‹ Traite d'anatomie generale appliquee a la medicineChapitre 74 sur 101 · Y^TEIIE DE LA MOELLE DEH OH · texte numérisé non relu

Y^TEIIE DE LA MOELLE DEH OH

§ 8:2. La moelle des os se rencontre dans presque loules les ca viles osseuses d'une certaine dimension. C'est une substance molle, un peu transparente, jaune ou rougeâlre, très-vasculairc : elle remplit le canal central des os longs et les cavités du tissu spongieux. Sous le périoste des embryons et chez les jeunes sujets, dans les conduits de Havers largement dilatés, appartenant aux dernières couches osseuses formées, on rencontre des ostêoblastes en grand nombre et peut-être ()uelques inédullocelles et des myéloplaxes. Mais on ne peut pas dire pour cela que la moelle se prolonge dans toute l'épaisseur de Tos et dans les canaux vasculaires ; la moelle, en effet, à son état de développement complet, est un tissu spécial dans lecjuel l'élément prédominant est la vésicule adipeuse; c'est un tissu de remplissage succédant généalogiquement aux éléments qui ont formé l'os, et dans lequel les éléments caractéristiques ont presque entièrement disparu. Nous ne savons pas encore suffisamment quel est son rôle dans le cas de régénération osseuse, de formation de tumeurs, pour aflirmer qu'il y a identité, au point de vue physiologique, entre ce tissu graisseux de l'adulte et ces accumulations d'éléments qui précèdent Tos nouveau chez les enfants. Les phénomènes qui se produisent dans le tissu osseux sont encore trop obscurs pour ne pas nous obliger à une grande réserve (1).

Les épiphyses des os longs, le diploé des os plats, les os courts renferment donc de la moelle.

La moelle se présente sous trois aspects différents, qu'on peut décrire comme trois variétés :

(1) Ce iiVsl que clicz rcinbryoïi même qu'il y ;i une couche d'ostéoblastcs suus le périoste. Chez les jeunes enfants et même chez les adolescents, ainsi que nous l'avons observé avec M. Variol, on ne trouve ces éléments qu*à rembouchure des conduits vasculaires. En dehors de ces points il n'y a sous le périoste que quelques cellules très-petite:» et Irès-éloigiiées les unes des autres, cellules t\m ont perdu les caractères d'ostéoblastcs. L'expression de moelle périostalr, employée par ({uchpies auteurs, n'a donc pas de sen^ de quelque ra(;on qu'on l'rnvisagc.

SVSTKME DE F.A MOEÎJ.R DE» OS. lUi

A. La moelle rouge ou fœtale:

IJ. La moelle graisseuse:

i'. La moelle gela Uni forme,

Textare. — I^a moelle est formée des éléments (|U(» nous avons dé- (uils page 100, e'est-à-dire de médullocelles et de quelques myéloplaxes connne parties fondamentales. A ces éléments est ajoutée une line tram(» de fibres lamineuses, qui accompagne surtout les vaisseaux sanguins et se fixe sur les trabécules osseuses. Nulle part cette trame ne constitue une membrane à la face interne des os longs (Gosselin et llegnault), membrane qu'on pourrait appeler périoste interne. Jusqu*H une époque avancée de la vie, et dans certains points, on trouve quelques-unes de C4^s fibres lamineuses qui sont restées à Tétat de cellules fibro-plastiques anastomosées en réseau, disposition oITrant quelque analogie avec celle des ganglions lymphatiques.

La texture de la moelle est des plus simples. Ses éléments propres sont entassés sans aucun ordre particulier dans les cavités osseuses, séparés seulement, de distance en distance^ par des capillaires volumineux de 0"'",0t5 à 0'"",0:2 de diamètre et formant des mailles larges de 0»»'",1 à 0""",015, surtout abondants au voisinage de Tos, et un peu de matièi*e Jimorphe ; les vésicules adipeuses sont très-nombreuses, et sur la variélé jaune ou graisseuse elles arrivent à mas(|uertous les autres éléments.

La moelle renferme des nerfs provenant du nerf diaphysaire découvert par firos. Les ramifications de ce nerf accompagnent celles des artères. Ces nerfs sont formés de filets vaso-moteurs et de filets sensitifs ; et en effet, d'après les expériences de Bichat et de Cruveilhier, la moelle est sensible : elle Test plus au voisinage de los, dans le canal médullaire, qu'au cenire ; elle Test moins près des extrémités de Tos.

