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CHAPITRE V

PARENGHTMES.

Jusqu'ici les mots, élément^ tissu, membrane , n'ont pu laisser dans Tesprit aucun vague; les expressions texture et contexture ont dû également prendre une signification précise et rigoureuse. Arrivé au degré le plus complexe dans la structure, il est tout aussi indispensable de fixer la véritable acception du mot parenchyme.

D'après la disposition générale de mes deux premiers chapitres, on peut sentir le lien étroit qu'il y a entre les substances organiques et les éléments. Pour plus de clarté, j'ai dû les distinguer, bien qu'à vrai dire le degré élément embrasse à la fois les substances organiques soit amorphes, soit modelées en cellules , en fibres , en tubes. Le degré tissu, par sa précision, forme, en quelque sorte, le degré type dans la structure. Après le tissu , vient l'organe. Or, ce dernier degré comporte une appréciation si relative, qu'il peut seul devenir le sujet de quelque confusion.

En instituant l'étude distincte des membranes , j'ai pu immédiatement, par rapport au degré organe, envisager un ensemble de cas très importants, par cela môrne qu'ils sont très généraux et dans lesquels l'assemblage des tissus eux-mêmes a dû se présenter avec assez de simplicité, puisque toujours le problème de la contexture portait sur des assemblages par couches. Mais si actuellement, au lieu d'envisager les tissus avec la forme p^r couche, qui est une des plus simples , nous prenons le tissu lamineux en lames ou en cordons; le tissu musculaire, en faisceaux cylin-

2Sh TBAITÉ D*AMAT0M1E GÉNÉRALE.

driques ; la membrane des vaisseaux , en forme de capillaire , de veine ou d'arlère , de lymphatique ; la membrane des glandes en forme de vésicule, de tube, de follicule clos; nous voyons qu'immédiatement l'étude de ces nouveaux assemblages constituant le parenchyme et se rapportant au degré organe , s'offrira avec un degré de complexité , très variable en lui - même , mais toujours moins simple que dans le cas de la membrane. Aussi, tout en admettant avec M. Auguste Comte , que les trois degrés précis d'analyse anatomique sont bien l'élément, le tissu et l'organe, j'ai cru, dans l'intérêt des études spéciales sur la structure, qu'il y avait nécessité à séparer la membrane du parenchyme, de même que j'ai séparé la substance organique amorphe de la substance revêtant une forme élémentaire irréductible.

On a dû juger que , sous le rapport de la notion d'organisme, ces distinctions étaient pleines de réalité, puisque nous avons pu concevoir un organisme, abstraction faite de toute structure intérieure, de même que l'on peut rapprocher le degré membrane d'un grand nombre de cas réels.

Une autre considération me poussait à la distinction entre les membranes et les parenchymes : c'est la grande relativité du degré organe. En effet, si j'examine d'abord l'organe suivant sa composition anatomique, je vois que l'organe pourra être dans des cas différents, représenté par des assemblages très distincts au point de vue de la structure. Ici, l'organe sera un élément anatomique, une cellule, par exemple , fonctionnant au sein d'une substance amorphe, avec des attributions spéciales; ici, ce sera un peloton de vésicules , un faisceau de fibres , un faisceau de tubes ; là, une membrane composée de plusieurs tissus ; ou bien, l'organe résultera d'un mélange de culs-de-sac glandulaires, de lames fibreuses, de pelotons graisseux, de substance amorphe, de vaisseaux, de nerfs, Ce p'^st pas tout, parrap-

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port au système circulatoire, Vartère est un 0)*gane ; mais, par rapport à l'organisme, l'appareil de la circulation n'est lui-même qu'un ensemble d'organes. Prenez, enfin, l'homme exerçant , par rapport à l'organisme social ,. une fonction précise, vous direz de cet homme qu'il est un organe. Vous direz plus, en appelant la famille elle-même, un élément social. Or, tout en réunissant ces diflTérents cas dans un même degré, on ne saurait contester la nécessité de les considérer aussi d'une manière distincte relativement à un certain ordre d'attributs.

