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DEUXIÈME PARTIE

Physiologie du système nerveux.

§ I. Des fonctions du systkme nerveux envisagé d'une manière générale.

Le rôle du système nerveux dans l'économie animale semble d'une telle importance que beaucoup de physiologistes n'hésitent point à accorder une sorte de prééminence aux fonctions de ce système sur celles des autres organes. Il est certain que l'influence des agens de ^inner^ation , soit que l'on ait égard à la variété, au nombre , à la nature des actes, s'étend à la presque totalité des phénomènes de la vie, et l'on trouverait difficilement sur l'homme un autre appareil dont l'empire fût aussi universel et aussi absolu.

L'homme doit le sentiment de son être, de son existence , à la spécialité d'organisation du système ner\cux; car c'est au sein de ce système qu'a lieu l'action moléculaire qui engendre la sensation, el que se passent les phénomènes que l'on est convenu d'appeler phénomènes de conscience. Au sein de ce

système se forment également les modifications matérielles intimes et innombrables qui correspondent aux diverses manifestations de la pensée ou aux exercices qualifiés d'intellectuels, qui correspondent à la manifestation des penchans, des aptitudes, des facultés affectives, de sorte que les facultés de l'esprit et de l'àme, comme on a coutume de les désigner dans le langage abstrait, ne sont que la représentation fonctionnelle, que le reflet des associations moléculaires qui se succèdent dans un temps donné dans la profondeur des ganglions pulpeux intra-cràniens. L'incitation qui fait contracter la libre musculaire sous l'influence de la volonté, l'incitation qui fait entrer celle même fibre en mouvement sans la participation du wk«, et quelquefois à son insu, ou la contracliiilé proprement dite , prennent encore naissance dans les appareils de l'innervation. Enfin le sj'slème nerveux tient sous sa dépendance le sommeil, la veille, les phénomènes respiratoires, envisagés sous le rapport des actes musculaires ou des actes chimiques, les phénomènes de la circulation envisagés dans le cœur, les artères, les veines et jusque dans les vaisseaux capillaires. La calorilication ou la faculté de produire une certaine dose de calorique, quel que soit l'état des milieux environnans , l'absorption, la sécrétion glandulaire, la transpiration, l'exhalalion pulmonaire et cutanée, la faculté de décomposer l'aliment pour le convertir en chyme et en chyle; la nutrition, les phénomènes de la reproduction dépendent des agens de l'innervation ou se ressentent de leur influence. C'est incontestablement par l'intermédiaire des rayonneniens des centres nerveux que s'affcctuc la transmission des phénomènes sympathiques.

Cette diversité d'opérations de la part du système

nerveux siirflrait, a>cc les considérations empruii- Ices à ranatouiie , pour nous porler à conclure hardiment que les aptitudes fonclionnclles doivent varier dans les différentes portions de ce système. Nous verrons par la suite que les faits empruntés à l'observation chirurgicale, à l'cxpérimenlalion , à l'analomic pathologique , à l'étude des i|ffeclions nerveuses, prouvent tous, sans réplique, que la lâche qui est imposée aux ganglions pulpeux , aux nerfs cérébro-spinaux , aux nerfs de la vie organique , n'est pas, au moins sous beaucoup de rapports, le moins du monde comparable. L'on sait positivement que le siège des facultés intellectuelles et affectives, par exemple, est limité à la portion encéphalique de l'axe cérébro-spinal; que le point de dépari de l'incitation qui suscite les mouvemens volontaires n'est pas le même que le point de départ de l'incitation in\olontaire ; que les nerfs qui i>résident à la fonction de la motiiité ne sont probablement pas les mêmes que ceux qui président à la transmission des impressions; que tous les points du système nerveux ne sont pas sensibles; qu'il en est qui ne répondent pas aux irritations directes dont le but est d'exciter la convulsion fibrillaire; qu'un nerf aj)te à transmettre l'impression des corj)s lumineux n'est point imprestionné par les vibrations du son; que les nerfs du jioùt ne sont point affectés par la présence de» odeurs; que le point d'où émane la force qui met en jeu les mouvemens respiratoires involontaires diffère de celui où réside le principe de l'action involontaire des organes de la circulation , des nniscles érecteurs ; que les impressions viscérales ne sont point Iransn)ises de la même manière à travers les filets des nerfs ganglionaires ; que les impressions cutanées le sont à travers les filets sensitifs des nerfs encéphale-

rachidiens. Enfin toutes les fonctions de conservation paraissent s'effectuer la plupart du tiMnps sous l'influcnce spéciale d'une portion limitée de l'appareil de riniicrvation.

Une remarque importante , que nous devons consigner ici, c'est que le retranchement d'une partie dans le système nerveux suffit quelquefois pour développer ou pour mettre on évidence dans quelquesunes des parties restantes dos aptitudes fonctionnelles qu'elles ne semblaient pas posséder avant l'opération; de sorte qu'il n'est pas permis de conclure que tous les effets observés dans le système nerveux d'un animal modifié par des vivisections se fussent manifestés de la même manière si l'animal fût resté entier.

L'on se demande souvent si le système nerveux constitue un ap|)areil unique, dont les diverses partics seraient disposées pour fonctionner sous vine dépendance mutuelle; ou bien s'il existe deux ou plusieurs systèmes nerveux indépoiulans dans leurs actes? Pour résoudre ces questions, il faut bien distinguer la diversité, la pluralité des rôles d'avec leur indépendance ; l'indépendance absolue d'avec l'indépendance relative; l'indépendance accidontellc , éventuelle, d'avec l'indépendance habituelle. Pendant longtemps, l'unité du système nerveux n'a guère été contestée , attendu qu'il semblait démontré que les actes de l'innervation s'enchaînent d'une manière plus ou moins nécessaire ; que le tout obéisse à l'influence de chaque partie, chaque partie à l'influence du tout. Depuis un demi-siècle, mais surtout depuis Vichal, l'on a souvent mis en opposition les iictes qui s'accomplissent au sein des ganglions pulpeux, dans les nerfs qui président à l'exercice de la sensibilité, des mouvemens volontaires, avec ceux

qui s'accomplissent dans le système nerveux ganglionaire ; et comme les opérations de la sensibilité, la volition, la manifestation des lacullés morales et inlellecluelles qui émanent de l'axe cérébro-spinal ou de ses divisions rayonnantes, offrent une différence frappante avec les phénomènes que l'on at- Irilme au grand sympathique , et qui se rapportent l)rincipalement à la nutrition des organes, quelques physiologistes se sont crus fondés à admettre au moins deux systèmes nerveux distincts, liés seulement par des communications réciproques, imposant aux ganglions pulpeux et aux nerfs incitatcurs le nom de niisièmc nerveux de la vie animale ou de relation , aux ganglions granuleux et aux filamens qui s'y rattachent le nom de syslème nerveux de la vie organique. Mais il est clair que l'espèce d'opposition que l'on signale dans la nature de l'exercice fonctionnel de ces deux prétendus systèmes n'est pas suffisante pour juslifierune séparation absolue de leurs actions, qui ne peuvent s'accomplir quelquefois que par la coopération des deux appareils nerveux réunis. Il est sans aucun doute des phénomènes qui émanent uniquement de l'un ou de l'autre sjsième nerveux; mais, lorsqu'une impression morale subite accélère ou ralentit les batlemens du cœur, provoque une sécrétion alvine abondante ; lorsque le pincement d'un ganglion granuleux ])rovoque les cris d'un animal, que des sensations douloureuses ont leur siège dans des organes profonds et qui reçoivent leurs nerfs du Irisplanchnique , l'on ne peut méconnaître la dépendance momentanée qui lie alors le grand sympathique à l'encéphale, l'encéphale au grand sympathique : seulement il importail à la conservalion de notre être que cette dépendance ne fût pas

trop étroite , et l'on ne peut qu'admirer la nature qui en a posé les limites.

L'on réiule aussi , sans beaucoup d'efforts , les argumcns qui semblent au premier abord parler en faveur de la pluralité d'un certain nombre de systèmes nerveux indépcndans. L'on ne peut nier que le cerveau, séparé accidentellement de la moelle épinière , ne continue dans quelques cas à exécuter des opérations inteilecluelles très compliquées ; que la sensibililé , rinteliigence , la spontanéité du mouvement ne puissent disparaître ou persister isolément dans les lobes cérébraux ; que l'exercice d'un sens, un mouvement volontaire isolé, ne puissent s'éteindre seuls ou survivre à l'exercice des autres sens , des autres raouvemens ; qu'une faculté affective, un penchant ne puissent exister ou disparaître indépendamment des autres facultés, des autres pencbans, des autres instincts: il est des circonstances aussi où la moelle épinière isolé du reste de l'encéphale parait sensible aux impressions extérieures , semble susciter des mouvemens volontaires , où elle continue à cntrelenir assez longtemps les mouvemens du cœur, à présider aux actes de la respiration, à enlrelcnir la sécrétion de l'urine, du sperme, l'érection du pénis, etc. : où elle provoque des phénomènes musculaires convul-ifs ; les nerfs de la vie animale eux-mêmes font entrer les membres en convulsions sous l'influence d'une stimulation locale, après qu'Us ont cessé d'être en rapport avec les principaux centres du système nerveux. Mais ces faits , et cent autres que l'on peut facilement accumuler, n'établissent point l'indépendance d'action des diverses parties des agens de l'innervation dans l'état normal, lorsque toutes ces parties se

liennent , sont attachées les unes aux autres. Ils sont bons tout au plus pour démontrer la pluralité des pièces, la possibilité de détacher quelques pièces du tout, de les convertir pour un instant en systèmes isolés en les réduisant à leur rôle propre. La preuve que, dans l'état naturel, la connexion du tout est indispensable à l'acconiplisscnient de beaucoup de phénomènes nerveux , c'est que pendant longtemps l'on a pu croire que toutes nos idées nous venaient par les sens , soit internes , soit externes. Ce qui est positif, c'est que la vue d'un objet , c'est qu'un son qui frappe subitement l'oreille , suffisent quelquefois pour exciter un travail intellectuel auquel, sans l'une ou l'autre de ces sensations, le cerveau ne se fût peut- être jamais livré : l'on connaît aussi l'influence des fausses sensations sur le raisonnement qu'elles égarent complètement. Rappelons aussi les effets de la douleur physique , de la douleur morale, qui suffisent dans quelques cas pour exciter des convulsions générales. Les pensées éroliqucs suscitent l'érection , l'érection fait naître des rêves amoureux ; certains souvenirs font monter le sang à la face, jaillir la salive. La destruction des hémisphères cérébraux entraîne en grande parlie la disparition du mouvement et de la sensibilité ; l'irritation de la moelle allongée fait convulser tous les nuiscles des membres, la destruction d'une portion de l'axo nerveux rachidien suffit pour affaiblir l'énergie du cœur , pour suspendre l'action pulmonaire ; la nutrition languit dans un nerf qui a cessé de communiquer avec les ganglions pulpeux , etc. Que conclure de tous ces argumens , si ce n'est que , dans l'état sain , le système nerveux représente un instrun»ent unique? Évitons donc, avec un soin égal, d'adopter le raisonnement des physiologistes qui ue

tiennent compte que îles actions partielles ou que des actions d'eascmi)lc du syslènio nerveux , et lâchons de bien apprécier ce que peut une partie avec ou sans le tout , ce que peut le tout avec ou sans une partie ; comment plusieurs systèmes peuvent se lier pour constituer un seul appareil ; connnonl chaque pièce, en se détachant du syslènïc général, peut fonctionner à titre de système particulier. Dorénavant , nous saurons tout de suite à quoi nous en tenir sur la véritable signification des discussions relatives à l'unité ou à pluralité des centres ou des systèmes nerveux.

L'on peut estimer jusqu'à un certain point le degîé d'importance des différentes portions de l'appareil nerveux, en prenant en considération et la nature des fonctions auquel chacune d'elle préside en propre, et le mode d'influence que chacune exerce sur les fonctions du reste de l'appareil. Le cerveau, qu'on le considère comme un organe unique ou comme une réunion d'organes, occupe un rang très important dans le système nerveux , puisque les hémisphères cérébraux sont le siège des facultés intellectuelles, des qualités affectives, le point de départ de l'incitation musculaire volontaire, le réservoir de toutes les impressions, et le lien commun d'une multitude d'autres phénomènes nerveux. Mais chaque faculté de l'intellect, chaque aptitude, chaque penchant, l'exercice de chaque sens, l'exercice des principaux mouvemens de relation peuvent cire abolis, une grande partie du cerveau peut même ne pas exister ou disparaître , sans que la vie soit directement attaquée ou compromise. L'importance du cordon nerveux rachidien est tout aussi évidente qnc celle des ganglions pulpeux inlra-cràniens , car la moelle épinièrc est chargée de transmettre aux

nerfs incilateurs la stimulation qui doit agir sur la flbre contractile, est chargée de conduire au cerveau les impressions sensoriales, est chargée d'intervenir dans les actes delà respiration, d'activer l'action du système nerveux ganglionaire sur la circulation du sang, sur la nutrition des tissus, etc. Cependant l'axe nerveux rachidien peut encore être détruit jusqu'à une certaine hauteur sans que la vie s'éteigne immédiatement. Il existe au contraire dans la moelle allongée, vis-à-vis de l'endroit où naissent les nerfs de la huitième paire à peu près, un segment dont l'importance paraît l'emporter sur celle de foutes les autres portions du système nerveux. La destruction de ce point anéantit aussitôt les fonctions respiratoires, et fait cesser presque subitement l'existence des animaux. L'office des nerfs de la vie animale se borne à peu près à celui de conducteurs, et, à part quelques exceptions, le rôle de ces organes peut comparativement passer pour secondaire. L'office du système nerveux de la vie organique s'étend à toutes les fonctions végétatives ; ce ne pourrait donc pas être impunément que l'exercice fonctionnel du trisphanchnique serait suspendu. Mais , sur l'adulte, l'intégrité du système nerveux ganglionaire devient insuffisante à l'entretien de la vie, lorsque les ganglions pulpeux sont anéantis depuis un certain nombre d'heures; il est donc probable que l'importance du grand sympathique lui est en grande partie communiquée, et qu'elle n'est pas inhérente à ses ganglions et à ses filets, comme la facullé de sentir et de penser est inhérente à la fibre cérébrale.

La nature des conditions matérielles diverses que l'on suppose coïncider avec la manifestation des différens actes intellectuels ou moraux, avecla yo-

lilion d'un mouvement isolé, d'une série de mouvemens, avec la perception d'une sensation spéciale, de plusieurs sensations déterminées, avec la transmission de l'incitation cérébrale aux muscles, la transmission des impressions à l'encéphale, n'est point appréciable par les sons. L'e\amen auquel on soumet la substance cérébrale, la substance de la moelle épinière, le tissu des nerfs, au moment où un animal très élevé par son organisation éprouve et manifeste une vive douleur, de la colère, fait des mouvemens musculaires très étendus, ne fait rien découvrir d'extraordinaire dans l'état de ces parties. L'observation ne fournit pas sur l'homme de résultats plus satisfaisans. L'on sait cependant que l'acte de l'innervation, quoique très prompt, ne s'effectue pas tout-à-fait instantanément; que les impressions cheminent de dehors en dedans; que l'incitation destinée à la fibre musculaire chemine de dedans en dehors. Toutes les explications que l'on donne du mécanisme des phénomènes nerveux sont donc en {itrande partie fondées sur des suppositions, ou sur des raisonnemens. L'on explique la formation et la succession des idées en admettant qu'il se forme dans l'encéphale des combinaisons matérielles spéciales, que l'on suppose se succéder avec une rapidité inconcevable. A certaines modifications moléculaires, correspondent, dit-on, certaines idées, à des modifications d'un autre ordre, des modifications analo- •^ues dans la nature des pensées. Les différentes qualités affectives et morales seraient également représentées par autant d'associations moléculaires différentes de la substance cérébrale. D'après Mallebranche , la diversité des phénomènes sensitifs et intellectuels est liée à la différence des ébranlemens éprouvés parla fibre encéphalique. Ch. Bonnet, qui

a lente aussi, lui, d'expliquer tous les plidnomènes psychologiques en les alli ibuanl aux variations que subit rinslrumenl de la pensée, suppose une succession continue de mouvcmens ou d'ébranleraens, soil dans les fibres, soit dans les molécules des ganglions pulpeux inlra-cràniens. Mais la crainte de nous égarer dans le champ des hypothèses, nous empêche de passer en revue les explications qui ont été consignées par centaines dans les ouvrages des philosophes anciens et modernes qui traitent du mécanisme de nos facultés intellectuelles.

Le désir d'expliquer le mécanisme de la transmission des impressions sensoriales et de l'incitation cérébrale à travers la fibre nerveuse rayonnante a aussi fait naître des théories qui sont loin de toujours satisfaire la raison. L'on a comparé les nerfs à des fils tendus, interposés entre les centres pulpeux et les parties situées à l'autre extrémité du rayon , ajou tant que ces organes étaient susceptibles de vibrer comme une corde d'instrument, el de transmettre, suivant le point de départ de la vibration , soit des impressions , soil l'incitation motrice. L'on a dit que les fibres des nerfs étaient contournées en spirales , susceptibles de se dilater et de revenir sur ellesmêmes ; qu'elles formaient des plis susceptibles de s'effacer et de reparaître en vertu d'un mouvement de retrait ; l'on a enseigné que le tissu des nerfs était représenté par de petites sphères globuleuses disposées^en séries linéaires qui propageraient les ébranlemens de la volonté , les cbranlemcns des corps extérieurs , comme l'air propage les ébranlemens que lui imprime un timbre métallique. L'on a affirmé que les nerfs représentaient des canaux ou des tubulures affectés à la circulation d'une matière liquide qui se mouvait en sens inverse , suivant que

l'impulsion lui était communiquée à l'origine ou à la terminaison du cordon nerveux ; l'on a discuté pour savoir si ce liquide était de nature aqueuse , albumineuse , s'il possédait des qualités propres , et s'il méritait le nom de suc nerveux. L'on s'est demandé si les interstices du tissu némcrtaire n'étaient point occupés par un fluide subtil et gazeux ; si ce fluide était de nature élhérée; si on devait le comparer à l'air atmosphérique, au principe du feu, de la lumière, de l'électricité, de l'aimant, s'il possédait une essence distincte, et si c'était avec fondement que les philosophes anciens avaient supposé l'existence des esprits nerveux ou animaux ( Ilallcr, Physiologie, t. IV, p, 240 et suiv.)' La science n'a que peu à gagner à l'examen et à la discussion des opinions et des problèmes dont je viens de faire un lidèle exposé.

L'on réfute la théorie qui attribue la transmission des impressions et de l'incitation musculaire à un effet de vibration, en faisant observer que les nçrfs sont mous à leurs deux extrémités, qu'ils ne sont ni isolés ni tendus pendant leur trajet; que , les vibrations devant se communiquer aux branches comme aux ramuscules , il devient impossible d'expliquer les raouvemens partiels. Les nerfs, ne possédant point de fibres contournées , n'étant point plissés suivant le sens de la longueur, ne peuvent subir ni un allongement ni un raccourcissement pendant leur exercice fonctionnel : aussi , en examinant ce qui se passe sur un nerf que l'on a isolé, et tandis qu'il est traversé par des impressions, qu'il obéit à l'incitation cérébrale , l'on n'y découvre aucun changement do longueur. L'hypothèse qui attribue l'action des nerfs à un effet de ressort n'offre donc pas de probabililé en sa faveur. L'on peut en dire autant de celle qui

suppose que l'aclc de la transmission est dû au mouvement oscillatoire de petites sphères formant dans les canaux nerveux une chaîne sensible à la moindre percussion, à la moindre incitation locale, cette hjpothèse faisant supposer que ces sphères sont libres à l'intérieur des tubes, que leur contact ne subit jamais aucune interruption. Or, il est difficile de prouver que les nerfs possèdent des globules oscillans, exempts d'adiiércnces , dont les rapports de conliguité ne s'altèrent jamais, même lorsque le tube s'infléchit vers les ganglions. La circulation d'un liquide dans les nerfs n'expliquerait pas la rémittence des phénomènes de transmission, à moins de supposer que ce liquide offre des périodes de repos : dans celte hypothèse comment concevoir que le liquide, devenu immobile, puisse recommencer à se mouvoir avec l'instantanéité et la rapidité qu'exige la transmission d'une impression tactile, par exemple, ou de l'incitation motrice? Beaucoup d'autres objections s'opposent également à ce que l'on admette que les phénomènes de la motilité et de la sensibilité sont dus à un mouvement circulatoire du suc nerveux; que ce suc, en supposant qu'il existe sur l'homme, soit ou non susceptible de déplacement.