Variétés. — Moelle rouge. — La moelle rouge ou fœtale doit sa coloration à ce que les éléments fondamentaux, les médullocelles et quelques myéloplaxes s'y trouvent en quantité beaucoup plus grande que dans les autres variétés. Ces éléments ont en effet une teinte rouge spéciale, quand ils se présentent en masse. Le développement delà matière amorphe lui donne laspect gélatineux ; celui des vésicules adipeuses lui donne une teinte jaun(» j^raisseuse.

Moelle gélatiuifovme. — Sa coloration est grisâtre ou jaunâtre, demitransparente. Klle est grise quand elle renferme peu de vésicules adipeuses, et devient d'autant plus jaune qu'elle en contient davantage. Ce

*Ui TRAITÉ D'aNATOMIE GÉNÉRALE.

qui lui donne son aspect, c'est, ainsi que nous venons de le dire, la matière amorphe plus ou moins abondante interposée aux éléments figurés. La moelle est gélatiniforme, surtout dans les conditions pathologiques, au voisinage des lésions osseuses, des tumeurs.

Moelle graisseuse. — C'est la moelle normale des sujets adultes lorsque le travail d'ossification est achevé. Sa teinte est jaune ou légèremenl rosée. C'est ainsi qu'elle se présente sur les os d'aniputés et chez les suppliciés. Sa consistance est celle du beurre, mais un peu plus glutineuse. Les incisions font échapper des gouttes d'une huile fluide, incolore. Celle moelle devient opaque, jaunâtre par le refroidissement. Dans cette variété'*, les myéloplaxes et les médullocelles disparaissent au milieu de la masse de vésicules adipeuses, et sont difficiles à retrouver, sauf les cas de lésions osseuses. Lors de maladie amenant l'émaciation, la moelle repasse à l'étal gélatiniforme (Ch. Robin).

ATTRIRriS PHYSIOI.OGIOrKS.

^ 83. La moelle n'apparatt pas dans le tissu osseux avant sa formation, ainsi que quelques auteurs l'ont prétendu, mais à une distance assez grande du cartilage, et alors que les lamelles osseuses ont pris une certaine épaisseur. Les éléments qui viennent se substituer immédiatement à ceux du cartilage et former les cellules osseuses sont des ostéoblastes, dont l'origine, ainsi que nous le verrons, n'est pas connue ; mais qui diffèrent dans tous les cas des véritables éléments de la moelle : les médullocelles et les myéloplaxes. Dans les cavités que circonscrivent les premières Irabécules osseuses, se trouvent couchés à la surface de o^Ues-ci les ostéoblastes, et au centre on aperçoit les vaisseaux capillaires de formation nouvelle. 11 n'y a pas encore trace d'éléments de la moelle. Ceux-ci apparaissent au milieu des ostéoblastes, sous fonne d amas de cellules sphériques à contours nettement arrêtés et faciles à distinguer des ostéoblastes polyédriques, irréguliers, avec un gros noyau, et trois ou quatre fois plus volumineux (voy. Ossification).

Je n'oserai pas affirmer que les cellules de la moelle n'en dérivent pas. Mais, dans tous les cas, ces deux espèces d'éléments sont bien distinctes : les uns sont liés au travail d'ossification, ils disparaissent presque entièrement quand ce travail est terminé; les autres, au contraire, persistent toute la vie et n'ont qu'un rôle accessoire.

Dans le cas de régénération du tissu osseux, on ne peut savoir encore si les médullocelles ont une part quelconque au travail formateur, en

SYSTÈME DE LA MOELLE DES OS. H4ii

produisant de nouveaux ostéoblastes, ceux-ci en eiïet accompagnant toujours Tossification. Dans les cas de congestion de la moelle chez l'adulte, on voit se reformer des médullocelles et des myéloplaxes, et en m(^me temps Tos se résorbe. Dne circulation plus active dans les os des jeunes sujets, chez qui les ostéoblastes sont en grand nombre, amène au contraire une fonnation active de tissu osseux.

Ce qui prouve bien encore les différences qui existent entre ces éléments, ce sont les tumeurs. Les éléments de la moelle forment des tumeurs volumineuses dans lesquelles il n'y a point trace d'os nouveau, et certaines tumeurs osseuses ne sont pas précédées de médulloceltes et de myéloplaxes (voy. Système osseux). Elles ont chacune une physionomie spéciale, en rapport avec la nature de l'élément qui les compose.

S'il n'y avait que ce seul exemple d'une cellule donnant naissance à plusieurs éléments distincts, on poun*ait être tenté de considérer ces différents éléments qui se succèdent dans les cavités osseuses comme identiques. Mais nous avons déjà vu dans le tissu conjonctif un exemple de celte variété de produits donnés par une même cellule originelle.