C'est de cette grande relativité du degré organe, que résulte pour l'organisme des animaux supérieurs la nécessité d'envisager après la théorie de la structure, la théorie de la forme, dans laquelle, d'après les organes les plus complexes d'un individu supérieur, on fixe les lois des rapports et des connexions entre les diflérents systèmes d'organes et finalement les lois de la forme totale. C est toujours d'après cette relativité qu'après la théorie de la forme, il faut étudier les relations des organes dans un appareil et les relations des appareils entre eux dans un organisme, de manière à fonder la théorie des fonctions anatomiques. On le voit donc, tout en acceptant la nécessité philosophique de la notion de trois degrés analytiques, l'élément, le tissu et l'organe, on est, par la complexité du sujet, amené à des distinctions inévitables et néanmoins utiles, car elles sont fondées sur la réalité.

L'étude des parenchymes, dans la théorie de la structure , comme je l'ai déjà indiqué dans les réflexions précédentes , embrasse les cas où l'assemblage des tissus constituant l'organe ne porte plus, comme dans les cas des membranes , sur des assemblages de tissus en forme de couches stratifiées, mais porte sur des assemblages dans lesquels les tissus et les membranes elles-mêmes se présentent

2^ TRAITÉ dVmAT0¥16 GÉNÉRALE.

ay,ec des formes spéciales. Tous ces modes du parenchyme, comme les modes de la miembrane , se rapporlept au degré organe , mais à des organes plus complexes.

L'emploi fréquent du mot parenchyme par les auteurs qui m'ont précédé m'oblige, ici à quelques explications essentielles. Dans sa première acception, le mot parenchyme, quoique résultant d'uoe notion très vague sur la ipani^re dont s'opérait la nutrition des tissus, s'appliqua précisément aux assemblages que je vais étudier ici. Là , où par insuffisance de procédés d'observation , l'œil ne pouvait plus suivre la division d'un muscle en fibres élémentaires, la séparation d'une glande en ses acini^ les dernières raoïificalions des vaisseaux , des nerfs , on disait qu'il y avait parenchyme et que le sang , par exemple , s'y épanchait entre les éléments de l'organe. Pendant longtemps cette exprès^ sipn se maintint, et l'on dit encore aujourd'hui parenchyme flu poumon f du foie, etc. Vicq-d'Azyr, qui se préoccupa justement de l'amclioralion du langqge anatomique, proposa le mot parenchyme pour distinguer l'assemblage de? I^issu^ constituant une glande ; mais il faut s'entendre à ciet égard pour bien comprendre cet auteur» Pour Vicq-d'Azyr, 1^ glande est un orgape sécrétoire dans lequel il se filtre un liquide d'une nature particulière, soit pour être évacué par un ou plusieurs conduits excréteurs, soit pour y séjourner, au rpoins en partie, et pour être repompé ensuite par des vaisseaux absorbants. D'après cette définition, on voit que J'os, le cartilage, le ligament, le muscle sont des glandes. Or, voici comment Vicq-d'Azyr les divise. Il est des glandes qui n'ont ni réservoir, ni conduits excréteurs, ni parenchyme; ce sont, par exemple, les os, les muscles, les cartilages , les nerfs. Au contraire , il y a des glandes qui ont un réservoir, des conduits excréleurs et un parenchyme. Qr, ppur Vicq-d'Azyr, ce parenchyme , c'psl un ti§su cellu-

laire tendre , spongieux et d'une structure particulière , € que les anatomistes n*ont pas encore bien déterminé ». Déjà , a propos de la membrane des glandes , j'ai expliqué comment il fallait distinguer la fonction d'une glande, de celle du muscle , par exemple , au point de vue des liquides produits. Aussi prendrons-nous le contre-pied de Vicq- 4'Azyr, en restreignant d'abord l'acception du niot glande et en étei^dant, au contraire, le mot parenchyme à la désignation de tous les assemblages que Vicq-d'Azyr appelle des glandes.

Bichat, qui n'a réellement envisagé que le degré organe, a précisément subordonné le plan général de son traité à l'étude des assemblages que je vais étudier dans ce cinquième chapitre ; voyant que dans tout assemblage de tissus constituant un^ organe, il avait, dans la plupart des cas, du tissu lamineux , des artères, des veines, des capillaires, des nerfs, etc., il commence par étudier l'ensemble des formations fibreuses, artérielles, veineuses, nerveuses, pour aborder ensuite des Cjas plus spéciaux. Bichat, dans un muscle, une glande, une membrane, un os, appelie parenchyme df nutrition l'assemblage formé entre le tissu propre 4 l'organe et le tissu lamineux, les vaisseaux et les nerfs. Qu voit dope qu'à la rigi|eur le mot parenchyme a été surtotit conservé pour désigner la composition anatomique des organes les plus complexes. Or, c'est à peu près dans cette acception que je l'adopterai ici ; il est péanmoips népessair^ de l'étendre.

