C. — Vaisseaux lymphatiques du système nerveux
Le système nerveux comprend une partie périphérique et une partie centrale. L’une et l’autre sont dépourvues de vaisseaux lymphatiques. Pour le système nerveux périphérique, l’accord est unanime.
Mais il n’en est pas ainsi du système nerveux central. Sans être très affirmatifs, un grand nombre d’auteurs se montrent disposés à admettre que l’encéphale et ses enveloppes donnent naissance à des conduits remplis de lymphe. Ils sont du reste divisés d’opinion.
D’une part des anatomistes fort recommandables, comme Mascagni, Fohmann et Arnold, disent avoir vu des vaisseaux lymphatiques naître del’encéphaje et cheminer sur sa périphérie. De l’autre deux observateurs habiles, Ch. Robin d’abord et His quelques années plus tard, ont découvert dans cet organe des canaux d’une nature particulière, engainant les capillaires sanguins, canaux qu’ils désignent sous le nom de 'périvasculaires et qu’ils rattachent au système lymphatique.
Examinons d’abord les faits signalés par Mascagni, Fohmann et Arnold. Mascagni, dans une de ses planches, nous montre des vaisseaux lymphatiques rampant sur l’encéphale, et cheminant dans la pie-mère. Il avoue avec quelque tristesse qu’il n’a pu en reconnaître ni l’origine ni la terminaison. Or ces conduits étaient-ils bien réellement des vaisseaux lymphatiques? Je ne le pense pas. Rien n’est plus facile, en effet,
ANGIOLOGIE.
lorsqu’on a sous les yeux un véritable vaisseau de cet ordre, que de constater sa terminaison. On le pique avec la pointe du tube à injection mercurielle; dès que le métal pénètre dans sa cavité, il la parcourt avec la rapidité de l’éclair, et arrive presque instantanément jusqu’au premier ganglion situé sur son trajet. Cette injection, lorsqu’on opère sur un vaisseau lymphatique, donne toujours un résultat positif. Aussi ai-je posé depuis longtemps en principe qu’elle doit être considérée comme la pierre de touche de ces vaisseaux. Les conduits entrevus par Mascagni ne se rendent pas à des ganglions, il aurait dû conclure que ceux-ci étaient de simples veinules ; car cette conclusion est la seule, en effet, qu’on puisse tirer de ses recherches.
Fohmann formule ainsi son opinion : « Lorsqu’on enfonce une lancette entre la pie-mère et l’arachnoïde, et qu’on insuffle le canal que l’on vient de pratiquer, on voit paraître un réseau interposé entre ces deux tuniques; cependant leurs parois sont si faibles, qu’elles se déchirent dès qu’on introduit le mercure. Ce réseau lymphatique appartient à l’arachnoïde et à la pie-mère, principalement à cette dernière membrane. Les petits troncs provenant de ce réseau accompagnent les troncules artériels et veineux. »
A la même époque, c’est-à-dire en 1833, Arnold a fait représenter dans ses planches, sur la face convexe du cerveau, des réseaux et des troncs lymphatiques. Mais comme Fohmann il n’a pu suivre ces troncs jusqu’à leur terminaison; comme cet anatomiste il avance même n’avoir pu les suivre jusqu’aux trous de la base du crâne. La grave objection que j’ai adressée à Mascagni s’applique donc aussi à ces deux auteurs : ils ont vainement tenté de conduire leurs troncs jusqu’aux prochains ganglions; donc ces troncs n’étaient pas de véritables lymphatiques. Ce n’étaient pas [non plus des veines, mais de simples traînées d’aréoles celluleuses. Les détails dans lesquels ils entrent attestent clairement qu’ils avaient injecté le tissu cellulaire sous-arachnoïdien. Aussi s’étonnent-ils avec raison de l’extrême fragilité des parois de ces vaisseaux. Quoi de plus fragile en effet que le tissu conjonctif contribuant à former la pie-mère ! Leurs recherches ont moins de valeur encore que celles de Mascagni, qui elles-mêmes en ont cependant très peu. Reconnaissons donc que rien jusqu’à présent ne démontre l’existence des vaisseaux lymphatiques de l’encéphale.
