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Traité d'anatomie et de physiologie du systeme nerveux

Le système nerveux est représenté par un certain nombre de masses globuleuses ou de renflcmcns et par un vaste ensemble de parties filamenteuses ou rayonnantes. Les parties renflées sont désignées sous le nom de centres ou de ganglions nerveux; les organes rayonnans constituent les nerfs. Les ganglions sont mous, volumineux, cntermés dans des cavités osseuses à parois solides et résistantes ; ou bien ils sont petits, durs, disséminés dans les cavités splanchniques, et comme perdus au milieu de l'organisme. Les premiers constituent les ganglions pulpeux, les seconds les ganglions granuleux (Blainville). Les ganglions pulpeux sont généralement connus sous la dénomination A' axe cérébro-spinal, d'encéphale , de

centres nerveux de la vie animale (lîichat). Les ganglions granuleux représentent les centres nerveux du grand sympathique oti de la \ic organique (Bichal). Les nerfs représentent la partie némcrlaire de l'appareil de l'innervation (Blainville). Par une extrémité, ils sont en communication avec les ganglions, soit pulpeux, soit granuleux ; par l'autre extrémité, ils plongent dans les divers tissus de l'économie animale.

L'appareil de l'innervation est double et d'une symétrie presque parfaite. Une moitié du système appartient au côté droit, l'autre au côté gauche du corps. Aux parties situées d'un côté de la ligne médiane, correspondent constamment , de l'autre côté, des parties similaires , et s'il existe, à cet égard , quelques légères exceptions, elles s'observent, d'après la juste remarque de Meckel , soit à la superficie des masses centrales, soit dans les dernières divisions des rayons nerveux. Les parties symétriques sont placées sur la ligne médiane; elles établissent une communication entre les deux moitiés de l'instrument, ou elles sont destinées à des organes euxmêmes dépourvus de symétrie.

Le système nerveux, comme toutes les autres matières organiques, étant constitué par un certain nombre de corps simples ou de principes élémentaires, a dû fixer de bonne heure l'attention des chimistes, et Fourcroy , Vauquelin, John, Gmelin, ont soumis la substance nerveuse à des analyses qui sont connues de tout le monde. Les élémens qui entrent dans la composition du cerveau peuvent être distingués en nécessaires et en advenlifs. Les élémens nécessaires sont : l'oxigène, l'hydrogène, le carbone, et probablement l'azote que M. Raspail rejette parmis les élémens accessoires. Les élémens

advenlifs sont : le souffre , le phosphore , la potasse, la chaux, la soude, la magnésie.

Même, en ne tenant pas compte des élémens métalliques , qui n'existent qu'en très petite quantité dans la matière nerveuse, celle substance reste encore la plus complexe du corps humain.

Par leurs combinaisons réciproques, les corps élémentaires que nous \enons de mentionner produisent, d'après Vauquelin, de l'eau, de l'albumine pure, de l'osmazôme (albumine impure. Raspail),une graisse blanche particulière, une matière graisseuse rouge ( graisse blanche impure, Raspail ), enfin un certain nombre de sels.

U'après les travaux récens de M. Couerbe, sur l'encéphale humain , il semble que les corps simples signalés par Vauquelin dans cet organe soient disposés de manière à fournir de l'eau, de l'albumine, de l'osmazôme, de la cholestorinc {cholcslcrole), une huile jaune rougcâtre ( clecnccphole ), une matière grasse Manche (cérébrole), une graisse jaune élastique ( cércncéphalole ) , une graisse jaune pulvérulente ( sléaroconote ). Mais comme les corps gras que l'on soumet à la chaleur, à l'action de l'alcool, de l'éther, ou de tout autre menslrue, sont très sujets à former de nouveaux produits par un arrangement accidentel de leurs molécules, et que les substances graisseuses, découvertes par M. Couerbe dans la pulpe nerveuse, ne varient de composition que par la quantité des mêmes principes élémentaires, il est peut-cire permis de douter que, pendant la vie, la masse encéphalique contienne cinq produits graisseux différons. Toutefois, en exceptant la cholcslérine qui n'offre à l'analyse que de l'oxygène, du carbone et de l'hydrogène, toutes les matières graisseuses du cerveau sont mélangées au phosphore, au soufre, et aux principes

salins. Fourcroy savait que le cerveau, exposé à l'humidité, se convertit en adipocire.

De l'association de l'eau, de l'albumine, des produits graisseux que nous venons de passer en revue, il résulte une substance animale particulière, qui se retrouve jusque dans le sang, et qui constitue la cérébrine (Chevreul), la neurine (de Blainville). Cette matière animale forme la presque totalité de la substance blanche et de la substance grise des ganglions pulpeux ; et jointe à l'élément cellulaire, elle représente aussi les ganglions granuleux et les nerfs.

La neurine blanche ou substance blanche des ganglions pulpeux, réduite au dernier degré de division et étudiée sous sa forme la plus simple, paraît constituée par des globules transparens de nature comme graisseuse, et d'une petitesse telle qu'ils ne sont passablement aperçus qu'à l'aide d'un grossissement de cinq cent cinquante à six cents diamètres. L'on distingue aussi, sous la lentille du microscope, dans la neurine blanche, une substance d'une transparence parfaite, qui s'affaisse par la compression et qui se relève par un mouvement élastique, lorsqu'on suspend l'action du compresseur; cette substance est probablement do nature albumineuse. Il est prouvé, par l'effet que produit la congélation, que la neurine blanche contient une certaine quantité d'eau.

La neurine ou substance grise paraît être constituée, elle aussi, par des corpuscules globuleux, et par de l'albumine dont la consistance est altérée par la présence de l'eau.

Les corpuscules de la neurine ont été décrits et figurés par plusieurs micographcs. Le père Délia Torre , Prochaska , les frères Wenzoll , Fontana , M. Edwards, ont consacré beaucoup de temps à l'examen des globules do la substance cérébrale.

D'après Délia Torre, les globules offrent un volume décroissant depuis le cerveau jusqu'aux nerfs ; ils sont plus petits dans le cervelet, l'axe nerveux rachidien, le système nerveux rayonnant, que dans les hémisphères cérébraux. D'après Prochaska, le volume des globules peut varier dans une même partie des ganglions pulpeux, mais ils sont huit fois, à peuprès, plus petits que les globules du sang. Home et Bauër trouvent les globules de la substance grise plus petits et plus difficiles à apercevoir que ceux de la substance blanche. M. Erhenberg estime que le volume des globules de ses fibres noueuses égale , dans la substance blanche du cerveau, la moitié du volume des globules du sang, tandis qu'il n'égale que le tiers ou le quart de ces mêmes globules dans la substance grise. Les corpuscules de la substance blanche m'ont toujours semblé plus amples que ceux de la substance grise : une fois que les globules de l'une ou de l'autre substance sont détachés de la substance transparente qui les tenait réunis, tous ceux qui proviennent de la substance blanche me paraissent offrir le même volume ; et ceux qui appartiennent à la substance grise ne m'ont point offert de différence dans leur calibre respectif. Mais lorsque les globules sont unis à l'albumine, leur calibre peut paraître différent, attendu que leur mode de rapprochement est susceptible de subir des variations, qui influent sur la manière dont les rayons lumineux sont réfractés et sur la manière dont l'œil aperçoit les objets.

L'on ne sait pas encore au juste à quoi s'en tenir sur le mode d'association de l'albumine et des globules dans les ganglions pulpeux. Il paraîtrait que, dès le temps d'IIippocrate, l'on classait l'encéphale parmi les organes glanduleux. Malpighi enseignait que la substance grise était constituée par des corpuscules

glanduleux, et la substance blanche par une réunion de canaux destinés à contenir le suc nerveux qui était préparé dans la substance corticale. Quelques micrographes, tels que Délia Torre et Carus, estiment que les globules sont entassés, sans aucun ordre, dans la substance grise comme dans la substance blanche, au milieu d'une couche d'albumine amorphe. Telle sera toujours la manière de \oir des observateurs qui opéreront sur une tranche de substance pulpeuse mal éclairée, et qui auront recours à un faible grossissement. Vers 1779, Fontana crut reconnaître que les globules delaneurine étaient enfermés dans des tubes contournés comme des anses intestinales, ajoutant que ces tubes existaient également dans la substance médullaire et dans la substance corticale. Près d'un siècle auparavant, Leuwenhoeck avait reconnu dans la pulpe cérébrale des oiseaux un ordre particulier de tubes qu'il considéra, plus tard, comme des fibres canaliculécs recelant des globules d'une excessive petitesse. Plusieurs anatomistcs croient aujourd'hui que les deux substances du cerveau sont effectivement de nature fibreuse ; MM. Bauër et Milne-Edwards estiment que la substance blanche et la substance grise encéphalique sont formées par un assemblage de fibres pleines , lesquelles sont ellesmêmes formées par le rapprochement de globules alignés comme les grains d'un chapelet. M. Ehrenberg distingue dans le cerveau des globules isolés et des fibres qu'il croit varier dans leur conformation. Selon M. Ehrenberg, les globules isolés n'existent que dans la substance grise; l'on trouve, au contraire, dans la substance grise et dans la substance blanche du cerveau, et des fibres noueuses, et des fibres variqueuses. Les premières sont constituées par des globules réunis en séries linéaires par une raalièie Irauspa-

renie et visqueuse présentant l'apparence d'un collier de perles. Les secondes sont assez semblables à des cylindres transparens, renflés d'espace en espace. Les renflemens des fibres variqueuses communiquent entre eux par deslilamcns minces, de longueur variable qui se continuent avec la partie variqueuse de la fibre, sans ligne de démarcation bien prononcée. La moelle épinière contient, à ce qu'il parait, des fibres variqueuses, des fibres noueuses et des globules granuleux.

Les tubes de la substance cérébro-spinale sont-ils pleins ou creux? Lauth, MM. Valentin et Langenbeck, affirment que les tubes variqueux sont perforés et qu'ils contiennent, soit des corpuscules, soit un liquide oléagineux, soit une matière gélatineuse. Mais, sur l'homme , l'on parvient difficilement , à l'aide des meilleures lentilles, à étudier convenablement les lincamens fibreux qui entrent dans la composition de la masse encéphalique ; et, en supposant que l'on réussisse quelquefois à faire jaillir, à l'aide de la compression, une matière liquide d'une parcelle de substance cérébrale, osera-t-on bien affirmer que ce liquide s'est échappé de la cavité d'une fibre? Comme la compression manque rarement de produire l'isolement des globules qu'elle sépare de la matière mince et transparente qui les tenait comme enchaînés les uns aux autres, et que l'on ne voit suinter, pour l'ordinaire, aucune matière à la surface de ces globules, il est certain que l'on est porté à penser, tout d'abord, que l'encéphale de l'homme ne contient que des fibres imperforéos ; cependant, beaucoup de raicrographcs semblent incliner à croire aujourd'hui que ces fibres donnent passage à une substance liquide ou à peu prés coulante. (Voirie travail deM.Burdach fils, sur l'anatomic microscopique des nerfs.)

Étndiée sans le secours des verres grossissans, la substance blanche présente un aspect fibreux, qui est surtout très apparent vers les pyramides antérieures du bulbe rachidien, dans la protubérance annulaire, les pédoncules cérébraux, les corps cannelés, et qui devient plus sensible encore par l'endurcissement morbide et spontané delà substance encéphalique, par l'effet de l'eau et de l'huile bouillante, de l'alcool, du sublimé corrosif, des acides passablement concentrés sur l'élément nerveux. Tous ces agens chimiques communiquent à la substance blanche une force de résistance qui la rend élastique et qui permet à ses fibres, distendues par un effort de traction, de revenir ensuite sur elles-mêmes par un retrait spontané, aussitôt que l'on cesse de les tirailler. Par le contact de l'air chaud et humide, cette substance se ramollit promplemeni, et, lorsqu'elle est en déliquescence, elle s'étend souslc doigtcommc une bouillie poisseuse. Est-elle coupée par des tranches, l'air sec et chaud lui fait prendre l'aspect de lames jaunâtres d'apparence cornée, qui reprennent en partie leur éclat par le contact de l'eau. Les alcalis saponifient la neurine blanche. Son goût est salé, son odeur comme spermatique, sa couleur lire quelquefois sur le jaune, ce qui a déterminé quelques anatomistes à distinguer plusieurs espèces de substances blanches.

Vue à l'œil nu, la substance grise paraît pulpeuse, uniformément granuleuse , ne manifestant que , de loin en loin , une disposition fibreuse qui a été signalée par Meckel et par quelques autres écrivains modernes. Cette substance s'écrase par la plus légère pression , et les liquides qui l'abreuvent en abondance la rendent susceptible d'une putréfaction rapide ; cependant , sa consistance est augmentée par le contact de l'alcool et des acides qui la rendent

incolore : son odeur et son goût no pcrracltent point de la distinguer de la substance médullaire. Ses teintes varient infiniment d'un sujet à l'autre et dans les divers points de l'axe cérébro-spinal. A peine cendrée lorsqu'elle est étendue sous la forme d'une pellicule, elle réfléchit souvent une couleur violacée là où elle est accumulée en abondance : ailleurs sa couleur tire sur le noir, ailleurs sur le jaune. Ces variétés de nuances méritent peut-être peu d'importance, et, bien' que l'on incline à penser que le phosphore ne figure point parmi les élémens adventifs de la substance grise , il est vraisemblable que cette dernière substance est à peine différente de la neurine blanche.

La substance blanche et la substance grise existent combinées de beaucoup de manières, soit à la superficie , soit dans la profondeur des ganglions pulpeux. Il semble, d'après des recherches récentes de M. le docteur Baillargcr, que la substance blanche forme un tout contenu , à l'extérieur de la moelle épiniérectdu cerveau, et que les circonvolutions , que l'on croyait recouvertes par delà neurine grise, sont en réalité enveloppées par une écorce de neurine blanche. L'on sait que les fibres de la substance blanche peuvent être suivies, sans interruption, à travers les différentes parties qui constituent l'organe encéphalique, et qu'elles s'élèvent, en rayonnant, depuis les pédoncules du cerveau jusqu'à sa périphérie.

Le nom de substance corticale ne conviendra plus à la substance grise , du moment où il sera suffisamment prouvé que cette substance est partout revêtue par de la neurine blanche. Les dispositions de la substance grise sont très variables: tantôt cette substance est étendue sous la forme de bandelette, comme dans l'axe nerveux rachidien; tantôt elle décrit

une sorte de cercle, comme dans les corps rhomboïdaux et olivaircs; tantôt elle forme des espèces de dépôts dans l'intervalle des fibres blanches. Mais , en général , elle s'accumule de préférence dans les endroits qui avoisincnt les origines nerveuses, et dans ceux où la substance blanche semble avoir besoin de renforcement. Nous verrons, par la suite, que l'on trouve, dans chaque circonvolution du cerveau et du cervelet, plusieurs plans formés alternativement par une couche de neurine grise et par une couche de neurine blanche.

Les deux espèces de substances qui entrent dans la composition de l'axe cérébro-spinal sont liquides pendant les premiers mois qui suivent la conception, elles différences qu'elles présentent à l'observation sont si peu tranchées , au moment où elles commencent à acquérir quelque consistance , que quelques anatomisles prennent alors pour de la sul)stance grise la matière que d'autres n'hésitent point à consiiicror comme la représentation de la substance blanche. M. Tiedcmann ne craint point d'aftirmer que la neurine fibreuse, qui, selon lui, n'est pas autre chose que la substance blanche, est coagulée bien avant la substance grise. Mais, comme la presque totalité de la neurine est d'abord rougeàlre, puis grisâtre, que la teinte blanche ne se prononce qu'à la longue, quelques anatomisles prétendent que c'est la neurine grise qui est constituée la première. Ces deux opinions seront peut-être trouvées un jour trop exclusives , et il est vraisemblable que, dans une foule d'endroits , la substance grise et la substance blanche sont à peu-près contemporaines.

La quantité de vaisseaux sanguins répandus dans l'intérieur des ganglions pulpeux, et principalement dans la substance grise qui emprunte son reflet gri-

sàtre à la matière colorante du sang, est tellement considérable que , plus d'une ibis , l'on a soutenu , soit en rappelant les injections de Ruysch , soit en invoquant le souvenir des expériences microscopiques de Leuwenhocck, que la susblance grise était en entier représentée par un amas de tubes circulatoires. Nous savons que ces tubes plongent dans de l'albumine et au milieu des fibres nerveuses, et en supposant que ces dernières fibres fussent réellement creuses , elles seraient beaucoup trop étroites, comme le fait déjà remarquer llaller, pour admetlre les globules du sang. Cette raisonseulc serait suffisante pour faire distinguer les tubes nerveux d'avec les tubes affectés à la circulation des globules sanguins , mais l'aspect de ces deux sortes d'objets est totalement différent. La substance blanche reçoit moins de filets vasculaires que la substance grise, mais les filets sont certainement plus larges et moins ténus dans la première des ces substances. Les artères forment , autour de l'axe nerveux cérébro spinal , un système des canaux ren- Irans ; les veinules , un système de canaux émergens. Le sang rouge arrive très divisé à l'élément nerveux dont le sang noir s'éloigne souvent , en remontant contre son propre poids , pour s'aller rendre , à travers l'enveloppe celluleuse , à des veines dont la disposition est, la plupart du temps, toute spéciale.

L'analyse chimique des ganglions granuleux et des diverses portions du système nerveux rayonnant a été à peine tentée, jusqu'à présent, sur l'homme; car l'analyse du nerf optique ou de l'olfactif ne peut donner une idée exacte de la composition des nerfs des membres, par exemple. Toutefois, l'on s'accorde à penser que le tissu des nerfs rayonnans est de même nature que celui de l'élément nerveux encé-

phaliqiic ; l'on adrael seulement que les nerfs extracrâniens contiennent peu d'eau , que leur matière grasse offre une certaine solidité, et que l'albumine etl'osmazôme prédominent dans leurs moindres filamens.

Les micrographes ont multiplié les observations, dans l'espérance d'acquérir à la fin des idées exactes sur la structure intime des nerfs. En disséquant un cordon nerveux , à l'aide d'une pointe acérée , l'on s'aperçoit tout de suite que ce cordon est composé de linéamens primitifs très fins , très nombreux , et que l'on peut comparer , jusqu'à un certain point , aux fibres que l'on rencontre dans la masse encéphalique. La difficulté d'apprécier le degré de consistance des matériaux qui entrent dans la composition des fibres nerveuses , l'hésitation que l'on éprouve lorsqu'il s'agit de décider si les fibres sont entièrement pleines , ou si une matière plus ou moins liquide est contenue dans leur centre , ont soulevé de nombreuses discussions parmi les anatomistes.

