PARENCHYME DES TISSUS
Parenchyme des pelotons graisseuùc.
Les vésicules adipeuses qu'on peut rencontrer isolément ou réunies, de manière à former un tissu adipeux simple, peuvent, avec le tissu lumineux et des vaisseaux, former un parenchyme. Si Ton prend la masse graisseuse arrondie qu'on rencontre dans l'orbite, dans l'épaisseur des joues, on y voit les vésicules adipeuses former des petits groupes plus ou moins tassés et séparés par des lames de tissu lamineux. Celui-ci enferme les groupes de vésicules dans des espaces aréolaires résultant de l'entrecroisement des lamelles. Ce tissu lamineux , très délié entre les vésicules, est plus distinct dans les cloisons qui séparent un
PAHENCUYMES. 203
lobule adipeux et très apparent entre les lobes. Dans certaines parties, comme à la plante des pieds, ces lames fibreuses sont très résistantes; il en est de même au crâne, au dos. Sur d'autres parties, au contraire, comme à Taisselle, à Taine, ces lames sont plus lâches. Dans les cas d'infiltration séreuse, on peut très bien se rendre compte de ces dispositions.
Cet assemblage de lobules adipeux et de lamelles fibreuses se complique ordinairement par Tadjonction des vaisseaux , d'ailleurs très faciles à injecter, et qu'on peut même voir directement sur les points où le sang remplit encore les plus petits vaisseaux. Ceux-ci pénètrent les pelotons graisseux au niveau des lames fibreuses, et les capillaires, se détachant au niveau des fines lamelles qui séparent les plus petits groupes des vésicules , viennent former des arborisations sur les vésicules elles-mêmes. Il arrive souvent qu'une vésicule est entourée par une maille de capillaires qui en reproduit la forme ; quelquefois, deux ou trois vésicules sont circonscrites par une seule maille dont le diamètre et la forme se trouvent à peu près représentés par la coupe des vésicules. Le tissu adipeux est donc assez riche en capillaires à dispositions élégantes, ce qu'on voit quelquefois très bien sur le cadavre , dans le tissu adipeux de l'arrière-fond de la cavité cotyloïde.
Parenchyme des cartilages.
Si je n'avais à considérer ici les cartilages que dans leui tissu fondamental, je n'aurais rien à ajouter aux documents du chapitre précédent , car aucun vaisseau ne pénètre leur tissu. Mais, comme toujours un cartilage est environné ou par l'os et la synoviale, ou par un périchondre, on peut, à ce point de vue , le faire reparaître à propos des paren-
soi TRAITÉ d'àNATOMIE GÉNÉRALV.
chymes, et distinguer, à cet égard, les cartilages d'encroûtement et les cartilages périchondriques. Le cartilage d*encroûtement se continue, d'une part, avec Tos ; d*antre part, il est environné par la synoviale, qui, strr la face libre, peut se réduire à un simple épithélium.On peut voir, dans quelques cas , des artérioles pénétrer vers la circonférence du cartilage, mais elles ne s'y ramifient pas et vont directement dans Fos.
Dans tous les autres cas, le cartilage est revêtu d'un périchondre fibreux ; qui, à l'état frais, adhère assez intimement au cartilage, mais qu'on sépare asàez facilement après quelques jours de macération. L'adhérence s'opère au moyen de petits prolongements fibreux. Les vaisseaux du périchondre serpentent a la surface du cartilage , et peuvent même y laisser empreinte , mais on ne leâ voit pas se ramifier dans son tissu. Il est donc évident que le suc nutritif qui passe par endosmose à travers les capillaires du péricbondre nourrit directement le cartilage, par inibibition.Ce ne sont pas là les seuls exemples qu'on peut invoquer chez les animaux supérieurs, car la tunique moyenne des artères chez les grands quadrupèdes , où elle acquiert une notable épaisseur, se nourrit de la même manière, attendu qu'on ne trouve de vaisseaux que dans la couche adventice. Dans ce cas, comme dans celui du cartilage, on ne saurait accuser l'imperfection des procédés d'injection, attendu que le microscope pourrait^ à un grossissement suffisant, lever toute difficulté. On peut, en effet observer assez facilement les plus fins capillaires partout où ils existent , et le tissu du cartilage se prêterait parfaitement à un tel examen si des capillaires le pénétraient. Des conditions analogues se présentent pour la cornée. M. Broca, dans son Mémoire sur la cataracte capsulaire inséré dans leS Bulletins de la Soeiâli anatomique (1853), a montré quil suffît d'étudier à la
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loupe, ou avec une faible grossissement au microscope, pour juger les prétendus vaisseaux séreux de la cornée. Il a reproduit dans une excellente figure le mode de distribution des capillaires de la conjonctive, qui, parvenus au niveau de la cornée, s'avancent sur elle d'environ un demimillimètre , et se recourbent ensuite brusquement sur eux-mêrnes, de manière à décrire une série d'anses, s'arrêlant toutes au même niveau et formant ainsi, par leur ensemble, un cercle assez régulier. L'aire de ce cercle, qui correspond au champ de la cornée , ne renferme aucune trace de vaisseaux. Comme l'observe très bien M. Broca, il y a une complète ressemblance entre la disposition des vaisseaux autour de la cornée, et celle des vaisseaux des synoviales autour des cartilages articulaires. La ternn'naison en arcades vasculaires esl la même dans les deux cas. Une remarque intéressante, c'esl que, sur la cornée, comme sur les cartilages diarthrodiaux, les arcades vasculaires empiètent d'autant plus sur les bords de ces organes, que Ton eonsi^lère des animaux plus jeunes. Si je m'étends ici sur ces développements relatifs à la cornée, c'est que le tissu de cet organe et ses propriétés chimiques permettent de le rapprocher des cartilages. D'ailleurs , les contestations en pareille matière ne peuvent venir que d'une opinion absolue sur le mode de nutrition des tissus; or, une judicieuse observation comparative permet bientôt d'établir que, chez un grand nombre d'animaux inférieurs, la nutrition s'opère sans vaisseaux.
J'ajoute, comme complément, que, dans les cartilages d'ossification , les vaisseaux n'apparaissent qu'après le commencement du dépôt des phosphates et carbonates calcaires ; parmi les flbro-cartilages , les synchondroses du bassin sont considérées comme vasculaires, surtout pendant la grossesse.
296 THAITÉ D*À^AT0M1E GÉNÉRALE.
Parenchyme des os.
Pour envisager, relativement aux pièces du squelette, les conditions les plus complexes de leur entretien , je considérerai un os long avec son périoste , son cartilage d'encroûtement, son corps médullaire, ses. vaisseaux et ses nerfs.
Nous connaissons ce qu'il y a de fondamental dans l'os, c'est-à-dire son tissu formé au moyen de l'ostéine et dérivant toujours d'une formation cartilagineuse préalable, dans laquelle les corpuscules cartilagineux sont devenus les corpuscules osseux . Dans ce tissu > les dispositions spongieuses et compactes ne sont que des modes d'arrangement, sans que le tissu change. Des canalicules parcourent le tissu compacte , et sont également contenus dans les trabécules osseuses du tissu spongieux , quand celles-ci sont assez épaisses pour les contenir.
Partout où les os ne sont pas encroûtés de cartilage, ils sont enveloppés d'un périoste qui, relativement à l'os cpmme au cartilage, confirme la filiation que j'ai déjà signalée entre le tissu lamineux, cartilagineux et os^eux. Le périoste, dont la texture nous est connue, se confond, par sa face extérieure, avec le tissu lamineux environnant; par sa face profonde, il est intimement uni à Tos par les prolongements qui accompagnent les vaisseaux à leur entrée dans les canalicules. L'adhérence est surtout très solide au niveau des parties les plus spongieuses. D'une manière générale, l'adhérence est moins marquée chez l'enfant que chez l'adulte.
Tant que l'os opère son accroissement en diamètre, on trouve sous le périoste, à la surface de l'os, une mince couche cartilagineuse dans laquelle l'ossification se fait par envahissement. Le périoste se lie si bien au parenchymede l'os, que sa destruction est ordinairement suivie de la nécrose
PARENCHYMES. W7
(le l'os, tandis que le périoste se reproduit pendant Texfoliation du séquestre.
Le canal médullaire et les cavités de la substance spongieuse sont remplis par la moelle, dont nous connaissons la texture et les différents aspects, suivant que la matière amorphe, les vaisseaux ou les vésicules adipeuses, sont prépondérants. 11 faut ajouter ici , d'après la remarque de M. Verneuil, que la moelle de certains os ne contient jamais de vésicules de graisse ; les vertèbres, les côtes, le sternum, etc., sont dans ce cas. En étudiant maintenant comment les vaisseaux se comportent dans ces assemblages de tissus, on comprendra mieux certaines altérations plus complexes.
La vascularité du périoste est manifeste; Tinjection montre dans cette tunique des réseaux à mailles serrées. Du périoste les artérioles pénètrent directement dans les canalicules des os. D'autres vaisseaux arrivent dans le tissu osseux sans l'intermédiaire du périoste ; c'est par le plus gros canaljcule que s'engage l'artère nourricière dans les os longs. Au fémur, par exemple, c'est un rameau terminal de la deuxième perforante, branche collatérale de l'artère fémorale profonde. Vers la tête de cet os, c'est la branche articulaire de l'artère circonflexe interne, dont les rameaux cotyloïdiens se perdent dans le tissu cellulo-adipeux de l'arrière-fond de la cavité cotyloïde, tandis que les rameaux fémoraux traversent le ligament rond pour se rendre dans la tête du fémur; à l'extrémité inférieure de l'os, ce sont des rameaux des artères articulaires supérieures. On voit donc que tout le corps de l'os donne accès à des vaisseaux qui s'anastomosent soit dans les canalicules, soit dans le corps médullaire. J'ai déjà indiqué que les veines et les artères, dans les os, se réduisent à leur tunique propre et à la tunique interne. Dans le corps médullaire, les capil-
laîrcs forment des mailles polygonales d'égal diamètre en tout sens, et ayant six â huit fois au moins le diamètre des capillaires qui les forment. Elles sont plus étroites de moitié environ, à la surface des lamelles osseuses ou du canal médullaire. Dans les cas où la moelle renferme des vésicules adipeuses d'une manière notable, celles-ci sont entourées à peu près comme dans les lobules du tissu adipeux sous-cutané.
Les lymphatiques viennent aussi contribuer au parenchyme osseux. Ces vaisseaux, signalés par Cruishank , par Breschet, par Bonamy, ont été vérifiés par M. Sappey sur Vos tibia.