L'intervention d'un agent éminemment subtil, tel que le fluide électrique , pour produire l'excilement qui correspond à la sensation et à la contraction librillaire, étant admise depuis quelques années par un grand nombre de physiologistes, nous devons examiner si l'on est réellement fondé à attribuer les actes de l'innervation à l'inlluence de l'électricité sur le système nerveux. ISous rapporterons d'abord les raisons qui tendent à faire croire que le fluide électrique joue un rôle direct dans les actes

de l'innervalion. L'on a coutume de faire observer avant tout que la promptitude d'action de l'agent électrique répond à merveille à celle des phénomènes de transmission qui ont lieu pendant l'exercice de la sensibilité et du mouvement volontaire, ajoutant que ce fluide peut être dégagé et lancé instantanément. L'on l'ail remarquer ensuite que l'agent électrique peut exister à l'état libre dans l'économie animale, puisque certains poissons étourdissent leur proie par des décharges électriques; qu'il n'y a point à se méprendre sur la nature de l'élément qui est sécrété par l'appareil spécial que possèdent ces animaux , puisque l'on peut soutirer le fluide électrique qu'ils dégagent, et s'en servir pour exciter des convulsions musculaires sur d'autres êtres vivans; que l'on peut aussi, à l'aide d'un électroscope , constater l'existence d'une certaine quantité de fluide électrique à la surface de notre peau et de nos membranes muqueuses ; que l'incitation de la volonté, que la présence du cerveau active manifestement, sur les poissons engourdissans, la production du fluide électrique, qu'il se dégage aussi de l'électricité lorsque l'on place en contact une portion de nerf cl une portion de muscle ; que la recomposition subite du fluide électrique, quand elle a lieu dans le voisinage d'un nerf, sur le vivant et peu de temps après la mort, excite de violentes convulsions; qu'elle cause de la douleur aux êtres animés; qu'elle peut provoquer la défécation , l'érection du pénis ; rétablir le cours de la digestion interrompue par la section du nerf pneumogastrique, remédier à des paralysies de la sensibilité et du mouvement.

L'on peut répondre sans peine à ces argumens . qui sont susceptibles d'être réfutés un à un , et in-

sufûsans pour prouver que les phénomènes de l'innervation sont (lus à l'action de l'électricité. Ne peut-il pas se faire, en effet, que le don d'une certaine quantité de fluide électrique ait été accordé à quelques poissons, uniquement à titre de moyen de défense, ou comme une ressource contre le besoin? En admettant qu'il fût suffisamment constaté que lo fluide électrique est sur ces poissons l'agent de la sensibilité et du mouvement, il ne s'ensuivrait pas de là que l'électricité fût appelée à jouer le même rôle sur l'homme qui est dépourvu d'un appareil électrique spécial. Il n'est pas surprenant que l'influence du système nerveux active , sur les poissons cngourdissans, le jeu de l'appareil qui sécrète l'électricité, puisque le système nerveux tient toutes les fonctions de sécrétion sous une dépendance incontestable. Le fluide électrique que l'on sait exister à l'état libre à la superficie de notre corps peut n'être pas affecté à l'exercice de la sensibilité ; si l'on suppose qu'il existe ordinairement du fluide électrique dans les canelures des filets nerveux , l'on ne conçoit point comment il ne s'échappe pas à travers les tissus voisins qui ne possèdent aucune propriété isolente ; que si l'on admet que l'électricité n'intervient qu'au moment de l'action nerveuse , l'on no conçoit pas comment la volonté peut régler la dispersion du fluide électrique à travers le tissu nerveux; d'ailleurs l'électroscope ne signale aucun choc électrique dans nos nerfs , au moment où nous sentons et où nous imprimons des inouvemens volontaires à nos membres , tandis que cet instrument do physique indique bien la recomposition du fluide électrique au sein des nerfs que l'on stimule à l'aide d'une étincelle électrique provenant du dehors. Les

sensations el les niouvcniens provoqués par le contact d'une électricilé artificielle ne sont véritablement pas à comparer à nos sensations naturelles, à nos mouvemcns d'ensemble. Sans doute le fluido électrique peut stimuler les nerfs paralysés, stimuler la fibre musculaire intestinale, les muscles érecteurs, les forces de la digestion ; mais ce n'est pas le seul agent qui soit doué d'une propriété stimulante, et il .V a loin de celte propriété au pouvoir que suppose l'accomplissement des phénomènes sensitifs et moteurs envisagés dans l'élat normal. Quant au fait du dégagement d'électricité qui s'effectue lorsque l'on Buperposc un muscle et une portion de nerf, il est sans importance réelle, puisque l'on peut employer à la formation des piles électriques une multitude de substances organiques ou non organisées. Cependant Cuvier, qui connaissait mieux que tout autre la portée des raison nemens et des faits que l'on oppose à la théorie des effets nerveux expliqués par l'intervention de l'électricité , n'hésitait pas à enseigner que tous les phénomènes de l'innervation s'opèrent par l'intermédiaire d'un agent fluide existant dans les interstices de la substance nerveuse. D'après Cuvier, ce fluide subirait des altérations dépendantes, soit delà nature des excitans extérieurs, soit de l'action cérébrale ; et ces altérations décideraient , foit de la nature des sensations , soit de la nature des mouvemens. L'action d'un seul filet nerveux semblait explicable au savant que nous venons do citer; car il admettait que le fluide pouvait cire modifié dans une fibre nerveuse prise isolément. Dans celte hypothèse un seul et même fluide peut suffire à l'exercice des actes intellectuels, des actes de la vie de conservation, etc., pourvu qu'il soit

déposé dans des inslrumens qui diffèrent par le mode de slruclure , cl qui exercent chacun un mode spécial d'action sur les particules du fluide.

Suivant quelques plnsiologistes, l'agent électrique est soutiré par notre corps du réservoir commun ; il est extrait du sang par le syslèmenerveux tout entier. Une fois qu'il est sécrété, il peut encore circuler avec le sang qui lui emprunte peut-être son action vivifiante et stimulante. 11 s'épuise, dit-on, dans les nerfs par la continuation d'une impression vive de douleur ou de plaisir local ; par un exercice musculaire forcé; il s'épuise , dit-on , dans le cerveau par la continuité de l'exercice de la pensée, des veilles prolongées, par une perle de sang copieuse, l'usage de certaines boissons enivrantes, tandis qu'il est réparable parle sommeil, par une alimentation succulente, parle repos. Enfin l'on a été jusqu'à se figurer que le fluide électrique animal était quelquefois susceptible d'clrc décomposé à dislance, et que les sympathies, les antipathies morales, certains effets magnétiques, provenaient de cette cause. L'électricité animale, peut provenir du sol, des alimcns, des objets extérieurs ; elle peut élre dégagée par une influence nerveuse; l'innervation s'épuise et se répare dans des circonstances déterminées; les nerfs sont les agens des phénomènes sympathiques. Mais amendons , avant d'attribuer décidément aux modifications de l'agent électrique les phénomènes fonclionnelslcsplusextraordinaires de l'animalité, que la physique apporte des faits confirmatifs, et n'oppose plus d'objection à nos théories.

§ II. Fonctions de la masse nerveuse encéphAi^

LIQLE.

Le relranchcraenl d'un hémisphère cérébral , des deux hémisphères cérébraux sur un chien, sur un chat dont les facultés inlelleclucllesel les qualités alïeclives ont subi le plus grand développement, sur un animal quelconque, voisin de noire espèce parla perfection du système nerveux central, affaiblit beaucoup ou fait perdre iinmédialemcnt le jugement, la mémoire, la volition, la manifestation des instincts, des senti mens , des talens , des penchans , que possédaient avant l'opération les cires ainsi mutilés. A la suite des grandes commolionsou des blessures graves du cerveau l'on voit également s'affaiblir ou disparaître en grande partie sur l'homme la faculté de percevoir et de comparer les impressions, de former des jugemens, d'associer des idées, d'exprimer des souvenirs ; et les qualités morales les plus belles, les talens les plus élevés s'effacent avec une promptitude désespérante. L'on sait, d'un autre côté, que le développement de l'esprit, du jugement, de la raison, des aptitudes morales suit pas à pas dans l'eiiface l'évolution et le pcrfeclionnement des centres nerveux encéphaliques, qu'un arrêt dedéveloppemcnt, qu'une mauvaise conformation de ces instrumens suffit pour occasionner l'imbécillité ou l'idiotisme : l'on a éprouvé mille fois que les congestions cérébrales, l'hcmorrhagie , les abcès de la substance nerveuse encéphalique nuisent toujours plus ou moins à la force et à l'étendue des facultés intellectuelles, entraînent même souvent tous les symptômes de la

démence ; que les inflammations du cerveau sont ' surtout caractérisées par la persistance du délire, la * perversion , le bouleversement de toutes les puis- ' sauces de l'esprit et de la raison; que la seule com- ' pression de la masse encéphalique produit un hcbé- ' tement qui cesse aussitôt que le cerveau n'est plus ' soumis à cette épreuve. Il est également avéré que ( les centres pulpeux intra-crâniens sont les seuls or- i ganes dont la mutilation, les blessures, les vices de ' conformation , les dérangcmens accidentels produi- | sent de semblables dérangcmens fonctionnels; que, ( s'il arrive qu'un viscère éloigne trouble par son in- I llucnce l'exercice des fonctions de l'entendement, i c'est précisément parce que ce viscère est à même i de réagir sur le cerveau, et il serait incapable do produire cet effet, s'il cessait de communiquer, par | l'intermédiaire des nerfs, avec l'organe encéphalique. Comment donc se refuser à croire, après l'accumulation de tant de preuves, que les centres nerveux intra-crâniens sont chargés de présider seuls à la manifestation des facultés de l'àrae et de l'esprit? Pour moi , je pense qu'il est inutile d'insister davantage sur une vérité qui a reçu depuis quelques années tant de développement.

L'on ne sait pas au juste en quoi consiste la coopération du cervelet dans la production des phénomènes sensitifs, moraux et intellectuels : ce qui est positif, c'est que l'on peut enlever le cervelet d'un chat, d'un chien sans affaiblir la vue, l'ouïe, l'odorat, sans porter une atteinte prononcée à ses déterminations, à ses instincts, à ses qualités affectives, à son jugement ; tandis que, ainsi que nous venons de r énoncer, la soustraction des hémisphères céré- I braux réduit à peu près les animaux sur lesquels on expérimente aux conditions de sortes de machines

automatiqiios. Cependant Gall, comme chacun a pa s'en convaincre par la lecture de ses écrits, est bien loin de penser que le cervelet soit étranger à l'esercice de toutes les facultés morales ou instinctives. Et il est hors de doute que M. Flourens a été trop exclusif en affirmant que sur les oiseaux , par exenjple, tous les instincts , tous les penchans meurent avec le cerveau, puisque des poules privées de cerveau peuvent encore obéir à l'inslincl du caquelage, placer pour dormir leur téte sous l'aile , reposer le corps tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre, faire des tentatives pour s'échapper lorsqu'on cherche à les retenir avec la main (Flourens, Recherches expëvimeiualcs sur les propn'élrsct les fond, du sysl. nerv., pag. 87-96. — Bouillaud , dans le Journ. hcbdom. de méd., tom. vi, pag. 530 et suiv. ; voir aussi mes recherches sur les fonctions de la moelle épinière , dans le Journ. des progrès, etc., année 1828). L'on peut donc croire avec quelque vraisemblance que le cervelet n'est pas toujours, et absolument passif pendant le travail que suppose l'activité des qualités morales, et peut-être même pendant celui qui correspond à l'activité de certaines facultés de l'esprit.

Comme la suppuration totale d'un hémisphère cérébral a été observée, dit-on, même sur l'homme, avec la persistance de l'exercice des facultés morales et intellectuelles, l'on est porté à penser qu'une seule moitié du cerveau peut, à la rigueur, suffire à l'accomplissement de tous les phénomènes du jugement et de la pensée. Une grande obscurité estencore répandue sur cette partie de nos connaissances physiologiques, et nous ignorons si l'action des deux hémisphères cérébraux est simultanée ou alternative pendant que l'homme s'abandonne aux inspirations de son génie ou qu'il subit l'influence de ses passions.

Mais nulle part la léaclion des influences morbides ne sefait sentir aussi puissamment que dans la sphère des facultés morales et intellectuelles; et il n'arrive que trop souvent que la conservation d'une moitié , de la plus grande partie du cerveau, n'est point une garantie sulfisanle pour le libre exercice de l'esprit et de la raison, tant les apparences anatomiques sont trompeuses lorsqu'une partie des lésions fonctionnelles est causée i)ar la réaction d'un foyer maladif local sur l'ensemble de l'instrument pensant.

A peine a-t-il été reconnu que l'encéphale est le siège des facultés intellectuelles et morales que l'on s'est demandé si la masse encéphalique représente un organeunique, au sein duquel il s'effectue autant de variétés de modifications moléculaires qu'il existe de nuances différentielles dans les idées , les affections, les sentimens, les penchans individuels; ou bien si les modiflcationsrelalives à telle ou telle série d'idées, de qualités morales ou instinctives surgissent constamment dans un point limité du cerveau ou du cervelet. Quelques phjsiologistes, à la tète desquels Gall occupe le rang le plus éminent , ont emprunté à l'anatomie, à la physiologie, à la pathologie mentale un grand nombre de considérations qui tendent à prouver que l'encéphale est constitué par le rapprochement d'un certain nombre d'organes affectés, suivant la composition de chacun, à une manifestation fonctionnelle spéciale. Suivant Gall, l'on peut même parvenir, à l'aide d'une observation attentive, à déterminer le point où siège chaque instrument affecté à tel ou tel genre d'exercice intellectuel ou moral. Mais nous sommes obligés de confesser que l'anatomie, la physiologie et la pathologie fournissent aussi un grand nombre d'arguraens qui indiquent que l'admission de la pluralité des organes ou

des inslrumens dans le cerveati ne se fonde sur aucune preuve péremploire , et que la diversité des phénomènes psychologiques el moraux peut s'expliquer aussi bien dans la supposition qui attribue ces phénomènes aux modifications d'un centre indivisible; el nous avouons que la localisation des centres d'actions, admis par Gall, est loin defournirun appui solide à l'ensemble de ses raisonncmcns. Comme ce n'est pas ici le lieu de discuter la théorie de Gall sur le rôle que chaque portion des ganglions pulpeux intra-cràniens est destinée à remplir comme instrument d'une qualité fondamentale , intellectuelle ou morkle, nous allons examiner seulement jusqu'à quel point les phénomènes obtenus sur les animaux par l'ablation d'une partie donnée du cerveau sont favorables ou défavorables à la théorie de l'unité cérébrale, propices ou contraires à celle de la pluralité des centres fonctionnels. L'on serait tenté d'inférer des expériences faites sur les oiseaux par M. Flourens, que toutes les portions des hémisphères cérébraux sont solidaires les unes des autres dans l'accomplissement des actes intellectuels el moraux, et qu'aussitôt qu'une faculté disparaît sous l'influence d'une mutilation locale bien déterminée , les autres facultés s'éteignent également aussitôt. Ainsi la décorticalion des lobes cérébraux soit en devant, soit en arrière, soit sur les côtés, suffit pour abolir la mémoire, le jugement, les instincts; mais lorsque l'animal vient à survivre , l'exercice des facultés perdues peut se rétablir; et dès qu'une faculté commence à renaître en tout ou en partie, les autres renaissent avec la même promptitude. Il semblerait donc que le retranchement d'une partie influe sur l'ensemble de la fonction , que la conservation partielle de l'instrument suffit jusqu'à un certain point

à lu luauileslalioii lonctionnclle qui élail dévolue à la masse commune. L'ablalion des tubercules quadiijumaux ne porte aucune atteinte, même sur les mammil'cres, aux penchaus instinctifs, aux calculs de la volonté, à la spontanéité de» dcterminalions (Flourcns, p. 93,99, 100, 101, 144, 146, 151). Pour sou compte^, M. Floureus est persuade que le cerveau est l'instrument de la pensée ; qu'il n'y a point de sièges divers dans les lobes cérébraux pour les diverses facultés ; que la faculté de juger ou de vouloir une cbose réside dans le même lieu que celle d'en juger , d'en vouloir une autre ; que le cerveau concourt par tout son ensemble à la diversité, des opérations mentales et intellectuelles.

La vérité qui semble la moins susceptible d'être contestée , après qu'on a soigneusement analysé les faits rapportés dans différens écrits publiés par M. Bouillaud, c'est que la lésion d'une partie circonscrite des lobes cérébraux suffit généralement pour produire un affaiblissement considérable des principales, si ce n'est de toutes les facultés affectives et intellectuelles. Il ne faut pour l'ordvnaire qu'une blessure locale pour rendre stupide et hébété l'animal le plus passionné et le plus intelligent. L'expérimentation ne parle donc pas en faveur de la multiplicité des centres d'actions et de la pluralité des facultés fondamentales. Mais, à la rigueur, peutêtre pourrait-on se rejeter sur la dépendance mutuelle des facultés, pour expliquer l'espèce d'idiotisme qui succède, par exemple, à la simple perforation dos lobes cérébraux , en soutenant que parfois l'intégrité du tout est nécessaire à l'exercice fonctionnel des organes les plus éloignés les uns des autres, et que l'on n'est pas fondé à nier pour cela la spécialité de destination de chacun de ces organes (Rouillaud,

dans le Journ. hebd. deméd. , année 1830, tom. vi, i<ag. 527 et suiv. ).

L'afflux des impression» vers les ganglions crâniens exerce , comme on le sait, une grande influence sur !a nature des manifestations morales et intellectuelles ; il nous faut cependant établir par des preuves solides <|ue c'est dans le cerveau que les impressions ont besoin d'arriver pour la plupart , sinon pour être senties, au moins pour être jugées d'une manière distincte, et pour laisser dans la mémoire des souvenirs durables. M. Flourens professe que l'ablation du cerveau sullit à oJle seule sur les mammifères et sur les oiseaux pour faire disparaître le sens de la vue, de l'ouïe , de l'odorat, du goiH et du loucher, qu'il est hors de doute, par conséquent, que les hémisphères cérébraux sont les réceptacles de toutes les sensations. Mais M. Flourens confesse qu'un animal privé de son cervelet et de ses hémisphères cérébraux est encore susceptible de percevoir quelques impressions tactiles, de manifester de la douleur lorsqu'on l'irrile ou qu'on le tourmente; des faits nombreux accusent la sensibilité des tégumens et des muscles après que la masse encéphalique a cessé d'exister. M. Flourens a donc tort de soutenir i\uc les impressions du toucher ont nécessairement besoin d'arriver jusqu'aux lobes cérébraux pour produire un effet, Nous serions de l'avis de M. Flourens si quelqu'un voulait prétendre que l'effet est le même , soit que le cerveau n'existe pas, soit qu'il conserve son intégrité. Pour nous , la soustraction du cerveau n'exclut pas d'une manière absolue la manifestation d'une sensation cutanée ou viscérale, mais elle exclut la manifestation d'une série de jugemcns et d'idées relatives à la nature de celte sensation. C'est donc dans les centres nerveux encéphaliques que riniprossion

tacUle elle-même a besoin de parvenir pour produire tout son effet, ou, en d'aulres termes, pour être appréciée à sa juste valeur. Il n'est donc pas indifférent, pour l'exercice du toucher, que le cerveau existe ouqu'il ait cessé d'exister ; toutefois, un jeune chien, un jeune chat, peuvent encore donner des signes de sensibilité après que l'on a détruit toute la jnasse encéphalique ( lisez Haller , Elcmcnln physiologiœ, pag. 236, tora. iv. — Flourens, pag. 183-192. — Bouillaud , Journ. hchd. de méd. , toni. vi , page 240. — La première partie de mon travail sur la structure, les fonctions de la moelle épinière, Journal des progrès, etc. , 1828).