L'idée que les nerfs sont perforés dans le sens de leur axe, et que leur cavité est distendue par une sorte de suc nerveux , s'est présentée de bonne heure à l'esprit des physiologistes. A une époque qui est encore peu éloignée de nous , l'on en vint à soutenir que le suc nerveux obéissait à une force impulsive , et qu'il circulait en formant des courans qui se croisaient , en s'éloignant du cerveau , avec d'autres courans qui y affluaient. Reil et Bichat ont eu recours à l'action des agens chimiques ; Bogros a appelé à son secours l'art des injections pour démontrer la perforation des filets nerveux. Fonlana pense que ces petits fils sont formés par une humeur transparente ot gélatineuse contenue dans un tube ou dans une sorte de gaîne cylindrique. D'après Albinus,

l'humeur nerveuse peut être comparée à de la mucosité. Délia Torre , Prochaska, MM. Baucr, Carus, Edwards , et beaucoup d'autres micrographes , estiment que les nerfs sont fibreux, et que chaque fibre est constituée par une infinité de globules disposés eu ligne droite. Les frères Wenzell croient que les globules do la substance nerveuse sont déposés dans des cellules; et, suivant M. Raspail , chaque cordon nerveux simple représente une somme d'cmboîlemens concentriques , comme les tuyaux de certaines lunettes. Suivant M. de Blainville , les nerfs peuvent être tubuleux et perforés dans les animaux des classes inférieures , mais sur l'homme l'axe du plus grand nombre des cylindres nerveux est rempli par de la neurine granuleuse et concrète.

Les argumens dont on s'est servi pour établir d'abord , ou que les nerfs étaient creux , ou qu'ils contenaient un suc médullaire circulant à la manière du sang artériel et veineux , étaient empruntés au raisonnement. Roil et IMchat saponifiaient en partie la matière grasse des nerfs qu'ils plongeaient dans des dissolutions alcalines. Lavant ensuite ces nerfs, à grande eau , ils obtenaient un vide qu'ils croyaient correspondre aux tubulures des filets nerveux primitifs. Mais le succès de ce procédé n'est qu'apparent. Le vide peut se former aux dépens d'une matière interposée entre les filets des nerfs; la neurine serait solide, que peut-être les alcalis jouiraient encore de la propriété de la séparer du névrilcmmo. Le procédé préconisé d'abord par Rcil ne prouve donc nullement l'existence d'un suc fluide au centre des filamcns nerveux. Tous les micrographes qui ont examiné les préparations d'ailleurs très belles do llogros inclinent à croire que cet habile anatomiste n'a point poussé l'injection mcrcurielle dans les tubes

ncncux, cl que le métal s'est frayé an passage dans l'épaisseur des faisceaux formés par ces tubes dont il a suivi la direction. Il est également douteux que les belles injections de M. Pauli soient parvevucs dans les tubes nerveux des mollusques, bien que sur ces animaux les nerfs soient creux.

L'on distingue, sans beaucoup de peine, des parties globulaires dans les (ilamens que l'on sépare des nerfs de l'homme , et que l'on place ensuite convenablement sur le porte-objet du microscope. Mais la présence des globules ne suffit pas pour prouver que les fibres nerveuses des mammifères soient pleines. Si cesglobules sont inclus dans la fibre et s'ils appartiennent à une substance liquide , ou à peu-près liquide , que l'on puisse vider , les tubes nerveux ne pourront pas être considérés comme pleins.

L'on sait , à n'en pouvoir douter, que les fibres nerveuses des mollusques sont perforées , et que leur canal intérieur contient une matière globuleuse et liquide. Prochaska , MM. Ehrenberg et Leuret sont à peu-près d'accord sur l'aspect que présentent les lubes nerveux des mollusques et sur les caractères propres au suc qu'ils contiennent. Les nerfs des vers, des insectes , des arachnides, des crustacés, qui n'ont point encore été examinés en assez grand nombre , offrent aussi un canal vers leur centre. MM. Ehrenberg et Leuret n'hésitent point à avancer que les fibres nerveuses des poissons sont également perforées ; cl les expériences , qui prouvent que ces fibres peuvent cire séparées de la matière huileuse qu'elles contiennent, semblent faites avec trop d'exactitude pour laisser dans notre esprit le moindre doute sur la structure des nerfs des poissons. M. Ernest Burdach démontre que les fibres primitives des nerfs des grenouilles sont cylindriques , et que la

inalièro contenue dans leur gaine, naturellement transparente et visqueuse , ne se change en substance grenue que par la coagulation. Mais, au fur et à mesure qu'en parcourant l'échelle animale l'on se rapproche de l'homme , la matière qui occupe l'axo des fibres nerveuses prend certainement de la consistance , et , pcut-èire , est-on fondé à croire qu'au moins sur les filamcns des gros nerfs cette matière est lout-à-fait coagulée. Certes, l'analogie peut nous porter à penser que les filets nerveux primitifs ne sont pas plus solides sur l'homme que sur les espèces inférieures ; l'on dit même que l'on a réussi quelquefois à exprimer une sorte de suc graisseux de ces fibres ; toutefois de très habiles micrographes confessent qu'il est très difficile de constater une différence dans la consistance des substances qui constituent, soit les parois, soit l'axe d'un cylindre nerveux pris sur le nerf cubital ou le nerf facial , par exemple. M. Raspail a examiné une tranche de nerf, après l'avoir placée sous le microscope dans le sens de son diamètre qu'avait aplani le fil tranchant d'un rasoir. La lumière qui devait traverser cette plaque de matière nerveuse ne s'est point tamisée , comme cela aurait dû avoir lieu à travers un tissu percé à jours ; c'est toujours inutilement que j'ai cherché à exprimer un suc quelconque , en comprimant un filet nerveux pris sur l'homme adulte. En somme , il n'est rien moins que prouvé que la fibre nerveuse de l'homme soit conformée comme celle des malacozoaires , des animaux articulés, des poissons et des reptiles; et le suc nerveux, s'il existe sur notre espèce , y est doué d'une grande consistance.

M. Langenbeck admet une différence entre la structure des nerfs des sens et celle des nerfs du mouvement, prclendunt que les fllamens des premiers

sont ou noueux ou variqueux; que ceux des seconds sont simplement rcctilignes et cylindriques. Suivant le même auteur, la matière contenue dans les fibres nerveuses est d'un blanc grisâtre ; elle laisse voir à l'œil, armé d'une forte lentille, une foule de corpuscules d'une extrême petitesse.

M. le professeur Lassaigne a retiré des ganglions gutturaux du cheval beaucoup de matière fibrineuse , de l'albumine, de la matière grasse en petite quantité, des sels à base calcaire. Les ganglions et les nerfs du grand sympathique sont aussi composes de fibres qui sont variqueuses, suivant M. Ehrenberg , en partie noueuses et en partie variqueuses, suivant M. Langenbeck. L'on trouve, en outre, dans l'épaisseur des ganglions de la vie organique , une matière granuleuse assez analogue à celle que l'on rencontre éparse dans la substance grise des circonvolutions cérébrales.

Chaque fibrille nerveuse est entourée d'une pellicule membraneuse et cylindrique qui forme son névrilemme. Fontana, qui a bien étudié celte espèce de gaine lubuleusc, dit qu'elle est comme tiquetée , et que l'on aperçoit sur sa trame des granules disposés sans aucun ordre, ainsi que le sont ceux que l'on observe habituellement sur les membranes cclluleuses. Le névrilemme se répand aussi sur les fibres réunies en faisceaux où il est condensé sous la forme d'une membrane brillante et nacrée, qui n'est jamais plus apparente que sur les cordons nerveux d'un certain calibre.

Le tissu cellulaire abonde dans toutes les parties du système nerveux rayonnant. Ce tissu est employé comme moyen d'union pour maintenir le rapprochement des fibres, des fascicules, des faisceaux nerveux, pour maintenir les rapports des nerfs avec les tissus qui les avoisinent. C'est dans le tissu cellulaire in-

Icrslllicl quo se dépose la graisse que l'on remarque quelquefois dans l'épaisseur des nerfs, la lymphe qui s'y accumule dans l'état maladif.

Un assez grand nombre de filets vasculaires se dessine jusque sur la gaine des plus petits faisceaux nerveux, mais à en juger par la couleur de la matière médullaire de la fibre nerveuse , la quantité de sang qui pénètre dans le système nerveux rayonnant n'est pas, proportionnellement à beaucoup prés, aussi considérable que celle qui pénètre dans les ganglions pulpeux.

Les nerfs du fœtus commencent par être liquides, et ce n'est guère qu'à la fin du troisième mois de la vie intra-utérine que les racines des nerfs cérébrospinaux commencent à cire visibles. La substance nerveuse , après avoir été , en quelque sorte, exubérante dans l'enfance et dans la jeunesse devient moins abondante au fur et à mesure que l'on avance vers le terme de la vie. La fibre nerveuse semble aussi devenir plus consistante et le névrilemme plus résistant à mesure que l'on compte unplusgrand nombre d'années.

Si l'on s'en rapporte au témoignage des sens , les ganglions pulpeux se perfectionnent, sur le poulet el sur le fœtus humain, avant l'ensemble du système nerveux rayonnant de la vie de relation. La moelle épinière atteint plus vite son développement que les masses nerveuses placées dans le crâne. Les nerfs cérébro-spinaux se développent avant les nerfs ganglionnaires. Cependant, il a été plus d'une fois avancé que le grand sympathique et les filamcns qui en dépendent sont organisés avant le reste du système nerveux; que la moelle épinière ne s'organise qu'après la masse encéphalique. L'ordre de formation que nous avons indiqué, en premier lieu, est appuyé par les meilleurs argumcus ; celui que nous avons

dit ensuite compter quelques partisans est combattu par le plus j^rand nombre des anatomistes. Kous devons dire, pour cire juste, qu'Ackerman a soutenu avec une grande habileté que les ganglions pulpeux ne doivent commencer à exister qu'après les nerfs de la vie de nutrition.

Aucune partie du système nerveux n'est formée aux dépens des autres portions du même système ; mais révolution des centres et des rayons s'effectue dans un ordre invariable, et souvent successif, car s'il arrive que beaucoup de parties paraissent ébauchées à la fois, il est incontestable que d'autres ne se montrent que beaucoup plus tard. — La matière nerveuse est, dit-on, sécrétée par les vaisseaux , et par la pic-mère qui lui servent d'enveloppe; mais, en réalité, nous ignorons comment il se fait que les élémens chimiques, qui constituent la neurine se trouvent réunis et combinés, pendant la vie fœtale, de manière à donner naissance à l'axe nerveux spinal, à la masse encéphalique, et aux nerfs,

La sécrétion de la matière nerveuse s'effectue rapidement sur certains animaux auxquels on ampute les membres. Les perles de substance un peu importantes ne sont probablement pas réparables dans les ganglions pulpeux de l'homme et des mammifères. Il est presque permis de croire que les deux bouts d'une fibre nerveuse divisée sont susceptibles de former des adhérences, et de s'agglutiner en quelque sorte l'une à l'autre pour continuer à représenter un tout complet.

§ II. Disposition anatomioite générale des ganglions PULPEUX ou de l'axe CÉIIÉBKO-SPINAL.

La portion la plus élevée et la plus volumineuse

des ganglions pulpeux représente un tout, ou une masse qui a été souvent comparée à une sphère , à unesortcdc globe. L'axe pulpeux qui sert à l'implantation du système nerveux rayonnant spinal se rapproche de la forme cylindrique , et représente une sorte de cordon long et effilé. Les organes que nous allons bientôt passer en revue, comme autant de dépendances de l'encéphale, offrent des différences de situation, d'aspect, de conformation intime, qui demandent à être expliquées. Les membranes qui sont eu rapport avec les différons points des centres nerveux incitateurs réclament aussi de notre part un examen particulier.

La moelle épinière, que l'on peut considérer comme le noyau primordial, comme la partie fondamentale du système nerveux encéphalique, doit avant tout fixer notre attention. Occupant de bas en haut l'espace compris entre la deuxième vertèbre lombaire, à peu-près, et la première vertèbre cervicale, au niveau de laquelle elle prend le nom de bulbe rachidien, cette moelle, composée de deux moitiés parfaitement égales et semblables, est divisée à l'extérieur par deux scissures médianes, distinguées en antérieure et en postérieure, qui courent suivant sa longueur. Une commissure blanche, renforcée sur son revers par une légère couche de substance grise, sert à établir une jonction entre la moitié gauche et la moitié droite de l'axe nerveux rachidien; et deux renflemens , distingués en brachial et en lombaire, marquent sur son trajet l'espace qui correspond à l'origine des rayons nerveux qui se dirigent vers les membres. Une sorte de pointe cylindrique et émoussce, que la pie-mère abandonne pour se condenser, et faire à son égard l'office d'un ligament , indique infcrieuremeut sa terminaison.

La substance blanche qui prédomine dans la composition de l'axe nerveux rachidien, se trouvant placée surtout à la périphérie de l'organe, la substance grise se Irouxe partout enveloppée, et comme revelue par une écorce de neurine blanche. Celte écorco semble constiluée par le rapprochemenl d'un grand nombre de fibres longitudinales qui se groupent pour former des faisceaux. Quelques auteurs ne comptent dans chaque moitié de la moelle épinière que deux cordons principaux de substance blanche , mais l'on s'accorde assez généralement à penser que la substance blanche de la moelle est dccomposable en un plus grand nombre do rubans , de lamelles longitudinales; cl comme l'on parvient sans trop de difGcullé à suivre à la surface de l'axe nerveux spinal la trace d'un sillon pyramidal antérieur, d'un sillon pjramidal postérieur et des quatre fissures qui servent à l'implantation des nerfs rachidiens, il est clair que chaque moitié delà moelle épinière contient au moins trois cordons de substance blanche ; je dis, au moins trois cordons, car l'on obtient par la dissection un nombre bien plus considérable de lanières fibreuses. Les six cordons les plus apparens de l'organo rachidien se continuent supérieurement avec les éminenccs de la moelle allongée. Les racines nerveuses spinales postérieures s'enfoncent profondément dans le sillon qui leur correspond , et s'implantent dans la neurine grise. Les racines antérieures courent, au contraire, dans le sens du sillon antérieur, qu'elles ne font qu'effleurer.

La commissure de la moelle épinière se voit au fond de sa scissure médiane antérieure. Les ouvertures nombreuses par lesquelles elle perniet à la piemère cl aux vaisseaux de s'insinuer jusque dans le corps de l'axe principal lui donnent un aspect ligule.

Ses ûbres offrent une disposition qui m'a semblé transversale.

La substance grise rachidienne occupe dans chaque colonne , ou dans chacune des moitiés de la moelle, un espace assez étroit , qui ressemble à un demicroissant. L'on ne sait pas , à point nommé, si la neurine grise qui est à droite se continue avec celle qui est à gauche , en passant , comme sur un pont , pardessus la face postérieure de la commissure blanche, lorsque les deux demi-croissans de substance grise 8ont mis en présence , par leur partie convexe , au fond de la scissure postérieure. Mais il existe de la substance grise au fond de la rainure que je viens d'indiquer et cette substance forme probablement une seconde commissure qui unit l'un à l'autre les noyaux gris qui existent au sein de la moelle droite et de la moelle gauche , puisque cet axe nerveux est, pour ainsi dire, double.

Ordinairement la moelle épinière de l'hommo adulte n'offre dans son intérieur aucun espace vide , ou comme on le dit , aucune cavité ventriculaire. Nous verrons bientôt qu'il n'eu est pas ainsi sur le fœtus, et dans quelques cas d'organisation exceptionnelle.

Le bulbe rachidien , ou queue de la moelle allongée , représente une partie plus rcnlléc de l'axe nerveux spinal, et marque l'origine des ganglions pulpeux crâniens , sans cesser entièrement d'appartenir à la moelle épininière. A l'extérieur, le bulbe rachidien est constitué par delà substance blanche; il présente les mêmes sillons que la portion déclive de la njoelle , le même nombre de rubans fibreux, les mêmes rainures pour l'implantation des origines nerveuses rayonnantes. Mais dans le voisinage de la protubérance annulaire, la fibre nerveuse prend de l'épaisseur, et elle donne naissance, en devant, aux

deux éminences pyramidales ou médianes antérieures , en arrière , aux corps pyramidaux postérieurs ou corps rcsliformos, sur les côtés, aux éminences olivaires ; et les faisceaux blancs, qui avaient constamment suivi dans le principe une direction recliligne , se prêtent à un entre-croisement partiel. Écarte-l-on la commissure antérieure vers le sommet de la moelle cpinière , quelques lignes au-dessous des pyramides inférieures, l'on trouve le sillon médian presque comblé par des espèces de cordons de substance blanche. S'attache-t-on à pénétrer plus avant, pour apprécier la véritable structure du bulbe , l'on ne tarde pas à reconnaître que le fascicule antérieur et le fascicule postérieur du cordon médullaire blanc , qui constitue par-devant chaque moitié de l'axe bulbeux vers son origine franchissent la ligne médiane en s'entre-croisant en mode de digitalion : de sorte qu'une partie des fibres qui étaient d'abord placées à gauche se trouvent maintenant à droite , et qu'une portion de celles qui se voyaient primitivement à droite sont passées à gauche. Quant au trousseau moyen qui a échappé à l'cnlre-croiscment , bien qu'il ait aussi, lui , appartenu à la face antérieure , ou plutôt à son côté externe , c'est dans le corps oli- \aire qu'il en faut chercher la trace. Quant aux lames qui représentent l'écorce du bulbe en arrière , elles continuent à s'élever directement , et c'est dans les corps restiformes correspondans qu'il faut s'attendre à les rencontrer, tandis que les fibres ncr- Tcuses qui ontsubiladécussation existent maintenant dans les pyramides inférieures ou antérieures. Des anatomistes habiles nient ou révoquent en doute le changement de direction que nous croyons s'opérer pendant le trajet des cordons fibreux antérieurs au sommet de la moelle spinale. Cuvier, Gall , Meckcl,

Ticdemann, cl les principaux encéphalolomisles modernes, n'hésilent nullement à proclamer le fait de la décussation sous-pyramidale. Mais la moelle des poissons , des reptiles , celle de beaucoup d'ovipares parait échapper au croisement qui alieu sur les mammifères.

Les corps olivaires contiennent à l'intérieur une traînée de neurinc grise , disposée en manière de feston, dont les contours oiïrcnt des espèces de denticules. Celte substance circonscrit en partie un noyau de substance blanche, qui est jaunâtre, Irès ferme et qui communique par l'intersection du feston gris avec la substance blanche des faisceaux pyramidaux. Du reste , la neurinc grise des corps olivaires se conlinuc en bas, cl par son bord externe avec la substance grise du reste de la moelle dont elle n'est qu'une dépendance.