Ge dernier observateur, sur un adulte de vingt-cinq ans, commença par sculpter le canal nourricier, enleva la moitié correspondante de la diaphyse du tibia; ayant alors piqué très superficiellement le corps médullaire sur le trajet de la branche descendante de l'artère nourricière, il vit le mercure pénétrer dans un réseau d'où partait un vaisseau à parois transparentes et noueuses, off ant tous les caractères des vaisseaux lymphatiques; ce vaisseau suivait l'artère et la veine nourricière. M. Gros a pu, dans un cas, suivre un vaisseau lymphatique, du canal nourricier jusqu'aux ganglions dû creux poplité.
Enfin, pour compléter le parenchyme de l'os, il me reste i parler des nerfs qui peuvent le compliquer. Les nerfs, indiqués par M. Cruveilhier pour les os longs, ont été démontrés, pour l'ensemble des os, par M. Gros.
D'après cet observateur, les nerfs qui rampent à la surface des os et ceux qui cheminent dans leur épaisseur s'accolent aux artères, dont ils partagent le trajet; chaque artère est ordinairement accompagnée de deux nerfs, de même qu'elle est accompagnée de deux veines. Cette disposition est surtout évidente dans les os kmgs. Sur le fémur
pàrbnchtmes. 299
du cheval, l'artère nourricière, à Tentrèe du canal nourricier, se divise en branche médirllaire et branche pérîostique. La première, en se ramifiant dans la moelle, s'anastomose aux extrémités de l'os, avec les artères qui pénètrent l'oS dans ces points. Deux veines et deux nerfs accompagnent Tarière nourricière que M. Gros appelle artère rfiapAy^arrc. Des deux nerfs , l'inférieur va, dans l'intérieur de l'oâ, former le nerî satellite inférieur de V artère médullaire ; le supérieur se rend à un ganglion qui occupe l'entréfe du conduit nourricier. Ce ganglion reçoit, en outre, un rameau du nerf vaste interne et un filet du nerf poplîté. Voyons maintenant quels sont les rameaux fournis par le ganglion; nous verrons ensuite ce que devient le nerf satelHte inférieur de l'artère médullaire. Du garglion partent :
1- Deux rameaux périostiques qui accompagnent l'artère périostique dans ses divisions, et pénètrent dans les canalicules du tissu compacte ;
2* Dn rameau qtu pénètre dans le conduit nourricier et se réimit bientôt au nerf satellite inférieur;
3» Un rameau plus fort que le précédent qui va constituer \e nerf satellite iuférieur de l'artère médullaire.
Dans le corps médullaire, les nerfs forment des plexus correspondants aux réseaux vasculaires. Chez l'homme, la disposition intérieure est semblable ; seulement, au lieu du ganglion qui occupe l'entrée du conduit nourricier, c'est un pleins.
Aux extrémités des os longs, M. Gros a également dét montré des nerfs qui accompagnent les artères et pénètrent avec elles dans le tissu spongieux.
On peut actuellement juger l'ensemble des phénomènei; physiologiques et pathologiques dont Tos peut être le siège. J'insisterai ici sur quelques points plus particulièrement rêl&tiC$ à la notion A^ parenchyme, et que j'emprunte ati
300 TRAITÉ D*AKATOMJË GÉNÉRALE.
compte rendu de M. Denucé sur les travaux de la Société anatotnique pour l'année 1852.
c Lorsqu'on examine un membre amputé pour cause de tumeurs blanches, on trouve sur tous les os qui le composent une diminution considérable de consistance. Le périoste se décolle avec facilité, et les surfaces de l'os ainsi dénudées laissent suinter une rosée sanguine. La pressioQ exercée sur les os courts et sur les extrémités spongieuses des os longs montre que le tissu osseux est devenu flexible; cette pression fait souvent sourdre un sang huileux par les ouvertures des canalicules dilatés. La diminution de consistance est telle qu'il suffit du plus mauvais scalpel pour pratiquer des coupes dans les os du tarse et du carpe ; un trait de scie longitudinal montre que le tissu compacte des os longs est aminci , décomposé en lamelles ; que le tissu spongieux est très raréfié; qu'enfin le suc médullaire est rouge et gorgé de sang. Cet état du squelette s'observe sur tous les os du membre amputé , que l'amputation ait été pratiquée pour une tumeur blanche du genou ou du coude, ou pour une affection du poignet et du cou-de-pied. Il est juste d'ajouter, toutefois, qu'il est bien moins prononcé sur les phalanges des doigts et des orteils que sur les autres os des membres. »
M. Broca , ayant fait l'autopsie d'un paraplégique chez lequel la paralysie datait de douze ans , a vu que tous les os des deux membres inférieurs étaient dans un état de ramollissement extrême* Quant au tissu osseux, il présentait des altérations semblables à celles qui se produisent dans les cas de tumeurs blanches. M. Broca, dans ces deux cas, attribue le ramollissement des os à une insuffisance de nutrition résultée de la complète immobilité.
Dans le ramollissement des os qui constitue le rachitisme, M. Broca a également introduit des appréciations très jus-
PARENCHYMES. 301
tés, surtout basées sur un parallèle rigoureux entre le développement normal de l'os et l'état rachitique. Je transcrirai ici quelques passages de la judicieuse analyse de M. Denucé et les conclusions de M. Broca.
« En détachant une tranche osseuse mince qui passe à la fois par l'épiphyse et la diaphyse , et en observant cette tranche au microscope, M. Broca a vu que le passage entre le cartilage et l'os ne s'effectue pas d'une manière brusque, mais que deux modifications successives et transitoires se manifestent dans la trame organique, pour la conduire pas à pas de l'état cartilagineux à l'état osseux.
» La première de ces modifications donne lieu à un tissu qui renferme encore les éléments du cartilage ; seulement ces éléments ont changé de dimension, de forme, et surtout d'arrangement ; ils sont disposés en séries parallèles, et, par suite de l'augmentation de leur volume, ils font subir à la gangue , ou substance fondamentale du cartilage , une diminution qui rend moindre , à ce niveau , la consistance du tissu. Ce tissu particulier, qui n'est plus du cartilage, mais ressemble au cartilage , M. Broca le désigne sous le nom de tissu chondroïde normal.
» Lorsqu*on pousse la préparation et qu'on s'approche de Ja diaphyse, on voit survenir brusquement une seconde modification. Les sels calcaires récemment déposés dans la base cartilagineuse produisent une opacité considérable, et donnent lieu à une apparence qui rappelle celle de l'os. On croit donc, au premier abord, qu'il s'agit déjà du tissu spongieux de la diaphyse; mais, en y regardant de plus près, on ne tarde pas à reconnaître que cette appréciation est inexacte, que les éléments du cartilage existent encore au milieu des dépôts calcaires, et que les corpuscules caractéristiques de l'organisation osseuse manquent d'une manière complète. Il s'agit donc d'un tissu particulier qui
10^ TRAITÉ D*AllAT01fIE GÉNÉRALE.
ressemble par ^n aspect au tissu spongieux, mais qui w diffère par sa structure; ce Ussu^ c'est le Us^u spongcide
» Enfin , il suffit dç faire cheminer la préparation d'une quantité minime pour voir paraître le tissu spongieux proprement dit. De telle sorte que, dans rossificatiou paf substitution , qui constitue principalement raccrois^men) des os en longueur, la matière organisée , d^abord cartilagineuse, devient successivement cbondroïde, puis spongolJe, avant de passer définitivement à Tetat osseux*
» L'activité avec laquelle le tissu choudrokte et le tissu spongolde >e produisent, est proportionnelle à la rapidité avec laquelle fos s'accroît. 11 en résulte que, dans les points qui sont actuellement le siège d'une croissance rapide, le$ deux tissus intermédiaires entre le cartilage et l'os se for« mer>t en plus grande quantité, et sont disposés en CQuches assez épaisses pour être visibles a l'œil nu.
» C'est ainsi, par exemple, que, sur l'extrémité inférieure du fémur d'un enfant nouveau-né, on aperçoit, à l'aide d'une poupe longitudinale, entre l'épiphyse et la diapbyse, une zone assez i égulière , dont l'épaisseur est de 1 à 2 millimètres , et dont la couleur bleuâtre , la consistance molle, contrastent avec la teinte et la fermeté bien connues du cartilage proprement dit. Cette zone est formée de tissu cbondroïde et constitue la couche chondroïde normale. Audessous d'elle, existe une mince couche jaunâtre qui tranche par sa couleur, et sur le ton rouge du tissu spongieux voisin, et sur la teinte bleuâtre de la couche chondroïde adjacente. D'autres caractères, tirés de la friabiUté de cette couche jaunâtre et de la disposition de sa trame, établissent de nouvelles différences entre elle et le tissu spongieux. Or, c'est précisément a ce niveau que le microscope permet de constater l'existence du tissu spougolde ooroiaL
PARUGHTinS. Mt
il est juste de dire, par conséquent, qu'entra le cartilage épiphysaire et la diaphyse proprement dite, existent deux' couches superposées , qui sont la couclu ehondroïde et I4 touche sponyoïde. »
La seule objection qu'on puisse faire ici à M. Broca c'^st que, dans le but très louable de donner une grande clarté à sa description, il a peut-être trop cherché à différencier la couche chondroïiJe du carlilage. Son observation est d'ailleurs parfailemenl juste, et voici Tintéressante ai^plication qu'il en fait à la théorie du rachitisme :
« Le rachitisme est un trouble de nutrition qui entrave le travail de l'ossiâcalion, et Tarréte au moment où le tissu osseux est sur le point d'acquérir son organisation défi* nitiv^. T
p Par suite de cet arrêt de développement, le tissu ehondroïde et le tissu ^pongolde, altérés dans leur structure, s'accumulent pai tout où ils existent à l'état normal , c'està-dir4î aux extrémités des diaphyses; ils y forment des couches superposées dont Torigine a été jusqu'ici méconfiiie , 0t dont l'épaisseur eyt proportionnelle , pour chaque partie du sq^ele^t^, à la rapidité avec laquelle Taccroissepient de cette partie s'effectue actuellement, et à la durée du temps qui s'est écoplé depuis le début de la maladie.
» Lq même trouble de nutrition qui entrave le travail de l'ossification à l'extrémité dçis diaphyses , l'entrave également dans le reste du squelette , mais n'y détermine pas la formation d'un véritable tissu spongoïde, parce que l'ossifié cation naturelle s'y effectue sans l'intermédiaire de l'état chondrtwîde et de l'état spongoïde.
» Les parties osseuses qui se forment ou se renouvellent partout ailleurs qu'à l'extrémité des diaphyses acquièrent la. forme et la structure microscopique du tissu osseux; mais 0Ue$ n'en atteignent pas la consistance , parce qu'elles ne
30A TRAITÉ d'aNATOMIE' GÉNÉRALE.
reçoivent pas les matériaux calcaires nécessaires à leur entier développement. Elles se rapprochent du tissu spongoïde racbitique par leur mollesse , mais elles en diffèrent par tous leurs autres caractères.
La substance osseuse qui préexiste au rachitisme perd, pendant la durée de la maladie , ses éléments inorganiques avant de perdre sa base gélatineuse.