Gaines périvasculaires. — Autour des vaisseaux qui se ramifient dans la substance grise et dans la substance blanche du système nerveux central, on observe une gaine cylindrique, plus large que ces vaisseaux, les enveloppant et les accompagnant dans toute l’étendue de leur trajet, en se divisant, subdivisant et s’anastomosant comme ceux-ci. Ces gaines périvasculaires ont été signalées en 1855 par Ch. Robin. His, cinq ans
plus tard, en les injectant a constaté leurs anastomoses en réseau dans l’épaisseur des deux substances nerveuses. Cet auteur a reconnu en outre sur leur face interne la présence d’un épithélium. Elles sont constituées par une membrane amorphe, très mince et transparente. Un intervalle variant de 0mm,01 à0mm,031es sépare des capillaires qu’elles enveloppent. Dans leur cavité se trouvent contenus, d’une part, le capillaire sanguin qui en occupe le centre, de l’autre un liquide qui tient en suspension des granulations et des noyaux.
Comment se terminent les gaines périvasculaires de l’encéphale et de la moelle? Selon His, elles viendraient s’ouvrir à la surface de l’axe encéphalo-médullaire, dans de très petits espaces, limités en dedans par cette surface, en dehors par la pie-mère, espaces qu’il désigne sous les noms épi-cérébraux et épi-spinaux. Selon Ch. Robin, elles se prolongeraient sur les petits vaisseaux de la pie-mère et communiqueraient avec les lymphatiques décrits par Mascagni. Ces deux modes de terminaison m’inspirent les mêmes doutes. Les espaces épi-cérébraux et épispinaux sont purement imaginaires. Quant à la continuité des gaines avec les lymphatiques rampant sur la surface de l’encéphale, pour l’admettre il faudrait d’abord démontrer la présence de ceux-ci ; or nous avons vu combien elle est contestable. Dans l’état actuel de la science, rattacher ces gaines au système lymphatique, ce serait évidemment tirer des faits qui ont été signalés une conséquence qu’ils ne comportent pas. Il faut les considérer, je crois, non comme des gaines lymphatiques, mais comme des gaines d’une nature spéciale, auxquelles des attributions spéciales aussi sont dévolues. Le liquide qu’elles contiennent, de même que le liquide céphalo-rachidien, me paraît avoir pour usage de protéger la substance cérébrale. Celui-ci par son flux et reflux protège l’encéphale en masse; le liquide des gaines périvasculaires, par des oscillations analogues, protège les cellules nerveuses.
Des considérations qui précèdent, il résulte que le système nerveux central peut être rangé, comme le système nerveux périphérique, au nombre des organes qui sont dépourvus de vaisseaux lymphatiques.
D. — Vaisseaux lymphatiques de l’appareil circulatoire.
La membrane interne de l’appareil circulatoire a été considérée comme un réseau très serré de capillaires lymphatiques. Celte opinion, émise par l’illustre Hunter, fut adoptée d’abord par son élève Cruikshank, puis par Mascagni, et ensuite par un grand nombre d’auteurs. Lauth, en montrant ces capillaires sur les parois du cœur, lui rallia de nouveaux partisans. Un peu plus tard, Breschet admit que le réseau découvert par cet anatomiste se prolonge sur toute l’étendue de l’appareil de la circulation : « L’emploi du tube à injection mercurielle permet, dit-il, de reconnaître
ANGIOLOGIE.
que la membrane interne de tout le système vasculaire est formée de vaisseaux lymphatiques. »
Confiant dans cette assertion si dénuée de toute réserve, j’ai exploré avec la pointe du tube les parois des artères et des veines, bien convaincu que j’allais voir surgir à la première piqûre de nombreux capillaires disposés en réseau. Ma surprise a été grande de n’en rencontrer nulle part. Des parois artérielles et veineuses, de tout calibre, je n’ai jamais vu naître le moindre canalicule. D’autres observateurs ont repris ces recherches, mais sans plus de résultats. Nous pouvons donc admettre que les vaisseaux sanguins sont privés aussi de vaisseaux lymphatiques.
Y. — Les vaisseaux lymphatiques naissent de certaines parties seulement.
Ces vaisseaux tirent leur origine de l’enveloppe cutanée, des membranes muqueuses, des glandes, des muscles striés, des muscles lisses, et de certains organes, comme les poumons, l’utérus, etc.
A. — Origine des vaisseaux lymphatiques de la peau.
Ils émanent de la couche papillaire du derme. Quelques-uns ont pour origine les follicules pileux. Aucun ne prend naissance dans la couche inférieure de la peau.
