PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES DES ÉLÉMENTS MUSCULAIRES
§ GO. La propriété la plus intéressante de la fibre musculaire est la contractilité ; elle offre pour les physiologistes un vaste sujet de recherches et un prétexte à toutes les théories.
Les uns ont cherché à voir au moyen de l'observation microscopique en quoi consistaient les contractions des muscles: les autres ont appliqué à l'étude de. ce phénomène les moyens mis en œuvre par la chimie et la physique ; mais de quelque façon qu'on attaque la question, on arrive, en dernière analyse, à se buler contre des difficultés insurmontables, quand on veut ici, comme dans tous les phénomènes biologiques, chercher le pourquoi et non le comment.
L'élude des propriétés de tissu nous conduit à traiter cette question, ce que nous ne pouvons faire sans discuter les conclusions acceptées par les physiologistes. Il nous a semblé, en effet, que les théories généralement admises soulevaient encore beaucoup d'objections.
Les mouvements de la plupart des infusoires, ceux de môme nature qu'on observe sur quelques éléments des animaux supérieurs ; comme les cellules à cils vibratiles, sont dus h une propriété spéciale delà matièreorganisée, que nous avons désignée du nom de motilité ciliaire.
A mesure que l'animal se perfectionne, il acquiert des éléments spéciaux destinés à engendrer le mouvement. Ces éléments sont ceux des muscles. Soumis au système nerveux, ils n'agissent que d'une façon intermittente et en vertu de la propriété fondamentale qui les caractérise, la
22i TRAITÉ D'aNATOMIE GÉNÉRALE.
conlraclililé. Alors que le mouvement ciliaire se produit d'une façon continue dans plusieurs sens à la fois et sans aucun changement de forme de la matière qui Tengendre, celui qui est déterminé par les muscles résuite au contraire d'un retrait en masse et constamment dans le même sens. Ainsi que la force d'expansion d'un gaz ou d'une vapeur, se faisant toujours de la môme façon, peut être utilisée par une machine pour produire les mouvements les plus variés ; chez les animaux supérieurs il existe une substance, dont la force de contraction mise en jeu à de certains moments est utilisée par les leviers osseux et les différentes pièces de l'organisme, pour leur donner la faculté de se mouvoir et d'agir.
Mais cette force ne se manifeste que chez les animaux à un certain degré de développement, là où existe aussi un système nerveux pour en régler l'emploi. La motilité ciliaire, celle des amibes, celle des substances douées de ces mouvements dits sarcodiques, tiennent à d'autres propriétés de la matière organisée qu'on a voulu confondre avec la contractilité musculaire, et qui doivent manifestement en être séparées pour des raisons que nous avons exposées à l'article Cellule,
Or, la substance musculaire ne se présente pas chez tous les animaux avec les mêmes caractères. La striation transversale parait être celui qui la distingue à son plus haut degré de perfectionnement* Les faisceaux musculaires de beaucoup d'invertébrés sont lisses. La striation, au contraire, existe chez les animaux supérieurs, dans les éléments qui servent à des mouvements rapides et énergiques, en rapport avec le nombre de déterminations motrices que doit engendrer un système nerveux trèsdéveloppé.
ContracMllté mascalalre. — L'analyse anatomique, avec les moyens que nous possédons, ne peut pas nous faire voir ce qu'est la contractilité musculaire. Toutes les théories basées sur une structure plus ou moins compliquée do la fibre striée, sur les différents aspects qu'elle prend au moment de la contraction, tombent devant ce fait si simple que la fibre lisse est contractile, que le faisceau strié lui-même se contracte, bien avant l'apparition des fibrilles et des stries. Des mouvements plus difficiles à cx)mprendre, comme ceux des diatomées, des infusoires, des flagellums, des cils vibratils, se font par le seul moyen d'une substance homogène pour laquelle on ne peut invoquer ni la théorie de Yinversion ni celle des disdiaclastes.
Ce n'est donc pas dans la forme qu'on doit chercher l'explication dés propriétés de la fibre musculaire. Ici, cx)mme pour la plupart des phénomènes vitaux, il faut remonter h l'arrangement moléculaire. Si nous pou-
KI.KMK.NTS MUSCLLAIUKS. — KÏBIŒS LISSES. ^"lli
viuiis savoir ce quVsl la force de cohésion el rélaslicilé des corps, quelles sont les lois de la mécanique moléculaire, nous pourrions peut-être comprendre comment dans la substance des éléments musculaires les forces d'attraction peuvent vai'ier d'intensité, s'éteindre subitement et reparaître aussitôt.
Néanmoins, si nous ne pouvons, d après la structure des éléments, remonter à la cause de la conlractilité musculaire, Texpérimentation nous donne les conditions dans lesquelles elle se manifeste.