]> Il en résulte que la consistance des os est partout diminuée ; ce ramollissement est proportionnel , pour chaque partie du squelette , à la rapidité avec laquelle elle se développe. Il est, par conséquent, plus prononcé sur les os à l'extrémité desquels le rachitisme a accumulé des couches cbondroldes et spongoïdes épaisses.
» Les effets appréciables du rachitisme se manifestent d*abord dans les os dont l'accroissement est le plus rapide. Ce sont les os longs de la cuisse , de la jambe , du bras et de ravant-l)ras. A cette époque , aucun caractère extérieur ne trahit la présence du rachitisme. C'est la première période ou rachitisme latent.
» Dans la deuxième période*, le rachitisme gagne les côtes ; l'accumulation des tissus chondroïde et spongoïde détermine la formation des renflements articulaires et du chapelet racbitique. 11 n'y a encore aucune courbure.
» Dans la troisième et dernière période, les lésions du rachitisme se généralisent davantage ; elles peuvent gagner tous les os du squelette; elles s'aggravent de plus en plus dans les points qui ont été les premiers frappés. C'est dans cette période qu'apparaissent les incurvations des os.
» L'ordre suivant lequel se succèdent ces incurvations diffère entièrement de l'ordre suivant lequel les os ont été atteints par le rachitisme.
3> La période de réparation n'est autre chose que la fin de la maladie. Le travail répatrateur n'est pas un travail
PARENCHYJIIKS. S05
spécial ; c'est une reprise pure et simple du travail (trossilicalion que le rachitisme avait interrompu.
» La plupart des enfants qui succombent à une maladie chronique , la plupart de ceux dont le corps est amaigri , présentent dans leur squelette les lésions du rachitisme.
» Le rachitisme n'est pas une maladie spéciale ; c'est un effet, et non une cause. Les lésions qu'on lui attribue peuvent être la conséquence de toutes les causes qui troublent la nutrition pendant la rapide croissance du jeune âge. »
Une autre forme de ramollissement des os est Voêtéomalacie qu'on observe chez l'adulte et qui est caractérisée par une diminution très sensible des sels calcaires, tandis que la trame organique est conservée. Cette alléralion, ordinairement générale, donne à l'os l'apparence du tissu spongieux. Elle donne lieu, dans la première période, à des fractures; dans la seconde, aux déformations les plus bizarres. L'osléomalacie, comme le rachitisme, comme la première forme de ramollissement que j'ai indiquée plus haut, tient toujours à une altération de nutrition du tissu osseux.
L'inflammation des os, ou ostéite, particulièrement étudiée au point de vue pathologique par M. Gerdy, s'explique suflSsamment par la complication du parenchyme osseux et l'abondance des vaisseaux qui le pénètrent. Au point de vue histologique, M. Verneuil s'est assuré, par des recherches nombreuses, que la disparition des vésicules adipeuses dans le corps médullaire est un des phénomènes les plus précoces de l'ostéite. Cette disparition s'accompagne, en outre , d'une manière constante, de la production hyper- Irophique des éléments fondamentaux de la moelle, cellules médullaires, noyaux et plaques multinucléées.
Je me borne ici à ces indications pathologiques , très propres à démontrer lé degré de précision que la connais-
ft06 TRAlTl: D^ANATOMIB GÉMIÊRALË.
sance de l'état normal peut porter dans l'appréciation des diverses altérations morbides.
Pour terminer cette étude du parenchyme osseux, je placerai ici une analyse chimique que je ne pouvais rapprocher du degré tissu où je ne considérais que la partie fondamentale. M. Magendie, qui a parfaitement distingué la gélatine de la substance propre désignée dans le premier chapitre sous le nom d^ostéine , a fourni les analyses suivantes :
Os de pieds de mouton.
Matière qui se transforme en gélatine. . . . i7,30
Eau /i7,22
Graisse 5,55
Phosphates et autres sels. 12,42
Matière animale insoluble. . 17,51
Os de tête de mouton et de tête de bœuf.
Matière qui se transforme en gélatine. . . . 27,99
Eau 22,87
Graisse 11,54
Phosphates et autres sels 32,t7
Matière animale insolut)le , 4,83
Si Ton veut actuellement se rendre compte de la différence essentielle qu'il y a entre un os sain et un os ramolli, on peut la saisir dans le tableau suivant, relatif à la com* position de Tos dans l'ostéomalacie :
08 A l'état os ramollis.
BOSTDCE. PlOESCK. RtBS.
(Veiièbre.) (Verlèbie.) (Côte.)
Matières animales. . . 32 79,75 74,64 70,00
Matières salines .... 68 20,25 25,36 30,00
Pour ce qui se rapporte aux notions d'éléments et de tissus, je renvoie aux chapitres précédents.
Parenchyme électrique.
Avant d'aborder Télude du parenchyme dans lés tissus de la fibre, je donneriii un exemple du parenchyme élec<trique dont le tissu spécial nous est coimu , et que je vais envisager ici dans son assemblage avec le tissu lamineuK ^ les vaisseaux et les nerfs. J^mploierai.particulièreiâent la description donnée par M. Ch. Robin , de l'appareil élec^ trique de la raie.
L'appareil électrique qn'on trouve de chaque côté de la colonne vertébrale de la queue, chez les raies, est fusiforme; suivant Tâge et l'espèce , il longe la queue dans les deux tiers ou les trois quarts de la longueur. La couleur du parenchyme est gris perlé. Il est rayé en long et en large par des cloisons de tissu lamineux très rapprochées , et en Ire* croisées de manière à figurer des losanges plus ou moins r^uUers.
Le tissu électrique, déjà décrit, formé d'une masse fondamentale , transparente , finement granuleuse , dans Jaquelle existent ci et là des petites sphères granuleuses , eutourées elles-mêmes d'une aréole circiîilaire de petits granules , se présente sous forme de petits disques plus ou moins régulièrement quadrilatères , pentagonaux , hexagonaux, ayant 2 à 8 millimètres de largeur sur 1 millimètre d'épaisseur. Ils sont chacun entourés d'une fine enveloppe dé tissu lamineux. La face du disque qui regarde du côté d^ l'insertion de la queue est lisse; la face opposée est creusée d'alvéoles dont la paroi est également creusée d'eEcavations.
En allant de la face postérieure à l'antérieure, les derniers alvéoles sont à 0,001 à 0,002 de millimètre de cette dernière face qui , dans tous les disques, est toujourg lisse.
Les disques, dans les dififérentes parties du parenchyme.
J08 TRAITÉ d'aNATOMIE GÉNÉRALE.
sont superposés de manière à former des piles de longueur variable et dont laJargeurest celle des disques eux-mêmes. Dans la partie la plus volumineuse de l'organe , on rencontre , suivant les espèces^, de trente à trente-cinq piles de disques, rapprochées en faisceaux, de telle mamère que, dans chaque petit faisceau, un certain nombre de piles sont jaccolées à une pile centrale qui est dans Taxe du faisceau. Les lames de tissu lamineux qui isolent une pile sont plus épaisses que celles qui forment une enveloppe aux disques. De même , celles qui isolent des faisceaux de piles sont encore plus résistantes.
La longueur des piles ne mesure pas celle de tout l'organe. A certains niveaux , les piles se terminent par la diminution graduelle du volume des disques. Dans le même point, une autre pile commence par une série de disques graduellement croissants. L'axe des piles n'est pas parfaitement rectiligne; il peut être flexueux ou même à direction spirale par rapport à Taxe de l'organe électrique pris en totalité.
pans les cloisons qui séparent les faisceaux de piles, rampent les branches vasculaires et nerveuses. Les plus unes ramifications s'engagent dans les fines cloisons qui séparent les disques eux-mêmes. Les nerfs se répandent sur la face antérieure des disques, tandis que les capillaires se distribuent dans la face postérieure.
Les tubes nerveux sur la face lisse du disque s'anasto- «losecit de manière à former un réseau de tubes nerveux à larges mailles. Aucun tube ne pénètre dans la substance propre du disque.
Les capillaires , disposés en houppes, et le plus souvent en anses très flexueuses, s'enfoncent dans les alvéoles de la face postérieure du disque et les remplissent. Dans aucun cas on ne voit les capillaires traverser la substance du
PARENCHYMES. 309:
disque jusqu'à sa face antérieure. Entre les anses vasculaires les plus profondes et la surface lisse où se distribuent les tubes nerveux , il y a une couche de tissu électrique de 0,10 à 0,20 de millimètre ; j*ai noté plus haut que Tépaisseur totale du disque est de 1 millimètre.
Tel est le parenchyme de l'organe électrique qui, suivant les animaux où on l'observe, peut présenter des différences assez grandes dans la position , la forme , retendue , mais dans lequel on retrouve toujours la structure fondamentale que je viens de décrire.
Parenchyme des organes fibreux
Déjà, à propos du parenchyme osseux, j'ai indiqué la disposition des vaisseaux et des nerfs dans le périoste et le périchondre. Je ferai de même pour le tendon à propos du parenchyme musculaire, et pour les diverses coques flbreuses à l'occasion du parenchyme des organes qu'elles entourent.
Le tissu lamineux lui-même forme parenchyme avec les capillaires. La direction de ceux-ci est ordinairement subordonnée à la disposition des fibres et à leur mode d'entrecroisement. La même subordination générale s'observe dans les aponévroses; ici les nerfs, quoique en petite quantité, sont faciles à noter.
Dans les ligaments jaunes, l'assemblage des éléments du tissu avec les vaisseaux suit les mêmes lois que dans le tissu lamineux. Je reviendrai plus loin sur la tunique moyenne des artèi'es.
Pour aborder les cas les plus complexes de parenchymes dans lesquels le tissu fondamental dérive des éléments sous forme de fibre , j'envisagerai surtout le parenchyme érectile et le parenchyme des mqscles.
SIO TRAITÉ D*AIfATOSrB GÉNÉRALE.
Par^ekytnê érecHle.
J*étudierai ce nouveau parenchyme dans les organes qui présentent au plus haut degré le phénomène de Térection dont je dois seulement ici indiquer les conditions anatomiques.
Le parenchyme érectile, en général propre aux appareils excitateurs, se présente nettement chez Phomme, soit dans les corps caverneux de la verge, soit dans le corps spongieux de l'urètre.
Les corps caverneux sont entourés d'une tunique fibreuse, blanche, très élastique. Cette enveloppe se continue vers 1^ racines des corps caverneux avec le périoste des branches de l'ischion ; à l'angle du pubis elle est en connexion avec le ligament pubio-prostatique moyen et avec le ligament suspenseur.
C'est à partir de ce point que les deux corps se rapprochent et ne sont plus séparés que par une cloison verticale incomplète.