Il s'agit de savoir maintenant si la destruction du cerveau et du cervelet permet également à un certain nombre d'animaux vertébrés, à un mammifère, par exemple , d'être impressionné par la vue des objets, de percevoir le bruit que l'on fait à son oreille, d'exercer le sens de l'odorat ou du goût. M. Magendie croit que la privation du cervelet, du cerveau n'empêche point un mammifère d'entendre, d'être sensible aux odeurs et aux saveurs. J'avoue que je ne connais aucun fait assez positif pour nous autoriser à soutenir qu'une partie autre que le cerveau puisse être affectée par des impressions visuelles, par un bruit extérieur , par un ébranlement transmis parle sens du goût ou de l'odorat. Jusqu'ici j'ai toujours vu les mammifères et les oiseaux , même dans la jeunesse , devenir sourds et aveugles après le retranchement des seuls hémisphères cérébraux , et si quelquefois un animal décapité m'a paru sentir la présence d'un corps sur la langue ou dans le pharynx , c'est au toucher que j'ai été porté à attribuer la persistance d'un reste de sensibilité. J'incline donc à croire que les impressions de l'ou^ie , de la vue, de l'odorat et

du goût ont besoin d'agir sur le cerveau pour être remarquées par l'animal. Dans tous le cas , si des expériences incontestables démentaient celte croyance; s'il était avéré que quelquefois le sens de la \ue, de l'ouïe, de l'odorat et du goût survivent comme le loucher à la mort de l'encéphale , il n'en resterait pas moins prouvé que l'aiiimal n'a presque rien à gagner à cette survivance, et pour qu'il lui soit accordé de puiser dans l'exercice de ces quatre derniers sens des notions un tant soit peu exactes sur le monde extérieur , il est indispensable qu'il possède au moins une portion de son cerveau. Ce qu'il importe surtout d'apprécier en physiologie , ce n'est donc pas précisément jusqu'où la mutilation peut être poussée avant d'abolir le dernier vestige de sensibilité ; c'est principalement d'apprécier jusqu'à quel point la conservation ou la perte d'une partie de l'axe cérébrospinal est utile ou nuisible à la fonction sensoriale. Or , le problème est résolu ; l'exercice de la sensibilité ne s'accomplit avec perfection qu'autant que les impressions agissent sur les hémisphères cérébraux : hors de cette sphère les sensations demeurent nulles ou incomplètes.

L'on a attribué au cervelet le rôle que nous attribuons ici au cerveau; mais l'ablation du cervelet n'empêche pas les animaux de fuir l'aspect de leur ennemi, de manifester de la frayeur au moindre bruit, de la colère lorsqu'on les inquiète. L'on a dit que des portions entières du cerveau pouvaient être enlevées sans inconvéniens pour la sensibilité. II est difficile d'évaluer au juste le moment où une mutilation commence à porter atteinte h la faculté de sentir; du reste , nous sommes loin de prétendre que toutes les portions des lobes cérébraux sont également nécessaires à l'exercice des sens, et l'on

découvrira peut-élre un jour dans le cerveau un nombre de foyers sensitifs égal à celui des instrumens chargés de recueillir à la périphérie du corps les diverses impressions de la matière. Dans l'élal acluel de la science , il y aurail toutefois de la témérité à soutenir que les impressions de la vue, de l'ouïe, du goût, de l'odorat et du toucher sont recueillies et élaborées, sur les animaux complets, par telle ou telle partie du cer^cau, plutôl que par telle ou telle autre ; et il est même à remarquer que , quand une vivisection est assez étendue ipour nuire sérieusement à l'exercice de la \ue, par exemple, l'exercice des autres sens paraît lésé à peu près au même degré. Jusqu'ici l'on serait donc presque fondé à croire qu'aucun des sens ne peut s'exercer d'une manière complète qu'autant qu'une même région du centre commun d'action subsiste intacte, ou qu'elle a élé préservée, ou à peu près, de toute mutilation.

Les impressions tactiles qui émanent du côté droit du corps sont conduites vers l'hémisphère gauche du cerveau, celles qui émanent du coté gauche vers l'hémisphère cérébral droit. La sensibilité cutanée est abolie à gauche ou à droite, suivant que l'on attaque l'hémisphère droite ou l'hémisphère gauche. Les impressions V isuclles se croisent comme les impressions du toucher avant de parvenir à la masse cérébrale. La vue se perd à gauche lorsqu'on détruit le cerveau à droite; elle se perd à droite lorsqu'on le mutile à gauche (Saucerotle , Prix dr V Académie de chirurg., t. IV , pag. 309 , Expérience , n" 4 , pag. 312 , n" 10 , pag. 313, n»' 14, 1 5. — Flourcns , pag. 29. 31, 32). Il est à présumer que les impressions perçues parle sens de l'ouïe, de l'odorat et du goût se rendent aussi au cerveau en croissantla ligne médiane ; que l'on entend à droite avec l'hémisphère cérébral gauche, que le

sens du goûl se perdrait à droite par la lésion de l'héraisphère gauche. Mais le croisement des impressions enraeparaîlpasencoreélayé sur des preuves assez solides pour tout ce qui concerne le goût , l'olfaction et l'audition. 11 serait même à désirer que l'on explorât de nouveau la sensibilité de la face sur des animaux privés de l'une ou de l'autre moitié de rencépliale , pour ne plus laisser planer aucun doute sur la réalité du croisement des impressions apportées au cerveau par le nerf trifacial.

L'on peut piquer, brûler le cerveau et le cervelet des animaux sans exciter aucune sensation douloureuse. Cent fois j'ai soumis des chiens, des chats, des oiseaux à une semblable épreuve sans réveiller la moindre douleur apparente ; et si le témoignage des expérimentateurs, à cet égard, n'est pas unanime, c'est probablement parce qu'en expérimentant sur le cervelet, quelques physiologistes ont atteint la moelle allongée, et qu'ils ont pris pour un signe de souffrance les convulsions qui se manifestent lorsque l'excitation porte sur l'axe nerveux rachidien. Haller avait déjà reconnu , en cherchant à apprécier jusqu'à quel point les animaux étaient réellement insensibles à la mutilation du cerveau, que les blessures de cet organe n'excitaient aucun mouvement jusqu'à ce que l'instrument eût pénétré à une grande profondeur. Les chiens , sur lesquels Saucerotte pratiquait ses expériences, en intéressant tantôt la partie moyenne, tantôt la partie antérieure , tantôt le lobe occipital du cerveau , ne proféraient aucun cri. Les nombreux animaux sur lesquels M. Flourens a opéré, enlevant souvent , tranche par tranche , les hémisphères cérébraux , ou cérébelleux, demeuraient constamment impassibles. Ainsi , tout porte donc à croire que, dans l'état drdinaire, le

cerveau n'a point la conscience des irritations qui s'adressent directement à sa substance , et il semble que les impressions, pour être appréciées par cet organe, aient besoin de lui être transmises par la filière des nerfs. Cependant il arrive souvent, dans l'état morbide, que des tumeurs, que des lésions accidentelles qui ont leur siège dans le cerveau ou dans le cervelet, excitent des douleurs cruelles: dans les cas de ce genre les impressions locales sont donc vivement senties, bien que, suivant toute apparence , les filets nerveux affectés au toucher ne soient point en contact avec le désordre qui excite la sensation. Que conclure de ces faits exceptionnels? Qu'il en est des centres nerveux intra-cràniens comme d'une foule d'autres organes qui^peu- Ycnt tout à coup manifester de la sensibilité, après avoir longtemps paru absolument insensibles, et que sous une influence maladive le cerveau et le cervelet peuvent acquérir des propriétés qu'ils ne possèdent pas dans les conditions de santé.

A en croire le témoignage de certains physiologistes , le cerveau et le cervelet seraient aussi susceptibles de répondre à un agacement direct de leur lissu, et il suffirait de stimuler avec un instrument piquant, par exemple, les hémisphères cérébraux ou cérébelleux pour mettre en jeu la contractilité musculaire involontaire. Les expériences de Lorry prouvent que c'est en vain que l'on agit sur le cerveau et sur le cervelet pour y faire naître une incitation capable d'exciter la convulsion de l'agent contractile. L'on peut, en effet, inciser, piquer, dilacérer le cervelet et le cerveau sans faire sortir les muscles de leur repos, et la stimulation ne devient efficace qu'au moment où l'on intéresse les tubercules quadrijumeaux ou la moelle allongée

(Flourens, p. 16-17, etc.). Comment se fail-il donc que chaque jour, dans les affections aiguës cl chroniques de la masse encéphalique, l'on voit survenir des phénomènes épilepliformes, des convulsions partielles de la face ou de la bouche? L'on peut admettre , pour expliquer l'invasion de ces accidens, ou que , sur l'homme souffrant, le bulbe rachidieu participe souvent à l'état pathologique de l'encéphale, ou que les maladies font surgir au sein du cerveau et du cervelet des incitations qu'une irritalion artiiicielle , immédiate et calculée ne saurait y développer. Les ouvertures de corps, en démontrant que la première de ces explications est, dans quelques circonstances, parfaitement fondée, donnent aussi à penser que la seconde est loin d'être toujours dénuée de Yraiseml)Iance.

Dans l'état normal, l'incitation qui détermine les iDOuvemens volontaires prend exclusivement naissance dans les lobes cérébraux. Tant que ces parties sont conservées, les animaux n'ont qu'à vouloir pour changer de place, pour imprimer à leurs membres les mouvemens les plus variés et les plus étendus. La suppression du cervelet est loin d'abolir la volilion du mouvement, mais le retranchement des deux hémisphères cérébraux plonge les animaux mammifères dans un étal d'immobilité dont ils ne sortent jamais spontanément. Ce n'est pas , comme le fait remarquer avec raison M. Flourens, que l'on ne puisse, en agissant sur la moelle allongée de ces êtres incomplets, substituer pour un instant une irritation locale à l'aiguillon de la volonté, et provoquer quelques actes musculairesassez importans; mais la volition naturelle ayant cessé d'exister avec le cerveau, c'est en vain que l'on compterait sur le secours de la moelle épiniére pour soustraire les membres et le

corps à Tempire de la paralysie. C'est donc uniquement en frappant d'inertie l'inslrumcntde la volilion, que certaines lésions ccrobrales occasionnent la résolution des bras et des jambes. L'on conçoit donc jusqu'à un certain point la persistance de certains mouvemens volontaires partiels, après que le cerveau a reçu une blessure limitée et locale, en admettant que quelquefois l'influence de celte lésion n'est pas assez puissante pour annuler cnlièrcmentraclion volontaire de la partie de l'organe qui se trouve épargnée. Par malheur, sur l'homme, il arrive presque toujours qu'un désordre cérébral assez circonscrit atténue la force de l'incilation volontaire au point de produire l'abolition complète di* l'exercice musculaire ; mais il n'en est pas, à beaucoup près, ainsi sur les chiens et sur les lapins, qui n'éprou\ent souvent qu'un simple affaiblissement des membres, par suite d'une mutilation assez notable du cerveau (Saucerotle, recueil déjà cité, tom. iv, pag. 308, 311 ; Bouillaud, recueil cité, t. v i , pag. 537, .545, 548, 549). Bien mieux, sur beaucoup d'oiseaux, la présence du cerveau n'est pas indispensable à la volition du mouvement. L'on voit sou\ent des poules privées de leurs hémisphères cérébraux agiter spontanément leurs ailes, changer de position, de place, aiguiser leurs plumes avec le hoc, marcher dans la volière ou dans l'appartement. Je ne puis donc pas croire, comme le pense M. Flourens , que sur tous les animaux vertébrés la volilion du mouvement n'ait sa source que dans le cerveau; il me parait certain, au contraire, que sur les oiseaux et sur les reptiles, tout ou moins, l'action de la moelle épinière peut se substituer jusqu'à un certain point, dans quelques occasions , à celle des hémisphères cérébraux, et que, si le principe du mouvement descend

du cerveau, tandis que ces aniiuaux sont entiers, il peut provenir d'ailleurs , dés qu'ils sont luullilcs (Voir mes Recherches sur la structure, les fonctions, etc., de la moelle épinière, recueil cité, année 1828).

Saucerottc ayant cru remarquer plusieurs fois sur des chiens que la lésion de la partie antérieure du cerveau déterminait la paralysie des muscles du train de derrière, que la lésion de la partie postérieure des lobes cérébraux occasionnait la paralysie des membres antérieurs, il inféra de ses expériences (Mémoire cité, expérience, n°' 7, 8, 9), que le point où l'incitation agit sur les nerfs musculaires du train antérieur des animaux a son siège dans le lobule occipital, tandis que le point où l'incitation agit sur les nerfs musculaires des membres pelviens réside dans le lobule antérieur. Pouriour-du-Petit était porté à penser que les seules lésions de la substance corticale portaient atteinte au principe moteur des quatre membres. Un exemple de paralysie de la molilité, occasionnée sur l'homme par des lésions superficielles de la substance cérébrale, avait suggéré cette idée à Pourfour-du-Petit. Petit, de Namur, crut d'abord celte opinion confirmée par un second fait de paralysie qu'il observa sur un blessé, dont la substance corticale du cerveau était seule enflammée, et par les effets que produisirent les blessures superficielles qu'il pratiqua sur le cerveau des chiens. Mais de nouvelles expériences lui firent croire que l'abolition complète du mouvement des membres antérieurs et postérieurs supposait une altération dans les corps cannelés ou dans leur voisinage (Mémoire de Louis, Sur les contre-coups ; Paris, 1750, pag, 83 et suiv. ; Mémoire de Choparl , dans les Prix de l'Acad. roy. dcchirur., lom. iv, pag. 406). L'on a

enseigné de noire Icmps que l'embarras de la prononciation se rattache à un désordre du lobule antérieur du cerveau (Bouillaud, Traité cliniq. elphys. de l'encéphalite, 1825, pag. 160, 161, 162 et suiv ; pag. 276) ; que les altérations delà substance blanche sont seules susceptibles de nuire à l'exercice du mouvement; que les corps striés et les fibres médullaires correspondantes à ces renflemens président au mouvement de la jambe, la couche optique et le lobule postérieur du cerveau aux mouvemens de l'ex- Irémilé thoracique (Fovilc et Pinel-Grandchamp , Recherches sur le siège spécial de différentes fondions dusyst. nerv., pag. 2 et 27, etc.).

Toutes les opinions que nous venons de citer sont étayéespar un certain nombre d'observations ; mais, si l'on veut prendre la peine d'analyser l'ensemble des faits que possède maintenant la science, l'on restera convaincu qu'il n'est pas nécessaire que les fibres profondes de la substance encéphalique soient lésées pour que la manilcslation de la paralysie ait lieu (Bayle, Traité des maladies du cerveau, etc.; Parchappe, Recherches sur l'encéphale, etc., 2" Mémoire, p. 142). 11 n'est pas moins avéré que les altérations isolées de la substance blanche nuisent plus ou moins à l'exercice des mouvemens volontaires. L'embarras de la langue est un des symptômes les plus constans dans les affections locales du cerveau, quel que soit leur siège. La paralysie du bras et de la jambe s'observe, bien qu'il n'existe aucune lésion de la partie postérieure du cerveau , de la couche optique, de la partie antérieure ou du corps strié. Une altération de la couche optique entraîne la paralysie de la jambe, une altération du corps strié, la paralysie du bras. « Sur soixante-quinze cas de lésion du raouA emcnt, nous en avons compté quarante.

dans lesquels les deux membres d'un côté étaient k la Ibis paralysés. Sur ces quarante cas, il y en avait \ingl-un dans lesquels il n'y avait de lésés que le lobe antérieur ou le corps strié; il y en a>ait dixneuf dans lesquels la lésion avait pour siège le lobule postérieur ou la couche optique. Sur ces mêmes soixante-quinze cas, nous en avons trouvé vingt-trois dans lesquels la paralysie était bornée au seul membre thoracique, dont onze avec lésion du corps strié ou du lobule antérieur, dix avec lésion de la couche optique ou du lobule postérieur, deux avec lésion du lobule moyen. Enfin, sur ces soixante-quinze cas, nous en avons trouvé douze autres, dans lesquels la paralysie était bornée au seul membre pelvien, dont dix avec lésion du corps strié ou du lobule antérieur, et deux avec lésion de la couche optique ou du lobule postérieur)) (Andral, Clinique méd., clc, t. v, 2'^édit., p. 358). Finalement donc , si nous savons que l'incitation de la volonté a sur l'homme sa source dans les lobes cérébraux, et qu'elle devient efficace en agissant sur les filets nerveux affectés à la motililé, nous ignorons au juste le point du système nerveux céphalo-rachidien où cette incitation est communiquée de préférence aux filets nerveux qui se rendent à telle ou telle partie musculaire. Jamais, suivant M. Flourens , l'incitation ne commence à exercer sonaclion sur le nerf moteur qu'après qu'elle est descendue jusqu'à la moelle allongée. Mais l'opinion de M. Flourens, qu'il fonde sur le défaut d'excitabilité de la substance cérébrale, dans l'état naturel, ne nous apprend pas comment il se fait que des lésions ccrébrales,opposées par leur siège, empêchent quelquefois l'incitation volontaire d'agir surun même côté du corps, sur un même membre; tandis que, dans une autre circonstance, il peut arriver que des

logions cérébrales, en tout semblable par leur siège et par leur nalurc, eulraîncnl des effets très dissemblables, ne produisant, par exemple, qu'une para- Ijsie insignifiante dans un cas, paralysant, dans d'autres cas, tantôt le bras, tantôt la jambe, tantôt ces deux membres à la fois. Je serais presque tenté de croire qu'à la suite des lésions locales des lobes cérébraux, l'expression des phénomènes fonctionnels peut aussi dépendre beaucoup ou du défaut d'action ou de la substitution d'action des parties du cerveau que le désordre paraît épargner , mais sur lesquelles il exerce certainement une influence : s'il en était ainsi, la cause de la \arialion des accidcns musculaires, à la suile de l'hémorrhagie cérébrale, par exemple, se trouvant être de nature composée , et par conséquent plus difficile à saisir, elle n'en semblerait pas moins , théoriquement parlant, plus facile à expliquer; et ce serait évidemment à tort que l'on persisterait , en cherchant à apprécier la valeur d'une altération fonclionnelle , à ne tenir compte que du mal qui est palpable dans le cer^ eau.

L'incitation volontaire, qui descend de l'hémisphère cérébral droit à travers la moelle allongée , réveille l'action des muscles placés à gauche de la ligne médiane; l'incitation qui proAient du côté gauche du cerveau active les muscles du côté droit du corps. Nulle autre vérité physiologique n'est mieux prouvée que celle-là (Saucerolle, mémoire cité. Prix de l'Académ. roy. de clurur. , pag. 308, 309, 310, etc., tom. iv ; Flourens, ouvrage cité, pag. 111, 29, etc.): dès que l'on attaque sur un chien, sur un mouton, l'hémisphère droit du cerveau, la paralysie musculaire se manifeste dans les membres gauches ; elle affecte les membranes situées à droite, dès que l'on détruit l'hémisphère gauche.

