SUBSTANCE GRISE
L'aspect de la substance grise dans la moelle est celle d'un H, dont les branches longitudinales renflées à leurs extrémités constituent les cornes, et dont la branche transversale est percée par le canal de l'épendyme. Ici rien de pareil ; dès la portion inférieure du bulbe, la forme typique profondément altérée devient méconnaissable, et seules les coupes sériées ont permis d'établir la continuité des parties fondamentales. Les causes de ces changements sont avant tout l'énorme infiltration des éléments cérébelleux., qui ne jouaient dans la moelle qu'un rôle accessoire, mais qui, au voisinage du cerveau, envahissent tout le tronc cérébral ; accessoirement, la spécialisation des noyaux d'origine des nerfs crâniens, qui ne rappellent plus que de loin la disposition simple des nerfs rachidiens, et quelques accidents locaux, tels que l'entre-ci'oisement en masse des faisceaux moteurs et sensitifs.
Examinons rapidement d'une part les transformations subies par les différentes portions de la substance grise, et d'autre part les masses ganglionnaires nouvelles qui viennent s'adjoindre aux centres médullaires anciens.
A. Transformation de la substance grise centrale. — La substance grise qui entoure immédiatement le canal de l'épendyme s'étale en couche mince sur le plancher du quatrième ventricule, grâce à la disparition des cordons postérieurs et de la commissure postérieure qui en est une dépendance. Que l'on supprime par la pensée, dans la figure 295, les cordons de Goll et de Burdach ainsi que la commissure grise adjacente, et l'on aura reconstitué la forme de la nappe ventriculaire. La substance centrale reprend autour do l'aqueduc de S^dvius la forme tubulée et se continue, à son débouché, avec celle qui revêt le ventricule moyen. Elle est parsemée d'un grand nombre de cellules de formes et de grosseurs variables. Dans certains points elles se l'éunissent en groupes : tels sont le noyau du funiculua teres ou noyau médian du plancher, en dedans du noyau de l'hypoglosse, sur la lèvre interne du sillon médian, et les deux noyaux de l'aqueduc de Sylvius, au niveau des tubercules quadr. postérieurs.
Faisceau de Schi'Uz. — Une partie des fibres fines qui parcourent la substance centrale se rassemble en un faisceau, compact à sa partie supérieure, éparpillé dans le bulbe, dit faisceau longitudinal dorsal ou faisceau de Scliûlz, Il naît dans la couche optique et dans la substance grise du ventricule moyen, parcourt tout le tronc cérébral et se termine dans la partie intérieure du bulbe autour du canal de l'épendyme. Ses fibres et leurs collatérales sont en connexion avec la substance réticulée, les noyaux d'origine des nerfs crâniens et les cornes antérieures de la moelle. C'est donc une voie d'association. (Sciiûtz, Arch. f. Psycli., 1890.)
B. Transformation de la corne antérieure. — La corne antérieure de la moelle contient deux groupes cellulaires principaux, l'un interne et l'autre externe, mélange de cellules radiculaires motrices et de cellules de cordon ; les
[CJLiRPV.]
NÉVROLOGIE.
racines anli'rienres sortent de ces deux nf)yaux. A partir du ¥ ou du o^ nerf cervical, il se fait une disjonction anatomique et fonctionnelle. Le groupe interne est réservé aux racines antérieures des quatre premiers nerfs cervicaux, tandis que la plupart des cellules du groupe externe ou latéral sont affectées aux origines du nerf spinal. Il en est ainsi jusqu'à l'extrémité supérieure de la moelle.
Dès l'origine du tronc cérébral, s'opère la dislocation de la corne antérieure. La séparation et la fragmentation des deux colonnes sont complètes. Le
croisement des pyramides a pour effet de décapiter la corne antérieure; la base se confond avec la substance grise ventriculaire, tandis que la tête, isolée et refendue en sens longitudinal, laisse ses deux colonnes cellulaires se poursuivre indépendamment. La colonne interne, fragmentée en trois tronçons, donne successivement le noyau de l'hypoglosse, celui du moteur oculaire externe, et les deux noyaux continus du pathétique et du moteur oculaire commun, tous nerfs qui sortent près de la ligne médiane. La colonne externe ou latérale, divisée elle aussi en trois segments, présente de bas en haut : le noyau ambigu, origine motrice du spinal bulbaire, du pneumo-
,. „^- r- .• r 1 , . . ■ gastrique et du glosso-pharyn-
riG. 2()/. — Lonluiuatioii de la substance grise °. ^ i x- • i i "i •
motrice de la moelle dans le tronc cérébral. g'ien, le noyau du laciai et celui
Séparation en deux chaînes ou colonnes, correspondant aux du trijUmeau moteur ; CeS nerfs
^:^^^£'"'""'^''""''^'^'^'''°''^'''^' émergent sur la partie latérale.