Dans le sillon inférieur, résulté du rapprochement de ces deux corps irrégulièrement cylindriques, est logé l'urètre ; le sillon supérieur contient les artères et veines dorsales de la verge. De la face interne des parois fibreuses des corps caverneux partent des prolongements fibreux, d'un blanc brillant, des lamelles, des filaments cylindriques qui, par leur entrecroisement, déterminent une trame aréolaire, dont les espaces celluleux communiquent ensemble et sont d'autant plus larges qu'on pénètre plus profondément dans les corps caverneux. Dans l'épaisseur des lamelles et des trabécuies, et à It surface des espaces aréolaires, se répandent les vaisseaux.
Dans la portion spongieuse de l'urètre, la partie érectile
PARËMGHTIIBS. tli
forme à la muqueuse une sorte de gatne, reuflée vers Tex-t Irémité postérieure, pour former le bulbe, et à rextrémîté antérieure, pour former le gland. Tandis que le bulbe répond à la paroi inférieure de l'urètre, au contraire, le gland répond à la paroi supérieure ; dans Uintervalle, la gatn« érectile est d'une épaisseur à peu près ^ale.Si l'on exanrine intérieurement cette couche érectile, on y trouve la même structure que dans les corps caverneux.
J'ai dit précédemment que cette charpente fibreuse dei tissus érectiles était formée au moyen de la fibre lisse hyalinei de la fibre jaune dartoîque et de la fibre jaune artérielle ; on y rencontre aussi, quoique en petite proportion, des fibres rouges lisses.
La disposition des vaisseaux dans le parenchyme érectile se présente avec des particularités intéressantes. Pour cette distribulion générale des artères, des veines et des lymphatiques, je citerai la description donnée par M. Sappey dans son excellent Mémoire sur l'urètre : ^
<c L'artère honteuse interne, parvenue au niveau de la partie moyenne de la branche ischio-pubienne, pénètre dans l'aponévrose péi-inéale moyenne, et fournit aussitôt V artère transverse du périnée ou bulbeuse; elle se porte ensuite en haut, en dedans et en avant, vers la partie interne de la racine du corps caverneux, et se partage en deux branches terminales, Yartire dorsali de la verge et Yartire caverneuse,
» L'artère transverse du périnée, ou artère bulbeuse, diffère très peu par son volume du tronc principal, qu'elle égale et qu'elle surpasse même quelquefois. 8a direction n*est pas toujours transversale ; très souvent elle se dirige en bas et en dedans, en faisant avec le tronc de la honteuse interne un angle obtus, puis s'infléchit ensuite pour se porter en haut et en avant. Cette disposition est celle qu'on
s 12 TRAITÉ D*ANATOMIfi GÉNÉRALE.
observe sur Tune des pièces (jue j'ai préparées. Devenue parallèle au bulbe, elle pénètre dans son épaisseur par sa partie supérieure, et marche ensuite parallèlement à celle du côté opposé, en parcourant toute l'étendue de la portion spongieuse.
» A son entrée dans le bulbe, l'artère bulbeuse fournit un ou deux rameaux qui se dirigent d'avant en arrière, et qui s'épuisent dans le renflement correspondant de la base du bulbe. Dans le reste de son trajet, elle communique avec celle du côté opposé par des anastomoses transversales, et avec l'artère dorsale de la verge par d'autres divisions anastomotiques qui renforcent son calibre, et qui ont pour effet de la prolonger jusqu'au gland.
» L'artère dorsale delà verge présente avec la précédente des connexions importantes qui n*ont pas été indiquées jusqu'à présent; il est, du reste, difficile de l'injecter d'une manière complète, et c'est pour cette raison sans doute que sa description laisse encore beaucoup à désirer. Après s'être séparée du tronc principal, elle monte sur le côté interne delà racine des corps caverneux, chemine dans l'épaisseur du ligament suspenseur de la verge, parcourt ensuite toute la face dorsale de cet organe en décrivant des flexuosités qui disparaissent dans l'état d'érection, puis se dévie un peu au voisinage du gland pour pénétrer dans ce renflement par la partie postérieure et latérale. Pendant ce trajet, l'artère dorsale fournit par son côté externe une série de branches au nombre de cinq à huit, qui contournent le corps caverneux correspondant, et se perdent, à leur terminaison, dans la portion spongieuse de l'urètre. Ces branches collatérales abandonnent au corps caverneux, chemin faisant, un grand nombre de ramuscules qui pénètrent dans son épaisseur, où ils s'anastomosent avec les artères caverneuses. A leur entrée dans la portion spongieuse, elles se
PAREKGHYMES. 313
divisent en deux ramuscules qui s'infléchissent chacun à angle droit, et dont l'un se dirige d'avant en arrière, tandis que l'autre se porte d'arrière en avant. Ces ramuscules s^abouchent avec les ramuscules correspondants des bran* ches collatérales voisines, et forment ainsi une série d'arcades qui ont pour effet dç prolonger l'artère bulbeuse jusqu'à la base du gland. Indépendamment de ces branches collatérales principales, Tarière dorsale en fournit d'autres en général plus petites et en nombre indéterminé, qui descendent perpendiculairement dans le corps caverneux et qui affectent un mode de terminaison identique avec celui de l'artère caverneuse. Quant aux divisions terminales de l'artère^ elles se répandent dans Yintérieur du gland où elles se terminent en se partageant en un grand nombre de ramifications déliées.
» L'artère caverneuse pénètre dans le corps caverneux de son côté par la portion supérieure et interne de celui-ci. Avant de s'engager dans la trame érectile de ce corps, on la voit ordinairement se partager en deux branches inégales. De ces deux branches, la plus petite, qui est externe, se porte d'avant en arrière et de haut en bas, pour se distribuer à la racine du corps caverneux; l'autre se dirige d'arrière en avant, marche d'abord parallèlement à celle du côté opposé dont elle est très rapprochée, et avec laquelle elle échange de nombreuses divisions anastomotiques, puis s'en éloigne pour se placer au centre du tissu érectile qu'elle parcourt dans toute sa longueur, fournissant par sa circonférence d'innombrables rameaux et ramuscules.
» Comment se comportent à leur extrémité terminale les artères bulbeuses, caverneuses et dorsales de la verge? Millier répond à cette question en disant que les dernières ramifications de ces vaisseaux se divisent en trois ordres : quelques-unes se perdent sur les parois des aréoles du tissu
Sli TRAITÉ d'aNATOMIE CÉMÉRALE.
érectile et représentent de véritables vasa vasorum; d'autres s'ouvrent dans ces aréoles pour y verser le sang qui les parcourt: ces dernières sont des dilatations €trtérielU$ un peu renflées à leurs extrémités, terminées en cul-de-sac, plus ou moins contournées, d'où le notn à'artires hélicines que leur a donné cet auteur, et fournissant par leurs parties latérales, quelquefois même par leur extrémité , des ramifications capillaires. Les deux premiers modes de terminaison ne sauraient être contestés ; mais il n'en est pas ainsi du troisième. »
A l'égard des artères hélicines , M. Sappey a épuisé les meilleurs procédés d'injection et d'observation directe, sans pouvoir les constater; aussi affirme-l^il qu*elles n*e)tistent pas. L'opinion de M. Sappey est aussi celle de Valentin, de M. J. Béclard , de M. Ch. Robin ; comme ces derniers observateurs , je n'ai pu parvenir à voir les artères hélicines de Mûller. Ce qu'il y a de vraiment spécial dans les capillaires du parenchyme érectile , c'est l'abouchement brusque des artères dans les veines, soit par l'intermédiaire des capillaires de la troisième variété , soit par l'intermédiaire de sinus qui établissent entre les deux ordres de vaisseaux de larges communications. Void d'ailleurs, d'après les observations récentes de M. Sappey, la description spéciale des veines :
« Les veines de l'urètre ne suivent pas le trajet des artères ; elles sont remarquables par leur nombre , par leur volume , par leur direction et par leurs anastomoses multipliées. Je les décrirai en procédant de l'extrémité antérieure vers l'extrémité postérieure du canal de l'urètre.
» Les veines du gland naissent de toute la partie excavée de sa base et forment entre celle-ci et l'extrémité antérieure des corps caverneux un plexus à mailles extrêmement î^errées, qui se prolonge sur la face supérieure de la verge,
PARENCHTMES. 315
i 2 OU S centimètres en arrière de !a couronne. A mesure que ce plexus s'éloigne de son origine, les troncs veineux qui le composent diminuent de nombre et augmentent de volume , de telle sorte qu'il se termine par une veine unique et médiane qui marche en ligne droite sur le dos de la verge, d'où le nom de veine dorsale, et qui s'engage ensuite entre les deux lames du ligament suspenseur, puis sous la symphyse des pubis , pour aller se jeter dans le plexus veineux prostatique. La veine dorsale présente beaucoup de variétés : souvent on la voit se diviser, dès son origine, en deux branches dont l'une suit le trajet ordinaire du tronc veineux, tandis que l'autre s'applique à la face profonde de la peau de la verge pour se rendre , après avoir recueilli, chemin faisant, un grand nombre de veinules cutanées, dans la veine saphène interne ou dans la veine fémorale. D'autres fois, les deux branches qui résultent de la bifurcation de la veine dorsale marchent côte à côte dans une certaine étendue, puis se confondent en une seule un peu plus loin. Cette veine, qui offre encore quelques autres variétés que je crois pouvoir passer sous silence, est munie de deux ou trois paires de valvules qui interceptent complètement sa lumière ; entre toutes les veines de l'urètre , elle est la seule sur laquelle on observe ces replis.
* Les veines de toute cette partie de la portion spongieuse qui est comprise entre le bulbe et le gland , émanent de la partie supérieure de l'urètre, s'anastomosent à leur point d'émergence avec d'autres radicules veineuses , qui sortent de la partie inférieure des corps caverneux, et concourent ainsi à former des troncs veineux qui s'étendent, en nnanière d'arcades, de l'urètre vers la veine dorsale dans laquelle ils se termfnent. Ces troncs , au nombre de cinq à sept , sont accompagnés par les branches artérielles que l'artère dorsale ««voie à l'urètre, et de même que nous
316 TRAITÉ d'anatomik; générale.
avons vu ces branches fournir dans leur trajet des rameaux antérieurs et postérieurs qui rampaient d'abord à la surface du corps caverneux pour se perdre ensuite dans leur épaisseur, de même on voit des ramuscules et des rameaux veineux émanés de la profondeur de ces corps , venir se jeler dans les branches collatérales de la veine dorsale , sur tous les points de leur étendue. La veine dorsale, avec ses affluents, n'appartient donc pas spécialement à Turëtre, elle appartient à la fois à l'urètre et aux corps caverneux.
» Les veines du bulbe peuvent être distinguées en supérieures , latérales et postérieures. Les supérieures traversent l'aponévrose principale moyenne, et vont concourir à la formation du plexus prostatique.