En continuant l'examen des centres nerveux de la vie de relation, et en nous rapprochant toujours davantage du cerveau , nous rencontrons d'abord la protubérance annulaire et le cervelet, La protubérance annulaire ou pont de Varole {mcsocépliate de Chaussier) est souvent désignée avec le bulbe rachidien, les cuisses du cervelet et les cuisses ou pédoncules du cerveau , sous le nom de moelle allongée. La protubérance annulaire est la répresenlation des fibres nerveuses qui émanent des pyramides antérieures, des éminences olivaires et du noyau pédonculairc du cervelet. Elle fait l'office d'un centre, d une commissure qui lie les communications entre la moelle épiniore cl les tubercules quadrijumaux; entre la moelle épinière, le cervelet et les hémisphères cérébraux. Son écorce est conslituée par des libres blanches qui l'environnent sur les côtés comme une portion de ceinture, et qui proviennent des

cuisses antérieures du cervelet. Deux sortes de fibres existent dans son intérieur : les unes, reclilignes, comniuniqtjcnt sans interruption par-devant avec les pédoncules du cerveau, en arrière, avec les pyramides inférieures; les autres, ascendantes, se dirigent vers le plancher des tubercules quadrijuraeaux en provenant des éminences olivaires. Toutes les filu'cs du pont deVarole ne sont pas également faciles à voir; mais sur le fœtus des mammifères, sur les reptiles , les poissons , etc., les fibres rectilignes qui vont aux pédoncules cérébraux étant vues à découvert, cette disposition simple aide tout de suite à apprécier le mode d'organisation de la protubérance annulaire sur les animaux supérieurs.

L'on remarque sur la face supérieure du pont de Varole , et un peu au-dessus des pédoncules du cerveau, une plaque de substance grisâtre surmontée de quatre éminences : ce sont les tubercules du mésocéphale (Chaussier), les tubercules quadrijumcaux (Winslow), ou bijumeaux (Sœmmering). Ces tubercules sont distingués en antérieurs ou supérieurs [nalcs des anciens), et en postérieurs ou inférieurs {lestes des anciens). Ces proéminences sont constituées par de la substance grise à l'intérieur, et revêtues à leur surface par une légère écorce de neurine blanche.

I.esfii)res de la partie supérieure et postérieure du bulbe rachidien , ou les corps restiformes , en se déployant dans la cavité des fosses occipitales inférieures , au-dessous du pli transversal de la dure-mère, donnent naissance au cervelet, masse ganglionairo pulpeuse qui paraît échapper au croisenient anatomique , qui pèse, terme moyen, sept ou huit fois moins que le cerveau , et dont la structure cl les principales dispositions ont été surtout bien appré-

ciées par Gordon , Malacarne , Vicq-d'Azyr , Chaussier, (iall et M. Tietlemann.

Le cervelet se compose de deux moitiés latérales, situées, l'uno à droite, l'autre à gauche de la ligne médiane, qui ont reçu le nom impropre d'hémi- S]>hères, que Spigel compare avec raison à de petits globes placés l'un à côté de l'autre , et qui sont réunies d'avant en arrière par une sorte de commissure qui porte le nom de ver, A'éminence vermiforme , de portion vcrmiculairc du cervelet. L'on reconnaît encore au cervelet des bords , des faces , des sillons, des replis, des lobes, que constituent des prolongemens de substances médullaires stratiliées avec de la substance grise.

Le boni antérieur du cervelet est cchancré , et correspond à la protubérance annulaire. Le bord postérieur du même organe est profondément divise par une scissure qui est parallèle à l'horizon (grand sillon horizontal de Reil et Vicq-d'Azyr), et qui marque la limite qui sépare la face supérieure de la face inférieure du cervelet. Le sillon qui s'observe sur la face supérieure du cervelet est connu sous le nom de sillon supérieur (Vicq-d'Azyr) ; celui qui so remarque sur sa face inférieure est décrit sous le nom de sillon inférieur (Vicq-d'Azyr). Les lobes qui sont séparés par le sillon supérieur sont au nombre de deux de chaque côté, l'un antérieur {\ohG carré de Meckel) , l'aulre postérieur (lobe semi-lunaire de Meckel). Les lobes que sépare le sillon inférieur sont également au nombre de deux pour chaque hémisphère , et situés , l'un en arrière , l'autre en avant. Le premier a été sous-divisé en lobules par Malacarne , et est appelé lobe semi-lunaire postérieur inférieur; le second est appelé lobe cunéiforme ou digasirique. Mais une exploration attentive fait en-

core découvrir sur la face inférieure de c]iaquo hémisphère cérébelleux deux uojaux lobulaircs qu'il importe de bien connaître. L'un, qui a été comparé à une amande (tonsille de Malacarne), est implanté sur le corps restiforme ( lobe spinal, Gordon; lobe de la moelle allongée , Vicq-d'Azyr) ; l'autre, qui a été comparé à une iQuffc de substance nerveuse, est logé entre ce même corps restiforme et un trousseau de fibres qui remonte vers les tubercules quadrijumeaux postérieurs : c'est le lobe sous-pédonculaire (Gordon), le lobe du nerf pneumogastrique ( Vicqd'Azyr), l'appendice lobulaire (Chaussier).

La portion moyenne ou vcrmicnlaire du cervelet a été comparée à un ver, parce qu'elle est plusieurs fois contournée sur elle-même , depuis les tubercules qnadrijumaux jusqu'au calamus , et qu'elle semble souvent comme coupée en travers par des espèces d'anneaux. L'on distingue dans l'éminence Aermiforme: une partie supérieure (lobe central de Malacarne)et une partie inférieure (lobule médian de (]haus: sier) qui correspondent à chacune des faces du cervelet.

La partie renflée du ver inférieur (pyramide lamineuse de Malacarne) est logée dans un enfoncement qui a été comparé à une vallée par Ilaller. La partie effilée qui lui succède, au fur et à mesure que l'on descend vers la moelle allongée, a été désignée sous le nom de luette par Malacarne, sous celui à'éminencc mamillaire par Yicq-d'Azyr. Elle communique de chaque côté par des espèces de bandelettes médullaires ou de longs pédoncules, avec les amygdales ou lonsiles. L'extrémité antérieure du ver inférieur représentelewo(/M7e,qui concourt avec la <OM//V?à constituer inférieurement la voûte du ventricule cérébelleux.

La partie du ver supérieur qui est voisine du bord postérieur du cervelet est souvcn t nommée la commis-

sure des lobes supérieurs postérieurs ; celle qui vient ensuite, en regardant d'arrière en avant, est très renflée, et forme le monticule de la face supérieure. L'extrémité du ver supérieur qui avoisine le bord antérieur s'enfonce et se replie pour donner naissance à la grande m/i'M/e du cerveau (valvule de Vieussens).

La grande valvule cérébrale se dirige , comme une sorte de tente , vers les tubercules postérieurs du mésocéphale , dont elle est ordinairement séparée par une bande étroite de substance blanche. "Composée en grande partie de substance grise, elle offre sur sa face supérieure une strie médiane longitudinale , et plusieurs lignes qui rencontrent la première à angle droit.

En fendant convenablement chaque hémisphère du cervelet, l'on met en évidence un noyau considérable de neurine blanche qui envoie deux trousseaux de libres aux tubercules quadrijumeaux (cuisses supérieures du cervelet), deux trousseaux au pont de \ arolc (les cuisses antérieures du cervelet), et qui reçoit les deux trousseaux fibreux des corps restiformes (cuisses postérieures, pédoncules du cervelet). Co noyau contient, à une certaine profondeur, un cercle ondulé de neurine grise, entouré de toutes parts par de la substance blanche : ici, comme dans les olives, le feston présente une intersection, et la teinte grise lire sur le jaune, couleur qui annonce probablement un mélange de substance blanche. (]ettc partie du pédoncule est connue sous le nom de corps dentelé, festonné, rhomboïdal, ou frange du cervelet.

Les lobules dont on constate l'existence à la super- Ocicdu cervelet doiventencoreètrcconsidérés comme une émanation , comme des dicbotomures du grand dépôt pcdonculaire de neurine blanche. Mais comme le nombre des fascicules primitifs fournis par le noyau

commun n'est pas invariable , que chacune des liges émanées de c^ noyau , et qui forment l'axe des lobules, se ramifie souvent en plusieurs pédoncules avant de constituer une masse lobulaire, il s'ensuit que les anatomistcs ne sont pas d'accord sur le nombre absolu des fascicules et des lobules qui représentent , comme on le dit , Y arbre de vie. Chaussicr évalue à dix le nombre des Ironcs qui s'implantent isolément dans la masse blanche commune : cinq se rendent à la face supérieure de l'organe , quatre à sa face inférieure; un à son bord postérieur. Le même analomiste compte seize lobules , cinq pour la face supérieure des deux hémisphères, deux pour les deux moitiés du bord postérieur, un pour le ver inférieur, quatre pour chacun des hémisphères de la face inféreure. L'on retrouve toujours sans difficulté les seize lobules que nous venons d'indiquer.

A l'extérieur , les lobules sont lamines ; toute la surface du cervelet parait comme découpée , et les plis et les replis que l'on y aperçoit , et qui sont séparés par autant de rainures, semblent innombrables. Chaque lame et chaque lamelle, dont les aualomistes ont décrit les principales dispositions, représente en petit une circonvoluUon ayant pour support un filet de fibres blanches. Mais il arrive ici comme dans le cerveau : la substance grise se combine avec la substance blanche pour constituer la dernière épaisseur des anfracluosilés. Jusqu'ici les anatomistcs n'avaient signalé à la superficie des dichotomures de la substance blanche cérébelleuse que delà substance jaune et de la substance grise, estimant que celte dernière représenlail le plan le plus superficiel de l'organe. Un examen plus alleulif tend à prouver que la prétendue substance jaune du cervelet représente une série de cercles gris séparés par de la substance blan-

che; et l'on parvient à compter dans l'épaisseur du relief des principales circonvolutions cérél)clleuses trois cercles gris et irois Irainées blanches, dont la dernière est en contact avec la pic-mère (Baillarger, Mèrnmre inédit sur la subsla7ice grise).

Il existe une cavité vcntriculaire dans l'épaisseur de la substance niovcnne du cervelet (quatrième ventricule , ventricule du cervelet). Ce ventricule est limité inférieuremeut par le revers des faisceaux pyramidaux du bulbe rachidien, et de la protubérance annulaire. Son plancher inférieur est sillonné par une lio;ne longitudinale qui aboutit à la moelle cplnicre (la fente du bec de plume) ; sur les côtés de cette fente l'on aperçoit deux sortes de stries obliques, les unes médullaires, les autres grises (bandelettes grises), et qui toutes paraissent communiquer avec les racines du nerfauditif. L'on distingue encore sur ce plancher une couche mince de substance grise, une plaque de neurine grise de couleur violacée , et un plexus choroïde. Les prétendues valvules décrites par Tarin, et qui concourent à clore le ventricule cérébelleux du côté du calamus, correspondent aux bords libres des prolongemens lamelleux et médullaires qui s'étendent de la luette du ver inférieur à la touffe ou appendice lobulaire. La cavité du quatrième venlriculo comnmnique avec celle du troisièu>e par un canal qui passe entre les pédoncules du cerveau et le plancher des tubercules quadrijumeaux.

Les trois sortes de fibres de la moelle épinicre se trouvent encore une fois rassemblées dans les pédoncules du cerveau (cuisses du cerveau) ; l'écorce de ces prolongemens est absolument blanche ; leur intérieur contienten certaine abondance une espèce de neurine noirâtre et de la substance grise ordinaire slralifiéo avec des fibres blanclicsrcctiligucs. Mais deux renllc-

mens considérables qui se forment sur le trajet de chaque pédoncule cérébral doivent maintenant fixer toute notre attention.

Le premier de ces renflemens, la couche optique (ganglion cérébral postérieur, Gall), a près de deux pouces de long; il se fait remarquer par la variété de sa couleur et par les trois émi nonces qui font saillie à sa surface postérieure (les deux corps genouiUés et le tubercule supérieur). Il est composé de fibres blanches et de neurine grise. La substance grise située à l'extérieur, sur sa face interne , se trouve, au contraire, placée à l'intérieur dans les corps genouillés , qui ne sont blancs qu'à la superficie. L'écorce de la face postérieure n'offre aucun mélange de substance grise.

Les seconds renflemens pédonculaires, ou les corps striés (ganglions cérébraux anlérieurs, Gall; couches des nerfs ethmoïdaux, Chaussicr), surpassent les ganglions postérieurs en volume, et occupent un espace considérable dans le lobule moyen et dans le lobule antérieur du cerveau. Recouverts eu grande partie , sur leur surface vcnlriculaire , par de la neurine grise, ils sont constitués à l'intérieur par un mélange de fibres blanches et de substance grise dont le modo d'union a été surtout bien indiqué par Vicq-d'Azyr. Les fibres blanches ou pédonculaires traversant d'avant on arrière, et sans subir aucune interruption, toute la masse des corps striés , il arrive que des molécules de neurine grise s'interposent d'espace en espace entre ces fibres, qui vont en rayonnant, et qu'elles donnent naissance à trois bandes grisâtres : or, chacune de ces bandes grisâtres étant séparée par un espace d'une blancheur parfaite , il s'ensuit que si l'on pratique une coupe convenable dans l'épaisseur du corps strié, l'on y distingue aussitôt trois

espaces blancs et quatre espaces gris. Celte disposition nous donne une idée assez exacte de la structure des circonvolutions cérébrales.

Un noyau considérable de neurine blanche (centre ovale latéral de Vicq-d'Azyr) existe dans l'épaisseur de chaque hémisphère cérél)ral, comme dans l'épaisseur de chaque moitié du cervelet. Ce -vaste dépôt médullaire, qui résulte de la réunion et de l'épanouissement des fibres pédonculaires que leur divergence a éloignées de la couche optique, de l'épanouissement et de la réunion des fibres qui ont traversé les deux ganglions cérébraux postérieur et antérieur, donne naissance aux circonvolutions qui s'observent sur tous les points des hémisphères cérébraux. Ces fibres n'ont point besoin, comme l'enseignait Gall, de subir une sorte de froncement pour dessiner à la superficie du cerveau des éminences et des cnfoncomens. Il suffirait, en effet, pour que l'on dût apercevoir à l'extérieur de chaque centre ovale latéral des anfractuosités et des saillies, que les fibres rayonnantes, qui forment comme le couronnement de ce double noyau fibreux, offrissent une inégalité de longueur, et qu'un certain nombre de baguelles cessassent de s'allonger lorsque les autres continueraient de s'étendre : or, il est vraisemblable que les circonvolutions représentent le relief des plus longues fibres pédonculaires. Nous n'insisterons pas sur les différences que toutle niondesait exister dansia position, la forme, l'épaisseur, la largeur, la direction des circonvolutions cérébrales, et qui deviennent surlout frappantes lorsqu'on choisit ses termes de com|)araison sur les points les plus opposés de chaque face, ou des divers lobes des hémisphères cérébraux; mais nous devons rectifier l'idée que l'on se faisait assez généralement jusqu'ici de la nature de la substance

nerveuse qui est en contact avec la pie-nièro cérébrale. D'après l'opinion anatoinique la plus vulf^aire, les flbres pcdonciilaires se recouvrent de substance grise au moment où elles s'arrêtent pour constituer le noyau de la circonvolution, et l'écorce des hémisphères est formée par de la neurine granuleuse. Suivant Yicq-d'Azyr , l'écorce de quelques circon>olutionscst formée par deux couches de substance grise, et par un espace blanc, et sur une foule de points des hémisphères l'on distingue dans les circonvolutions une troisième substance qui n'est ni blanche ni grise. M. Baillargcr, voulant savoir à quoi s'en tenir sur la cause des teintes blanches et grises que beaucoup de médecins avaient aperçues depuis quelques années dans les circonvolutions de l'encéphale, sans soupçonner que les différences de couleur fussent constantes et nécessairement résultassent de la structure même de ces circonvolutions, vient de reconnaître que ces proéminences offrent constamment dans leur épaisseur six plans allernalivemenl formés par de la substance grise et par de la substance blanche. Plusieurs circonvolutions que je viens de soumettre à un examen attentif offrent, en effet, trois zones grises et trois zones blanches , et leur conformation intérieure rappelle celle des corps striés : toutefois , ce n'est point delà neurine blanche , mais c'est de la neurine grisâtre qui forme le dernier cercle que l'on aperçoit à la surface libre du nerveau après l'enlèvement de la pie-mère.

Chaque moitié du cerveau (hémisphère, lobe. Chaussier ) est sillonnée par une scissure transversale (scissure de Sj'lvius), scissure interlobulairo , Chaussier), dont la profondeur est sur quelques points considérable , et qui permet de distinguer sur chaque hémisphère trois lobes (lobules de Chaus-

sicr):run antérieur, Vautre moyen, lo troisième postérieur, La scissure la plus remarquable du cerveau (scissure interlobaire , Cliaussier) règne supérieurement, et (l'avant en arrière, et suivant le trajet de la ligne médiane , et divise antérieurement et postérieurement la masse cérébrale dans toute sa profondeur. La séparation du cerveau en deux moitiés n'a réellement lieu que pour une partie des lobules antérieurs et des lobules occipitaux. Il nous reste à signaler maintenant une foule de lames ou de bandelettes, soit médullaires , soit de nature corticale, qui paraissent destinées à faire l'offlce de commissures.

Le corps calleux (mésolobe. Chaussier) peut être considéré comme l'une des principales commissures de l'encéphale. Placé comme une sorte de voùle entre le centre ovale do chaque hémisphère cérébral, avec lequel il s'unit par ses fibres transversales, il établit , par le moyen de ses deux bandelettes longitudinales, une communication évidente entre le lobe antérieur et la corne descendante ou latérale du ventricule : en effet, ces bandelettes, après s'èlre repliées en arrière pour former le bourrelet , se rendent à la corne du grand hypocampe , tandis qu'en avant, après s'être infléchies pour former le genou , elles se prolongent, en deux sortes de pédoncules létrécis, jusqu'à \a substance perforée aiUlérieure.