Les lésions locales sponlances du cerveau cnlraîueiil sur i'honune un croiscmenl d'offcls aualoj;ues(Lalleniaud, lircherchcs analomico-palli. sur l'encéphale , lom. I, pag. 3, 8, 11, elc ; Rostan, sur le rarnollissemenldu cerveau,'!'' édition, pag^. 355, 413, 316, etc.). La plupart des expériiiienlalcurs ont néglige d'étudier l'effet de Tablation d'une moitié du cerveau sur l'exercice des muscles de la face ; mais Sauccrolto dit posilivcmenl que la lésion des lèvres existait à gauche sur un chien dont il avait incisé l'hémisphère cérébral droit (recueil cité, tom. iv, pag. 30()). Et l'on sait que les affections cérébrales locales, chez l'homme, font que l'angle de la lèvre, ou s'abaisse du colé opposé à la lésion, ou que la lèvre est tirée par les muscles non parah sés . du côté même do cette lésion (Kostan, ouvrage cité, pag. 354 , 3(59 ; Andral, ouvrage cité, tom. v, pag. 313, 359, 360). Cependant, l'origine du nerf facial et des nerfs musculaires de l'œil étant placée en apparence au-dessus du croisement pyramidal, elle croisement des incitations ne pouvant, dans ce cas, être attribué à la disposition anatomique connue des parties, il est à désiror que l'on lente de nouveau quelques expériences pour apprécier le mode de transmission de la volition à travers les nerfs des hautes régions do l'économie animale. L'on a recueilli , au lit du malade, quelques faits qui semblent indiquer que la paralysie musculaire peut quelquefois frapper le côté du corps correspondant au siège de l'affection cérébrale (Bayle, Revue médicale, etc.). Déjà ces faits rares et exceptionnels avaient fixé l'attention do Morgagni , qui fait observer avec raison qu'il n'est pas impossible que sur quelques sujets la structure du cerveau diffère de la structure que présente habituellement ce viscère sur les autres individus, et que

celte anomalie de conformation, rendue probable par l'analogie de ce qui existe quelquefois vers tel ou tel autre organe, expliquerait le défaut de croisement des phénomènes fonctionnels. Quelques médecins n'ont point craint de révoquer en doute l'exactilude des observations de paralysie directe, prétendant ou que les mouvcmens ont élé mal explorés, ou que les dissections ont élé mal faites , ou qu'il s'est glissé quelques erreurs dans la rédaction des auteurs, qui ne sont pas toujours suffisamment éclaires ou exempts de distraction. Pour peu que l'on veuille bien réfléchir à toutes les causes qui peuvent occasionner une méprise dans la délerminalion du siège des lésions cérébrales que nous supposons, dans un cas donné, correspondre à l'hémiplégie, l'on sera beaucoup moins disposé à croire à l'existence des paralysies non croisées ; mais en somme, il n'est rien moins que prouvé que la conformation des grands centres nerveux soit constamment identique sur tous les individus d'une même espèce, et l'on peut admettre, sans trop de répugnance, que l'incitation musculaire descend quelquefois en ligne directe depuis le cerveau jusqu'aux parties les plus éloignées du corps.

Les phénomènes bizarres auxquels donne lieu sur beaucoup d'animaux vertébrés la mutilation du cervelet ont été pour la première fois indiqués et décrits par M. Flourens, vers l'année 1823. A peine a-t-on enlevé a>ec le scalpel quelques tranches du cervelet d'un oiseau, qu'il se manifeste une désharmonie complète dans les mouvemens. Lorsque l'on parvient aux couches moyennes de l'organe, l'animal agile ses ailes au hasard, n'exécutant plus que des mouvemens déréglés et tumultueux. Lorsque le cervelet a disparu totalement, l'étal de l'animal est comparable à celui de l'ivresse. Les fa-

cullés de sentir el de vouloir sont conservées , cl les efforts que fait l'oiseau pour fuir la douleur ou le danger l'exposent à des contorsions difficiles à peindre. L'on voit que la\olilion suscite tous ces désordres musculaires, qui n'ont rien de vérilablenientconvulsif (Flourens, ouvrage cité, pag. 36, 37, 38, etc.). Sur les mammifères, la destruction du cervelet, sans occasionner un défaut d'équilibrement aussi extraordinaire, n'entraîne pas moins l'irrégularité des mouveracns volontaires. ^lutile-t-on le cervelet d'un chien, d'un chat, d'une souris d'un lapin; CCS animaux perdent toute leur agilité, toute adresse, marchant en chancelant, reculant quand ils veulent avancer, tombant et roulant sur eux-mêmes aussitôt qu'ils tentent de se déplacer avec trop de précipitation (Flourens, ouvrage cité, p. 143, 144, 145, etc.). SI. Flourens pense qu'il est permis de penser, d'après la nature des lésions fonctionnelles que nous venons de décrire , lésions que nou ". avons bien des fois nous-mêmes étudiées sur des ovipares et sur les vertébrés, et qui ont été expérimentées par un grand nombre de physiologistes , que le cervelet est destiné à entretenir l'harmonie des mouvemens volontaires, faisant en (juelque sorte l'office d'un balancier, d'un régulateur pendant les mouvemens de translation. Ce qui est positif, c'est que les mouvemens équilibrés sont les seuls phj si(jucment impossibles après le retranchement du cervelet d'un grand nombre d'espèces animales. L'on sait que de Lapey ronie avait remarqué que les blessures du cervelet donnaient au corps une vivacité extraordinaire, el que ce grand chirurgien attribuait cet effet à une augmentation de sensibilité. Petit, de Naniur, cite le fait d'un soldat qui eut l'hémisphère gauche du cervelet traversé par une balle de fusil. Le malade

survécut à sa blessure pendant deu': jours. Ce militaire était toujours en agilalion, se (mrnant dans S071 m de côté el d'antre, cl remuant sans erssc les bras cl les jambes, ayant le sentiment si vif qu'il se relirait aussitôt dès qu'on le touciiait sur quelque partie du corps {Prix de l'Acad., t. iv, p. 378). Sauccroltc dit qu'un chien, dont il avait perforé le cervelet, se roulait comme une boule sur le plancher. En général Sauccrotte n'a obtenu que des effets complexes, dans ses expériences sur le cervelet, parcequ'il blessait presque toujours à la fois la moelle allongée et les hémisphères cérébelleux (Pr/o; de l'Acad. de cinrur., tom. iv, pag. 815). Il me semble probable , à en juger par la nature des phénomèmcs musculaires par eux obser\és, que plusieurs expérimentateurs modernes n'ont pas été plus heureux que Saucerotte dans l'appréciation du rôle du cervelet qu'ils ont cru blesser isolément, lorsque du même coup ils atteignaient aussi en réalité l'axo nerveux rachidien. Toutefois, l'exaltation de la sensibilité se manifestant pour l'ordinaire par la vivacité du mouvement, et les animaux privés de cervelet se consumant, surtout lorsqu'on les touche, en efforts superflus pour reprendre l'équilibre, l'on conçoit que l'idée que les animaux dont le cervelet était affecté souffraient beaucoup se soit la première offerte à l'esprit des physiologistes. L'anxiété morale et la sensibilité physique sont, en effet, exaltées dans les blessures du cervelet ; mais une preuve que l'on n'est j)as autorisé à penser pour cela que le siège de la sensibilité réside dans le cervelet, c'est que la vivacité, la frayeur, l'exaltation du toucher, de l'ouïe, survivent à l'ablation totale des hémisphères cérébelleux. C'est donc à ce qui ?c passe maintenant dans les hémisphères cérébraux que nous

devons attribuer la susceptibilité tics sens, après la mutilation ou révulsion du cervelet.

L'on n'a pas encore, à beaucoup près, la certitude que sur l'hoinrae le rôle du cervelet soit absolument le mémo que sur les animaux. En général, sur notre espèce, les lésions locales et lim tées du cervelet donnent lieu siniplcraent, comme le font celles des lobes cérébraux , à l'abolition du mouvement volonlairo, et l'cxléripur dos malades reste semblable, soit (lue le désordre affecte le cerveau ou le cervelet (Andral, Clinique mcd., tom. y, pag. 670, 671, 685). Cependant l'on ne doit pas perdre de vue le fait de Lapcyronic, ni celui de Petit, dont nous avons parlé il n'y a qu'un instant. M. Andral a vu , en outre, un malade alTeclé de ramollissement du cervelet dont les niouvemcns étaient tellement brusques et désordonnés qu'ils ressemblaient, en quelque .sorte à des mouvemens convuisifs. M. Monod a recueilli le fait d'un bomme dont les bras et les jambes étaient dans une agitation continuelle, et dont il trouva le cervelet ramolli (Andral. ouvrage cité, p. 692, 698). M. Lallomand, <lall , ont mentionné la tendance à tomber en avant, l'incertitude de la démarche, qui étai' chancelante cl mal assurée comme dans l'ivresse, sur des sujets dont le cervelet était lésé (Laliemand, lett. iv, pag. 39 ; Ga!l, Sur les fonctioîix du cerveau, etc., tom. m, pag. 341). Si donc, des njaladies spontanées, dont la nature influe toujours plus ou moins sur le mode d'expression des phénomènes fonctionnels occasionuv'înt de pareils nccidens, l'on peut croire que les affections traumatiques du cervelet produiraient habituellement .'^ur l'homme, conjmo sur les autres animaux, un défaut de coordination des mouvenjens de translation.

Le cervelet est soumis, quant au croisement du mouvement, aux mêmes règles que le cerveau. La lésion d'un hémisphère cérébelleux porte constamment atteinte, sur les oiseaux, aux mouvemens des parties du corps situées du côté de la ligne médiane opposé à la blessure (Flourcns, ouvrage cité , p. 114, 119, etc.). Les lésions du cervelet paralysent, chez l'homme, le côté droit du corps quand elles siègent dans l'hémisphère gauche; elles produisent l'hémiphlégie à gauche quand elles occupent l'hémisphère cérébelleux droit (Andral, ouv. cité, t. v, pag. 690, 687, 682). Plancus et M. Rostan ont noté chacun un cas de paralysie directe, à la suite du ramollissement local du cervelet. La paralysie non croisée est pour le moins aussi rare dans les maladies du cervelet qu'elle l'est dans les maladies des hémisphères cérébraux (Rostan, Recherches sur une maladie, etc.; le ramollissement cérébral, 2*^ édit., pag. 143).

L'influence du cervelet sur la manifestation des penchans amoureux a été soutenue par Gall, et habilement défendue parGeorget. L'instinct del'accouplement m'a paru survivre surles reptiles à révulsion du cervelet, périr par le retranchement du cerveau. Cependant, de même qu'après que la moelle allongée a cessé de communiquer avec le cerveau et le cervelet, il naît encore dans l'axe nerveux rachidicn, ainsi que nous l'établirons bientôt, des incitations qui activent l'action des muscles érecteurs du pénis ; de même, il paraît certain que l'excitation morbide du cervelet fait descendre vers les organes génitaux des incitations qui favorisent la sécrétion du sperme et l'érection de la verge (Serres, Jour», de j^hys. expcr. de M. Magendie, 1822, n"** 2, 3).

La soustraction des tubercules quadrijumeaux cause la paralysie des yeux en interceptant la corn-

niunication du nerf visuel avec les hémisphères cérébraux. Elle n'abolit la conlraclilité de l'iris que quand elle est poussée Irès avant ; l'animal , opéré d'un seul côté, tourne constamment sur lui-même, en commençant le plus souvent à décrire un cercle du côté mémo de la blessure. Les mouvemens musculaires sont affaiblis du côté du tubercule quadrijuuieau sain; la vue est perdue du même côté. Les sensations et le mouvement subissent donc un effet croisé de paralysie, à la suite des lésions des tubercules quadrijumeaux (Flourens, ouvrage cilé,pag.42, 46), M. Flourens croit que le point de départ de l'incitation qui fait contracter l'iris est dans les tubercules hijéminées, et que l'incitation est transmise par lo nerf optique Le point de départ des mouvemens de l'iris n'est-il point plutôt dans la moelle allongée, d'où l'incitation se transmettrait à la pupille par le moyen de quelque filet nerveux moteur?

Les incitations qui doivent agir sur la raotilité so croisent en traversant la protubérance annulaire pour parvenir jusqu'aux membres ; les impressions qui remontent des membres vers les hémisphères cérébraux se croisent également en franchissant celte sorte de nœud céphalo-rachidien. Lesdésordrcs qui sont assez circonscrits pour n'intéresser qu'un côté de la protubérance annulaire produisent donc une paralysie plus ou moins intense et croisée du sentiment et du mouvement ( Ollivier, Traité des maladies de la moelle épinière , 3« édil., tom. ii, pag. 163, 164).

Il nous reste à indiquer maintenant le mode d'influence qu'exerce ou que peut exercer accidentellement la niasse encéphalique sur les principales fonctions de l'organisme. IJ'abord la force , l'énergie, la vitalité, que l'on me passe ces expressions, des prin-

clpaux organes, de tous les tissus, diminuent avec proniplitude , lorsque les ganglions pulpeux iulracrâniens cessent de soutenir, par une incitation occulte, l'activité de toutes les parties de la machine animale. ?i la puissance vitale est encore entretenue pendant quelque temps après la décapitation, sur quelques animaux, la vie ne fait plus, en quelque sorte, qu'osciller sur les animaux d'un ordre élevé, dés le moment où l'encéphale est frappé de mort. Jo sais bien que ce fait résume à lui seul tout ce que l'on pourrait dire sur la filiation des réactions fonctionnelles qui surviennent à l'instant où le cerveau est fra])pé de mort; mais je me borne ici à énoncer le fait sans raccompagner de tous ses commentaires.

La participation de l'encéphale à l'entretien des forces respiratoires doit varier suivant que l'homme dort ou qu'il s'agite ; suivant que la volonté comprime le jeu des muscles respirateurs ou qu'elle précipite leur action. Nous verrons bientôt que la respiration peut survivre au retranchement du cerveau; mais l'animal qui possède encore cet organe modifie à volonté le rhj thme des agens respirateurs, qui est à peu près uniforme après que le cerveau a cessé d'agir ou d'exister.

L'action du cerveau sur le cœur et sur les canaux à sang rouge est indépendante de la volonté ; il est cependant dos circonstances où l'empire de l'encéphale sur les organes de la circulation devient très appréciable. La crainte, l'émotion, le réveil subit des passions, font battre le cœur avec vivacité ou avec énergie. La coloration sanguine de la face trahit souvent ce qui se passe dans l'âme des sujets impressionnables. L'inflammation du cerveau allume quelquefois les ardeurs de la fièvre.

L'action du cerveau peut aussi modifier l'exercicft des organes sccréleuis. Le chagrin lait couler des pleurs, la vue d'un mets recherché fait jaillir la salive, la peur accélère l'exhalation intestinale, l'anxiété morale produit la transpiration du Iront ou des aisselles. Or, nous l'avons dit précédeiuuient, les sensations agréables ou pénibles, les mouvemens attribués à l'âme ont pour siège le cerveau; c'est donc bien ce viscère qui influence la circulation et le travail des sécrétions dans tous les cas que je viens de rappeler au souvenir des lecteurs.

Qui ne sait que le chagrin épuise souvent les constitutions les plus robustes, que la jalousie fait tomber certains enfans dans le marasme, que la digestion peut èlre suspendue ou troublée par une vive impression morale, que le corps se glace au moment de l'effroi, que la colère allume une chaleur brùlanle à la peau, «jue le sommeil disparait par l'excès de la joie, la prédominance d'une idée sinistre. La vue d'un objet c> nique excite l'action des organes génitaux que la peur ou la honte font tomber dans l'affaissement. Il est donc de la dernière évidence que l'encéphale peut exercer son empire sur l'assimilation, la nutrition , la calorification , le sommeil , l'acte do la génération. Il faut donc mettre en ligne de compte toute la somme des influences morales, intellectuelles, des influences sensoriales sur l'économie animale, pour apprécier à point nommé l'imporlanco des centres nerveux placés dans le crâne. Mais les insensés frappés d'inflammation cérébrale chronique, les animaux auxquels on a fait subir l'évulsion du cerveau, digèrent vite, engraissent et dorment beaucoup, réagissent facilement contre le froid : la moelle épinière, et ce qui reste du svstème nerveux, sulfisenl donc, dans ces deux cas cl dans cent autres que

l'on pourrait citer, à l'entretien des forces digestive, assimilatrice, du sommeil, de la calorification.

Toutes les influences sympathiques attribuables à l'action des sens doivent parvenir au cerveau, qui est le réservoir des sensations, et être distribuées ensuite dans tout l'organisme par un mouvement de renvoi. S'il est vrai qu'aucun lilet nerveux ne s'anastomose ■véritablement avec son semblable ; que les filets nerveux ne sont que superposés; que l'espace qui fait communiqiierle filet nerveux qui apporte l'impression avec celui qui distribue l'incitalion émanée de l'encéphale est très limité, il devient tout de suite évident que le cerveau est l'agent intermédiaire d'une foule de phénomènes sympathiques qui ne s'expliqueraient, en l'absence du cerveau, que par la survivance de la moelle épinière, qui peut encore servir de lien commun entre les sympathies viscérales et certaines sympathies du toucher. Mais il nous paraît bien avéré que la mort du cerveau doit singulièrement diminuer le nombre des effets sympathiques, en commençant par ceux que l'on qualifie pour l'ordinaire d'effets moraux.

§ ni. Fonctions de la moelle épinière et de la

MOELLE allongée.

Les fonctions de l'axe nerveux rachidien sont relatives h la sensibilité, au mouvement -volontaire, à l'irritabilité, aux actes de la circulation, delà respiration, aux sécrétions, à la calorification et aux autres mouvemens dépendans de la sensibilité organique. La moelle épinière joue aussi un rôle important dans les sympathies. :

La section de la moelle épinièrc, un peu au-dessous du cerveau, pri\e de scnsibililé les quatre membres et les autres parties qui sont sous sa dépendance. Les mouvemcns volontaires sont aussi abolis du même coup dans tous les muscles de la vie animale. La moelle épinière intervient donc dans les actes de la sensibilité et de la motilité. Mais ce n'est pas cet organe qui juge de la nature des sensations, qui est le siège de la volition, puisqu'il suilit que sa continuité soit un instant interrompue pour que les diverses parties du tronc et des membres soient frappées d'insensibilité et doiennent immobiles. La moelle épinière ne fait donc que recevoir du cerceau et transmettre aux nerfs l'incitation de la volition, que transmettre à la masse encéphalique les élémens de la sensation ou les impressions sensoriales. Cette vérité fondamentale, confirmée par des milliers de faits, comporte cependant quelques exceptions. L'on sait que des animaux mammifères, très jeunes etdécapités, peuvent encore donner par leurs cris des témoignages de douleur dès qu'on les mutile de nouveau, et tenter des niouvemens volontaires soutenus ; des fœtus humains anencéphales ont aussi donné des preuves de sensibilité et imprimé des contractions musculaires d'ensemble à leurs membres. Il semble donc que sur les jeunes sujets qui ont cessé d'être entiers, et que sur ceux qui sont demeurés incomplets, la moelle épinière n'est pas absolument étrangère à la faculté de sentir, et que l'incitation qui fait contracter les agents musculaires peut quelquefois prendre naissance au scinde l'axe nerveux rachidien. Beaucoup d'opinions s'élèvent contre la dernière conclusion que ïious venons d'admettre; mais je ne puis, comme on le fait souvent, me décider à attribuer à l'irritabilité des phénomènes qui se présentent

avec les caractères de la sensation et de la volilion (voir mon Mémoire sur les fonctions de la moelle, Journal des progrès des sciences, etc.)

La moelle spinale transmet aux {ganglions pulpeux crâniens les impressions que font naître dans son tissu les altouchemcns cl les mutilations directes qui s'adressent à ses faisceaux. Les blessures , les affections spontanées de l'organe rachidien , sont donc susceptibles de s'accompagner de douleurs plus ou moins vives. Ces douleurs cessent quand, dans le ramollissement spinal, dans les fractures des vertèbres, par exemple, toute communication a cessé d'exister entre les hémisphères cérébraux et les cordons de la moelle. Les malades, les blessés accuseraient, dans ces cas, des souffrances dans l'extrémité inférieure du cordon nerveux rachidien, que l'on ne pourrait que conclure que le cerveau se trompe sur le siège réel du mal qu'il ressent; car, en supposant que, sur un sujet d'un certain âge, une i)ortion de moelle détachée du bulbe rachidien possédât la faculté de sentir quelques impressions locales, fl est clair que le cerAcau n'en resterait pas moins dans l'ignorance de ce qui se passe au-dessous d'une solution de continuité de son agent de transmission. Ces réflexions indiquent suffisamment le cas qu'il faut faire des observations qui tendent à prouver que sur quelques personnes le moi cérébral a eu plus ou moins souvent une conscience exacte des sensations que l'on faisait naître dans les bras et dans les jambes, bien qu'une portion de moelle cervicale eût complètement été résorbée , ou fût désorganisée par l'inflammation. Pour que la chose devînt possible, il faudrait admettre que la moelle cpinicre est suppléée dans son office de conducteur par quelques branches

de nerf sensitif , el le phénomène présenté sous ce poinl de vue n'excile plus aucun étouuemcnl.