Il faut y joindre le noyau de l'aile grise, s'il est définitivement démontré qu'il appartienne aux origines motrices du vague et du spinal.
La substance motrice de la moelle finit en pointe à l'extrémité antérieure de l'aqueduc de Sylvius. Nous exposerons plus loin en détail les différents noyaux dont elle se compose.
On trouve encore, mais dans le bulbe seulement, deux autres portions de la corne antérieure disloquée. L'une est le reste de la corne antérieure, petite traînée cellulaire que l'on voit en dehors du faisceau fondamental antérieur ; l'autre est le noyau du cordon latéral, que nous décrirons plus loin, car il est en partie une formation nouvelle.
C. Transformations de la corne postérieure. — Les changements que subit la corne postérieure, substance grise sensitive de la moelle, sont encore
A'', mixtes
iiypogi.
1" n.ccri'ic.
N. de Durd.
Tête par, t.
Corne mil .
Crois .
Pijr. ani.
plus considérables. Ils consistent principalement dans la formation des noyaux de Goll et de Burdach, la décapitation de la corne et l'apparition de noyaux sensitifs spéciaux.
1" Noyaux ds Goll et deBurdac/t. — ■ Sur la base de la corne postérieure se produisent deux excroissances, deux cornes accessoires, destinées à suppléer la corne principale alîectée désormais au trijumeau, et à recevoir la terminaison des cordons postérieurs. Ces deux excroissances se dirigent d'avant en arrière, dans l'épaisseur des faisceaux correspondants et portent le nom de noyau de Burdach et de noyau de ,, , ,, „
•> N di- flQii
Goll. Tous les deux com- .. -
mencent au niveau du croisement des pj^amides, par conséquent au collet du bulbe, et finissent à quekjues millimètres au-dessus du bec du calamus ; le noyau de Goll commence et finit un peu plus bas que l'autre. En avant, ils sont toujours rattachés par un pédicule à la base de la corne postérieure ; en arrière, ils sont séparés de l'extérieur par une couche blanche, d'épaisseur variable suivant le point considéré.
Le noyau de Goll (noyau du cordon grôle, noyau postpyramidal, clava) a une forme de massue ; un mince pédicule le relie à la base de la corne. Son plus grand développement correspond à la saillie que nous avons décrite près du Y du calamus, sous le nom de clava (massue) ou de pyramide postérieure (p. 223). 11 est composé d'ilôts de fibres et de cellules assez régulièrement répartis. Les cellules de Golgi à cylindre-axe court y abondent.
Le noyau de Burdach (noyau cunéiforme) est plus considérable; d'aspect piriforme, il est attaché à la corne postérieure par un large pédicule. Il atteint son plus grand développement dans le renflement que nous avons désigné sous le nom de tubercule cunéiforme (p. 226). On y trouve, comme dans le noyau de Goll, des cellules nerveuses multipolaires et des arborisations fihrillaires très serrées. Les fibres ascendantes du faisceau de Burdach le divisent en deux amas, que relient des ponts de substance grise : un noyau externe ou noyau
FiG. 208. — Noyaux de (ioU el de Burdach.
Coupe transversale du bulbe. — Eiitre-eroisement sensitif, c'est-à-diro des fibres provenant des noyaux de Goll et de Burdach. — Décapitation de la corne postérieure.
[CIIARPV.]
378 NEVROLOGIE.
(le Monakow, à cellules plus grandes, qui s'engage par .son extrémité supérieure dans le corps restifornie, oi^i il reçoit la terminaison des deux premiers nerfs cervicaux ; un noyau interne, à petites cellules prédominantes.