La voùle à trois piliers (trigone cérébral, Chaussier) , offre plus d'un point de ressemblance avec lo corps calleux. Constituant, comme lui une lame impaire par le corps , appartenant également à chaque moitié de l'encéphale dans son milieu , la voùle se rend , par ses cornes antérieures et postérieures, à des points constamment distincts de chaque hémisphère. Chaque prolongement postérieur do la voûte

se bifurque : un premier cordon se perd dans la corne d'Ammon; le second borde celle même corne, et , s'avance très avant dans le ventricule , sous le nom de corps frangé, de handclelle de l'hypocampe. Chaque pilier antérieur du trigone cérébral parcourt, derrière en avant, un trajet considérable, et va se plonger dans le tubercule mainillaire placé de son côté , en décrivant une courbure qui passe devant la commissure antérieure , et sous le kiasma des nerfs optiques : la voûte représente donc aussi une sorte d'anneau qui embrasse la longueur des hémisphères.

La cloison transparente [seplum médian du ventricule , Chaussier ) représente une commissure placée perpendiculairement , et d'avant en arrière , entre le corps calleux et le trigone cérébral , auxquels elle s'attache par ses bords supérieur et inférieur.

La commissure molle des couches optiques est posée en travers des ganglions cérébraux postérieurs, «'étendant, par ses extrémités, jusqu'au plancher du luher cinereum.

La glande pinéale communique , par ses pédoncules , avec les mêmes ganglions pédonculaires , cl avec les piliers antérieurs de la voûte.

Les deux éminences nales envoient des prolongemcns aux corps genouillés interne et externe.

La commissure postérieure va d'une couche optique à l'autre , passant au-dessous des prolongcmens du conarium.

La commissure antérieure représente un gros cordon médullaire , d'abord placé en travers au-devant des piliers antérieurs de la voûte ; bientôt chacune des extrémités de ce cordon s'avance en traversant la queue du corps strié, correspondant jusqu'à la voûte de l'hypocampe, et jusqu'à la scissure de Sylvius.

Inféricuremcnt , les deux hémisphères du cerveau sont comme soudes l'un à l'autre , dans l'intervalle antérieur des pédoncules , par une vaste plaque de neurinc grise qui forme le plancher du troisième ventricule , et qui s'amincit considérablement dans le voisinage de la commissure antérieure. L'on aperçoit sur ce plancher les deux tubercules pisifoitiies (éminencc mamillairc), la lige sus-sphénoïdale { itifmidibulum) , qui l'ait communiquer la base du cerveau avec le corps piluitaire, le kiasma des nerfs optiques. N'oublions pas que les couches optiques , les corps striés, la commissure antérieure, \escplum médian , le trigone et le corps calleux , et , par conséquent, d'autres parties très éloignées du cerveau, s'étendent, par la continuité de leurs fibres, jusqu'au monticule grisâtre [lubcr cincreum) qui sépare en devant les faisceaux pédonculaircs.

Quatre cavités principales (le ventricule de la cloison, les deux ventricules latéraux et le ventricule moj en) s'observent dans le cerveau de l'homme et d'un certain nombre d'animaux. Le ventricule de la cloison, ou cinquième ventricule, règne dans l'intervalle qui sépare les deux lames internes ou médullaires du scplum. Son ouverture , lorsqu'elle existe, aboutit au Iroti de Monro, vis-à-vis l'enfoncement borgne qui se remarque entre la commissure antérieure et la bifurcation des piliers du trigone cérébral.

Les deux ventricules latéraux ( ventricules antérieurs, grands ventricules) sont séparés l'un de l'autre par le scplum médian, séparés du troisième ventricule par la voûle. Ils occupent dans le cerveau un espace considérable , se prolongeant très avant sur certains points dans l'épaisseur des hémisphères. Les cnfoncemens vcntriculaires sont distingués en anlé-

rieur, en postérieur et en inférieur , et portent le nom de cornes des ventricules. Deux de ces cavités réclament quelque attention de la part de l'anatomislc.

La corne postérieure (ca-vifé digitale , ancyroïde) occupe le lobule occipital. Elle sert d'élui à une circonvolulion qui se dessine en relief à sa partie interne , et que sa forme bizarre a fait comparer à un ergot (émincnce unciforme, petit hypocampe do Vicq-d'Azyr ).

La corne inférieure ou descendante occupe le lobule moyen. Elle sert d'élui à une grosse circonvolution (la corne d'Ammon, le grand hypocampe) qui se contourne autour d'une éminence plus courte et plus étroite (le corps frangé), recouvrant luimême iabandelelle dentée. Le grand et petit hypocampe contiennent dans leur épaisseur une certaine quantité de substance grise; mais cette substance sépare visiblement des espaces où les (ibres blanches existent sans mélange, et l'on retrouve dans ces proéminences la texture des circonvolutions dont le relief se voit à la surface extérieure du cerveau.

Le corps frangé restant libre dans toute son étendue, ne contractant nulle part d'adhérences avec la couche optique , qu'il contourne en partie, il s'ensuit de cette disposition que la corne inférieure ou descendante des grands ventricules se continue par une fissure (p.arlie delà grande fente cérébrale de Bichat) avec la surface extérieure des hémisphères.

Le troisième ventricule est souvent partagé en deux cavités par la commissure molle des couches optiques, auxquelles il correspond sur les côtés. La plaque des tubercules pisiformes et de l'entonnoir, la voûte à trois piliers, forment ses limites en bas et en haut. Cette cavité s'ouvre vis-à-vis de la commis-

sure anléricnrc, dans les grands \enlrioules par rouverlure de Monro; en arriére, el en bas, elle communique a^ec le \entricule cérébelleux; enlre le bourrelet de la \oùte, les érainences nales, el la glande pinéale,elle communique &\ec la superficie de l'organe, et l'ouverlure par laquelle on par-vienl là au dehors du ventricule complète la grande feule cérébrale , en se continuant sur les côtés avec la l'ente des corps frangés.

Les ganglions pulpeux sont protégés extérieurement par des membranes dont les principales dispositions demandent à être signalées.

La plus interne de ces membranes (pie-mère, membrane propre) se déploie sur tous les points de la surface de l'axe nerveux rachidien, du cervelet, de la protubérance annulaire , des pédoncules et des lobes cérébraux, dont elle tapisse tous les contours, s'insinuant dans les moindres enfoncements, les moindres fentes, les moindres scissures, les moindres anfractuosilés , et pénétrant jusque dans les cavités qui forment les différents ventricules, disposition qui fait distinguer la pic-mère en pie-raére externe, et en pie-mère inlcrne.

La pic-mère externe occupe une étendue considérable : sur les lobes cérébraux, elle admet dans son épaisseur des granulations dont le nombre et le volume sont variables (glandes de Paccioni ) , les usages inconnus , et qui forment une sorte de chapelet autour des veines qui se rendent aux sinus.

La pie-mère interne pénétre dans les cavités encéphaliques , entre les émincnces restiformes et le cervelet, par la petite fente cérébrale, entre le bourrelet de la voûte et la glande pinéale , les couches optiques et la bandelette frangée, par la grande fente du cer- \cau. La lame qui se glisse sous la voûte en passant

sous le conarium s'épanouit sous le trigone, et forme la toile choroïdienne. Cette lame membraneuse s'iusinue dans les ventricules latéraux par l'ouverture de Monro , par la fente qui sépare la couche optique des bords de la voûte ; et, après avoir formé les plis qui constituent les plexus choroïdes, elle va se confondre avec la portion de pie-mère qui a fait son entrée dans la corne descendante par la fissure du corps frangé ; tandis que , d'un autre côté, la pie-mère, qui s'est introduite par la petite fente cérébrale, et qui a recouvert le ventricule cérébelleux, arrive par l'aqueduc de Sylvius jusqu'au fond du troisième ventricule. Les quatre principaux ventricules ont donc une communication libre avec la surface extérieure du cerveau , du cervelet et de la moelle épinière ; et l'existence des espèces de franges choroïdiennes qui se remarquent dans les ventricules s'explique en admettant que la pie-mère interne offre un excès d'ampleur qui l'oblige à se replier sur elle-même après s'être appliquée partout sur la substance nerveuse. La pie-mère interne est parfois aussi parsemée de granulations , et les mailles celluleuses des plexus , distendues par de la sérosité, affectent souvent l'apparence d'un kyste. La seconde enveloppe des grands centres nerveux ou l'arachnoïde (lame externe de la méningine de Chaussier) se comporte généralement à la manière des membranes séreuses , dont elle partage en tout la nature. Séparable en deux lames, elle s'applique sur la dure-mère par son feuillet externe, sur la pie-mère, par son feuillet interne, se trouvant constamment en contact avec elle-même. Dans le canal rachidien, la lame interne de l'arachnoïde n'adhère presque pas à la pie-mère, dont elle est séparée par un espace considérable qui est occupé, sur l'homme et sur un certain nombre d'animaux , par

un liquide séreux. Dans la cavité crânienne, l'arachnoïde -viscérale adhère à la pie-inère au niveau des circonvolutions cérébrales , mais elle s'en éloigne vis-à-vis des anfracluosités. Toutefois, à la superficie du cerveau même, il paraît exister dans l'état normal une couche de sérosité entre la pie-mère et l'arachnoïde , et ce liquide communique avec celui qui distend l'espace sous-arachnoïdien du rachis. Gotugno, presque tous les anatomistes de notre époque , ont signalé l'existence d'un liquide cérébro-spinal, auquel, depuis les travaux de Bichat, l'on avait cru devoir assigner pour siège l'espace inter-arachnoïdien, ou ce que l'on était convenu d'appeler la grande cavité de l'arachnoïde. M. Magendie a démontré que c'est au-dessous du feuillet arachnoïdien viscéral , et en dehors de la pie-mère , que le liquide cérébro-spinal est placé. Cependant, dans l'état morbide Ton rencontre quelquefois aussi des traces de sérosité dans la grande cavité de l'arachnoïde.

L'arachnoïde tapisse-t-elle les cavités ventriculaires de l'encéphale? Bichat ayant annoncé vers le milieu de la grande fente cérébrale , sur le trajet des veines de Galien , l'existence d'un canal à parois séreuses ; ayant positivement signalé ce point comme l'endroit par lequel l'arachnoïde s'insinuait dans les cavités encéphaliques, tous les anatomistes de l'école de Bichat ont d'abord cru à la présence de l'arachnoïde à l'intérieur des hémisphères cérébraux. Mais M. Magendie ayant établi en dernier lieu que l'espace sousarachnoïdien qui loge le liquide vertébral communique, par la fente du cervelet, avec le quatrième ventricule et avec les autres cavités ventriculaires, l'on s'est vu dans la nécessité d'admettre (ce qui constitue un cas exceptionnel ) que l'arachnoïde est perforée dans plusieurs endroits, ou que Bichat s'est

trompé en signalant l'exislence d'une membrane séreuse à l'intérieur du cerveau. En elTet , si l'on adople l'opinion de Bichal sur la conloruialion des poches séreuses , l'on doit admellrc que la sérosité, en refluant du ventricule moyen vers la lace evlerne du cerveau par le canal qui suit le trajet des veines de Galien, doit retomber dans une cavité séreuse : or, si du côté du cerveau elle retombe, comme cela paraît avoir lieu , entre la pie-mère et le feuillet séreux viscéral , si la même chose arrive du côté de la moelle, il est clair que l'arachnoïde est trouée vis-à-vis de la {{raiide et de la petite fente cérébrale, ou qu'il n'y a point d'arachnoïde intérieure. M. Martin Saint-Ange , qui a entrepris dernièrement des dissections délicates , pour fixer l'opinion des anatomistes sur les véritables dispositions de l'arachnoïde au niveau de la glande piuéale, n'hésite point à croire que Bichat a pris un cul-de-sac, un trou borgne pour un« véritable fente, et que la i)ie-mère entre seule dans le troisième ventricule. Cette assertion , qui a été aussi anciennement soutenue par Ruysch , est trop importante pour n'être pas signalée à l'attention des observateurs {Journal kebdomodaire de iiK'dccinr , tom. vi, pag. 96 ; t. vu , pag. 278).

La troisième et dernière enveloppe de centres nerveux pulpeux, la dure-mère (méninge de Chaussier), est appliquée par sa lame externe sur la face interne des os du crâne et du rachis , auxquels elle oslplusou moins intimement accolée. Ne constituant dans la cavité spinale qu'une gaine uniformément lubuleuse, terminée inférieuremenl en cul-de-sac, et qui envoie des prolongemens à travers les trous de conjugaison sur les vaisseaux et les nerfs auxquels ces trous livrent passage, la dure-mère affecte au pourtour de la masse encéphalique des dispositions

beaucoup plus compliquées. En effet, non-seulement la membrane fibreuse crânienne est difficile à étudier lorsqu'elle se met en rapport avec les organes qui sortent ou qui entrent par les ouvertures du crâne, mais sa lame interne forme encore des duplicatures , des replis , des espèces de cavités que l'on ne parvient pas tout de suite à bien connaître.

Les replis intérieurs de la dure-naèrese composent de deux feuillets superposés, et représentent des espèces de cloisons qui divisent la cavité du crâne en compartimens. Un grand repli longitudinal de la durc-niùre (la grande faux du cerveau, le septum médian de la méninge, Chaussicr) sépare les deux hémispères cérébraux, depuis la crête ethmoïdale jusqu'à la protubérance occipitale interne.

Un repli fibreux transversal (latente du cervelet , le septum transverse de la n)éninge, Chaussier) est interposé comme une voûte entre les lobules occipitaux du cerveau et le cervelet, qui se trouve ainsi comme refoulé dans une cavité séparée.

Un troisième petit repli fibreux (la petite faux , la faux du cervelet, le seplum du cervelet) sépare les deux moitiés de cet organe , en longeant la * rcte occipitale interne. D'autres replis fibreux situés vers le corps de l'os sphénoïde méritent à peine d'être indiques.

Les canaux de la dure-mère (sinus veineux) proviennent d'une sorte d'écartement qui s'effectue sur des points déterminés entre les feuillets qui constituent la dure-mère. Les plus remarquables des conduits sont: le sinus longitudinal supérieur, qui occupe la courbure de la grande faux du cerveau, le longitudinal inférieur, qui occupe une partie du bord inférieur du même repli membraneux , le sinus droit, ou mojcn ou de la lente cérébelleuse, les deux sinus

latéraux ou transverses , qui sont logés dans les gouttières transversales de l'occipital, et se dégorgent dans la veine jugulaire interne après avoir communiqué avec le sinus occipital postérieur, avec les quatre sinus pétreux , les deux sinus caverneux ou sphénoïdiens , le sinus coronaire , et le sinus occipital antérieur.

La quantité de sang rouge qui arrive au cerveau ne peut être évaluée qu'approximativement ; mais une fraction considérable delà masse sanguine totale traverse la pulpe encéphalique dans un délai assez prompt.

Le sang rouge est apporté à la moelle spinale par les artères vertébrales , qui fournissent trois tubes secondaires principaux (l'artère vertébrale antérieure, les deux artères vertébrales postérieures), est apporté par les artères spinales accessoires, qui s'introduisent parles trous de conjugaison, puisant dans le canal des artères cervicales , intercostales , lombaires.

Le sang rouge des ganglions pulpeux encéphaliques leur est distribué par des canaux qui proviennent de l'artère carotide interne et des artères vertébrales (ce sont les choroïdiennes , les calleuses ou mésolobaires, les cérébmles antérieures, les cérébelleuses supérieures, inférieures, les lobaires, ou cérébrales postérieures).

Partout dans le canal spinal , comme dans le crâne, les tubes artériels subissent des divisions presque infinies dans l'épaisseur de la trame celluleuse de la pie-mère avant de pénétrer dans la substance nerveuse , où le sang doit arriver sous forme globulaire. Cependant, l'on parvient encore assez facilement n extraire de la moelle épinière et du cerveau des filamens vasculaires d'un assez gros calibre.

Le sang veineux de la moelle épinière est d'abord

rassemblé, en sortant delà substance nerveuse, dans le lacis veineux de la pie-mère rachidienne. De véritables veines, nées de ce réseau, s'élèvent sur les faces de la moelle, et parviennent, en serpentant Jusqu'au trou occipital , non loin duquel , après s'être réunies en deux ou en trois troncs principaux , elles se dégorgent, soit dans le sinus occipital antérieur, soit dans les sinus supérieurs du rocher. Ces veines , dépourvues de valvules intérieures , fournissent aussi des branches transversales et anastomotiques qui s'ouvrent, ainsi que les conduits veineux placés transversalement sur le corps des vertèbres , dans les veines vertébrales, cervicales , intercostales et lombaires.

Le sang noir remonte souvent contre son propre poids dans les veinules intérieures du cerveau. Finalement, toutes ces veinules se rendent encore à la pie-mère , où elles ne tardent pas aussi à former des conduits plus amples. Mais ce n'est qu'après avoir rampé à la surface des lobules ou des ganglions qui font saillie dans les cavités cérébrales , que les veines prennent un aspect qui permet de leur imposer un nom.

Les veines externes du cerveau se détachent de la pie-mère sur différens points. Celles qui correspondent aux faces supérieure et interne des hémisphères se rendent de chaque côté, au nombre de douze à seize, dans le sinus longitudinal supéricurde la duremère. Celles qui émanent de la pie-mère, des faces latérale et inférieure, gagnent, avec les veines cérébelleuses inférieures, les deux sinus latéraux, tandis que celles qui proviennent de la base du lobule antérieur s'ouvrent dans les sinus caverneux, et celles qui proviennent de la face supérieure du cervelet, dans le sinus droit.

Les veines vontriculaires ou internes du cerveau commencent à se dessiner sur la membrane qui recouvre les ganglions optiques, les corps striés, sur le réseau des plexus choroïdes. La veine choroïdienne, née du repli de la pie-mère interne et de la couche optique, la veine du corps strié, née du ganglion cérébral antérieur, ne tardent pas à s'anastomoser, et versent le sang dans la veine de Galien. Cette dernière veine, sortie du troisième ventricule par la partie moyenne de la grande fente cérébrale, reçoit les veines cérébelleuses antérieures, et se perd dans le sinus droit.

En définitive, tout le sang noir qui a circulé dans le cerveau s'écoule par le tronc céphalique, la veine jugulaire, et la veine cave supérieure. ,

L'arachnoïde n'offre aucune trace de vaisseaux. La dure-mère, tant cérébrale que rachidienne, a des canaux circulatoires qui lui sont propres.

