I. — Vaisseaux lymphatiques des poumons
Rudbeck paraît être le premier anatomiste qui ait vu et représenté les absorbants des organes de la respiration. Vingt ans plus tard, en 1675, Willis en donna une description générale plus complète, mais empruntée à l’anatomie du chien, chez lequel il liait le canal thoracique à son embouchure pour déterminer la stase de la lymphe et la distension de lous les conduits qui en dépendent. Au temps où écrivait Haller, ces vaisseaux avaient été bien observés dans les poumons de l’homme; car le célèbre physiologiste, sur la foi des auteurs qui l’avaient précédé, les décrit dans les termes suivants dont l’exactitude ne peut être contestée :
On dit qu’ils forment un réseau qui suit les espaces interlobulaires, et qu’il y a autant de réseaux que de lobules; que partout ils sont également amples et qu’ils naissent par leurs radicules de la substance intime des poumons. » En 1780, ces mêmes vaisseaux ont fixé l’attention de Cruikshank et de Mascagni, qui en ont mieux constaté encore le trajet et les principales variétés. A dater de cette époque, leur disposition à l’égard des lobules pulmonaires, leur trajet, leur terminaison, étaient bien connus. Les travaux ultérieurement publiés n’ont ajouté aux notions acquises que quelques détails peu importants.
ANGIOLOGIE.
Leur point de départ restait seul à déterminer. Des recherches auxquelles je me suis livré, j’ai du conclure qu’ils naissent, d’une part, des cellules pulmonaires, de l’autre, de la muqueuse qui tapisse les divisions bronchiques.
Aux radicules partant des cellules succèdent des ramuscules et des rameaux qui cheminent vers la périphérie des lobules, et qui s’anastomosent sur leur limite de manière à les entourer d’un réseau à mailles extrêmement fines. De ce réseau émanent deux ordres de troncules:
Les uns descendent vers le sommet du lobule pour s’accoler à la ramification bronchique qui en forme le pédicule, et remonter ensuite de la terminaison de l’arbre aérifère vers son tronc générateur.
Les autres, nés de la base du lobule et des parties voisines de cette base, se dirigent en sens opposé.
Les premiers convergent, s’unissent les uns des autres, et donnent ainsi naissance à un très grand nombre de troncs qui se dirigent de toutes parts vers la racine des poumons.
Les seconds, ou troncules centrifuges, se réunissent de même et forment des troncs qui rampent à la surface de ces organes (1).
En ayant égard au trajet et à la situation de ces vaisseaux, on arrive donc à les distinguer, ainsi que l’ont fait tous les auteurs, en superficiels et profonds. Cette distinction est fondée. Cependant il importe de remarquer qu’elle est loin d’offrir l’importance qu’on lui accorde, et qu’elle a été la source de quelques erreurs. Car, après avoir admis deux ordres d’absorbants, on s’est trouvé conduit à leur supposer une origine différente : aux profonds, on a donné pour point de départ les lobules des poumons, tandis qu’on faisait naître les superficiels de la plèvre pulmonaire. Mais qu’ils soient superficiellement ou profondément situés, tous présentent une origine semblable ; dans la profondeur, comme à la périphérie du parenchyme pulmonaire, ils naissent de la muqueuse bronchique et des cellules qui composent les lobules.
La muqueuse des bronches est recouverte sur toute son étendue d’un réseau lymphatique très délié.
Mais ce réseau diffère beaucoup suivant qu’on le considère chez l’enfant ou chez l’adulte. Chez l’adulte, qu’il s’agisse de l’homme ou des mammifères, ces vaisseaux semblent avoir subi une sorte d’atrophie. On ne réussit que difficilement à les injecter et à constater leur existence ; et même dans les grands quadrupèdes, comme le bœuf et le cheval, j’ai constamment échoué dans leur recherche. Chez l’enfant au contraire et les jeunes animaux, ils sont très développés, très faciles à injecter et très manifestes sur toute l’étendue de la muqueuse respiratoire.
(t) Op. cit., p. 112, pl, XLU.