La moitié droite de la moelle épinière conduit de bas en haut, au moins jusqu'à la pointe de la pyramide antérieure , jusqu'au point où l'on croit que les faisceaux fibreux échangent leur direction, les impressions qui naissent dans le côté droit du corps. Les impressions qui ont leur source dans les parties de l'organisme situées à gauche montent de la même manière el jusqu'au même niveau, à travers la moitié gauche de l'axe nerveux rachidien. La section , lo ramollissenient de la moelle droite, privent le coté droit de sensibilité; la destruction de la moelle gauche entraîne les mêmes conséquences du même côté. Tous les effets relatifs à la sensibilité sont donc positivement directs dans le cordon nerveux spinal, au-dessous des corps pyramidaux. Cette vérité était connue du temps de Gaiien, comme elle est vulgaire aujourd'hui.

Beaucoup de physiologistes croient, depuis dix ans, que les faisceaux postérieurs de la moelle épinière sont seuls chargés de la transmission des impressions sensoriales. Comme l'excitement des racines spinales i)ostérieurcs qui s'implantent dans les cordons situés en arrière de l'organe provoque une très vive douleur; que la stimulation des racines des nerfs antérieurs qui s'implantent dans les cordons placés en avant est à peine sentie par l'animal, l'on a cru devoir inférer de là que la seule partie postérieure de la moelle spinale est apte à sentir et à faire l'office d'un conducteur sensitif. J'ai dit autrefois que la conséquence que l'on lirait des expériences que je viens de rapporter n'était pas une conséquence nécessaire; j'ai prouvé que les expériences accessoires

que l'on croyait venir à l'appui de cette conclusion avaient une signification toute autre que celle qu'on leurprtMail, cl j'ai exploré d'une manière directe la propriété de la moelle, en arrière, en avant, dans son épaisseur. J'ai provoqué des sensations très cuisantes, en touchant même légèrement la face postérieure de l'axe nerveux rachidicn ; l'animal n'a pas paru souffrir lorsque j'ai irrité la colonne antérieure du même organe. J'ai conclu de ces faits que les irritations directes ne sont sensibles qu'autant qu'elles s'appliquent à la surface postérieure de la moelle de l'épine. J'ai coupé tantôt les cordons postérieurs, tantôt les cordons antérieurs de la moelle seuls. Quelle que fût ma manière d'opérer dans les deux cas, la sensibilité des membres situés du côté de la blessure était en partie conservée. J'ai cru devoir admettre que les cordons postérieurs ne sont pas seuls affectés à la transmission des impressions musculaires ou cutanées, et que les impressions peuvent aussi cheminer à travers les cordons rachidiens antérieurs (ouv. cité, pag. 37, 38). Il est juste de dire que l'on possède des observations de ramollissement spinal circonscrit qui tendent à faire admettre que la destruction des cordons postérieurs de la moelle suffit pour produire une paralysie complète de la sensibilité dans les organes siégeant au-dessous de la lésion (Ollivier, ouv. cité); mais l'on possède un beaucoup plus grand nombre de cas qui font penser que la sensibilité peut être lésée quand la moelle est saine en arriére; que la sensibilité peut n'être pas éteinte, bien que celle partie de la moelle soit endommagée (Ollivier, ibid.).

M. Bellingeri a émis sur le rôle de la moelle épinière, considérée comme agent de transmission, une manière de voir qu'il importe de faire connaître.

Après avoir coupé d'un côté seulement, sur des agneaux et sur un cheval, les racines spinales posté- Heures des nerfs destinés oux membres pelviens, M. Bellingeri vit disparaître la sensibilité de ces membres; le jeu des muscles extenseurs était impossible : l'action des muscles fléchisseurs persistait. La section des racines spinales antérieures des nerfs qui se rendent au membre postérieur droit ayant été pratiquée plus tard sur un nouvel agneau , les tégumens de cette patle conservèrent leur sensibilité, mais les muscles fléchisseurs étaient frappés d'inaction , et la faculté contractile n'existait plus que dans les muscles extenseurs. La section des faisceaux postérieurs de la moelle lombaire n'entraîne point, suivant M. Bellingeri , la perle de la sensibilité du train de derrière, mais les mouvemcns d'extension deviennent nuls après l'opération, tandis que les mouvemcns de flexion n'éprouvent aucune sorte de gène. M. Bellingeri infère du résultat de ses expériences : que les nerfs postérieurs de l'axe nerveux spinal sont conducteurs de la sensibilité , et qu'ils président conjointement avec les faisceaux spinaux postérieurs aux mouvemens d'extension; que les racines spinales antérieures n'exercent aucune influence sur les fonctions de la sensibilité, mais qu'elles président avec les faisceaux racbidiens antérieurs à l'exercice des muscles fléchisseurs. M. Bellingeri croit aussi que les cordons postérieurs de l'organe rachidien excitent la contraction du sphincter de l'anus, le relâchement du sphincter vésical ; que les cordons antérieurs de la moelle excitent le relâchement du sphincter de l'anus , U* resserrement de celui de la vessie. J'ai pratiqué bien des fois, mais à dire vrai sur des animaux très jeunes, la section des divers fnisceaux de l'axe nerveux spinal ; je n'ai jamais re-

marqué quo la section des cordons postérieurs de la moelle spinale empêchàtrextension des membres , et que la section de cordons antérieurs portât atteinte à l'action des organes fléchisseurs.

L'incitation cérébrale qui suscite l'action des muscles dans les mouvemens volontaires se transmet directement de la moitié droite de la moelle épinièrc aux nerfs du côté droit, à partir de la discussation des cordons fibreux pyramidaux jusqu'au dernier nerf sacré. L'action motrice est répartie delà même manière dans la moitié gauche de l'organe rachidien entre les deux points extrêmes quo je viens de signaler tout à l'heure. La section de la moelle droite paralyse les muscles qui reçoivent des nerfs moteurs nés à droite , et sur un point moins élevé que ne l'est le siège de la blessure. La section de la moelle gauche entraîne une semblable paralysie des mouvcmens volontaires du côté gauche. Tous les effets relatifs au mouvement volontaire, quand on les étudie depuis la région cervicale jusqu'à l'extrémité lombaire, sont donc directs, aussi bien que les effets qui se rapportent à la sensibilité, dans l'axe pulpeux rachidien.

L'on peut douter que les faisceaux rachidiens antérieurs soient seuls affectés, comme on l'enseigne souvent aujourd'hui, à la transmission de l'incitation musculaire. La section dos cordons antérieurs ne paralyse qu'en partie l'action musculaire, et la section des cordons postérieurs affaiblit aussi les mou- ■\emons des membres {Jonrnnl des progrès, etc., p. 37, 1828). Que si quelques faits ont été recueillis qui établissent que la coïncidence de la paralysie musculaire avec la destruction accidentelle des cordons antérieurs peut avoir lieu , les cas qui prouvent qnc cette paralysie peut également se manifester

lorsque la seule substance grise, par e\em(>le, est affectée, ne sont pas non plus rares dans les recueils d'observations el dans la pratique des hôpitaux. Nous no pouvons donc pas jusqu'à présent spécifier la part d'action dévolue à chacune des faces de la moelle, dans les exercices relatifs à la sensibilité et à la molililé.

Les incitations directes, les incitations qui naissent localement sous une influence maladive, font que la moelle ajiit par elle-même sur les nerfs moteurs, comme elle le ferait, à part le défaut de régularité, si elle obéissait à la volition. La moelle est donc irritable; elle peut donc, à elle seule, exciter des phénomènes de contraction très variés; et, alors qu'elle a cessé de communiquer avec l'encéphale, la continuité des mouvemens automatiques et involontaires n'éprou\c aucun ralentissement en descendant >ers le sacrum, passé les pyramides du bulbe. Les effets attribuables à l'irritabilité de la moelle sont doubles, et transmis directement aux nerfs moteurs, à droite, par la moitié correspondante de l'organe , à gauche par sa moitié gauche. L'incitation due à l'irritabilité est interceptée parla section de la moelle épinièrc; elle se propage avec rapidité de haut en bas , et ne se manifeste en remontant de bas en haut qu'autant que la cause qui fait l'office d'aiguillon se déplace. Toutes ces vérités trouvent leur application dans l'étude du diagnostic des maladies.

Il n'est pas douteux que la stimulation de la moelle allongée fait contracter les muscles de la face ; cette partie du système nerveux est donc aussi irritable. La section de cette même moelle près des corps rcsliformcs, plus haut que les pyramides antérieures, entraîne la paralysie double de la .scnsibi'

lité et du mouvement volontaire dans les quatre membres : la moelle allongée sert donc aussi à lu transmission des incitations. Mais les effets relatifs à la sensibilité , aux mouvemens volontaires , aux mouvemens in>olonlaires continuent-ils à être directs jusqu'à la hauteur des tubercules quadrijumcaux, comme le pense 31. Flourens ; ou quelquesuns des effets fonctionnels commencent-ils à se croiser immédiatement au-dessous de la pointe des corps pyramidaux? Cette question est une des plus difficiles à résoudre de la pli>siologie. Si les incitations ascendantes et descendantes se propagent réellement en ligne directe, sans se croiser dans toute la longueur de chacune des moitiés de l'axe nerveux rachidicn, et si les effets croisés ne se manifestent jamais avant que l'exploration n'ait atteint les tubercules quadrijumeaux , il doit s'ensuivre que la blessure d'une moitié de la moelle allongée ne sera jamais funeste qu'aux parties du corps situées du même côté ; tandis que, d'après l'opinion vulgaire, la sensibilité et le mouvement devraient être lésés du côté du corps opposé. Il est vrai que l'on peut faire une objection sérieuse à l'opinion vulgaire, et cette objection n'a point échappé h la sagacité de M. le professeur Bérard. Si vous prétendez , dit on, que le croisement des fibres nerveuses d'où vous faites dépendre le croisement des incitations a lieu cinq à six îignes au-dessous des renûemeug pyramidaux, vous êtes obligé d'admettre que la fonction des nerfs qui naissent au-dessus de ce point n'est pas soumise n l'influence du croisement anatomique; et le ramollissement du lobe droit du cerveau, par exemple, devrait paralyser le nerf trijumeau et le nerf facial du côté droit, tout en privant de sensibilité cl de mouvement le bras et la jambe du côte gauche. Or,

ajoute-l-on , l'observation des faits indique que les lésions locales d'un liémisphère cérébral entraînent une paraljsie croisée de la face et des monibres. J'ai cru pouvoir soupçonner, d'après une expérience donl les résultats ont besoin d'être de nouveau confirmés, que les faisceaux postérieurs de la moelle se croisent plus haut, vers les tubercules quadrijuminés , que les faisceaux antérieurs. Une conséquence de celte disposition serait qu'une lésion qui détruirait une moitié de la moelle allongée porterait atteinte à la sensibilité et à la contractilité volontaire des quatre membres. Mais celle double paralysie ne serait point complète , car la moitié du bulbe restée saine ne discontinuerait pas de communiquer avec chacune des moitiés de la moelle spinale, grâce à la décussation des faisceaux antérieurs d'une part, et de l'autre, grâce à la persistance des faisceaux postérieurs dans leur direction primitive. L'on ne manquera pas de nous faire obser>er que puisque nous adoptons en partie l lnpothèse du croisement pyramidal, nous devons répondre d'une manière satisfaisante au raisonnement qui établit que le croisement fonctionnel doit étte nul dans les nerfs encéphaliques. Nous avouons ne pouvoir expliquer ce croisenient fonctionnel en supposant qu'il soit bien réel , qu'en admettant que les racines des nerfs encéphaliques s'entre -croisent dans l'épaisseur du bulbe rachidien, avant que leurs filets ne se montrent à la surface de la moelle allongée ( Voy. mon Mémoire sur la moelle, pag. 26; Flourens, pag. 115-11 fi).

L'inaction ou l'absence du cerveau ne fait point cesser l'incitation qui entretient l'action mécanique des puissances respiratoires ; mais le jeu de la respiration cesse aussitôt que, sur un animal voisin de l'homme par son organisation , l'on détruit l'axe

nerveux rachidion, C'est donc la moelle spinale qui lient sous sa dépendance les mouv emens des muscles qui continuent à agir après la décapitation. La destruction de la moelle lombaire nuil à peine à l'exercice respiratoire; la portion inférieure de l'or^çane rachidien n'a que peu ou point d'influence sur cet exercice. L'on sait, au contraire, que la mutilation de la moelle dorsale, de la moelle cervicale, porto une atteinte funeste à l'action des muscles intercostaux, du diaphragme, dos muscles des épaules et du cou ; et, si l'on s'élé\o jusqu'au si^gment de la moelle allongée qui correspond à l'origine des nerfs pneumogastrique et facial, la mort se manifeste immédiatement. Il n'est donc point douteux que l'incitation qui fait contracter les muscles respirateurs n'ait sa source dans les régions supérieures de l'axe nerveux spinal.

Mais une question se présente naturellement à l'esprit : l'incitation nait-elle dans tous les segmens de moelle qui donnent naissance aux nerfs musculaires de la respiration, depuis les olives jusqu'au segment qui correspond au dernier nerf intercostal ; ou bien émane-t-elle d'une source unique , d'un d'un foyer primitif quelconque? Divisc-t-on la moelle épinière en autant de segmens qu'il naît de paires de nerfs de chacune de ses moitiés, depuis la huitième paire jusqu'aux lombes, tous les mouvemens inspirateurs cessent, à l'exception de ceux qui dépendent du nerf pneumogastrique et du facial. Bien mieux, une seule incision pratiquée au-dessous du segment du pneumogastrique produit immédiatement la paralysie des nmsclcs du tronc , des épaules , du cou , du diaphragme. Il est donc évident que les nerfs respirateurs, autres que ceux de la huitième paire, ne puisent point le principe de leur activité dans le

segment de moelle d'où ils émanent, et c'est d'un point voisin de l'occipital que l'incitalion part pour se distribuer dans les portions de moelle sous-jacentes. Mais nous avons fait remarquer que, si le pneumogastrique et le facial ne sont pas détachés du segment de moelle avec lequel ils sont en lappoi t de continuilé, l'action incitatrice de ces nerfs persiste; ajoutons que les choses continuent à se passer de la sorte, bien que ce segment ne tienne plus, ne soit plus attaché à la portion du bulbe qui est placée plus haut dans le crâne. Il y a donc un point dans la moelle allongée qui est apte à produire l'incitation qui active ses nerfs moteurs. Ce point, qui n'a que quelques lignes d'étendue , qui a été découvert par Legallois, bien déterminé par M. Flourcns, qui se rencontre à peu-près à la hauteur des faisceaux olivaires, est aussi le foyer d'où part l'incitation qui entretient l'activité de tous les mouvemens respiratoires. Une preuve qu'il en est ainsi, c'est que tant que la moelle dorsale, la moelle cervicale , demeurent attachées à ce point, la respiration continue à s'accomplir d'une n)aniére complète; que dès que l'on touche à ce point, la respiration est partout éteinte; qu'elle ne s'éteint que partiellement s'il n'y a qu'un nerf respirateur, que deux nerfs soustraits à son empire. Il en est donc de l'incitation des mouvemens de conservation comme de l'incitation de$ mouvemens volontaires, l'une et l'autre ont leur siège dans un organe spécial, l'une et l'autre se propagent par l'intermédiaire des cordous de la moelle épinière; mais la seule incitation des mouvemens respiratoires appartient en propre à la partie élevée de l'organe rachidien (Legallois, pag. 38; Flourens, pag. 178-179; Mém. sur la moelle, pag. 42).

Nous croyons pouvoir avancer que les faits observés par les pathologisles ne font que confirnier tout ce que nous venons de dire sur le rôle allribuable à la moelle spinale dans la fcn«Mion de la respiration : des milliers de faits prou>entque les plaies, ies fractures, les luxations qui portent atteinte à la structure du bulbe rachidien tuent l'homme sur le champ, et que les contractions de tel ou tel muscle respirateur sont exposées à éprouver de la gène ou à rester annulée?, suivant que la moelle est lésée à tel ou tel degré de sa hauteur (Bell, ouvrage cité, pag. 140; OUivier, 1. 1'"', pag. 254 et suiv.).

L'on sait que M. Bell place les mouvemeus respiratoires sous la dépendance exclusive du cordon latéral de l'axe nerveux rachidien. M. Bell n'a tenté aucune expérience pour prouver que la coopération des cordons antérieurs et des cordons postérieurs de la moelle soit nulle dans les exercices involontaires de la respiration. L'on a constamment remarqué, dans les ras de blessure, de ramollissement des portions supérieures de l'axe nerveux spinal, que la respiration était lésée, quelle que fût l'étendue du désordre : il semble donc que l'influence de la moelle sm- les nerfs respirateurs ne se transmet pas exclusivement à travers les faisceaux moyens ou olivaires de l'organe rachidien. Cependant ce point de physiologie anatomique n'a point encore été suffisamment étudié ni approfondi.

Il est parfaitement démontré que les nerfs dont l'action intervient pour produire les phénomènes de l'érection reçoivent leur incitation de l'axe nerveux spinal. Ces nerfs , comme ceux de la respiration obéissent à l'influence de la moelle, et sont slimulables longtemps après que la moelle épiiiière a cessé d'ê^tre allachée aux ganglions pulpeux crâniens.

Chaque jour, sur des blessés dont le cordon nerveux spinal est coupé en travers, détruit par un travail inflammatoire, ou intercepté par la compression. Ton est à même de noter la persistance des phénomènes de l'érection. Comme c'est surtout lorsque la partie supérieure de l'organe rachidien est stimulée par une blessure circonscrite que l'érection se manifeste, l'on s'est demandé si l'incitation qui agit dans ces cas «ur le pénis ne partirait point du même foyer que l'incitation des muscles pulmonaires. La source de ces deux sortes de mouvemens involontaires pourrait à la rigueur être la même ; mais il est vrai de dire que l'érection se manifeste dans quelques cas où l'organe rachidien est lésé aux lombes ou au dos , et alors même que l'intensité de la paraplégie permet de supposer que le bulbe rachidien n'est plus en rapport de communication avec le segment de moelle d'où partent les nerfs qui doivent alors communiquer l'incitation aux muscles érecteurs {voyez dans l'ouvrage du docteur OUivier les observations 21 et 23). L'on peut donc supposer que différens points, si ce n'est tous les points de l'axe nerveux spinal , contribuent à la stimulation des muscles qui font ériger le membre viril.

Les contractions du cœur et des canaux artériels persistent longtemps aussi après la destruction du cerveau. D'où peut donc provenir l'incitation qui agit sur les fibres du cœur, après que l'influence cérébrale a cessé de s'exercer sur l'organisme? Emane-t-elle de la totalité ou d'une portion de la moelle épiniére? cette moelle reste-t-elle étrangère aux mouvemens du centre de la circulation? Les questions que nous venons de poser ont été cent fois agitées et souvent résolues en sens opposé (Haller, Physiologie, t. i, p. 338). Qu'il nous suffise do

(lire que la plus forte objection que l'on puisse faire contre l'opinion qui attribue une influence au cordon nerveux rachidien sur les balteinens de cœur, se tire de ce fait que le cœur continue à battre avec force après qu'il est détaché de la poitrine. Mais ce fait ne prouve pas que, sur les animaux pleins de vie et entiers, la inbelle épinière n'ajoute pas sa force incitalrice à celle de Tirritabilité. Ilaller a si bien compris la force de ce raisonnement qui se présente à la pensée de tout le monde, qu'après avoir accumulé une masse de faits pour établir que l'action du cœur est uniquement duc à l'irritabilité, ce grand physiologiste n'a pas pu s'empêcher d'avouer, dans quelques passages de ses écrits , que la moelle épinière seconde la force de l'irritabilité dans les mouvemens de conservation ( Physiologie , l. i"-"", p. 338 ; voir aussi un passage cité par le docteur Ollivier, t. I, p. 129). Legallois, MM. Ph. Wilson, Flourens et beaucoup de physiologistes contemporains ont fail des vivisections dans l'espérance de parvenir à déterminer le mode d'action de l'organe rachidien sur le cœur. Il résulte des effets obtenus par Legallois que la désorganisation de la totalité du cordon nerveux spinal entraine avec promptitude la cessation de la circulation, et la mort de l'animal; que la désorganisation de la moelle cervicale, dorsale, lombaire, pratiquée sur des animaux différens , mais de même espèce, entraîne constamment l'affaiblissement, puis la cessation du mouvement circulatoire ; que la destruction de la moelle cervicale est plutôt funeste aux agens de la circulation que celle des portions inférieures de la moelle épinière. Legallois a donc conclu de ses expériences que l'axe nerveux spinal contribue à l'exercice des mouvemens du cœur. Toutefois comme les résultats obtenus par

l'expérimentation peuvent \aiier suivant l'àgo des animaux , suivant que l'on porte plus ou moins atteinte à la respiration, quand on opère sur le haut de la moelle ; et comme quelques animaux survivent encore assez longtemps à la trituration ou à l'enlèvement de la moelle épinicre, chaque physiologiste peut presque se croire aulorisé à rejeter ou à admettre la part d'influence que Legallois attribue au cordon nerveux spinal dans le mouvement du sang. L'on doit donc peu s'étonner de ce que M. Ph. Wilson, frappé de la ténacité de la vie sur des animaux dont la moelle spinale était horriblement mutilée, ait fini par attribuer à l'irritabilité tous les mouvemens contractiles du cœur. Mais M. Flourens , qui a aussi prolongé quelquefois très longtemps la vie de jeunes animaux dont il avait emporté le cordon rachidien, n'hésite point à faire intervenir l'incitation de la moelle épinière comme l'une des forces qui concourent à l'entretien du cours du sang artériel.