C'est dans les noyaux de Burdach et de Goll que viennent se terminer la presque totalité des fibres des cordons postérieurs, qui y forment un plexus abondant. Quant aux cvllndre-axes des cellules constitutives, ils se dirigent en dedans pour se croiser sur la ligne médiane et former le ruban de Reil, voie sensitive principale qui continue vers le cerveau les cordons postérieurs de la moelle. Un certain nombre de fibres se rendent probablement au cervelet par le corps restiforme.
2" Décapitation de la cojme postérieure. — Dès le commencement du bulbe, immédiatement au-dessus dvi plan de l'entre-croisement pyramidal, les fibres qui naissent des noyaux de Goll et de Burdacli s'entre-croisent sur la ligne médiane (entre-croisement sensitif), et dans ce trajet séparent la tète du reste de la corne postérieure. Cette tète isolée se continue presque sans changement sous forme de colonne arrondie, entourée de sa substance de Rolando. On la suit jusqu'au niveau de l'émergence du trijumeau. Elle est devenue le noyau sensitif terminal du nerf de la 5*^ paire, dont elle reçoit la longue branche descendante. Nous la décrirons en détail avec ce dernier nerf. Peut-être une partie de sa substance gélatineuse contribue-t-elle à former le noyau du faisceau solitaire (9« et 10= paires).
3° Apparition de noyaux sensitifs spéciaux. — Dans le bulbe et la protubérance se montrent des colonnes ou amas de substance grise, destinés à recevoir la terminaison des nerfs crâniens sensitifs, comme le faisait à la moelle la corne postérieure. Ce sont : le noyau de l'aile grise pour les nerfs glosso-pharyngien et pneumogastrique, le noyau de la bandelette solitaire pour ces mêmes nerfs et le nerf de Wrisberg, et les nombreux noyaux de l'acoustique.
D. Transformation de la substance réticulée. — Sur toute la longueur de la moelle, l'angle rentrant compris entre les deux cornes est occupé par un réseau, dont les trabécules sont des fibres névrogliques épaisses contenant des cellules nerveuses sur leur trajet ou dans leurs points nodaux, et dont les mailles laissent passer les fibres profondes du cordon latéral ; c'est là formation réticulée. Celle-ci atteint son plein développement dans le haut de la région cervicale (fîg. 293),
La substance réticulée du tronc cérébral, qui règne sur toute son étendue dans la région de la calotte et s'épuise dans la région sous-optique, n'est pas la simple continuation de la formation réticulée de la moelle. Elle semble se constituer aux dépens de la corne latérale et de la portion intermédiaire entre les cornes antérieure et postérieure. Le réseau est formé par des fibres transversales arciformes d'origine variée, parsemées de cellules nerveuses. Ces dernières sont en général de grande taille, de forme étoilée, pourvue de longs et forts prolongements protoplasmiques. Ce sont des cellules de cordon, les unes directes, les autres commissurales, et leur cylindre-axe se prête, comme dans la moelle, à toutes les combinaisons d'inflexion, de bi- ou trifurcation, de trajet ascendant ou descendant, homo- ou bilatéral.
Les éléments de la substance réticulée sont en général diffus. Ils semblent
cependant s'agglomérer par places, ce qui a permis à Bechterew de distinguer trois noyaux : le noyau central inférieur ou de Roller, bien marqué vers l'extrémité supérieure de l'olive bulbaire, le noyau réticulé de la calotte, qui répond à la partie inférieure de la protubérance, et le noyau central supérieur, dans le tiers supérieur du pont.
La substance réticulée, comme nous le verrons, reçoit la majeure partie des fibres du faisceau fondamental antéro-latéral qu'elle continue et remplace. C'est comme lui, une voie courte, voie d'association directe et croisée, utilisée très probablement comme voie sensitivo-motrice accessoire.
Dans le bulbe, la substance réticulée occupe un vaste espace, tout l'espace compris entre les pyramides en avant, les cordons postérieurs ou la substance grise du plancher en arrière; latéralement elle s'étend sur presque toute la largeur du bulbe. On l'a subdivisée en deux parties, la substance ou formation blanche, ou champ interne, de forme triangulaire, comprise entre le raphé médian et les racines de l'hypoglosse ; la substance grise ou champ externe, allant de ces mêmes racines à celles des nerfs mixtes. La formation blanche est ainsi appelée parce qu'elle est composée presque uniquement de fibres médullaires et ne renferme que de rares cellules nerveuses. C'est seulement près du raphé que se voient de petits amas de cellules, analogues à celles du noyau arciforme et désignées parfois du nom de noyaux arciformes du raplié. Ce champ interne de la formation réticulée blanche n'est autre que la couche interolivaire, que nous savons être constituée presque exclusivement par les fibres ascendantes du ruban de Reil, et dans la partie tout à fait dorsale par le commencement du faisceau longitudinal postérieur.