Lcsganglioiis pulpeux n'acquièrent que lentement, par une addition successive de nouvelles particules de neurine, la perfection qu'ils présentent sur l'adulte. Dès la sixième semaine de la vie fœtale, la dure-mère est déjà apercevablc dans le crâne et dans le rachis: déjà , alors , elle est tapissée par la pie-mère : mais partout la neurine qui doit former l'axe cérébro-spinal est représentée par un liquide clair et diaphane. Le travail de formation s'exécutant avec plus de rapidité vers la moelle épinière que vers l'encéphale, où des organes nombreux, des masses d'un volume et d'une épaisseur considérables, doivent se développer, l'on dit souvent que le cerveau n'est qu'une efllorescence de la moelle épinière. 11 est certain que l'achèvement des parties les plus élevées ne s'accomplit qu'en dernier lieu, que les particules nouvelles de substance nerveuse s'ajoutent sans interruption ,

de bas en haut,surcelles qui sont déjà en place. Mais la sécrélion de la ncuiino s'elTccUianl siniullanéincnt à la surface de la pic-mère, depuis la partie la plus déclive du racliis jusque dans la cavité crânienne ; l'ébauche, les linéaniens du cerveau, se \oyanl en même temps que ceu\ de la moelle épinière avec laquelle ils forment dès le principe un tout continu, linaleiuent, il serait difticilc de dire en quoi le cerveau est tributaire de l'axe nerveux rachidien en subissant son évolution.

La neurine des ganglions pulpeux, coagulée par l'immersion du fœtus dans l'alcool , n'offre jusqu'à deux mois aucune (race de fibres. L'on distingue déjtî sur l'embrjon de cet âge les deux cordons de la moelle épinière, qui est ouverte en arrière jusqu'au quatrième ventricule ; le cervelet est représenté par deux petites plaques qui convergent sur le devant du calaimis scriplovius', la lame qui doit supporter par la suite les éminenccs quadrijéminées est ébauchée; les lamelles qui représentent les hémisphères cérébraux sont reconnaissables ; la dure-mère crânienne l'orme une i)ochc cloisonnée, et divisée en plusieurs logos (Tiedemann, Meckel ).

Surrembrjon de trois mois, les nerfs rachidicns et cérébraux sont distincts; la moelle épinière commence à se renOer vis-à-vis de l'origine des nerfs qui doivent se rendre aux membres pelviens et thoraciqucs;ron aperçoit les premiers vestiges des éminenccs mamillaires, de la commissure postérieure, delà glande pituitaire, des lobules mojen et postérieur, des piliers antérieurs de la voûte et du corps calleux. Les nerfs olfactifs sont creux, le kiasma des nerfs optiques est formé.

Vers le quatrième mois de la gestation, la substance nerveuse prend l'aspect ûbrcux ; les six cordons delà

moelle allongée se dessinent dëjà parfailement ; le cordon antérieur s'enfle pour donner naissance à la pyramide antérieure : l'entre-croiseraenl pyramidal est visible; les fibres cérébelleuses s'infléchissent pour produire la protubérance annulaire ; le trajet de la scissure de Sylvius est tracé, la bandelette grise du quatrième \entricule reconnaissable, ainsi que la valvule de Vieussens. Les lames des tubercules quadrijumeaux sont le siège d'une cavité venlriculaire ; la commissure antérieure commence à se montrer ; la voûte se dirige en arrière, se continue avec le corps frangé; l'ergot de Moran et la corne d'Ammon s'annoncent par un léger relief sur l'emplacement qui doit correspondre aux cornes des grands ventricules. Delà partie antérieure des couches optiques s'élèvent les pédoncules de la glande pinéalc, qui se trouve constituée par le fait de leur rapprochement et do leur réunion (Tiedemann).

L'éminence vermiforme du cervelet se prononce pour la première fois sur l'embryon âgé de cinq mois. L'on voit naître dans l'épaisseur du même organe cinq branches, qui s'épanouissent en autant de lobules séparés à la superficie des hémisphères par quatre sillons. Les deux corps ciliaires ou rhomboïdaux sont apparens; quelques circonvolutions se dessinent sur la face interne de chaque hémisphère cérébral ; deux lamelles médullaires s'élèvent devant la commissure du corps strié, et se dirigent vers le corps calleux représentant le commencement du seplum ventriculaiie.

Au terme de six mois, l'arachnoïde est formée; les derniers nerfs spinaux se dirigent vers le canal du sacrum, et constituent la queue de cheval. Les branches du cervelet se divisent en rameaux ; les trois cornes des ventricules latéraux acquièrent de la pro-

fondeur : ces ventricules se ferment siyiérieureraent, attendu que le corps calleux, la cloison transparente et la voûte ont pris une grande extension. Le ventricule du septum ventriculaire communique avec le troisième >entricule.

Les éminences oli vaires se détachent à sept mois à la surface des faisceaux moyens de la moelle allongée. Toutes les parties qui constituent le ver du cervelet et la valvule ftoslérieure sonlébauchées. Les rameaux partant des branches émettent des ramuscules ; le nombre des replis cérébelleux se prononce de plus en plus sur les faces des hémisphères du cervelet. La surface du cerveau se couvre d'anfracluosités et de circonvolutions. Lesquatre tubercules quadrijumeaux font saillie sur le plancher qui recouvre le pont de Varole en arrière.

Le canal de la moelle spinale est presque oblitéré sur le fœtus âgé de huit mois. Quelques feuilles commencent à apparaître dans l'épaisseur du cervelet. Les circonvolutions couvrent à peu-près tout le cerveau.

Au terme naturel de la grossesse, la moelle épinière descend beaucoup moins bas qu'autrefois dans le canal rachidien; la bandelette demi-circulaire s'organise, ainsi que la commissure molle des couches optiques ; toutes les parties qui constituent l'axe cérébro-spinal après la naissance offrent maintenant l'aspect qu'elles doivent présenter par la suite ; seulement l'on ne peut encore assignera la substance blanche et à la substance grise des caractères assez tranchés pour que leur nature ne soit pas contestée (Tiedcmann).

Finalement, les études d'embryologie ont beaucoup ajouté à la somme des connaissances que nous possédions sur l'anatomic des grands centres ner-

veux. Il est maintenant démontré que le volume de la moelle épinièic, comparé à celui du cerveau, est d'autant plus tranché, que l'embryon se rapproche davantage de l'époque de la conception. Mais dès le cinquième mois de la Aie fœtale la prépondérance de Aolume s'établit d'une manière décisive à l'avantage du cerveau (Ticdemanu , Mcckel).

Tout porte à croire que primitivement l'axe cérébro-spinal est tout à fait séparé en deux moitiés, cl l'on pourrait presque indiquer le moment où les parlies situées à droite de la ligne médiane se soudent, pour ainsi dire, ou commencent à communiquer avec les parties situées du coté gauche de celte même ligne. Cependant quelques anatomistcs inclinent à croire qu'il pourrait bien se faire que peu de temps après la conception, les plaques qui représentent les hémisphères du cer\eau, du cervelet, la base des tubercules quadrijumeaux, fussent formées par des masses impaires, qui se diviseraient ensuite sur le point correspondant à la ligne médiane, pour se réunir définitivement à une époque plus avancée de la formation. Des dissections nombreuses nous paraissent combattre la dernière opinion que nous venons d'exposer, et qui a pourtant en sa faveur l'autorité de IMcckel, qui la trouve au moins très vraisemblable.

L'on ne rencontre sur le fœtus aucune trace de décussation entre les fibres qui appartiennent aux faisceaux postérieurs de la moelle allongée, à ses faisceaux olivaires. 11 ne doit donc pas exister d'cntrc-croisement anatomi(]ue dans le cervelet, dans les tubercules quadrijunicaux, organes dont les fibres offrent une continuation non interrompue avec la partie postérieure el la partie moyenne de la moelle spinale. Les fibres cérébelleuses venant retrouver sur

le pont de Varolc les faisceaux pyramidaux, l'on pcul s'assurer sur l'embryon, coniine après la naissance, que finalement, et à partir des pédoncules cérébraux, les trois sortes de cordons fibreux de la moelle allongée communiquent d'une manière directe avec les plans fibreux qui représentent les hémisphères cérébraux , et les organes qui s'y rattachent à titre de dépendance. Il semble même, d'après les descriptions de ^1. Tiedemann, que les principales commissures , telles que le corps calleux , les émiuences mamillaires, la commissure antérieure, le trigone cérébral, etc., ne font point exception à celte loi. II est facile de démontrer la continuation des fibres pédoncnlaires à travers toutes les parties que Gall croyait formées par un système de fibres particulier. Ce pourrait donc bien être à tort que quelques personnes admettent, après Gall, que les fibres, dites de jnnclion, procèdent, émanent de la substance grise des circonvolutions, et tout porte à croire que ce sont les fibres prolongées des pédoncules qui finissent par se rencontrer et s'unir, pour établir la communication entre les deux moitiés delà masse encéphalique. Mais, au total, il importerait peu , comme le fait remarquer Reil, qu'il y eût dans le cerveau des fibres contiguës et des fibres continues.

La question de savoir si la substance blanche se forme sur l'embryon avant ou après la substance grise mérite de fixer soigneusement l'attention des encéphalatomisles, car la solution de ce problème nous forcera à condamner ou à admettre plus d'une explication, dont la science a un grand intérêt à apprécier la fausseté ou la justesse. L'on sait combien Gall et les auteurs qui se croient fondés à soutenir ses vues analomiques tiennent à prouver que la substance grise , qu'ils considèrent comme la matrice de

la substance médullaire, existe la première sur le fœtus. M. Tiedcmann n'attache pas moins d'importance à établir que la neurine grise n'est sécrétée sur la moelle épinière que \ers le cinquième mois de la vie intra-utérine , et vers la fin du neuvième , au pourtour des hémisphères cérébraux et cérébelleux. En réalité, la neurine du fœtus forme une masse homogène d'un blanc rougeàtre , qui n'offre véritablement ni la teinte de la substance médullaire de l'adulte , ni celle de sa substance corticale. C'est donc surtout parce que, dès le principe , cette neurine est flbreuse comme la substance blanche, et que la neurine granuleuse n'apparaît qu'à la longue sur les points qu'a coutume d'occuper la substance gri?e , que l'on se croit autorisé à penser que la substance médullaire se forme avant la corticale. Mais les anatomistes qui croient que les caractères qui se tirent de la couleur sont les plus décisifs , peuvent soutenir, pour établir l'antériorité de formation de la neurine grise, que cette substance est la même que la nciirinc rougeàtre del'embrjon; etc'est probablement parce qu'ils ont envisagé les choses sous ce point de vue que certains écrivains avancent, de la manière la plus affirmative , que la substance blanche ne s'est manifestée sur tel ou tel point des ganglions pulpeux que longtemps après la substance grise , que d'autres n'ont cependant pu y distinguer que plusieurs mois plus lard. Meckel ne paraît pas hésiter à croire que la neurine grise est sécrétée avant la neurine blanche (royer Ticdemann , Analomic du cerveau,^. 128, 135, 163, 190; Meckel, Manuel d'analonue, l. u, page 717).

L'axe cérébro-spinal présente des vices , des anomalies de conformation, des altérations de structure qui prouvent que les ganglions pulpeux sont exposés,

avant et après la naissance , à subir rinflucnce d'une t'oulc de causes morbides.

L'absence totale do la moelle épinière (amyelic n'est pas rare sur les fœtus anencéphales parvenus au terme ordinaire do la gestation; jusqu'ici elle n'a point été observée sur des sujets pourvus de cerveau. L'eau que l'on rencontre quelquefois, lorsque les méninges spinales existent, à la place de l'axe nerveux rachidien , fait supposer que la ncurine primitivement liquide n'a point pris la consistance qu'elle a coutume d'acquérir lorsque le travail de formation est régulier, ou bien que la moelle a été accidentellement détruite , et comme dissoute par la sérosité, après avoir parcouru les phases d'un premier développement (Ollivier, t. i. pag. 159-177). Sil'arajélie est quelquefois causée par la destruction de l'organe rachidien, l'on ne doit pas se presser de conclure que ce vice de conformation suppose nécessairement l'anencéphalie , car il ne semble pas absolument impossible que le cerveau déjà formé échappe à l'action du liquide qui fait disparaître la moelle spinale.

Une portion de la moelle cervicale peut manquer, ou être réduite à un faible calibre sur les fœtus acéphales. La portion de moolle qui correspond aux éminences pyramidales, aux corps olivaires , aux corps restiformes , se tcrjuine souvent par des prolongemens lamclleux, par uiiô''«orte de fongosité que tapissent des lambeaux de membranes , par une sorte d'ampoule dans l'anencéphalie.

La moelle épinière, séparée en deux moitiés pendant les premiers mois de la vie , a été trouvée bifurquée sur des sujets anencéphales. Ce vice de corforniation , qui a reçu le nom de diaslémalomyélie , peut affecter la moelle cervicale, la moelle lombaire,

toute la longueur de l'axe nerveux rachidien (Olli- >ier, 1. 1, p. 180).

Quelques fœtus , munis d'une double colonne vertébrale , possèdentdeux moelles épinières. Lorsque la bifurcation de la colonne osseuse du rachis n'occupe qu'un espace déterminé, soit au cou, soil dans le voisinage du bassin, la duplicité de l'axe nerveux n'a lieu, pour l'ordinaire , que dans les points où existe la double rangée de vertèbres; dans le reste de son étendue, l'axe nerveux n'offre qu'une tige unique, qui a été trouvée creuse et occupée par un canal (voyez Ollivier , t. i , p. 196 , § rfe /a diplomycUc).

La moelle épinière peut pécher par un excès de longueur , par un excès de largeur et de volume ; mais elle n'allcinl pas toujours les dimensions qu'elle devrait présenter en longueur, et ne se renfle pas toujours aux points où l'on a coutume d'observer le renflement lombaire.

La moelle épinière peut rester ouverte et creuse en arrière; il suffit pour cela que l'espèce de gouttière qui existe sur la partie postérieure de la moelle du fœtus n'aitpas eu le temps de s'oblitéreravantlamort. Un canal a été vu au centre de l'organe rachidien, à la place qu'aurait dû occuper la substance grise qui repose sur le revers de la commissure antérieure. Des canaux ont été observés dans l'épaisseur des parties latérales de la moelle spinale , à la place qu'occupe ordinairement la substance corticale. La présence d'un canal, de plusieurs canaux , dans l'axe nerveux rachidien, tient, dans quelques circonstances, à ce que la neurine s'est ramollie , et qu'elle se laisse facilement pénétrer pas l'air que l'on insuffle à travers sesraolécules ; mais il arrive aussi que le vide quel'on aperçoit sur un ou sur plusieurs points de la moelle

lient à ce qu'une certaine quantité de neurine n'a pas été sécrétée , ou qu'elle a subi un comme nceraenl de résorption {voy. OUivier, § v , rfe la syrinomyélie , t. 202 ).

La sérosité , en s'accumulant sur le fœtus , entre la pie-mère et l'arachnoïde rachidienne , finit souvent par distendre la dure-mère spinale, qui peut affecter sur un point , sur plusieurs points du rachis la forme d'une poche ( voyez lÏYDRORAcnis).

La masse cérébrale manque en totalité , ouengrande partie, sur certains embryons monstrueux (voyez

ACKPHALIE et AXENCÉPHALIK ).

Lorsque le cerveau estpassablement bien développé dans son ensemble, il peut arriver que les parties de cet organe, qui se forment tardivement, manquent tout à fait. La commissure molle des couches optiques est trèssujetic à manquer ( Mcckel, Greding). L'absence du corps calleux a été notée par Reil , Meckel et les frères Wenzel. Dans le fait rapporté par Reil, le septum ventriculaire ne s'était pas non plus développé. L'émincnce unciforme n'existe point constamment, et l'on cite aussi quelques exemples d'absence de la corne d'Ammon Sur les idiots , la surface extérieure du cerveau est quelquefois plane et parfaitement lisse dans une étendue de quelques pouces ; toutes les circonvolutions encéphaliques peuvent manquer dans le plus haut degré d'idiotisme.

Sur quelques sujets , la masse encéphalique se fait remarquer par sa petitesse et par son exiguïté, soit que le peu d'abondance, la rareté de la substance blanche ou grise, oupeul-ètrede cesdcux substances, cause cette apparence de rapetissement, soit qu'en réalité des organes pulpeux d'une certaine importance aient subi un commencement d'atrophie. Lorsqu'un feeul côté du cerveau ou du cervelet est rabougri ou

mal ddveloppé, la tête perd souvent son aspect symétrique. Gall, M. Gazauvieilh, ont rencontré des cerveletsd'une petitesse notable. Le nombre des feuillets est parfois très restreint sur des cervelets d'irabécilles. 31. Gazauvieilb cite le fait d'une femme dont les trois lobules d'un hémisphère cérébral étaient frappés d'agénésie partielle.

Le rapetissement ou l'arrêt de développement des circonvolutions cérébrales imprime un cachet particulier au cerveau des idiots. L'exiguité des circonvolutions a été notée en avant, en arrière, sur la partie moyenne, et jusque dans les cornes ventriculaircs du cerveau. Un hémisphère peut rester sain, tandis que l'autre est profondément déformé. L'éminence unciforme et la corne d'Ammon peuvent être réduites au tiers, au quart de leur volume haltiluel; la glande pincale, les tubercules quadrijumaux antérieurs , ont été rencontrés au-dessous de leur volume normal. Les deux couches optiques, les deux corps striés, le ganglion cérébral postérieur, elle ganglion antérieur du même côté , ont été vus atrophiés ou incomplètement développés sur le même individu (voyez E>ckphale , (agénésie et atrophie), t.xi, p. 598).

L'hypernutrition peut avoir pour effet l'augmentation de volume de la masse encéphalique tout entière, ou celle d'une portion déterminée des ganglions pulpeux (voyez E>"CKPiiALF. (hypertrophie), t. XI, p. .591). C'est ici le lieu de signaler la duplicité souvent constatée de la commissure molle des couches optiques, celle plus rare de la glande pinéalc.

Les hémisphères cérébraux ont été trouvés plusieurs fois réunis dans toute leur longueur, ou sur un point de leur surface, dans des cas où la face do

la (lurc-mère manquait en loul ou en partie dans l'inlervallo où elle a coutume de séparer le cerveau en deuv moitiés. La substance nerveuse peut adhérer à la substance nerveuse; mais le plus ordinairement c'est la pie-mère qui est accolée à la pie-mère du côté opposé. La corne ventriculaire postérieure est très fréquemment oblitérée à sa partie moyenne par des brides étroites et solides; la cavité qui loge rergol offre alors une cavité antérieure et une loge en arrière.

Le cerveau peut faire hernie à travers les sutures du crâne mal conformé (Excépualocéle, t. xn, p. 1). Un liquide séreux peut s'accumuler en abondance à sa surface ou dans ses ventricules (voyez Hydro-

CÉPH.tLE, t. XV, p. 497).