Les éléments de la moelle apparaissent dans les points où se creusent les cavités médullaires, alors que les ostéoblastes au contraire se trouvent sur les travées osseuses en voie de développement. Y a-t-il un rapport de cause à effet entre ces phénomènes? En un mot, les médullocelles déterminent-ils par leur développement latrophie, la résorption de la substance osseuse, jusqu'au moment où la moelle ayant passé à Tétat adipeux, telle qu'elle est sur l'adulte, n'aurait plus qu'un rôle de remplissage? Cette théorie, adoptée pour la moelle en général par Dubuisson, Christot et Flourens, n'est pas contredite par les expériences de Goujon sur les greffes. Ce deniier a bien fait voir que la moelle transplantée produisait de l'os comme le périoste. Mais en greffant de la moelle, de même qu'en greffant du périoste, on emporte toujours, lorsqu'il s'agit de jeunes animaux sur lesquels ces expériences réussissent, une couche d'ostéoblastes. Rien ne prouve jusqu'ici que la véritable moelle, celle de l'adulte, pourrait produire de l'os, ni surtout que les médullocelles pourraient former des cellules osseuses. Ch. Robin objecte avec raison que chez les oiseaux, les os des membres qui servent de conduits aériens continuent à grandir alors qu'ils sont dépourvus de moelle. Ces deux phénomènes : la production des premières cavités de l'os qui sont destinées à persister chez l'adulte, et la formation des éléments de la moelle, se passent donc en même temps, sans qu'on puisse dire qu'ils dépendent l'un de l'autre.

La nutrition de l'os et de la moelle est dans un rapport intime, sur-

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tout pour ce qui est de la partie spongieuse des os. La deslr uction de la moelle, dans Tcxpérience de Troja, amène la mortification en masse de U diaphyse des os longs; ses inflammations dans la substance spongieuse produisent la nécrose, la résorption progressive de Tos, suivant l'intensité du trouble vasculaire. Néanmoins la moelle ne représente pas vis-àvis du tissu osseux un élément nutritif indispensable, car beaucoup d'os en sont absolument dépourvus : tels sont ceux des oiseaux qui sentent de conduits aériens. Si les lésions de ce tissu ont une si grande influence sur la nutrition de Tos, c'est par ses vaisseaux sanguins et non par ses éléments spéciaux. Ceux-ci ne jouent, surtout chez l'adulte, dès que la moelle a pris Tétat graisseux, qu'un rôle de remplissage.

La moelle des os est douée d'une puissance d'absorption considérable, ainsi que Dubuisson, Christot et Flourens l'ont montré. Des liquides injectés dans le c^nal médullaire des os longs sont absorbés plus rapidement qu'ils ne l'auraient été dans le péritoine. 11 y a lieu de tenir compte de ces faits pour expliquer les phénomènes d'intoxication putride qui se produisent si facilement dans les blessures des os. Mais je pense, néanmoins, qu'il ne faut accepter que sous toute réserve les observations d*embolies graisseuses qui ont été relatées en Allemagne et en France par M. Dejerine. A l'état normal, en en*et, la graisse qui est dans le sang se trouve à l'état d'émulsion tellement fine, qu'on peut à peine la distinguer. Il en est de même du chyle pendant la digestion. Dans le sang des cavités droites du cœur, qui a pris à l'oeil nu une teinte laiteuse par le mélange d'une grande quantité de matière gi-asse, on a beaucoup de peine à voir les gouttelettes graisseuses ; ce qui n'empêche pas qu'elles existent. Or, dans certaines conditions pathologiques (voy. ïjerons sur les humeurs^ Ch. Robin), cette graisse en émulsion fine dans le sang peut se réunir en gouttelettes beaucoup plus grosses; si un semblable phénomène se produit dans des conditions accidentelles, en aucun organe il ne se fera sentir avec plus d'évidence qu'au poumon, qui se trouve sur le courant sanguin, à une très-petite dislance de Tembouchure du canal thoracique. Avant donc de considérer cette graisse, que l'on rencontre dans le sang, comme provenant de la moelle des os, il serait indispensable de voir si, lors de traumatismes très-graves ou d'autres causes n'intéressant pas les os, on ne trouverait pas des lésions identiques dans le poumon.

Certains auteurs ont encore attribué à la moelle un rôle hématopoiétique, c'est-à-dire un rôle analogue à celui que l'on suppose aux glandes vasculaires sanguines et aux ganglions lymphatiques. Pour soutenir cette théorie, ils se scml appuyés sur de prétendues analogies entre les

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