Dans la protubérance, la formation réticulée est uniformément g-rise, les cellules étant réparties sur toute son étendue, et même les grandes cellules habitent de préférence près du raphé; on peut toutefois, mais à un point de vue purement topographique, distinguer un champ interne limité par le raphé et par les racines du moteur oc. externe. Le cliamp réticulé occupe à peu près toute la calotte entre le plancher ventriculaire et les fibres transversales du pont, et d'un pédoncule cérébelleux à l'autre.
Dans le pédoncule cérébral, son territoire est de plus en plus restreint par le passage des pédoncules cérébelleux supérieurs et l'interposition des noyaux rouges; il correspond à l'espace compris entre la substance grise centrale, le locus niger et le ruban de Reil. C'est sous cette forme extrêmement amoindrie que la formation réticulée pénètre dans la région sous-optique, pour se fondre en partie dans la couche optique, en partie dans la paroi du ventricule moyen.
E. Formations grises nouvelles. — Ces formations sont des noyaux cellulaires limités à l'un des segments du tronc cérébral et qui se classent ainsi au point de vue topograpbique :
Novaux du bulbe.
Olive inférieure et parolives.
Noyau arciforme.
Noyau du cordon latéral.
{ Noyaux restiformes.
/■ Noyaux protubérantiels.
^, , , , , , \ Olive supérieure.
Noyaux de la protubérance. . .< ^r , + „- „-i„
•' '■ ^ Noyau du corps trapezoïde.
' Locus cœruleus.
( Tubercules quadrijumeaux.
Noyau rouge.
Locus niger.
Ganglion interpédonculaire.
Noyaux du pédoncule cérébral.
1° Olive inférieure ou bulbaire. — L'olive du bulbe est une lame nerveuse irrégulièrement plissée, qui a la forme d'un sac ou d'une bourse dont l'ouverture ou hile est située au milieu de son côté interne. Ce sac aplati d'avant en arrière, présentant par suite deux feuillets, l'un antérieur, l'autre postérieur, mesure 15 mm. en hauteur, 6 en sens transversal, et 5 en sens sagittal. Recou- A^ert extérieurement par une couche blanche d'épaisseur variable, que lui fournissent les fibres arciformes externes, il contient dans son intérieur un
[CHARPY.l
NEVROLOGIE.
Tub. qu.
. N. rouge
Lncus niger
noyau médullaire. L'olive n'est très nette que chez les mammifères et n'est même fortement plissée que chez l'homme. Les plis sont rudimentaires chez les singes et font défaut chez la plupart des animaux. Les oiseaux n'ont pas d'olive et seulement des cellules éparses.
La lame nerveuse jaunâtre qui constitue l'olive, épaisse de 0 mm. .3, est un assemblage d'un très grand nombre de petites cellules nerveuses, remarquables par leurs dendrites ramifiées et repliées sur elles-mêmes, qui forment autour de la cellule un buisson touffu. Sur la périphérie se voient quelques cellules marginales de grande taille, d'un type tout à fait différent. Les cellules olivaires
sont noyées dans un inextricable plexus, auquel prennent part leurs dendrites compliquées, leurs propi'es axones, les collatérales issues des faisceaux voisins et notamment des pyramides, la terminaison de fibres venues du cervelet et de la protubérance. Nous verrons plus loin que l'olive est un ganglion cérébelleux, et que très probablement les cylindre-axes de ses cellules se rendent dans l'écorce du cervelet, par la voie du corps i-estiforme.
Parollves. — L'olive est accompagnée de deux petits noyaux, appelés olives accessoires ou parolives. On les distingue en externe et interne (fig. 297).
La parolive externe ou dorsale est
un noyau plat, transversal et recti-
lig-ne, en certains points courbé en
arc, situé derrière le feuillet posté-
II correspond au
Koy. prot
N. arcif
Paroi
FiG. 209.
Subst. relie.
