, se divisent et se subdivisent comme elles en s’anastomosant aussi, et en se rapprochant de plus en plus de la tunique moyenne. On les voit s’avancer jusqu’à la couche élastique à fibres circulaires de cette tunique, couche dans laquelle ils pénètrent et disparaissent. Je dois ajouter cependant que je suis parvenu récemment à constater la présence de ramuscules nerveux