VAISSEAUX ET NERFS UES ARTÈRES
dans la tunique moyenne du bœuf et du cheval. Ces ramuscules se trouvaient dans le voisinage des vaisseaux sanguins; ils étaient destinés bien évidemment aux fibres lisses si abondantes dans cette tunique.
Les tubes qui les constituent sont pourvus de leurs trois éléments, gaine de Schwann, substance médullaire, cylinder axis. Mais à leur extrémité terminale ils offrent une telle ténuité qu’il n’est plus possible de les distinguer et de reconnaître leur mode de terminaison. Sur ce point si important nous serions donc encore dans le doute, si la physiologie expérimentale n’était venue nous montrer : que la tunique musculaire des vaisseaux est sous l’influence de leurs nerfs, au même titre que tous les autres muscles de l’économie ; que ces nerfs président à la contraction des artères, comme ils président aux contractions du cœur et des muscles volontaires ; que cette contraction, comme celle des autres muscles lisses, est lente à se produire lorsqu’on les irrite, et lente aussi à s’éteindre. Nous pouvons donc admettre que les nerfs des artères se terminent dans la tunique musculaire, et qu’ils tiennent celle-ci sous leur dépendance, d’où le nom de vaso-moteurs qui leur a été donné par Stilling.
La physiologie expérimentale a été plus loin. Après nous avoir fait connaître leur terminaison, elle nous a révélé leur origine : ces nerfs émanent du grand sympathique. C’est à CL Bernard qu’était réservé l’honneur de cette belle découverte. Pour démontrer que telle est en effet leur commune origine, l’illustre physiologiste a procédé de la manière suivante :
Dans une première expérience, il coupe les nerfs des membres pelviens avant leur mélange avec les rameaux émanés du grand sympathique. Cette section détermine une paralysie de la sensibilité et une paralysie du mouvement ; mais la circulation reste intacte.
Dans une seconde expérience, il divise ces nerfs au delà de leur mélange avec les nerfs ganglionnaires, lesquels par conséquent sont compris aussi dans la section; de là une triple paralysie, portant sur les parties sensibles, sur les muscles volontaires et sur la tunique moyenne des vaisseaux. La paralysie de cette dernière s’annonce par la dilatation des artères, par un accroissement très sensible dans la quantité du sang qu’elles reçoivent, par la congestion de toutes les parties auxquelles elles' se distribuent, par la rougeur presque instantanée de celles-ci, et par l’élévation de leur température.
Dans une troisième expérience, CL Bernard divise seulement les nerfs ganglionnaires: les artères seules sont paralysées; et cette paralysie se traduit par les mêmes phénomènes que dans l’expérience précédente. 11 soumet ensuite à l’excitation galvanique le bout périphérique de ces nerfs; les artères alors se resserrent; elles reçoivent moins de sang; les parties pâlissent et la température s’abaisse.
IVe ÉDIT.
ii. — Ü2
Ces expériences démontrent très nettement que, pour les membres pelviens, les nerfs des artères émanent du grand sympathique. Dans une autre série d’expériences analogues, Cl. Bernard établit non moins nettement que les nerfs destinés aux artères des membres thoraciques ont la même origine. Déjà précédemment il avait reconnu, en répétant la célèbre expérience de Pourfour du Petit, que les artères de l’extrémité céphalique reçoivent leurs fibres nerveuses de la portion cervicale du système ganglionnaire. Les conclusions découlant de ses premières recherches se trouvaient ainsi généralisées.
Il résulte donc de l’ensemble des faits observés que les artères sont sous l’influence immédiate du grand sympathique, comme la plupart des viscères du tronc, et que toute lésion ou altération du système nerveux ganglionnaire peut avoir pour conséquence un trouble plus ou moins marqué delà circulation.
§ 3. — Propriétés des artères.
Les artères possèdent deux propriétés fondamentales, l’une toute physique, l’élasticité, l’autre essentiellement vitale, la contractilité.
A. Élasticité. — Les parois des artères sont élastiques dans le sens transversal et dans le sens longitudinal. Au moment où elles reçoivent l’ondée partie du ventricule gauche, elles se dilatent et s’allongent ; après l’avoir reçue, elles se resserrent et se raccourcissent.
De l’élasticité dérivent donc deux propriétés secondaires, l’extensibilité et la rétractilité.
L’extensibilité transversale est mise en jeu à chaque pulsation artérielle. En appliquant la pulpe des doigts sur une artère on la croirait très appréciable ; mais, si l’on cherche à en déterminer l’étendue avec précision, on remarque qu’elle est à peine sensible, en sorte que plusieurs auteurs ont pu la mettre en doute. Cependant Poiseuille, à l’aide d’un appareil très simple, a rigoureusement démontré que les artères se dilatent au moment où le sang est projeté dans leur cavité. Pour se rendre compte des étroites limites apportées à celte dilatation, il suffit de comparer le volume de l’ondée sanguine qui la détermine à l’énorme capacité du système artériel; la dilatation de celui-ci est minime parce que la quantité de sang qui vient s’ajouter à celle qu’il contenait est très minime aussi.
L’extensibilité longitudinale est beaucoup plus prononcée que la précédente. Elle l’est d’autant plus que l’obstacle apporté à la circulation est plus grand; chez les amputés, on voit les artères qui viennent d’être liées faire saillie à chaque pulsation sur la surface de la plaie.
La rétractilité est en raison directe de l’extensibilité ; l’extensibilité dans le sens transversal' étant extrêmement faible, la rétractilité cor-