Centres gangiionnaires du tronc cérébral. Figure schématique.
rieur de Folivc.
liile, par conséquent à la partie moyenne de l'olive et se confond en haut avec la parolive interne.
La parolive interne est un noyau long- et étroit, composé de deux lamelles, coudées Tune sur l'autre à angle obtus; une de ces lamelles est transversale, longue de 3 à 4 mm. et placée derrière la pyramide antérieure; l'autre est sagittale, un peu plus courte, et s'enfonce dans la couche interolivaire; cette dernière existe seule à la partie postérieure. Le noyau olivaire interne commence plus bas que l'olive et se prolonge moins haut; il lui est relié par des ponts de substance grise.
Les parolives externe et interne ont la même structure que l'olive, dont elles représentent des parties aberrantes.
2° Noyau arciforme. — Le noyau arciforme, noyau des pyramides, est un mince feuillet superficiel qui, de bas en haut, apparaît d'abord à la face antérieure des pyramides, puis sur leur face interne le long du sillon médian (voy. fig. 297). Il commence un peu au-dessous de l'olive et se prolonge plus haut qu elle, dans la protubérance, oi^i il se présente sous une forme triangulaire.
Dans ce long trajet, il envoie dans la pyramide des prolongements qui se confondent avec les petits noyaux inconstants que contient cet organe. Il fait défaut chez les mammifères non primates.
On le considère généralement comme une expansion des noyaux protubérantiels, avec lesquels il se continue par son extrémité supérieure et dont il présente la structure. Il s'atrophie en même temps que l'olive voisine, après extirpation de l'hémisphère cérébelleux opposé.
3" Noyau du cordon latéral. — Reste en partie de la portion latérale de la corne antérieure dissociée, en partie formation nouvelle, ce noyau occupe l'épaisseur du faisceau latéral du bulbe et s'étend à peu près sur la hauteur de l'olive. Il est d'abord arrondi, puis disposé en un feuillet qui peut être arqué ou divisé en deux portions; il se prolonge en dedans jusqu'à la parolive externe. C'est un centre cérébelleux périphérique, qui reçoit une partie du faisceau de Gowers et qui communique avec le cervelet.
4° Noyaux restiformes. — Les noyaux OU ganglions restiformes sont de petits amas cellulaires qui semblent continuer le noyau externe de Burdach dans le corps restiforme.
5" Noyaux protubérantiels. — A travers les fibres transversales, et même au milieu du faisceau pyramidal à son passage dans le pont de Varole, sont infiltrés de très nombreux îlots de couleur gris foncé, les uns formant des masses importantes, les autres de simples nids. Ils sont disséminés dans toute l'épaisseur du pied et la protubérance, comblant les espaces libres que laissent entre elles les fibres des couches profondes ou superficielles ; les plus importants sont situés en avant du faisceau pyramidal. Ce sont les noyaux gris protubérantiels ou noyaux du pont. Ils se prolongent dans le bulbe en constituant le noyau arciforme (voy. fig. 298).
Ils sont composés de nombreuses cellules de petite taille, fusiformes, étoilées ou triangulaires, plongées dans un riche plexus que forment les fibres afférentes. Celles-ci leur arrivent en grand nombre de l'écorce cérébrale, en passant par le pied du pédoncule où elles se mêlent aux fibi-es pyramidales.
6" Olive supérieure ou protubérantielle. — L'olive supérieure est située en dedans du noyau d'origine du nerf facial. Sa longueur est de 5 mm. et son diamètre antéro-postérieur de 2 mm. 8. Très grosse chez les cétacés, volumineuse encore chez beaucoup d'animaux, le chat, le lapin, elle présente chez eux la plus grande analogie avec Folive bulbaire. Chez l'homme, cet organe est petit et sans plis. Ses cellules ont le type olivaire que nous avons indiqué au bulbe. Elles sont en connexion avec les voies acoustiques centrales; une autre partie des fibres, formant le pédoncule de l'olive, émerge de la face postérieure et va se perdre dans le noyau d'origine du nerf moteur oculaire externe.
L'olive supérieure est prolongée vers le haut par des traînées cellulaires qui constituent le noyau latéral du pont ou noyau du ruban latéral.