Propriétés électriques des muscles, — L'électricité est, plus qu'aucun autre agent, après rinflux nerveux, un excitant de la contractilité nmsculaire. Les muscles défçagent rnéme de l'électricité; mais on ne peut pas dire que celte propriété physique et la propriété physiologique d'être contractile soient réciproquement dépendantes. De même que le fluide nerveux n'est pas de l'électricité, la contraction musculaire ne représente pas non plus une certaine quantité d'électricité transformée en Uîouvement.
Le galvanomètre montre qu'il existe dans les muscles un courant allant de la surface libre à la surface de section, ou même sur une section oblique de l'angle obtus à l'angle aigu (Dubois-Reymond), courant qui disparaît pendant la contraction musculaire.
Dubois-Reymond donne de ces faits une théorie très-compliquée : il considère les fibres comme formées de molécules péripolaires au point de vue électrique. Elles auraient une zone positive et une zone négative, etc. .Mais ce sont là des hypothèses reposant sur des hypothèses.
Hermann invoque la décomposition chimique d'une substance instable, rinogène, qui s'altérerait plus vite sur les surfaces de section; mais cette théorie encore n'explique pas l'an^ét du courant pendant la contraction, et le courant allant du ventre musculaire vers le tendon, etc.
La théorie de Becquerel est beaucoup plus rationnelle. D'après ce physicien, tous les tissus animaux peuvent produire des courants en vertu de ce fait, que deux liquides différents séparés par une membrane ou des espaces capillaires deviennent, dans ces conditions, une source puissante d'électricité. Suivant lui, dans le muscle le courant va du centre à la périphérie, à cause des réactions chimiques plus intenses qui se produisent à la surface exposée à l'air ; el ce qui prouve encore que cette explication est la vraie, c'est que sur un muscle réduit en bouillie on obtient les mêmes courants que sur un muscle intact. Legros et Oninms, acceptant la théorie (U* Becquerel, pensent que le courant cesse pendant la contraction, parce (|u'à ce moment il y a é<|uilibrc entre les phénomèiies chimiques de la
iii TKAITE DANATOMIË GENKKALE.
surface elceux de la profondeur, (ilonirae preuve, ces auteurs fout lexpérience suivante :
Us enfoncent des ai<^uiiles dans deux muscles identiques du même sujet et trouvent qu'il n'y a point de courant. En faisant ensuite contracter un des muscles, l'autre restant en repos, le muscle en contraction devient électro-négatif (comme Tétait dans les expériences précédentes la surface de section) par rapport au muscle au repos.
Ainsi ces propriétés électriques des muscles ne sont autres que celles de tous les tissus vivants.
Indépendance de la confrartilité mnsculaire. — La contractilité nmsculaire n'est pas une propriété émanant du système nerveux. Voici les expériences qui démontrent cette proposition :
l" Lonf^et coupait un nerf sur un animal. Au bout de (|ualre jours Fex- Irémité périphérique de ce nerf était altérée et le nmscle était encoiv contractile.
!2^ Cl. Bernard, après avoir aboli Taclion des nerfs en em|)oisoimant un animal avec le curare, a montré alors que l'excitation du nerf ne produisait aucun eiïet, le muscle excité isolément se contractant néanmoins.
îi' Sur les mammifères et l'homme récemment tués, les nerfs cessent
rapidement d'être excitables, tandis que les muscles conservent leur excitabilité pendant plusieurs heures.
L'indé|»endance de la contmctilité musculaire vis-à-vis des muscles est donc bien démontrée par ces expériences. Néanmoins, en examinant la (juestion à un point de vue plus général on ne peut accepter cette proposition dans des termes aussi absolus. Si le muscle se contracte isolément,
il faut reconnaître cependant ([ue le véritable agent qui mette en jeu la contractilité est l'influx nerveux. Or, le nerf n*agit point comme un conducteur (jui viendrait pour ainsi dire ouvrir une détente. Il règle, au gré des centres nerveux, médullaires et cérébraux, la quantité de force qui doit être développée. Quelle comparaison, en eiïet, établir enti'e ces contractions produites par le nmscle sousTintluence d'un agent extérieur, et les eiïorts réglés avec une si gi*ande précision que détenuiiient les actions nerveuses?
Dans les états pathologiques la contractilité musculaire parait échapper à ces lois rigoureuses fondées sur l'expérimentation. Ainsi la fatigue semble même ne plus exister dans certains troubles nei-veux, comme les crises hystériques, la catalepsie, les contractures sous l'influence de maladies cérébrales ou médullaires. Mais en outre, la tonicité musculaire dépend encore dv laclion des nerfs moteurs et sensitifs. Klle cesse