» Les veines latérales du bulbe, toujours multiples , mais en nombre indéterminé , comme les précédentes , et d'un calibre ordinajrenoent plus considérable, forment deux groupes nettement séparés : 1^ un groupe qui chemine dans l'épaisseur de l'aponévrose périnéale moyenne , et qui accompagne d'abord l'artère bull)euse ou transverse du périnée, puis le tronc de la honteuse interne, en les enlaçant l'une et Tautre dans ses mailles; 2° un groupe qui se porte en dehors, en passant au-dessous des branches ischio-pubîennes. Parmi les veines de ce dernier groupe, il en est une constante qui traverse l'aponévrose fémorale pour s'anastomoser sur le pourtour du tronc sous-pubien, soit avec la veine ischiatique, soit avec la veine obturatrice; une autre s'anastomose avec la veine circonflexe interne; une troisième contourne la partie antérieure , puis le bord externe de la branche ischio-pubienne, et se jette dans le plexus veineux qui entoure le tronc de la honteuse interne; enfin , deux ou trois brariches plus superficielles remontent de chaque côté des racines de la verge et se réunissent aux veines honteuses externes , en formant avec celles-ci un
PARENCHYMES. 317
plexus situé au-devant du cordon des vaisseaux spermatiqnes.
» Les veines postérieures. du bulbe se partagent aussi en deux groupes bien distincts, l'un extérieur au canal de Turètre , l'autre compris dans l'épaisseur de ses parois. Le premier groupe comprend trois ou quatre veines xl'inégal calibre qui naissent de la base du bulbe et qui vont se terminer les unes dans le plexus prostatique, les autres dans le plexus satellite ou tronc des honteuses internes. Ces veines communiquent aussi avec celles de Textrémité inférieure du rectum, c'est-à-dire avec les premières radicules de la veine mésaraîque inférieure. Mais ces communications, dans l'état normal , sont établies par de simples ramuscules ; chez les hommes affectés d'hémorrhoïdes , ces ramuscules devenant le siège d'une dilatation plus ou moins considérable , les communications entre la veine mésentérique inférieure et les veines postérieures du bulbe sont assez larges pour qu'une injection, même grossière, poussée par la première de ces veines, passe facilement dans les secondes, et de celles-ci dans tout le plexus prostatique. Le second groupe a été bien étudié par Cobelt , à qui je reprocherai cependant de n'avoir pas nettement indiqué son point de départ. Les veines qui le constituent naissent de l'intérieur du bulbe et enlacent aussitôt de leurs anastomoses , extrêmement multipliées, la muqueuse de la portion Aiusculeuse dé l'urètre ; ce plexus sous-muqueux se prolonge d'avant en arrière dans la portion prostatique du canal et sur toute la surface du col de la vessie.
» En piquant superficiellement la muqueuse du col vésical avec la pointe d'un tube à injection lymphatique , on voit le mercure se répandre dans toutes les mailles de ce plexus^ qu'on remplit ainsi très facilement, à la condition , toutefois, que le bulbe de l'urètre , toutes les veines qui en par-
3i8 TRAITÉ d'aNATOMIE GÉNÉRALE.
tent , le plexus prostatique et les principaux troues veineux de la vessie , ont été préalablement injectés avec un liquide solidifiable ; car si toutes ces veines sont vides ^ le métal pénètre dans leur cavité, et le plexus veineux sous-muqueux du col vésical et des deux premières portions de Turètre ne s'injecte que très imparfaitement. On peut aussi injecter ce plexus avec une substance solidifiable introduite par le bulbe de l'urètre; mais par ce procédé, il ne se remplit que tardivement, c'est-à-dire après que toutes les autres veines de Turètre sont envahies; il faut soutenir longtemps l'effort qui fait pénétrer le liquide, et alors le plus souvent il survient des ruptures. Lorsqu'il a été injecté avec un liquide de cette nature , si Ton coupe transversalement la portion jnusculeuse ou la portion prostatique de l'urètre , on remarque sur la surface de la coupe, l'orifice de toutes les veinules qui entrent dans la composition du plexus , et l'on peut juger de leur importance à leur nombre et à l'épaisseur de la couche qu'elles forment. Le développement de ces . plexus veineux sous-muqueux est en raison directe de l'âge. »
Quant aux vaisseaux lymphatiques , les préparations de M. Sappey montrent :
< 1° Que les lymphatiques de la muqueuse iirétrale se rendent tous vers cette partie de l'urètre qui s'étend du freio de la verge au méat urinaire;
» 2" Que là ils s'entrelacent et s'anastomosent de manière à former l'un des plexus les plus remarquables que l'on observe dans l'économie animale ;
» S"" Que de ces plexus partent des vaisseaux en nombre indéterminé, qui convergent de haut en bas et d'avant en arrière , les uns à droite , les autres à gauche , vers les pa^ ties latérales du frein , ^t qui traversent les parois de Turètre pour se réunir aux troncs lymphatiques émanés du
gland. Quelquefois il arrive que, parmi ces vaisseaux convergents , il en est un qui natt un peu plus bas que les précédents et qui se porte alors transversalement vers le frein : c'est ce vaisseau que Panizza aurait aperçu et qu'on voit aussi sur plusieurs de mes préparations; mais ce vaisseau n'est qu'une particule détachée du faisceau principal.
» Les vaisseaux lymphatiques de la muqueuse du gland sont si multipliés et si serrés, que cette muqueuse paraît en être exclusivement composée. Les capillaires par. lesquels ces vaisseaux prennent naissance forment sur toute la périphérie du gland un réseau tellement délié, que les mailles de celui-ci ne peuvent être bien vues qu'à l'aide d'une loupe. De ce réseau capillaire et superficiel partent des radicules moins ténues ; puis des troncules , qui se dirigent vers la face profonde ou adhérente de la muqueuse et qui se réunissent pour constituer des troncs ; ceux-ci se dirigent vers la partie inférieure du gland , en formant aussi deux faisceaux convergents , l'un à droite , l'autre à gauche , passent sur les côtés du frein de la verge, où ils s'unissent aux troncs lymphatiques de la muqueuse urétrale, et se corn* portent ensuite difiéremment, selon les individus. Tantôt ils se constituent en deux ou trois troncs principaux, ou bien en un tronc unique et très volumineux qui contourne la couronn? du gland , en arrière de laquelle ils sont placés, s'anastomosent sur la face dorsale de la verge et donnent naissance a un tronc médian. Tantôt ils se constituent en un seul tronc qui , après avoir contourné en partie la base du gland, se porte directement en arrière sur le dos de la verge , sans s'anastomoser sur la ligne médiane avec celui du côté opposé ; on observe alors deux troncs latéraux , d'abord légèrement convergents, et plus loin parallèles. Tantôt ils se confondent en deux troncs , dont l'un affecte l'une ou Tautre des deux dispositions précédentes, tandis
que le second remonte, d'arrière en avant, dans l'épaisseur du prépuce jusqu'à son bord libre , et se réfléchit ensuite pour se rendre sur le dos de la verge. Quelquefois aussi on voit le tronc qui entoure la couronne du gland ne pas s'anastomoser sur la ligne médiane avec celui du côté opposé , mais remonter dans le prépuce jusqu'à son orifice , et former sur le pourtour de celui-ci une anse pour aller gagner le dos de la verge. Cette disposition est beaucoup moins commune que celle qui précède.
» En résumé, les vaisseaux lymphatiques de la muqueuse urétrale et de la muqueuse du gland donnent naissance à un tronc unique et médian, ou à deux troncs latéraux. Lorsqu'il existe deux troncs, ceux-ci se rendent aux ganglions inguinaux qui leur correspondent. Lorsqu'il n'en existe qu'un, celui-ci peut ne pas se diviser, et aller se terminer exclusivement dans les ganglions inguinaux du côté droit ou dans ceux du côté gauche; plus souvent, cependant, on le voit se bifurquer au niveau de la racine de la verge pour se porter par une de ses branches à droite, et à gauche par l'autre. Ces troncs ne a*épuisent pas dans un seul ganglion; constamment ils se divisent au voisinage des ganglions inguinaux, de manière à se terminer dans deux ganglions au moins ; le plus souvent, ils se partagent en trois branches qui se rendent chacune à un ganglion différent. Un grand nombre d'auteurs ont avancé qu'ils se rendent aux ganglions les plus internes, et ont cru pouvoir appliquer cette donnée au diagnostic des diverses espèces de tumeurs ganglionnaires du pli de l'aine ; mais elle ne repose pas sur des observations exactes. Les pièces deM.Sappey, au musée Orfila,démontrent que ces vaisseaux varient beaucoup dans leur terminaison, et que lorsqu'ils se partagent au voisinage des ganglions inguinaux en trois branches terminales, l'une de celles-ci se jette dans l'un des ganglions situés en dedans de l'em-
PAREMCHYHCS, Sâl
bouchure de la veiae saphène interne ; la seconde, dans un ganglion situé au niveau et au-dessus de cette embouchure; la troisième, dans un ganglion situé en dehors et sur un point qui en est plus ou moins éloigné : par leurs divisions terminales, en d'autres termes, les troncs lymphatiques émanés de Turètre peuvent se rendre à la fois dans les ganglions internes, moyens et externes du pli de Taine. Je dois ajouter que les ganglions dans lesquels ils se terminent sont, en général, les plus élevés.
» Les vaisseaux lymphatiquesduprépuce naissent, comme ceux du gland, par des capillaires extrêmement déliés qui recouvrent de leurs anastomoses les deux faces de ce repli cutané. Le réseau qui répond a la face interne est un peu plus riche que celui qui répond à la face externe ; ce dernier est plus développé vers l'orifice du prépuce que vers sa " base, où il s'appauvrit peu à peu, de telle sorte que, sur Tenveloppe cutanée des corps caverneux, on n'en trouve plus que des vestiges. De ces deux réseauxi indépendants l'un de l'autre, partent des troncules qui donnent ordinairement . naissance à deux troncs, l'un droit, l'autre gauche, lesquels rampent sur le dos de la verge pour se porter aux ganglions inguinaux internes o\^ moyens. Souvent, ces deux troncs se réunissent vers la base du prépuce. Lorsque l'un des troncs lymphatiques, né de la surface du gland, remonte dans le prépuce, ainsi qu'on l'observe souvent, la plupart des tron* cules nés du prépuce se jettent dans ce tronc dont ils augmentent successivement le calibre. Parmi les radicules lymphatiques du réseau interne du prépuce, celles qui naissent près de son bord adhérent se jettent dans les troncs situés à la base du gland, de même que celles qci naissent de la couronne de cet organe.
