TISSUS ET SYSTÈMES
dans le Traité d*hygiène de A. Proust (1). L'hygiène intellectuelle ne la regarde pas, et les maladies ne sont pas de son domaine. Cependant n'y aurait-il pas lieu d'établir une science qui serait à l'homme ce qu'est l'art de l'élevage aux animaux dont il se sert ; de ne pas fermer les yeux sur tant de maux qui le frappent, mais de chercher au contraire à en bien déterminer la nature et les causes? Alors l'hygiène sortirait du cercle étroit où elle se renferme; il faudrait compter avec elle. Car elle ne s'adresserait pas seulement à l'individu mais à l'espèce tout entière. Il lu appartiendrait d'étudier les conditions de milieu compatibles avec l'état de civilisation dans lesquelles les maladies héréditaires pourraient disparaître ou du moins s'atténuer ; de surveiller avec un soin extrême l'éducation au point de vue physique et intellectuel ; pénétrée de cette idée que la médecine aurait plus à faire en préparant à la société de fortes générations, qu'en luttant bien souvent pour conserver la vie à des malheureux «accablés de souffrances.
Si la doctrine transformiste révolte certains esprits, s'il leur répugne d'avoir comme ancêtres ceux que nous sommes forcés de nous attribuer, qu'ils jettent un regard non plus sur le passé, mais sur l'avenir, et alors cette théorie, quand bien même elle ne serait qu'une hypothèse, leur paraîtra au point de vue où nous nous plaçons, celui de l'hygiène, pleine d'espérances et féconde en applications. Elle substitue en effet Tidée de l'espèce à l'idée étroite de l'individualité et nous donne la certitude d'un perfectionnement sans limites.
(1) Alors que la longévité moyenne des hommes de 20 ans est de 42 ans et la vie probable de 46 ans, les promotions civiles de l'École polytechnique donnent au bout de 20 et 30 ans une mortalité de 1 : 2, et les promotions militaires, en comptant les morts à la guerre, la proportion déjà considérable de 1 : 4.