7'^ Noyau du corps trapézoïde. — Ce noyau, voisin de l'olive supérieure, en avant et en dedans de ce ganglion, est peu développé chez l'homme. Il est placé au milieu des fibres du corps trapézoïde. Il est remarquable par ses cellules sphériques ou oviformes qu'enveloppent les calices acoustiques de Held. Les fibres nerveuses, provenant des noyaux acoustiques du côté opposé, se termi-
[CHARPY.]
382 NEVROLUGIE.
neut en une mince plaque mem])ranouse, homogène, unie ou garnie de franges sur son contour, qui s'applique étroitement sur la cellule sphérique nue ou pourvue de rares prolongements protoplasmiques. Ces plaques, qui rappellent un calice entourant un bourgeon, sont analogues aux ménisques tactiles des corpuscules de Merkel; elles sont, d'après Cajal, un des plus beaux exemples de l'articulation par contact des cellules nerveuses (fig. 283).
8" Locus cœruleus ou Substantia ferruginea. — Nous avons déjà signalé (p. 252) sous ce nom une traînée brune ou bleuâtre qui s'étend dans la partie supérieure du plancher du quatrième ventricule, en dehors du funiculus teres, en avant delà fossette antérieure. Toujours superficielle, dissimulée ou non par une mince couche blanche, elle a une longueur apparente de 3 mm. environ, mais se poursuit en réalité sur une étendue de 1 cm. jusqu'à l'émergence du pathétique, par conséquent jusqu'aux tubercules quadr. postérieurs. Sur la <;oupe, le locus cœruleus occupe le bord externe du ventricule, en avant et en dedans de la racine ascendante ou cérébrale du trijumeau, entre elle et le faisceau longitudinal postérieur. Il est composé de cellules moyennes et grosses, très grosses même puisqu'elles atteignent jusqu'à 60 et 70 [j. en longueur, de forme multipolaire et contenant un pigment gris qui les colore intensivement. Ce pigment fait défaut chez l'enfant et chez la plupart des animaux. Amaldi signale chez l'adulte des cellules non pigmentées mêlées aux autres, et des cellules pigmentées éparses qui se prolongent jusqu'au noyau rouge et relient ce ganglion au locus cœruleus.
La signification du locus cœruleus est incertaine. Held et Cramer le rattachent en partie aux origines motrices du trijumeau.
9° Tubercules quadrijumeaux. — Ces tubercules sont une condensation de la lame quadrijumelle, qui recouvre la calotte du pédoncule cérébral et Faqueduc de Sylvius. Bien qu'ils présentent de grandes analogies dans leur structure et leur fonction, ils possèdent cependant une individualité propre.
1° Tubercules quadrijumectux antérieurs. — Enormes chez les vertébrés non mammifères, dont ils constituent les lobes optiques, ils sont avant tout un des ■centres ganglionnaires des voies optiques, accessoirement des nerfs acoustiques.
La substance nerveuse dont ils sont composés est disposée en couches stratifiées, assez peu limitées à la partie profonde. Leur structure est encore mal -connue. Cajal distingue les couches suivantes : 1'' le stratum zonale, de fibres médullaires, épais chez l'homme et chez les singes, qui donne à ces ganglions leur couleur blanchâtre ; — 2'^ la couche corticale ou superficielle grise (coiffe <;endrée de Tartuferi), dont les petites cellules ont des formes variées; — 3" la couche moyenne, blanc cendré, qui contient de grosses cellules multipolaires, •et la terminaison plexiforme des fibres rétiniennes émanées de la bandelette optique; — 4° la couche profonde, également blanc cendré; elle renferme de petites cellules.
2° Tubercules quadrijumeaux postérieurs. — Ils ne sont pas stratifiés comme les précédents. Ils sont surtout constitués par une grosse masse grise ■elliptique, appelée noyau ou ganglion ; une capsule blanche l'enveloppe complètement et forme au-dessus le stratum zonale, au-dessous la couche médullaire profonde. On y voit de nombreuses cellules de petite taille, à prolongements
STRUCTURE DU TROXC CEREBRAL. 383
feutrés. Ils sont reliées aux tubercules quaclr. antérieurs et aux corps genouillés internes. Un grand nombre de fibres du faisceau acoustique central viennent s'y terminer.