^ » Sur toute la partie médiane inférieure des téguments de la verge, on observe un réseau lymphatique semblables
^tSi TRAITÉ D>NAT01flE GÉNÉRALE.
celui qui recouvre la face externe du prépuce. Ce réseau, continu en arrière à celui du scrotum, mais beaucoup moins développé que œ dernier, est le point de dé|)art de cinq ou six troncsqui marchentd^abord perpendiculairement à Taxe du pénis, mais qui ne tardent pas à se recourber pour se diriger d'avant en arrière, les plus antérieurs sur le dos de la* verge, les autres sur ses parties latérales, et se rendre ensuite aux ganglions internes du pli de Taine. Ces troncs s'anastomosent quelquefois. entre eux. Les antérieurs s'unissent assez souvent à ceux du prépuce ; les postérieurs communiquent avec ceux du scrotum. »
Les nerfs du parenchyme érectile ont également été Tobjet de travaux récents. J*emprunterai spécialement ici. la description que M. Rouget a exposée a la Société de biologie :
. cLes nerfs des tissus érectiles de la verge proviennent de deux sources, du grand sympathique et du nerf honteux interne.
» Les filets longs et grêles provenant du plexus hypogas* trique s'accolent aux parties, latérales de la prostate et de , la portion membraneuse de l'urètre, arrivent sous la sympbyse des pubis, et là ils s'anastomosent entre eux et avec un rameau du nerf liQnteux. qui, distinct du nerf dorsal de la verge, est intimement accolé à. l'artère honteuse interne jusqu'au moment où elle se divitie en artère caverneuse et $irtère dorsale de la verge. De ces anastomoses multiples résulte un plexus, en partie décrit sou^ le nom^ de plexus caverneux. Ue ce plexus se détachant un ou deux filets très grêles, décrits et.figurés par Valentin et MûJler, et qui pénètrent avec Tartère cavemeuse dans l'intérieur du corps caverneux. Ces filets, qu'on ne peut guère suivre au delà du tiers postérieur de la verge, accompagnent exactement l'artère caverneuse et ses branches. Mais le plexus caverneux
pàhenchym^. sas
fournit d'autres filets, au nombre de quatre ou cinq au moins, qui, indépendants de toule branche artérielle, se portent directement en arrière et en bas, vers les racines des corps caverneux , dans l'intérieur desquels ils se per^ dent. »
M. Rouget n's^ pas. rencontré de ganglions nerveux dans \p plexus caverneux ; il a observé que presque tous les filets qui en partent ont les caractères des, nerfs de la vie organique,
, Du nerf honteux, internp partent « les branches dorsales de la verge, très rapprochées Tune de l'autre sous la symphyse des pubis, s'écartant un peu au delà de cette symphyse, et placées sur les côtés de la gouttière qui loge la veine dorsale ; elles donnent, chemin faisant, de nombreux^ rameaux à la peau du pénis et du prépuce, et se dirigent vers le gland. Au niveau de la couronne, les filets nerveux, déj^. isolés, se divisent en deux ordres : les uns paraissent plonger immédiatement dans l'intérieur du giand, mai$ restent en réalité interposés au prolongement des corps caverneux et au tissu du gland lui-môme, dans, lequel ils se terminent, ainsi que l'a indiqué Kobelt. Un ou deu^ autres filets, contournant la couronne du gland, se portent en bas et en dehors sur les côtés du frein, et paraissent se distribuer en partie à la muqueuse des environs du méat. »
M. Rouget a bien décrit la disposition des rameaux co-' ronaires, fournis par les nerfs dorsaux le long de leur trajet, (les rameaux, apf^liqués sur les corps caverneux qu'ils contournent, conjointement avec les veines en coté* ronnCf fournissent des filets qui traversent Tenveloppe fibreuse et gagnent la gouttière formée de chaque côté p^ la rencontre des corps caverneux avec le corps spongieux^ JLes filets terminaux forment, dans chaque goutiière u.étiÇH paverneuse , le pleœm latéral du pénû. De ce plexus
32i TRAITÉ d'ânatomie générale.
naissent les filets nerveux qui pénètrent dans le corps spongieux de l'urètre et dans le corps caverneux par les orifices mêmes qui donnent passage à des veinules efférentes.
A la face inférieure du pénis, et spécialement du corps spongieux de l'urètre, existent deux rameaux nerveux, dont M. Rouget exécuta la préparation en avril 1853, et dont il a donné ensuite la description suivante dans sa communi* cation à la Société de biologie : c La branche périnéale superficielle du nerf honteux interne fournit, au niveau de l'extrémité postérieure du muscle bulbo-caverneux , plurieurs rameaux destinés à ce muscle, et un ou deux filets très grêles (urélro-bulbaires?) qui pénètrent immédiatement dans l'extrémité postérieure des renflements latéraux du bulbe.
» Mais un rameau beaucoup plus considérable, confondu sans doute jusqu'ici avec les rameaux musculaires , pénètre à l'extrémité postérieure du bulbe, dans une espèce de canal formé par le raphé médian du muscle bulbo-caverneux. Dans toute l'étendue du canal du raphé, les nerfs, semblables des deux côtés, sont intimement accolés Tun à l'autre; mais à l'extrémité antérieure du muscle bullKH caverneux , les deux rameaux s'écartent , et cachés dans l'épaisseur de l'enveloppe fibreuse du corps spongieux , ils cheminentparallèlement jusqu'au voisinage du gland, et là se terminent partie par des filets qui s'anastomosent avec le plexus latéral de la verge ^ partie par des filets qui pénètrent dans le tissu spongieux de Turètre par la face inférieure. Aucun filet ne se porte à la peau. Ce rameau {urétro-pénien) est entièrement destiné au corps spongieux de l'urètre, auquel il fournit de nombreux filets durant tout son trajet. Un de ces filets surtout , qui nait à la hauteur de la partie moyenne , ou muscle bulbo-caverneux , peut
PARENCHYMES. 325
être suivi assQz loin dans rinlérieur du tissu spongieux.
» Dans l'état de tlaccidité de la verge , les nerfs urétro" péniens, dont la longueur égale presque celle de la portion spongieuse de l'urèlre, présentent, comme les nerfs dorsaux, de nombreuses ondulations qui s'effacent dans l'allongement de la verge pendant l'érection.
» Ces rameaux nerveux , que leur trajet caché d'abord dans le rapbé du bulbo*caverneux, puis dans l'épaisseur de la membrane fibreuse de l'urètre , avait jusqu'ici dérobés aux recherches , me paraissent importants non seulement à cause de l'étendue de leur trajet, de leur mode de terminaison, mais surtout parce qu'ils appartiennent en propre au tissu spongieux de l'urètre , et complètentl'exacte sy-* métrie des différentes parties du pénis.
» Aux deux corps caverneux de la verge correspondent les deux nerf» dorsaux; uux deux moitiés du corps spon-* gieux, accolées, mais séparées cependant par une cloison fibreuse, indiquée par Kobelt et démontrée récemment par M. Jarjavay, correspondent les deux nerfs rétro-péniens ou nerfs inférieurs de la verge.
» Les nerfs dorsaux et les nerfs inférieurs fournissent des filets directs, les premiers aux corps caverneux, les seconds au corps spongieux. Les uns et les autres concourent à la formation des plexus latéraux de la verge, d'où partent à la fois des branches destinées au corps caverneux et à l'urètre.
P Si Yx)u excepte les branches cutanées des nerfs dorsaux et les branches terminales de ces mêmes nerfs, destinées en partie aux papilles du gland , les nerfs de la verge me paraissent presque uniquement destinés au tissu érectile de cet organe. Cela est incontestable pour les filets du plexus caverneux (surtout pour ceux qui se perdent dans les racines de ces corps) et pour les filets des rameaux coronaires
'^S26 TKAITÉ "D'aNATOMIE GÉNÉRALE.
qui percent directement Venveloppe fibreuse des corps caverneux. Chez le cheval, j'ai suivi jusqu'à leur terminaison le tissu éreciile des rameaux des nerfs dorsaux , qui pénétrent dans les corps caverneux, sur les côtés de la gouttière qui loge la veine dorsale. - . >-
» Serait-il vrai que le rameau urétro-bulbaire traverserait seulement le tissu spongieux pour se terminer à ta muqueuse de Turètre? Cetle opinion me paraît le résulWt d'idées préconçues, plutôt que de Tôbservation directe dés fiiîts. Les filets qui pénètrent dans le bulbe de l'urètre sont extrêmement grêles , et le bulbe fait une sailire considérable, tout à fait distincte du canal muqueux. J'ai toujours vu ces filets se perdre dans l'intérieur du bulbe bien avaitt d'atteindre la muqueuse. J'en dirai autant des filète du neirf urétro-pénien ; j'en ai pu suivre quelques-uns, dans un assez long trajel, dans l'intérieur du tissu spongieux, sarfs jamais parvenir à conduire aucun filet jusqu'à la muqueuse. Sans nier absolument que quélqueportion de ces nerfs soit destinée a la muqueuse , je me crois autorisé au moins à affirmer qu'ils se terminent en très grande partie dans le ti.-su érectile lui-même.
» Le plexus caverneux , que Valentin , Mûîler et Kôbelt encore regardent presque comme l'unique origine des nerfs des tissus érectiles de la verge, n'en fournit donc qu'une Hrès faible partie, tandis que les rameaux coronaires des nerfs dorsaux, les plexus latéraux et les nerfs inférieurs de la verge, constituent une source abondante d'innervation pour ce tissu , que l'anatomie comparée et l'examen miîcroscopîque nous montrent musculaire ou au moins contractile. El c'est là, ce me semble, un argument puissant en faveur de ceux qui font jouer au tissu caverneux un rôfe actif dans le phénomène de l'érection. »
©'après la description précédente, on^î^ saurait doutefr
PARENCHTMBS. 95?
-tjue le tissa érectile lui-même ne prenne une part importante dans le phénomène de Téreclion.
Parenchyme musculaire.
La nature amorphe du perimisium des faisceaux primitifs des fibres rouges striées nous a permis d'étudier le tissu propre du muscle dans la catégorie des tissus flbreux simples. A propos des membranes, j'ai indiqué, en outre, la solidarité du tissu musculaire relativement au tissu lamineux. Si actuellement je vois dans la texture du muscle au delà d'un faisceau secondaire, il faut faire entrer le tissu lamineux dans la notion des formations musculaire-s , car il forme déjà autour des faisceaux secondaires une enveloppe distincte. Cette enveloppe est en connexion avec celles qui enveloppent les faisceaux tertiaires, et il en est de même pour l'ensemble des revêtements, relativement à l'aponévrose générale de l'organe , de telle sorte que le tissu propre même peut être conçu comme enfermé dans une série d'étuis décroissants dont la capacité et la résistance sont d'autant moindres que le faisceau musculaire est plus pe4it.
Au niveau du tendon, chaque faisceau primitif du muscle se termine en cône. Les fibrilles du tendon s'adaptent bout à bout avec les fibrilles rouges des faisceaux primitifs, sans cfu il soit possible de distinguer des uns aux autres une véritable continuité. D'ailleurs, en l'absence de toute obser- *vation concrète, les chapitres sur les éléments et les substances organiques nous empêcheraient de concevoir qu'un -même élément fibrillaire pût appartenir à plusieurs espèces .de fibres, suivant qu'on y considérerait telle ou telle portion do son étendue. Tandis que les fibres du tendon ne se continuent pas avec les fibres rouges du muscle, au contraire
328 TRAITÉ D'AiNÀTOMlË GÉNÉRALE.
elles se continuent avec tes éléments des cloisons aponé*vrotîques du muscle.