Legallois et M. Flourens ont signalé des effets locaux qui indiquent que chaque segment de la moelle épinière exerce une action sur la circulation particulière des organes où vont se perdre les nerfs spinaux de chaque région. Ainsi quand on emporte la moelle lombaire sur un lapin, la circulation générale ne tarde pas à languir ; mais la circulation du sang paraît éteinte dans les organes voisins des lombes bien avant de cesser vers les autres portions du tronc (Legallois, p. 143-145; Flourens, p. 189). Quelques faits empruntés à la pathologie témoignent aussi en faveur de l'influence du système nerveux spinal sur les battemens du pouls : M. Ollivier a vu survenir plusieurs fois une extrême irrégularité dam les pulsations artérielles des sujets atteintsde myélite

chronique; el à quoi allriliuer, si ce n'esl à l'état acluel de la moelle, tous les désordres qui se manifeslenl si souvent vers la circulation dans les phlegmasies aiguës du centre nerveux rachidien ?

Quant aux faits empruntés à l'embryologie , nous avouons qu'on peut les inter|)rélcr de différentes manières. Si l'on pose en principe que les battemens du cœur d'un fœtus anencépbale étaient en partie entretenus pendant la gestation par l'action de la moelle spinale , l'on peut oljjecler que les conditions de cette moelle ne changent pas après la naissance, et, comme alors le sujet meurt dans un délai plus ou moins court, l'on arguera de là qu'avant la naissance le cœur ne se contractait pas sous l'inQuence de l'incitation du système nerveux du fœtus. Mais cette dernière manière de raisonner est vicieuse , car la mort des fœtus anencéphales no dépend pas toujours de l'état du centre circulatoire; et il est reconnu , par les plus grands ennemis du système exclusif de l'irritabilité, que, pendant la vie intra-vilérinc , l'action du sang de la mère peut bien n'être pas sans intlucnce sur le cœur du fœtus. L'on pourrait ajouter que la cessation de cette influence a dû contribuer au ralentissement du cours du sang chez le nouveau-né, dont la vie n'a pu se soutenir malgré le concours de l'excilement du système nerveux spinal. En définitive , il ne s'élève aucun aigument sérieux en faveur de la non-inQucnco de la moelle épinière sur l'action du cœur; et des faits multipliés, des raisonncmens puissans parlent en faveur de l'action de l'axe nerveux spinal sur la circulation générale et locale (Ollivier, t, i, p. 132, 133).

Les mouvemens vcrmiculaircs de la membrane rausculeuse du canal alimentaire persistent après la

décapitation des animaux, après la cessation des fonctions encéphaliques et la mort du cerveau sur l'homme; persistent, comme on le sait, après que les intestins ont été arrachés du ventre de l'animal. Cependant l'axe nerveux rachidien exerce probablement encore quclqu'action sur la contractilité de la fibre des intestins et de la vessie. Dans certaines affections intenses de la moelle épinière, l'on observe quelquefois, indépendamment de la paralysie des muscles abdominaux et delà paralysie des sphincters qui provient de l'impuissance des nerfs de la vie animale, l'on observe une inertie insolite du corps de la vessie et des anses intestinales que les matières distendent comme des poches incapables de réaction, ou qu'elles traversent comme des milieux privés de vie et de ressort. Cette influence du cordon nerveux spinal sur la contractilité de la fibre nerveuse dite organique doit s'étendre à l'utérus. Mais toutes les objections que les partisans de l'indépendance des mouvemensdn cœur opposent à la théorie qui fait intervenir l'action de la moelle dans l'exercice decesmouvemens peuventêtre invoquées contre l'opinion et contre les faits que je viens d'émettre, ou de rappeler au souvenir des pathologistes.

L'ablation de la moelle épinière sur les animaux d'un ordre élevé , la désorganisation de ce centre nerveux dans l'état pathologique de l'homme, s'accompagnent d'un abaissement incontestable de la température. Il reste à déterminer si le refroidissement des membres, des tégumens, et, en général, de tous les tissus , tient dans ce cas à ce que le cerveau ne peut plus agir sur le système nerveux rayonnant, ou bien à ce qu'un organe qui agissait à la fois comme conducteur d'incitation et comme agent producteur d'une certaine dose de calorique a cessé

de fonctionner. Les expériences qne l'on invoque ordinairement pour résoudre ce double problème n'ont qu'une valeur insignifiante, attendu que l'on n'a pas songé à constater la température du corps , et après la destruction du centre nerveux crânien , et après la destruction du cordon nerveux spinal. Or, cette précaution était cependant indispensable ; car, si la destruction de la moelle épinière ne déterminait pas un surcroit de refroidissement après que l'on a fait disparaître depuis quelques instans l'encéphale d'un animal , il est clair que cette moelle n'exercerait aucune influence sur la production de la chaleur. Mais les choses, si je ne me trompe, se passent autrement; et comme la température de l'organisme s'abaisse par la destruction du cerveau , s'abaisse davantage au fur et à mesure que l'on continue à exercer la destruction sur les centres nerveux de la vie animale, en descendant dans le canal rachidien, je crois que l'on peut conclure que la moelle épinière se comporte comme agent de transmission et comme agent de production dans la fonction de la calorification {voy. les écrits de M. Chossat, deLegallois, Brodie, etc.).

L'on peut adresser à la plupart des expériences qui ont été tentées sur les animaux dans l'intention d'apprécier le rôle que joue la moelle épinière dans l'exercice fonctionnel de la nutrition , de l'absorption , de l'exhalation , le reproche que j'ai adressé aux expériences qui concernent la détermination du rôle de cette moelle dans l'acte de la calorification; l'on n'a presque jamais eu l'attention d'isoler l'influence de l'axe nerveux rachidien de celle des hémisphères cérébraux. Il est incontestable que dans certaines affections graves du cordon nerveux rachicien, lanulrition, la sécrétion de l'urine, du sperme.

Iti pcrspiration cutanée , l'absorption des liquides ingérés dans l'estomac , des substances médicamenteuses placées au contact de la peau , continuent à avoir lieu bien que l'encéphale soit détaché de la moelle épinière. Or, à moins d'attribuer ces résultats à l'influence exclusive des nerfs ganglionaires et des nerfs de la vie animale , l'on doit conclure que l'axe nerveux spinal exerce une influence sur les actes nutritifs, sur l'absorption et la sécrétion. D'un autre côté, l'on a cent fois remarqué qu'à la longue la désorganisation graduelle delà moelle épinière détermine une émaciation générale, l'atrophie relative des membres , un état de sécheresse de la peau , une diminution incontestable , et une altération dans la quantité et dans la qualité des liquides sécrétés, notamment dans celles de l'urine et de la sueur. Donc la moelle épinière joue un rôle dans toutes les fonctions de conservation. Ce résultat n'était pas difGcile à prévoir après que l'on a eu connu le rôle de l'organe rachidien dans la fonction de la respiration et de la circulation. L'on sait, en effet , depuis longtemps, que l'activité des sécrétions, des exhalations, du dégagement de la chaleur, est jusqu'à un certain point, liée à l'activité du cours du sang artériel et de l'exercice des organes pulmonaires; or, rappelons-nous que finalement la circulation et la respiration s'éteignent avec la vie du système nerveux spinal.

La moelle épinière intervient aussi dans la transmission des phénomènes sympathiques relatifs à la sensibilité et au mouvement. Si l'on veut bien réfléchir un instant à la concomitance presque constante des sensations viscérales, des contractions intestinales, des sensations encéphaliques, des convulsions des membres, pendant les accès hystériques, l'on

accordera peut-être que, pendant ces crises, il s'effectue, que l'on me passe l'exprossion , une circulalion très active d'incitations à travers les cordons nerveux rachidiens. Comment, s'il n'en était pas ainsi, l'impression des viscères irait-elle retentir aussi cruellement vers le cerveau? Comment l'incitation cérébrale qui fait entrer en mouvement tout le système musculaire de la vie organique se transmettrait-elle à la Obre musculaire intestinale , qui alors se contracte véritablement avec autant d'énergie que si elle était soumise à l'empire de la volonté? Tous ces phénomènes critiques qui excitent notre étonnemenl dans le magnétisme animal, et qui se manifestent dans les viscères , parce que les sens et l'encéphale ont d'abord été soumis aux ébranlemens d'une vive impression, ne surviennent qu'à la condition expresse que la moelle épinière , interposée comme un conducteur entre le système nerveux de la vie animale et le système nerveux du grand sympathique, répondra à l'action des centres pulpeux crâniens. Les autres sympathies morbides se transmettent également, pour la plupart, par l'intermédiaire du cordon nerveux spinal , et si j'ai cité de préférence les faits relatifs aux phénomènes hystériques et aux phénomènes du magnétisme animal, c'estque je suis contraint de borner le nombre des mes citations, et que les autres faits qui appuient la proposition que j'ai posée en principe sont familiers à toutes les personnes qui se livrent à l'élude des maladies.

§ IV. Des fonctions des nerfs CÉRÉBRO-SPINAtX.

L'on sait de temps immémorial , que tant qup

les nerfs encéphaliques et spinaux communiquent librement avec les niasses pulpeuses conlrales, la sensation des objets visuels, des sons, des odeurs, des saveurs, est facilement perçue, et que l'on détermine le sentiment d'une vive souffrance en brûlant ou en pinçant avec force les tégumens d'un animal. Aussitôt, au contraire, qu'une blessure vient intercepter la communication des racines nerveuses spinales avec le cordon rachidien, vient affecter les nerfs optiques, auditifs, olfactifs, etc., vers leur origine, la faculté de sentir ce qui se passe à la surface du corps, de voir, d'entendre, d'apprécier la nature dos odeurs, est incontinent perdue pour l'animal. Certaines maladies occasionnent sur l'homme des douleurs intenses que la section du nerf qui se distribue à la partie lésée fait aussitôt disparaître. Dans tous ces cas, cependant, la plus grande partie do l'appareil rayonnant n'a pas été intéressée, et bien que le nerf n'ait élé atteint que sur un point très circonscrit par le tranchant de l'instrument, la fonction n'en a pas moins été abolie dans la totalité du nerf. La même chose arrive presque constamment lorsqu'un gros tronc nerveux se trouve aplati par une tumeur, élreint par une ligature. L'ablation de celte tumeur , la section du lien qui entoure le nerf , permettent tout de suite le rétablissement de l'exercice de la sensibilité. Donc, le rôle du nerf considéré comme agent sensilif se borne à faire l'office de conducteur, à transmettre aux lobes cérébraux les impressions qui doivent exciter la sensation.

Le chien que l'on éprouve par des vivisections fait de violens efforts musculaires pour échapper à l'expérimentateur. Que l'on coupe subitement sur ce chien les nerfs qui se rendent soit au train de devant, soil aux membres abdominaux, ce sera en vain do-

rénavant que l'animal voudra se soustraire à la douleur d'une brûlure qu'on lui fera, par exemple, endurer à la face , car ses membres demeureront frappés d'immobilité. La section , la ligature des nerfs moteurs, qu'il n'est pas toujours facile d'éviter dans les opérations chirurgicales que l'on tente sur l'homme, entraînent également une paralysie musculaire. L'on peut aussi , sur un chien , intercepter ou rétablir à volonté l'exercice des mouvemens, en serrant un nerf moteur dans une anse de fil que l'on desserre au bout de quelques secondes. Les blessures accidentelles des nerfs, observées mille et mille fois dans les plaiesd'armes à feu, d'armes blanches, etc., sont toujours accompagnées de lésions des mouvemens. L'on fait aussi cesser les contractions musculaires spasmodiques de la face en attaquant convenablement les rameaux du nerf de la septième paire. Il est donc démontré que, dans la fonction du mouvement , le nerf ne fait que transporter au muscle l'incitation de la volition. Tout l'ensemble du système nerveux locomoteur resterait intact, que la généralité des muscles n'en resterait pas moins soustraite à l'empire de la volonté , si les racines des nerfs moteurs ne tenaient plus à l'axe cérébro-spinal. Le nerf ne commande donc point les mouvemens qui supposent un calcul du moi.

Cependant , en substituant pour un instant à l'incitation cérébrale une excitation artificielle, en portant sur un nerf moteur une étincelle électrique, un irritant mécanique, chimique, que ce nerf soit ou non attaché à l'axe nerveux central, l'on fait entrer en contraction tous les muscles qui reçoivent des ramifications du nerf ainsi irrité. Les nerfs moteurs sont donc susceptibles de répondre aux stimulations locales, et c'est à celte propriété de la fibre nerveuse

qno l'on donne le nom A'irnlahililé. L'irritabilité est donc inhérente au nerf; elle suppose Texislence d'une incitation spéciale qui naît hors du cerveau, qui ne peut être confondue a\ec celle qui émane de la Yolition. Quand, dans une fracture des vertèbres, la moelle épinière est rompue, et que cependant il survient des mouvcmens convulsifs dans les membres pelviens, c'est l'irritabilité des nerfs qui est mise enjeu. Nous insistons à dessein sur la différence de l'incitation cérébrale et de l'incitation involontaire. Dans l'élude des maladies, les pathologistes ont plus d'une fois pris des mouvemens automatiques pour des mouvemens volontaires.

Existe-l-il réellement une différence dans le rôle d'un certain nombre de nerfs? est-il vrai qu'il y ait dans l'organisme des nerfs spécialement affectés à l'exercice delà sensibilité, du mouvement volontaire, des mouvemens respiratoires? Les anciens possédaient à peine quelques notions vagues de physiologie, qu'ils reconnurent la spécialité d'action de plusieurs nerfs encéphaliques. L'on enseigna de bonne heure que les nerfs optiques président aux seuls phénomènes de la vision, les nerfs acoustiques, aux phénomènes de l'audition : et l'on admettait aussi la nécessité d'un nerf spécial pour communiquer au cerveau soit les impressions des odeurs, soit les impressions des corps sapides. Mais ce ne fut qu'à de longs intervalles que l'on conçut l'idée d'attribuer la sensibilité générale à des nerfs spéciaux, l'exercice des actes volontaires à des nerfs purement moteurs. Vers le milieu du xviii" siècle , H. Boerhaave , qui avait beaucoup réfléchi sur les phénomènes de l'innervation, se mit à enseigner, en s'appuyant sur de» raisonneraens rigoureux, que le rôle des nerfs rachidiens est multiple; que, parmi les filets nerveux qui

émanent de l'axe spinal , les uns doi> enl être affectés aux actes de la sensibilité, les autres aux actes de pure motilité ; que les filets de chaque ordre devaient conserver leur spécialité de fonction dans toute l'étendue de leur trajet, non-seulement à travers les diverses parties du corps, mais même dans l'épaisseur de la moelle épinière ; que la jiortion dure du nerf de la septième paire préside aux mouvemens de la face, bien que dans le principe elle soit accolée à un nerf purement sensitif ; enfin, qu'il fallut admettre des nerfs distincts pour l'exercice des fonctions de pure conservation. Les expériences des physiologistes modernes semblent devoir donner raison à la logique de Boerhaave (Boerhaave, Prœleclioncs academicœ, etc., 1761, in-8'\ pag. 695, 696).

D'après M. Charles Bell , la spécialité de nature et la spécialité d'action de tous les filets nerveux encéphaliques ou rachidiens doit être posée comme une vérité de principe ; et lorsque , dans l'étude des nerfs, l'on a éliminé ceux qui président aux phénomènes de la vue , de l'ouïe , de l'olfaction , du goût , dont la fonction est suffisamment connue, toutes les paires cérébro-spinales qui restent à examiner , sont uniquement composées à leur origine de filets simples, ou scnsitifs ou moteurs; et si un cordon nerveux, parvenu à une certaine distance de l'axe pulpeux central , possède ou acquiert la double faculté de transmettre en sens invers les impressions sensoriales et l'incitation qui agit sur la fibre musculaire , c'est que des filets scnsitifs et des filets moteurs sont maintenant réunis sous une même enveloppe pour former un organe mixte: toutefois, sous cette gaînc commune, les actions restent encore distinctes. Sui^ant le même physiologiste , à partirdu nerf sous-occipital jusqu'à la dernière paire sacrée, tous les filets ner-

veux qui émanent de la partie postérieure de la moelle spinale sont exclusivement propres à la sensibilité; tous ceux qui émanent de la partie antérieure «le cet organe , exclusivement affectés aux mouvemens; et les deux sortes de racines nerveuses spinales , conservant leurs propriétés respectives après qu'elles se sont rapprochées au-delà du ganglion que possède la racine postérieure , il s'ensuit de là que tous les nerfs rachidiens sont mixtes, qu'ils sont également affectés à la sensibilité et à l'action musculaire. La cinquième paire encéphalique (nerf trifacial) est composée d'un petit nombre de filets moteurs et de beaucoup de filets sensitifs; elle constitue un organe mixte , mais son action est surtout relative à la sensibilité. La portion dure de la septième paire cérébrale, ou le nerf facial, est formée exclusivement de filets musculaires ou moteurs. Il en est de même du nerf hypoglosse. L'on seraillenté de penser, d'après le point de leur implantation, qu'il en est ainsi des nerfs de la troisième , de la quatrième et de la sixième paire encéphalique, ou des nerfs qui se rendent aux muscles de l'œil; qu'il en est ainsi des nerfs glosso-pharyngiens , vagues , accessoires , diaphragma tiques , respirateurs externes (Ch. Bell, ExposUion du système naturel des nerfs , etc.; trad. franç. , Paris, 1825, pag. 5, 6 , 7 , 13 et suivantes). Il n'est pas impossible cependant que les nerfs musculaires de l'œil et les nerfs respirateurs possèdent des filets sensitifs.