Dans le degrié organe , j'ai déjà distingué avanlageuseimpnl , sous le nom de membrane , les cas où l'assemblage 4es tissus constituant l'organe se fait par couches stratifiées. Or, d'une manière générale, on peut appliquer le mpt parencbyipe à la désignation de tous les assemblages ponsti tuant un organe proprement dit. Cependant iji doit ^'ap-

288 TRAITÉ u'aNATOMIE GÉNÉRALE.

pfiquer plus particulièrement à tout assemblage de tissus plus complexe que la membrane. Quand on dit tissu osseux, on désigne la substance fondamentale de Tos avec ses corpuscules caractéristiques ; si l'on dit parenchyme osseux, on désigne l'assemblage formé par le tissu osseux , le périoste, le corps médullaire, les vaisseaux et les nerfe. Quand on dit membrane cutanée , on désigne le derme et l'épiderme; si l'on dit parenchyme cutané, on comprend l'assemblage formé entre le derme, l'épiderme, les vaisseaux , les nerfs, les glandules. En d'autres termes, dans le tissu on étudie la trame ; dans le premier degré de l'organe ou membrane , on étudie l'assemblage de tissus en forme de couches; dans le parenchyme, on étudie des assemblages entre des tissus ou des membranes qui déjà ont des formes organiques spéciales. En effet, les artères, les veines, les nerfs, les lames aponévrotiques qui forment parenchyme avec un muscle, sont déjà eux-mêmes des organes.

Blainville, mieux que ses contemporains, a distingué des tissus la notion de parenchyme. « Je réserve ce nom , dit-il, à toute combinaison d'éléments anatomiques formant un tout, dans lequel les éléments ne sont plus distincts et dont chaque portion est identique. Je dis le parenchyme d'un muscle , des poumons, du foie, des glandes, des vaisseaux, des téguments, car tous ces organes sont composés de plus d'un élément. » Blainville entend ici par élément, des tissus élémentaires; on voit donc qu'il a parfaitement distingué dans la structure le degré organe du degré tissu, mais il n'a pas précisé pour le degré organe le cas de la membrane dont la généralité mérite une étude particulière, dans laquelle , d'ailleurs , comme nous l'avons vu , les lois de la contexture se présentent avec une grande netteté.

Dans les différents problèmes que j'ai successivement envisagés, on a vu le degré de généralité et de simplicité

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diminuer en allant de la substance organique â Télément, de l'élément au tissu, du tissu à la membrane; jusqu'ici, néanmoins , le sujet a toujours comporté un certain degré de généralisation. On doit s'attendre à trouver encore plus de spécialité dans le parenchyme ; cependant les points de vue généraux qu'il suscite ont encore une assez grande portée pour entrer réellement dans la théorie de la structure.

Ce sont là, du reste, les véritables problèmes généraux qu'envisageait Aristote quand il distinguait, dans les parties dissimitaires, les parties similaires. Nous sommes donc , en dernière analyse , ramenés à résoudre les problèmes généraux de structure conçus par ce génie antique.

La généralité des problèmes, si facile à sentir pour certains systèmes d'organes , va s'étendre ici d'après quelques réflexions comparatives. En effet, on comprend très bien que le parenchyme du muscle, une fois étudié pour une partie, l'est pour tous les organes semblables ; c'est donc faire une étude générale que d'étudier une fois pour toutes le parenchyme musculaire. La même extension se comprend très bien pour les os, les ligaments, les nerfs; relativement à certains organes , tels que le foie , le testicule, le poumon , la généralité de cette étude , pour n'être pas aussi évidente, n'en est pas moins réelle.