La vascularité des muscles est très marquée ; on sait , d'ailleurs , combien les propriétés du tissu musculaire sont dépendantes des conditions de nutrition.
Les artères et les veines se répandent dans le parenchyme musculaire, à la faveur des cloisons a ponévro tiques ; la grosseur des veines est d'autant moindre qu'on les observe dans des interstices plus petits ^ leur abondance est proportionnée au \'olume des muscles. Les muscles intérieurs sont plus vasculaires que les muscles extérieurs.
La disposition des capillaires se subordonne , dans le nniscle , à l'arrangement des éléments du tissu propre de l'organe.
Les muscles de la vie organique ou à fibres lisses offrent des mailles allongées , à angles aigus. Dans l'intestin , le grand diamètre des mailles est perpendiculaire â l'axe du tube digestif. La richesse en capillaires .y est as^ez grande, car les espaces circonscrits n'ont généralement que trois ou quatre fois le diamètre des vaisseaux. Dans le cœur, le plus riche en vaisseaux des organes vasculaires, les mailles sont polygonales , serrées , à angles aigus , et leur plus grand diamètre est mesuré par l'épaisseur des faisceaux musculaires du cœur.
Les muscles de la vie animale sont remarquables par la disposition allongée des mailles de leurs capillaires. Une artériole arrivant sur une portion de muscle s'y subdivise successivement en capillaires qui décrivent une légère courbe à l'instant où ils se détachent de l'artère, contournent un ou deux faisceaux striés, pour ramper ensuite entre eux et prendre alors tout à fait le caractère capillaire. Même disposition quant à la réunion successive de ceux-ci pour former des veinules qui viennent se placer à côté des
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arléfioles visibles à l*œil nu. Il en résulte que , le long des faisceaux slriés , on voit des capillaires qui en prennent la direction parallèle et s'envoient çà et là des branches transverses disposées à angle droit ou à peu près , par rapport aux précédents. Ils forment* ainsi des mailles ayant quatre ou cinq fois en longueur leur propre largeur, laquelle est mesura par Tépaisseur d*un faisceau strié ou à peu près. On voit cependant souvent trois ou quatre faisceaux striés réunis, entre lesquels ne pénètrent pas de capillaires et qui n'en présentent quà leUï* surface. Aucune ramification ne pénètre au travers du sarcolemme dans l'épaisseur du fais* ceau strié primitif.
On voit très bien , d'après une ligure de KoUiker^ le réseau des plus fins capillaires formé de mailles rectangtilaires dont le côté long est parallèle à la direction des fais* ceaux primitifs, et le petit côté est formé par des anasto* moses transversales qui embrassent les faisceaux.
C'est sur la limite entre les fibres musculaires et les fibres tendineuses qu'on peut juger de la grande différence vascuiaire de ces deux tissus. Dœilinger avait très bien vu les capillaires du muscle revenir sur eux-mêmes à partir du tendon , tandis qu'un très petit nombre pénétrait dans celui-ci.
Les vaisseaux lymphatiques s'observent .facilement autour des principaux troncs artériels et veineux qui parcourent les membres. Ces vaisseaux viennent sans doute du tissu musculaire comme il en vient du tissu osseux ; jusqu'à présent, néanmoins, il n'a pas été possible de les injecter dans le parenchyme du muscle. Les. injections de Fohmann et Tiedemann sur les faces supérieure et inférieure du diaphragme de l'homme paraissent surtout appartenir aux séreuses qui tapissent ce muscle. Donc, jusqu'à présent, les lymphatiques des muscles , quoique d'une existence eer-
'330 TRAITÉ D*ANATOMIfi GÉNÉRALE.
taine, ne «ont démontrés que théoriquement* La proportion des nerfs dans les muscles n'est pas à beaucoup près aussi
' grande que celle des vaisseaux. Béclard avait judicieusement observé qu'ils échappent àla vue longtemps avant que leurs divisions soient assez multipirées pour pouvoir se distribuer à tous les faisceaux primitifs. Ce seul fait anatomique aurait pu éloigner les doutes suscités contre la propriété de contractilité inhérente aux muscles.
Dans les membres, d'après M. Malgaigne, les nerfs ne pénètrent un muscle ni au-dessus du quart supérieur de la
-portion charnue, ni au*dessous du quart inférieur. Les branches de division suivent les interstices des principaux faisceaux et fournissent dans leur trajet des rameaux qui
-se partagent en ramuscules destinés à des groupes de faisceaux primitifs. Suivant les points, on les voit se terminer
-ou par des extrémités ou en anses. Celte distribution est facile à suivre dans les muscles hyalins des insectes.
Enfin je ne dors pas omettre les amas de végicdes adipeuses qui peuvent compliquer le parenchyme des muscles. A propos du tissu musculaire, j'ai simplement indiqué ses principaux modes d'aîtéralion. Je reviendrai particulièrement, à propos du parenchyme, sur quelques points de l'atrophie musculaire et sur la manière dont il fmit en-
- tendre la transformation graisseuse ^t fibreuse.
L'atrophie musculaire , suivant les conditions physiologiques ou pathologiques dans lesquelles elle se produit, a des caractères anatomiques différents. D'après les nombreuses observations faites dans ces derniers temps et particulièrement d'après les analyses de M. Ch. Robin , dans Yatrophie musculaire progressive , il y a diminution graduelle de volume des faisceaux striés dont le sarcolemme se rétracte. Les slriations transversales disparaissent et le
'fimeeau devient granuleux. Les granulations qui appa-
PARENCHYMES. ' 331
raissent dans la substance du faisceau sont grisâtres, fines'-; quelques-unes sont jaunâtres; les plus volumineuses ont jusqu*à 0,002 de millimètre ; elles se dissolvent dans Tacide acétique , et un grand nombre ne se dissout pas dans réîher, bien qu'elles aient Taspecfde granulations graisseuses. Le sarcolemme conserve les propriétés de Télastîcirte. Sous Tinlluence de cette altération , les faisceaux primitifs qui, à rélat normal, ont de 0,050 à 0,070 de millimètre, n'ont plus que 0,003 à 0,004 de millimètre. A ce dernier degré d'atrophie, les faisceaux resseniblerit à des petits cylindres transparents, granuleux à l'intérieur, et contenant çà et là des petites masses allongées en forme de bâtonnets de 0,012 à 0,020 de millimètre de long , isolés ou placés tout à bout, par groupes de trois ou quatre. Ce qu'il y a d'important à noter, c'est que dans cette forme particulière d'atrophie , on ne trouve pas , dans le parenchyme du muscle malade , plus de vésicules adipeuses qute dans le muscle normal.
Si actuellement on prend un muscle qui a subi la trariÉformation graisseuse, on voit, à la suite de l'atrophie préalable du faisceau primitif, les éléments de cehii-ci remplacés par des vésicules adipeuses qui se produisent là spontanément et prennent la placé des éléments du muscle.
Dans ce qu'on a appelé transformation fibreuse , kis faisceaux primitifs s'atrophient, leur diamètre est réduit à 0", 008 ou 0,010 de millimètre ; les striations transversales 'Persistent jusqu'à ce que la diminution en diamètre soit réduite au quart du diamètre normal. Dans cette altération, te faisceau pâlit, mais ne devient pas très granuleux.
D'après les états pathologiques que je viens de décrire, on voit qu*il faut concevoir Tatroplne du muséle eommè variant suivant les causes de sa manifestation. Quant aux expressions de transformation fibn^s^\ ffanêf6t)îmtkH
m TRAITÉ d'aNATOMIE GÉNÉRALE.
graisseusey on voit de quelle manière il faut les comprendre. Je n'ai d'ailleurs qu'à rappeler ici ce que j'ai observé dans mes deux premiers chapitres relativement à la filiation des éléments anatomiques du même type. La forme élémentaire répondant à des étatg déterminés de telle ou telle substance organique, on ne peut s'attendre, dans aucun cas, à voir telle fibre revêtir les caractères dune autre fibre , ou telle cellule se changer en lelle autre cellule.
Relativement à l'hypertrophie musculaire, on sait qu'elle consiste essentiellement dans la production de nouveaux faisceaux primitifs, tandis que l'augmentation du diamètre de ceux-ci est insignifiante et ne saurait expliquer un accroissement général de volume dans lequel les éléments lamineux et adipeux ne prennent aucune par(.
Pour compléter ici la notion des phénomènes végétatifs du parenchyme musculaire, je donnerai quelques analyses chimiques qui se rapportent à l'ensemble des parties constituantes de ces organes, et qui ne pouvaient être placées qu'à propos des problèmes les plus compliqués de la structure. J'emprunte les documents suivants à l'intéressante lettre de Liebig sur la composition de la viftnde.
Lorsqu'on lessive à l'eau froide et qu'on exprime de la chair musculaire hachée menu, on obtient un résidu composé de l'ensemble des parties constituant le parenchyme musculaire, la fibre musculaire, le sarcolemme, le tissu lamineux, les vésicules adipeuses, les vaisseaux et les nerfs* Après lixiviation complète , Teau froide dissout 16 à 2A centièmes de la viande supposée sèche. La musculine s'élève à plus des trois quarts du résidu lessivé. Si l'on exprime ce résidu et qu'on le chauffe à 70 ou 80 degrés, les fibres se contractent^ durcissent et prennent l'aspect de la corne; ;Dette modification dépend de ce que la fibre cède de l'eau ^ se coagulant ainsi*
PARENCHYMES. 3S3
Le résidu de viande ainsi lessivé par cuisson est, comme la liqueur dans laquelle il a été cuit, sans saveur ou légèrement nauséabond , parce que toutes les parties savoureuses de la viande sont contenues dans le jus , et peuvent s'extraire de la viande par Veau froide.
Lorsqu'on chauffe peu à peu, jusqu'à l'ébullition, l'extrait de viande aqueux, on voit l'albumine se séparer en flocons vers 56 degrés. La chair des animaux âgés n'en donne que 1 à 2 centièmes; celle des jeunes animaux en donne jusqu'à 14 centièmes.
L'extrait, privé de l'albumine et de la matière colorante du sang par l'ébullition, possède le goût aromatique et les propriétés du bouillon de viande. Évaporé à une douce cha* leur, il se fonce et prend le goût de rôti. Réduit à siccité, il forme une masse brune, très soluble dans l'eau froide. Ce résidu, dissous dans 32 parties d'eau chaude et additionné de sel, a toutes les propriétés du bouillon.