J’ai examiné au microscope un grand nombre de coupes perpendicu» laires, faites sur les téguments de la paume des mains et de la plante des pieds, de la jambe et de la cuisse, du bras et de l’avant-bras, de la face et du tronc ; sur toutes, le réseau lymphatique avait pour siège exclusif la couche superficielle du derme.
Des follicules pileux naissent aussi des ramuscules assez nombreux ils cheminent de bas en haut et vont se terminer dans le réseau souspapillaire qu’ils contribuent à former.
Le réseau superficiel et le réseau sous-papillaire de la peau ne sont pas également développés sur toutes les régions. C’est sur les parties qui se trouvent les plus éloignées du centre circulatoire qu’ils arrivent à leur plus grand développement. Ainsi les vaisseaux qui les composent semblent se multiplier : sur les membres, à l’extrémité terminale des doigts et des orteils ; à la verge, sur le gland et le prépuce ; à la face, sur l’oreille, les lèvres, l’éminence nasale et toutes les parties médianes ; on les voit également se presser en grand nombre sur le pourtour des orifices par lesquels le tégument externe se continue avec l’interne.
Ces vaisseaux naissent donc en plus grande abondance de certains points auxquels il importe de donner la préférence lorsqu’on se propose de les injecter. Si l’on introduit la pointe d’un tube rempli de mercure
dans un de ces lieux d'élection , le métal se répand aussitôt dans toutes les directions et donne naissance à une lamelle argentée, qui semble située au-dessus du derme, mais qui siège en réalité dans son épaisseur.
B. — Origine des vaisseaux lymphatiques des membranes muqueuses.
Pour l’étude de cette origine, je diviserai les membranes muqueuses en trois groupes : celles qui sont recouvertes par des papilles, celles qui sont recouvertes par des villosités et celles dont la surface est lisse.
Au premier groupe appartiennent la conjonctive, celle du gland, de l’urèthre, et toute la partie sus-diaphragmatique de la muqueuse digestive ; au second, la muqueuse de l’intestin grêle, de la vésicule biliaire et des vésicules séminales. Au troisième se rattachent la muqueuse des fosses nasales, la muqueuse respiratoire, celles de l’estomac, du gros intestin, de l’appareil urinaire et dè l’utérus.
a. Lymphatiques des muqueuses papillaires. — La disposition de ces vaisseaux sur les muqueuses papillaires rappelle parfaitement celle des lymphatiques de la peau : même origine par des lacunes et des capillicules ; mêmes ramuscules émergeant de ce réseau, s’unissant entre eux et s’ouvrant dans un troncule central ; même direction et même terminaison de ce troncule. Leur nombre et leur volume sont proportionnels aux dimensions des papilles. C’est sur les papilles des lèvres, du gland et de la langue qu’ils atteignent leur plus grand développement.
b. Lymphatiques des muqueuses recouvertes de villosités. —
Parmi ces muqueuses, celle de l’intestin grêle tient le premier rang. Les vaisseaux qui en proviennent portent le nom de chylifères. Comment naissent-ils dans l’épaisseur des villosités ? A cette question les auteurs sont unanimes pour répondre que, dans chaque villosité, il existe un chylifère central, se terminant en cul-de-sac à son extrémité libre, et ne se prolongeant pas tout à fait jusqu’au sommet de celle-ci. C’est sous cet aspect, en effet, que se présentent le plus habituellement les chylifères à leur origine. Mais, si l’on applique à leur étude des réactifs qui les mettent en plus complète évidence, on ne tarde pas à reconnaître que cette origine est plus compliquée. On remarque d’abord qu’au tronc central viennent se rallier des branches, des rameaux et de simples ramuscules ; que ceux-ci, dont le nombre varie, se continuent entre eux, et qu’ils partent aussi d’un réseau occupant surtout l’extrémité libre ou la moitié supérieure de la villosité.
Ce réseau ne diffère pas de celui des papilles. Les vaisseaux lymphatiques présentent donc une origine identique sur la peau, sur les muqueuses papillaires et sur les muqueuses recouvertes de villosités : sur toutes les surfaces libres hérissées de prolongements ils affectent,
ANGiÜLOGlE.
en un mot, la forme réticulée ; sur toutes, le réseau comprend trois éléments : des lacunes et capillicules, des rameaux ou ramuscules partant des lacunes, des branches ou troncules partant de ceux-ci.