10" Noyau rouge. — ^ Le noyau rouge (voy. p. 260) est un ganglion situé dans la calotte du pédoncule cérébral. Il a une teinte rougeâtre, une forme globuleuse, un diamètre de 6 à 7 mm. Il occupe la partie supérieure ou proxiinale du pédoncule, celle qui correspond aux tubercules quadrijumeaux antérieurs, et se prolonge dans la région sous-optique. En arrière de lui (en sens distal), sous les tubercules c[uadrijumeaux postérieurs, est le croisement des pédoncules cérébelleux supérieurs qui, après décussation, pénètrent dans le ganglion et s'y terminent en grande partie. Les fibres radiculaires du moteur oc. commun le traversent sans s'y arrêter.
Le noyau rouge est composé surtout de grandes cellules étoilées, dont le corps et les branches protoplasmiques sont engainées dans un épais feutrage fibrillaire, comme le sont les cellules de Purkinje. Il existe aussi de petites cellules, qui se rapportent peut-être aux éléments à cylindre-axe court. Un plexus intercellulaire extrêmement riche est disséminé dans tout le ganglion, qui contracte d'importantes connexions avec Folive cérébelleuse, l'olive bulbaire et Fécorce cérébrale.
11" Locus niger de Sœmmering. — Le locus niger ou substantia nigra, que nous avons indiqué p. 260, est une couche ardoisée, épaisse de 1 à 2 mm. (Conformée sur la coupe en croissant à concavité supérieure, étendue du sillon latéral de l'isthme au sillon de l'oculo-moteur commun, elle sépare dans le pédoncule cérébral, les régions du pied et de la calotte (voy. fig. 185). Elle dépasse le pédoncule par ses deux extrémités, sinon comme tache noire du moins comme amas cellulaire; car des cellules non pigmentées la prolongent en bas dans le pont sur 3 à 6 mm. d'étendue, jusqu'au noyau latéral du faisceau acoustique, en haut dans la région sous-optique j usqu'au corps de Luys (Amaldi).
Ses cellules, de forme vai'iable et sans orientation régulière, se font remarquer par la complexité des ramifications de leurs collatérales qui rappellent celle des cellules de Golgi. Leur cylindre-axe est souvent bifurqué en T.
Gomme les noyaux du pont auxquels il ressemble, le locus niger l'eçoit, de l'écorce cérébrale et principalement des régions rolandiques, des fibres afférentes qui lui arrivent par le pied du pédoncule (Déjerine).
12" Ganglion interpédonculaire. — Ce petit ganglion, découvert par Gudden, occupe l'espace perforé postérieur, entre les pédoncules cérébraux, au-dessus du trou borgne. Chez l'homme il est à l'état de vestige. Chez les rongeurs, il est bien développé et reçoit, au milieu de ses cellules réparties en plusieurs couches, la terminaison du faisceau rétroflexe de Meynert qui provient du ganglion de l'habenula.
Enfin Bechterevi^ a signalé dans l'épaisseur du pédoncule cérébral, entre le noyau rouge et le locus niger, un petit amas mince, allongé, qu'il appelle noyau du tractus pédonculaire transverse, parce qu'il est l'aboutissant des fibres de ce faisceau.
[CHARPV.]
^EVROLO(;iE.
/one de Lissaucr
l 2. — SUBSTANCE BLANCHE DU TRONC CEREBRAL.
La substance blanche de La moelle se compose d'un certain nombre de faisceaux, groupés dans les cordons, et dont les principaux sont : les faisceaux de Goll et de Burdach dans le cordon postérieur, les faisceaux fondamental, pyramidal, de Gowers et cérébelleux direct dans le cordon antéro-latéral. Que deviennent ces faisceaux dans le tronc cérébral?
1" Faisceau fondamental du cordon antéro-latéral. — Ce faisceau de fi])res de faible longueur, à direction ascendante et descendante, passe presque tout entier GiAi Burdach dans la substancc ré-
ticulée que l'on peut regarder comme sa continuation ou son équivalent, et c[u i elle-même s'étend depuis la partie inférieure du bulbe jusqu'à la couche optic[ue. Ses dégénérations ascendantes s'épuisent presc^ue dès leur entrée dans le bulbe; ses fibres les plus élevées doivent donc se terminer dans les noyaux inférieurs plus ou moins diffus de la réticulée, tels que le noyau de Roller ou central inférieur. Il y a de cette façon un système de voies courtes, qui se poursuit d'une façon ininterrompue de l'extrémité inférieure de la moelle à l'entrée du cerveau, et qui, entre autres fonctions, est vraisemblablement une voie accessoire de la sensibilité et de la motricité.
