PROPRIÉTÉS VÉGÉTATIVES
§ 8:2. rVatritlon des cartilages. — Les cartilages vasculaires de Tembrvon se nourrissent comme les autres tissus. Ceux de l'adulte se trouvent dans la situation des tissus non vasculaires, tels que Tépiderme, les poils, etc.; les matières nutritives leur sont apportées par les vaisseaux du périchondre ou de l'os qu'ils recouvrent. Les matières colorantes injectées dans le sang imbibent rapidement toute l'épaisseur des cartilages. Le même phénomène se produit dans Tictère, où les carti^ lages sont coloi*és par la matière biliaire. Néanmoins, dans les condition» où se trouvent placées les cellules cartilagineuses relativement aux vaisseaux sanguins, il leur faut une puissance nutritive très-énergique, caractère qui distingue, comme nous l'avons déjà dit, tous les éléments à forme cellulaire (Ch. Robin). Sur le vivant, il est fort probable que les cartilages s'usent à la longue et que les cléments superficiels ({ui disparaissent sont remplacés par de nouvelles cellules. Les expériences de Legros, de Peyraud (thèse, Paris, 1869), ont montré que le cartilage pouvait se régénérer, aussi bien celui des articulations que celui des anneaux de la trachée.
11 se passe donc dans ce tissu un travail formateur très-lent, mais dont il est possible néanmoins de constater l'existence. Chez certains sujets et chez les vieillards, il n'existe plus; aussi, lorsqu'une maladie articulaire a altéré les cartilages, les a rendus moins polis, et que des craquements articulaires ont été la conséquence de ces lésions, voit-on ces craquements persister souvent toute la vie. Chez les vieillards, les cartilages s'usent et ne sont point renouvelés. Souvent ils disparaissent sur les surfaces articulaires, on dit alors que l'ossification a envahi le cartilage^
33f» TKAITÉ D'ASATONIE (iÉNÈHALi;.
Il est plus probable que c'est là le Tait d'une simple usure par défaulik nutrition, car, dans ces conditions, la plupart du temps les os diminuenl aussi de volume.
Xéciose des cartilages. — Tx>i'squc la circulation des tissus osseux ou
FlU. tes. — Alti'ratioii« du carLilnge dans une tumeur binnche sujipurée. te carllbgc t^l résorbé par places, et clam les espaces médullaires se trouvent dos cellules noUTclles appartenant au tissu conjonctif et i la moelle. Sur les travées osseuses sont des uivélvplaxcE en grand nombre.
du périchoudre est troublée, il se produit pour les cartilages le vnènK phénomène que pour l'épiderme, dans le cas d'inflammation ou de congestion du derme. Le cartilage s'altère dans les couches les plus éloignées des parties vasculaires, au centre s'il s'agît des cartilages costaus, à la surface dans le cas des cartilages articulaires. Sur les cartilages d'encroûtement, après les arthrites, on voit se produire des perles de substance plus ou moins profondes, suivant l'intensité de la maladie; ce sont ces ulcérations qui produisent les craquements articulaires. Si l'inflammation de l'os persiste, que dans la partie articulaire se développent de^ lésions graves, des fongosilés, comme on le voit dans le cas de tumeurs blanches, alors de larges ulcérations se creusent sur le cartilage d'encroâtemeiit ; dans les intervalles de ces perles de substance il n'a plus son aspect brillant et sa transparence, la substance fondamentale devient granuleuse et les chondroplastes s'ouvrent dans la cavité articulaire. Des pertes de substance taillées comme à l'emportc-pièce découvrent la surface osseuse. Alors, sur ces points dénudés se forment des masses du tissu conjonctif ayant la structure que nous avons décrite à propos des bourgeons chnrnus. Mais les éléments de ce tissu nouveau n'ont aucun rapport de pai-enté originelle avec les cellules du cartilage. Il est facile de s'en assurer en regardant les bords de ces cavités remplies par les fungosités. En au-
SYSTÈME CAKTiLAlilNEUX. 337
cuii pointou ne peut même trouver les traces d'un tmvail de multipiicatiou des éléments cartilagineux. Ce sont ces Tongosités articulaires qui remplissent bientôt toute la synoviale. On voit aussi, dans ces conditions, des espèces de canaux se creuser dans le cartilage depuis la partie profonde jusqu'à la surface, et dans ces canaux, se former des éléments du tissu conjonctif et des vaisseaux sanguins. Mais toujours ces éléments sont en continuité, soit du côté de Tos, soit sur la surface libre articulaire, avec le tissu des fongosités périphériques. Dans les espaces médullaires de los, qui tendent à s élargir, se forment en même temps que des éléments du tissu conjonctif, des médullocelles et des myéloplaxes en grand nombre. Tel est le mode de destruction des cartilages, dans le cas d'inflamma* tion chronique des extrémités osseuses sur lesquelles ils reposent.