EnOn un travail morbide accidentel peut modifier l'aspect, la consistance, l'épaisseur des ganglions pulpeux , et de leurs enveloppes membraneuses. Mais comme nous avons amplement parlé ailleurs des changemens et des produits que l'inflammation, que des influences dont la nature est à peine soupçonnée , peuvent amener ou faire naître dans la substance qui constitue la moelle épinière, le cerveau et ses principales dépendances, nous devons maintenant, sous peine de nous répéter, passer sous silence le nom d'une foule d'altérations qu'on a coutume de voir figurer sur la liste des anomalies propres au système nerveux cérébro-spinal (voyez EnckpiiALE (anatomic pathologique du), t. xi, et Moelle Éi'iNiÉRE (anatomic pathologique de la), t. xx. )

§ III. AnATOMIE GKNÉllAr.E DES KEUFS CÉRÉBRO- SPINAUX.

La portion rayonnante du système nerveux inci-

lateur est destinée à clablir une communication permanente entre l'axe cérébro-spinal et les parties situées à la périphérie du corps. L'on peut se représenter les nerfs incitatcurs, ou comme des prolongemens, des dichotomures, des divisions appartenant d'abord à la masse des ganglions pulpeux ; ou comme des organes dont les racines, émanées de tous les points de l'économie animale , se rassemblent, se rapprochent de plus en plus , et finissent par constituer la moelle spinale et l'encéphale ; ou bien, enfin, envisager les nerfs comme des organes dont l'existence est, jusqu'à un certain point, indépendante de celle du cerveau et de l'axe nerveux rachidien. Les anatomisles, qui considèrent les nerfs de la vie de relation comme une émanation des ganglions encéphalo-rachidiens, se comptent en plus grand nombre.

Nous savons déjà que la composition intérieure des troncs blanchâtres et cylindriques, auxquels on réserve le nom de nerfs, est loin de répondre à l'apparence de simplicité qui nous frappe lorsque nous n'examinons que l'extérieur de ces organes, et il est inutile de rappeler que, dans la gaînc commune de chaque nerf, sont contenus de nombreux filets, des fascicules, des faisceaux nerveux. Mais l'on ne doit pas oublier qu'au fur et à mesure qu'ils s'éloignent de l'axe cérébro-spinal , les filets qui s'avançenl d'abord parallèlement les uns aux autres, chacun dans le cordonnet dont ils font partie, ne lardent pas ensuite à subir de fréqucns changcraens de direction, abandonnant un cordon pour passer dans un .nuire, et donnant naissance à une variété de plexus resserré dans une sorte de capsule. Pour donner une idée de ces comraunicationsentrc les parties d'un même tout, les anatomistes ont coutume de précipiter la neurine des canaux uévrilénialiques qu'ils insufflent ensuite ,

el qu'ils s'appliquent a desséclior après avoir placé une ligature aux deux extréniilés du nerf qu'ils se proposent d'étudier ; et ils comparent l'aspect de ces nori's à celui d'une tige de bambou mille fois canaliculée. Mais je suis porté à croire que celte préparation ne peut qu'induire en erreur sur la véritable structure des nerfs, en donnant à penser que les filets nerveux subissent des anastomoses réelles, que leur substance éprouve çà et là une sorte de fusion, que la substance contenue dans une gaine va s'épancher dans la gaine d'un autre filet ; tandis que l'inspection microscopique démontre, sur les animaux inférieurs, que les filets nerveux ne font que se prêter à des déviations : d'où l'on peut raisonnablement inférer que, sur l'homme, ces filets parviennent à leur destination sans avoir cessé d'être ce qu'ils étaient à leur origine, constituant, dans tout leur parcours et quel que soit le lieu où finalement ils se trouvent, juxtaposés, des instruraens d'action spéciale. L'on ne peut disconvenir que l'idée que nous cherchons à donner de la structure des plexus recouverts par des gaînes névrilématiques communes ne soit contraire aux vues d'un certain nombre d'analomistes ; mais d'un autre côté, les physiologistes et les micrographes ds notre époque semblent s'attacher de plus en plus à l'idée que l'intricalion des filets nerveux ne peut être confondue avec \' anastomose, et que l'on a supposé à tort qu'ils subissaient pendant leur trajet do continuelles interruptions.

La partie du nerf qui est en rapport avec l'axe cérébro-spinal, et que l'on nomme à tort ou à raison sa racine, est presque toujours filamenteuse et beaucoup moins ferme que le reste de Torgane. L'on est toujours frappé de la mollesse du nerf optique et de l'auditif au moment où ils se séparent de la masse

encéphalique ; mais', es racines des autres nerfs présentent , en général , un peu plus de consistance. Toutefois, comme le névrilenime est conslamuienl très mince, très peu résistant , dans le \oisinage des ganglions pulpeux, le moindre effort de traction suffit pour déterminer la rupture des nerfs jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à une certaine distance des masses nerveuses centrales. M. Langenbeck a vu les fibres variqueuses de la moelle cpinière se transformer peu à peu en fibres rectilignes et cylindriques pour constituer les filets des nerfs; il semble donc que les nerfs font suite aux filaments qui s'observent dans l'axe nerveux cérébro-spinal. Mais comme la dislance à laquelle on parvient à suivre une racine nerveuse, soit à la surface, soit dans la profondeur des ganglions pulpeux, est très variable, il est difficile de savoir au juste si ces racines émanent de la substance blanche ou de la substance grise. Beaucoup de Ciels nerveux semblent se continuer avec les fibres blanches ou superficielles de la moelle épinière, des filets non moins nombreux sortent de l'épaisseur même de cette moelle, et proviennent du dépôt de substance grise qui s'y trouve contenu. L'on ne sait pas encore, à point nommé , jusqu'à présent, si les filets sensilifs sont ou non confondus avec les filets moteurs, tandis qu'ils font encore partie des cordons nerveux rachidiens. Cependant , M. Ch. Bell est persuade que les filets affectés à la sensibilité descendent avec les faisceaux postérieurs de la moelle spinale ; les filets nerveux affectés au mouvement avec les faisceaux antérieurs ; les filets nerveux respiratoires avec les faisceaux moyens du même organe. Il faut attendre, pour juger l'opinion de M. Bell, que le microscope nous mette à même d'apprécier d'une manière positive la différence qui

existe entre la strnctiire des filets nerveux scnsitifs et celle des filets nerveux moteurs.

Toutes les rarines qui se détachent à droite ou à gauche de chacune des moitiés de l'axe nerveux spinal , au-dessous des corps pyramidaux antérieurs , se trouvent en rapport avec une colonne qui obéit à l'induence du croisement pyramidal ; mais ces racines ne paraissent point se croiser entre elles sur la ligne médiane, dans l'épaisseur de la moelle épinière. Les nerfs qui se séparent du bulbe rachidien , au-dessus de la décussation des faisceaux pyramidaux, sont en rapport avec des fibres dont la direction jusqu'au cerveau semble olre rectiligne; cependant, les racines de la plupart de ces paires nerveuses ne présentent aucune apparence de croisement anatomique. Les filets des nerfs optiques paraissent subir un véritable croisement , ou total ou partiel, vis-à-vis de la selle turcique; peut-être les fibres qui doivent constituer, soit les racines des nerfs pathétiques, soit les ^racines des nerfs auditifs, se croisent-elles avant de sortir de la moelle allongée?

Quelques nerfs s'éloignent de l'axe central, et parviennent à leur destination sans fournir de dichotomures ; l'auditif, l'olfactif, l'optique, ne présentent point de véritables embranchemens. En général , au fur et à mesure qu'ils tendent du centre vers la circonférence, les troncs nerveux se partagent et fournissent des troncs secondaires, des branches, des rameaux, des ramusculi^s, des filets dont la somme surpasse en volume la tige primitive à laquelle ils ont appartenu , soit que ies fibres nerveuses aillent en se renforçant, soit, ce qui parait plus probable, que le tissu cellulaire et la membrane commune impriment au lou\ plus d'c-

paisscur , vers rexlrrrnilé périphérique du rayon. Finalcinenl, il est \rai que les nerfs présentent un cône dont la base repond à la surface de l'organisme, cl le sommet à l'axe nerveux encéphalique. La plupari des nerfs commencent , dés les premiers pouces de leur trajet, lorsqu'à peine leurs racines sont constituées en cordons, à envoyer quelques-unes de leurs divisions aux nerfs voisins. Ces premiers échanges de filamens sont surtout remarquables entre les paires rachidiennes ; mais, lorsque les nerfs, en s'irradiant de plus en plus, ont subi toutes leurs dichotomures, il devient à peu près impossible de suivre et d'indiquer leurs innombrables communications. L'on sait, toutefois, que les communications ont lieu entre des filets appartenant à des paires homonymes , entre des paires qui ne sont point honionjmes, entre des nerfs appartenant à la moelle épiniére et au bulbe, au mouvemcnl et à la sensibilité; entre des nerfs incitateurs et des nerfs des ganglions appartenant au grand sympathique. Il est souvent question, dans les ouvrages d'anatoraie, d'anastomoses qui ont lieu, dit-on, entrelcs branches des nerfs. Mais alors même que la réunion de deux nerfs a lieu bout à bout, en anse, il n'y a probablement que superposition de deux organes juxtaposés, qui se terminent en se croisant l'un sur l'autre, à moins qu'ils ne se replient et ne s'infléchissent de nouveau l'un vers l'autre pour former ou un nerf unique, ou de nouvelles branches nerveuses. Bichat a cru à l'existence d'une véritable anastomose ner- >euse ; mais tout porte h croire que les exemples qu'il cite à l'appui de sa manière de voir sont ceux d'une juxtaposition très intime. Parmi les communications qui s'établissent entre les filets nerveux, l'on doit citer celles qui s'observent sur certains

points de la ligne médiane, cl qui établissent des rapports entre les deux moitiés du corps ; ces communications sont raies et de peu d'importance pour l'exercice fonctionnel.

L'on donne surtout le nom de plexiisk des rapprochemens souvent très nombreux qui s'effectuent, sur un espace plus ou moins étendu, entre des cordons nerveux d'un certain calibre, ou entre des filaraens dont l'ensemble représente une sorte d'entrelacement. Le plexus s'opère entre les divisions d'un même organe, entre deux ou plusieurs nerfs auparavant séparés. Et comme la plupart du temps les nerfs qui se rapprochent pour constituer le réseau plcxiforme contiennent déjà des filamens d'origines très diverses, il est clair qu'il n'y a plus moyen, lorsqu\ine intricalion plusieurs fois répétée s'est de nouveau établie entre ces organes, de soupçonner l'origine primitive des rameaux éniergens. Il est des anatomistes qui croient (juc les nerfs éprouvent des intersections dans les plexus, et qu'ils s'y renforcent en quelque sorte aux dépens d'une espèce de matière qu'ils comparent à de la substance grise. Peutêtre rencontre-t-on quelquefois, au point où les nerfs s'adossent dans les plexus, une substance plus ou moins granuleuse; mais cette substance est en dehors de la gaîne des nerfs, et tout nous porte à croire que les nerfs ne sont qu'accolés entre eux dans les plexus, comme le sont les filets de ces organes dans l'intérieur de la gaine commune.

Les renflemens qui s'observent sur un certain nombre de nerfs cérébro-spinaux, et auxquels on donne le nom de (janglions simples pour les distinguer d'avec ceux qui appartiennent aux véritables nerfs ganglionaires, sont constitués de la même manière que les plexus, c'est-à-dire qu'ils représentent

un véritable enlrelacemenl nerveux. Mais les ganglions simples Fonl formés evclusiveinonl de filcls dont il est facile de conslalcr la direction rectiligiie après quMls ont opéré leur croisement. Il est à remarquer que presque tous , si ce n'est tous les ganglions sin)ples, ne conticiinenl i)robal)lemenl que des filets scnsitifs , à moins que le ganglion du glossopliaryngien, et ceux de la paire vague, ne fassent exception à cet égard.

La longueur des gros troncs nerveux varie beaucoup, et elle est ordinairement proportionnée à l'étendue que le nerf doit parcourir avant d'atteindre la région qui doit à l'office de ses rameaux la sensibilité et le mouvement, ou bien l'exercice de l'une ou de l'autre de ces facultés. Les nerfs qui se rendent aux membres paraissent très longs quand on les compare à ceux delà face et du tronc, et ils suivent, en général, le trajet des principaux vaisseaux artérels et veineux ; mais il est des nerfs qui ne côtoient que des artères ou des veines isolées, d'autres qui s'éloignent plus ou moins de la direction des tubes circulatoires.

En arrivant à la périphérie du corps qu'ils couvrent de leur vaste réseau , les nerfs sont réduits à un degré de ténuité telle que l'on a de la peine à reconnaître leur nature. L'on croit que le névrilemnie abandonne la fibre nerveuse au moment où elle se fond, pour ainsi dire, dans la trame des tissus organiques ; mais ce fait est loin d'être suffisamment vérifié. Il est même prouvé par les études microscopiques de Mm. Valenlin et Ernest Burdach que les filets moteurs et sensibles qui parviennent, soit à la fibre musculaire, soit <à la peau, loin de se perdre dans ces parties, reviennent sur eux-mêmes par un mouvement centripète après avoir formé soit des espèces de plexus, soit des réseaux; si bien que flna-

Icment ces filets s'accolent soil à leur propre tronc , soit aux fibres d'un autre nerf, et se dirigent vers le centre pulpeux qui leur avait donné naissance. Les nerfs ne sont pas répartis en même proportion dans toutes les parties du corps. Abondans dans les appareils du corps des sens où ils affectent une disposition particulière dans la peau, les muscles de la vie de relation, ils sont également très nombreux dans les membranes muqueuses , dans les parois des artères, la membrane médullaire des os longs; mais ils sont rares dans les cartilages et dans la plupart des tissus fibreux. Cependant, la présence des nerfs a été constatée, depuis quelques années, dans une foule d'organes que l'on croyait placés en dehors do la sphère des agens de l'innervation. Si l'on parvient un jour à diminuer la transparence des derniers lincamens de la fibre némcrtaire , l'on doit s'attendre à trouver des nerfs dans les tissus animaux les plus dépourvus de sensibité.

Il arrive quelquefois qu'une même partie reçoit séparément des nerfs pour la sensibilité , des nerfs pour le mouvement; en général, les nerfs sensitifs arrivent à leur destination réunis aux filets moteurs. Il peut se faire qu'un organe emprunte à un nerf une faculté sensitive spéciale, à un aulre nerf une seconde espèce de sensibilité. Mais l'on se tromperait singulièrement, si l'on se figurait bien connaître la .sphère d'action de chaque paire nerveuse. Il suffit do se représenter par la pensée la quantité des filets nerveux qui sont contenus dans un cordon , de songer au nombre des branches, des rameaux, des ramusculcs , qui se séparent de son axe pour aller s'accoler à d'autres nerfs qui , après s'être eux-mêmes di>isés \iiigt fois, se distribuent ensuite aux parties les plus dissemblables , et souvent les plus éloignées

les unes des autres , pour rester convaincu qu'il est à peu près impossible d'apprécier l'étendue des surlaces sillonnées à la longue par les irradiations d'un même organe. Heureusement que celte espèce de confusion s'obser\e surtout vers les nerfs rachidiens qui sont tous également affectés à la sensibilité et au mouvement; car si elle s'établissait entre les rameaux des nerfs que nous crovons charger de présider à un exercice fonctionnel, ou spécial, ou distinct, il s'ensuivrait que ces nerfs devraient eux-mêmes être considérés pour la plupart comme des agens mixtes.

Nous avons constaté précédemment la nature ccllulcuse du névrilemme , la manière dont il se contourne pour envelopper tous les troncs nerveux , pour former autant de gaines particulières qu'il existe de faisceaux secondaires dans le nerf, do fibres nerveuses dans le fascicule, etc.; nous avons parlé aussi de son amincissement à l'origine et à la périphérie du système nerveux rayonnant. Nous devons ajouter que le névrilemme n'est que la continuation de la pie-mère ou de la membrane propre qui revétla masse des ganglions pulpeux. Le névrilemme est proportionnellement plus épais autour des filets et des fibres que sur les faisceaux et les troncs nerveux ; cependant sa disparition s'affectue du dedans au dehors , dans le voisinage de l'axe rachidien, ce qui fait que , lorsque l'on tire sur une racine nerveuse , les filets se brisant, les uns plus tôt, les autres successivement plus tard, il reste sur l'axe d'implantation un mamelon conique formé par la substance du nerf. La séparation du névrilemme et de l'arachnoïde est facile à constater à l'origine des nerfs spinaux.

Les nerfs ne sont point entourés de lissu cellulaire

dans le voisinage de l'axe cérébro-spinal. Ce tissn esl difficile à apercevoir dans rintéricur de leurs racines. Le lissu cellulaire abonde sur le trajet des cordons nerveux qu'il fixe aux parties adjacentes; il abonde dans la gaine névrilcuialique commune, où il assure les rapports des branches, des faisceaux, des fascicules entre eux. Reil s'est sans doute trompé en avançant qu'il s'implante des prolongemens celluleux dans les tubulures qui servent de gaine aux fibres nerveuses, et que le canal de ces fibres est cloissonné. Celte disposition n'existe qu'à l'intérieur des tubulures qui réunissent les fibres entre elles, qu'à l'inlérieur du névrilemme qui revêt les fascicules et les faisceaux.

Les artères qui portent le sang aux nerfs pénètrent d'abord dans l'intérieur de la gaîne commune, donnent des artérioles aux gaines névrilématiques partielles, continuent à ramper dans la direction des troncs qui représentent les divisions du nerf en envoyant d'espace en espace des filets artériels aux faisceaux, aux fascicules, aux filets nerveux, et graduellement elles finissent par s'épuiser et par disparaître en s'anastomosant avec quelques branches provenant de leurs propres ramifications, ou de celles d'un vaisseau voisin. Les artères des nerfs suivent souvent une marche ascendante et rétrograde. Leurs veines sont dépourvues de valvules : elles n'accompagnent point les tubesartériels, et sortent de l'enveloppe commune plus ou moins loin du point où l'artère s'y est introduite.

Considéré dans son ensemble , le système nerveux incitateur rayonnant offre une symétrie qui se dément rarement. L'on ne rencontre presque jamais de différence dans la forme , l'aspect, le nombre, le mode d'iinplantation des racines nerveuses homonj-mesqui

sont en rapport à droite et à gauche avec chacune des moitiés de l'axe cérébro-spinal ; et les exemples d'anomalies ne sont pas plus communs loin des centres pulpeux , malgré le grand nombre de dicholonuires que subissent chaque côté de la ligne médiane, les principaux troncs nerveux.

Les nerfs ont reçu beaucoup de noms ; et les dénominations qu'on leur a imposées reposent sur des considérations relatives à leur point d'insertion, à leur position relative et numérique sur l'axe pulpeux commun, à l'absence ou à la présence d'un renflement gangliforme sur leurs racines , au nombre de ces mêmes racines , aux usages qu'ils sont supposés remplir dans l'économie animale.