Un certain nombre de fibres du fondamental se continuent: 1° avec la bandelette longitudinale postérieure, que nous décrirons avec les nerfs crâniens, auxquels elle sert de voie d'association ; 2" avec le ruban de Reil ou faisceau sensitif du tronc cérébral; 3" avec des faisceaux qui proviennent des tubercules quadrijumeaux antérieurs et du noyau rouge, dont nous parlerons bientôt.
2° Faisceaux de Goll et de Burdach. — Ces deux faisceaux se terminent dans les noyaux correspondants que nous avons décrits plus haut; mais ce n'est là qu'un relais. En effet une deuxième section du trajet sensitif s'étend de ces noyaux à la couche optique; une troisième, de la couche optique àl'écorce cérélirale. La deuxième section appartient entièrement au tronc cérébral et constitue leruhrin de Reil médian ou faisceau sensitif. Les fibres de ce faisceau naissent dans les cellules des noyaux de Burdach et de Goll dont elles sont le prolongement nerveux, se croisent dès leur origine avec celles du côté opposé (entre-croisement
FlG.
direct (Tiirck) Fondamental Faisceaux de la moelle.
Figure schématique. — Topographie des faisceaux à la région cervicale, faisceau pyramidal en rouge.
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sensitif), un peu au-dessus de Fentrc-croisement moteur des pyramides, et, réunies en faisceau compact, parcourent toute la longueur de la protubérance et du pédoncule cérébral, toujours situées dans la région de la calotte (fîg. 357). Elles se terminent dans la couche optique (centre médian et noyau externe). Nous décrirons en détail le ruban de Reil avec les voies cérébrales sensitives. Toutes les fibres des cordons postérieurs ne s'épuisent pas dans les noyaux du bulbe. On n'admet plus qu'un certain nombre monte directement dans le cerveau; mais il paraît acquis qu'un groupe d'entre elles se continue sans interruption avec les fibres arciformes externes et postérieures du corps resti- Ibrme et arrive au cervelet avec le faisceau cérébelleux direct.
.3° Faisceau pyramidal. Le faisceau pyramidal est le faisceau moteur. Son trajet est des plus simples et des plus faciles à observer à l'œil nu. Nous l'indiquerons sommairement, réservant l'étude des voies motrice <'t sensitive pour une description d'ensemble qui sera mieux placée à propos du cerveau. Les deux faisceaux, direct et croisé, antérieur et latéral, se réunissent en un seul à l'origine même de la moelle, au collet du bulbe. Pour cela, le faisceau croisé ou latéral, de beaucoup le plus volumineux, traverse la moelle en diagonale, au milieu de la substance grise, décapite la corne antérieure et passe du côté opposé : entre-croisement ou décussation des pyrainides. Désormais compact, homogène, formé de deux portions l'une croisée, l'autre non, réunies en ime seule masse, le faisceau pyramidal monte sur la face antérieure du bulbe dont il constitue les pyramides antérieures, puis dans le J9?ec^ du tronc cérébral. Il disparaît dans la protubérance sous la nappe superlicielle des fibres transversales, reparait à la face inférieure du pédoncule cérébral, sur sa partie moyenne, flanqué en dehors du faisceau de Meynert, en dedans du faisceau géniculé, et enfin plonge dans la masse cérébrale, enti-e la couche optique et le noyau lenticulaire (capsule interne) pour atteindre son point d'origine, l'écorce cérébrale rolandique.
A" Faisceau cérébelleux direct ou F. de Flechsig. — Nous avons vu (p. 226) que, chez le nouveau-né, on pouvait suivre à l'oeil nu le trajet du faisceau de Flechsig sur la face externe du bulbe. On le voit longer d'abord le sillon latéral postérieur, puis le tubercule cendré de Rolando, se diriger ensuite obliquement en arrière en croisant les insertions du nerf spinal et, après avoir contourné la racine descendante du trijumeau, disparaître dans le corps restiforme. Il suit ce dernier dont il occupe la partie centrale suivant les uns, externe suivant d'autres, et pénètre dans le cervelet en passant en partie en avant, en partie en arrière du corps dentelé et se termine dans les vermis supérieur et postérieur.
P'jr. lai.
'ond. anl.
do Tiirck