Pour prouver que les racines spinales postérieures n'ont aucune influence sur l'exercice musculaire, M. Bell coupe ces racines sur un animal vivant, et il fait remarquer que les mouvemens des membres nesontpas abolis. Irritant ensuite lesracinesspinales antérieures sur un animal récemment tué, il obtient

des conlracUons musculaires, tandis que l'irritalion des racines nerveuses postérieures laisse la fibre musculaire en repos (ou\r. cité, pag. 17). Ces résultais ne prouvent pas que les filets qui sortent de la colonne spinale postérieure soient sensitifs ; ils prouvent seulement qu'ils ne sont pas irritables , qu'ils ne répondent pas aux stimulations directes. L'on peut inférer, si on le veut, de quelques-unes des expériences que nous venons de citer, que les filets spinaux antérieurs sont propres à conduire l'incitation musculaire, qu'ils sont doués de la propriété de susciter des actes musculaircsdès qu'on lesirrile; mais jusqu'à présent l'on n'est pas fondé à refuser la sensibilité aux racines spinales antérieures. Aussi M. Bell a surtout recours à l'induction pour établir la double propriété des filets nerveux spinaux. Comme le nerf facial, qui est un nerf simplement moteur, s'implante sur la face antérieure de la moelle allongée; comme la portion du trifacial qui porte la sensibilité au visage correspond à son origine aux faisceaux postérieurs de cette même moelle , M. Bell croit pouvoir s'appujer sur cette double considération , pour avancer que les filets antérieurs de tout l'axe rachidien ne peuvent avoir d'influence que sur le mouvement ; les filets spinaux postérieurs , d'influence que sur la sensibilité. Ce raisonnement ne peut équivaloir à une démonstration. Les expériences tentées d'abord en France par M. Magendie , répétées depuis par Béclard et M. Descot, et par quelques autres physiologistes, tendent cependant à justifier, jusqu'à un certain point , sinon la logique , au moins l'opinion du célèbre docteur anglais sur la diversité de fonctions des racines nerveuses spinales. M. Magendie , après avoir coupé plusieurs fois sur des animaux \i\ans, tantôt les racines spinales antérieures , tantôt les racines spinales

postérieures, a constainmeal vu apparaître dans lo premier cas une paralysie musculaire, bien que la sensibilité des membres ne fùl pas détruite, dans le seconde, une paralysie du sentiment, bien que l'action musculaire ne fût pas impossible. Ces faits , dont la valeur absolue est atténuée par une autre série d'expériences du même auteur , qui établissent que les racines spinales antérieures jouissent de quelque sensibilité, et que les racines spinales postérieures ont une légère iuQuence sur la conlractilité musculaire , sont cependant assez importans pour faire regarder comme très probable la différence fonctionnelle que beaucoup de physiologistes croient devoir attribuer aujourd'hui aux deux séries de nerfs que l'on aperçoit sur les côtés de l'axe nerveux rachidien (Magendie, Journal de physiologie expérimentale et pathologique, t. ii, p. 276, 366. Descot, Sur les affections locales des nerfs, etc. , pag. 21. Voir aussi mes Recherches physiologiques sur les fonctions de la moelle épinière dans le Journaldes progrès des sciences et institutions médicales , etc., 1828). Nous ajoutons que l'observation clinique a fourni quelques faits qui viennent à l'appui des résultats qui ont suivi dans les expériences la section des faisceaux nerveux rachidiens soit antérieurs , soit postérieurs (Ollivier, t. ii, pag. 382-386, etc.). Mais la détermination du rôle des différentes paires nerveuses spinales réclame de nouveau les lumières de l'expérimentation.

M. Ch. Bell nous paraît avoir fixé à peu près sans réplique le rôle du nerf trijumeau et du nerf facial. La branche du trijumeau formée par les faisceaux qui proviennent de ce que les analoraisles nomment les petites racines , qui n'entre pas dans le ganglion semi-lunaire , et qui se distribue surtout aux muscles temporaux et buccinateurs, représente probable-

ment, après s'être réunie à des filets sensitifs pour constituer le nerf maxillaire inférieur, un organe mixte doué de la faculté de sentir et d'exciter des contractions; les nerfs opthalmiquc et maxillaire supérieur président exclusivement à la sensibilité. Toutes les parties de la face qui reçoivent des filets nerveux des deux premiers troncs de la cinquième paire deviennent insensibles par la section des nerfs opthalmique et maxillaire supérieur. Mais les mouvemens de la figure restent libres aussi longtemps que l'on respecte le nerf facial , qui est le nerf moteur de la face , et le nerf maxillaire inférieur que l'on soupçonne fournir des filets moteurs à la mâchoire. La section du nerf facial entraîne, au contraire, la paralysie immédiate des muscles qui empruntent leur action à ses propres filets. L'on peut à volonté sur un animal produire une paralysie isolée du sentiment sur une moitié de la face , une paralysie isolée du mouvement du côté opposé de la joue insensible ; il suffit pour cela de couper les premières branches du trijumeau d'un côté,lenerf facial du côté opposé. Le mouvement et le sentiment disparaissent simultanément des deux côtés de la face, si I on coupe en même temps le nerf facial et le nerf trijumeau à droite et à gauche. L'irritation du nerf facial ne provoque sur les animaux aucun sentiment douloureux , mais elle excite de violentes convulsions. L'irritation du nerf maxillaire inférieur donne lieu à de la douleur, et peut-être à des convulsions. L'irritation des autres branches de la cinquième paire excite les cris des animaux, sans mettre en jeu la contractililé fébrillaire (Bell, pag. 21, 19, 47, 69, 62). M. Bell a donc pu se croire fondé , d'après ces faits , à considérer le nerf trijumean comme le nerf sensitif de la face, et à soutenir que toutes les fois que sur

l'homme une douleur névralgique se déclare vers le front, les tempes, la mâchoire, les dents, c'est ce nerf qui est affecté; ([ue ce sont ses filets qu'il faudrait inciser pour rendre le calme au malade. M. Bell peut invoquer pour le moins autant de raisons pour affirmer que la portion dure de la septième paire représente le nerf musculaire de la face, que ce nerf préside à l'action du rire , du sourire , au jeu de la physionomie, et. en général, à toutes les contractions des muscles du visage. Lors donc qu'à la suite d'une blessure de l'oreille , d'une opération chirurgicale , lorsque , sous l'influence d'une altération spontanée , un côté du visage est frappé d'immobilité, c'est le nerf facial qui est lésé. Une foule de faits que les pathologistes nationaux et étrangers ont eu occasion de recueillir, et qui ont été publiés depuis vingt ans, ne laissent, pour ainsi dire, plus planer aucun doute sur celte assertion , et l'on peut dire aujourd'hui que la fonction du nerf facial a été poursuivie dans ses moindres rameaux (Bell, pag. 64-07, Montault, Disserlalion inaugurale; Descot, Disserlalion sur les affections locales des nerfs, etc. , pag. 294-296; Bérard aîné, Sur les fondions du nerf facial dans le Journal des connaiss. méd. -chirurgicales , t. ii, p. 384, t. III, pag. 6).

L'on s'est demandé, depuis la publication des travaux de M. Bell sur le système nerveux, s'il est bien certain que le nerf trijumeau possède quelques filets moleurs ; si le nerf facial n'exerce réellement aucune influence sur la sensibilité musculaire ou cutanée, s'il csl bien insensible aux irritations qui s'adressent directement à son tissu. La faculté motrice des petites racines de la cinquième paire ne semble pas prouvée aux yeux de tout le monde, et M. Bell a été le premier à faire naitre le doute sur

l'existence des filets moteurs dans la cinquième paire. L'on s'accorde assez généralement à penser aujourd'hui que le nerf facial n'est point apte à recueillir les impressions tactiles ; mais la plupart des expérimentateurs reconnaissent en même temps que les irritations directes et \iolentes auxquelles on soumet sur les animaux le nerf dur de la septième paire excitent une légère douleur (Bérard , mémoire cité, page 356). Ces faits étant une fois bien constatés, il restait à examiner si le nerf facial reçoit, par hasard , quelques filets sensibles dans le voisinage de son origine, ou s'il est jusqu'à un certain point constitué nerf mixlc par la présence de Ciels anastomotiques qu'il aurait reçus, soit des nerfs cervicaux, soit des branches de la cinquième paire. Quelques anatomistes n'ont point hésité à embrasser l'opinion qui attribue un faisceau d'origine sensilivo à la racine du nerf facial ; mais d'un autre côté, l'on cite des expériences qui font croire que les irritations de ce nerf cessent d'être senties , si , avant de les pratiquer, l'on coupe les racines du nerf trijumeau. Ce serait donc à son union avec des filets sensitifs que le nerf facial serait redevable d'une apparence de sensibilité.

11 nous resterait à indiquer maintenant la manière dont se comporte le nerf trijumeau considéré comme nerf sensilif de l'œil, de la membrane qui recouvre les fosses nasales, les lè>res, la langue, le voile du palais; il nous resterait à étudier le nerf comme organe de goût ; mais comme le rôle des nerfs des sens est discuté dans les articles spéciaux de ce recueil, il ne nous est pas permis de nous étendre davantage ici sur les propriétés du nerf sensitif de la face, dont les ramification» étendues indiquent suf-

fisamment l'importanco ( VOj€Z Gout, Olfaction , Vue , Sens).

Les nerfs qui se rendent aux muscles de l'œil (les nerfs de la troisième, de la quatrième, do la sixième paire) remplissent les fonctions de nerfs moteurs, et comme ils se perdent dans la fibre musculaire , qu'ils naissent dans la même direction que les racines de la septième paire, il est probable qu'ils contiennent peu de filets sensitifs. Cependant M. Bell croit que ces nerfs ont juste le degré de sensibilité qui leur est nécessaire pour sentir leurs propres contractions.

Le nerf hypoglosse , ainsi que l'avaient annoncé plusieurs physiologistes, contrairement à l'opinion de Boerhaave, doit être placé au nombre des nerfs moteurs. La section de l'hypoglosse paralyse en grande partie l'action musculaire de la langue, et l'irritation de ce nerf excite des mouvemens convulsifsde la fibre musculaire linguale (Panizza,/{cc/ierches expér. sur les nerfs, etc., Pavie, 1834; Jules Guyot et Cazalis, Archives gcnér. de méd. , février 1838). D'après la théorie de M. lîell sur la différence que la diversité d'origine des nerfs doit apporter dans leur exercice fonctionnel , le nerf hypoglosse ne devrait contenir à sa naissance quo des filets moteurs. IM. Panizza a juge l'hypoglosso absolument insensible. MM. Guyot et Cazalis prétendent, au contraire, que le pincement et le tiraillement de l'hypoglosse est Icgèrcmont douloureux. Comme le nerf de la neuvième paire peut recevoir pendant son trajet des filets sensitifs, soit du spinal, soit du pneumogastrique, l'on conçoit quo ce nerf donne quelques signes d'une sensibilité vague.

Beaucoup d'expériences ont été faites depuis quel-

ques années sur le nerf glosso-pharyngien ; il importail trop de connaître le rôle de ce nerf dans l'exercice de la sensibilité, du goût, des mouAcmens du pharynx , pour que l'on négligeât l'étude d'un pareil organe. Il résulte des faits que l'on doit à M. Reid , que le nerf glosso-pharyngien appartient à son origine à la classe des nerfs sensitifs ; qu'il est en même Icmps nerf gustatif ; qu'il admet dans son trajet seulement des filets moteurs; qu'après s'être réuni aux filets du pneumogastrique , il devient un nerf mixte ; que c'est par ce motif que l'irritation du glossopharyngien , qui a reçu des communications anastomotiques, fait entrer le pharynx en convulsions; tandis que l'irritation du tronc nerveux, après sa naissance et sa séparation du bulbe rachidien , n'occasionne pas les mêmes phénomènes musculaires f Archives gcnér. de méd., n" de février 1838, p. 210). Suivant MM. Guyot elCasalis le nerf glosso-pharyngien est doué d'une sensibilité générale très prononcée ; il exerce une part d'influence dans la fonction du goût; l'irritation de son tronc fait entrer une portion de la langue et du pharynx dans un étal de convulsion {Archives génér. de méd., février 1839; voyez aussi le mémoire cité de M. Panizza; les expériences de IVIagendio, Journal expérimental de physiologie, et Précis élém., 1. 1).

L'on ne peut guère douter que le nerf spinal accessoire ne se range dans la classe des nerfs mixtes. M. Bell a d'abord montré qu'il joue un grand rôle dans les actes musculaires de la locomotion, ce qui indique qu'il possède des filets moteurs. Or, comme il arrive souvent à ce nerf de s'unir avec la première, la seconde paire des nerfs spinaux ; qu'il reçoit toujours des filets de la troisième paire spinale.

il doit, au moins, au moment de sa dislribution , posséder aussi des filets sensidfs.

L'on sait que le nerf pneumogastrique est un nerf moteur. Les expériences nombreuses qui ont élé répétées depuis Galien sur les branches de ce nerf ne laissent à cet égard aucun doule dans l'esprit du physiologiste le plus sceptique. D'un autre côté, Bichat, M. Descot et quelques autres physiologistes, qui ont eu souvent occasion de lier ou de couper les nerfs de la huitième paire, attestent que ces opéralions excitent une douleur incontestable sur les animaux. Tout porte donc à faire admettre dans le nerf pneumogastrique, et la présence de filets musculaires et l'existence de filets sensitifs. 31. Reid conclut, après avoir multiplié les expériences sur les nerfs qui nous occupent pour l'instant, que le nerf pneumogastrique est doué, dans son principe, d'une très vive sensibilité ; que ceux de ses filets qui constituent le nerf laryngé supérieur, et qui se perdent dans la membrane muqueuse des voies aériennes, sont sensitifs, excepté les filamens qui vont au muscle crico-thyroïdien , et qui sont des filets moteurs ; que les nerfs récurrens ou laryngés inférieurs sont purement affectés aux contractions des muscles qui meuvent les cartilages aryténoïdes {Archives gén. de méd., février 1838, pag. 211). Les dernières expériences que nous venons de faire connaître nous révèlent un fait qu'il ne faut pas perdre de vue dans l'élude des nerfs. Ce fait c'est que des filets sensitifs ou moteurs, qui s'étaient d'abord réunis pour constituer un nerf mixte, peuvent ensuite se séparer pour constituer des instrumens de fonction spéciale. La fonction des rameaux d'un nerf peut donc être toute autre que celle de son tronc. L'on est fondé à croire que , dans l'état normal, tous

les nerfs composés en tout ou en partie de filetsmoteurs obéissent plus ou moins à l'empire de hoolonté; mais il est desmouvemens qui, par leur nature ou par leur importance, méritent de fixer particulièrement l'altentiun des physiologistes. Au nombre de ces mou- \eraens sont ceux de la respiration, d'abord parce que la vie est sous la dépendance immédiate de celte fonction, ensuite parce que l'action des nerfs de la respiration persiste alors que les nerfs des bras et des jambes et les autres nerfs rachidiens ne peuvent plus provoquer aucun phénomène musculaire régulier. Tous les physiologistes ont fait remarquer que pendant le sommeil, le coma, la catalepsie, etc., la "volonté n'intervient point pour exciter et régler les actions musculaires nécessaires à l'accomplissement des fonctions de conservation. En suivant bien la filiation des idées de Boerhaave , l'on voit que l'observation que nous venons de rappeler à l'instant fut une de celles qui engagèrent le célèbre professeur de Lejde à admettre qu'indépendamment de SCS filets sensitifs et de ses filets moteurs ordinaires, le nerf pneumogastrique devait encore posséder une troisième espèce de filamens destines à fonctionner dans les actes involontaires (ouvr. cité, t,ii,p. 715). Boerhaave désigna le cervelet dont, selon lui, la moelle allongée fait partie, comme étant le point d'où sortent les filets des nerfs qui président aux actions dites vitales (p. 496 et 69fi, t. u). Il était réservé à Legallois de prouver expérimentalement que c'est un segment de la moelle allongée qui tient sous sa dépendance tous les actes respiratoires involontaires [voyez le précédent paragraphe, et les expériences de Legallois sur le principe de la vie, pag. 38 et suiv.). M. Bell a ensuite apprécié avec une rare habileté le mécanisme de ces actes , ce qui snp-

pose une connaissance exacte du rôle des nerfs respirateurs cl du mode de repartition de leurs principaux filets.

M. Bell admet, comme Boerhaave, que les filets qui constituent un nerf agent respirateur involontaire ne peuvent être confondus avec les filets qui le constituent nerf sensitif ou nerf volontaire. Les filets respirateurs involontaires émanent, selon M. Bell, du cordon moyen de la moelle allongée et de la moelle épinière. Ils entrent dans la composiliou du nerf facial, du pneumogastrique, du spinal accessoire, du respirateur externe du tronc, du nerf diaphramatique, des nerfs intercostaux, et en général, dans la composition de tous les nerfs qui jouent un rôle quelconque dans l'exercice des mouvemens respiratoires automatiques. Lorsque la respiration s'effectue sous l'influence de la volonté, ce sont les filets qui obéissent à l'incitation cérébrale qui entrent en action. Si un muscle reçoit en même temps deux nerfs respirateurs dont l'un obéisse à l'incitation de la moelle allongée, l'autre à l'incitation cérébrale, la section du premier fera cesser le mouvement respiratoire mécanique, la section du second abolira le mouvement commandé par la volonté.

Il peut n'y avoir pas beaucoup d'inconvénient à accorder que l'influence spéciale de la moelle allongée, à laquelle il faut attribuer la persistance des actes respiratoires après que les mouvemens volontaires sont devenus impossibles, est transmise aux muscles à travers un ordre de filets nerveux spéciaux; mais l'existence des filets de cette classe peut très bien être contestée. L'argument de l'implantation des nerfs respirateurs sur une colonne particulière de l'axe nerveux rachidien auquel on a recours pour établir la spécialité de nature de ces nerfs est un ar-

gumenl de nulle valeur, puisque l'on avoue que les nerfs respirateurs externes, intercostaux , diapliragraatiques, dont l'action respiratoire survit à la décapitation, émanent de la colonne des nerfs mixtes; et que l'on convient que les secours du scalpel et des sens est insuffisant pour prouver que ces derniers nerfs reçoivent réellement des filets du cordon spinal moyen ou latéral. Heureusement la question de savoir s'il existe des filets nerveux spéciaux pour l'accomplissement des mouvemens respiratoires semble par elle-même peu importante, tandis que l'explication des phénomènes musculaires qui se passent vers le diaphragme, le thorax, le larynx, le pharynx, le cou, les épaules, les diverses parties de la face, le globe de l'œil, pendant l'inspiration et l'expiration, doit vivement attirer l'attention des physiologistes. M. Bell a prouvé , par une savante analyse de ces phénomènes que les nerfs intercostaux, pneumogastriques, diaphragmatiques, accessoires, respirateurs externes du tronc, et faciaux, sont les principaux agens respirateurs. Le pneumogastrique est le nerf respirateur des poumons, agissant sur la fibre musculaire bronchiale, et sur les muscles du larynx; le diaphragraalique est le nerf respiratoire interne ou le nerf qui fait contracter le diaphragme; les intercostaux, l'accessoire, le respirateur externe du tronc, le facial, agissent dans les mouvemens combinés de la poitrine, du cou, des lèvres, des ailes du nez. Le pneumogastrique, le diaphragmatique , les intercostaux, le respiratoire externe du tronc, suffisent aux mouvemens simples , ordinaires et uniformes de la respiration ; l'accessoire agit principalement dans les grandes inspirations lorsque plusieurs muscles du dos et des épaules doivent associer leurs efforts à ceux des muscles qui séparent les côtes. Le facial entre

on aolion dans le rire, rélernuincnt, la toux, etc. Enlin les nerfs lij poglosses et le glosso-pharjngien associent leur action à celle des nerfs respiratoires dans l'acte de la prononciation du chant; et le nerf de la quatrième paire imprime à l'œil certains mouveinens expressifs qui doivent s'harmoniser avec l'action pulmonaire (Bell, ouvrage cité, pages 51 , 52, 53, 1 17, 1 18, 129 ), M. Bell distingue les nerfs respirateurs intercostaux et accessoires, qu'il considère surtout comme des nerfs volontaires, des autres nerfs respirateurs qu'il croit présider surtout aux actes involontaires de la respiration ; mais nous avons déjà dit que tous les muscles affectés à la respiration peuvent communiquer aux muscles les incitations provenant du ccr> eau; d'un autre côté, les nerfs intercostaux obéissent comme le pneumogastrique à l'iulluence de la moelle allongée lorsque l'action du cerveau sur les nerfs rachidiens devient nulle; je ne vois donc aucune raison assez importante pour nous porter à établir deux classes de nerfs respirateurs ( Voir les Expériences de Legallois, p. 38 ; Flourens, p. 178-179 ). Seulement nous n'oublierons pas que les nerfs respirateurs peuvent agir isolément ou concourir à une action commune suivant que l'incitation se communique à un seul nerf ou à tous les nerfs de la fonction, et que c'est constamment par l'intermédiaire des branches des divers nerfs respirateurs que nous avons passés en revue que certaines actions de parties très éloignées se lient les unes aux autres, et que c'est M. Bell qui a suivi le premier le fil de ces liaisons.