L'on s'accorde généralement à donner le nom de paires nerveuses spinales aux paires sacrées , lombaires, dorsales, aux sept premières paires cervicales en comptant de bas en haut. L'on peut ajouter à tous ces nerfs la paire sous-occipitale, ce qui porte à trente-une paires le nombre total des véritables nerfs rachidiens. Tous ces organes se distinguent par des caractères communs; ils communiquent avec la moelle spinale par deux racines distinguées en antérieure et en postérieure. La racine antérieure est composée de fascicules très ramifiés, très nombreux, très déliés, qui se continuent par leur extrémité centrale avec les fibres de la colonne antérieure de l'axo nerveux rachidien. La racine postérieure est constituée parle rapprochement de radicules assez volumineuses, généralement simples, qui s'implantent sur les cordons postérieurs du même axe nerveux. Tous les filamens qui doivent concourir à la formation des racines nerveuses spinales , soit antérieure , soit postérieure, restent séparés jusqu'au point où ils doivent traverser la durc-mèrc ; mais, arrivés à ce point, ils

représentent deux faisceaux uniques qui percent la dure-mère cliacun isolément. La racine postérieure est renflée , et ses tilamcns forment un plexus dont l'aspect est ganglionaire ; la racine antérieure est dépourvue de tubercule. Les deux sortes de racines ne s'unissent pour constituer un même tronc nerveux qu'un peu <iil- dessus du ganglion appartenant à la racine postérieure; mais il parait que quelquefois déjà, bien avant que celle jonction ne s'effectue, l'on peut apercevoir des filets de communication allant de la racine antérieure à la postérieure, de la racine postérieure vers l'antérieure.

D'après Galien , sept paires de nerfs émanent de l'encéphale. Depuis Th. AVillis, les nerfs olfactifs, optiques, oculaires moteurs, pathétiques des yeux, trijumeaux , oculaires externes, faciaux , acoustiques, glosso-pharyngieus , pneumogastriques, spinaux-accessoires, hypoglosses, sont habituellement regardés commodes nerfs encéphaliques ; elles raisons quiont contribué à faire admettre cette seconde classe de nerfs n'ont pas toutes la même valeur. Parmi ces raisons, les suivantes doivent être mentionnées: pendant longtemps l'on pensait que la mooUe épinicre cessait au bulbe rachidicn, où l'on faisait commencer l'encéphale. Plusieurs nerfs de cette classe paraissent au premier aperçu provenir du cerveau. Plusieurs ont une origine crânienne, et ils ne parviennent à leur destination qu'après avoir traversé quelque ouverture du crâne. La plupart sont dépourvus de renflement ganglionaire, et n'offrent (lu'uncseule racine. Beaucoup se font remarquer par la différence de leur calibre et parla spécialité des fonctions qu'ils sont chargés de remplir ; ils se dirigent d'arrière en avant , en s'éloignant des ganglions pulpeux , tandis que les nerfs rachidiens s'en éloignent en s'inclinant

de haut en bas. Les racines des nerfs crâniens traversent la dure-mère par une ouverture unique.

Bichal admet des nerfs cérébraux ( l'olfactif et l'optique) ; des nerfs provenant de la protubérance annulaire ( le nerf moteur oculaire commun , le pathétique, le trijumeau, le moteur oculaire externe, le facial, l'auditif); des nerfs provenant de la moelle allongée (le glosso-pharyngicn , le pneumogastrique, le spinal accessoire, l'hypoglosse et le sous-occipilal). Des faits d'analomie morbide, des argumens depuis longtemps connus des anatomistes, portent à croire que les nerfs olfactifs et les nerfs optiques tirent leur origine des fibres de la moelle allongée. Tous les nerfs du corps humain peuvent donc cire classés en deux catégories, dont la première comprendra les nerfs qui s'attachent au bulbe rachidien, la seconde ceux qui s'attachent à la moelle épinière, passé la région sous-occipitale.

Le trijumeau est le seul nerf encéphalique qui se renfle pour former un ganglion, et qui possède une double racine. D'après M, Charles Bell, il constitue, avec les nerfs rachidiens, un système de nerfs réguliers ou parfaits présidant à la sensibilité générale et à l'exercice des mouveraens volonlaires. Les nerfs encéphaliques à une seule racine (l'olfactif, l'optique, l'auditif, le pneumogastrique, les trois nerfs musculaires de l'œil, le facial, le pneumogastrique, le glossopharyngien et l'hypoglosse ) sont dépourvus , pour la plupart, d'un renflement ganglionaire à leur origine, et ils président surtout, soit à l'exercice des sens, soit à la transmission de l'incitation musculaire ; mais quelques-uns de ces organes paraissent cependant se comporter à la manière des nerfs mix(cs. Les nerfs à une seule racine, l'olfactif, l'auditif, et l'optique exceptés , représentent, avec l'accessoire de l'épine ,

le respiratoire ou Ihoracique externe ; le système des nerfs irrogulicrs de M. Hcll, qui les fait naître de la partie latérale de la moelle allongée , et de la partie latérale de la moelle cervicale , en les qualifiant de nerf de la respiration , de la A oix, et de l'expression faciale (Bell, Exposiliondusyslvmenat. des nerfs, etc., pag. 15, 19, 51, 171, 208, 563).

Il n'est pas sûr que les anciens aient confondu les nerfs avec les tendons ; la confusion a probablemen| existé dans les noms plutôt que dans les choses. Les anciens ont classé à part les tendons qui tiennent à l'axe cérébro-spinal, en leur assignant pour fonction de présider à l'incitation musculaire et à l'exercice de la sensibilité.

Jusqu'au quinzième siècle , les nerfs olfactifs ont été considérés comme des prolongemens médullaires, des espèces de caroncules qu'on répugnait à mettre au rang des nerfs; les filamens des olfactifs offrent seuls les caractères des nerfs. Pendant longtemps l'optique constituait la première paire encéphalique ; noire troisième et notre quatrième paires actuelles étaient réunies pour former la seconde paire, ou bien le nerf pathétique était confondu avec notre cinquième qui formait alors la troisième, la quatrième, et quelquefoisla cinquième paire ; mais généralement l'auditif et notre facial réunis représentaient la cinquième paire. Notre sixième restait inconnue, ou elle était réunie au trifacial. Notre pneumogastrique et ses annexes constituaient la sixième paire, notre hjpoglosse la septième et dernière de l'encéphale. Thomas Willis se sert des noms aujourd'^hui employés, seulement il ne fait qu'un nerf de l'auditif et du facial , qu'un nerf du pneumogastrique et du glossopharyngien. Depuis Sœmraering, la séparation si souvent proposée du facial et de l'acoustique , du pneu-

inogastrique, de l'accessoire et du glosso-pharyrigien, est généralement adoptée, et l'on compte aujourd'hui, d'avant en arrière, douze paires de nerfs encéphaliques. Meckel compte les nerfs encéphaliques de has en haut, et d'arrière en avant, traçant d'abord la description de l'hypoglosse, et, en dernier lieu, de cello de l'olfactif.

La formation du système nerveux rayonnant de la \ie de relation paraît s'opérer du centre vers la circonférence, etcommcncer après celle de l'axe nerveux rachidien ; cependant, commcles nerfs emhr\ouaires sont doués d'une grande transparence et d'une excessive ténuité, il serait, à la rigueur, possible qu'au moment où la moelle épinière devient apparente, il se formât aussi des nerfs difficiles à apercevoir dans le canal digestif et dans certaines portions du système vasculaire qui commencent à s'organiser en même temps que l'axe nerveux cérébro-spinal ou pulpeux. M. Tiedemann n'a jamaispu apercevoir aucun nerf sur l'embryon de deux mois ; mais tous les nerfs rachidiens existaient déjà sur les deux côtés de la moelle épinière d'un fœtus âgé de moins de trois mois; et M. Tiedemann a distingué, avant le quatrièmemois do la formation, tous les nerfs encéphaliques. Mais, comme les racines de ces nerfs étaient très molles, il lui a été impossible de constater leur implantation sur la moelle allongée ; l'olfactif seul communiquait avec la substance nerveuse de la scissure de Sylvius, l'optique avec la masse commune des tubercules quadrijuraeauv et le grand ganglion postérieur du cerveau {pag. 40, 41, 31 , Tiedemann, Analomie du cerveau). L'ensemble de ces faits, d'ailleurs très importans , ne suffit pas pour prouver que le système nerveux rayonnant émane des centres pulpeux , où l'on pourrait jusqu'ici soutenir qu'il ne fait que venir

s'altachcr. Quant aux divisions éloignées des nerfs do la \ie animale , elles se forment au sein des parties sur lesquelles elles doivent exercer quelque action au fur et à mesure que ces parties prennent naissance, et commencent à figurer dans l'ébauche qui représente leslinéamens de l'organisme.

Quelques vices de conformation ont été observes dans le système nerveux incitateur. Il est douteux, quel que soit le degré d'imperfection de l'embryon , que tous les nerfs de la vie de relation puissent manquer à la fois ; et le cas d'aneurie cité par Clarke mérite confirmation. L'absence d'un certain nombre de nerfs n'est pas rare sur les fœtus qui ont subi un arrêt de développement, et ce genre d'imperfection est surtout commun vers les points de l'économie qui s'organisent tardivement. Une portion du système nerveux rayonnant peut être rencontrée double lorsqu'une partie du corps présente une véritable duplicité. Dans les cas de ce genre, quelques-uns des nerfs surnuméraires peuvent offrir un volume très exigu, cl pécher par défaut de nutrition. Les nerfs qui sont en rapport avec des centres pulpeux atrophiés, ou qui se rendent à des appareils qui ne peuvent plus fonctionner, présentent quelquefois aussi une petitesse remarquable , subissant presque toujours alors quelque altération dans leur structure. L'hypertrophie , lorsqu'il n'est pas permis d'en contesterl'existence, est ordinairement limitée à un tronc nerveux ou à un petit nombre de nerfs.

Les nerfs sont exposés comme les autres parties molles de l'économie animale à être divisés, piqués, déchirés, contus, par l'action des agens extérieurs. La pulpe, ou neurine des nerfs, est susceptible de s'endurcir ou de tomber dans un état voisin de la déliquescence, à la suite des pblegraasies qui affectent

les conduits névrilémaliques. Il est des cas aussi où un certain nombre de filets nerveux sont interrompus dans leur continuité par une érosion qui pénètre jusqu'à la substance nerveuse ; mais la plupart des lésions attribuées aux nerfs ont leur siège dans le tissu cellulaire ou dans les gaines fibreuses qui entourent les filauiens nerveux. C'est ainsi que l'on rencontre assez fréquemment dans l'interstice des fibres qui constituent les rayons nerveux, des kystes fibreux de la grosseur d'un grain de froment ou de celle d'un haricot remplis de corpuscules lisses, durs, élastiques, et que probablement il faudra classer parmi les hydatides. C'est ainsi encore que l'on observe, dans l'épaisseur des nerfs d'un certain calibre des tumeurs qui acquièrent quelquefois le volume d'une pomme ou d'un œuf de poule, et qui se rapprochent, par leur nature, du tissu encéphaloïde ou des autres tissus que l'on qualifie de cancéreux. Quelquefois ces tumeurs , qui peuvent se multiplier sur le même tronc nerveux, repoussent les cordons des nerfs qui s'aplatissent à leur pourtour; mais il arrive aussi que la substance propre de l'organe est envahie par le produit morbide, et que la neurine participe à l'altération du tissu fibreux qui sert d enveloppe. Les exemples de dégénérescence cancéreuse, primitive ou secondaire, du tissu même des nerfs , sont très nombreux dans les recueils d'observations. Beaucoup de tumeurs ont été extraites des nerfs qui n'offraient aucun caractère fâcheux , représentant de simples poches remplies d'un liquide sirupeux ou albumincux. L'albumine et la sérosité existent quelquefois aussi à l'état d'infiltration dans l'interstice des cordons nerveux. La matière tuberculeuse se dépose rarement dans l'épaisseur du système nerveux rayonnant.

§ IV. Anatomie générale du système nerveux

GANGLIONAIRE.

J'ai cru ne pouvoir mieux faire , pour la rédaction de cette partie de mon article , que de reproduire en entier la description du nerf sympatliique faite par notre collaborateur, M. Ollivier, dans la première édition de ce Dictionnaire.

« Le nerf sympathique , qu'on nomme encore intercostal, trisplanchnique , ganglionaire , est un cordon nerveux et ganglionaire, étendu de la tète jusqu'au bassin, lié par des filets anastomotiques à tous les nerfs rachidiens et à ceux des sens ; et fournissant des rameaux multipliés aux organes des cavités splanchniqucs et du cou. »

Les filets nombreux du nerf grand sympathique présentent dans leur trajet des ganglions qui les réunissent, les concentrent sur tel ou tel point : ces ganglions comprennent la série des trois cervicaux, des douze thoraciques, des cinq lombaires, et des quatre sacrés, qui appartiennent au tronc du nerf sympathique de chaque côté; on doit y joindre le ganglion cardiaque , il est souvent remplacé par un plexus, les ganglions semi-lunaires ou cœliaqucs, plusieurs autres placés dans le plexus solaire et dans ses divisions, le petit ganglion coccygien, qu'on trouve quelquefois à la réunion des deux nerfs sympathiques, vis-à-vis le somiçel du sacrum, le ganglion du sinus caverneux, etc. La forme de ces ganglions est irrégulière et variable; ils commuinquent toujours avec plusieurs filets nerveux; la direction des fileta qui les traversent est très corn-

J)liquée , et rarement ces filets les traversent simplement d'un côté à l'autre. La substance qui constitue les ganglions est très intimement unie aux Ciels nerveux, et paraît différer de celle des autres ganglions : elle est plus dure, plus serrée, plus tenace, différences qui sont surtout très marquées dans les ganglions cœliaques et dans ceux de leurs plexus. Leur membrane d'en>eloppe n'a point la densité fibreuse de celle des ganglions rachidiens.

Les filets nerveux du grand sympathique qui réunissent ces ganglions différent notablement des nerfs spinaux sous plusieurs rapports : ainsi , au lieu de diminuer insensiblement de volume en s'éloignant des ganglions comme les nerfs qui se séparent de la moelle, leur grosseur n'offre point de diminution progressive, et souvent, au contraire, elle augmente malgré les filets secondaires qui se détachent du Ironc principal. Ces nerfs ont une force de cohésion bien moindre que celle des nerfs spinaux. L'enveloppe extérieure des ganglions se prolonge jusqu'à line certaine distance sur eux, et là où elle cesse d'être apparente , leur névrilemme paraît plus mince et plus intimement uni au tissu nerveux que dans les autres nerfs. Les filets qui composent chaque tronc sont difficiles à isoler les uns des autres , à cause de leur consistance pulpeuse qui présente toutà-fait l'aspect du tissu des ganglions , de sorte que les nerfs ganglionaires sembleraient résulter du tissu du ganglion lui-même qui serait allongé en cordon: on sait qu'il n'en est pas ainsi des autres nerfs qui sont très distincts de la substance du ganglion qu'ils traversent. Toutefois , ^armi les filets nombreux du grand sympathique , ceux qui joignent les ganglions spinaux et sympathiques, et ceux qui so rendent des ganglions thoraciques du sympathique aux gan-

plions cœliaques, ont une organisation intermédiaire aux deux ordres de nerfs, et qui établit en quelque sorte une transition insensible entre les lilets pulpeux de ce nerf viscéral et les nerfs rachidicus. Cet aperçu des caractères généraux de structure du grand sympathique nous conduit naturellement à l'examen de sa distribution , que nous allons décrire avec détail , sans cependant nous appesantir sur toutes les particularités qu'elle peut offrir.

Ce nerf, qui s'étend de la tète jusqu'au bassin, est double, c'est-à-dire qu'il en existe un à droite et l'autre à gauche. Considérés dans leur ensemble, chacun d'eux offre un tronc , ordinairement continu , duquel partent les filels qui se rendent aux viscères, et ceux qui l'unissent au centre nerveux rachidien. Examinons d'abord le tronc : son extrémité supérieure ou céphalique pénétre dans le crâne par le canal carotidien et le sinus caverneux, où elle forme un plexus et souvent un ganglion appliqué sur les parois de l'artère carotide , et qui fournit deux filets communiquant avec le nerf de la sixième paire, un autre avec le nerf vidien, et plusieurs niamens déliés qui, suivant Winslow, MM. Ribes et Meckel, accompagnent les artères cérébrales, l'ophthalmique entre autres. Celte première partie du grand sympathique offrant des connexions très importantes à connaître avec les organes des sens, nous allons entrer dans quelques détails sur ces diverses anastomoses. D'abord, le ganglion ophthalraique communique à peu près constamment avec celui qui existe dans le canal carotidien, soit immédiatement, soit par l'intermédiaire de la sixième paire, et l'on sait que le premier fournit des filets qui se rendent avec les artères ciliaires dans le globe de l'œil et se répandent dans l'iris. Ou a même ob-

serve des filets qui accorapagnenl l'artère centrale, pénètrent avec elle dans le nerf optique, et M. Ilirzcl a vu trois fois une anastomose entre le ganglion sphcno-palatin et le nerf optique. L'organe de l'ouïe présente aussi des connexions avec le grand sjml)athique, car il reçoit des filets du ganglion glossopharyngien, du nerf pétreux de la seconde branche de la cinquième paire, ou mieux du ganglion sphénopalalin et du ganglion cervical supérieur du sympathique. Ces filets se réunissent dans la caisse du tympan, forment un plexus d'où partent des filets secondaires qui se dislribuenl dans lamembrane deia fenêtre ronde et de la fenêtre ovale, cl à la trompe d'l£ustache; en outre, les muscles tenseurs de la membrane du tympan, le grand muscle du marteau et celui de l'étrier, reçoivent des filets de la corde du tympan , qui paraît être une branche appartenant au ganglion sphéno-palatin. L'organe de l'odorat reçoit des nerfs nombreux et considérables du ganglion sphéno-palatin qu'on peut en quelque sorte considérer comme une portion du grand sympathique à cause de ses connexions intimes avec lui , tandis que la langue a des liaisons avec le grand sympathique par l'intermédiaire de? filets qui entourent l'artère linguale en forme de plexus , et de la corde du tympan qui s'anastomose avec la branche linguale de la cinquième paire. Ces diverses communications anastoraotiques, que je ne fais qu'indiquer succinctement ici, ont été décrites avec beaucoup de soin par MM. Hirzel el Arnold.