Mais dans certaines circonstances, lorsque le trouble circulatoire est très-intense,' le cartilage se nécrose en masse et se détache de la surface de Tos. Quelquefois, ainsi que Tout noté les auteurs du Coinpendium de chirurgie, la séparation se fait même dans la couche osseuse. Dans les plaies pénétrantes articulaires, on voit le même phénomène se produire. Le cartilage forme alors un véritable séquestre, comme ceux que ])roduit la nécrose des os.
Pour que la plaie articulaire puisse se fermer, il faut alors ((ue ce séquestre disparaisse et soit remplacé par des bourgeons charnus. Dans les désarticulations, le cartilage est résorbé peu à peu et couvert par ces mêmes bourgeons : aussi n'est-il pas un obstacle à ce genre d'opérations (Richet).
Fissuration vehétique du cartilage. — Dans les lésions articulaires appelées improprement arthrites sèches (voy. Tissu osseux), la substance fondamentale du cartilage devient striée et elle se fissure à la surface. Les couches superficielles disparaissent peu à peu, mais sans former les ulcérations régulières que nous avons décrites précédemment. La surface articulaire offre alors Taspect du velours, d'où le nom d'altération velvétique qui lui a été donné. Sur les coupes perpendiculaires on voit que les couches superficielles ont disparu ; ei entre ces sortes de prolongements, de saillies filiformes que fait la substance fondamentale, se trouvent des chondroplastes, qui s'ouvrent peu à peu dans la cavité articulaire, à mesure que laltération descend jusqu'à eux. Mais ce fait est accessoire, et ce serait à tort qu'on lui attribuerait, avec quelques auteurs, un rôle dans la production des accidents ultérieurs. Loin de se multiplier, les cellules cartilagineuses s'atrophient et disparaissent, pour que des éléments conjonctifs, sous forme de tissu de fongosités^ viennent en prendre la place.
Cadiat. Anatomie gciiérali'. ^
338 THAITÉ d'aNATOMIK tiÉNÉKALE.
Inflammation des cartilages, — La génération d'éléments nouveaux, dans quelque tissu que ce soit, ayant été considérée par Virchow et ceux qui depuis ont accepté cette théorie, comme caractéristique de Tinilammation; on a admis par suite que les cartilages pouvaient s'entlaïumer, parce que, dans certaines circonstances, on a vu sur quelques-unes de leurs cellules des signes, contestables encore, d'une segmentation nouvelle. Ces tissus non vasculaires^ que Cruveilhier, Velpeau, Blandin, se refusaient k regarder comme parties vivantes, tant les signes de vitalité qu'ils accusent dans les conditions normales sont obscurs, ont été considérés comme la cause première des arthrites, et même des tumeurs blanches. Les lésions qui portaient sur eux, comme un contre-coup des désordres périphériques, parce que leur nutrition étant toute d'emprunt, ils ne pouvaient, comme les muscles, lutter contre Tenvahissement de la maladie par leur circulation propre, ont été regardées comme la cause même des désordres si violents et si étendus d'une tumeur blanche. Les auteurs que nous avons cités précédemment étaient certainement mieux inspirés, en se basant sur l'observation clini({ue, et en refusant toute vitalité au cartilage ; car, au point de vue physiologique et pathologique, le cartilage d'encroûtement des surfaces articulaires est toujours absolument passif.