Bichat a rassemblé de nombreux argumens pour réfuter l'opinion des physiologistes qui attribuent au système ner>eux de la vie animale une influence sur la nutrition, la sécrétion, l'exhalation, l'ab-

sorpUon, la circulation capillaire des parties où les filets de ce système se distribuent; mais il admet que la calorificalion dépend jusqu'à un c ertain point des agens de l'innervation. Les nerfs incilateurs exercent probablement par eux-mêmes une action très faible sur l'accomplissement des fonlions nutritives, sur la sécrclion , l'evhalation , la circulation capillaire, la production de la chaleur animale; niais les faits suivans établissent que ces nerfs agissent principalement sur les propriétés organiques par l'influence qu'ils empruntent aux ganglions pulpeux. La section d'un nerf entraîne à la longue l'atrophie musculaire; la peau des parties qui ont cessé de communiquer avec les masses nerveuses centrales devient sèche, écaillcus^, froide; le tissu cellulaire s'infiltre de sérosité, et le système veineux a de la peine à se débarrasser du sang qui tend à s'y accumuler. Ces accidcns n'arrivent point d'une manière aussi marquée lorsque les troncs nerveux sont en rapport avec l'axe cérébro-spinal, et que l'ensemble de l'appareil de l'innervation est à l'état normal. Il a été avancé que les filets nerveux sensitifs sont chargés de la transmission des incitations qui mettent en jeu les propriétés dites organiques. La cinquième paire ou le nerf sensilif de la face parait agir sur la sécrclion de la salive, du mucus nasal, des larmes, etc. ; la section de ce nerf a déterminé plusieurs fois le dépérissement des muscles delà face. Il peut se faire que les propriétés organiques languissent ou s'éleignent lorsque les nerfs sensitifs sont lésés ou délvuils ; mais, l'exercice musculaire activant la circulation, la nutrition, la sécrétion de la sueur, la colorification , clc, il est permis de penser que le rôle des filets moteurs des

nerfs n'est pas purement passif dans les exercices fonctionnels attribués à la sensibilité organique.

C'est aussi par l'interraéiliaire des nerfs que des organes placés à dislance les uns des autres, sur divers points de la périphérie du corps, sympathisent entre eux. Vous stimulez sur un animal le nerf trifacial, il survient des convulsions dans un membre ; ces convulsions cessent soit que \ous coupiez le nerf de la cinquième paire vers son origine , audessus du point agacé, soit que vous interceptiez la communication du cerveau avec les nerfs moteurs du membre où les phénomènes convulsifs se sont déclarés. Le rôle des nerfs de la vie animale dans la manifestation des effets qualifiés de sympathiques se borne donc /i faire l'office de conducteurs; mais nous serions très embarrassés de dire pour quoi une impression partie de la main droite, par exemple , fait de préférence entrer en action les filets sensilifs de la main gauche, entrer en action les filets moteurs de tel ou tel muscle, réveillant dans une partie des douleurs, dans l'autre des convulsions sympathiques. Nous pouvons avancer seulement que l'enchaînement de ces phénomènes exige un concours d'actions auxquelles les nerfs rayonnans ne peuvent jamais rester étrangers. Bichat prétend qu'il n'est pas sûr que dans les douleurs sympathiques les nerfs sensitifs de la partie qui a commencé à souffrir la dernière soient réellement affectés, et que peut-être cette seconde sensation douloureuse n'a d'existence que dans le cerveau. Cela n'est pas impossible, mais l'on pourrait également soutenir dans beaucoup de cas que les douleurs névralgiques n'ont point leur source dans les nerfs , et qu'elles dépendent uniquement d'une lésion de l'encéphale. Dans notre manière de voir,

les sympathies de sécrétion , celles qui s'annoncent par des modifications de la calorification , de la circulation , exigent encore l'intervention des nerfs , et tous les raisonnemens que l'on oppose à cette opinion nous ont semblé soit très hypothétiques , soit très faciles à renverser.

§ V. Fonctions du système nerveux ganglio-

NAIUE.

La détermination de la fonction du nerf trisplanchnique ne peut être obtenue par le secours exclusif d'une expérimentation directe. La meilleure manière d'explorer le rôle du grand sympathique serait sans aucun doute de détacher entièrement ce nerf de l'axe cérébro-spinal, d'intercepter toute communication entre ses ramifications et les nerfs de la vie de relation, et d'examiner ensuite les changemens que cette opération aurait pu entraîner dans l'exercice fonctionnel du nerf trisplanchnique, d'une part, dans l'exercice fonctionnel de la moelle épinière et du cerveau de l'autre. En procédant de la sorte, l'on saurait tout de suite si ce nerf puise exclusivement en lui-même le principe de son action, possédant une indépendance absolue dans ses actes ; et dans le cas où il en serait autrement, l'on apprécierait ce quelo trisplanchnique emprunte au cerveau, à la moelle spinale , ce qu'il possède en propre , le genre d'influence qu'il est capable d'exercer sur les centres nerveux contenus dans le rachis et dans le crâne. Mais comment parvenir , sans faire cesser immédiatement la vie des animaux que l'on mutile, à découvrir le grand sympathique au milieu des plus importans viscères de l'organisme; comment se flatter d'obtenir des résultats rigoureux, lorsque l'on a à

opérer des relrancheinens vis-à-vis de tous les ncrls qui sortent des deux côtés de l'axe nerveux racbidien, sur la plus grande partie des paires nerveuses encéphaliques ; et en supposant que l'on ol)tînt la certitude d'avoir réduit le grand sympathique à un isolement complet, comment affirmer que tant de mutilations réunies ne porteraient point une atteinte sérieuse à son action? Les difficultés que nous venons de signaler expliquent la diversité des opinions émises sur la manière d'agir du système nerveux ganglionaire. Cependant à l'aide de la connaissance que nous possédons du rôle de l'encéphale et de la moelle épinière, et en nous appuyant sur le raisonnement, sur des faits puisés dans une expérimentation indirecte, dans l'observation de certains phénomènes morbides, il nous sera facile de déduire la fonction du nerf trisplanchnique. L'on devine tout de suite comment il faut s'y prendre pour savoir si le nerf grand sympathique joue un rôle dans les phénomènes de transmission. Il suffit, pour résoudre ce problème, d'examiner si des incitations parties du cerveau ou de la moelle épinière peuvent exercer une action sur des organes animés par le grand sympathique, et si des influences émanées du système nerveux ganglionaire sont quelquefois susceptibles de parvenir au système nerveux encéphalo-rachidien; or, ce que nous savons de la propriété de la masse encéphalique, de la propriété de la moelle spinale, indique d'avance ce qui doit ressortir de cet examen.

Nous avons précédemment posé en principe que certaines émotions morales très vives font battre le cœur avec précipitation; que, dans l'hystérie, l'incitation qui excite les convulsions des membres fait (juelquefois aussi entrer en mouvement toutes les ansos intestinales ; que les douleur» de l'cufantenicul

paraissent augmenter sur quelques femmes la force des contractions utérines. Dans tous ces cas, l'incitation qui agit sur la fibre musculaire de la yie organique a évidciiimenl sa source dans le cerveau. Nous avons vu aussi qu'après la disparition de l'encéphale, la soustraction d'une partie quelconque de la niocl'o épinière affaiblit le cours de la circulation artérielle; nous pouvons ajouter que certaines lésions spontanées de l'axe nerveux rachidien frappent de paralysie la membrane musculeuse de la vessie et la membrane musculeuse du canal alimentaire : il y a donc eu dans tout en ces dernières circonstances soustraction d'une incitation qui provenait de l'organe rachidien; et la seule chose qu'il nous reste à prouver maintenant, c'est que l'incitation cérébrale, l'incitation rachidienne, parviennent à la fibre musculaire de la vie organique à travers les filamens qui constituent le système nerveux ganglionaire. Or, l'analomie ne peut nous laisser de doute à cet égard, puisque le grand sympathique effectue les communications qui existent entre les viscères et l'axe nerveux encéphalo-rachidien. Que si l'on objecte que le nerf pneumogastrique, que les nerfs qui vont du plexus iliaque à l'utérus font l'office de nerfs incitateurs pour le cœur, l'estomaf , l'utérus, et que dans quelques-uns des exemples que nous avons rapportés, il n'est pas suffisamment prouvé que ce soit le nerf trisplanchnique qui ait fait l'office de conducteur, je demanderai en quoi le nerf de la huitième paire, en quoi les nerfs de la partie inférieure de la moelle lorsqu'ils sont perdus dans la trame des viscères, sont différens des filamens des autres nerfs rachidiens qui se rendent aux parenchymes organiques? Les uns et les autres n'offrent-ils pas le même aspect, le même mode de dispersion; ne sonl-ils pas

formés par des (ilcls primitifs en tout semblables par leur nature ? Et je finis par conclure que c'est toujours le grand sympathique qui sert d'intermédiaire entre les centres ner>oux de la vie de relation et les viscères. Que si l'on s'obstine à m'objecter à titre exceptionnel l'influence du pneumogastrique sur certains organes de la \ie intérieure , je ferai remarquer qu'au moins lorsque la huitième paire est détruite et que l'on affaiblit, par exemple, la circulation par l'écrasement d'une portion de la moelle dorsale; que lorsque la membrane musculeuse de l'intestin est frappée d'atonie sous l'influence d'une lésion de la moelle lombaire; que lorsque la stimulation électrique de l'axe nerveux rachidien réagit sur la contractllité intestinale, c'est bien, dans les deux premiers cas, parce que le grand sympathique éprouve le défaut d'incitation, et parce qu'il est trop stimulé dans le troisième, que se manifestent tous les accidens que l'on voit apparaître. Du reste, l'on peut soutenir tant que l'on voudra que l'incitation motrice provenant du cerveau ou du cordon spinal ne peut point parvenir à la fibre organique à travers les filamens du grand sympathique ; ce qu'il nous importait de prouver, c'est que cette double incitation peut n'être pas étrangère aux mouvemens qui sont habituellement soustraits à l'empire de la volonté, et qu'il n'est pas indifférent pour les muscles intérieurs que le cerveau et la moelle épinière cessent ou continuent d'exister. Pour nous, nous n'hésitons pas à penser que l'incitation motrice peut descendre vers les viscères par autant d'endroits qu'il y a de points par où le grand sympathique communique avec les paires rachidiennes , et par plusieurs de ceux où il communique avec les nerfs cérébraux. A nos yeux , l'encéphale et la moelle cpiuière exercent donc une

influence surles nerfs ganglionaircs considérés comme agens moteurs.

La facullé de IransmcUre au cerveau beaucoup d'impressions viscérales n'est guère susceptible d'être contestée au grand sympathique. La galvanisation de l'intestin , le pincement du ganglion semi-lunaire, excitent une sensation pénible; l'injection d'un lavement salin occasionne des coliques; certaines tumeurs du mésentère, certains ulcères du rein, font beaucoup souffrir les sujets qui en sont affectés. Il est même à remarquer que les impressions émanées des viscères peuvent agir assez vivement sur le cerveau pour faire entrer en convulsion tout le système musculaire de la vie de relation. L'éclampsie suit de près quelquefois les premières douleurs de l'accouchement, les convulsions hystériques sont quelquefois annoncées par des douleurs insupportables de l'utérus, des ovaires, de la région solaire, etc. Les filets nerveux de la vie organique jouent donc aussi un rôle dans la transmission des impressions; dès à présent, nous sommes donc fondés à conclure que le grand sympathique reçoit et transmet des influences; que s'il est des circonstances où son action est isolée, il en est d'autres oii il se comporte presque à la manière des nerfs cérébraux. Ce qxi'il nous reste encore à dire ne servira qu'à nous confirmer dans l'opinion que la fonction du trisplanchnique ne diffère pas autant qu'on pourrait d'abord le penser de la fonction des autres nerfs.

L'on peut rappeler les faits suivans comme autant de preuves propres à démontrer que le syslcrae nerveux ganglionaire peut être influence par l'encéphale el parla moelle épinière pendant qu'il préside à l'exercice de la sécrétion, à l'exercice de la nuliilion, à la produclion de la chaleur viscérale. L'ictère,

la dianhcc, un fli- , d'urine claire et limpide, se manifestent sur ce ains sujets au niouienl lucnie où ils sont \ivenient npressionnés au moral. Les idées erotiques active 1 la sécrétion du sperme, la lypémanie supprinr >a perspiration intestinale, l'urine change de natuie dans certains ramollissemens de l'axe nerveux rachidien, les organes intérieurs tombent quelquefois au-dessous de leur volume normal, dans la même maladie ; les actes de la digestion s'accomplissent avec une excessive lenteur, la température des viscères s'abaisse par la désorganisation du cerveau, s'abaisse encore davantage lorsqu'on y ajoute celle de la moelle spinale, sur les animaux. Dans tous ces cas encore le nerf trisplanchnique a donc à remplir un rôle à titre de conducteur : à son office propre il joint celui d'un agent placé d'une manière intermédiaire entre des organes séparés par une plus ou moins grande distance.

Nous allons voir maintenant ce que devient la fonction du trisplanchnique lorsque ce nerf est isolé ou qu'on peut le supposer à l'abri de toute influence étrangère. D'abord l'expérimentation enseigne que la stimulation du nerf cardiaque, même après révulsion des viscères , fait contracter le cœur convulsivement; la stimulation électrique produit le même effet sur la fibre intestinale; le pincement du ganglion sémilunaire fait aussi agir la fibre du canal digestif. Les filets et les ganglions du trisplanchnique peuvent donc obéir à des incitations locales. L'on est donc fondé à supposer que c'est l'incitation locomotrice qui naît spontanément dans le système nerveux ganglionaire qui entretient pendant un certain temps les mouvemens circulatoires dans le ventre, dans la poitrine, les mouvemens péristaltiques d'ensemble qui survivent sur un animal à l'ablation du cerveau

et de la moelle épinière. C'est sans doute l'incitation locale qui préside encore pendant quelque temps sur les personnes qui ont eu la moelle épinière écrasée ou conluse, à l'exercice de la contraclilité musculaire des organes intérieurs. Mais dans le système nerveux ganglionaire , comme dans le système nerveux enccphalo-rachidicn, l'incitation peut provenir de trois sources différentes, du cerveau, de la moelle, du nerf lui-même ; et dans les muscles involontaires, comme dans les muscles qui obéissent à la volonté, le mouvement ne jouit jamais de toute sa force, de toute son énergie , qu'autant qu'il y a concentration des trois incitations dans l'agent contractile. Cependant l'incitation motrice qui ne naît dans les rayons du système nerveux cérébro-spinal que sous une influence maladive, de loin en loin, peut, à ce qu'il paraît, être engendrée à toute heure, à toute minute, dans le système nerveux ganglionaire, pourvu que l'isolement de ce système ne soit pas trop prolongé, car à la longue cette force locale fmirait par languir et s'cteindio.

I.'on ne sait pas au juste si les nerfs ganglionaircs sont formés par des filets moteurs et par des filets sensitifs. L'on a avancé que les nerfs raciiidiens envoyaient surtout des filets sensilifs au grand sympathique, et ce sont sans doute des filets de celte classe que lui envoie le nerf trifacial. Mais comme le Irisplanchnique communique aussi avec le nerf facial , avec la racine antérieure des nerfs spinaux, et aves beaucoup d'autres nerfs musculaires, l'on est fondé à dire, s'il existe réellement deux ordres de filets nerveux dans l'économie animale, que le nerf sympathique contient des filets sensitifs et des filets moteurs, et qu'il constitue un organe mixte.

L'on demandera sans doute maintcnaat comment

il se fail que, dans les circonslances les plus ordinaires de la vie, le grand sympathique se coraporte absolument comme un organe qui serait tout à lait étranger à la fonction de la sensibilité et du mouvement volontaire. J'ignore à quoi cela tient. L'on a dit que les ganglions où s'entrelacent ses filets nerveux faisaient sur ces filets l'office d'une sorte de ligature qui interceptait tantôt l'incitation cérébrospinale , tantôt les impressions qui tendent à remonter vers le cerveau. J'admettrais volontiers que, parvenus dans nos cavités splanchniques , tous les filamens qui constituent le grand sympathique subissent une modification de structure; que cette modification fait que les unes deviennent peu aptes à transmettre les influences delà volilion qui auraient besoin d'être lancées d'une manière particulière pour agir sur la fibre musculaire de la vie organique ; que les autres ne transmettraient aussi les impressions viscérales aux lobes cérébraux qu'autant que l'afflux de ces impressions aurait lieu d'une manière spéciale, tandis que l'incitation de la moelle épinière , soit à cause de sa nature, soit à cause de la manière dont elle serait distribuée à travers les filets moteurs ordinaires, ou à travers des filets affectés uniquement aux actes de conservation , n'éprouverait jamais au contraire, aucune interruption, bien qu'elle fût passible d'augmentaJion et de ralentissement. Dans celle supposition , il en serait de la fibre musculaire de la vie organique comme de la fibre de certains muscles respirateurs : elle obéirait à la volition lorsqu'elle serait stimulée par l'incitation cérébrale, à la moelle épinière dans toutes les circonstances de la vie normale : elle aurait sur la fibre resj)iraloire l'immense avantage de puiser dans les ganglions une dernière force capable de survivre aux autres impulsions.

Maiiilcnaiit peut-on adniellre que certains gan- •plions ou que tous les {^anglions du trisplauchnique soient susceptibles d'être affectés après l'ablation de l'axe nerveux cérébro-spinal, ou à son insu, tandis qu'il existe, x)ar les impressions de la sensibilité viscérale qui y seraient perçues comme dans autant de petits cerveaux? L'on ne conçoit véritablement pas aujourd'hui les raisons qui ont pu déterminer quelques ph3 siologistes à pousser aussi loin qu'ils l'ont fait la comparaison de l'exercice fonctionnel des ganglions du grand sympathique avec l'exercice fonctionnel de la masse encéphalique, ni comment l'on a pu se décider à penser que la structure des ganglions granuleux leur permettait de participer aux actes de l'intelligence et du moral, de tenir sous leur dépendance les facultés affectives et impulsives. De ce qu'après la décapitation, la moelle épinière donne encore des signes de douleur, je serais porté à inférer, par analogie, qu'après la destruction du cerveau et du cordon spinal , les ganglions du trisplauchnique sont susceptibles d'être modiûés par une impression locale, de réagir ensuite consécutivement sur les filamens et sur les ganglions du même système, de manière à ce que leur fonction en fût influencée ; et si les choses se passaient de la sorte dans l'état habituel de la vie, j'expliquerais volontiers par celle réaction la transmission des phénomènes sympathiques du ventre vers la poitrine, de la poitrine vers les viscères abdominaux. Mais je suis bien loin d'accorder aux ganglions les facultés que l'on attribuait à l'âme; j'avoue qu'il n'est pas même démontré que ces espèces de plexus noueux soient réellement impressionnables, et je conviens «lu'il vaut mieux supposer que la moelle épinière et le cerveau interviennent dans la transmission des

phénomènes sympalhiques d'une cavité viscérale à l'aulrc, que d'ailoptcr la pieniièrc explication que j*ai donnée de la dispersion des influences qui agissent à distance.

Finalement, la manière dont j'ai explique la fonction du grand sjmpalliique offre cet avantage que, tout on établissant que le trisplanchniquc n'est qu'un assemblage de filets nerveux émanés de l'axe cérébrospinal, et presque en tout semblables aux Claraens qui sont dispersés soit vers la face, soit vers les membres, elle permet cependant encore d'expliquer tous les phénomènes fonctionnels dans la supposition où l'on soutiendrait, comme les partisans de l'école do Bichat, que le grand sympathique n'est qu'une réunion de centres distincts , de filamens nerveux spéciaux. L'école de Bichat, confessant la communication des nerfs cérébro-spinaux avec les prétendus centres cavilaires qu'elle considère comme autant de petits cerveaux, n'a point intérêt à nier les sensations cérébrales que nous attribuons à l'état des viscères, pas plus que la transmission des incitations cérébro-spinales à la fibre musculaire de la vie organique. De notre côté , nous confessons que le trisplanchniquc est irritable, qu'il est par lui-même un foyer d'incitations, qu'il est même doué de la faculté de sentir obscurément un certain nombre d'impressions ; nous ne nous opposons donc pas à ce qu'on attribue un certain nombre de phénomènes à l'action d'un instrument particulier. Mais que l'on n'oublie jamais que la somme des actions nerveuses qui se passent dans les viscères, et dans les cavités splanchniques de l'homme , est éminemment composée, et que ce serait donner une idée très peu complète de l'importance de ces actions que de les réduire à celles qui se passent dans les seuls filamens

du prétendu système nerveux ganglionaire. Encore une fois la somme des actions est triple dans le réseau des nerfs splancbniques, attendu que l'influence du cerveau s'y trouve réunie à celle de la moelle épinière, celle des filamens et des plexus gangliformesà l'action delà moelle épinière et du cerveau.

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