Le résidu delà chair, épuisé par l'eau froide, est de même nature chez différents animaux, tels que le bœuf, le chevreuil, le porc, les oiseaux ; mais chaque bouillon particulier a le goût et la saveur de la chair rôtie du même animal.
Les substances qui composent le jus de viande ou le bouillon sont fort nombreuses et imparfaitement connues. La créatine et la créatinine s'obtiennent en cristaux incolores et transparents. Les parties minérales s'élèvent à un quart du poids de l'extrait de viande sec.
Les muscles des animaux récemment tués ne rougissent pas le tournesol avant d'avoir atteint la rigidité cadavérique. L'acide libre ne se produit dans le bouillon qu'à la suite d'une décomposition spéciale qui affecte la chair peu de temps après la mort.
Quand on distille le jus de viande avec l'acide sulfurique, on obtient des petites quantités d'acides volatils : acides
ifik TRAITÉ d'aNATÛMIE GÉNÉRALE.
butyrique, acétique, formique. Le résidu contient de rinosjt^. On a aussi trouvé, dans le jus de viande, de Tacide inosique. , .
ha, viande entière contient dans ses cendres &0 pour 100 de potasse ; la viande cuite n'en renferme plus qjie 4,78 pour 100.
. D'après Keller, tes cendres de la viande sont composées de la manière suivante :
Acide ptiospliorique . 36.60
Potasse : . 60,20
Terrés et oxyde de fer. &,69
; Acide sulfurîqae 2,95
Ctilorure de potassium. i/tySl
Ces détails sur la composition de la viande suffisent pour, montrer la complexité des phénomènes de composition et 4e décomposition qui s'opèrent dans le parenchyme des muscles. Dans toutes les discussions élevées sur les causes de l'atrophie musculaire, beaucoup de patlK)logistes sont encore sous l'influence du préjugé physiologique, d'après lequel toute l'existence du muscle ne serait qu'un phénomène essentiellement nerveux. De même qu'on a. nié au muscle la contractililé, de même on est porté à rattacher toutes les maladies dont il est le siège à une altération préalable des nerfs. Que de conditions réelles, au contraire, pour établir qu*un muscle peut être malade comme un os, comme le foie, sans qu'il faille recourir à une maladie du système nerveux !
Parenchyme nerveux.
Pour des organes moins complexes , la membrane sécré
PARBMCHTIieS. SÊb
tante des glandes , par exemple , j'ai fait remarquer l'insuf* iisance de nos procédés d'obNervation poiir déterminer anatomiquement des diflerenoes que le point de vue physiologique permet d'établir sans contestation. Un tel défaut de précision statique se fait sentir encore davantage dans l'étude des organes de l'appareil nerveux. Entre les nerfs et les centres de réaction , entre les centres et les organes de l'âme, il est facile , au point de vue de la texture, d'éta^ blir des distinctions bien nettes ; mais pour les différents: centres eux-mêmes, et surtout pour les différents organes cérébraux, nous en serons réduits pendant longtemps à une analyse purement subjective. Dans la théorie de la forme , j'indiquerai d'une manière précise en quoi consiste la véritable fondation de Gall , et l'amélioration importante que; M. Auguste Comte, du point de vue social, a introduite dans l'étude des plus hautes fonctions animales. Je vais me res<^ treindre ici à de pures observations de structure portant sur les dispositions des parties formant les parenchyme» nerveux.
En déterminant , à propos de la texture , le mélange des éléments tubuleux et fibreux , j'ai indiqué ce qui se rapporte spécialement a la disposition du tissu lamineux, et l'on a saisi à cet égard la différence essentielle entre les nerfs rachidiens et les nerfs du grand sympathique, eu égard à la proportion relative des éléments de la texture. Quant à la disposition des vaisseaux, voici quelle est leur distribution générale:
' Dans les nerfs de la vie animale , c'est dans le tissu névrilématique que rampent les capillaires; toujours les mailles y sont longitudinales. Les artérioles et les veines suivent souvent un long trajet longitudinal , avant de se subdiviser en capillaires qui se comportent, par rapport aux iubes nerveux , ou mieux par rapport aux petits faisceaux
visibles à Tœil nu , comme ceux des muscles par rapport aux faisceaux striés. Toutefois te tissu cellulaire, plus abondant sur les nerfs que dans les muscles , fait que la disposition allongée des mailles est ici moins régulière que dans les muscles.
Pour préciser la notion du parenchyme des nerfs , je dirai quelques mots de l'hypertrophie dont il peut être le siège. La modification hypertrophique peut porter sur les tubes eux-mêmes; c'est ce qu'on observe dans les nerfs de l'utérus, pendant la grossesse. L'augmentation de volume de ces organes tient alors à l'hypertrophie du névrilème et à l'augmentation des tubes nerveux eux-mêmes , dont le diamètre s'accroît d'environ un sixième de leur diamètre normal.
M. Lebert a démontré que le névrome est constitué par une hypertrophie de l'enveloppe fibreuse des nerfs. Dans des cas particuliers , cette hypertrophie , au lieu d'être compacte, peut être de nature kysteuse; on observe alors un liquide gélatiniforme remplissant une poche ovoïde à parois fibreuses denses. Dans l'hypertrophie compacte , le névrilème peut s'épaissir en totalité, dans une portion plus ou moins étendue d'un nerf: c'est ce qui constitue l'hypertrophie cylindrique. Quand l'hypertrophie est circonscrite, elle est ordinairement intertubulaire , rarement périphérique. On en distingue trois formes. Dans la première, forme centrale , il y a hypertrophie simultanée des gaines et du tissu intertubulaire de tout un rameau. Le renflement est alors fusiforme , et si plusieurs de ces renflements se présentent sur le trajet du nerf, celui-ci prend l'aspect variquetix. Dans la forme latérale^ le renflement peut sembler périphérique ; mais si l'on enlève la gaine qui enveloppe le nerf au niveau de la tumeur, on voit que celle-d dépend des cloisons névrilématiques plus pt^ofondes. Dans la troi-
PARENCHYMES. SS7
sième forme , le bout supérieur du nerf s'étale sur un des côtés de la tumeur ; on dit alors que le névrôme est die-* gonal. Tandis que le névrôme périphérique est rare , au contraire le cancer du névrilème l'est presque toujours ; le nerf est alors intact, sous le dépôt cancéreux de la sm** face.
Pour les centres nerveux et les organes cérébraux , je n'ajouterai ici aux documents précédents sur la texture que des remarques sur la disposition des vaisseaux.
Les artères, après s'être ramiGées considérablement dans la pie-mère , entrent , à peu d'exceptions près , à l'état de capillaires artériels dans la substance nerveuse où elles se changent en réseaux capillaires à grandes mailles ; ceux-ci, en se réunissant , donnent naissance aux veines. La sub* slance grise a plus de vaisseaux que la^substance blanche, les mailles y sont environ deux fois plus étroites. Les interstices des capillaires dans la substance médullaire ont de A à 8 centièmes de millimètre de long. Ces mailles sont assez ordinairement allongées et parallèles dans la moelle épinière. On voit, d'après ces documents , que dans la substance cérébrale on ne trouve en général que des capillaires. Ces vaisseaux se ramifient dans la pie-mère , y attei* gnent la dimension des capillaires de la troisième variété , et pénètrent la substance cérébrale à l'état de capillaires de la deuxième variété en y formant des réseaux à larges mailles. Quand on observe la pénétration des capillaires dans la moelle , on les voit se détacher de la pie-mère par rangées régulières.
Un grand nombre de points relatifs aux connexions des organes de l'appareil nerveux seront étudiés dans la théorie de la forme. Je réserve également pour cette seconde partie de l'anatomie générale, des documents pathologiques et physiologiques qui seraient ici entièrement prématurés.
'Parenchyme des tumeurs homœomorphes et hétér amorphes.
Les exemples que je vais prendre ici ne doivent être considérés qu'au point de vue logique ; ce n'est pas dans la théorie de la structure qu'il faut s'attendre à trouver l'histoire anatomique des produits accidentels; je tiens seulement à montrer quelle est, au point de vue de la structure, la position de certaines questions d'anatomie pathologique.
Dans la production anormale des éléments homœomorphes du type cellule , on peut concevoir d'abord les éléments comme simplement disséminés dans le parenchyme d'un tissu; l'hypertrophie, dans un grand nombre de cas, n'est que la production d'éléments homœomorphes normaux. Si la production se localise, pour le cas des cellules d'épithélium, on aura une tumeur épithéliale; pour les cas des cellules fibro-plastiques , pigmentaires , médullaires, cancéreuses, on aura des tumeurs fibro-plastiques, pigmentaires, médullaires, cancéreuses. Tant qu'une telle production ne résulte que du tassement d'éléments de même espèce et de même type , on a une tumeur dont le parenchyme n'est qu'un cas particulier de texture plus ou moins complexe. J'ai déjà fait remarquer que , dans les productions anormales, les éléments ne se rapprochent pas pour la formation du tissu d'une manière aussi précise que pour les formations normales.
Mais de telles productions peuvent se compliquer, dans leur parenchyme, de toutes les parties dont la formation spontanée est possible. J*ai montré que tous les éléments sous forme de cellules peuvent s'engendrer spontanément, bien qu'en général la production anormale conserve quelque connexion avec un tissu normal du môme élément. Parmi
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les tissus de la fibre, j'ai montré que le tissu latnineux peut facilement donner lieu à des formations accidentelles. Je dois maintenant ajouter que toutes les membranes que j*ai étudiées peuvent s'engendrer spontanément et de toutes pièces dans des points où on ne les observe pas. De véritables membranes tégumentaires dans les kystes, des vais^ seaux dans les tumeurs, des surfaces sécrétantes dans les hypertrophies glandulaires, peuvent se produire anormalement au sein des organismes supérieurs. On voit que c'était là une nouvelle raison pour considérer dans l'organe, d'une manière distincte, le degré membrane, dans lequel un assez haut degré de simplicité se révèle par la possibilité qu'il y a pour un organisme de les produire là où elles n'existaient pas. Je reviendrai plus loin sur les membranes tégumentaires et les membranes sécrétantes. En ne considérant en ce moment que les tumeurs dérivées d'éléments sous forme de cellules ou de fibres hyalines et les productions de vaisseaux, nous voyons que le parenchyme d'une tumeur pourra se former de tissu fibreux , de dépôts de graisses, de noyaux cartilagineux, osseux. Nous voyons, en outre, que des vaisseaux pourront apparaître dans le parenchyme et y développer des conditions d'entretien et d'accroissement. A propos du développement des capillaires, j*ai indiqué qu'il fallait l'entendre dans les tumeurs de la même manière que dans les tissus normaux.
D'après ces vues générales , toute description spéciale serait ici inutile. On sait, d'ailleurs, que pour un môme ordre de productions accidentelles rien n'est fixe pour l'arrangement des parties constituantes. Cette variation est évidemment plus grande encore dans le cas d'un parenchyme anormal que dans le cas d'un simple tissu.