III. — Ri'anclies supérieures de l’aorte
Les branches supérieures de l’aorte sont destinées à la tète et aux membres thoraciques.
Au nombre de trois seulement, ces branches ont pour caractères communs : le volume considérable qu’elles présentent, leur extrême rapprochement, leur implantation sur la convexité de la crosse aortique et leur direction obliquement ascendante.
Considérées de droite à gauche, c’est-à-dire dans l’ordre de leur origine, on rencontre successivement : 1° le tronc brachio-céphalique ; 2° la carotide primitive gauche; 3° la sous-clavière gauche .
Le tronc brachio-céphalique, plus volumineux, plus antérieur et plus oblique que les deux autres, est sous-jacent au sternum, tandis que ceux-ci, presque verticaux, vont s’appliquer à la colonne dorsale.
Anomalies. — Telle est la disposition la plus habituelle des trois branches supérieures de l’aorte. Mais elles présentent dans leur origine, leur situation relative, leur direction, leurs rapports, leur nombre, etc., un grand nombre de variétés ou anomalies qui toutes reconnaissent pour cause une simple modification apportée à leur mode de convergence. Celle-ci peut être augmentée ou diminuée; il peut arriver aussi qu’elle soit augmentée pour certains troncs et diminuée pour d’autres; de là trois ordres d’anomalies :
ln Des anomalies par excès de convergence, dans lesquelles le nombre des troncs tend généralement à diminuer;
2° Des anomalies par défaut de convergence, dans lesquelles le nombre des troncs tend au contraire à augmenter;
3° Des anomalies par convergence excessive de certains troncs et par convergence tardive de certains autres. Les anomalies de cet ordre sont les plus fréquentes, les plus variées, et celles aussi qui s’éloignent le plus de la disposition normale. Si quelques-unes ont paru si étranges, c’est parce qu’on ne les avait pas encore rattachées à leur véritable cause.
A. Anomalies par excès de convergence. — La carotide primitive gauche se rapproche assez souvent du tronc brachio-céphalique; elle part alors directement de ce tronc vers lequel elle a convergé un peu
plus que de coutume ; le nombre des troncs émanant de la crosse de l’aorte se réduit ainsi à deux.
Beaucoup plus rarement on a vu la carotide primitive gauche converger vers la sous-clavière correspondante pour se réunir à celle-ci. Il existe dans ce cas deux troncs brachio-céphaliques, en sorte que les artères répètent la disposition des veines.
Les trois troncs qui naissent de l’aorte peuvent converger vers un même point, se réunir et constituer un tronc unique. L’aorte, à une petite distance de son origine, se divise donc en deux branches, l’une descendante, et l’autre ascendante, parfaitement comparable à l’aorte antérieure de quelques mammifères herbivores.
B. Anomalies par défaut de convergence. — Ces anomalies sont beaucoup plus nombreuses que les précédentes. Que la sous-clavière et la carotide primitive droites convergent un peu moins, le tronc brachiocéphalique se dédoublera ; ces deux artères viendront se terminer sur l’aorte, et le nombre des troncs qui en partent augmentera.
Plus fréquemment l’artère vertébrale et la sous-clavière gauche, au lieu de se réunir, restent parallèles. Dans ce cas, la première descend jusqu’à l’aorte, en sorte que ce défaut de convergence a aussi pour résultat une augmentation dans le nombre des branches supérieures de l’aorte. Le même phénomène peut se produire simultanément pour les deux côtés, d’où un nouvel accroissement de nombre. Si ce défaut de convergence s’étend en même temps à l’artère sous-clavière droite et à la carotide primitive correspondante, ce nombre, qui s’était élevé d’abord de trois à quatre, puis de quatre à cinq, montera de cinq à six.
Quelquefois ce n’est pas l’artère vertébrale qui se détache de la sousclavière pour aller s’implanter sur la crosse de l’aorte, mais l’artère thyroïdienne inférieure, et dans certains cas beaucoup plus rares l’artère mammaire interne.
Tous les faits qui précèdent sont simples et faciles à expliquer. Mais il en est d’autres qui semblent mettre la théorie en défaut : tels sont ceux, assez fréquents, dans lesquels la sous-clavière droite naît de l’aorte, au-dessous de la sous-clavière gauche. A quelle cause attribuer un déplacement si considérable de son origine? Ici encore il s’agit d’un défaut de convergence. La sous-clavière droite, légèrement déviée de sa direction ordinaire, n’ayant pas rencontré la carotide primitive droite, a continué sa route en passant entre la colonne vertébrale et l’œsophage, ou entre l’œsophage et la trachée, puis elle est allée s’ouvrir directement dans l’aorte.
C. Anomalies par excès et par défaut , ou anomalies mixtes, anomalies complexes. — L’association de ces deux ordres d’anomalies peut se produire sous une foule de combinaisons. On a vu les deux carotides
ANGÏOLOGIE.
primitives naître parmi tronc commun, et voici alors ce qui se passe: d’une part, le tronc brachio-céphalique se dédouble, parce que les deux artères qui devaient, le constituer ne convergent pas assez; de l’autre, les deux carotides s’unissent par suite d’un excès de convergence. Autre exemple; quelquefois le tronc brachio-céphalique se déplace; au lieu d’être situé à droite, il est situé à gauche. Pourquoi ? Parce que les deux vaisseaux du côté droit ont moins convergé que de coutume, tandis que ceux du côté gauche ont convergé au contraire davantage.
Les anomalies que nous présentent les trois gros troncs émanés de la crosse de l’aorte, si variées qu’elles soient, s’expliquent donc très bien par une seule et même cause : toutes proviennent d'une simple modification apportée à leur direction relative. Si elles sont, ici plus fré-
Fig. 399. — Crosse aortique. — Artères qui naissent de sa convexité.
1. Crosse de l’aorte partant du ventricule gauche. — 2. Tronc brachio-céphalique. — 3. Carotide primitive droite.— 4. Sous-clavière droite.— 5. Sous-clavière gauche. — G. Carotide primitive gauche. — 7. Coronaire gauche ou antérieure. — 8. Branches de la coronaire droite. —9. Artère graisseuse, établissant une communication entre les deux coronaires, et complétant le cercle équatorial du cœur. — A. Tronc de l’artère pulmonaire. — B. Veine cave supérieure. — C. Trachée-artère.