De l'extrémité inférieure du plexus ou ganglion carotidien du grand sympathique , on voit descendre devant et derrière le tronc de la carotide deux rameaux principaux qui, à leur sortie du canal qui renferme cette artère, se réunissent en un seul Ironc qui

semble lui-même se renfler pour constituer un ganj^lion fusiforme long de deux pouces environ, et qu'on nomme ganyUon cervical supérieur. Au-dessous de lui , le tronc du grand sympathique se prolonge derrière la carotide , donne quelquefois naissance au niveau de l'artère thyroïdienne inférieure à un second ganglion, lenticulaire, nommé cervical moyen, et presque inuuédiatcment à un troisième, appelé cervical inférieur , situé le long et au côté interne de l'artère vertél)rale , et communiquant avec le précédent par un ou deux filets qui passent devant l'artère sous-clavière qu'ils embrassent en formant une anse qu'on désigne communément sous le nom d'a/(sc nerveuse de Vicnssens. Immédiatement audessous du ganglion cervical inférieur, le tronc du grand sympathique pénètre dans la poitrine en formant presque aussitôt le premier ganr/lion Ihoracique, plus gros que les deux qui précèdent, et appliqué sur la léte et le col delà première côte. Ce nerf continue de se porter de haut en bas, à droite et à gauche du rachis, le long des articulations coslo-vertébrales , offre "vis-à-vis chaque espace intercostal un ganglion thoracique plus petit que le premier, et au niveau de la dernière vertèbre dorsale , il se dirige insensiblement sur la partie antérieure du corps des vertèbres, et entre dans l'abdomen en traversant l'écartemcnt qui existe entre le second et le troisième faisceau du pilier correspondant du diaphragme. Arrivé dans cette cavité, le tronc du sympathique se porte de plus en plus vers la face antérieure du rachis, s'éloignant ainsi des trous intervertébraux ; mais dans le bassin il se rapproche des trous sacrés , forme encore deux ou trois ganglions, devient de plus en plus délié, et , parvenu au coccyx , il se termine tantôt par un petit ganglion qu'on a nommé coccygien , tantôt les deux

sympathiques s'unissent en décrivant un arc dont la convexité est inférieure, et qui donne naissance à quelques filets très ténus qui se perdent dans le tissu cellulaire extérieur aux parois de l'extrémité inférieure du rectum.

Du tronc que nous venons de décrire, c'est-à-dire de chaque ganglion et dans toute la longueur du nerf, partent deux ordres de filets , comme on l'a indiqué précédemmment : les uns, qui sont externes ou anastomoliques , lient le système nerveux gaglionairc au centre nerveux rachidien , tandis que les autres sont internes ou viscératix , et se distribuent aux organes situés à la face et au col, dans la poitrine, dans l'abdomen proprement dit, et dans le bassin. Les premiers, ou les filets externes ou anaslomoliques , sont constans dans la région cervicale , à l'exception de celui qui correspond à la quatrième paire cervicale : M. Lobstein l'a vu manquer plusieurs fois. Ceux des deux premières paires sont courts et dans une direction transversale ; ils sont plus longs et obliques en bas pour les trois paires suivantes , et les autres sont courts comme les précédens. Les filets de communication des nerfs dorsaux ont tous peu de longueur, sont dirigés obliquement en bas, et assez souvent doubles pour chaque paire. Les rameaux anastomotiques des nerfs lombaires sont plus minces et plus longs que ceux des nerfs dorsaux , et l'on en trouve quelquefois deux ou trois pour une seule paire. Enfin, les filets de jonction pour les nerfs sacrés sont très courts, et souvent il en manque quelquesuns. Le mode de réunion de ces filets anastomotiques avec les nerfs rachidiens a besoin d'être exposé avec quelques développemcns. On sait que les nerfs qui se rendent à la moelle épinit^-rcse composent de deux faisceaux distincts qui président isolément à la sen-

sibilité et au mouvement; or, c'est particulièrement avec les premiers (les racines postérieures) que les ganglions rachidiens sonlen communication, en sorte que les filets anastomotiques du nerf grand sympathique qui se rendent aux ganglions rachidiens sont surtout en rapport avec les nerfs du sentiment. Ne pourrait-on pas conclure de cette disposition anatomique que les ganglions spinaux sont autant de modificateurs de la sensibilité, qui a son siège dans la moelle épinière, et que le changement qu'ils apportent dans cette propriété constitue la différence qui existe entre la sensibilité qui préside aux fonctions de la vie végétative et celle de la vie de relation ? Sans doute qu'ils ne sont pas étrangers non plus à l'isolement des fonctions locomotrices de ces mêmes organes.

Les filets internes ou viscéraux se détachent des ganglions du grand sympathique comme les précédens, et rarement du tronc intermédiaire à ces ganglions. En les examinant successivement de haut en bas, on trouve d'abord ceux que fournit le ganglion cervical supérieur, et qui sont ordinairement au nombre de six , dont deux se distribuent dans le muscle grand droit antérieur de la tète et dans le pharynx; tandis que trois autres, qui sont courts, épais et rougeâtres, se prolongent sur les artères thyroïdienne supérieure, laryngée et linguale, où ils s'anastomosent avec des filets du nerf laryngé du pneumogastrique, et forment ainsi le plexus carolidien. Le sixième rameau est long, mince, descend sur l'artère carotide, et se jette dans le plexus cardiaque : on le nomme nerf cardiaque superficiel, et il est quelquefois fourni en même temps par le nerf pneumo-gastrique. Le ganglion cervical moyen donne deux rameaux profonds à l'artère vertébrale , diffé-

rens filets à la caiolide primilivc, au corps thyroïde, à l'œsophage, et quelques autres qui dcsceudent dans la poitrine avec la Irachce-arlère, et se perdent chez l'adulte dans le tissu cellulaire qui occupe la place où se trouvait le thymus. Quant au ganglion cervical inférieur, il ne donne que très peu de filets, tandis qu'il fournit ceuxqui viennent d'être indiqués quand ii remplace le ganglion précédent, ou lorsqu'il est confondu avec lui.

Du premier ganglion thoracique sortent ordinairement sept filets qui descendent le long de l'artère 8ous-clavicre, s'anastomosent avec le pneumo-gastrique, le récurrent, le cardiaque superficiel, et constituent le plexus cardiaque, qui forme une anse nerveuse embrassant les artères sous-clavières, carotide primitive, l'innominée à droite, et la trachéeartère. Les rameaux qui naissent de ce plexus se terminent en partie dans les parois des gros troncs vasculaires et dans le cœur, où l'on en remarque deux plus gros, qu'on nomme cardiaques profonds , dont l'un est externe , plus volumineux , renflé au niveau de l'origine de l'artère innominée, et divisé eu trois rameaux distingués en antérieur, moyen et postérieur : le premier est la continuation du tronc; il contourne l'aorte à son origine, s'anastomose avec le rameau droit du nerf cardiaque gauche, fournit des filets aux fibres musculaires de l'appendice auriculaire de l'oreillette droite, et accompagne l'artère coronaire droite en formant un plexus qu'on peut appeler coronaire droite ; le second rameau est très profond, et près de l'insertion de l'aorte et de l'artère pulmonaire dans le cœur, il s'unit à des filets du nerf cardiaque gauche, et forme un plexus coronaire gauche en accompagnant l'artère de ce nom ; le troisième rameau se distribue à l'artère pulmonaire. L'autre

nerf cardiaque profond est interne, communique par quelques filets avec l'externe, se porte vers la branche gauche de l'artère pulmonaire, et se termine là dans le plexus coronaire gauche. Du côté gauche . il n'existe le plus souvent qu'un seul nerf cardiaque profond, qui se subdivise en deux filets, l'un pour la branche gauche de l'artère pulmonaire ; Vautre qui se rend au tronc de cette même artère, et envoie quelques filamens nerveux aux plexus coronaires.

En comparant attentivement les nerfs cardiaques de l'un et l'autre côté, on voit qu'à droite ils sont plus prononcés , et fournissent des filets à toutes les parties du cœur, tandis qu'à gauche ils semblent n'clrc qu'accessoires et destinés à renforcer les plexus formés par les premiers , quoique leur entrecroisemont à la base du cœur soit tellement multiplié qu'il est bien probable que le cœur reçoit sur ses deux faces des filets des nerfs cardiaqucsgauches et droits. Tous CCS filets nerveux sont aplatis, rubanés, et collés ainsi sur les parois des vaisseaux: ils se terminent évidemment dans lo tissu musculaire du cœur, ainsi que Scarpa , et après lui Lobslein , l'ont reconnu.

Les autres ganglions Ihoraciqucs donnent des filets qui se répandent sur le tronc de l'aorte en se prolongeant d'abord sur les artères intercostales qu'ils accompagnent jusqu'à leur insertion ; depuis le sixième jusqu'au onzième, on voit se détacher de plusieurs de ces ganglions, trois, quatre ou cinq rameaux qui descendent au devant du rachis, et constituent par lf*ur réunion un tronc qu'on nomme nerl' grandsplancknique qui pénètre dans l'abdomen en passant derrière le pilier du diaphragme, tandis que les derniers ganglions de celle même région donnent aussi naissance à un autre nerf moins constant, moins volumineux , nommé pclil splanchnique, qui cuire de la

même manière dans l'abdomen où il se termine dans le plexus solaire. Enfin , le onzième et le douzième ganglion thoracique fournissent un troisième rameau qui arrive aussi dans la cavité du bas-ventre en traversant les piliers du diaphragme, et qui se perd dans le plexus émulgent; on le nomme pour cela nerfrénal.

Quand le nerf grand splanchnique est arrivé dans l'abdomen, il se termine en un gros ganglion qu'on appelle semi-lunaire, et qui se trouve placé sur les piliers du diaphragme entre les capsules surrénales et l'aorte; quelquefois, au lieu d'un ganglion unique, il y en a plusieurs réunis par des rameaux épais et courts. Quoi qu'il en soit, le ganglion semi-lunairo d'un côté communique toujours avec celui du côté opposé par des rameaux nombreux, adhérens à l'aorte ventrale et au tronc cœliaque , d'où il résulte un plexus considérable, désigné depuis longtemps sous les noms de cœliaque ou solaire, qui envoie des prolongemens sur les artères nées du tronc cœliaque , lesquels constituent à leur tour des plexus secondaires nombreux que nous allons décrire rapidement. 1" Le plexus coronaire stomachique, dont les filets suivent les rameaux postérieurs de l'artère de ce nom, se joignent au pneumogastrique droit avec lequel ils forment une anastomose qui donne naissance à huit ou dix filets ténus qui se distribuent à la face postérieure de l'estomac, et se terminent dans sa membrane muqueuse. 2'^ hc pleœus splénique, composé de deux faisceaux qui, provenant, l'un du cordon stomachique droit, l'autre du ganglion semi-lunaire gauche, accompagnent toutes les divisions de l'artère splénique, et se répandent dans la rate. 3" Le plexus hépatique, formé de deux plexus distingués par Walther en antérieur et postérieur : le premier, provenant du gan-

glion semi-lunaire gauche, de quelques filets de celui du côté droit, et du cordon stomachique de ce même côté, comprend de nombreux (ilets dont les uns, accolés à l'artère gaslro-duodénale , se rendent avec elle au duodénum et au pancréas ; les autres se distribuent au canal cholédoque, tandis que la plupart pénètrent dans le foie avec l'artère hépatique dont ils accompagnent les ramifications : le second plexus ou le postérieur, formé spécialement par le ganglion semi-lunaire droit, entoure la veine porte, s'introduit ainsi dans le foie, s'anastomose avec les filets du plexus antérieur, et se termine avec eux sur les parois des artères hépatiques. 4" Le plexus mésentérique supérieur, le plus considérable de ceux qui émanent du plexus solaire, entoure l'artère mésentérique supérieure, et accompagne toutes ces ramifications; il se distribue ainsi à tout l'intestin grêle et en partie au gros intestin : un de ses rameaux descend le long du rachis, se porte sur l'artère mésentérique inférieure, et s'anastomose avec les filets du plexus rénal et du tronc du nerf sympathique lui-même. Le plexus mésentérique supérieur est formé par cinq filets naissant du ganglion semi-lunaire droit, par sept environ qui proviennent du ganglion semi-lunaire gauche, et par le cordon stomachique droit. 5° Le plexus rénal, formé en partie par le nerf rénal décrit plus haut, provient, en outre, du ganglion semi-lunaire du côté correspondant, et ne reçoit que quelques filets du plexus solaire. Les rameaux de ce plexus embrassent l'artère rénale du même côté, et accompagnent ses divisions dans l'intérieur des reins. Les veines rénales n'en reçoivent aucun , mais plusieurs se continuent sur l'uretère dans les parois duquel ils se terminent. 6° Du plexus rénal sortent trois ou quatre filets très déliés qui se prolongent sur les artères testiculaires

et ovariennes, cl conslihienl le plexus spcrmaliijve , qu'il csl le plus sou^enl tlilTicile île bien voir, parce que la ténuité des filets qui le composent empêche de pouvoir les suivre jusque dans le L-assin ou jusqu'à l'anneau inguinal. 7" Lesdcux ganplions semi-lunaires avec le plexus rénal correspondant fournissent encore de l'un et l'autre colé des rameaux très considérables relativement au volume de la capsule surrénale dans laquelle ils ee rendent, et qui constituent ce qu'on nomme à tort plexus surrénal, car ces filets ne s'entrelacent point ensemble, et se rendent directement à l'organe sans se diviser, et sans être bien unis aux vaisseaux qu'ils accompagnent et qu'ils surpassent en grosseur. 8" Enfin, un dernier plexus fourni par le plexus solaire est celui qu'on nomme diaphragwatiqitc, et que forment ces filets qui se portent en baut, à droite et à gaucbe, sur les piliers du diaphragme, et gagnent l'artère diaphr.igmatique inférieure dont ils suivent toutes les ramifications.

Parmi les autres filets xiscéraux qui émanent du grand sjmpathique dans l'abdomen et le bassin, les uns fe rendent dans le ple\us rénal , les autres entourent l'aorte au-dessus de sa division en iliaques, un plus considérable se joint au filet fourni par le plexus mésontérique supérieur pour former le plexus î//mocoiique eu mcscnlèrique ùifcrtcur, qui se distribue au colon gauche et à l'S iliaque; un ou deux autres rameaux se séparent du tronc du grand sympathique et de quelques ganglions lombaires, forment au devant du rachis un p'exus nommé hypogasiriqnc , qui descend dans le bassijj le long du sacrum, et donne de nombreux filets qui se joignent à ceux des nerfs sacrés , et se distribuent au rectum , à la vessie , aux vésicules séminales chez l'homme, aux ovaires, à l'utérus et à la partie supérieure du vagin chez la

femme. Enfin, la portion terminale ou sacrée du nerf svnipalhique donne naissance à plusieurs filols très ténus qui se perdent dans le tissu cellulaire île la partie inférieure du bassin derrière le rectun) , et dont plusieurs se jettent dans le plexus hypogastrique.

On voit, d'après cette description du nerf grand sympathique, que les artères ne sont pas les seules parties qui en reçoivent des filets, puisque nous l'avons vu st distribuer dans le tissu musculaire du cœur et des nitcstins, dans la membrane muqueuse gastro-intestinale et génilo-urinaire. Les ligamens, les os même d» rachis en reçoivent aussi des ramifications, de méaie que les muscles longs du cou, le diaphragme et les intercostaux, tandis qu'on n'en rencontre pas dins les veines, les vaisseaux et les ganglions lymplatiqucs , ainsi que dans les membranes séreuses.

On trouve le système nerveux viscéral dans tous les animaux, mais il n'est isolé que dans les vertébrés : il consiste ea un filet très délié sans ganglions ou avec un petit lombre, dans les poissons; il est plus vlislinct dans hs reptiles, où il réunit entre eux ies neHs vertébraux, et pénètre dans le crâne uni au pneumogastrique. Dans les oiseaux, le nerf grand sympathique entre dans le crâne avec les nerfs pneumogastriques etglossi)pharyngiens, s'anastomose avec la cinquième et la sisème paire, semble interrompu au cou parce qu'il est là contenu dans le canal vertébral , et devient ensuite très distinct et ganglionaire dans le thorax etl'abdoaien, se prolongeant jusqu'aux vertèbres caudales. EnOn , dans les mammifères, il diffère peu de ce qu'il est chez l'homme.

On connaît relativement au mode de développement du svsièrae nerveux l'opinion de Meckcl, qui

rog;arde comme à peu près démontré que la moelle épiiiière est la parlie de ce svsicine qui parail la première lors de la formation de l'embryon taudis que IJét'lard pense que les ganglions rachidiens el les nerfs se forment avant la moelle. Suivant Ackermann, au contraire, le nerf sympathique est nécessairement la première partie formée, parce que le C(rur, organe dans lequel l'énergie vitale réside au plus haut degré , est le centre de la vie organique; mais rien ne prouve cette antériorité oe développement du grand sympathique, qu'on voit se former au devant de la moelle épinièrc , sous 7a forme d'une série de ganglions qui communiqueal entre eux et avec le centre rachidien par des cordons médullaires ; aussi le nerf sjmpalhique offre plas longtemps le caractère distinctif des formes secondaires, et le conserve même pendant toute la durée de l'existence de l'indiyidu, puisque les différentes masses ganglionaires qui le constituent ne se confondent pas en une seule , et présentent ainsi une série d'organes distincts, plus ou moins rapprochés, comme dans le système nerveux des animaux invertébrés. Cette réunion incomplète , qui ne s'opère qu'imparfaitement, peut même faire admettre que cet appareil se forme plus tard que l'encéphak', les parties qui le composent étant encore plus distantes , plus écartées que celles de ce dernier organe. Quoi qu'il en soit , le nerf grand sympathique est déjà très visible dans, l'embryon de trois mois; ses ^'anglions sont très apl'arens cl de la même couleur que celle qu'ils ont chez l'adulta; ils semblent même proportionnellement plus gros , à l'exception cependant des ganglion» semi-Innaires qui ne sont pas aussi parfaits que les autres , et dont le développement parait s'effectuer plus tardivement. EnOn, àpartir de celte époque.

le système nerveux viscéral se perfectionne de plus en plus , et suit dans sa formation une marche analogue à celle des organes auxquels il se distribue. Dans la vieillesse, il subit des changemens qui correspondent à ceux que j'ai signales pour le centre cncéphalo-rachidien ; les ganglions sont plus pâles, moins abreuvés de sucs; les filets qui en émanent paraissent moins nombreux, plus déliés, de sorte que cette atrophie sénile coïncide avec la lenteur et la diminution d'énergie des fonctions organiques en général qu'on observe à cette époque avancée do la vie. »

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