Les médecins qui mettent en avant de semblables théories paraissent ne pas se douter des conséquences qu'elles entraînent. Avant de loucher aux définitions consacrées par une immense série d'observations et de faits, il faut accumuler les preuves, car l'erreur sur certaines questions d'anatomie générale a une influence pernicieuse en médecine. En effet, si les cartilages s'enflamment, alors l'inflammation n'est plus le phénomène que l'on pense; mais comme dans toute maladie on rencontre l'inflammation : toutes les définitions, toutes les nomenclatures sont à changer : de là aux méthodes thérapeutiques les plus étranges il n'y a qu'un pas.
Nous verrons, en étudiant ces phénomènes morbides propres aux tissus vasculaires, et dont nous n'avons pas à nous occuper ici, les cartilages étant privés de vaisseaux, qu'il est facile, en s'appuyant sur les acquisitions nouvelles de la physiologie et de l'anatomie générale, de définir l'inflammation d'une façon précise. Pour la confondre avec des troubles de nutrition comme ceux qui se produisent dans le cartilage en voie de destruction, il faut ne tenir aucun compte de l'observation médicale et s'astreindre à voir seulement des malades ce qu'on peut apercevoir par le cercle élroit de l'observation microscopique pure et simple, oublier que la maladie a cessé avec la vie et qu'elle n'a laissé que les traces de son passage.
SYSTÈME CAHTIL.VGINEIX. ^31)
Altérations gouttemes. — Dans la goutte, les urales de chaux et de soude en dissolution dans le sang pénètrent peu à peu la substance du cartilage, comme les matières colorantes dont nous avons parlé plus haut. Ces sels peu solubles se précipitent à la surface du cartilage articulaire, sous forme de houppes, d'aiguilles cristallines, disséminées dans la substance fondamentale et dans les cellules, en formant çà et là des noyaux plus ou moins volumineux.
Productions polypiformes. — Sur les vieillai*ds et les goutteux, on rencontre souvent (Ch. Uobin) de petites saillies polypifonnes ou villifonnes, à peine visibles à l'œil nu, et qui adhèrent aux cartilages articulaires. Elles sont situées à la périphérie, sur la ligne où cesse la synoviale. Elles sont quelquefois formées entièrement de cartilage, ou bien elles oiïrent un pédicule flbreux, duquel part une expansion qui les enveloppe. Uien souvent elles ont la constitution de ces végétations de tissu tibrocartilagineux que l'on trouve au centre des disques intervertébraux, c'est-à-dire formées d'une masse fibreuse dans laquelle sont disséminées quelques cellules cartilagineuses.
Tumeurs cartilagineuses. — Le tissu cartilagineux se retrouve avec tous ses caractères et ses attributs physiologiques dans les tumeurs qu'il engendre. Au point de vue physique, les unes sont dures comme le cartilage de l'adulte, les autres molles comme le cartilage de l'embryon. Elles renferment tantôt des éléments du cartilage seuls, a toutes les périodes du développement, tantôt un mélange de cartilage et de tissu fibreux. Il eu est sur lesquelles on trouve tous leséléraents qui concourent au travail d'ossiKcation : éléments de la moelle osseuse, du cartilage et des os. Nous décrirons cette variété, qui est en général de très-mauvaise nature, à propos du tissu osseux.
Parmi les tumeurs cartilagineuses, les unes restent circonscrites, les autres se développent avec rapidité, envahissent les tissus voisins comme les tumeurs épithéliales, et sont comme elles souvent généralisées. Ces dernières renferment ordinairement des éléments de la moelle des os.
Les enchondromes formés de cartilage pur, quand ils ont atteint un certain volume, s'altèrent dans leur partie centrale, trop éloignée des vaisseaux sanguins. Il en résulte une dégénérescence graisseuse des él<*raenls et un dépôt de matière c^ilcaire, formant des noyaux crétacés (ju'il ne faut pas confondre avec une ossification véritable.