Si nous envisageons d'abord le problème relativement à une seule espèce, nous voyons, par exemple, que la description de la structure pour un lobule du poumon convient à tous les autres lobules ; pour une granulation du foie, convient à toutes les granulations du foie. Ce qui pourrait tromper dans ce cas, c'est la spécialisation de forme que peut acquérir, chez un animal supérieur, tout un système d'organes. Ainsi le foie, qui , chez les animaux supérieurs, constitue un organe bien distinct par sa forme et

sa position, se présentera, chez un animal inférieur, ré<^ pandu sur i*iiiiestin dans une très grande étendue. Il en esl de même pour le poumon, qui, chez Tinsecte, se répand dans l'organisme sous forme d'un système d'organes. L'exemple est surtout frappant dans l'examen comparatif des testicules et -des ovaires qui s'offrent, chez les animaux supérieurs, sous une forme très spéciale, et qui, à mesure qu'on desc* nd dans la série, se répandent dans l'ensemble de ranimai. Ue même qu'on dit, chez Vhommidy système mu#culaire, système osseux, on pourrait dire chez certains animaux, système hépatique, pulmonaire, ovarien^ testiculaire. On voit donc que le point de vue ari>totehciin sur les parties similaires a une très grande étendue, et présente, pour la plupart des oi ganes , une véritable généralité. . Ces réflexions préliminaires étant actuellement suffisantes, je vais déterminer avec plus de précision les sujets du présent chapitre.

La notion d'organe pouvant résulter de la considération d'un élément ou d'un tissu simple, il faut tout d'abord éliminer les cas dont l'appréciation précise sera faite dans la théorie de la forme, mais qui, au point de vue de ï^ structure , sont absorbés dans les chapitres précédents. C'est dans ce sens qu'on désigne avec raison, en anatomie végétale, sous le nom de parenchyme, de purs assemblage? de vésicules. On pourrait, de la même manière, dire parenchyme adipeux, parenchyme épithéhal, dans les cas oii des narties ayant une attribution déterminée et ^péciale sont néanmoins spéciaienient formées de vésicules graisseuses ou de vésicules d'épithélium ; mais, je le répète, ces cas sont nécessairement absorbés dans le dtgré tissu. Il s'agira seulement, dans la théorie des organes, d'apprécier plus spécialement la forme relativement à la fonction. Il faut encore éliminer des études nouvelles sur le parenchyme la

simple coQtp^ture des membranes, déjà appréciée dans le chapitre précédent. Wous sommes donc définitivement placés devant des assemblages toujours plus complexes que le tissu et la membrane.

Pour suivre dans ce ^jet qne marche régulière du simple au composé, j'envisagerai d'abord les assemblages par rapport à des ti^us ; je les étudierai ensuite par rapport à des membranes. Je formerai donc deux groupes de parenchymes, l^s parenchymes des tissus et les parenchymes des membranes. Pour conseryer à ce sujet une complète généralité, peut-être faudrait-il commencer par examiner le parenchyme des éléments. Mais les cas précis, distincts du tissu, seraient empruntés, ou à des cas pathologiques, ou à des cas très inférieurs d'organisation peu propres à caractériser cette nouvelle étude.

Gomme exemple réel de parenchyme, par rapport à de^ éléments, on pourrait invoquer les cas où di s vésicules adipeuses, par exemple, sont isolées au milieu du tissu lamineux; on pourrait envisager aussi le cas d'une vésicule adipeuse isolée, s'enlourant de quelques vaisseaux capillaires. Il y aurait là, en effet, des cas toujours plus compliqués que dans le tissu ou la membrane. Mais pour plus de précision j'aborderai directement les parenchymes des tissus, où ces nouveaux problèmes se présenteront avec une grande pré«cisioQ.

Je conserverai, dans l'étude des parenchymes, la mardie déjà tracée pour les tissus et les membranes, sauf quelques modifications accessoire; j'envisagerai donc les différente sujets d'après le cadre suivant :

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/^Parencbyme des pelotons graisseux.

— des cartilages.

— des os.

— des organes électriques, des tissus. ^ — des organes fibreux.

— des muscles.

— des organes de Tappareil nerveux.

, ( homœomorphes.

w^ . / \ — destumeurs}. ^ . V.

Parenchyme^ ^ ( hétéromorphes.

^ Parenchyme des yaisseaux.

/cutanés.

, — des téguments | muqucux.

\^des membranes. ( f séreux.

1 j (tégumentaires.

— des glandes] ® , .

" ( vasculaires.

— de la membrane des kystes.

D'après le tableaa 'précédent , on imagine facilement de quelle manière on introduirait de nouveaux types, soit du point de vue pathologique, soit du point de vue comparatif,

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